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Full text of "Etymologies wallonnes et françaises"

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PURCHASED  FOR  THE 

UNIVERS1TY  OF  TORONTO  LÏBRARY 

FROM  THE 

CANADA  COL1NCIL  SPECIAL  GRANT 

FOR 

LINGUISTICS 


BIBLIOTHÈQUE 


FACULTE    DE    PHILOSOPHIE    ET    LETTRES 
DE    L'UNIVERSITÉ  DE   LIÈGE. 


BIBLIOTHÈQUE 


FACULTÉ 


PHILOSOPHIE  ET  LETTRES 


l'Université  de  Liège 


FASCICULE  XXXII 

Étymoiogies  wallonnes  et  françaises 


Jean  HAUST 

Chafgé  du  .ours  .le  Dialectologie   wallonne 
à  l'Université  de  Liège. 


1923 

Imp.H.VAILLANT-CARMANNE  EDOUARD    CHAMPION 

Société  Anonyme  Libraire-Éditeur 


4-,  Place  St-Michel,  4- 
LIÈGE 


5,  Quai   Malaquais,  5 
PARIS 


\. 


h 


JUL 


A    MONSIEUR 

Antoine  THOMAS 

MEMBRE     DE     L'INSTITUT 


PREFACE 


Suave  est  etiam  in  mini  mis  oera  scire. 
Juste  Lipsp,  Polioreetieôn  I,  16. 

Depuis  plus  de  trente  ans  que  j'étudie  nos  dialectes  —  et  surtout 
depuis  que  la  «  Société  de  Littérature  wallonne  »  m'a  chargé,  avec  mes 
amis  Auguste  Doutrepont  et  Jules  Feller,  de  préparer  le  Dictionnaire 
général  des  parler*  romans  de  la  Belgique,  — je  n'ai  cessé  de  fouiller  les 
origines  de  nos  curieux  et  savoureux  vocables  patois  (1).  Un  premier 
résultat  de  ces  investigations  patientes  tient  dans  ces  quelques  centaines 
d'articles.  C'est  peu,  sans  doute,  en  comparaison  du  temps  et  de  l'effort 
dépensés,  et  aussi  au  regard  de  tout  ce  qui  reste  à  élucider  ;  je  m'esti- 
merai pourtant  très  satisfait  si  les  juges  compétents  trouvent  ici  une 
utile  contribution  à  l'étymologïe  romane. 

L'étude  du  wallon  m'a  conduit,  par  une  pente  naturelle,  à  traiter  de 
certains  mots  français,  dont  l'origine  est  tenue  pour  douteuse  et  qui 
m'ont  paru  s'éclairer  à  la  lumière  de  nos  dialectes.  Toutefois,  ce  n'est 
qu'avec  une  extrême  prudence  que  j'ai  tenté  quelques  incursions  sur 
ce  terrain,  où  il  reste  à  faire,  j'en  suis  convaincu,  beaucoup  de  décou- 
vertes intéressantes  (2). 

Dans  le  domaine  de  l'ancien  français,  le  dialectologue  se  sent  plus 
à  l'aise.  Presque  à  chaque  page  du  dictionnaire  de  Godefroy,  il  peut 
noter  des  erreurs  ou  des  omissions  et  contribuer  à  parfaire  l'œuvre  du 
laborieux  lexicographe.  L'ancien  français  —  de  même  d'ailleurs  que 

(l)  On  sait  que  lis  papiers  romans  fie  la  Belgique  comprennent  1°  le  wallon, 
qui  forme  le  groupe  le  plus  important,  avec  ses  variétés  principales  :  le  liégeois, 
le  namurois.  l'ouest-wallon,  I'ardennais,  le  chestrolais  ou  patois  de  Neufchâteau  ; 
—  2°  le  rouchi,  variété  du  picard,  dans  le  Hainaut  occidental  ;  —  3°  le  gaumais, 
variété  du  lorrain,  dans  l'arrondissement  de  Virton. 

('-)  Voici  les  articles  du  Dictionnaire  générai  de  la  langue  française  auxquels 
on  propose  des  corrections  :  agio  p.  1.  anascote  8.  bagou  78,  bolduc  230  n.  2,  brelle 
82  n..  bure  26,  oanepin  44,  chicaner  48.  couet  53,  coumaille  33.  erelon  62,  dégingandé, 
08,  s'ébrouer  89,  écocheler  121  n.  3,  escot  8,  horion  152.  houille  102.  hourct  150, 
hulotte  150,  hurluberlu  151,  /(//y/ 72,  luron  173,  mijoter,  mugot  112-3.  orin  184,  orseille 
183  n.  3,  pirouette  295.  pote  190-1.  potelé  193-4. 


VJ1I 


l'ancien  wallon  -  ;i  donc  fourni  une  bonne  part  de  mes  notices  (x). 
En  sénéral,  ces  notices  ont  pour  point  de  départ  la  critique  d'opi- 
dons  que  je  trouve  exprimées  dans  les  travaux  de  mes  devanciers, 
opinions  que  je  tâche  de  remplacer  par  des  propositions  plus  solides 
ou  du  moins  plus  plausibles.  C'est  surtout  Grandgagnage  qui  fait  les 
frais  île  cet  examen  critique,  au  point  que  le  lecteur  mal  averti  pourrait 
concevoir  une  médiocre  estime  pour  l'auteur  du  Dictionnaire  étymo- 
logique de  la  langue  wallonne.  En  vue  de  prévenir  cette  impression 
défavorable,  je  renvoie  aux  pages  317-321,  où  j'exprime  mon  sentiment 
sur  Charles  Grandgagnage  :  on  y  verra  la  vénération  que  je  professe 
pour  l'initiateur  de  la  philologie  wallonne.  —  Les  autres  philologues 
qu'il  m'est  arrivé  de  contredire  voudront  bien  ne  pas  m'en  tenir 
rigueur.  Ils  savent  que  la  science  n'est  qu'une  perpétuelle  vérification 
d'hypothèses  :  c'est  par  une  longue  suite  d'erreurs  et  de  faux  pas  qu'elle 
parvient  à  son  but  :  La  vérité.  Pour  ma  part,  je  suis  loin  de  croire  que 
partout  j'ai  touché  juste  :  je  ne  me  dissimule  pas  la  faiblesse  de  certaines 
de  mes  propres  conjectures,  et  suis  prêt  à  me  rallierxle  grand  cœur  à 
ce  que  pourra  proposer  une  critique  mieux  informée  ou  plus  heureuse. 


Eu  face  des  dialectes  de  France,  (pli  se  désagrègent  depuis  longtemps, 
la  plupart  de  nos  parlers  septentrionaux  sont  restés  relativement  sains 
et  vigoureux.  La  place  d'honneur  que  Grandgagnage  leur  a  conquise 
dans  la  philologie  française,  serait  plus  considérable  encore  si  les 
savants  étrangers  disposaient,  pour  leurs  études  d'ensemble,  de  maté- 

(!)  Les  principaux  articles  de  Godefroy  qui  font  l'objet  d'une  note  sont  les 
suivants  :  amendeur  s.  avaite  20.")  n.  t.,  ballereische  308,  becquetnoulx  23,  begarfi  22.  !tl , 
chaon  17,  chasse  21-:;.  congle  55  m.  1.  consolide  59,  creter  61,  creti  (il  n.  1,  désirable 
283  n..  dispatuer  <►•>.  embegaré  91 .  empotement  101  n.,  enfresselé  104,  engenave  •'!, 
enmacrelé  L83  n.  1.  enruhir  21 1  n.  8,  esproer  88,femoer  !».">  a., forcharouage  1  +0  n.  1, 
forece  96,  gamas  72.  gewee  .si  n.  2.  gistel  m?,  hamestoc  137,  heulle  157,  hourel,  houreler 

151,    hourer    I  19,    hou reste    150,    hou rlnis    151.    hOVCllon    158,   liiuel    1  .">  1 .    huriele    163, 

hurillon  L52,  lovier  lus.  lureau  172.  manser  174,  menu  2<>s.  menuisse  176,  menustin 
269,  périr  192,  pierge  252,  potelle  194  a.  •":.  quilaine  mi.  racueudre  197,  ranse  200, 
retondeur  282,  roton  L71,  rulane  211,  soldeis,  soldée,  sordreresse,  souder,  souderesse, 

SOUdrtP,  soudeur.  227.  sidruirul  226  n..  soulie  226,  soursueilleiuenl  226  il.  4,  sourtoulure 

282.  sperial,  spurel  228-9,  spier  22!».  sprelhier  90,  stechiné  92  n.  .">.  sueller,  -issemeni 
22u  n.  t.  suweraite  316,  tasù,  featr  248  n..  tenreux  2  !•.">.  tôegé  252  n.,  tà/ce  2  .">:!.  touppequin 
241,  tou#e/  281  n..  Iraversaine  2."»!».  tresserer  259,  ;v///v.  uefre  20:!.  <v/îW  282.  vernal  265, 
vinable  268  n.,  pite  289,  a>age  275  n..  waide,  waibe  276,  waneal  280,  attire  285,  ccetlerel 
287,  zuwilisk  234. 


IX  — 

riaux  plus  abondants  et  mieux  préparés.  N'est-il  pas  remarquable,  en 
effet,  que  Meyer-Liibke,  dans  son  récent  répertoire  étymologique  des 
langues  romanes  (1),  accorde  une  attention  spéciale  aux  dialectes 
wallons  et  cite  des  ternies  liégeois  ou  namurois  bien  plus  fréquemment 
que  ses  devanciers  Diez  et  Kôrting  ?  Cette  part  légitime  faite  aux 
humbles  parlers  de  Wallonie  promet  de  s'élargir  encore  dans  le  diction- 
naire étymologique  de  la  langue  française  dont  un  philologue  suisse 
vient  de  publier  la  première  livraison  (2).  En  attendant  le  futur  Diction- 
naire wallon,  des  études  préliminaires,  comme  celles  qu'on  trouvera  ici 
réunies,  permettront  aux  romanistes  de  tous  les  pays  de  faire  du  wallon 
un  usage  plus  étendu  et  plus  sûr. 

Comparés  à  la  langue  française,  nos  dialectes,  —  et  surtout  ceux  du 
Nord-Est,  qui  gravitent  autour  de  Liège,  --  présentent  un  double 
caractère. 

Leur  structure  phonétique  est  plus  archaïque  ;  le  fonds  latin  y 
transparaît  plus  clairement.  Des  mots  liégeois  tels  que  êzve,  faw,  sawou, 
plope,  fayîne,  aweûr,  maweûr,  mèyole,  mèsplî,  tchèyîre,  crèhe,  pake, 
kinohe,  sont  plus  voisins  de  la  souche  latine  que  leurs  correspondants 
français  eau,  fou  (hêtre),  sureau,  peuplier,  faîne,  heur,  mûr,  moelle, 
néflier,  chaise,  croître,  paître,  connaître.  Certains  types  latins  ne  se  ren- 
contrent que  chez  nous  (3).  Des  expressions  toutes  latines,  connues  de 
l'ancien  français  et  disparues  de  la  langue  moderne  :  adeser,  pansée, 
rade,  moldre,  laigne,  ahonter,  eschame,  cenail,  prangiere,  desseurer, 
vesprée,  entait,  ennubler,  etc.,  survivent  à  Liège  dans  le  langage  quo- 
tidien (4)  ;  et  que  de  jets  nouveaux  poussés  sur  le  vieux  tronc  latin  : 

(!)  Meyer-Lubke,  Romanisches  Etymologisches  Wôrterbuch  (Heidelberg,  1911- 
1920).  Voici  les  principaux  articles  visés  dans  mes  critiques  :  n"  1211  (p.  2(1  n.  2)  ;  — 
2000  (64)  :  —  2151  (55)  ;  —  2403  (165  n.  6)  ;  —  2760  (86  n.  5)  ;  —  3057  (196  n.  3)  ; 

—  3431  (99  n.  1)  ;  —  3623  (76)  ;  —  4008  (141)  ;  —  4090  (7)  ;  —  4208  (199)  ;  —  5151 
(168)  ;  —  5598  (176  n.  2)  ;  —  5776  (113)  ;  —  5958  (186)  ;  —  7348  (208)  ;  —  7405 
(209  n.  1)  ;  —  7841  (217)  ;  —  8785  (281  n.  4)  ;  —  9039  (150,  152)  ;  —  9146  (285 
n.  5)  ;  —  9150  (285);  —  9312  (268  n.  1)  ;  —  9376  (285  n.  5)  ;  —  9515  (296  n.  2)  ; 

—  9636  (183). 

(2)  W.  v.  Wartburg,  Franzôsisches  Etymologisches  Wôrterbuch  (Bonn  et  Leipzig, 
ire  livraison,  1922). 

(3)  Par  exemple  cupere  (voy.  heure,  p.  165),  terreum  (voy.  tîdje,  p.  252),  vara 
(voy.  wére,  p.  285)  :  ce  dernier,  inconnu  en  français,  a  survécu  dans  le  provençal, 
l'espagnol  et  le  portugais  ;  voyez  Meyer-Lûbke,  n°  9150.  Peut-être  aussi  gavia 
(voy.  p.  77). 

(4J  Liégeois  adttzer,  pwèzêye,  tôt  rude  (tantôt),  moûde  (traire),  lègue  (bois  de 
chauffage),  uhoutî,  hume,  cina,  pruudjîre,  dizawirer  (blesser),  'vèsprêye,  ètêt  (voyez 
p.  93),  ènûler. 


arincrin  (araneae  crinem  :  «  toile  d'araignée  »),  nîvaye  (*nivalia  : 
«  neige  »),  mutwè  (multum  tostum:  «peut-être  ».  littéralement  très 
tôt  »),  et  tant  d'antres  ! 

Si  le  fonds  héréditaire  de  nos  patois,  leur  morphologie  et  leur  syntaxe, 
sont  essentiellement  d'origine  latine,  il  n'en  est  pas  moins  vrai  qu'ils 
ont  subi,  surtout  dans  la  phonétique  et  le  vocabulaire,  une  forte 
influence  germanique.  Cette  influence,  qui  s'affirme  considérable  dans 
la  langue  française  elle-même,  a  dû  naturellement  agir  bien  davantage 
encore  sur  les  parlers  de  la  frontière  linguistique  du  Nord  et  de  l'Est  ; 
et,  dans  la  contrée  la  plus  septentrionale  qui  ait  adopté  le  langage  des 
Romains,  l'angle  que  forme  le  pays  de  Liège  et  de  Malmedy  s'est  trouvé 
le  plus  exposé  à  l'invasion  des  mots  tudesques  :  n'est-il  pas  le  poste 
avancé  de  la  culture  romane,  dont  la  destinée  séculaire  fut  de  supporter, 
de  deua  côtés  à  la  fois,  la  poussée  ininterrompue  des  Germains  ?  Aussi 
le  dialecte  y  est-il  saturé  d'éléments  hétérogènes. 

Il  incombe  à  la  philologie  wallonne  de  mesurer  l'étendue  et  la  pro- 
fondeur de  ces  affinions,  de  dater,  si  possible,  chacun  de  ces  emprunts, 
de  faire  le  départ  entre  les  vocables  anciens  et.ceux^lont  l'introduction 
est  récente,  entre  ceux  qui  ont  fait  souche  et  ceux  qui  sont  cristallisés 
dans  une  seule  expression  (1),  de  décrire  leur  adaptation  phonétique 
et  leur  évolution  sémantique,  de  montrer  enfin  à  quelles  catégories 
idéales  appartiennent  ces  mots  empruntés  :  vie  rurale,  travaux  jour- 
naliers, instruments  de  métiers,  etc.  Il  va  de  soi  qu'une  étude  d'ensemble 
sur  les  éléments  germaniques  des  dialectes  wallons  serait  prématurée 
aujourd'hui  :  on  ne  pourra  l'aborder  que  plus  tard,  lorsque  l'enquête 
étymologique  sera  plus  avancée  et  que  les  germanistes,  autant  que 
les  romanistes,     uront .pu  en  vérifier  les  résultats. 

On  trouvera  ici  des  matériaux  préparés  en  vue  d'une  synthèse  de  ce 
genre  :    ils   ont   été   rassemblés   sans   idée    préconçue,   au    hasard   de   la 

(!)  1  *; i r  exemple  le  néêrl.  ila^i  n'a  passé  que  dans  le  liégeois  dfafêi  m'  dag  (j'ai  fait 
ma  journée  de  travail,  j'ai  fini  ma  tâche),  ("est  le  cas  le  plus  ordinaire  :  ces  mots 
empruntés  sont  restés  généralement  stériles.  Le  provignerrient  témoigne  d'un 
emprunl  | >l u-^  ancien  (par  exemple  skolla,  pp.  158-162).  —  Dans  la  question  qui  nous 
occupe,  l'examen  phonétique  permettra  de  distinguer  entre  le  cas  de  tîke  (p.  •_'.">.•;), 

nn>t  de  S lie  latine,  qui  a  passe  en  germanique  avant  devenir  ehe/.  nous,  et  celui 

de  masse,  scrinî,  trêteû  (moule,  menuisier,  entonnoir),  qu'on  serait  tenté  à  première 
vue  île  dériver  du  germ.  mossel,  schreiner,  trechier,  alors  que  le  latin  a  donné  i-ahai.- 
ii  m  \n\i  ces  mots  au  wallon  et  au  germanique,  si  tant  est  (pie  le  germanique 
ne  les  ait  pas  redis  du  roman  wallon.  Voyez  aussi  l'article  crèssôde  et  la  note 
après   Tait  iele   VÛSC. 


recherche.  De  prime  abord,  on  sera  frappé  du  grand  nombre  de  termes 
allemands  ou  néerlandais  qui  figurent  dans  ce  recueil.  Certains,  je  m'y 
attends,  inclineront  à  me  taxer  d'exagération,  comme  on  a  pu  le  faire, 
non  sans  raison,  pour  Grandgagnage  lui-même  (1).  J'ai  conscience 
cependant  d'avoir  été,  dans  mes  conclusions,  aussi  prudent,  aussi 
objectif  que  possible.  De  plus,  il  serait  illogique  de  vouloir  juger  de 
l'apport  germanique  en  se  fondant  uniquement  sur  les  quelques 
centaines  de  termes  qui  sont  étudiés  ici.  Ce  serait  perdre  de  vue  la 
masse  des  mots  dialectaux  qui  ont  des  correspondants  français  dont 
l'origine  latine  est  solidement  établie  et  ne  prête  plus  à  discussion. 
Ce  que  l'étymologiste  doit  étudier  et,  s'il  le  peut,  identifier,  ce  sont  les 
termes  obscurs,  sans  famille  connue  dans  le  domaine  des  langues 
romanes  :  un  examen  attentif  pourra  sans  doute  en  rattacher  un  certain 
nombre  au  latin  (2)  ;  mais,  pour  la  majeure  part  d'entre  eux,  il  y  aura 
présomption  naturelle  en  faveur  d'une  origine  étrangère. 

Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  urgent,  répétons-le,  de  recueillir  nos  patois. 
Ils  sont  en  train  de  péricliter:  tâchons,  tout  au  moins  d'en  sauver 
le  souvenir  précis.  D'une  part  le  progrès  constant  de  la  langue  française, 
véhiculée  par  les  journaux  et  par  l'enseignement,  d'autre  part  le  déve- 
loppement industriel,  qui  modifie  les  anciennes  formes  du  travail  humain 
en  supprimant  les  métiers  et  les  outils  traditionnels,  enfin  l'universel 
nivellement  des  conditions  sociales,  —  sans  compter  d'autres  facteurs 
encore,  comme  la  grande  guerre  qui  a  bouleversé  les  populations,— 
tout  cela  contribue  à  l'altération  progressive  de  nos  antiques  idiomes. 
Tout  vieillard  qui  disparaît  emporte  avec  lui  de  vieux  mots,  dont  la 
génération  suivante  ne  connaît  déjà  plus  le  sens  exact.  Or,  on  l'a  dit 
avec  raison,  un  vocabulaire  est  une  conception  de  la  vie,  une  syntaxe 
exprime  une  mentalité  (3).  Le  jour  où  nous  aurons  désappris  le  rude 
langage  de  nos  pères,  notre  horizon  sera  peut-être  élargi  et  notre  génie 
plus  policé,  mais  nous  aurons  perdu  ce  qui  faisait  un  élément  essentiel 
de  notre  personnalité. 

Une  bonne  moitié  des  pages  suivantes  est  inédite  :   les  autres  ont 
paru   en   première  édition  dans  des  revues  spéciales,    peu  accessibles 

(i)  Voyez  par  exemple  mes  articles  arinne,  cofhé,  fortAri,  rûnanmint,  sorblèsseûre, 
tîdje,  trèvint.  Pour  tous  ces  mots.  Grandgagnage  proposait  une  origine  germanique  : 
nous  les  rattachons  au  latin. 

(2)  Voyez,  les  articles  crâmignon,  djama,  match/ré  (\>.  182),  tanawète,  vêre,  wére. 

(3)  Brunetière,  Histoire  île  la  littérature  française  classique,  I  511. 


XII 


au  public  (1).  Je  les  reprends  ici  pour  une  double  raison.  D'abord,  le 
souci  de  corriger  certaines  faiblesses  de  mes  premiers  essais  :  des 
recberches  nouvelles  ont  amené  la  refonte  de  quelques  articles  et,  un 
peu  partout,  des  remaniements  ou  des  additions.  En  second  lieu,  si 
chacune  de  ces  menues  choses,  prises  isolément,  n'offre  guère  d'intérêt, 
j'ai  pensé  que,  réunies  en  faisceau,  elles  gagneraient  d'autant  à  se 
fortilier,  à  s'éclairer  les  unes  par  les  autres.  Au  surplus,  pour  construire 
sûrement,  la  science  philologique  réclame  tout  d'abord  des  grou- 
pements de  matériaux  aussi  nombreux,  aussi  convenablement  préparés 
que  possible. 

Il  me  reste  à  remercier  les  nombreux  collaborateurs  et  correspondants 
qui  m'ont  fourni,  avec  tant  de  bonne  grâce,  des  renseignements  de 
toute  sorte  sur  nos  dialectes  ;  car  ce  livre  n'est  pas  seulement  un  recueil 
d'étymologies,  il  contient  de  plus  les  résultats  partiels  des  multiples 
enquêtes  que  j'ai  entreprises  en  Wallonie.  Je  dois  également  remercier 
mes  collègues  et  amis  Auguste  Doutrepont  et  Jules  Feller,  que  j'ai 
toujours  trouvés  prêts  à  m'aider  de  leur  savoir- et  de  leur  expérience. 
Et  enfin  je  veux,  dire  ici  tout  ce  que  je  dois  à  l'éminent  philologue, 
M.  Antoine  Thomas,  membre  de  l'Institut,  dont  les  brillantes  études 
étymologiques,  modèles  de  goût  et  d'érudition  bien  française,  m'ont 
servi  de  guides  dans  mes  recherches.  M.  Thomas  a  daigné  s'intéresser 
personnellement  à  mes  modestes  essais  :  ses  encouragements  et  ses 
précieux  conseils  m'ont  plus  d'une  fois  soutenu,  en  me  persuadant  que 
nés  efforts  ne  seraient  pas  stériles.  Ce  petit  volume  lui  est  dédié  en 
témoignage  d'admiration  et  d'affectueuse  reconnaissance. 


(')  Notamment    dans    Romania  el  dans  le  Bulletin  'In  Dictionnaire    wallon. 
I  baque  fois  qu'il  s'agil  d'une  nouvelle  édition,  une  note  en  avertit  le  lecteur. 


Bibliographie 


Pour  ne  pas  allonger  cette  liste  outre  mesure,  on  ne  reprend  ici  (pie  les  ouvrages 
dont  le  titre  est  cité  en  abrégé  ou  même  simplement  par  le  nom  de  l'auteur. 

Altenburg,  AV.,   Versuch  einer  Darstellung  der  wallonischen  Miaulait  :  trois  pro- 
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Bailleux,  Dictionnaire  liégeois  (manuscrit). 

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1900-1922. 

B.  et  D.  Choix  =  Choir  de  Chansons  et  Poésies  wallonnes  (pays  de  Liège)  recueillies 
par  MM.  B***  et  D***  [=  Fr.  Bailleux  et  Jos.  Dejardin],  Liège,  1844  :  in-8°. 

Behrens,  i)..  Beitràge  zur  franzôsis'chen   Wortgeschichte  und  Gramtnatik.  Halle, 
1910  :  in-8°. 

Body,  A.,  Vocabulaire  des  charrons  ;  etc.  :  BSW  8  (18G6)  ;  —  Voc.  des  tonneliers, 
etc.  :  ibid.,  10  (1808)  :  —  ^'oc.  des  couvreurs  :  ibid.  11  (1808)  ;  —  Voc.  des  poissardes 
ibid.  11  (18G8)  ;  —  Voc.  des  agriculteurs  :  ibid.  20  (1885). 

Bormans,  S.,  ]Tocabulaire  des  bouilleurs  liégeois  :  BSW  0,  pp.  189-234.  Liège.  1863 

Bormans,  S.,  et  Body,  A.,  Glossaire  roman-liégeois  ;  publié  dans  BSW  13,  pp.  91 
212,  jusqu'au  mot  avour  ;  le  reste  est  inédit. 

Bruneau,  Ch.,  Enquête  linguistique  sur  les  patois  d'.lrdeuue.  t.   I.  Paris.   1014 
in-8°. 

BSW   =   Bulletin  de  la  Société  (liégeoise)  de  Littérature  wallonne,  56  vol.  in-8°. 
Liège,   1858-1922. 

Cambresier,  H.  J.,  Dictionnaire  wallon- français.  Liège.  1787  ;  in-8°. 

Choix,  voyez  B.  et  D.,  Choix. 

Corblet,  J.,   Glossaire  étymologique  du  patois  picard.  Paris.  1851  :  in-8°. 

Dasnoy,  J.-B.,  Dictionnaire  wallon-français  et  l'usage  des  habitants  de  la  province 
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De  Bo,  L.-L.,  Westvlaamsch  Idioticou.  Gand,  1892  ;  in-4°. 

Defrecheux,  Joseph,    Vocabulaire  de  la  faune  wallonne  :  BSW  25.   pp.   12-268. 
[Une  3e  édition  a  paru  en  1803.] 

Delfosse,  voyez  F.  1). 

Delmotte,  Philibert.  Essai  d'un  glossaire  wallon,  écrit  en  1812  et  publié  en  1907 
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et  Thomas.  Paris,  Delagrave  :  2  vol.  in-4". 

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Doutrepont,  Aug..  Les  noëls  wallons.  Liège,  1900  :  in-8°. 

Doutrepont,  G..  Etude  linguistique  sur  Jacques  de  Ilemricourt  :  extrait   du   t.  xlvi 
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Henaux,  F.,  La  houillerie  dn  pays  de  Liège  ;  2°  éd.,  Liège,  1831  ;  in-8°. 

Hennen,  (...  Pamphlets  politiques  wallons  du  AT IIe  siècle  (Bull,  de  la  Soc.  ver- 
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Kluge,  Fr.,  Etymologisch  Wôrterbuch  der  deutschen  Sprache  :  8e  éd.  Strasbourg, 
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Simonon,  \..  Poésies  en  patois  de  Liège.  Liège,  1845  :  iu-8°. 

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1891-2  :  2  vol.  in-8°. 

Théâtre  liégeois  [du  xvnr  siècle],  édite  par  Bailleur  :  Liège,  1854  :  in-12. 

Thomas,  Antoine.  Essais  de  philologie  française.  Paris,  1897  :  in-12. 
Mélanges  (F étymologie  française.  Paris,  l!)<>2  :  in-8°. 
Wouveaua  essais  de  philologie  française.  Paris,  1904  :  in-12. 

Thonnar  el  Evers.  Wôrterbuch  der  Eupener  Sprache.  Eupen,  1899  ;  in-12. 

riiix.  I...  D<  germaansche  elementen  in  <lc  romaansche  taleh.  Gand,  1907  :  in-8°. 

Varlet,  Dictionnaire  >iu  palais  meusien.  Verdun,  1896  :  in-.S". 


XV 


Vercouille.  Etymologisch  Woordenboek  der  nederlansche  tuai.  Gand,  1898  ;  in-8°. 

Verniesse,  L..  Dictionnaire  du  patois  de  la  Flandre  française.  Douai.  18(57  :  in-8°. 

Villers,  Aug.-Fr.,  Dictionnaire  wallon  malmédien,  1793  (manuscrit  ;  des  Extraits 
ont  été  publiés  par  Grandgagnage  en  1803  :  BSW  6,  pp.  21-91). 

WaUonia.  Liège,  1893-1914  ;  22  vol.  in-8". 

Waslet,  .T.,  Vocabulaire  wallon  (dialecte  givétois).  Sedan,  1911. 

Weigand,  Deutsches  Wôrterbuch,  5e  éd.  Giessen,  1909  ;  in-4°. 

Willem,  J.,  Dictionnaire  des  rimes  wallonnes.  Liège,  1900  ;  in-4°. 

Wilmotte,  M.,  Etudes  de  dialectologie  wallonne  (in  Romania,  t.  xvn,  xvm,  xix). 
Paris,  1888-90  ;  in-8°. 

Graphie 

Les  mots  dialectaux  sont  transcrits  d'après  le  système  adopté  par  la  «  Société 
de  Littérature  wallonne  ».  Ce  système  s'efforce  de  combiner  dans  de  sages  propor- 
tions les  principes  opposés  du  phonétisme  et  de  l'étymologie  ou  de  l'analogie  fran- 
çaise. Il  note  exactement  les  sons  parlés,  tout  en  tenant  compte,  autant  que  pos- 
sible, de  l'origine  des  mots,  de  la  grammaire  et  de  l'histoire  de  la  langue. 

On  en  trouvera  l'exposé  en  tête  de  chaque  tome  du  Bulletin  du  Dictionnaire 
wallon.  Voici  quelques  particularités  qu'il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  :  â  se  prononce 
connue  a  dans  l'anglais  hall  ;  ,i\  e,  eu  représentent  œ  ouvert  bref,  comme  e  du  fr.  cela  ; 
en  =é  fermé  nasal  ;  banne,  sinne,  sonne  se  prononcent  bàn.  sln,  son  ;  y  est  la  semi- 
consonne  yod  ;  //  est  toujours  aspirée  ;  //.  y,  liy  représentent  une  h  fortement  aspirée 
et  légèrement  mouillée  ;  «  =  ng  de  l'allemand  long. 


Abréviations 


ail. 

allemand 

fr. 

fiançais 

ms. 

manuscrit 

anc. 

ancien 

gaum. 

gaumais 

n. 

note 

ard. 

ardennais 

germ. 

germanique 

nain. 

namurois 

art. 

article 

1. 

ligne 

néerl. 

néerlandais 

auj. 

aujourd'hui 

la  t. 

latin 

P- 

page 

chestr 

.  cliestrolais 

1.  d. 

lieu  dit 

r. 

rouchi 

comp. 

compare/. 

liég. 

liégeois 

s. 

substantif 

dial. 

dialecte 

litt. 

littéralement 

Sllff. 

suffixe 

éd. 

édition 

m. 

masculin 

syn. 

synonyme 

esp. 

espagnol 

malm. 

malmédien 

t. 

terme,  tome 

f. 

féminin 

m.  b.  ail. 

moyen  baut  allemand 

fl 

flamand 

mod. 

moderne 

L'astérisque  *  indique  une  forme  hypothétique,  restituée  par  induction. 


Etymologies  wallonnes  et  françaises 


w.  abèrdondè,  avèrdondé 

Au  sud-ouest  de  Namur,  à  Stave  et  à  Fosses,  abèrdondè  signifie  : 
«  plus  porté  au  jeu  qu'au  travail  »  (BD  1913,  p.  23).  Hécart  signale 
en  rouchi  le  féminin  averdondée  «  jeune  folle,  étourdie  »,  et  j'ai  noté, 
à  Alle-sur-Semois,  avèrdondé  «  paresseux  »,  avec  une  forme  plus  rare 
évèrdondé.  Cela  nous  mène  à  l'anc.  fr.  esvergondé  «  sans  vergogne, 
dévergondé  »,  dont  le  sens,  dans  les  patois  modernes,  s'est  restreint  et 
l'aspect  passablement  défiguré.  On  remarque  la  même  substitution  du 
préfixe  es-  :  a-  dans  le  gaumais  avèrgougni  (Ste-Marie-sur-Semois) 
«  confus,  éperdu,  effaré  »,  qui  reproduit  l'anc.  fr.  ester goignié,  doublet 
de  esvergondé. 

liég.  âdios',  an'tchou,  verv.  am'tchô 

Le  liég.  âdios\  âdiyos'  «  façons  cérémonieuses,  salamalecs  »  (x)  vient 
probablement,  d'après  G.,  I  8,  de  l'esp.  a  dios  «  adieu  ».  Cela  n'est  guère 
possible,  vu  l'accent  et  la  quantité  de  la  protonique  à-,  qui  devient  même 
an-  nasal  (à  Stavelot),  an'-  (à  Spa,  Stavelot,  Sprimont),  âw-  (à  Verviers, 
d'après  Lobet).  Il  faut  y  voir  l'altération  du  grec  âyioç  —  prononcé 
âguiyos'  (2)  —  qui  est  le  premier  mot  et  comme  le  refrain  des  versets 
chantés  à  l'office  du  Vendredi  Saint  ;  chaque  fois  que  le  chœur  dit  : 
«  Agios  o  Theos  (Sanctus  Deus)  »,  on  fait  une  génuflexion. 

La  forme  pure  agios'  s'emploie,  toujours  au  pluriel,  en  picard  (Corblet) 
et  en  montois  (Delmotte)  avec  le  même  sens  de  «  démonstrations 
d'amitié,  cérémonies,  salamalecs  ».  Dans  le  fr.  agio,  agiau  (3),  s  final 

(*)  Voy.  BD  1907,  p.  84,  où  il  faut  lire  àw'dius'  (Lobet)  et  an'doyes  (Bailleux) 
[ce  sont  des  altérations  arbitraires,  par  intention  sarcastique].  Lobet  donne  aussi 
audioss,  p.  647  (lire  :  àdios'),  et  non  ari'dios'. 

(2)  Dans  les  mots  liégeois  empruntés  du  latin,  l'antépénultième  a  portant  l'accent 
tonique  devient  normalement  à  ;  comp.  àsinus'  (à  l'article  unuses,  ci-après)  ; 
âbarone,  s.  f.,  bannière  carrée  ;  du  lat.  labarum  (G.,  I  3  et  322). 

(3)  Voy.  God.,  t.  X,  et  Dict.  gén.  Ce  dernier  déclare  le  mot  d'origine  inconnue. 
Cependant,  comparez,  outre  le  fr.  kyrielle,  le  picard  faire  des  sanctus1  ou  des  ado- 
rémus*  (Corblet)  «  des  salamalecs  »  ;  le  montois  des-ôrémus\  des  mittimus  «  des 
embarras,  des  objections  »  (Sigart,  256),  le  w.  dès  Jésus'  Maria,  dès  Mater  Dèi  «  des 
exclamations  ».  Pour  arias  (G.,  I  26),  voy.  Dict.  gén. 


s'est  amuï.  Le  liég.  âdios'  est  remarquable  par  le  changement  de  g  dur 
en  d  (x)  :  il  a  probablement  subi  l'influence  de  adiè,  adiu  «  adieu  ». 

Dans  le  sens  de  «  salamalecs  »,  le  liégeois  emploie  aussi  an'tchô 
(BSW  39,  p.  237),  -ou  (G.,  II  497),  altéré  en  aniHchô  (Verviers  :  Lob., 
pp.  37,  38),  -ou  (Vielsalm  :  BSW  51,  p.  236).  Il  faut  reconnaître  dans 
arCtchô  un  durcissement  de  *an,djô,  forme  empruntée  du  fr.  agiau, 
agio,  de  même  que  an'àios'  provient  de  andios\  âdios',  mis  pour  agios' . 

anc.  liég.  afahant 

Duvivier  et  G.,  I  9,  traduisent  ce  mot  par  «  affamé  ».  Le  seul  exemple 
connu  est  de  1622  :  Voz  estez  oun  gran  afaxhan  Apre  le  bin  di  no 
chènon'  (2).  G.,  II  266,  note  de  plus,  d'après  Simonon,  le  composé 
r afahant  «  insatiable,  glouton  ».  On  n'a  pas  encore  expliqué  ces  deux 
mots,  disparus  de  la  tradition  orale.  —  À  première  vue,  on  pense  à  fahî 
(fasciare  :  envelopper,  entortiller  ;  fr.  faisser)  ;  mais  fahî  n'a  que 
le  sens  de  :  «  emmailloter  (un  enfant),  fagoter  »,  de  même  que  l'anc.  fr. 
enfaissier.  L'ail,  f  ahen,  qui  est  encore  dans  Luther  et  que  l'ail,  moderne 
a  déformé  en  fangen  «  prendre,  saisir  ».  conviendrait  tout  aussi  bien  pour 
la  lettre  et  beaucoup  mieux  pour  le  sens. 

Le  composé  moyen-haut-all.  une  vâhen  signifie  «  revendiquer  par  voie 
de  saisie,  s'approprier  ».  Telle  paraît  bien  être  l'acception  de  afahant, 
qui  serait  donc  synonyme  du  w.  agrafant,  -pant,  agrifant,  -pant  «  rapace, 
cupide,  accapareur  »,  et  formé  de  même  du  préfixe  roman  a-  (lat.  ad) 
et  d'un  radical  germanique.  D'après  cette  conjecture,  la  traduction 
«  affamé  »  manquerait  d'exactitude  ;  «  être  afahant  après  qqeh  »  répon- 
drait au  fr.  familier  «  vouloir  mettre  le  grappin  sur  qqch  ». 

w.  aguèrôdî  (Vielsalm) 

On  lit  dans  le  Bulletin  du  Dictionnaire  zvallon,  1911,  p.  50  : 

aguèrôdî  (Vielsalm),  v.  intr.,  venir  pour  faire  la  guerre  (?)  :  lés-annîes 
(T  pleuve,  ozès  courlis,  lès  càrzês  cT  salades  vèyèt  aguèrôdî  dès  lignîes  (F  lunî'çons, 
«  les  années  de  pluie,  dans  les  jardins,  les  parcs  de  laitues  voient  venir  vers  eux 
pour  leur  faire  la  guerre  des  lignées  de  limaces  ». 

L'auteur  de  cette  intéressante  communication  se  trompe  certai- 
nement  :  la  traduction  qu'il  propose  s'inspire  du  contexte  (idée  d'inva- 

(x)  Comp.  le  w.  lîdion  «  nielle  des  blés  »,  altéré  de  nîguion  (G.,  II  25). 
(2)  Voy.  J.  Haust,  Le  dialecte  liégeois  au  XVIIe  siècle  ;  les  trois  plus  anciens  textes, 
p.  28  (Liège,  1921). 


—  3  — 

sion)  et  d'une  ressemblance  toute  fortuite  entre  les  sons.  L'étymologie 
populaire  ne  procède  pas  autrement  ;  souvent  même,  elle  se  contente 
de  bien  moins.  En  réalité,  aguèrôdî  est  composé  d'un  verbe  guèrôdî 
«  réussir  »,  que  nous  avons  relevé  près  de  Vielsalm,  à  Petit-Thier  :  lès- 
avonnes  ont  bin  guèrôdî  ciste  annîe.  On  connaît  aussi  guèrôder  à  Mal- 
medy,  Faymonville.  Stoumont,  Moulin-du-Ruy  ;  dans  ce  dernier 
village,  on  dit  plus  souvent  djèrôder  (1).  —  La  source  est  évidemment 
le  luxembourgeois  gerôden  (=  ail.  geraten)  «  tourner,  tomber  (bien  ou 
mal),  réussir  ».  De  là,  notre  composé  aguèrôdî  doit  se  traduire  par  : 
«  arriver  accidentellement,  tomber  par  hasard  dans...  »  ;  c'est,  en  fait, 
l'équivalent  exact  de  l'ail,  hingeraten. 

liég.  akinâve,  nam.  aginauve,  anc.  fr.  engenave 

G.,  II  vin,  enregistre  simplement  cette  phrase  de  Simonon  :  il 
è-st-akinâve  di  mâs  d'  dints  «  il  est  sujet  aux  maux  de  dents  ».  Récem- 
ment (2).  on  a  rapproché  de  akinâve  le  nam.  aginauve  «  actif,  énergique  » 
(G.,  II  496)  et  l'anc.  fr.  engenave  (Jean  de  Stavelot,  p.  77),  que  l'éditeur 
Borgnet  glosait  comme  suit  :  «  enclin  ;  probablement  la  forme  ancienne 
de  akinâf  signalé  par  Grandgagnage  »  (3). 

Les  trois  mots  présentent  bien  le  même  suffixe  (fr.  -able)  ;  mais, 
à  mon  sens,  nous  avons  affaire  à  deux  radicaux  différents.  Le  liég. 
akinâve  paraît  être  dérivé  du  lat.  acclinare  «  incliner,  pencher  vers  ». 
Bien  qu'on  ne  trouve  pas  *aclvnable  dans  Godefroy,  on  peut  le  supposer 
d'après  aclin,  acliner,  enclinable,  qui  s'y  rencontrent.  Le  groupe  el 
se  sera  simplifié  en  k  (4). 

Quant  à  engenave,  Borgnet  et  Godefroy  ont  tort  assurément  d'y  voir 
un  synonyme  de  «  enclin  ».  C'est  la  forme  wallonne  de  l'anc.  fr.  enginable 
«  qui  a  beaucoup  de  talent  »  (God.),  dérivé  de  ingenium  :  engin. 
La  phrase  de  Jean  de  Stavelot  :  «  il  estoit  mult  engenave  délie  inquerir 

(!)  Toujours  accompagné  de  bin  ou  de  ma  ;  exemples  :  Su  V  tins  guèrôde  bin, 
fût  soyî  â  stièrmint  (Malmedy,  Ami.  dol  Saméne,  1886,  p.  18)  ;  coula  li-a  ma  guèrôdé 
(Bastin,  Voc.  de  Faymonville)  ;  il  a  bin  guèrôdé,  i  guèrôde  ma  devins  sès-aféres  (Stou- 
mont, Moulin-du-Ruy). 

(2)  BD  1911,  p.  36.  Corrigez,  dans  cet  article,  énergumène,  agcnave  en  :  énergique, 
engenave. 

(3)  God.,  engenave,  reproduit  le  passage  de  J.  de  Stavelot  et  la  définition  de 
Borgnet. 

(4)  Voyez  ci-après  les  articles  guingon,rakète(=  glingon,  raclette).  Il  faut  peut-être 
rapprocher  le  w.  kègneter  «  taquiner  »  (G.,  I  104)  du  verviétois  cligneter  «  chercher 
noise  pour  des  vétilles  »  (BSW,  53,  p.  418).  Forir  donne  kajo  ou  klajo  «  toile  d'em- 
ballage »  ;  etc. 


_  4  — 

comment  ilh  acqueroit  argens,  sans  estre  honteux...  »  signifie  qu'il  était 
très  ingénieux  pour  rechercher  les  moyens  d'acquérir  de  l'argent. 

Enfin,  dans  le  namurois  aginauve  —  qu'on  prononçait  sans  doute 
adjinauve  —  nous  retrouvons  un  type  primitif  *èdjinauve  (=  engenave  : 
enginable),  qui  aura  subi  l'influence  analogique  du  préfixe  a-  (*)  et  celle 
du  verbe  adji  «  agir  ».  Du  sens  propre  :  «  habile,  fertile  en  expédients  », 
on  passe  sans  effort  à  celui  de  :  «  actif,  énergique  ». 

liég.  âlon 

G..  1 18,  donne  sans  explication  le  liég.  âlê,  âlon  «  échalas  »,  anc.  liég. 
allon.  La  forme  en  -ê  ne  s'entend  jamais,  je  pense,  à  Liège  (2)  ;  mais 
on  connaît  âlê  à  Fontin-Esneux,  aulé  dans  la  Famenne,  aulia  à  Ciney. 
Le  liégeois  appelle  âlon  la  perche  à  haricots.  Ces  perches  sont  plantées 
isolément  ou  bien  par  couples,  sur  deux  lignes  ;  dans  ce  dernier  cas, 
elles  s'entrecroisent  vers  leur  sommet  et  sont  liées  au  point  d'inter- 
section. —  La  protonique  à  s'oppose  à  un  rapprochement  avec  le  liég. 
alète  «  ailette,  aileron  ».  Il  faut  voir  dans  âlê,  âlon  des  diminutifs  romans 
du  moyen  h.  ail.  ahsel  (ail.  mod.  achsel  «  épaule,  »  ;  apparenté  au  lat. 
axilla)  ;  le  thème  s'est  réduit  à  asl-  devant' le  suffixe  (3).  L' échalas  est 
considéré  comme  une  épaule  sur  laquelle  s'appuie  la  plante  grimpante 
(haricot,  houblon,  vigne). 

liég.  amâ,  ma  («  avant  ») 

G.,  I  20  et  II  47,  signale  ce  mot  qu'il  juge  énigmatique  ;  il  mentionne 
bien  un  homonyme  amâ  «  à  moins  »  :  dfîrè,  a  ma  quéque  astâdje,  «  j'irai 
à  moins  d'un  empêchement  »  ;  toutefois,  non  seulement  il  ne  suppose 
pas  que  ces  deux  amâ  peuvent  être  identiques,  mais  il  se  refuse  même 
à  voir  clans  le  second  le  même  mot  que  mons  (mô~)  «  moins  ».  Pour  ma 
part,  je  suis  d'un  avis  opposé. 

D'abord,  je  crois  que  mo  (moins),  employé  comme  proclitique,  est 
devenu  nul  (man),  puis  s'est  dénasalisé  en  ma,  ma,  en  subissant  peut-être 
aussi  l'influence  de  ma,  ma  «  mal  ».  C'est  ainsi  qu'à   l'anc.  fr.   dont, 

(  )  Vby.  ci-dessus  l'art,  abèrdondé. 

(-)  Hubert  ne  connaît  que  âlon,  syn.  passe.  Remacle,  2e  éd.,  donne  âlê,  âlon 
»échalas  .  De  même  Forir,  qui  de  plus  attribue  à  ces  deux  mots  le  sens  de  «jalon  »(?); 
plus  douteux  encore,  ses  dérivés  àloner,  -èdje,  -eu  «  jalonner,  -âge,  -eur  »  (!).  — 
(...  II  l!tT.  distingue  entre  passé  «  petit  échalas  »  ;  âlê,  âlon  «  grand  échalas  »  ;  pîce 
ou  stètche      perche     |à  houblon]. 

(•)  Comparez  naît  <  cordon  de  cuir  »,  dérive  t\r  nàk  <  ruban  »,  anc.  fr.  na.sle,  qui 
vient  du  moyeu  h.  ail.  nestel,  anc.  IV.  nastel (cordon,  lacet). 


—  5   — 

(Joint  («  donne  »,  3e  pers.  du  subjonctif)  répond  en  anc.  w.  don,  dan 
(do,  da)  dans  des  souhaits  de  forme  stéréotypée  (1).  De  même.  *ombion, 
diminutif  de  ombe  «  ombre  »,  a  passé  par  *ambion  pour  devenir  le 
liég.  moderne  âbion  «  ombre  d'une  personne,  d'un  objet  »  (G.,  I  4),  sous 
l'influence  probable  de  âbe  «  arbre  ».  Le  lieu  dit  Cronmoûse  (2)  est  devenu 
Crâmoûse  à  Jupille.  Comparez  encore  le  liég.  mâquer  «  manquer  » 
et  les  formes  âxvèye,  wâgnî  que  le  Dict.  liégeois  de  Hubert  donne  pour 
anivèye  «  anguille  »,  wangnî  «  gagner  ».  —  Dès  lors,  rien  d'étonnant  que 
de  vieux  Liégeois  prononcent,  comme  je  l'ai  entendu  :  dfîrè,  a  ma 
quéque  (ou  d'ine)  astâdje,  au  lieu  de  a  nions. 

D'autre  part,  le  latin  minus  triginta  diebus  (Cic,  de  Divin.,  I  68) 
signifiant  «  dans  moins  de  trente  jours,  avant  trente  jours  »  (telle  chose 
arrivera),  il  paraît  légitime  de  voir  une  syntaxe  analogue  dans  le  liég. 
ma  (ou  a  ma)  trinte  djoûs  :  c'est  à  cause  du  contexte  que  «  moins  » 
a  pris  le  sens  de  «  avant  ».  —  Les  plus  anciens  exemples  de  cette  cons- 
truction se  rencontrent  dans  des  pasquilles  du  xvne  siècle  (3)  où, 
deux  fois,  nous  lisons  aman  qui  «  avant  que  »  ;  on  remarquera  cette 
forme  archaïque  mon,  qui  répond  à  l'anc.  fr.  mans  «  moins  »  (voy.  un 
exemple  dans  God.)  et  qui  confirme  ce  que  nous  avons  dit  plus  haut 
à  propos  de  mo  <  ma.  —  Dans  le  parler  moderne,  j'ai  entendu  ma 
à  Huy  :  ma  pô  d'  tins,  ma  qu  coula  n'  seûye  jet  ;  —  ma,  amâ  à  Liège  : 
(a)mâ  pô  d'  djoûs  ou  cT  tins  «  avant  peu  de  jours,  de  temps  »  (4),  vos-ârez 
<2'  mes  novèles  ;  dfènrta  co  po  'ne  hapêye  (a) ma  dresse  riwèri  ;  (a)mâ 
de  djouwer,  i  jât  ovrer  ;  (a)mâ  qu'  vos  'nn'alése,  dji  sèrè  rini'nou  ;  il  èsteût 
la  (a)mâ  qui  dji  riî  jouhe. 

J'estime  donc,  contrairement  à  Grandgagnage,  que  ma  (moins)  est 
une  forme  variée  de  mons  et  que  a  ma  (avant)  ne  diffère  pas  étymolo- 
glquement  de  a  ma  (à  moins). 

(1)  Voici  les  quatre  exemples  que  je  connais  :  Dief  don  bon  tour  (1690  :  Ann. 
Soc.  Wall.,  19,  p.  110)  ;  Dief  dan  bonne  nulle  et  bonne  santé  (1631  ;  l'éditeur  du 
Choix,  p.  79,  a  corrigé  en  donn"1  !);  Dief  dan  bonjour  (1672  :  Hennen,  Pamphlets,  I,v.l); 
Dif  dan  boue  nulle  et  bone  santé  (1700  :  BSW  6,  n,  p.  18). 

(2)  Coude  formé  par  la  Meuse  à  Liège  ;  du  néerl.  krom,  adj.,  courbe.  Altéré  en 
Coronmoûse  sous  l'influence  de  coron  (bout)  et  francisé  en  «  Coronmeuse  ». 

(3)  Vos-îrîz  tot-avâ  1'  Holonde, 

Aman  qu'  vos  vièrîz  fé  ainsi.  (Pièce  inédite,  ms.). 
A  man  qu'  1-avint  stu  élevés, 

Il  a  falou  bin  dès  broûlés  (1672  :  G.  Hennen,  Pamphlets,  I,  v.  103-4). 
Comparez  encore  manrai  dans  la  Geste  de  Liège,  v.  600,  qui  répond  au  liég.  mod. 
monrè  «  mènerai  ». 

(4)  On  trouve  même  dans  H.  Simon,  Pan  de  bon  Diu,  p.  114  :  ossu,  so  ma  pô 
d'  tins,  H  tére  ni  sèrè  pus... 


—   6  — 

w.  amaule  (St-Hubert) 

Pour  M.  Marchot,  amaule  «  importun,  ennuyeux  »,  qui  se  dit  à  St-Hu- 
bert  en  parlant  surtout  d'un  enfant,  représente  le  latin  amabilem 
(aimable),  employé  par  antiphrase  (1).  Le  suffixe  équivaut  évidemment 
au  fr.  -able  ;  mais,  si  l'on  dit  également  amâle  à  Fosset-Amberloup, 
on  prononce  hamâle  à  Laroche,  hamaule  à  Rossignol,  et  l'aspirée  ini- 
tiale suffit  à  indiquer  une  origine  germanique.  Dès  lors,  il  faut  sans 
doute  s'adresser  à  l'adjectif  allemand  hem  qui,  au  XVe  siècle,  signifiait 
«  appliqué  à  nuire,  rebelle,  insoumis  »,  et  à  l'ail,  hàmisch  «  malin,  mali- 
cieux »,  au  xve  siècle  hamisch  «  sournois,  artificieux  »  (2). 

A  l'Est  du  Brabant  wallon,  on  relève  amaave  (St-Géry,  Chastre- 
Villeroux,  Ste-Marie-Geest)  «  rapace,  avide  du  bien  d'autrui  ».  Il  con- 
vient d'y  voir  le  même  mot,  dont  le  sens  a  évolué  différemment. 

nam.  am'bô,  an'bô  ;  liég.  hèn'vâ 

Grandgagnage  a  les  articles  suivants  : 

I,  20:  ambau,  nam.  (hangar).     II,  ix:  Ce  mot  paraît  être  l'ail,  anbau, ho\\. 
aanbouw  (construction  ajoutée  à  une  autre,  bâtiment  accessoire). 

II,  xxxi  et  535  :  hènevâ  (soupente  :  petite  pièce  pratiquée  dans  une  cuisine, 
etc.)  Simonon. 

Je  n'hésite  pas  à  rapprocher  ces  deux  mots  :  il  ne  peut  donc  être 
question,  à  mes  yeux,  de  l'ail,  anbau. 

Dans  le  Bull,  du  Dict.;  1914,  p.  49,  M.  H.  Gaillard  note  une  forme 
namuroise  albô  «  grosse  pièce  de  bois  dans  le  gerbier  d'une  grange  ». 
A  Dcnée  (Xamur),  à  St-Géry  et  à  Chastre-Villeroux  (Brabant),  am'bô 
désigne  une  espèce  de  grenier  situé  au-dessus  de  l'aire  de  la  grange  : 
on  y  entasse  les  gerbes  quand  les  mafes  (gerbiers  à  côté  de  l'aire)  sont 
remplis  jusqu'au  toit.  Non  loin  de  là,  à  Fosses-lez-Namur  (3),  à  Meux 
et  à  Thorembais-St-Trond,  on  prononce  an'bô.  Enfin,  plus  à  l'Est, 
dans  la  région  qui  a  gaidé  l'aspirée  germanique  (4).  nous  relevons 
lie n' ha  (Hannut,  Ambresin)  «  espèce  d'étage  formé,  au-dessus  de  l'aire 
de  la  grange,  au  moyen  de  longues  perches,  pour  y  mettre  le  foin  et  les 
gerbes  ».  ainsi  que  hèribô  (Huy,  Neuville-sous-Huy).  avec  le  sens  plus 

(')  Phonologie  d'un  putois  wallon  (1892),  pp.  33,  57,  121. 

(2)  Voyez  Wiegand  h&misch. 

(3)  BSW,  t.  52,  p.  110. 

(*)  Cette  aspirée  tombe  régulièrement  en  namurois. 


—  7  — 

général  et  dépréciatif  de  «  bâtiment  vieux  et  délabré  »  (*)  ;  à  Gives  (Ben- 
Ahin)  :  on  vî  ham'bâr  qui  ri  tint  pdé  «  un  vieux  bâtiment  qui  ne  tient 
plus».  Ces  formes  aspirées  rattachent  clairement  an,bô(et  ses  altérations 
ani'bô,  al'bô)  au  flamand  hanebalk  «  traverse  destinée  notamment  à  sup- 
porter les  ais  d'un  plancher,  par  exemple  dans  une  grange  :  de  hane- 
balken  in  een  schuur  »  (2).  Du  hesb.  hèribâ  au  liég.  hèrivâ  (auj.  inusité), 
le  passage  ne  fait  pas  difficulté  :  la  permutation  de  b  et  de  v  dans  nos 
dialectes  n'est  nullement  isolée  ;  elle  s'explique  de  plus,  en  l'espèce,  par 
l'influence  probable  de  câvâ  (trappe,  plancher  mobile,  fenil). 

wall.  am'djoû  (Charleroi),  rouchi  èm'djou  (Mons) 

Le  w.  anîdjoû  «  jour  ouvrable,  jour  de  la  semaine  »  est  bien  connu 
dans  l'Ouest  de  la  Belgique  romane  (Charleroi,  Viesville,  Nivelles, 
Genappe).  On  dit  a?n,jou  à  Maubeuge,  èm'djou  à  Mons  (3).  Pour  expli- 
quer la  première  syllabe  èm'djou,  Sigart,  p.  209,  avec  sa  fantaisie 
coutjmière,  invoque  tour  à  tour,  et  sans  conclure  d'ailleurs,  l'ail. 
heim.  le  breton  pem,  l'ail,  amt,  le  grec  hebdomada  !  On  est  surpris  de 
voir  que  Meyer-Liibke,  Roi».  Etym.  JVort.,  n°  4090.  adopte  sans  réserve 
cette  dernière  conjecture.  —  Notre  explication  sera  autrement  simple  : 
ame,  ème  sont  des  altérations  de  orne  (=  homme).  Dans  son  Glossaire 
des  poésies  de  Froissart,  Scheler  a  relevé  deux  fois  l'expression  «  ne 
homme  jour  ne  dimance  »,  c'est-à-dire  ni  jour  ouvrable  ni  dimanche  (4)  ; 
il  voit  dans  homme  jour  :  jour  de  l'homme,  une  «  simple  analogie  avec 
domini  dies  :  jour  du  Seigneur  ».  C'est  exact  ;  mais  il  vaut  la  peine 
d'ajouter  que  Froissart  —  né  à  Valenciennes  en  1338  —  n'a  point  créé 
cette  expression,  comme  paraît  le  croire  Scheler  ;  il  la  tenait  du  parler 
populaire,  où  elle  a  survécu  jusqu'à  nos  jours. 

[BD  1920,  p.  3.  —  Un  exemple  pins  ancien  de  homme  jour  se  lit  dans  les 
poésies  de  Gilles  li  Mnisis  (né  à  Tournai  en  1272),  éd.  Kervyn,  t.  II,  p.  28, 1.  21. 
Voyez  VÉlude  lexicologique  de  Scheler  sur  ces  poôsies.] 

(x)  Exemple  :  dji  n'  mi  sâreû  plêre  è  f'  mohone  là,  c'est  co  pire  qu'on  hèn'bô  ou 
c'è-st-on  tro  grand  hèrCbô  (Henri  Gaillard).  Dans  le  BSW  53,  p.  268,  le  même  auteur 
a  employé  ce  mot,  par  métaphore,  en  parlant  d'une  vieille  charrette  qui  n'est  plus 
qu'un  hèrfbô  désfoncé  :  un  assemblage  de  planches  défoncé,  disloqué.  Pour  l'emploi 
péjoratif,  comp.  nos  art.  hâbiêr,  bèrôdî. 

(2)  De  Bo  :  hanebalk  et  scheerbalk  (voy.  ci-après  l'art,  skèrbalik)  ;  comp. 
l'ail,  hahnenbalken.  Pour  la  sémantique,  comp.  ci-après  l'art,  bèrôdi  et  le  chestrolais 
travure  (fenil;  lat.  traba,t'upa).—  On  sait  que  le  germ.  balk  a  donné  le  fr.  et  le  rouchi 
bau  «  poutre  »  ;  on  le  retrouve  dans  le  w.  inte-bâ  ;  voy.  ci-après  l'art,  bâ. 

(3)  Les  graphies  améjour  (Hécart),  hemme  djou  (Sigart)  sont  inexactes. 

(4)  Homme  jour  manque  dans  Godefroy. 


—  8  — 

w.  amèder 

G..  I  20,  signale  le  mot  en  liégeois-namurois  avec  cette  explication  : 
«  =  fr.  amender  ?  ou  fr.  émonder  ?  »  Pour  M.  Marchot,  amèdè 
(St-Hubert)  est  altéré  du  liég.  ham'ler,  ail.  hammeln  (*)  :  erreur  évi- 
dente, puisque  amèder  et  ham'ler  coexistent  en  liégeois.  —  Il  est  certain 
que  amèder  répond  au  fr.  amender  (Meyer-Lûbke,  n°  2860),  qui  a  pris 
chez  nous  (2)  le  sens  technique  de  «  châtrer  (un  animal)  ».  Amèder  est 
la  forme  archaïque  et  purement  wallonne  (3),  conservée  dans  une 
acception  spéciale.  Le  doublet  aminder,  qui  a  le  sens  général  de  «  amé- 
liorer »,  est  postérieur  et  refait  sur  le  fr.  amender.  Au  surplus,  le  com- 
posé raminder  (liég.)  «  amender  »,  conserve  la  forme  ancienne  dans 
ramèder  (nam.),  -è  (Ciney)  «  réparer  grossièrement  ». 

Certes,  il  peut  paraître  étrange  que  la  castration  soit  considérée 
comme  un  «  amendement  »  ;  mais,  au  point  de  vue  de  l'éleveur  qui 
engraisse  le  bétail,  cette  opération  améliore  l'animal.  Des  patois 
français  (Normandie,  Anjou)  donnent  de  même  à  affranchir  le  sens 
de  «  châtrer  ».  "» 

Godefroy  cite  deux  exemples  de  Valenciennes  :  «  àfnendeur  de  bestes, 
de  pourchiaux  »  (en  1414  et  1449),  sans  voir  qu'il  faut  traduire  par 
«  châtreur  »,  w.'amèdeû. 

[BD  1914,  p.  30.] 

fr.  anacoste,  r.  anscote,  w.  hanscote 

Le  Dict.  gén.,  v°  anacoste  «  espèce  de  serge  »,  nous  apprend  qu'on 
disait  au  xvine  siècle  anascot,  ascot,  arscot  et  qu'il  faut  y  voir  «  des 
altérations  de  la  Aille  (V  Arschot  ou  Aerschoot.  en  Brabant  »  (4).  C'est 
aussi  Pétymologie  que  donne  Ulrix  et  que  propose  même  le  plus  récent 
dictionnaire  étymologique  de  la  langue  française,  celui  de  von  Wartburg 
(1922),  v°  Aarschot,  lequel  ajoute  que  du  français  dérive  le  catalan 
anascot. 

(*)  Phonol.  d'un  patois  w.  (1892),  pp.  1-2.  —  Niederlânder,  Mundart  von  Namur 
(190Ô),   §  9  b,  commet  la  même  erreur. 

(2)  Amèder  Liège  (G.,  Forir  ;  auj.  désuet),  Jeneffe  (Hesbaye),  Ben-Alun,  Meux, 
Namur,  Jodoigne,  Gembloux,  Chastre-Villeroux,  etc.  ;  amèdè  en  Famenne,  Saint- 
Hubert,  Ciney,  Dinant,  Givet,  etc.  ;  amader  Oisy  (archaïque)  ;  airider  Houdeng, 
Viesville,  Nivelles,  Mons,  etc.    Se  dit  surtout  du  porc  et  de  la  truie 

i   )  Pour  è  protonique,  voy.  l'art,  gârmèter, 

(4)  On  renvoie  à  l'art,  ascot  (lire  :  escot)  «  sorte  de  serge  »  ;  cité  pour  la  première 
fois  dans  un  texte  de  Toulouse  :  «  serges  d'escot  »  (en  1568). 


—  9  — 

Une  note  que  j'ai  insérée  dans  le  n°  d'octobre  1921  de  Romania 
(t.  xlvii,  p.  547)  exprime  une  opinion  différente.  En  voici  le  résumé  : 
«  Sans  prétendre  examiner  par  le  menu  les  formes  françaises  du  xvme 
siècle  et  leur  authenticité,  je  crois  utile  de  signaler  un  terme  qui  mérite 
d'entrer  dans  le  débat  et  qui  ne  s'accommode  guère  de  la  dérivation 
proposée  :  c'est  le  w.  hanscote  (espèce  d'étoffe  :  anciennement  bure  ; 
aujourd'hui,  tissu  de  coton  duveté).  G.,  I  272,  ne  donne  pas  d'étymo- 
logie  (x).  Bormans,  Glossaire  des  drapiers  (BSW  9,  p.  266)  cite  des  textes 
de  1589,  1637,  1659,  etc.,  où  le  mot  est  écrit  hanskotte.  Enfin  Hécart 
note  le  rouchi  anscote  (étoffe  grossière  en  laine).  —  La  forme  liégeoise 
est  assurément  la  plus  pure  :  elle  atteste  que  le  primitif  doit  avoir  à 
l'initiale  une  aspirée  germanique,  laquelle  disparaît  normalement  en 
français  et  en  rouchi.  Dès  lors,  je  crois  qu'il  faut  remonter  au  flamand 
Hondschoote,  nom  d'une  petite  ville  du  département  du  Nord,  située 
sur  la  frontière  non  loin  de  Dunkerque.  Cette  ville  fut  très  florissante 
au  xvie  siècle  et  comptait  des  filatures  renommées.  » 

Des  recherches  nouvelles  me  permettent  de  reprendre  aujourd'hui 
le  problème,  avec  la  conviction  que  l'histoire  confirme  pleinement  les 
suggestions  de  la  phonétique. 

Pour  les  formes  anciennes  que  cite  le  Dictionnaire  général,  je  dois 
à  l'obligeante  érudition  de  M.  Antoine  Thomas  l'indication  des  sources 
suivantes  :  «  Serge  d'Escosse  demy-estroite...  serge  de  seigneur  et 
d'Ascot,  L'Isle,  Cipre,  Angleterre  et  autres  pais  estrangers  »  (tarif  de 
1667,  cité  par  Littré,  v°  escot,  qui  propose  dubitativement  d'interpréter 
par  «  écossais  »)  ;  —  «  Serges  d'Amiens  façon  d'Arscot...  Serges  appellees 
d'Ypres  et  d'Arscot...  »  :  règlement  de  1669,  articles  xn  et  xiii  ; 
cité  par  Savary  des  Bruslons  (2)  ;  —  le  Tarif  de  la  Douane  de  Lyon 
(sans  date,  cité  par  Savary,  II,  1533)  mentionne  «  les  sarges  d'Ascot 
Françoises  »  ;  —  Savary,  I  97,  dit  en  1723  que  cette  serge  se  fabrique 
notamment  à  Bruges  et  à  Ascot  dans  les  Pays-Bas  Espagnols.  Le 
Dictionnaire  de  Trévoux  (1771  )  le  copie,  mais  imprime  Arscot. 

Telle  est  la  source  de  l'opinion  qui  voit  dans  le  fr.  anacoste  le  nom 
d'Aerschot,  petite  ville  au  N.-E.  de  Louvain.  Elle  implique  que  cette 
localité  aurait  eu,  dans  les  derniers  siècles,  une  industrie  textile  des 

f1)  Plus  loin  (II,  606),  G.  prétend  que  Lobet  a  une  forme  anascote,  sans  faire  atten- 
tion que  Lobet,  p.  236,  v°  hanskott,  ne  donne  ce  mot  que  comme  traduction  française. 
Martin  Lejeune,  Voc.  de  Vapprêteur  en  draps  du  pays  de  Verviers  (BSW  40,  p.  431) 
insère  bravement  anascote,  d'après  Lobet,  comme  étant  un  terme  verviétois  !  En 
revanche,  il  n'a  pas  d'article  hanscote  ! 

(2)  Dictionnaire  du  Commerce  (1723),  II,  1525-6. 


—   10  — 

plus  considérables.  Or  aucun  indice  historique  n'autorise  cette  pré- 
somption (x).  En  revanche,  de  même  que  Lille,  Bruges  et  Ypres  dont 
les  noms  figurent  dans  les  textes  qu'on  vient  de  lire,  Hondschoote  fut, 
aux  xvie  et  XVIIe  siècles,  un  centre  manufacturier  de  premier  ordre. 

La  draperie  flamande  avait  dû  surtout,  au  moyen  âge,  son  étonnante 
vitalité  à  la  confection  des  draps  de  luxe  ;  mais  la  concurrence  anglaise 
et  la  rai  été  croissante  de  la  laine  insulaire  poussèrent  l'industrie  rurale, 
opprimée  par  les  corporations  urbaines,  à  chercher  fortune  dans  la  fabri- 
cation des  tissus  légers  et  à  bon  marché.  A  partir  de  la  fin  du  xve  siècle, 
les  laines  d'Espagne  affluent  en  Flandre.  L'union  politique  des  Pays-Bas 
et  de  l'Espagne  à  partir  du  règne  de  Philippe-le-Beau  (1478-1506) 
en  augmenta  sensiblement  l'exportation.  Moins  soyeuse  que  la  laine 
anglaise,  la  laine  espagnole  ne  pouvait  rivaliser  avec  elle  dans  la  dra- 
perie fine  ;  mais  elle  convenait  parfaitement  pour  les  tissus  légers,  tels 
que  les  serges  et  les  ostades  (2).  Si  les  draps  que  les  artisans  des  villes 
s'obstinent  à  fabriquer  ne  trouvent  plus  d'acheteurs,  les  serges  et  les 
ostades  de  Bergues  et  à* Hondschoote,  les  draps  légers  d'Armentières 
figurent,  à  partir  des  premières  années  du  xvie  siècle,  parmi 'les  prin- 
cipaux articles  d'exportation  des  Pays-Bas.  Cependant  les  troubles 
politiques  et  religieux  portèrent  à  ces  villes  un  coup  fatal.  Les  ouvriers 
émigrèrent  en  masse  vers  l'Angleterre.  Dès  1587.  ils  proposaient  à 
Elisabeth  d'introduire  dans  son  royaume  la  fabrication  des  serges  et  des 
draps  légers  à  la  manière  d'Hondschoote  et  d'Armentières. 

Ces  détails  historiques  sont  extraits  de  la  remarquable  étude  de 
Henri  Pirenne  sur  Une  crise  industrielle  au  XVIe  siècle  (3).  D'autre  part, 
les  archives  communales  d'Hondschoote  contiennent  des  documents 
qui  nous  intéressent  particulièrement  (4).  Nous  y  voyons  qu'en  1609  et 
de  1646  à  1664  il  y  eut  maints  procès  entre  Bruges  et  Hondschoote 
concernant  la  fabrication  des  sayes.  Des  ouvriers  émigrés  de  cette 

(!)  «  A  ma  connaissance,  il  n'y  a  pas  eu  de  fabrication  de  serges  à  Aerschot  ». 
(Communication  de  M.  Henri  Pirenne,  professeur  à  l'Université  de  Gand).  — ■  «  Je  n'ai 
découvert  aucun  indice  de  l'industrie  des  serges  à  Aerschot  en  Brabant  ».  (Commu- 
nication de  M.  H.  Vander  Linden,  professeur  à  l'Université  de  Liège). 

(2)  Ostade  vient  de  Worsted,  nom  d'un  gros  bourg  du  comté  de  Norfolk  (A.  Thomas, 
Nouveaux  essais  de  phil.fr.,  p.  :$1 1  ).  Voyez  aussi  Behrens,  p.  279,  sur  l'anc.  w.  et  fr. 
waslarde. 

(s)  Bull,  de  FAcad.  royale  de  Belgique  (Lettres),  1905,  p.  489  et  suiv. 

(4)  Département  du  Nord.  Ville  d'Hondschoote.  Inventaire  sommaire  des  archives 
communales  antérieures  à  1790  (Lille,  1870),  HH  18  et  19.  — ■  Je  dois  cette  indication 
bibliographique  à  M.  Antoine  Thomas,  qui  ajoute  :  «  Dès  1897,  M.  Morel-Fatio 
a  attiré  mon  attention  sur  l'espagnol  anascote  et  son  rapport  probable  avec  la  ville 
d'Hondschoote  ». 


—  11  — 

dernière  ville  avaient  importé  à  Bruges  cette  fabrication,  dont  Hond- 
schoote  prétendait  garder  seule  le  privilège  qui  lui  avait  été  accordé 
par  lettres  de  Louis  de  Maie  en  1373.  Hondschoote  protestait  contre 
l'emploi  de  l'estampille  portant  les  mots  Fabrica  axascotes  de  Bruga, 
empreinte  qui  signifie  «  fabrique  de  serges  d'Hondschoote  faites  à 
Bruges  »,  et  qui  servait  à  marquer  les  étoffes  expédiées  en  Espagne. 
Il  est  temps  de  conclure.  Le  mot  espagnol  anascote  n'a  pas  de  racine 
dans  cette  langue  ;  les  étymologistes  le  disent  emprunté  du  français. 
En  réalité,  c'est  le  nom  même  de  la  ville  d'Hondschoote  (l)  :  *an,scote 
a  donné  anascote  par  insertion  de  a,  puis  anacoste  par  métathèse.  Qu'on 
se  rappelle  le  rouchi  anscote  et  le  liégeois  hanscote  qui,  lui,  doit  norma- 
lement garder  l'aspirée  germanique,  et  l'on  jugera  qu'il  laut  écarter 
du  débat  le  nom  de  la  ville  d'Aerschot,  les  formes  du  xvine  siècle 
(ascot,  escot,  arscot)  étant  manifestement  de  mauvaises  lectures  ou  pro- 
nonciations de  anscote. 

chestr.  anêvè,  dusnêvè;  gaum.  anâvèy,  dènâvèy 

Dasnoy  (pp.  22,  172)  et  M.  Liégeois  (BSW  37,  pp.  291.  323)  signalent 
<jes  mots  à  Neufchâteau  et  à  Tintigny  ;  de  même  Cl.  Maus  dans  son 
vocabulaire  des  environs  de  Virton  (manuscrit,  1850).  Voici,  d'après 
des  enquêtes  personnelles,  de  quoi  compléter  leurs  données  sommaires  : 

anêvè  (Neufchâteau,  Reeogne),  v.  tr.,  engendrer,  produire  ou  introduire  (des 
êtres,  plantes  ou  choses  nuisibles)  :  ène  pikeûre  du  gurzuliè  [groseillier]  ancre 
lu  panaris  ;  lès  nich'tès  d1  la  môjon  [saletés  de  la  maison]  anêvant  lès  puces  ; 
lès  pwinnes  [chiendents]  s'ont  anêvè  par  tout  V  tchamp.  \  De  même  le  gaumais 
anâvèy:  ça  anâve  lès  puces,  dit-an  (Tintigny);  èf  fyeû  la  n'anâvrè  rin  d'bon 
(Buzenol)  ;  v'èy  [vous  avez]  anâvèy  in  tâs  de  petites  biètes,  i  rC  fôt-ni'  lès  layi 
s'anâvèy  (Musson)  «  il  ne  faut  pas  les  laisser  se  multiplier  »  ;  lès  môvéses-ycrbes 
s'anâvanl  da  note  mèje  (Virton)  «  dans  notre  jardin  ». 

dusnêvè  (Neufchâteau,  Recogne),  dènâvèy  (gaumais),  v.  tr.,  1.  détruire, 
extirper  (une  race  nuisible,  de  mauvaises  herbes)  :  dju  ri'  su  ni1  foutu  rf'  dènâvè 
lès  pavines  [chiendents]  du  note  tchamp  (Buzenol)  ;  —  2.  expulser  :  djè  Vans 
dènâvè  de  d'  tchû  nous  (Musson)  «  nous  l'avons  expidséde  chez  nous  »;  —  3.  faire 
disparaître,  escamoter  :  tu  m'es  bintot  eu  dènâvè  m'  batan  !  (Prouvy-Jamoigne  : 
BSW  49,  p.  150)  ;  —  4.  v.  réfl.,  se  débarrasser  (d'une  chose  nuisible,  d'un 
importun)  ;  —  5.  (réfl.  ?)  «  émigrer,  rassembler  ce  qu'on  a  et  quitter  un  lieu, 
un  pays  »  (Cl.  Maus)  (2). 

(x)  Comparez  ostade  à  la  page  précédente  et  voyez  ci-après  l'article  spinâ. 

(2)  Varlet,  Dict.  du  patois  rneusien,  signale  à  Chattancourt  se  dénavi  «  se  défaire, 
se  dépouiller  :  i  n'  veut-nV  se  dénavi  de  s'  bin.  Etym.  du  lat.  dehabere,  avoir  de  moins, 
manquer  »  (!). 


—  12  — 

Si  l'on  détache  les  préfixes  de-,  dus-  (fr.  dé-,  lat.  de- ex-)  et  a-  (qui, 
dans  cette  région,  représente  le  fr.  en-,  lat.  in-,  aussi  bien  que  le  fr.  a-, 
lat.  ad-),  il  reste  un  radical  nêv-,  nâv-  (1),  où  nous  reconnaîtrons 
l'anc.  fr.  naif,  naïf,  lat.  nativum. 

Les  formes  *ennaiver,  *desnaiver  ne  sont,  je  pense,  signalées  nulle 
part  ;  Kôrting  et  Meyer-Liïbke  n'indiquent  aucun  dérivé  verbal  de 
nativus  (2)  ;  ce  type  latin  a  cependant,  comme  on  le  voit,  provigné 
dans  la  région  de  Neufchâteau-Yirton-A^erdun. 

w.  anô,  ènàhe,  ènèye,  anspindje 

G..  I  192,  donne  sans  explication  :  «  enahe  :  bourre  de  chanvre  ou  de 
lin  »,  d'après  Remacle,  2e  éd.,  lequel  ajoute  que  le  mot  ne  se  dit  plus 
guère.  Il  l'écrit  d'ailleurs  inexactement.  J'ai  entendu  dire  :  dès-ènâhes 
à  Erezée  (N.  de  la  prov.  de  Lux.),  dès-anôyes  à  Neuvillers-Recogne  (3), 
dès-ènèyes  à  Compogne  (S.-W.  de  Houffalize).  Plus  au  Sud.  à  la  lisière 
du  pays  gaumais  (Chiny),  on  dit,  d'après  une  communication  écrite, 
hanôche  ;  mais  h  initial  paraît  suspect.  En  namurois,  nous  relevons 
anô  «  teille  :  écorce  du  chanvre  ou  du  lin,  débris  provenant  du 
teillage  »  (4)  ;  en  rouchi  :  ana,  anô  (Hécart),  anâ  à  Luingue-lez-Mouscron. 

Dans  tous  ces  mots,  nous  reconnaissons  sans  peine  l'ail,  ahne  «  fétu 
de  lin  ou  de  chanvre  »,  moyen  h.  ail.  âne,  auquel  se  sont  adaptés  les 
suffixes  -èye  (lat.  -ïlia),  -âlie,  -ôje  (lat.  -ritia)  ;  la  finale  de  anôye,  anô, 
anâ  est  plus  obscure  et  résulte  sans  doute  d'influences  analogiques. 

À  Vielsalm,  les  débris  de  chèvenotte  s'appellent  dès-anspintches 
(BD  190G,  p.  34).  Ce  terme  curieux  se  compose  apparemment  de  ân{e) 

(!)  Pour  le  gaum.  â  =  w.  ê,  comp.  âdî,  alâdi,  plâji,  wâtî,  etc. 

(2)  Godefroy  cite  l'anc.  fr.  naifver  (1660)  «  représenter  naturellement  ».  —  La 
tonique  i  de  naïf,  devenant  atone  dans  naiver,  disparaît  nécessairement  ;  com- 
parez le  rouchi  aide  (aide,  s.  f.)  à  côté  de  aider. 

(3)  Région  de  Neufchâteau.  La  graphie  de  Dasnoy,  p.  74  :  «  (maie,  chènevotte  » 
est  équivoque. 

(4)  G.,  I  20.  —  Anô  se  dit  dans  toute  la  région  namuroise  ;  il  est  signalé  à  Bou- 
vignes-Dinant,  Leignon,  Meux,  Thorembais-St-Trond,  Ste-Marie-Geest,  Chastre- 
Villeroux,  Perwez,  Nivelles,  et  jusqu'à  Mous  (Sigart,  p.  64,  écrit  aneau,  Delmotte 
anniaux)  el  Stambruges.  On  chauffait  le  four  avec  les  anô  (Pervvez)  ;  les  plafonneurs 
on  mettaient  dans  leur  mortier  (Dinant,  Chastre)  ;  voy.  Hécart,  v°  arias.  —  Pour 
la  région  Liège-Spa,  il  ne  faut  p:is  tenir  compte  de  Part,  attau  de  Body,  Voc.  agr., 
qui  le  tient  de  Forir  (v°  anô)  ;  celui-ci  l'a  pris  clans  Duvivier  («  anô  :  tille,  écorce 
de  chanvre  ),  *  1 1 1  ï  :i  copié  l'art,  de  G.,  I  20,  sans  faire  attention  que  G.  donne  le  mot 
comme  namurois  !  —  Ajoutons  que  le  malm.  dit  arièsses  (à  Ovifat  :  èrièsses)  et  le 
gaumais  :  arêtes  (a  Stc-.Maiic-sur-Scmois),  c'est-à-dire  «  arêtes  ». 


—  13  — 

et  de  spindje  (x)  ;  toutefois  le  procédé  de  composition  a  quelque  chose 
d'insolite. 

liég.  apotiker 

Le  liég.  apotiker  signifie  «  classer,  arranger,  agencer,  ajuster,  com- 
poser »  ;  il  a  un  petit  air  d'ironie  familière  qui  rappelle  le  fr.  afistoler. 
Exemples  :  so  ,ne  munute,  i  v's-apotikêye  coula  a  Vîdêye  ;  i  fât  de  timps 
po-z-apotiker  on  dicsionêre  ;  vosse  capote  est  ma  apotikêye.  —  G..  II  498, 
le  cite  sans  explication.  On  serait  tenté  d'y  voir  une  création  burlesque, 
un  terme  d'argot,  issu  de  potikèt  (petit  pot,  anc.  fr.  potequin,  du  flam. 
potteken),  ou  de  apoticâre  (mot  de  formation  savante  comme  le  fr. 
apothicaire),  sous  prétexte  que  lès-apoticàres  vis-apotikèt  dès  drougues 
divins  dès  potikèts.  Je  proposerai  pourtant  autre  chose.  A  mon  sens, 
c'est  un  composé  du  préfixe  a  et  de  botike  (boutique,  lat.  apotheca), 
dont  l'ancienne  forme  potiche  se  lit  dans  un  texte  liégeois  du  xvie 
siècle  (2).  Au  reste,  apotiker  peut  provenir  d'un  primitif  *abotiker,  dont 
le  b  s'est  changé  en  p  sous  l'influence  de  potikèt,  apoticâre.  Ce  serait 
littéralement  *  aboutiquer,  c.-à-d.  «  disposer  en  forme  de  boutique  ou 
pour  la  boutique,  arranger,  parer  des  objets  pour  les  étaler  en  vente  », 
d'où  en  général  :  «  ajuster  soigneusement,  avec  un  goût  minutieux  ».  — 
Pour  la  composition,  comparez  af  a  goter  (Scry-Ahée),  afah'ner  (Malmedy) 
«  fagoter,  accoutrer  »  ;  —  apotcKter  on  trô  d'  sonde  ou  ine  mène,  t.  de 
houillerie  à  Seraing,  «  disposer  en  forme  de  pochette  un  trou  de  sonde  ou 
de  mine,  c.-à-d.  commencer  le  trou  de  façon  que  l'outil  ait  prise  et  ne 
glisse  pas  »  ;  —  anc.  fr.  apotagié  «  arrangé  comme  un  potage  »,  ouest- 
wallon  et  rouchi  apotadjî  «  arrangé  »,  toujours  ironiquement. 

w    ârih,  âr'hon,  etc.  (Malmedy) 

M.  l'abbé  Bastin  a  recueilli  à  Faymonville-Weismes  (lez-Malmedy) 
l'adjectif  ârih  «  grave,  important,  syn.  de  griyeûs  »,  et  l'adverbe  ctrih- 
mint  «  gravement  :  il  è-st-ârihmint  malade  »,  où  il  voit  avec  raison 
l'ail,  arg.  Pour  la  forme  wallonne,  il  suffit  de  comparer  le  malin,  hèrbêrih, 
emprunté  de  l'ail,  herberge  (dial.  d'Eupen  :  hârrbereg,  auberge)  ; 
Kahèlbrih   :   Kalterherberg,   village   près  de  Montjoie  ;   Lim'boûrih  : 

(x)  Le  spindje  est  le  battoir  ou  la  dague  dont  on  se  sert  pour  frapper  la  filasse  et  la 
débarrasser  des  fragments  de  tige  restés  adhérents. 

(2)  «  (Un)  hallier  avoit  empacké  draps  non  sailleis  en  son  stal  et  potieke  »  (1540  : 
BSVV  9,  255).  —  Le  dialecte  allemand  d'Eupen  a  encore  la  forme  pottick  «  boutique  » 
(WSrt.  der  Eupener  Sprache,  Eupen,  1899). 


—  14  — 

Limbourg  (1).  Quant  au  sens  du  mot  wallon,  on  le  retrouve  dans  les 
patois  de  l'Eifel  (2)  et  dans  l'allemand  moderne,  où  l'idée  de  «  méchant, 
vilain  »  a  produit  celle  de  «  excessif  ». 

Il  faut  sans  doute  rattacher  à  cet  ârih  un  mot  verviétois  qui  ne  se 
rencontre  que  dans  une  comédie  inédite  de  1759.  Un  père,  apprenant 
que  sa  fille  veut  se  marier,  se  lamente  en  ces  termes  : 

Lu  cour  mu  d'hirîve  one  saqwè, 
Su  n'  poleû-dj'  même  pinser  poqwè 
Qu'ile  duv'néve  ossi  arrihée  [lire  ârihéye] 
Qu'oue  vatche  qui  a  stu  ma  passéye  (3). 

Le  sens  est  évidemment  «  méchante,  difficile,  quinteuse,  enragée  ». 
On  peut  admettre,  d'après  ce  texte,  qu'au  xvme  siècle  un  verbe 
âriher  ou  -i  existait,  dans  la  région  de  Verviers-Malmedy,  au  sens  de 
l'ail,  àrgern  (fâcher,  contrarier,  dépiter). 

Il  faut  encore  faire  rentrer  dans  la  même  famille  deux  mots  mal- 
médiens  restés  jusqu'ici  sans  explication  :  ârlion,  s.  m.,  «  tatillon, 
méticuleux,  ladre,  grippe-sou  »  (archaïque  à  Stavelot  et  à  Malmedy  : 
Villers,  1793)  ;  âYhiné,  s.  m.,  -ée,  f.,  «  avare  ».  (Malmedy  :  Villers  et 
Scius  ;  d'après  Body,  Voc.  des  poissardes,  on  dit  surtout  laide  ârliinée 
«  vilaine  sorcière  »).  —  Ar'hiné  est  dérivé  de  âr'hon  sur  le  type  phoné- 
tique de  bordon  :  bordiner,  Iwn'çon  :  lum'ciner  ;  ârlwn  lui-même  dérive 
de  ârih  à  l'aide  du  suffixe  -on.  Ces  termes  maimédiens  doivent  être 
d'un  âge  respectable,  car  ce  n'est  qu'en  ancien  et  en  moyen  haut  alle- 
mand que  arg  signifie  «  avare  »  (4). 

[Revue  de  Dialectologie  romane,  1910,  t.  II,  p.  375.] 

(^  Voy.  aussi  les  articles  bêrih,  ■mèti'sik,  skèrbalik.  Cf.  Kurth,  Frontière  linguis- 
tique, p.  476,  n. 

(2)  Cf.  Hecking,  Die  Eifel  in  ihrer  Mundart  (Priim,  1890),  p.  17  :  «  arg,  sehr  : 
et  deiht  arg  ivih,  es  schmerzt  sehr  ».  —  En  west-flamand,  arrig  «  âpre,  rude,  aigre  », 
se  dit  du  temps  ou  du  vent  (De  Bo). 

(3)  n  Le  cœur  me  déchirait  un  je  ne  sais  quoi  (expression  énergique  =  j'avais  le 
pressentiment  d'un  malheur)  ;  si  ne  pouvais-je  même  penser  pourquoi  (qu')elle 
devenait  aussi  difïicile  qu'une  vache  qui  a  été  mal  passée  (  =  qui  a  mal  passé  l'hiver, 
qui  n'est  pas  en  bon  état  au  printemps)  ».  J'ai  rajeuni  l'orthographe  du  texte  cité, 
sauf  pour  arrihée.  La  pièce  a  pour  titre  :  Le  mayeur  ruiné  jmr  sa  charge  ou  Simon 
rEscrini. 

(*)  L'anc.  h.  ail.  arc,  arch,  arg,  arig  =  bôse  ;  geizig,  karg.  D'après  Heyne, 
Deutsches  Wôrt.,  arg  a  encore  au  xvic  siècle  le  sens  de  «  geizig  »,  mais  plus  souvent 
celui  de  «  schlecht,  nichts-wùrdig  ».  —  Voy.  aussi  Meyer-Lubke,  n°  591. 


—  15  — 

liég.  arinne,  anc.  liég.  eraine  («  araine,  areine  ») 

Par  ce  terme  très  ancien  et  très  important  de  l'exploitation  houillère, 
on  désigne,  au  pays  de  Liège,  «  une  galerie  d'écoulement  ayant  son 
orifice  (appelé  «  œil  »)  au  flanc  d'une  colline  ou  dans  le  fond  d'une 
vallée,  et  pratiquée  pour  assécher  les  travaux  des  mines  ».  C'est  à  peu 
près  la  définition  de  Littré,  qui  accueille  dans  son  Supplément  notre 
mot  liégeois. 

Deux  étymologies  ont  été  proposées.  Pour  Morand  (x),  c'est  peut- 
être  une  via  arenata  ou  ex  arena  facta  «  une  voie  faite  à  ciment  et  à 
pierre  »  ;  mais  le  latin  arena  («  sable  »)  n'a  jamais  eu  de  vie  dans  notre 
région  (2)  et  cette  fantaisie  n'a  guère  trouvé  d'écho.  La  proposition 
de  G.,  1 25,  qui  tire  arène  de  l'ail,  rinne,  rinnen  (rigole,  couler)  est  d'allure 
plus  sérieuse  ;  aussi  divers  auteurs  l'ont  reproduite  sans  objection, 
notamment  Bormans,  Littré,  Scheler  et  même  Diez  (3).  Par  malheur 
cette  hypothèse  n'explique  pas  correctement  l'initiale  de  eraine,  araine 
(4)  :  il  faut  donc  tenter  une  autre  analyse. 

C'est  en  1278  qu'on  relève  erainne,  erenne  pour  la  première  fois  dans 
les  archives  liégeoises  (5).  Au  xive  siècle,  ce  type  avec  e  initial,  eraine, 
erene,  eràisne,  erraine,heraine,herraine  est  de  beaucoup  le  plus  commun; 
haraine  apparaît  dès  1314  (6).  et  l'a  initial,  rare  au  début,  se  généralise 
dans  les  siècles  suivants.  Le  règlement  de  houillerie  que  Jean  de  Sta- 
velot  insère  dans  sa  Chronique  (pp. 227-233),  contient  19  fois  heraine 
et  une  seule  fois  haaraine  (dans  la  marge).  On  en  déduira  que  eraine 
est  primitif  ;  le  changement  de  èr-  en  ar-  à  la  protonique  initiale  ne 
manque  d'ailleurs  pas  d'exemples  (7). 

(*)  Art  d'exploiter  les  mines,  2e  éd.,  Neuchatel,  1780. 

(2)  Les  auteurs  liégeois  qui,  dans  les  derniers  siècles,  ont  écrit  en  latin  sur  cette  ma- 
tière désignent  les  araines  par  le  mot  arenae,  mais  ce  fait  est  évidemment  sans  valeur. 

(3)  Bormans,  Voc.  des  houilleurs  ;  Littré,  Suppl.,  areine  ;  Scheler,  Gloss.  de 
la  Geste  de  Liège,  eraine  ;  Diez,  p.  670. 

(4)  Pour  Scheler,  il  s'agit  d'une  simple  prosthèse.  Pour  l'érudit  archiviste  liégeois 
Th.  Gobert  (Eaux  et  fontaines  à  Liège,  p.  36),  «c'est  le  préfixe  e  marquant  idée  d'ex- 
traction »  ;  autant  dire  que  le  mot  serait  de  formation  savante  ou  française. 

(5)  Henaux,  La  houillerie  du  pays  de  Liège,  2e  éd.,  1861,  p.  112. 

(6)  Gobert,  l.  c,  p.  369.  —  L'initiale  h  est  purement  ornementale,  comme  il  est 
arrivé  fréquemment  en  français  dès  le  xme  siècle  ;  cf.  Brunot,  Hisl.  de  la  langue 
fr.,  I,  498.  —  La  graphie  areine,  qui  paraît  être  officielle  aujourd'hui,  est  relative- 
ment récente  ;  il  faudrait  en  revenir  à  la  désinence  première  'aine,  qui,  d'après  moi, 
est  étymologique. 

(7)  Voyez  ci-après  l'article  tèroûle.  —  Notre  mot  a  formé  le  dérivé  ernier,  arnier, 
arenier,  constructeur  ou  propriétaire  de  Varaine.  On  trouve  aussi  le  diminutif  Here- 
nalle  en  1342  (Gobert,  l.  c,  p.  249). 


—  16  — 

L'étymologie  par  l'ail,  rinne  «  rigole  »  rentre,  à  mes  yeux,  dans  la 
catégorie  de  celles  qui  sont  dues  à  cette  «  obsession  sémantique  »  dont  je 
parle  à  l'article  beûr.  De  ce  que  Varaine,  dejjuis  que  les  textes  en 
font  mention,  servit  surtout  à  démerger  les  mines  noyées  et  à  doter 
Liège  d'eau  alimentaire,  on  a  cru  que  ce  vocable  devait  comporter 
l'idée  d'écoulement.  Rien  de  moins  certain  cependant,  si  l'on  se  reporte 
à  la  manière  dont  furent  entrepris  les  premiers  travaux  d'exploitation 
houillère. 

A  l'origine,  on  dut  fouiller  le  sol  aux  endroits  où  la  veine  affleurait. 
Sur  les  collines,  on  opérait  par  tranchées  à  ciel  ouvert,  en  remuant 
le  sol  en  tous  points  ;  quand  la  couche  plongeait  vers  la  profondeur, 
on  établissait  une  galerie  qui  descendait  suivant  la  pente  ;  mais  les 
éboulements  et  surtout  l'afflux  des  eaux  entravèrent  bientôt  les  tra- 
vaux. D'autre  part  —  et  sans  doute  simultanément  —  sur  le  flanc 
des  collines,  on  exploitait  aussi  les  affleurements  ;  on  y  pratiquait 
des  «  baumes  »,  des  «  dilatements  »  étendus  et,  en  suivant  la  veine, 
des  «  voies  de  niveau  »  auxquelles  on  donnait  une  pente  ascensionnelle 
très  faible,  permettant  l'élimination  des  eaux  de  suintement;  ces  voies 
finirent  par  rencontrer  les  premiers  travaux  entrepris  au  sommet  des 
collines  et  amenèrent  dans  la  vallée  les  eaux  qui  les  noyaient.  Telle  est 
l'origine  des  araines  (1).  Or,  je  pense  que.  dès  l'origine,  c'est-à-dire 
avant  même  que  l'on  eût,  par  ce  moyen  fortuit,  démergé  ies  premiers 
travaux  inondés,  araine  a  désigné  la  voie  ou  galerie  de  niveau.  Dans 
la  suite,  cette  particularité  si  importante  aura  primé  aux  yeux  de  tous. 
Lorsque  plus  tard,  éclairé  par  l'expérience,  on  pratiqua  dans  la  roche 
des  galeries  qui  devaient  uniquement  servir  à  l'assèchement  des  tra- 
vaux miniers,  on  réserva  à  ces  galeries  le  nom  cVaraines  ;  puis,  le  nom 
a  pu  même  passer,  par  analogie,  aux  conduites  d'eau  qui,  d'après 
Henaux  (p.  44),  alimentaient  les  fontaines  publiques  de  Liège  bien  long- 
temps avant  le  Xe  siècle. 

Cela  étant,  je  crois  que  eraine  dérive  de  Pane.  fr.  erre  «  chemin,  route, 
voie  ».  à  l'aide  du  suffixe  -aine,  qui  a  fait  dans  les  patois,  où  l'on  pro- 
nonce d'ordinaire  -ainne,  une  fortune  plus  considérable  qu'en  français(2). 

(x)  Résumé  des  pages  293-0  du  t.  II  (nouvelle  série)  des  Mém.  de  la  Soc.  d'Emu- 
lation, contenant  V Historique  de  l'exploitation  de  la  houille  dans  le  jmys  de  Liège, 
par  II.  .Malherbe.  Voyez  aussi  Gobert,  l.  c.,  p.  35. 

(-)  Le  fr.  erre  vient  du  latin  iter«  chemin  »  ;  voy.  le  Dict.  gén.,  ainsi  que  God. 
qui  cite  les  formes  ère,  lierre,  arre,  harre.  De  là,  en  ancien  français,  errer  «  cheminer  », 
chemin  errant  grand  chemin  .  —  Pour  l'importance  du  suff.  -aine  dans  les  dialectes, 
il  sullit  <le  citer  le  w.  rôlimic  (Ciney)      ornière  »,  lès  créchinnes  (Alle-sur-Semois) 


—  17  — 

L'expression  «  une  (voie)  èraine  »  aurait  signifié  primitivement  «  une 
voie  par  où  on  va  (de  niveau)  »,  une  galerie  horizontale  ou  de  pente 
ascensionnelle  très  faible. 

Il  me  reste  à  signaler  l'emploi  que  Jean  d'Outremeuse  a  fait  de  notre 
mot  dans  sa  Geste  de  Liège  :  eraine  figure  dans  neuf  passages  qu'on  trou- 
vera reproduits  dans  le  Glossaire  de  Scheler  ;  il  est  chaque  fois  à  la  rime 
et  presque  partout  au  sens  métaphorique  de  «  source,  origine  ».  L'édi- 
teur Bormans  l'identifie  avec  orine  (origine),  mais  Scheler  y  voit  avec 
raison  le  av.  arène  «  canal  d'écoulement  ».  Pour  la  question  d'étymo- 
logie  que  j'ai  tâché  de  résoudre,  ces  textes  me  paraissent  négligeables  : 
depuis  longtemps,  au  xive  siècle,  le  sens  premier  avait  fait  place  à 
l'acception  spéciale  que  le  mot  possède  encore  aujourd'hui. 

Ajoutons  enfin  que  le  liégeois  arinne  a  passé  dans  certaines  régions 
voisines  :  il  signifie  «  canal  d'égoût  »  à  Vielsalm  ;  «  aqueduc  souterrain  » 
à  Lesves-lez-Namur  ;  «  drain  dans  un  champ  »  à  Solières  et  à  Hotton, 
de  même  à  Melreux  où  l'on  dit  èréne.  Il  est  plus  intéressant  de  constater 
qu'au  charbonnage  de  Gives-lez-Andenne,  outre  le  sens  de  «  grande 
voie  qui  commence  au  jour  »,  arinne  a  le  sens  général  de  «  galerie  de 
mine  ». 

liég.  atîleûre 

G.,  II  x,  cite  sans  explication  l'expression  archaïque  rimète  en  atîleûre 
«  remettre  en  ordre,  en  bon  état  ».  Le  subst.  atîleûre  est  altéré,  par  dissi- 
milation,  de  atîreûre  ;  à  Malmedy  :  aurore  «  apprêt,  assortiment  ; 
parure,  accoutrement  »  (Villers,  1793)  .  Le  verbe  atîrer,  qui  existe 
encore  à  Bra,  à  Stavelot  et  aux  environs  de  Malmedy,  signifie,  d'après 
Villers  :  «  apprêter,  assortir,  parer,  orner,  accoutrer  ».  L'anc.  fr.  atirer 
a  la  même  signification  ;  il  se  rattache  à  tire,  s.  f.,  «  ordre,  rang  ;  suite, 
file,  rangée  ;  sorte,  espèce,  provenance  »  (Godefroy),  en  wallon  tire 
«  espèce,  sorte,  race  »,  qui  vient  du  moyen  bas  ail.  tire  :  sorte,  manière, 
qualité  (1). 

[Z.furfranz.  Spr.  und  Lilt.,  1909,  t.  xxxiv,  p.  155.] 

«  adénites  de  la  croissance  »,  ruvièrsinne  (Stavelot)  «  versant  d'une  colline  »,  doguinne 
(Verviers)  «  choc,  heurt  »  ;  une  gotterinne  apparence  d'awes  (en  1556  ;  Bormans, 
Voc.  houill.,  côper)  «  une  apparence  de  gouttes  d'eau  qui  tombent  »  ;  al  râyinne 
dès  crompîres  (Wardin)  «  à  l'arrachage  des  pommes  de  terre  »  ;  le  picard  couvraine 
«  temps  des  semailles  »  ;  en  Ard.  franc.,  le  mouzonnais  fauchainne  «  fauchaison  », 
versainne  «  jachère  »,  etc. 

(!)  Cf.  G.,  II  432  ;  Falk-Torp,  sir. 

2 


—  18  — 

rouchi  avèrlu 

Avèrlu  «  résolu,  guilleret,  sémillant,  vif,  alerte,  turbulent,  étourdi, 
etc.  »  est  très  usité  dans  le  Hainaut,  depuis  Couvin  jusqu'à  Braine-le- 
Comte.  Le  Glossaire  étymologique  montois  de  Sigart  ne  trouve  à  comparer 
que  l'ancien  français  averlant  «  lourd,  grossier  »,  rajoprochement  bien 
malheureux,  car  un  lourdaud  est  tout  le  contraire  d'un  avèrlu.  Pour 
ma  part,  j'y  vois  une  altération  de  l'ancien  français  reveleus  «  disposé  à 
se  rebeller  »  (anc.  franc,  révéler  =  latin  rebellare);  d'où  :  «  impétueux, 
vif,  alerte,  fringant  ».  Le  picard  a  conservé  erveleux.  Notre  avèrlu 
suppose  une  forme  antérieure  *arvèlu  :  le  préfixe  re-  devient  ar-  en 
montois  (arcévoir,  recevoir,  arléver,  relever)  ;  la  métathèse  de  r  est 
un  phénomène  des  plus  fréquents,  surtout  en  contact  avec  une  autre 
liquide  ;  enfin,  il  y  a  changement  de  suffixe  (-u  au  lieu  de  -eus  ;  comparez 
liég.  pèneûs  =  nara.  pènu,  penaud,  triste). 

liég.  aw'hê,  nam.  aw'jale 

G.,  I  36,  note  sans  explication  le  liég.  awehai  «  fretin,  alevin  »,■  qui 
se  dit  aussi  de  la  jeune  anguille  très  mince  ou  de  la  petite  lamproie.  On 
y  reconnaît  sans  peine  un  type  acucellum  (diminutif  de  acus 
«  aiguille  »).  appliqué  par  métaphore  aux  petits  poissons  ténus  comme 
une  aiguille,  puis,  par  extension,  à  la  petite  anguille  i1).  Le  même  nom, 
à  Glons-sur-Geer,  désigne  une  plante,  l'Aegopodium  podagraria  L., 
égopode  ou  herbe  aux  goutteux,  qui  croît  dans  les  lieux  humides.  — 
Au  masculin  a-ufliê  répond,  en  namurois,  le  féminin  aw'jale  «  petite 
anguille  »  (2),  qui  présente  toute  une  série  de  formes  curieuses,  propres 
à  montrer  comment  les  mots  s'altèrent  dans  le  langage  du  peuple  : 
I .  awaljale  (3),  où  l'influence  du  suffixe  a  amené  l'insertion  d'une  syllabe 
parasite  dans  le  corps  du  mot;  —  2.  aw'djale,  avec  épaississement  de  j 
en  dj  (')  :  d'où,  par  assimilation,  axv'djazve,  lequel,  à  son  tour  se  dissimile 
en  ab'djawe,  puis  en  aVdjouwe  ;  —  3.  iuicjale  (M.  Boigelot)  ;  inw'djale 
ou  inw'djawe  (M.  L.  Loiseau),  qui  ont  subi  l'influence  du  nam.  inivîye 
«  anguille  ». 

(1)  A  Visé,  elle  s'appelle  coivèle  (proprement  «  petite  queue,  cordonnet  »). 

(2)  BI)  1910,  p.  9.  —  Un  lieu  dit  de  Wavre,  la  ferme  de  Lauzelle,  se  dit  en  w. 
li  cinse  di  Law'jale,  qu'il  faut  peut-être  écrire  l'aw'jale. 

(3)  Dict.  nam.  de  F.  Delfosse,  ms.  de  1850  ;  voy.  BSW  45,  p.  345. 

(4)  Comp.  qui  d'djoz  ?  (Ciney)  «  que  dites-vous  ?  «  à  côté  du  nam.  qui  a"joz  ? 
(BI)  1913,  p.  117).  —  Les  formes  mo'djaïve  et  ab'djaive  sont  signalées  à  Andenne 
(BI  )  1909,  p.  29)  ;  (didjouive  est  dans  le  feuilleton  de  Li  Ban-Cloque,  n°  du  4  juin  1911 . 


—  19  — 

liég.  âyehê 

Ce  mot  ne,  subsiste  que  comme  nom  de  lieu  aux  environs  de  Liège, 
à  Jupille  notamment  et  à  Herstal,  où  il  désigne  une  place  publique, 
un  terrain  communal,  une  aisance  :  c'est  en  somme  un  synonyme  de 
âfïmince  (anc.  fr.  aisemence)  et  de  zvèrihè  (1).  La  Toponymie  de  Jupille 
lui  consacre  un  copieux  article,  plein  de  citations  d'archives  (BSW  49, 
p.  226).  On  y  relève  :  voye  de  Laiyehea  (1452),  en  Leyheal  (1492),  en 
Layhay  (1498).  Le  mot  s'est  francisé  en  Laixheau,  devenu  aussi  nom  de 
famille.  Bien  que,  dans  tous  les  textes,  l'article  défini  se  soit  soudé  au 
substantif,  il  faut  analyser  V âyehê,  comme  Lille  (=  l'île),  la  rue  Lulay 
(=  Vûlê,  l'îlot)  à  Liège,  etc. 

La  désinence  est  celle  des  diminutifs  oûhê  (*aucellum:  oiseau), 
wahê  (vascellum  :  -vaisseau).  Elle  est  ici  précédée  d'un  e  muet  ou, 
plus  exactement,  d'une  protonique  féminine,  comme  dans  panltê 
(*panicellum,  petit  pain),  cwèn'hê  (*cornicellum,  bout  de  corne 
servant  d'éteignoir  ou  de  cornet  à  boudin),  cofhê  (*corticellum, 
petit  courtil),  damliê  (dominicellum  :  damoiseau),  aw'hê  (*  acu- 
cellum),  voy.  cet  article.  Mais  où  trouver  le  radical  de  âyehê  ? 

Il  y  a  quelques  années  (BD  1910,  p.  34),  j'ai  proposé  le  latin 
a(d)jutum  «aide  »  :  des  textes  parisiens  du  xme  siècle  cités  par 
Du  Cange,  portent  en  effet  adjotum,  ajoudum,  au  sens  de  terrain,  terre. 
On  pouvait  cependant  objecter  qu'il  n'y  a  pas  trace,  chez  nous,  d'un 
*  ayoa  roman,  employé  comme  substantif  masculin  au  sens  de  «terrain 
d'aisance  »  (2).  D'autre  part,  le  latin  adjacens  «annexe))  adonné  le 
fr.  aise,  liég.âhe,  de  même  que  le  pluriel  adjacentia  a  donné  le  fr. 
aisance,  liég.  *ahince,  devenu  ahèce  sous  l'influence  du  verbe  ahècî 
(accommoder).  J'estime  à  présent  plus  plausible  l'hypothèse  d'un  dimi- 
nutif qui  se  rattacherait  à  cette  dernière  famille.  Le  type  schématique 
serait  donc  *adjace(ns)  +  cellum,  réduit  en  *ace-cellum.  Com- 
parez fâyliê  (1.  d.  de  Mormont  lez  Erezée),  diminutif  de  jàyi  (fage- 
tum  :  hêtraie),  comme  le  montre  la  forme  fàyijê  (1.  d.  de  Mogimont 
lez  Ucimont). 

liég.  bâ 

On  ne  doit  pas  confondre,  en  liégeois,  bâ  avec  bâ  (voy.  cet  article)  ; 
de  plus,  sous  chacun  de  ces  chefs,  il  faut  distinguer  deux  mots  différents. 

(1)  On  pourrait  aussi  reconnaître  notre  V  âyehê  dans  le  nam.  lauja  «  endroit  dans 
un  bois  où  il  y  a  de  l'herbe  »,  qui  ne  m'est  connu  que  par  G.,  II  16. 

(2)  L'ancien  wallon  n'a  que  le  féminin  aioive,  aiouwe  (aide,  action  d'aider). 


—  20  — 

1.  À  Visé,  tout  près  de  la  frontière  germanique,  j'ai  entendu  l'adjectif 
bâ,  fém.  bâde  «  hardi,  effronté  »  :  bâde  gueûye  !,  et,  comme  substantif  : 
û  !  V  bâ  !  «  ah  !  le  brutal  !  ».  —  C'est  évidemment  une  survivance  de 
l'anc.  fr.  bald,  bout  «  joyeux,  hardi,  fier,  présomptueux  »,  qui  vient 
du  francique  bald  «  hardi,  gai  ». 

2.  D'autre  part,  le  germ.  b'alk  —  d'où  le  fr.  et  rouehi  bau  «  poutre  »  — • 
est  devenu  normalement  en  liégeois  bâ,  que  nous  relevons  dans  le 
hesb.  hèri'bâ  (=  liég.  hèrivâ  ;  voy.  ci-dessus  l'art,  ain'bô),  et  dans  int'bd 
(Liège.  Verviers),  t.  de  charp.,  «  entrait  »,  littéralement  «  entre-bau  »  (x). 
Il  faut  y  ajouter  une  expression  archaïque,  inexpliquée  jusqu'ici,  qui 
se  rencontre  dans  la  Complainte  de  1631  : 

Dj'a  p'tchî  d'oyî  1'  messe  et  1'  sièrmon... 
qui  d'èss'  dilé  ces  bas  (2)  d'  djibèt, 
qui  crucifiyèt  noss'  Sègneûr 
â  1'  blasfèmer  tortot'  lès-eûres. 

Lisez  bâ  (ou  bâ)  d'  djibèt  «  poutre  transversale  de  gibet  »,  expression 
figurée  dont  le  peuple  faisait  jadis  une  injure  analogue  à  potinoe,  rowe  (3), 
c'est-à-dire  «  gibier  de  potence,  pendard  ».  Un  mien  ami,  né  vers  1870 
à  Milmort  près  de  Liège,  se  rappelle  que,  dans  son  enfance,  sa  grand- 
mère  le  traitait  parfois  de  bâ-djubèt.  J'y  vois  une  altération  de  bâ 
d'  djubèi.  par  négligence  de  prononciation  et,  peut-être  aussi,  par 
fausse  étymologie  (influence  de  l'adjectif  bâ). 

liég.  bak'neûre 

Le  Supplément  de  Littré  accueille  bacnure  ou. baquenure,  t.  de  mine, 
syn.  bouveau.  Ce  mot  est  emprunté  du  liég.  bak'neûre,  syn.  trintche 
(«  tranche  »)  :  c'est  ainsi  que  nos  houilleurs  appellent  une  galerie 
menée  horizontalement  à  travers  bancs  de  roche  pour  atteindre  la 
couche  de  houille,  po  r'côper  V  vonne.  G..  I  42.  ne  donne  pas  d'étymo- 
logic.  Bormans,  Vue.  des  houilleurs  liégeois,  y  voit  un  dérivé  de  banc  (!). 
Il  signale  le  syn.  bakèn'mint  (inusité)  ;  mais  il  oublie  le  verbe  bak'ner, 
qui  est  d'usage  courant  au  bassin  de  Liège  comme  synonyme  de 
trintehx  («  trancher  »  :  pratiquer  une  bacnure).  —  On  ne  peut  séparer 

(x)  Lobet  :  aidbau  ;  Body,  Voc.  des  charp.  :  aindbau  (avec  au,  graphie  équivoque, 
pour  à). 

(2)  Choix,  p.  76  ;  orthographe  des  éditeurs,  qui  ne  paraissent  pas  avoir  compris 
le  mot  que  nous  soulignons. 

(3)  "  Potence,  roue  »,  instruments  de  supplice.  Ces  mots  féminins  deviennent 
masculins  dans  ce  sens  figuré  :  on  fr  (laid)  potince,  on  le  rowe.  —  Comp.  lat.  crux 
(esclave  qui  mérite  la  croix). 


—  21  — 

bak'ner  du  néerl.  bakenen  «  baliser,  jalonner  »  (x)  :  clans  le  creusement 
d'une  baJc'neûre,  les  ouvriers  doivent  fréquemment  jalonner  la  galerie 
pour  s'assurer  qu'ils  tiennent  la  direction  voulue.  Cette  action  parti- 
culière a  donné  son  nom  à  l'ensemble  des  opérations. 

liég.  bar,  nam.  baur,  bôr 

Le  Dict.  liégeois  de  Forir  donne  laconiquement  :  «  bôr,  hangar,  abri  »  ; 
mais  il  emprunte  distraitement  ce  mot  à  G.,  I  49,  qui  l'attribue  au  dia- 
lecte namurois.  Il  faut  rayer  l'article  de  Forir  et  le  remplacer  par 
le  liég.  bar,  s.  m.,  que  j'ai  entendu  à  Liers  au  sens  de  :  «  ensemble  des 
traverses  qui  supportent  les  gerbes  au-dessus  de  l'aire  »  (voy.  l'art. 
bèrôdî).  La  forme  namuroise  est  baur  ou  bôr,  s.  m.,  «  chartil,  hangar, 
remise  pour  chariots  et  instruments  aratoires,  abri  léger  formé  d'un 
toit  que  supportent  des  piquets  ou  des  piliers  en  maçonnerie  et  qui 
s'adosse  à  un  côté  de  la  ferme  »  (Namur,  Ciney,  Dinant.  Thorembais- 
St-Trond).  A  Gives  et  à  Solières,  près  d'Andenne,  j'ai  entendu  :  il  è-st-è 
bar,  syn.  è  hangar.  Enfin,  un  registre  manuscrit  des  assemblées  des 
manants  et  policiens  de  Sprimont  porte  ce  qui  suit  pour  l'an  1751  : 
«  faire  une  espèce  de  bar  ou  chary  afin  d'y  réfugier    ses  hernats...  ». 

Les  formes  bar,  bâr  prouvent  que  le  nam.  bôr  n'a  rien  à  démêler  avec 
l'anc.  h.  ail.  bûr  «  demeure  »,  ni  avec  l'ail,  bohren  «  percer  »  (2).  Pour 
la  lettre  et  pour  le  sens,  le  rapprochement  s'impose  avec  le  liég.  bâre, 
nam.  baure,  bore,  s.  f.,  qui  répond  au  fr.  barre,  d'un  type  *barra  (per- 
che), d'origine  inconnue.  Un  type  *barrum  (assemblage  de  perches, 
de  poutres)  expliquerait  le  masculin  bâr,  bâr,  baur  (3).  A  remarquer 
d'ailleurs  qu'à  l'ouest  de  Liège  (Seraing,  Huy),  on  dit  au  masculin 
on  bâr  di  fier  «  une  barre  de  fer  »  et,  au  jeu  de  barres  :  qzviter,  toutchî 
on  bâr. 

liég.  bègâ,  bigâ  ;  malm.  digâ 

G.,  I  51  et  54,  n'explique  pas  le  liég.  bègâ  «  fange,  bourbe  »,  nam. 
bigau  «  vase,  limon  ;  jus  de  fumier  ».   La  forme   bigâ  existe  aussi  à 

(1)  Dérivé  du  néerl.  baken  «  balise,  bouée  »,  d'où  le  w.  bakène,  t.  de  bat.,  même  sens 
(G.,  II  500).  L'acception  primitive  de  baken  est  «  signe  »  en  général  ;  cf.  Kluge  bake  ; 
Franck- van  Wyk  baak  ;  Schuermans,  De  Bo  bake,  baak. 

(2)  Voy.  G.,  I  49  ;  Feller,  Notes,  p.  318.  Comp.  ci-après  l'art,  beûr. 

(3)  D'après  Meyer-Liibke,  n°  963,  l'anc.  fr.  bar  «  abattis  d'arbres,  château-fort  », 
qui  survit  dans  de  nombreux  noms  de  lieux,  est  probablement  connexe  avec  *  barra. 
—  Pour  le  rapport  entre  *barra  et  *barrum,  comp.  lat.  vallus  :  pieu  ;  vallum  : 
palissade. 


22  — 

Liège  (Forir),  à  Jupille,  Verviers,  Sprimont,  etc.  (x).  Ailleurs,  on  dit 
bègau  (Ciney).  bigâ  (Huy,  Vielsalm),  bigau  (Awenne,  Namur,  Dinant), 
bigau  ou  bigâr  (Charleroi),  bugau  (Wavre),  bigau  (Jodoigne,  Perwez, 
Chastre-Villeroux)  et,  avec  r  épenthétique,  brigau  (Lavacherie.  Ortheu- 
ville).  On  voit  que  le  mot  n'appartient  qu'au  dialecte  wallon  propre- 
ment dit.  Dans  les  villes,  telles  que  Liège  et  Verviers,  on  lui  attribue 
le  sens  général  de  «  fange,  bourbe,  margouillis  »;  une  flaque  d'eau  répan- 
due par  mégarde  s'appelle  on  bigâ  d'êive  (2).  A  la  campagne,  le  mot  a 
l'acception  technique  de  «  purin,  eau  de  fumier  »,  —  ce  qui  est,  pour 
moi,  le  sens  étymologique. 

Je  tiens  en  effet  bègâ,  bigâ  pour  un  dérivé  du  moyen  h.  ail.  bîge  (ail. 
mod.  beige:  amas,  tas,  monceau),  formé  à  l'aide  du  suffixe  -â  (-a,  -ô, 
-âr),  fr.  -ard.  Le  tas  dont  il  s'agit,  c'est  pour  les  campagnards  le  tas  par 
excellence,  le  fumier.  Reste  à  déterminer  le  sens  du  suffixe  -â.  Attaché 
à  des  thèmes  nominaux,  il  a  d'ordinaire  une  valeur  augmentative, 
comme  dans  bîrâ  «  bière,  civière  »,  bocâ  «  trouée  d'une  haie  »  (dér.  de 
boke  «  bouche  »),  cohâ  rf'  vê  «  jarret  de  veau  »,  propr.  «cuissard»,  fèssâ, 
«  fessier  »,  fouwâ  «  feu  en  plein  air  »,  hurâ  «  hure  de  sanglier  »,  etc. 
Plus  rarement,  il  peut  avoir  un  sens  moins  précis  et  marquer  un  simple 
rapport  de  proximité,  de  dépendance  :  le  câvâ,  c'est  le  palier  de  la  cave, 
la  trappe,  le  plancher  mobile  ou  suspendu  donnant  accès  à  la  cave  ; 
le  niyâ,  c'est  le  nichet  qu'on  met  dans  le  nid.  Dans  ce  dernier  cas,  l'expli- 
cation de  bigâ  est  aisée  :  c'est  la  fosse  adjacente  au  tas  de  fumier. 
Dans  le  premier  cas,  on  admettra  que  bigâ  a  signifié  d'abord  «gros  tas 
[de  fumier]»  —  sens  disparu  sans  laisser  de  trace  —  ;  d'où,  par  exten- 
sion :  «  le  liquide  qui  sort  de  ce  tas  et  qui  est  recueilli  dans  une  fosse 
adjacente  »  (comp.  fàsseit  de  bigaut  :  Jean  d'Outremeuse)  ;  puis,  en 
général  :  «  eau  sale  et  bourbeuse  ,  bourbier  ». 

Le  liégeois  bêgâ  est  remplacé,  dans  la  région  de  Malmedy,  par  digâ, 
qui  signifie  :  1.  «  bourbier  »  (Malmedy  :  Villers)  ;  2.  «  purin  »  (dans 
les  campagnes,  par  exemple  à  Faymon ville  :  ira  (V  digâ  «  fosse  à  purin  »). 
C'est  l'augmentatif  de  digue  (pron.  dïk)  «  fosse  remplie  d'eau,  mare  », 
qui  dérive  de  l'anc.  h.  ail.  dîch  «  marais,  étang,  réservoir  (ail.  mod. 
teig  ;  à  Eupen  deïk  :  à  Elberfeld  deeg  ;  des  dialectes  néerlandais  ont  de 
même  conservé  à  dyk  le  sens  de  «  fossé,  mare,  bourbier  »). 
[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  548.] 

(*)  De  même  dans  Jeun  d'Outremeuse  (Geste  de  Liège.  II.  1185)  :  «  dedens  un 
grant  fosscit  de  bigau  t  ks  but  toit  ».  Godefroy  a  un  article  begart  2,  dont  il  ignore 
la  signification  et  qui  est  évidemment  notre  mot.  Voy.    ci-après    l'art,  embegaré. 

(2)  Syn.  màssî  potê.  —  Entendu  à  Seraing  :  de  café  qu'est  neûr  corne  de  bigâ  («noir 
comme  du  purin  »). 


—  23  — 

w.  bêrih 

G.,  Voc.  des  noms  w.  d'animaux,  etc.  (Liège,  1857),  p.  29,  donne 
bairih  «  sol  improductif  ».  Dans  son  Dict.,  II  500,  il  cite  le  même  mot 
d'après  le  verviétois  Lobet  (1),  et,  à  ce  propos,  Scheler  pense  à  l'anc. 
fr.  barraigne,  fr.  brehaigne  (stérile)  ou  à  l'ail,  baar  (nu)  :  propositions 
inacceptables.  —  Le  mot  est  inconnu  en  liégeois.  Nous  ne  l'avons 
entendu  qu'à  Ferrières,  où  un  bêrih  désigne  un  terrain  inculte,  couvert 
de  broussailles,  de  genêts,  etc.  ;  un  trîh  (moyen  néerl.  driesch)  y  désigne 
aussi  un  terrain  inculte  et  broussailleux,  mais  où  poussent  quelques 
arbres.  —  On  reconnaît  sans  peine  dans  bêrih  un  emprunt  du  germ. 
berg  «montagne  »  (anc.  h.  ail.  bëreg,  dial.  luxemb.  tferch),  qui  a  pris  en 
wallon  le  sens  général  de  «  terrain  impropre  à  la  culture,  comme  le  sol 
d'une  montagne  ».  Pour  la  forme,  voy.  l'article  ârîh. 

anc.  w.  berckmoese,  anc.  fr.  becquemoulx,  lerquenoux 

L'anc.  w.  berckmoese  (Liège,  1527)  et  l'anc.  fr.  becquemoulx  (Lille, 
1461)  figurent  dans  des  textes  qui  contiennent  rémunération  de 
matières  tinctoriales  (2).  Godefroy  traduit  vaguement  becquemoulx 
par  :  «  sorte  de  teinture  ».  Pour  Bormans  (BSW  9,  p.  211),  berckmoese 
est  peut-être  le  même  mot  que  le  liégeois  moderne  lakmoûse  «  bleu 
corrosif  qui  sert  aux  maçons  »,  c'est-à-dire  «  tournesol  ».  G.,  II  557, 
enregistre  dubitativement  cette  opinion  ;  mais,  se  demande-t-il, 
comment  expliquer  l'élément  berck  ? 

Si  une  seule  des  deux  formes  berck-  ou  becque-  était  attestée,  on  pour- 
rait supposer  une  graphie  erronée  ou  une  fausse  lecture  du  moyen 
néerl.  lecmoes,  leecmoes,  type  primitif  de  lakmoes  «  tournesol  »  (3). 
Mais  la  même  erreur  a-t-elle  pu  se  produire  de  deux  côtés  si  différents  ? 
Ce  n'est  guère  plausible.  D'autre  part,  le  néerlandais  ne  paraît  pas 
connaître  berckmoes.  N'était  cette  difficulté,  le  premier  élément  pour- 

(x)  Lobet  donne  un  sens  2  :  «  laine  de  moutons  bruns  employée  dans  sa  couleur 
naturelle  pour  faire  du  drap  de  capucins  ».  De  plus  il  fait  de  bruskène  le  syn.  de 
bairih  «  lande,  terre  inculte  ».  Chose  curieuse,  il  n'attribue  pas  à  bruskène  le  sens  2  : 
«  laine  qui  porte  sa  couleur  »,  sens  qui  est  attesté  par  Remacle,  G.,  I  84,  Bormans 
(in  BSW  9,  p.  247),  Villers,  etc.  Ce  bruskène  (laine)  est  inséparable  de  bruskin 
(espèce  de  drap  :  anc.  w.,  G.,  II  562),  anc.  fr.  broissequin  (God.),  qui  est  proba- 
blement d'origine  germanique. 

(2)  Voyez  ces  textes  ci-après  à  l'article  oirzelle. 

(s)  Franck- van  Wyk  tire  Izcmoes  (vers  1500  ;  west-flam.  lekmoes)  de  hkken, 
moyen  néerl.  lêken  «  égoutter  »,  altéré  sous  l'influence  de  lak  «  laque  ».  Nom  d'une 
matière  tinctoriale  dont  on  fait  une  bouillie  (moes,  pap),  qu'on  fait  ensuite  égoutter. 


—  24  — 

rait  être  le  moyen  néerl.  berck  «  écorce  »,  que  possèdent  encore  des 
dialectes  modernes  (1).  D'après  nos  anciens  textes,  l'écorce  de  certains 
arbres  (aune,  noyer,  pommier)  fournissait  une  teinture  (2). 

Enfin  un  type  lerquenoux  se  rencontre  dans  un  texte  de  1464  :  «  que 
doresnavant  (les  drapiers)  pourront  taindre  tous  petis  draps  non  scellez, 
de  ozeille  ou  de  lerquenoux  »  (Romania,  xxxiii,  564).  Il  faut,  je  crois, 
lire  berquemoux,  en  rapprochant  cette  forme  de  berckmoese,  becque- 
moulx  (3).  Il  est  remarquable  que,  dans  les  trois  textes,  la  matière  ainsi 
dénommée  figure  à  côté  de  l'orseille. 

[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  549.] 

liég.  bèrôdî 
G.,  I  52,  333,  a  ces  deux  articles  : 

1.  bèraudi  (cage  servant  à  élever  les  badigeonnenrs,  etc.).  Nam.  id.  (bascule 
d'un  puits)  [?].  Comp.  dial.  deBayeux  bèreau  (tuyau  qui  sert  à  déposer  le  cidre)  ? 

2.  bèraudi  (1.  grenier  situé  au-dessus  de  l'aire  d'une  grange;  2.  en  général 
tout  grenier  formé  de  perches  ou  de  poutrelles  et  servant  à  mettre  de  la  paille, 
du  foin,  des  fagots,  etc.).  Nam.  biraudî  (au  sens  1)  (4). 

Pour  le  lecteur  habitué  aux  analyses  verbales,  ces  deux  articles  se 
ramènent  sans  effort  à  l'idée  commune  d'  «  échafaudage  ».  Les  formes 
anciennes  beroudie  1268,  berrodier  1273,  berodier  1275,  -ire,  1326, 
-i  1394  (5),  ne  nous  apprennent  pas  grand'  chose.  Il  faut  poursuivre 
notre  enquête  à  travers  les  vocabulaires  régionaux  et.  autant  que 
possible,  sur  le  terrain. 

Le  sens  de  «  cage...  »  est  signalé  en  outre  par  Body,  Vocal,  des  cou- 
vreurs  (BSW  11,  p.  144),  A.  Bouhon,  Voc.du  peintre  (ib.,39,  p.  144),  et 
Pirsoul,  Dict.  namurois,  qui  le  donne  comme  terme  de  fondeur,  pour 

(1)  Les  dialectes  de  Groningue  et  de  la  Drenthe  lui  donnent  le  sens  spécial  de 
«  écorce  de  chêne,  tan  ».  Le  west-flam.  bark,  bork  signifie  «  croûte  d'écorce,  épiphlœum, 
enveloppe  subéreuse  ». 

(2)  Voy.  G.,  II  623  ;  Godefroy,  brugnier. 

(3)  M.  Behrens,  Beitràge,  p.  150,  fait  le  même  rapprochement,  mais  il  paraît 
admettre  l'opinion  de  Bormans  qui  voit  dans  ces  mots  des  variantes  de  lakmoûse. 
—  M.  Roques  (Romania,  xxxvi,  270)  dit  que  lerquenoux  est  peut-être  Vorcanète 
en  supposant  l'agglutination  de  l'article  et  une  substitution  de  désinence.  Cette 
conjecture  n'est  guère  admissible. 

(4)  De  même  Forir  :  bèrâdî  [?],  bèrôdî  ;  bèrondî.  —  Voy.  aussi  G.,  I  55  :  «  biraudi, 
sorte  de  jeu  ». 

(6)  .1.  Cuvelier,  Inventaire  des  arch.  de  V abbaye  du  Val-Benoît  (in  Bull.  Inst. 
archéol.  liég.,  t.  xxx,  p.  585)  ;  Cartulaire  de  V abbaye  du  Val-Benoît,  pp.  188,  206, 
212,  375,  708  (Bruxelles,  1906). 


—  25  — 

désigner  le  plancher  sur  lequel  se  tient  le  chargeur.  —  L'autre  signi- 
fication «  faux  plancher  au-dessus  de  l'aire  d'une  grange  »  est  de  loin 
la  plus  répandue.  Voici  les  formes  recueillies  :  bèrôdî,  -i  Liège,  Ver- 
viers  (l),  Spa,  Sprimont,  Cherain.  Villers-Ste-Gertrude,  Wellin,  St-Hu- 
bert,  Lavacherie,  Sibret,  Huy,  Ciney  ;  Namur  (Pirs.)  ;  Philippeville, 
Dorinne,  Stave,  Vonêche,  Chiny,  Florenville,  Buzenol,  Ste-Marie- 
sur-Semois,  etc.  ;  bèroûdî  Dinant,  Bouvignes  ;  birôdi  Malmedy,  Sta- 
velot,  Francorchamps  ;  Namur  (G.)  ;  bèrôdeû  Mont-le-Ban  ;  -û  Viel- 
salm,  Bovigny  ;  birlôdî  Glons,  RocFenge-sur-Geer  (épenthèse  de  l)  ; 
barôdi  gaumais  (Maus,  Vocab.  de  Virton,  nos.  de  1850). 

L'aire  géographique  de  ce  mot  comprend  donc  Malmedy,  la  majeure 
partie  des  provinces  de  Liège,  de  Luxembourg  et  de  Namur  ;  YEnquête 
sur  les  patois  d'Ardenne  de  M.  Ch.  Bruneau  (1914  ;  t.  I,  p.  454-)  nous 
apprend  qu'elle  s'étend  même  au  nord  du  département  des  Ardennes. 
La  variété  des  formes  porte  sur  la  désinence  (-î  ou  -i,  rarement  -eu, 
-û  par  confusion  de  suffixes)  et  sur  la  première  syllabe  bè-,  bi-,  ba-, 
où  l'on  soupçonnera  la  présence  du  préfixe  latin  bis-  (voy.  BD  1907, 
p.  138),  d'autant  plus  qu'à  Rethel  (Ard.  franc.)  nous  trouvons  arraudi  (2) 
et  que  M.  Bruneau,  dans  son  Enquête,  relève  carôdi  sur  quelques  points 
de  la  même  région.  Mais  que  signifie  le  radical  -rôd-  ? 

Si  nous  interrogeons  les  synonymes  de  bèrôdî  «  faux  plancher  au- 
dessus  de  l'aire  d'une  grange  »,  nous  retiendrons  bihoûle,  s.  f.,  à  Sart- 
lez-Spa  (altéré  sans  doute  de  *bihoûr),  ourdi  à  Neufehâteau,  Voûrdi 
ou  lé(s)  ourdis  à  Alle-sur-Semois,  V  hoûr  ou  lé(s)  hoûrs  à  Oisy,  oûr  à 
Pecq,  ourdâge  à  Wiers.  ordia  à  Marbais,  qui  nous  ramènent  à  l'anc.  h. 
ail.  hurd  (ail.  mod.  hiirde,  claie),  désignant  tout  ouvrage  fait  par  entre- 
lacement de  branches,  assemblage  de  poutres,  etc.  (3).  Dès  lors,  nous 
poserons  en  fait  que  bèrôdî  est  altéré  de  *bèhôrdî,  devenu  par  méta- 
thèse  *bèrliôdî  ou  *bèrôd,hî  :  l'aspirée  a  disparu,  comme  dans  cwèpliî 
cordubisarium  >  czvèpî.  Le  suffixe  est  -î  (-ier,  -arium)  comme 
dans  plantchî,  plancher  (4).  Quant  à  la  première  syllabe,  on  peut  y  voir 

(!)  On  signale  à  Verviers  l'expression  :  c'è-st-ô  grand  bèrôdî  «  c'est  un  grand 
fainéant,  un  grand  corps  sans  énergie  »  (BSW  53,  p.  417).  —  Le  même  sens  de  déni- 
grement est  attribué,  par  métaphore,  à  hèn'bô  (voy.  l'art,  ani'bô)  et  à  hâbiêr  (voy. 
cet  article). 

(2)  H.  Baudon,  Le  patois  des  environs  de  Rethel,  donne  arraudi  «  espèce  de  plancher 
formé  de  perches  où  l'on  place  des  bottes  de  paille  ». 

(3)  Voy.  Dict.  gén.  hourd  ;  Hécart  hourdage  ;  Corblet  hourdis  ;  Bruneau, 
op.  cit.,  pp.  454-5. 

(4)  Dans  le  fr.  hourdis  et  l'anc.  fr.  behordis,  le  suffixe  est  -is,  qui  se  prononcerait 
en  wallon  iV  (taillis  :  tèyis'').  Les  formes  du  xme  siècle  citées  plus  haut  montrent 
aussi  que  le  suffixe  est  bien  -arium. 


—  26  — 

soit  le  préfixe  latin  bis-,  soit  le  germ.  bi-;  dans  ce  dernier  cas,  bèrôdî 
se  rattache  directement  à  l'anc.  fr.  behourder,  que  Meyer-Lûbke, 
n°  1098,   dérive    du  francique  bihurdan   «  enclore,    palissader  »  (1). 

liég.  beûr,  fr.  bure 

D'après  le  Dictionnaire  général,  le  fr.  bure.  s.  f.,  puits  de  mine,  «  est 
emprunté  du  flam.  booren  (sic),  ail.  bohren,  percer  ».  C'est  l'opinion 
communément  reçue  :  les  auteurs  la  répètent,  avec  plus  ou  moins 
d'assurance  et  toujours  sans  l'ombre  d'une  démonstration  (2).  Pour 
ma  part,  je  ne  puis  m'y  rallier.  D'abord  il  convient,  en  toute  justice, 
de  restituer  ce  vocable  au  dialecte  liégeois,  qui  a  donné  au  français 
tant  de  termes  de  houillerie,  à  commencer  ]3ar  houille  même.  Le  fr.  bure, 
devenu  féminin  en  vertu  de  fausses  analogies  (3),  vient  d'un  vieux  mot 
liégeois,  toujours  masculin,  que  les  actes  anciens  écrivent  bur  ou  bure 
et  que  le  peuple  prononce  aujourd'hui  beûr  (bér).  A  partir  du  XIVe  siè- 
cle (4),  on  le  rencontre  fréquemment  dans  nos  archives,  par  exemple 
en  1316  :  «  et  ne  poront  parmi  le  fosse  et  le  bure  fait  elle  terre...  traire 
nulle  hulhe  »  (5);  en  1334  :  «  ilh  deveront  les  bures  remplir  »  (6);  on  1358  : 
«  faire  burs.  fosses,  voies  ne  paires  »  (7)  ;  etc. 

Ce  point  établi,  d'où  vient  le  mot  liégeois  ?  Il  apparaît  isolé,  sans 
ascendant,  sans  famille.  Chose  étrange  :  si,  comme  on  le  prétend,  il 
est  né  d'un  verbe,  d'un  nom  d'action,  il  n'a  lui-même  produit  qu'un 
diminutif  :  burtê  «  *bureteau  »  (8).  Autre  singularité,  un  verbe  germa- 

(*)  Godefroy,  à  l'art,  behordeis,  cite  la  forme  borordeis,  qui  se  rapproche  singuliè- 
rement de  notre  bèrôdî. 

(2)  G.,  I  53  ;  Scheler  ;  Bormàns,  Vocab.  des  houilleurs  liég.;  Ilrix,  n°  228  ;  Meyer- 
Lûbke,  n°  1211.  —  Morand,  Art  d'exploiter  les  mines,  invoquait  en  1768  l'anglais 
bore,  trou.  Delmotte,  en  1812,  remontait  au  celtique  bor,  puits  (!).  Sigart  ne  parle 
qu'incidemment  de  bure,  à  propos  de  Borain,  Borinage.  Soit  dit  en  passant,  il  est 
certain  que  bure  et  Borain  n'ont  aucun  lien  de  parenté. 

(3)  Influence  de  la  finale  -ure  et  de  l'homonyme  bure,  étoffe. 

(4)  On  ne  peut  faire  fond  sur  le  prétendu  cheans  de  (ou  del)  bur,  qui,  d'après  F. 
Henaux  {Lu  Houillerie  du  pays  de  Liège,  pp.  35  et  36  ;  Liège,  1861),  figurerait  dans 
une  charte  de  1202.  Grandgagnage  ne  connaît  que  les  formes  cheans  do  (ou  del)  bu 
(Voc.  des  anciens  noms  de  lieux,  p.  15). 

(5)  Acte  du  Val-St-Lambert,  cité  par  F.  Henaux,  p.  116. 

(8)  Cuvehei,  Cartul.  de  V abbaye  du  Val-Benoît,  p.  472  ;  item  en  1379  et  1394, 
pp.  632  et  760. 

(')  Ibid.,  p.  485  ;  item  en  1365,  p.  512. 

(8)  Je  laisse  de  côté  burin,  qui  n'est  pas,  je  crois,  foncièrement  wallon.  On  tire 
d'ordinaire  le  fr.  burin  du  germ.  boro  (ail.  mod.  bohrer  :  perçoir,  tarière)  ;  mais 
cette  dérivation  est  très  douteuse  pour  la  forme  et  pour  le  sens  ;  voy.  Korting. 
n°  1509  ;  Meyer-Lûbke,  n°  1224. 


—  27  — 

nique  nous  aurait  donné  directement  un  substantif.  Enfin,  il  me  paraît 
phonétiquement  impossible  d'associer  le  germ.  boren  (bohreri)  et  la 
forme  francisée  bur(e).  Il  faut  donc  chercher  autre  chose. 

Le  dialecte  liégeois  confond  aujourd'hui  deux  catégories  différentes 
de  mots  dans  la  même  prononciation  -eûr  {-&r  fermé  long)  :  1°  ceux  qui 
on4  en  latin  -éram.  -érem,  -érum  (eûre,  fleur,  longueur,  tchancVleûr  = 
fr.  heure,  etc.)  ;  2°  ceux  qui  ont  en  latin  -f/rara,  -srum  {heure  cure, 
dobleûre  doublure,  maweûr  mûr,  meûr  mur,  deûr  dur)  ou  en  ancien  ger- 
manique -ûr  (seûr  sur,  aigre,  heure  grange).  Mais  d'autres  dialectes 
conservent  une  distinction  qui  s'est  effacée  en  liégeois  moderne.  A 
Seraing-sur-Meuse,  par  exemple,  si  l'on  dit  comme  à  Liège  eûre,  fleur, 
etc.,  on  prononce  heure,  dobleûre,  etc.,  avec  œ  ouvert  bref,  ainsi  que 
beur,  puits  de  mine.  Notre  mot  rentre  donc  bien  dans  la  seconde  caté- 
gorie, et  la  forme  francisée  bur(e)  est  correcte.  Une  origine  latine  ne 
pouvant  ici  être  invoquée,  il  suffit  d'interroger  ceux  de  ces  mots  qui 
viennent  du  germanique,  à  savoir  seûr,  seur  (sur,  aigre  ;  de  l'anc.  h. 
ail.  sûr,  ail.  mod.  sauer),  heure,  heure  (grange  ;  de  l'anc.  h.  ail.  sc'ûr, 
ail.  mod.  schauer,  scheuer),  pour  se  convaincre  que  beûr,  beur  postule 
nécessairement  un  type  ane.  h.  ail.  bûr.  Ce  type  existe  en  effet, —  mais 
avec  le  sens  de  «  maison  »  (ail.  mod.  bauer  :  volière). 

A  première  vue,  on  se  croira  sur  une  fausse  piste  :  comment  mie 
«  maison  »  peut-elle  se  muer  en  «  puits  »  ?  On  fera  bien  cependant  de 
ne  pas  trop  s'arrêter  à  l'objection.  Ce  que  nous  pourrions  appeler 
«  l'obsession  sémantique  »  est  souvent  un  écueil  pour  l'étymologiste. 
Celui  qui,  par  exemple,  guidé  par  l'analogie  des  significations,  veut 
dériver  boucher  (s.  m.)  de  bouche,  houille  de  kohl,  bure  de  bohren,  se 
laisse  égarer  par  cette  obsession.  Poursuivons  donc  nos  recherches, 
pleins  de  foi  dans  la  constance  des  lois  phonétiques,  et  nous  trouverons 
ceci.  Jadis,  au  pays  de  Liège,  sur  la  bouche  du  puits  de  mine,  s'élevait 
un  hangar  ou  une  baraque,  abritant  la  machine  d'extraction.  Pour  les 
petits  puits,  c'était  une  cabane  de  planches  ou  de  clayonnage,  appelée 
hutte,  en  w.  houte.  Pour  les  grands  puits,  on  établissait  une  enceinte 
plus  solide  :  de  fortes  pièces  de  bois  formaient  une  cage  à  claire-voie, 
couverte  de  chaume  et  garnie  sur  trois  côtés  de  planches  à  hauteur 
d'appui.  Sous  ce  toit,  au-dessus  de  la  bouche  du  puits,  étaient  suspen- 
dues les  deux  poulies  ou  rôles  du  bur.  Un  savant  allemand  du  xvie  siècle 
(Agricola,  de  Re  metallica,  1546)  appelle  cette  construction  casa  putealis. 

—  J'emprunte  ces  détails  d'histoire  à  l'ouvrage  de  Morand  (x)  :  ils 

(*)  Art  d'exploiter  les  mines  de  charbon  de  terre  (2e  éd.,  Neuchatel,  1780),  pp.  37-38. 

—  Sur  cet  ouvrage  important,  voy.  F.  Henaux,  op.  cit.,  p.  15. 


—  28  — 

corroborent  singulièrement  les  données  de  la  phonétique  et  légitiment 
la  conclusion  suivante.  Dans  les  premiers  temps  de  la  houillerie  lié- 
geoise, on  appelait  *bur  de  fosse  la  hutte  élevée  sur  le  puits.  Le  bur 
de  cette  époque  lointaine,  avant  de  donner  son  nom  à  la  fosse  même, 
c'était  une  très  simple  ébauche  du  «  beffroi  »  de  la  houillère  mo- 
derne (1). 

Il  est  certain  que  les  dialectes  du  nord  —  y  compris  le  liégeois  — 
ont  connu  bur  au  sens  général  de  «  maison  ».  Le  normand  le  connaît 
encore  (Meyer-Lûbke,  n°  1397)  ;  l'ancien  liégeois  et  le  français  en  ont 
tiré  le  diminutif  buron  «  cabane  «  (voy.  ci-après  l'article  lûrê).  Il  est 
non  moins  avéré  que,  chez  nous,  bur  a  perdu  depuis  des  siècles  le  sens 
de  «  maison  ».  On  peut  concevoir  plusieurs  raisons  de  ce  fait.  Le  mot 
étant  d'origine  étrangère,  il  s'y  attachait  une  nuance  de  dédain  :  c'était 
une  maison  de  clayonnage,  une  chaumière.  Il  trouvait  aussi  un  concur- 
rent dans  le  dérivé  buron,  qui  avait  plus  de  corps.  Enfin  il  s'employait 
pour  désigner  la  construction  rudimentaire  qui  surmontait  le  puits  de 
mine,  et  cette  fonction  spéciale  fit  oublier  l'acception  générale.  Seuls 
les  houilleurs  conservèrent  ce  terme  archaïque,  mais  en  le  détournant 
bientôt  de  sa  signification  propre.  Grâce  aux  expressions  courantes 
moussî,  dihinde,  ovrer  è  beûr  (entrer,  descendre,  travailler  dans  le 
bure),  H  trô,  les  rôles  de  beûr  (le  trou,  les  molettes  du  bure),  etc.,  on  le 
prit  naturellement  pour  le  synonyme  de  fosse.  L'évolution  sémantique 
dut  s'accomplir  de  bonne  heure,  probablement  au  xme  siècle  (voir  les 
textes  cités  plus  haut). 

En  résumé,  le  liégeois  bur(e)  a  passé  par  les  étapes  suivantes  :  l.t.  gén., 
maison  ;  surtout  maison  chétive,  syn.  buron  ;  —  2.  spécialement,  t.  de 
houill.j  bur  (de  fosse),  construction  élevée  sur  la  bouche  du  puits  d'ex- 
traction ;  —  3.  par  confusion  :  puits  d'extraction  ;  —  4.  par  extension  : 
tout  puits  de  min»,  s'ouvrant  au  jour,  non  seulement  le  puits  d'extrac- 
tion (beûr  a  trêve),  mais  aussi  le  puits  d'aérage  (beûr  d'êr),  le  puits 
dVxhaure  (beûr  as  colories)  et  le  puits  aux  échelles  (beûr  as  hâles). 
Le  sens  4  est  le  seul  connu  aujourd'hui. 

[BD  1920,  pp.  4-7.] 

(')  Le  châssis  à  molettes  s'appelle  en  liégeois  moderne  bèlfleûr  ou  bèle-fleûr.  C'est 
une  altération,  par  étymologie  populaire,  de  belfreude,  que  Morand  donne  au 
xvnie  siècle  (op.  cit.,  p.  38).  L'anc.  w.  bellefroit  équivaut  à  Pane.  fr.  berfroi  (=  fr. 
mod.  beffroi),  emprunté  de  l'anc.  germ.  bergfrid  «  (tour)  qui  protège  la  sûreté)  ». 
Le  fr.  beffroi  a  aussi,  par  extension,  le  sens  de  :  «  charpente  supportant  les  cloches 
d'un  clocher  ou  le  mécanisme  d'un  moulin  »  ;  voy.  G.,  II  502,  557. 


—  29  — 

w.  bihot 

Aucun  dictionnaire  ne  signale  le  w.  biht  «  vase  de  ménage,  bidon, 
récipient  quelconque  servant  à  la  cuisine  »,  qui  existe  notamment  à 
Crehen  (Hesbaye),à  Huyet  à  Melreux,  surtout  au  pluriel.  Nous  y  recon- 
naissons le  moyen  néerl.  behôf,  néerl.  behoef  (ail.  behuf)  «  besoin,  néces- 
sité; au  plur.,  ustensiles  ».  Le  sens  concorde  pleinement.  Pour  la  proto- 
nique  e  >  i,  comparez  l'art,  gistel.  La  finale  seule  peut  faire  difficulté: 
on  l'expliquera  par  l'influence  analogique  du  suffixe  -ot  et  surtout  en 
comparant  Je  liég.  rS,  t.  de  batellerie,  «  cabine  placée  au  milieu  du 
bateau  »  (G.,  II  319),  emprunté  du  moyen  néerl.  rôf,  néerl.  roef  (angl. 
roof,  d'où  le  fr.  rouf).  —  Pour  désigner  le  coffin  du  faucheur,  on  dit 
au  sud  biho  (La  Cuisine,  Chassepierre,  etc.),  biyi  (Herbeumont,  Stave, 
etc.).  C'est  peut-être  le  même  mot  pris  dans  une  acception  spéciale, 
mais  plus  probablement  une  altération  du  fr.  anc.  et  mod.  buhot 
«  tuyau,  gaine  »  (x). 

fr.  bleime,  w.  blême,  blène 

G.,  II  504,  enregistre,  d'après  Simonon,  le  liégeois  blem  (sic)  «  cor 
au  pied  d'un  cheval  »  et,  d'autre  part,  M.  W.  Gorrissen  signale  à  Huy 
blême,  s.  f.,  «  bleime  du  cheval  ».  Ce  mot  technique  nous  vient  appa- 
remment, par  voie  livresque  ou  savante,  du  fr.  bleime,  s.  f.,  t.  de  vété- 
rinaire, «  irritation  qui  attaque  la  sole  des  talons  du  cheval  ».  Mais 
d'où  sort  le  fr.  bleime  ?  On  le  trouve  pour  la  première  fois  en  1690,  dans 
Furetière  (2)  ;  il  est  d'origine  incertaine  ;  peut-être  a-t-il  le  même  radical 
que  blême.  C'est  tout  ce  que  nous  apprend  une  note  concise  du  Dict. 
gén.,  qui  atténue  sagement  l'opinion  de  Littré  (3). 

En  réalité,  bleime,  s.  t.,  n'a  rien  de  commun  avec  l'adjectif  blême. 
Pour  l'expliquer,  je  m'adresserai  au  néerl.  blein  «  vessie,  ampoule  », 
qui  est  bien  connu  en  pays  flamand  (4),  d'où  il  a  pénétré  dans  l'est  du 
Brabant  wallon  :    nous  y  relevons  en  effet  blène,  blême,  s.  f.,   avec  le 

(x)  Sur  buhot,  voy.  God.  et  le  Dict.  gén.  —  Les  formes  ard.  et  gaum.  btîe,  buwè, 
buwo,  bua,  baya,  etc.   (voy.  Bruneau,  Enquête,  I  194),  plaident  pour  buhot. 

(2)  M.  Ant.  Thomas  me  signale  un  exemple  de  1665  cité  dans  le  Dict.  gén.,  seime. 

(3)  Ulrix,  Germ.  Elementen  in  de  Rom.  talen,  n°  188,  aurait  dû  imiter  cette  réserve 
prudente.  —  Voyez  Fart,  de  Littré.  On  ne  trouve  rien  dans  Diez,  Kôrting,  Meyer- 
Lubke. 

(4)  Voyez  une  note  intéressante  dans  De  Bo  sur  le  west-fl.  blein(e).  Vercoullie  tire 
le  néerl.  blein  du  moyen  néerl.  blaeien  «  souffler  »,  sur  le  type  du  syn.  blaar,  dérivé 
de  blazen.  Franck-van  Wyk  n'en  parle  pas. 


—  30  — 

sens  général  de  :  «  contusion,  blessure  plus  ou  moins  grave  »  (x).  Le  chan- 
gement de  la  finale  -ne  en  -me  est  assez  fréquent  dans  nos  patois  (2)  ; 
le  fr.  bleime  dérive  sans  doute  d'une  forme  dialectale  qui  avait  subi 
cette  altération.  Enfin,  la  graphie  -ei(me),  insolite  en  français,  pourrait 
être  un  souvenir  du  germ.  -ei(n). 

[Romania,  t.  xlv  (1919),  p.  179.  —  Ajoutons  que  la  bleime   du   cheval   se 
dit  à  Thimister-Clermont  stigal,  emprunté  de  l'ail,  steingalle.] 

liég.  bô,  ard.  bôkê  ;  liég.  bôkê,  bôkî 

Nous  avons  dit,  à  l'article  bâ,  qu'il  ne  faut  pas  confondre  bâ  avec  bô. 
Ce  dernier  représente  deux  termes  techniques  différents,  d'ailleurs  peu 
connus  en  liégeois. 

1.  Le  batelier  de  la  Meuse  appelle  bô  un  boulon-tirant  à  tête  très 
large,  traversant  les  hanches  du  bateau  et  venant  se  boulonner  sur  les 
traverses  (3).  Nous  y  voyons  le  néerl.  bout,  ail.  bolz  «  boulon,  cheville  »  ; 
comparez  hout,  holz  (bois),  qui  a  donné  hô  dans  des  noms  de  lieu,  par 
exemple  :  Bèhô,  près  de  Vielsalm,  altéré  de  *Bohô  :  ail.  Bock(h)olz, 
sur  la  carte  de  Ferraris  (4). 

2.  Un  autre  bô,  au  N.-E.  et  au  S.-E.  de  Liège,  désigne  une  sorte 
d'anneau,  dans  les  quatre  cas  suivants  :  1°  anneau  de  fer  adapté  aux 
extrémités  du  cadre  de  la  charrette  à  ridelles  et  aux  deux  bouts  du 
hamê  ou  banc  (5)  ;  —  2°  lien  en  fer  qui  assemblait  la  botte  (bivèrê) 
des  verges  de  fer  dont  le  cloutier  à  la  main  faisait  naguère  des  clous, 
au  pays  de  Fléron-Romsée  (6)  ;  —  3°  à  Thimister-Clermont,  anneau  de 
chêne  tordu  ou  de  fer  qui  glisse  dans  le  poteau  (le  staminî)  de  la  crèche 
ou  mangeoire  de  la  vache  :  une  chaîne,  passée  dans  le  bô,  retient  par  le 
cou  l'animal  qui  peut  ainsi  lever  et  baisser  la  tête  (7)  ;  —  4°  vers 

(4)  Pat  exemple  ;t  Chastre-Villeroux  (Sud  de  Wavre)  :  djë  m'a  fouleu  one  blène  ; 
tl  a  one  Irilc  blène  a  s1  d jambe  ;  de  même  à  Ste-Marie-Geest  (lez  Jodoigne),  où  l'on 
a  formé  un  verbe  blèner  «  blesser  »  :  ël  a  sti  lêd'mint  blène.  La  forme  blême  existe 
notamment  à  Pécrot-Chaussée  :  â-ç'  que  t'as  co  sti  qwêre  ce  blême  la  ?  të  t'arès  co 
butai,  bé  seûr  ! 

(2)  Liég.  slrème,  étrenne  ;  ard.  prème  (Bovigny),  prune  ;  rouchi  Urne  (Mons), 
ténu,  mince  ;  etc. 

(3)  Définition  de  M.  Fouarge,  Mémoire  (inédit)  sur  la.  Batellerie  liégeoise  ;  G.,  II  501 
écrit  bau  et  définit  à  peu  près  de  même. 

(4)  Voy.  Kurtli,  Frontière  ling.,  I  372  ;  G.,  Voc.  des  noms  de  lieu,  pp.  130,  205. 
(G)  Body,  Voc.  des  charrons,  BAU  (BSW  8,  p.  65  ;  voy.  la  planche  I). 

(6)  .1.  Trillct,  Voc.  du  cloutier,  bau  (BSW  50,  p.  629).  M.  Lequarré  (ib.,  p.  639) 
écril  à  tort  bâ  :  la  confusion  entre  à  et  ô  est  fréquente  dans  cette  région. 

('•)  Body,  l'or,  des  tonneliers  (BSW  H),  p.  225)  définit  de  même  bon,  qui  est  notre 
bô  altéré  par  fausse  nasalisation,  comme  gô  et  nô  s'altèrent  en  gon  (Verviers),  non 
(Ayeneux)  ;  voy.  ci-après  l'article  gô. 


—  31   — 

Villettes-Bra  :  baguette  ployée  en  un  cercle  dans  lequel  on  insère  le 
lacet  à  prendre  les  grives. 

Nous  reconnaissons  ici  l'anc.  fr.  bou  (bracelet),  qui  vient  du  francique 
baug,  m.  s.  ;  comparez  *traucum  :  fr.  trou,  w.  trô  ;  paucum  :  anc. 
fr.  pou  (peu),  w.  pô. 

De  là,  dans  les  Ardennes,  le  diminutif  bôkê,  -é,  -ia,  qui  a  de  multiples 
acceptions  où  reparaît  le  sens  fondamental  de  «  anneau,  lien  circulaire  ». 
M.  Ch.  Bruneau  a  recueilli,  dans  la  région  de  Givet-Dinant,  les  notes 
suivantes  : 

bôké  (Hargnies)  «  anneau  formé  d'une  hart  tordue,  qui  monte  et  descend 
le  long  du  poteau  de  l'étable  »  ;  —  bôkia  (Félenne),  m.  s.  ;  —  bôké  (Bourseigne- 
Neuve)  «  collier  de  veau  »  ;  —  bôkia  (Givet,  Agimont)  «  anneau  qui  maintient 
rapprochés,  à  leur  partie  supérieure,  le  montant  d'une  porte  de  jardin  et  le 
poteau  qui  la  tient  fermée  ;  —  bôkia  (Chooz,  Ham-sur-Meuse)  «  entrave,  pièce 
de  bois  suspendue  au  cou  des  vaches  »  (*). 

De  mon  côté,  j'ai  noté  au  N.-E.  de  l'Ardenne,'  bôkê  :  1.  (Bovigny) 
«  baguette  ployée  en  forme  de  collier  et  suspendue  à  une  branche  hori- 
zontale :  on  insère  dans  ce  cercle  le  lacet  à  prendre  les  grives  »  (2)  — 
2.  (Villers-Ste-Gertrude)  «  jarretière  ancienne  faite  de  lisière  tournée 
autour  du  bas  sous  le  genou  »  :  il  s'agit  sans  doute  ici  d'une  allusion 
plaisante  ou  dénigrante. 

3.  Signalons  encore  le  liég.  bôkê  «  hausse  de  l'archet,  chevalet  de 
violon  »  (3).  Ce  sens  a  disparu  de  l'usage  moderne  ;  mais  je  tiens  d'une 
vieille  famille  de  Liège  (Cointe)  les  renseignements  inédits  suivants  : 
«  on  pHit  bôkê  se  dit  d'une  petite  personne  massive  ;  syn.  on  pHit  bôkî 
orne,  ine  pitite  bôkèye  feume  ».  On  peut  donc  présumer  que  ce  bôkê  a 
le  même  radical  que  le  verbe  bôkî  «  bourrer  »,  et  que  le  sens  premier  est  : 
«  petite  masse  bourrée,  serrée,  tassée  »  ;  d'où  le  sens  archaïque  «  che- 
valet de  violon  ». 

(1)  Bruneau,  Enquête,  I  322-3.  La  dernière  acception  pourrait  faire  penser  au 
germ.  balk  (poutre)  ;  mais,  en  réalité,  la  dite  pièce  de  bois  est  suspendue  à  un  collier 
ou  à  une  corde  passée  au  cou  de  la  vache.  —  Comp.  l'anc.  fr.  baueuel,  que  Godefroy 
traduit  par  «  bride  »  (?). 

(2)  On  distingue  à  Bovigny  le  bôkê  et  le  ployeroû  «  baguette  pliée  en  arc  de  cercle 
et  dont  les  deux  bouts  sont  insérés  dans  le  tronc  d'un  arbre  ».  Body,  Voc.  des  tonne- 
liers (BSW  10,  p.  220),  ignore  cette  distinction. 

(3)  G.,  I  59,  II  504,  le  dérive  tantôt  de  bôkî  «  bourrer  »,  tantôt  de  l'ail,  balke 
«  poutre  ».  Ce  dernier,  qui  aurait  donné  *bâkê,  doit  être  évidemment  écarté.  —  Voici 
un  exemple  tiré  d'une  pasquille  de  1792  :  qui  voste  êrçon  (archet)  djusqu'â  bôkê 
Fasse  rêzoner  tos  vos  boyês  (boyaux  :  cordes  de  violon). 


—  32  — 

4.  Nous  sommes  ainsi  amené  à  parler  de  bôkî.  Etant  donné  que  bô 
et  bôkê  d'une  part,  bôkê  et  bôkî  d'autre  part,  sont  intimement  unis, 
il  paraît  assez  naturel  de  rattacher  bôkî  au  primitif  bô  «  lien  circulaire, 
anneau  ».  Pour  la  forme,  bôkî,  avec  ses  dérivés  bôk'ner,  bôkler  (x), 
ferait  le  pendant  de  rètrôkî,  -(i)ner,  -(e)ler,  dérivés  de  trô  «trou  »  (cf.  G., 
II  296).  Le  sens  premier  serait  :  «  bourrer,  tasser,  serrer  une  masse 
compacte  à  l'aide  de  liens  circulaires  »  ;  d'où  les  sens  dérivés  :  2.  «  bour- 
rer, gaver,  bonder  »  ;  3.  «  emmitoufler,  bourrer  le  cou  et  le  crâne,  affu- 
bler ». 

La  question  cependant  n'est  pas  aussi  simple  qu'on  pourrait  le  croire, 
Pour  expliquer  bôkî,  G.,  I  62,  proposait  dubitativement  l'ail,  pochen, 
néerl.  beuken  «  frapper  ».  Il  existe  en  effet  de  ce  verbe  une  forme  bôken, 
en  moyen  néerl.  et  en  moyen  bas  ail.,  dont  notre  bôkî  pourrait  s'accom- 
moder, d'autant  plus  que  le  dialecte  allemand  du  Grand-Duché  de 
Luxembourg  possède  une  série  de  mots  qui  méritent  d'être  pris  en  con- 
sidération :  bôken  «  frapper  sur  la  tête  »  ;  bôk,  m.,  «  coiffe  »  ;  bôkemaul 
«  masque  »  ;  âbôken,  -elen  «  emmitoufler,  masquer  ». 

En  somme,  il  est  probable  que  notre  bôkî  vient  du  germ.  bôken 
«frapper,  écraser,  bocarder»  et  que  le  liég.  bôkê  a  donc  une  origine  diffé- 
rente de  Tard.  bôkê.  D'autre  part,  il  n'est  pas  impossible  que  bô  ait 
aussi  produit  un  verbe  bôkî,  lequel,  pour  le  sens  comme  pour  la  forme, 
se  sera  aisément  confondu  avec  le  précédent. 

liég.  bodje 

L'ancien  liégeois  boige  «  fût,  tronc  »  se  lit  dans  le  Myreur  des  Histors, 
I,  640.  En  liégeois  moderne  bodje,  s.  m.,  signifie  :  1°  tronc  du  corps 
humain  (G.,  I  60)  ;  sens  disparu  aujourd'hui  mais  dont  la  trace  subsiste 
dans  le  suivant  ;  2°  corps  d'une  chemise  d'homme  ;  3°  tronc  d'un 
arbre  vivant  ou  tin  moins  encore  debout  (seul  sens  donné  par  Remacle, 
Ie  éd.,  et  par  Hubert)  :  aspoyî  'ne  hâle  so  V  bodje  ;  on-z-a  côpé  V  tièsse 
di  Vâbe,  i  rt  dimeûre  qui  V  bodje  ;  po-z-av'ni  as  cohes,  i  fat  prinde  li 
bodje  ;  spécialement,  endroit  où  naissent  les  branches  :  i-n-a  on  nid 
è  bodje  (2). 

Pour  Pétymologie,  l'article  de  G.,  I  60,  est  indécis.  Il  nous  dit  que 
le  nam.  appelle  bue  le  tronc  d'un  arbre  ou  du  corps  humain  ;  il  suggère 

(*)  Et  ses  composés  abôkî,  -eler,  -ener  ;  voy.  BD  1906,  p.  100. 

(2)  Il  a  donné  le  dérivé  boudjèye  (liég.),  bodjêye  (verv.),  s.  f.,  touffe,  ensemble  des 
rejetons  sortant  d'une  même  souche  :  ine  b.  di  crompîres,  di  wazon,  di  gruzalî,  etc. 
Le  suffixe  répond  au  fr.  -ille.  Synonyme  bouhèye.  —  Voy.  ci-après  l'art,  manote. 


—  33  — 

successivement  l'anc.  h.  ail.  pûh  et  l'anc.  h.  ail.  botah,  sans  s'arrêter  à 
une  conclusion  solide. 

Il  est  pourtant  bien  clair  que  le  nain,  bue  représente  le  néerl.  buik, 
flani.  beuk,  ail.  bauch  (ventre  ;  anciennement  :  tronc).  Quant  au  liég. 
bodje,  anc.  liég.  boige,  c'est  le  diminutif  beukje  qui,  d'après  Vercoullie, 
signifie  aujourd'hui  «  chemise  sans  manches  ».  Pour  la  phonétique, 
comp.  1°  le  néerl.  huik- (manteau,  capuchon),  anc.  fr.  hucque,  heucque, 
anc.  w.  hoike  (1415),  heuke  (1420).  «  cape,  capuchon  ».  qui  subsiste 
notamment  dans  le  w.  s'  mète  a  hok  (Pellaines),  a  yuk  (Givet)  «  se  mettre 
à  l'abri  de  la  pluie  »  (BD  1911,  p.  90  ;  G.,  II  688);  —  2°  le  flam.  fuik 
(blouse)  :  anc.  liég.  focke  (voy.  ci-après  l'art,  coxhe). 

[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  550.] 

ouest-w.  bougnèt;  nam.  bougnote 

Dans  l'Ouest-wallon,  bougnèt  signifie  «  boulet  formé  de  poussier  de 
houille  mélangé  d'argile  »  (Fosses-lez-Xamur  :  BSW  52,  p.  116"  ;  Stave, 
Charleroi,  Viesville).  Nous  y  reconnaissons  *  bouyèt,  altéré  par  épaississe- 
ment  de  y  en  gn  (x).  C'est  le  diminutif  du  nam.  bouye  «  bulle,  ampoule, 
bosse  à  la  tête,  bosselure,  nœud  dans  le  bois  »,  qui  représente  le  lat. 
bulla  (boule,  bulle),  comme  le  nam.  pouye  «  poule  »  reproduit  le  lat. 
pulla.  Un  bougnèt  est  donc  proprement  un  «  boulet  »  (2). 

Bouye  a  produit  un  autre  rejeton,  bouyote,  qui  a  le  même  sens  que 
le  primitif  et  qui,  pour  cette  raison,  en  a  conservé  le  radical  pur.  Sup- 
posez que  le  sens  du  dérivé  s'éloigne  de  celui  du  primitif,  l'altération 
phonétique  en  sera  d'autant  facilitée.  C'est  ce  qui  est  arrivé,  je  crois, 
pour  le  nam.  bougnote  «  petite  aisance  pratiquée  sur  le  banc  des  ver- 
riers, à  gauche,  pour  y  remettre  leurs  mesures,  leurs  mouchoirs,  etc.  »  (3). 
Il  est  probable  que  ce  mot  se  ramène  à  bouyote. 

liég.  bougnou,  bougnèt    (?) 

On  lit  dans  G.,  I  66  :  «  bougnou,  t.  de  min.  (puits  creusé  au  fond  de 
la  bure  pour  recueillir  les  eaux).  Remacle,  2e  éd.,  a  la  forme  bougnè 
(  puits  d'une  bure  )».  —  Pour  toute  explication,  G.,  I  158,  dit  qu'on 
pourrait  comparer  l'italien  bugno  (ruche). 

Les  auteurs  qui  ont  étudié  le  vocabulaire  du  houilleur  liégeois  ne 

(J)  Voy.  l'article  bougnou. 

(2)  Comp.  les  synonymes  clûte,  hotchèt,  expliqués  à  l'article  hotchèt. 

(3)  Ce  mot  ne  nous  est  connu  que  par  G.,  II,  505,  qui  le  donne  sans  explication. 

3 


—  34  — 

signalent  que  bougnoû,  -ou  (x).  En  réalité,  ce  mot  n'est  pas  restreint 
au  parler  du  mineur  ;  il  a  le  sens  général  de  «  réservoir,  citerne,  puisard  ». 
Hubert  et  Forir  en  font  le  synonyme  de  pisseroû  (cf.  G..  II  227).  Au 
xive  siècle,  les  eaux  de  la  Légia  se  jetaient,  près  de  Hors-Château 
(rue  de  Liège),  «  dans  un  vaste  et  long  réservoir,  nommé  Bougnoux, 
le  long  des  remparts,  qu'il  aidait  à  défendre  »  (2).  Rouveroy  a  un  article  : 
«  boïou,  boïuou,  puisard  pour  recevoir  les  eaux  des  combles  ;  bétoire 
dans  les  champs  ;  poêle  d'un  étang  ».  Ces  deux  dernières  significations 
paraissent  rares  ou  peu  sûres  ;  Rouveroy  aurait  mieux  fait  de  ne  pas 
oublier  l'acception  la  plus  fréquente  du  mot.  Quoi  qu'il  en  soit,  les 
formes  boy  ou,  bouyou  sont  remarquables.  J'ai  constaté  qu'à  la  houillèie 
de  Gives  (à  l'Est  d'Andenne)  on  ne  connaît  que  bouyou  ;  à  Liège  même, 
j'ai  parfois  entendu  prononcer  btyou.  Tel  est  sûrement  le  type  primitif  : 
bougnoû  en  provient  par  épaississement  de  y  en  gn,  phénomène  dont 
nos  dialectes  fournissent  de  nombreux  exemples  (3).  Le  suffixe  dimi- 
nutif -où  (lat.  -eolum),  abrégé  souvent  en  ou  moyen  ou  bref,  s'est 
ajouté  au  thème  qu'on  retrouve  dans  le  nam.  bouye  «  bulle  (d'air,  d'eau, 
de  savon),  ampoule,  bosse  à  la  tête,  bosselure,  etc.  »,  du  lat.  bulla 
«  boule,  bulle  (voy.  l'art,  bougnèt).  Un  boyoû  (bouyou,  bougnoû,'  -ou), 
c'est  proprement  l'endroit  qui  bouillonne  et  pétille  par  suite  de  la  chute 
continuelle  des  gouttes  d'eau.  L'altération  de  y  en  gn  s'est  faite  proba- 
blement sous  l'influence  de  cougnoû,  pougnoû. 

La  forme  bougnèt,  que  Grandgagnage  cite  d'après  Remacle,  mérite 
une  étude  particulière.  Nous  avons  vu  que  Morand,  Brixhe  et  Bormans 
l'ignorent  ;  nous  ne  l'avons  pas  non  plus  relevée  dans  nos  enquêtes 
et  nous  doutons  fort  de  son  existence.  Trois  auteurs  cependant  la  signa- 
lent ;  mais  les  dépositions  de  ces  témoins  sont  bien  faites  pour  décon- 
certer. 

(x)  Morand,  Art  d'exploiter  les  mines  de  charbon  de  terre  (2e  éd.,  1780)  ;  Brixhe, 
Essai  d'un  répertoire  de  législation  en  matières  de  mines,  II  477  (1838)  ;  Bormans, 
Vocab.  des  houilleurs  liégeois  (1864).  —  Brixhe  (cf.  G.,  II  xiv)  a  maladroitement 
francisé  bougnoû  en  boniau  :  ces  deux  formes  ont  passé  dans  le  Supplément  de 
Littré  et  aans  le  Larousse,  illustré.  Je  relève  «  bougnoû  :  puisard  »  dans  le  Vocab. 
des  mineurs  du  Nord  et  du  Pas-de-Calais  par  J.  Bovio  (Douai,  1906).  On  voit  que 
notre  mot  liégeois  a  fait  du  chemin. 

(2)  Gobert,  Eaux  et  Fontaines  publiques  et  Liège  (1910),  p.  124.  Cf.  aussi  BSW  9, 
]>.  862.  Le  riw  de  Bongnule  est  cité  en  1378  dans  le  Cartulaire  de  l'abbaye  du  Val- 
Benott,  \).  624,  et  le  «  lieu  condist  en  Bugnoilhe  en  Geron  »,  en  1305,  ibid.,  p.  512.  — 
Dans  des  comptes  du  xvne  siècle,  «  la  cité  ordonne  le  nettoyement  des  bougnoux 
dans  les  rues  »  (Bormans  et  Body,   Gloss.  roman,  liég.,  ms.). 

(8)  Voir  les  articles  bougnèt,  cràmignon,  dognon,  hoye,  sprogni,  tougnoûle. 


—  35  — 

Remacle  (2e  éd., 1839):  bouniet,  puits  d'une  bure:  tourner  è  bouniet, tomber 
dans  la  bure.  [Remacle  n'a  pas  d'article  bougnou  ;  il  définit  beur  «  bure  des 
mines  de  charbon  minéral  ».] 

Lobet  (1854)  :  bouniet,  ouverture  d'un  puits,  d'une  bure,  ouverture  de  la 
terre  en  rond  pour  l'extraction  des  minerais,  etc.  [Lobet  a  un  art.  beurr  «  bure, 
puits  profond  des  mines,  etc.  »  et  un  art.  bougniou  «  puits  de  mine,  puits  creusé 
au  fond  de  la  bure  pour  recueillir  les  eaux  ».] 

Forir  (1866)  :  bougnèt  et  bougnou.  puits  creusé  au  fond  de  la  bure  pour 
recueillir  les  eaux  ;  puisard  :  tourner  è  bougnou,  tomber  dans  le  puisard. 

Tout  pesé,  voici  nos  conclusions.  En  réalité,  Remacle  seul  atteste 
l'existence  de  bougnèt  et,  comme  il  n'a  pas  —  chose  étrange  —  d'article 
bougnou,  on  est  en  droit  de  le  soupçonner  d'erreur.  Au  surplus,  sa  rédac- 
tion manque  de  clarté  :  un  lecteur  non  prévenu  prendra  bouniet  pour 
le  synonyme  de  beûr.  —  Il  est  manifeste  que  Lobet  emprunte  à  son 
devancier  le  mot  bouniet  et  qu'en  donnant  à  ce  terme  le  sens  de  beur, 
il  pèche  par  inattention.  Son  article  n'a  donc  aucune  valeur.  Ce  qui 
prouve  l'emprunt,  c'est  que  Lobet  conserve  ici  la  graphie  de  Remacle, 
alors  que,  d'après  son  système,  il  écrit  bougniou  comme  dognion, 
kougniou,  pougniet.  Au  reste,  n'oublions  pas  que  Verviers,  où  vivaient 
Remacle  et  Lobet,  se  trouve  en  dehors  de  la  région  houillère.  —  Forir 
a  tiré  la  forme  bougnèt  de  Grandgagnage  (qui  la  donne  sous  la  respon- 
sabilité de  Remacle)  ;  dans  l'exemple  cité,  il  ne  connaît  plus  que  bou- 
gnou, ainsi  qu'aux  articles  pis'roû,  et  tro-plin.  —  Théoriquement,  les 
suffixes  -où,  -et  ayant  même  valeur  diminutive,  rien  ne  s'oppose  à  ce 
que,  çà  et  là,  par  exemple  dans  une  houillère  du  pays  de  Hervé,  bougnèt 
ait  surgi  à  côté  de  bougnou  (comp.  cougnoû,  cougnèt).  Mais,  en  l'espèce, 
—  que  ce  soit  le  résultat  d'une  bévue  ou  le  fruit  d'une  création  isolée,  — 
on  doit  tenir  le  mot  pour  suspect,  en  attendant  un  témoignage  plus 
probant  que  celui  de  Remacle. 

w.  boût'ner,  poût'ner 

Le  verbe  intransitif  boûfner  —  ou  poûfner,  forme  ordinaire  à  Liège  — 
s'emploie  toujours  ^impersonnellement  :  i  boûtène  ou  i  boûfnêue  se 
traduit  en  français  du  terroir  par  :  «  il  bitume  »  et  correctement  par  : 
«  il  se  répand  une  odeur  de  bitume  »  ;  cela  se  dit  surtout  de  l'odeur  que 
produit  un  foyer  où  l'on  brûle  de  la  houille,  quand  le  vent  refoule  les 
vapeurs  dans  l'appartement  :  quand  li  tch'minêye  rabat'.  On  dit  aussi  : 
i  flêre  li  boiîfné  ;  quéle  flêrante  boâfneûre  !  Voyez  ci-après  l'article  sur 
le  svnonvme  tèzi. 


—  36  — 

Grandgagnage  en  parle  deux  fois  (I  72.  II  254)  sans  pouvoir  dégager 
une  explication  satisfaisante.  Prenant  poûfner  pour  la  forme  pre- 
mière, il  propose  d'y  voir  un  dérivé  du  latin  put  ère  «  puer  ». 
Son  erreur  provient  de  ce  qu'il  range  pouteûr  (qu'il  écrit  poûteure)  à 
côté  de  poûfneure.  Or  il  n'y  a  rien  de  commun  entre  ces  deux  termes. 

Le  w.  pouteûr.  s.  f..  avec  ou  bref,  répond  exactement  à  l'anc.  fr. 
puteur  (puanteur),  dérivé  de  l'anc.  fr.  put,  lat.  put i dus  (puant,  infect). 
Il  est  bien  connu  de  nos  houilleurs,  qui  entendent  par  là  l'anhydride 
carbonique,  gaz  asphyxiant,  mais  non  inflammable,  différent  du  grisou. 
On  trouve  le  mot  altéré  en  pouteûr  (sous  l'influence  de  poûfneure  ?), 
dans  le  dictionnaire  de  Forir  par  exemple,  qui  cite  l'expression  archaï- 
que ôle  di  pouteûr  «  huile  de  pétrole  ».  Mais,  pour  l'étymologie,  nous 
séparerons  nettement  poûfneûre  de  pouteûr  et  nous  verrons  dans  le 
premier  une  altération  de  boûf  neuve  due  à  l'influence  de  pouteûr. 

En  réalité,  le  sentiment  populaire  qui  met  en  rapport  boûfner  et 
bitume  a  pleinement  raison.  Au  lieu  de  bitume,  forme  savante  empruntée 
du  latin  bitumen,  l'ancien  français  disait  betun  (au  sens  de  :  boue, 
gravois,  d'où  le  fr.  béton).  Nous  trouvons  d'autre  part  dans  ce  texte 
d'archives  liégeoises  :  «  estoit  fais  de  colle  et  de  tyityne  »,  une  forme  qui 
provient  de  *bitune  par  métathèse  ;  l'anc."  fr.  betumei  «  fondrière  »  se 
rencontre  aussi  sous  la  forme  butemei  (God.).  De  même  le  verbe  *bitu- 
ner  a  donné  *butiner.  *butener.  c'est-à-dire  boûfner.  devenu  boûfner 
par  un  allongement  de  la  voyelle  initiale  dont  le  liégeois  présente  de 
nombreux  exemples  (voy.  l'art,  crârnignon). 

liég.  branvolé,   brivolé 

Forir  seul  signale  branvolé.  -éije  «  écervelé.  volage,  celui  qui  piaffe, 
qui  montre  me  grande  somptuosité  en  habits,  en  meubles,  etc.  ; 
fé  V  branvolé  :  piaffer,  faire  piaffe  ».  Ce  terme  archaïque  est  encore  connu 
des  vieux  Liégeois.  Voici  ce  que  j'ai  recueilli  à  ce  sujet.  Un  branvolé, 
e*est  un  boute-en-train,  un  meneur  de  danses,  un  joyeux  drille  qui 
entraîne  les  autres  à  l'aire  du  bruit  ;  c'est  l'équivalent  du  bragard  (x)  ; 
exemples  :  il  a  passé  tote  si  djônèsse  a  fé  F  branvolé.  vo-l'-la  a  trinte  ans 
et  i  >f  sét  rin  fé  !  Mi  fèye,  louke  a  ti  de  marier  on  branvolé  :  c'è-st-on 
violon  â-d'joû.  on  grognon  a-d'vins.  Le  féminin  est  inusité. 

Je  ne  connais  que  deux  exemples  anciens.  Dans  une  pièce  manus- 

(')  «  Directeur  de  fête,  porte-drapeau  ;  hâbleur  »  (Forir)  ;  cf.  G.,  I  74.  Ce  ternie 
est  plutôt  rural. 


—  37   — 

crite  de  1759,  en  dialecte  de  Verviers,  une  femme  reproche  à  son  mari 
les  prodigalités  qui  les  ont  ruinés  : 

Esteuse  a  ti  monseu  el  hause  [=  Èsteût-ce  a  ti,  monseû  èl-hâsse, 

du  tinre  on  jvau  so  lu  stauve  du  tinre  ou  dj'vâ  so  lu  stâve, 

du  tel  fez  tos  les  jous  selez  du  tel  fé  tos  lès  djoûs  sèler 

po  zalez  fez  1'  branvolez  ?  (*)  po-z-aler  fé  1'  branvolé  '?] 

L'autre  exemple  se  découvre,  non  sans  peine,  dans  un  dialogue 
liégeois  de  1676,  publié  récemment  : 

Pens  tu  kly  roy  nay  nin  rmarcque  [=  Pinses-tu  qu'  li  rwè  n'âye  nin 

[r'marqué 
ki  sestin  ton  bron  volez  (2).  qu'is-èstint  turtos  bronvolés  ?] 

La  Société  de  Littérature  wallonne  possède,  du  début  de  ce  dialogue, 
une  copie  anonyme,  avec  cette  mention  :  «  Extrait  d'un  petit  registre 
aux  rentes  particulières  de  l'an  1665  ».  Copie  médiocre,  qui  donne 
cependant  quelques  variantes  remarquables,  entre  autres  le  v.  16  : 

qui  sce  nesten  ki  tiertout  brivolez  [=  qui  ç'  n'èsteût  qu'  turtos  brivolés]. 

Ce  brivolé  n'est  guère  mieux  connu  ni  plus  clair.  Il  est  signalé  par 
Ch.-N.  Simonon  avec  le  sens  de  «  volage  »  (G.,  II  xv  et  506),  et  par 
Rouveroy  :  fé  V  brivolé  «  faire  le  fendant,  le  glorieux,  l'arrogant,  le 
fanfaron,  etc.  »  (3) 

D'explication,  rien  ou  presque  rien  :  G.  compare  à  brivolé  le  nam. 
brif-braf  «  inconsidérément,  sans  réflexion» et  le  liég.  ârvolou  «  brusque  ». 
Ce  dernier  n'a  que  faire  ici  (4).  Quant  à  brif-braf.  il  se  rattache  peut-être 
à  l'anc.  fr.  briver  «  courir  avec  rapidité  ».  On  peut  conjecturer  que 
brivolé  est  altéré  de  branvolé,  —  sous  l'influence  de  ce  briver  ou  pour 

(!)  Le  Mayeur  ruiné  par  sa  charge,  v.  997-1000.  Voy.  l'article  ârih. 

(2)  Discours  entre  Jollet  et  Mustay,  v.  15-16,  in  Bull.  Soc.  verviétoise  cVArchéol. 
et  cVHist.,  xiii  (1913),  p.  221.  L'éditeur  conjecture  :  «  qu'is  estint  [bons  po  nos 
voler]  ?  »  ;  mais  la  seule  difficulté  du  vers  est  ton,  qu'il  faut  corriger  en  turto  ou  en 
iode  (=  tos  dès).  Bron,  pour  bran,  est  la  prononciation  de  Montegnée-lez-Liège  ; 
comp.,  dans  la  pièce,  v.  14,  on  pour  an  (année),  rimant  avec  dvairont  (deviendront). 

(3)  Le  Dict.  liég.  manuscrit  de  Bailleux  donne  :  «  brivoler,  v.  a.  [sic],  faire  grand 
train,  vouloir  éclipser  les  autres  ».  Cet  infinitif  nous  paraît  très  suspect. 

(4)  G.,  I  28,  II  ix,  n'explique  pas  ârvolou.  C'est  l'anc.  fr.  arvolut  «  voûté  en  forme 
d'arc  »  ;  d'où,  en  liégeois,  les  sens  de  :  «  bancal  »  (Forir)  et,  au  moral,  de  :  «  arrogant, 
impérieux,  brusque  ».  —  On  ne  pourrait  pas  non  plus  rapprocher  intribolé  «  étourdi, 
effronté  »  (Forir),  qui  est  singulièrement  écrit  inlrivolet  dans  BSW  22,  p.  100.  C'est 
probablement  l'anc.  fr.  entriboulé  «  troublé,  affligé,  désolé  »,  altéré  sous  l'influence 
du  w.  revoie  «  écervelé  ». 


—  38  — 

une  autre  raison  (l).  Nous  n'aurions,  dans  ce  cas,  à  tenir  compte  que 
de  branvolé,  dont  Fétymologie,  au  surplus,  reste  obscure,  l'ancien 
français  n'offrant  rien  de  semblable. 

Une  chose  cependant  paraît  assurée  :  c'est  que  branvolé  renferme 
le  substantif  bran(d).  Cette  présomption  se  fortifie  si  l'on  examine  ce 
mot  et  ses  dérivés  dans  nos  dialectes  (2). 

On  sait  que  le  germ.  brand  (1.  tison  ;  2.  épée)  a  donné  en  français 
ancien  ou  moderne  :  1°  brander  «  s'embraser,  brûler  ».  brande  «  em- 
brasement, flamme  ;  fig.,  agitation,  incertitude,  tourment  »  ;  brandon 
«  tison  »  ;  2°  brand  «  lourde  épée  qu'on  maniait  à  deux  mains  »,  brandir 
brandeler,  branler,  brandiller.  brandoyer  «  agiter,  remuer,  faire  oscil- 
ler »  (3).  —  En  wallon  du  Xord-Est,  nous  relevons  les  verbes  intran- 
sitifs brandi  (Verriers  :  Lobet)  «  bondir,  crier,  rugir,  hurler  »  (4)  ; 
ribrandi  (G..  II  300),  rèsbrandi  (à  Fontin-Esneux)  «  retentir,  réson- 
ner »  (5)  ;  diminutif  :  brandiner  (Malmedy)  «  brandiller  »  d'après  un 
vocabulaire  anonyme  du  xvme  siècle.  «  faire  du  rodomont,  fanfa- 
ronner »  d'après  Villers  (6),  ce  qui  est  le  sens  du  liég.  je  V  branvolé. 
Quant  au  primitif  bran(d),  il  a  revêtu  chez  nous  les  acceptions  suivantes: 

1.  «bruit,   tumulte,    tapage,   tintamarre»   (Malin^edy    :    Villers)    ;   — 

2.  «  mouvement  »  :  mète  è  bran  (ib.  :  Scius),-  duner  on  bran  (Stavelot) 
«  donner  un  élan  pour  mettre  en  branle  »  ;  d'où,  au  fig..  aveûr  on  bon 
bran,  on  mâva  bran  (Villettes-Bra)  «  avoir  un  bon,  un  mauvais  mouve- 
ment, être  bien  ou  mal  disposé  »  ;  —  3.  «  branle  :  danse  populaire  » 
(différente  du  crâmignon),  qui  se  fait  dans  certains  villages  au  Nord  de 
Liège  (Hermalle,  Visé,  vallée  du  Geer,  etc.),  lors  de  la  fête  paroissiale  : 
danser  on  bran  d'  fièsse  (Forir),  miner  V  bran  «  mener  le  bran  »,  mineû 

(1)  Duvivier  donne  le  lié»,  briyoler  «  caracoler  »,  qui  est  l'anc.  fr.  brioler  «  courir 
avec  agitation  ».  Le  croisement  de  branvolé  et  de  briyolé  expliquerait  brivolé.  Bri- 
pourrait  aussi  être  dû  à  l'influence  de  brigosse  «  vaurien  ». 

(2)  Cette  étude  a  été  esquissée  dans  le  Projet  de  Dict.  wallon  (1903-4),  p.  16.  Nous 
la  complétons  et  corrigeons  dans  ce  qui  suit  :  il  faut  notamment  supprimer  le  4°  de 
l'article  bran  ;  voy.s  ci-après,  l'article  selanbran. 

(3)  Voy.  Godefroy  ;  Meyer-Lûbke,  n°  1273.  —  L'ail,  mod.  brand  signifie  «  incendie  ». 

(4)  Ou  mieux  sans  doute  :  «  bondir  et  hurler  à  la  fois  ».  Lobet  donne  aussi  bran- 
dihèdje  «  hurlement  ».  Peut-être  le  verv.  braidi  ou  brêdi  a-t-il  déteint  sur  brandi  ; 
comp.  le  fr.  brandi  dans  le  Dict.  général. 

(6)  Scheler  à  ce  propos  rappelle  que  l'ail,  branden  «  falaiser  »  se  dit  des  vagues 
qui  se  brisent  contre  les  falaises. 

(6)  Existe  encore,  avec  ce  dernier  sens,  à  Ligneuville-lez-Malmedy  (.1.  Bastin). 
A  Liège,  j'ai  entendu  :  i  s'  brandinêye,  t.  arch.,  syn.  de  i  s'  fêt  aler,  i  s'  kitape  «  il  se 
démène,  il  prend  des  airs  d'importance  »  ;  aujourd'hui,  on  dit  plutôt  dans  ce  cas  : 
t  s'  dandinêye. 


—  39  — 

d'  bran  «  meneur  de  bran  ».  Cette  danse  est  ainsi  décrite  dans  Wallonia, 
xii,  193  :  «  Le  cortège,  formé  de  couples  qui  se  donnent  la  main, 
sautille  avec  des  cris  et  des  rires,  au  rythme  de  la  musique  qui  le  pré- 
cède de  quelques  pas.  Parfois,  devant  les  cabarets  où  l'on  va  se  rafraîchir, 
le  mouvement  s'accélère,  les  danseurs  sautent  de  plus  belle...  »  (1).  — 
Le  sens  qui  ressort  de  tout  cet  ensemble  est  celui  d'agitation  violente, 
bruyante,  tumultueuse. 

Pour  en  revenir  à  branvolé,  si  la  première  syllabe  paraît  s'éclairer, 
comment  expliquer  le  reste  ?  Je  ne  vois  qu'une  conjecture  possible, 
encore  qu'elle  soit  assez  hardie.  Le  substantif  branvolé  résulterait,  par 
étymologie  populaire,  d'une  expression  archaïque  *fê  V  bran  voler  (2) 
—  c'est-à-dire  «  faire  voler  le  brand  »  —  laquelle  se  serait  dite,  au 
propre,  du  meneur  de  danse  qui  fait  sauter,  courir,  évoluer  avec 
rapidité  le  cortège  appelé  bran(d).  Le  sens  primitif  s'étant  oblitéré  et 
l'expression  n'ayant  survécu  que  grâce  à  la  métaphore,  on  aurait 
modelé  «  faire  le  branvolé  »  sur  le  type  de  «  faire  le  fanfaron  ».  Mais,  je 
le  répète,  ce  n'est  là  qu'une  hypothèse,  en  attendant  que  des  témoi- 
gnages plus  explicites  viennent  éclairer  la  question. 

w.  brigale,  briguèle 

G.,  II  506,  donne  sans  explication  le  w.  brigale  «  soupe  ou  brouet 
fait  avec  des  pommes  douces  pelées,  cuites  dans  de  la  bière  ».  Le  mot 
est  en  italique,  ce  qui  signifie  qu'il  appartient  au  dialecte  namurois. 
Cependant,  à  l'Ouest  de  Liège,  on  ne  le  trouve  signalé  qu'à  Mont- 
St-Guibert  (au  Sud  de  Wavre),  où  dèl  brigale  désigne,  paraît-il,  une 
«  étuvée  de  pommes  de  terre  et  de  légumes  ».  Ce  serait  donc  plutôt  un 
terme  brabançon.  —  D'autre  part,  nous  connaissons  briguèle  1.  «  soupe 
à  la  bière  »,  à  Verviers  et  Thimister  (3)  ;  2.  «  bouillie,  cataplasme  »,  à 
Fexhe-Slins  (4).  Ce  mot,  qui  n'apparaît  que  vers  la  frontière  linguis- 
tique, est  emprunté  de  l'allemand  dialectal  brâgel  (Grimm)  «  soupe  aux 
fruits,  bouillie  »,  auquel  se  rattache  le  verbe  bràgeln  (Weigand)  «  bouillir 
bruyamment,  cuire  dans  son  jus  ». 

C1)  Voy.  aussi  deux  études  folkloriques  de  Martin  Lejeune,  BSW  39,  pp.  171-5, 
191-203.  —  Aujourd'hui,  à  Glons,  miner  lès  brons  est  syn.  de  fé  dès  cràmignons. 

(2)  Pour  l'inversion  du  complément  direct,  comparez  en  wallon  :fé  V  troue  danser 
(Spots,  n°  3015)  ;  djèl  vèya  a  pan  briber  (Remacle,  2e  éd.,  parti)  «  je  le  vis  (réduit)  à 
mendier  (son)  pain  »  ;  en  anc.  fr.  :  faire  le  poce  baler  «  faire  danser  le  pouce,  donner 
de  l'argent  »  (God.)  ;  en  rouchi  -.faire  èl  poûre  voler  (Wiers)  «  faire  des  embarras  ». 

(3)  Fé  dèl  b.,  magnî  dèl  b.  Voyez  un  exemple  dans  A.  Doutrepont,  Noëls  wallons, 
p.  231,  et  la  note,  p.  262,  où  l'éditeur  hésite  sur  le  sens  exact  de  ce  terme  archaïque. 

(*)  Exemple  :  il  a  F  brèsJ  toi  tchèrdjî  d1  clâs,  on  Va  tôt  coviè  rf'  briguèle. 


—  40  — 
anc.  fr.-w.  bulaine  (?),   quilaine  (?) 
Bulaine  ne  se  rencontre  que  dans  Jean  d'Outremeuse,  Geste  de  Liège: 

Cascun  l'escarnissoit  :  les  femmes  de  bulaine, 

Femmes  aux  chevalirs  et  princesse  hautaine...  (v.  8991-2). 

L'éditeur  Borgnet  laisse  passer  le  mot  sans  sourciller.  Dans  son 
excellent  Glossaire  de  la  Geste  (1),  Scheler  relève  ce  terme  insolite,  mais 
sans  pouvoir  en  pénétrer  la  signification.  Le  passage  s'éclaire  si  on  lit 
butai  ne.  qui  est  une  ancienne  forme  wallonne  de  l'anc.  fr.  butte  une, 
bustane  «  sorte  d'étoffe  fabriquée  jadis  à  Valenciennes  »  (2).  Le  sens 
serait  :  «  les  femmes  vêtues  d'étoffe  commune  »,  par  opposition  aux 
dames  de  haut  parage. 

Une  correction  analogue  permet  d'élucider  un  autre  endroit  obscur 
de  la  Geste,  v.  38389.  Il  s'agit  du  récit  d'une  bataille  : 

L'endemain  fait  dreehier  une  bêle  quilaine 
C'on  apelle  espringalle  en  paiis  d'Aquitaine  (3). 

Le  Glossaire  de  Scheler  dit  à  ce  propos  :  «  «Te  ne  connais  pas  ce  nom 
.  de  baliste  et  ne  m'en  explique  pas  l'origine  ;  il  doit  cependant  appar- 
tenir au  domaine  wallon  puisqu'il  est  opposé- au  mot  étranger  esprits- 
gale  ».  Le  mot  étant  inconnu  en  wallon,  je  lis  quitaine,  forme  variée 
de  quintaine  (*)  qui,  au  sens  propre,  désigne  certain  appareil  servant 
dans  un  exercice  militaire  du  moyen  âge.  Ici,  le  rimeur  liégeois,  par 
une  de  ces  hardiesses  qui  caractérisent  son  style  et  sa  versification,  lui 
assigne  le  sens  très  général  de  «  merveilleux  engin  de  guerre  ».  Je  ran- 
gerai donc  quitaine  parmi  les  innombrables  mots  que  Jean  d'Outre- 
meuse revêt  arbitrairement  d'acceptions  extraordinaires  et  dont  le 
patient  Scheler  a  dressé  la  liste  forcément  incomplète. 

[Iîomania,  t.  xlvii  (1921),  p.  551.] 

liég.  busticlape 

Le  liég.  busticlap  «  plastron  (de  cordonnier)  »  est  signalé  seulement 
par  Forir  ;  Lobet  écrit  bustècla/p  en  verviétois.  C'est  évidemment  un 

(*)  Mémoires  de  VAcad.  roy.  de  Belgique,  t.  xliv  (1882),  3e  fasc. 

(2)  God.  buttenne  ;  Héeart  busténe.  —  En  anc.  w.,  nous  trouvons  :  «  ung 
costreal  de  futaine  et  ung  de  butane  »  (testament  de  1422,  cité  dans  Bull.  Soc.  wall., 
t.  <i,  2e  partie,  p.  107  ;  voy.  ibid,.  t.  9,  p.  248)  ;  «  ung  cottreal  de  bittaine  »  (en  1445  : 
Avouerie  de  Fléron,  reg.  2,  p.  36  v°  ;  communication  de  M.  Jean  Lejeune). 

(3)  Voy.  Godefroy  quilaine. 

(4)  La  Geste  donne  une  fois  quitaine  et  huit  fois  quintaine  ;  voy.  Scheler,  /.  c.,  et 
Godefroy. 


—  41  — 

emprunt  du  néerl.  borstlap,  dont  le  second  terme  lap  s'est  altéré  en 
clape  sous  l'influence  du  verbe  claper  (émettre  un  bruit  sec,  faire 
clap  clap). 

M.  Léon  Simon  me  signale  à  Ciney  mich'tèclape,  s.  m.,  «  sorte  de 
pince  de  bois,  formée  d'une  pièce  rigide  et  d'une  pièce  à  charnière  ;  le 
cordonnier  s'en  servait  pour  maintenir  la  botte  sur  ses  genoux  ».  C'est 
notre  busticlape  altéré  de  forme  et  de  sens. 

nam.  butin,  blèti 

A  Bouvignes-Dinant,  d'après  M.  J.  Nollet.  butin  signifie  «  glaçon 
flottant  sur  une  rivière  »  ;  à  Namur  également  (x).  Pour  le  Hainaut,  on 
possède  le  témoignage  de  Sigart  :  «  beutin,  s.  m.,  glaçons  qui,  selon 
l'opinion  des  bateliers,  s'élèvent  du  fond  des  rivières  dans  les  fortes 
gelées  ».  —  Nous  rattacherons  ce  mot  à  l'anc.  fr.  beter  «  se  figer,  se 
coaguler,  en  parlant  du  sang  ;  geler,  en  parlant  de  l'eau  ».  Pour  u  pro- 
tonique, comparez  le  nam.  jumelé,  strumer,  munute,  purdans  (femelle, 
étrenner,  minute,  prenons),  où  le  voisinage  d'une  labiale  détermine  de 
même  le  changement  de  e  fermé  en  tt.Le  suffixe  est  -in  (lat.  -amen  ou 
-imenl,  qui  a  donné  dans  nos  dialectes  maint  dérivé  indiquant  le 
résultat  de  l'action  (2).  En  somme,  un  butin  c'est  une  masse  coagulée, 
congelée,  de  même  que  le  verviétois  blètin  désigne  une  masse  blettie, 
un  tas  de  fruits  blets. 

D'autre  part,  G.,  I  58,  cite  le  nam.  blètî  (lire  -i),  «  1.  devenir  blet  ; 
2.  figé,  caillé  ».  Forir  donne  aussi  blèti  song'  «  sang  caillé  »,  expression 
que  je  n'ai  pas  retrouvée  à  Liège,  mais  qui  existait  à  Malmedy  en  1793, 
d'après  Villers.  Or  un  autre  manuscrit  malmédien  du  xvme  siècle 
porte  :  do  betti  son,  du  sang  grumelé  ».  Il  est  dès  lors  manifeste,  comme 
le  lecteur  a  déjà  pu  le  deviner,  que  blèti  dans  cette  expression  est  mis 
pour  bèti  (=  anc.  fr.  betir,  plus  rare  que  beter). 

P. -S.  —  Ce  qui  précède  était  écrit  quand,  après  la  délivrance  de 
Liège  (2-1  novembre  1918),  j'ai  eu  connaissance  d'un  article  de  M.  Ant. 
Thomas  sur  l'anc.  fr.  bet,  beter  (Romania,  1916.  p.  330).  On  me  per- 
mettra de  résumer  ici  cet  article  qui  intéresse  le  w.  bè  (G.,  II  502).  Le 
savant  français  proteste  contre  l'hypothèse  de  Mackel.  Kôrting,  Meyer- 

(*)  D'après  G.,  I  87,  et  Delfosse  (Dict.  nam.,  manuscrit,  1850). 

(2)  Comparez  inflin  (Villers-S'-Gertrude)  «  enflure  (à  la  suite  d'une  piqûre)  »  ; 
folin  (Malmedy)  «  partie  foulée  au  milieu  d'un  chemin  de  voiture  »  ;j)loyin  (Mal- 
medy) «  jointure  (de  la  jambe)  »  ;  soyén  (Faymonville)  «  terrain  où  la  litière  a  été 
fauchée  »  ;  sâclin  (liég.)  «  sarclure  »  ;  etc.  Voy.  l'art,  trèssèrin.  - —  Pour  le  français, 
voy.  Thomas,  Essais,  p.  371. 


—  42  — 

Lùbke,  qui  tirent  beter  de  bet  «  colostrum  »  et  ee  dernier  du  germ.  beost 
(ail.  moderne  biest).  Il  affirme,  au  nom  de  la  phonétique,  que  beter  «  se 
coaguler  »  suppose  un  type  *bettare,  d'origine  incertaine,  et  que  bet 
(d'où  le  moderne  béton)  est  un  déverbal  masculin  de  beter.  Il  cite  un 
texte  de  1309  qui  établit  l'existence  d'un  déverbal  féminin  bete  au  sens 
de  «  congélation  »,  et  nous  apprend,  entre  autres  choses,  que  bete 
(lire  bète  ?)  survit  dans  les  patois  modernes,  au  sens  de  «  onglée  » 
(dép.  de  la  Marne,  etc.)  et  de  «  glaçon  flottant  sur  un  cours  d'eau  » 
(confluent  de  la  Semois).  —  On  voit  que  le  nam.  butin  a  de  qui  tenir. 

w.  cakèdô  et  heûpon  «  gratte-cul  » 

J'ai  relevé  cakèdô  (églantier  ;  gratte-cul)  dans  l'Est  du  Brabant 
(Noduwez,  Marilles,  Jodoigne,  Gistoux,  Chastre,  Perwez)  et  au  Nord 
de  Namur  (Gembloux.  Meux).  Ce  terme  est  inédit  ;  Rolland  lui-même 
ne  donne  rien  d'analogue  dans  sa  Flore  populaire,  V  229.  On  y  recon- 
naîtra le  flam.  et  néerl.  hagedoom  (aubépine),  qui  a  passé  par  les  étapes 
*hagèdôr,  *hakèdô,  pour  aboutir  à  cakèdô  par  assimilation  régressive  (x). 

Entre  l'églantier  et  l'aubépine,  la  confusion  n'a  rien  de  surprenant  : 
ces  deux  arbustes  sont  communs  dans  les  haies  ;  ils  ont  tous  deux  des 
épines  et  des  fruits  rouges.  Au  reste,  l'ail,  hagedorn  (littéralement 
«  épine  de  haie  »)  se  dit  à  la  fois  de  l'aubépine  et  de  l'églantier.  — 
D'autre  part,  si  le  west-fl.  hiepe  signifie  «  baie  d'aubépine  »  (2),  l'ail, 
dialectal  hiefe  est  synonyme  de  hagebutte  «  fruit  de  l'églantier,  gratte- 
cul  ».  La  divergence  s'explique  ici  encore  par  le  sens  général  de  «  épine  », 
qui  est  celui  du  primitif  anc.  saxon  hiopo,  anc.  h.  ail.  hiupo  (3). 

G.,  I  293,  propose  dubitativement  de  rattacher  à  ce  primitif  le  liég. 
heûpon  «  gratte-cul  ».  Je  tiens  cette  étymologie  pour  assurée.  A  pre- 
mière vue,  la  protonique  eu  pourrait  faire  difficulté  (4)  ;  mais,  si  l'on 
compare  le  liég.  reûpe,  -er  (rot,  -er),  qui  est  emprunté  de  l'ail,  bavarois 
rùlp,  et  si  l'on  tient  compte  de  ce  que  des  dialectes  du  haut  ail.  moderne 
ont  hiefen,  hùfen  (gratte-cul),  on  en  conclura  que  le  liég.  heûpon  pro- 
vient d'une  forme  bas-ail.   *hûpen. 

(*)  Comp.  le  fr.  dégingandé  pour  déhingandé.  —  Pour  le  traitement  de  la  finale, 
comp.  le  liég.  bol:' hô  hareng  saur  »,  du  moyen  néerl.  boxhôren  ;  cf.  Ulrix  253, 
Godefroy  bkquehoik,  biquehol. 

(2)  Cf.  De  Bo,  West-vl.  Idiot.  :  hiepe,  fr.  cenelle,  péchalle  (!),  baie  d'aubépine  ». — 
L'auteur  fait  au  liég.  pètchale  l'honneur  de  le  prendre  pour  du  français. 

(3)  Voy.  Weigand  im.i  i..  Falk-Torp  nvpk. 

(4)  On  s'attendrait  à  *hûpon  (pour  *hipon  ;  comp.  liég.  l'ûlc  pour  *rilé  «  l'îlot  »  ; 
hûfèye  pour  hîfèye,  etc.).  —  On  trouve  hûpion  à  Erezée,  heûpion  à  Verviers,  avec 
le  suffixe  diminutif  -ion,  fr,  -Mon.  Comp.  l'art,  horon  (à  Halleux  horion). 


—  43  — 

liég.    camatche 

Le  liégeois  camatche,  s.  m.,  signifie  «  objet  »  en  général  :  qu'est-ce 
coula  po  on  —  ?  «  quel  objet  est-ce  là  ?  ».  Il  s'emploie  d'ordinaire  au 
pluriel  :  dès  bês  pHits  — ,  «  de  jolis  bibelots,  des  jouets  »  ;  wèstez  tos  vos  — -, 
«  ôtez,  enlevez  tous  vos  objets  »  ;  mète  tos  lès  vîs  —  à  grinî,  «  mettre  au 
grenier  toutes  les  vieilleries  »;  mète  ses  bons  — ,  ses  bons  vêtements,  etc. 

Le  mot  est  inconnu  en  namurois.  Plus  à  l'Ouest,  à  Houdeng  (Hai- 
naut),  on  nous  signale  gamache  «  tohu-bohu,  embrouillamini  »  (x)  ;  à 
rapprocher  de  notre  camatche  qui,  à  Crehen  (Hesbaye)  et  en  Famenne, 
ne  se  dit  qu'au  singulier  et  avec  le  sens  de  :  «  embarras,  confusion 
d'objets  »  :  que  camatche  !  «  quel  désordre  !  ». 

Delbceuf  (BSW  10,  p.  97)  y  voit  le  fr.  camail  appliqué  aux  vêtements 
de  femme,  ce  qui  se  passe  de  réfutation.  G.,  I  98,  propose  l'anc.  fr. 
gamache,  ail.  kamasche  «guêtre  >  ;  plus  loin,  II  xvi.  il  retire  avec  raison  (2) 
cette  conjecture,  mais  sans  rien  mettre  à  la  place.  —  Pour  moi,  je 
suppose  une  forme  première  *gamatch  (3),  qui  serait  empruntée  de 
l'ail,  gemacht,  néerl.  gemaakt,  participe  de  machen,  maken  «  faire  ».  Le 
préfixe  ge-  a  été  traité  comme  dans  gamin,  que  l'on  tire  du  germ. 
gemein  «  commun  »  (4).  Pour  la  finale,  comparez  hatch,  bac,  hatche, 
hache,  vatche,  vache,  et  l'expression  liégeoise  taper  la  hatch  et  match 
«  jeter  ses  outils,  renoncer  à  la  besogne  »,  proprement  :  «  jeter  (tout) 
pêle-mêle,  en  un  tas  »,  de  l'ail,  hack  und  mack  «  mélange  confus  »  (5). 
Le  sens  primitif  de  camatche  serait  donc  :  «  objet  fabriqué  »  (etwas 
gemachtes,  ein  Gemacht  ;  comp.  l'ail,  gemachte  Blumcn  :  fleurs  arti- 
ficielles) ;  d'où  :  «  objet  »  en  général. 

liég.  canabûse 

Ce  mot  signifie  «  sarbacane  »  :  lès-èfants  soflèt  dès  peûs  avou  'ne 
canabûse  (syn.  soflète).  G.,  I  99,  écrit  cane-à-bûse,  comme  si  c'était 
proprement  une  «  canne  à  tuyau  ».  Cette  explication  n'a  manifeste- 
ment que  la  valeur  d'une  étymologie  populaire.  Le  néerlandais  appelle 

(1)  Communication  de  M.  l'avocat  Hubaut. 

(2)  A  l'anc.  fr.  gamache  répond  le  w.  gainasse  (G.,  II  528)  ;  de  même  à  l'anc.  fr. 
f lâche,  ail.  flasche,  répond  le  w.  fiasse  â  poûrc,  poire  à  poudre. 

(3)  Pour  g^>  c,  comp.  les  articles  McWtôrC,  gistèl,  spricatwére. 

(4)  Pour  e  protonique  -f-  m  ^>  a,  comp.  cramer,  écrémer,  tamon,  lat.  temonem, 
et  voy.  l'art,  djama. 

(5)  Ou  mieux  de  l'ail,  hack  und  pack  himverfen,  en  admettant  que  pack  aurait 
donné  *patch,  qui  se  serait  ensuite  altéré  en  match. 


—  44  — 

knapbus  (x)  un  autre  jouet  qui  ressemble  à  la  sarbacane,  à  savoir  la 
canonnière.  —  que  le  liégeois  appelle  bouhale.  Malgré  la  différence  de 
signification,  il  y  a  une  telle  ressemblance  de  forme  entre  knapbus  et 
canabûse  que  je  n'hésite  pas  à  voir  dans  le  second  un  emprunt  du 
premier.  Pour  l'insertion  de  a  dans  le  groupe  initial  kn-,  comparez 
le  fr.  canapsa  (de  l'ail,  knappsack),  canif  et  canivet.  La  finale  s'est 
allongée  sous  l'influence  de  base  (tuyau)  ;  comp.  hàrkibûse  (arquebuse). 

fr.  canepin,  w.  ard.  kèn'pin 

Le  fr.  canepin  signifie,  d'après  le  Dict.  gén.  «  peau  fine  d'agneau  ou 
de  chevreau  dont  on  se  sert  pour  essayer  la  pointe  des  lancettes, 
bistouris,  etc..  ».  L'origine  en  est  inconnue.  Il  faut  remarquer,  comme 
le  dit  Littré,  que  canepin  a  aussi  signifié  la  pellicule  prise  au  dedans  du 
tilleul.  C'est  même  le  seul  sens  que  donne,  en  1715,  le  Grand  Diction- 
naire royal  du  P.  Pomai  :  «  peau  d'arbre  fort  déliée  dessus  ou  dessous 
de  l'écorce,  lat.  philyra,  cuticula  pertenuis  arborum  ».  D'autre  part, 
Godefroy  a  cet  exemple  :  «  Du  fust  (du  papyrus)  on  en  fait  des  barque- 
rolles,  et  de  sa  teille,  de  la  pelure  ou  canepin,  on  en  fait  des,  voiles, 
nattes,  linges,  etc.  »  (E.  Binet,  Merv.  de  nat.,  p.  368)  (2).  On  peut  se 
demander  si  le  mot  ne  s'est  pas  dit  d'abord  de  la  pellicule  du  papyrus. 
Dans  ce  cas,  le  terme  de  mégisserie  peau  de  canepin,  qu'on  trouve  dès 
1310.  signifierait  «  peau  aussi  fine  que  du  canepin  »,  et  canepin,  au  sens 
donné  par  le  Dict.  gén.,  serait  proprement  une  métaphore.  S'il  m'était 
permis  d'émettre  une  conjecture  étymologique,  je  verrais  dans  ce  mot 
une  altération  de  *canopin,  dérivé  de  Canope,  Kocviofioç,  ville  du  Delta. 
Pour  la  dérivation  et  pour  la  sémantique,  comparez  godemetin  (Ant. 
Thomas,  Mélanges  d'étym.  fr.,  p.  85  :  «  cuir  de  Gadamès  »),  marocain, 
chagrin,   anc.  fr.   baudcquin.  etc. 

Quoi  qu'il  en  s< ^t,  si  le  mot,  en  France,  n'appartient  qu'à  la  langue 
technique,  il  est  intéressant  de  constater  que,  dans  un  coin  à  l'Est  de 
la  Belgique,  le  langage  courant  le  prend  au  sens  figuré  de  «  acabit, 
genre,  espèce,  caractère  ».  J'ai  relevé  en  effet  dans  nos  Ardennes  (au 
Sud  de  la  province  de  Liège)  les  exemples  suivants  de  ce  terme  inédit  : 
c'è-st-on  kèn'pin  d'  tchin  insi  (Stoumont,  Troisponts)  «  c'est  une  espèce 
de  chien  ainsi  faite  »  ;  c'est  dès-omes  d'an  bon  kèn'pin  (Stavelot)  «  des 

(M  Composé  de  knap,  crac,  et  de  bus,  boîte,  canon  (de  fusil). 

(2)  God.  (I  776,  VIII  419)  donne  les  formes  canepin,  canequin,  quenephi.  Joi- 
gnez-y carpin  (?)  dans  Jean  d'Outremeuse,  que  Scheler,  Gloss.  de  la  Geste  de  Liège, 
ne  peut  définir. 


—  45  — 

hommes  bien  portants  et  d'humeur  joviale  ».  De  même,  à  Erezée  (au 
Nord  de  la  prov.  de  Luxembourg)  :  on  fwèrt  kèripin  «  un  solide  gaillard  »; 
on  drôle  di  kèiïpin  «  un  original  »  ;  c'est  dès  cis  qu'ont  on  drôle  di  hèu'pin 
«  des  gens  qui  ont  un  singulier  genre  de  vie  ».  —  Pour  la  métaphore, 
comparez  le  w.  coyin  «  caractère  »  (*•),  dont  le  sens  propre  «  peau 
[de  mouton],  cuir  [de  porc]  »  survit  à  Malmedy  (2). 
[Romania,  t.  xi  vu  (1921),  p.  552.] 

w.  caribôdèdje,  caribôdion  (Verviers) 

Ces  mots  sont  inusités  à  Liège.  Le  premier  est  dans  Remacle,  2  e  éd., 
qui  le  définit  :  «  patarafe,  traits  informes,  lettres  embrouillées,  syn. 
grabouyèdje  ».  Serait-ce,  demande  G.,  I  101.  une  forme  développée  de 
crabouyî,  gribouiller  ?  —  L'explication  est  autrement  simple.  Le 
liégeois  connaît  brôdièdje  «  bousillage,  patrouillis  »,  dérivé  de  brôdî 
«  bousiller,  travailler  mal  ».  De  là,  le  composé  caribrôdièdje,  qui  devient 
par  dissimulation  caribrôdèdje  (Lobet,  p.  268),  puis  caribôdèdje.  De 
même  le  synonyme  caribôdion  vient  de  caribrôdion.  composé  de  brôdion 
«  petit  objet  embrouillé,  gribouillis  ».  —  Le  préfixe  cari-  a  une  valeur 
péjorative,  comme  le  fr.  chari-  (charivari),  cali-  (califourchon),  coli- 
(colimaçon),  gali-  (galimatias,  galimafrée),  ca-  (cabosser).  En  wallon, 
nous  relevons  des  formes  tout  aussi  variées  :  cari-,  cara-,  car-,  cra- 
(voy.  l'art,  carimadjôye),  cal-,  cas-  (calmousst,  casmoussî),  ca-  (caboûre, 
cafougnî,  etc.).  (3). 

[Mélanges  Kurth  (1908),  t.  n,  p.  317.] 

liég.  carimadjôye 

Le  liég.  carimadjôye,  carmadjôye  désigne,  d'une  façon  générale,  une 
«  confusion  bizarre  (de  couleurs,  de  traits,  de  sons,  de  gestes  ou  de 
paroles)  ».  L'exemple  le  plus  ancien,  daté  de  1758,  se  lit  dans  le  Théâtre 
liégeois,  p.  137  :  un  hypocondre  critique  avec  humeur  la  mode  musicale 
du  temps.  «  Il  faut  aujourd'hui,  dit-il,  des  airs  italiens, 

(x)  A  Liège  et  Verviers  :  il  est  (l'on  màva  coyin,  d'on  si  bon  coyin  ;  dji  n'  so  nin  di 
f'  coyin  la  ;  c'è-st-on  si  bon  coyin  ;  métaphore  analogue  au  français  :  «  c'est  une  si 
bonne  pâte  ». 

(2)  D'après  une  note  de  YArmonac\  Malmedy,  1911,  p.  66,  à  propos  du  texte  : 
on  bouquin  r'loyî  d,  coyin.  Villers,  Dict.  malmédien  (1793),  donne  seulement  :  coyin 
«  couenne  ou  coine,  peau  de  lard  ».  — On  ne  trouve  rien  dans  Grandgagnage  sur  ce 
mot,  non  plus  que  sur  la  forme  féminine  coyinne  (koyèn'')  «  couenne  »  (Liège,  Ver- 
viers, Stavelot),  -ine  (Wardin),  -ène  (Stave),  -âne  (Pécrot-Chaussée,  au  N.  de  Wavre). 
Sur  l'étym.  lat.  cutina,  cf.  Meyer-Lûbke,  n°  2431. 

(3)  Sur  le  préfixe  ca,  voy.  les  Mélanges  Kern  (Leide  1903),  pp.  123-6;  Feller, 
Notes  de  phil.  w.,  pp.  222-237. 


—  46  — 

Dès  carimadjôyes,  dès  firdaines 

Et  tos  erînèdjes  qui  d'nèt  1'  migraine, 

c'est-à-dire  «  des  fioritures,  des  fredons  Q)  et  tous  grincements  qui 
donnent  la  migraine  ».  Voici  des  phrases  que  j'ai  entendues  à  Liège  : 
si  moussemint  n'est  qiCine  car(i)madjôye  (une  réunion  bizarre  de  cou- 
leurs) ;  èle  aveût  dès  c.  a  s'  tchapê  (des  enjolivures  multicolores)  ;  fê  dès  c. 
avou  dèl  crôye  (des  dessins  confus  à  la  craie)  ;  èle  mi  fêt  yne  tièsse  corne 
on  sèyê  avou  totes  ses  c.  (ses  propos  sots  et  décousus)  ;  ni  fez  nin  tant 
dès  c.  (des  politesses  exagérées  en  gestes  et  en  paroles). 

Sous  des  influences  diverses,  la  forme  et  le  sens  ont  subi  en  liégeois 
des  altérations  isolées.  La  finale,  confondue  avec  djôye  (joie),  a  valu  à 
carimadjôye  l'acception  de  «  divertissement,  réjouissance  »  (Remacle, 
2e  éd.  ;  Forir).  L'analogie  de  crama  (crémaillère)  et  de  crâs  (gras)  a 
donné  cramadjôye,  cramadjôye  «  fête,  festin  ».  D'autre  part,  caramadjôye 
(«  bigarrure  »  :  Duv.)  paraît  avoir  subi  l'influence  de  ramadje  («  ra- 
mage »),  influence  qui  est  manifeste  dans  la  forme  simplifiée  ramadjôye 
(«  suite  de  paroles  vides  de  sens  »  :  Hubert,  ap.  G.,  II  273). 

Ailleurs,  il  faut  noter  les  variations  suivantes  :  caramidjôyës  («  enjo- 
livures extravagantes  »  :  à  Marche-en-Famenne)  ;  caYabadjôye  («  griffon- 
nage »  :  à  Malmedy.  Stavelot)  ;  caraboutcha  (id.  :  à  Hervé)  ;  carimadja, 
carimadjon  (à  Glons-sur-Geer,  au  sens  général  du  liég.  carimadjôye). 

Nous  connaissons  de  plus  deux  dérivés  :  Tard,  carimadjôrèces  («  des- 
sins confus  ;  politesses  excessives  »  :  à  Erezée),  s.  f.  pi.,  qui  paraît  être 
mis  pour  -djôyerèces.  avec  le  suffixe  -erèce  (-aricius)  ;  —  et  le  liég. 
caramadjôyeU  («  bigarré,  bariolé  »  :  Duv.),  dû  au  croisement  de  carôyeler 
(rayer)  et  de  caramadjôye,  de  même  que  le  liég.  caramarôyeler  («  cha- 
marrer »  :  Rouv.  ap.  G.,  TI  509). 

G.,  I  101,  ne  donne  pas  d'explication.  Pour  ma  part,  me  fondant 
surtout  sur  la  forme  dialectale  carimadja  (Glons),  je  suis  porté  à 
rattacher  carimadjôye  au  fr.  galimatias.  Ce  dernier,  d'après  Meyer- 
Ltibkc,  n°  3837,  viendrait  du  latin  grammatica,  par  l'intermédiaire 
du  basque  et  du  béarnais.  Ce  qui  paraît  assuré,  c'est  que  l'intention 
satirique  et  l'étymologie  populaire  (influence  notamment  du  préfixe 
péjoratif  cari-,  gali-)  ont  dû  amener  des  déformations  bizarres  comme 
celles  que  nous  avons  signalées  dans  nos  patois.  Comparez  au  surplus, 
dans  le  Dict.  gén.,  l'étymologie  de  amphigouri  et  de  tohu-bohu. 

(J)  Le  liég.  firdaine  («  fredaine  »  :  Forir)  signifie  ici  «  fredon,  roulade  ».  Il  peut 
servir  d'argument  à  ceux  qui,  comme  Littré,  pensent  que  fredaine  et  fredon  ont  une 
orijnne  commune. 


—  47  — 
w.  câveler,  rucâveler  (Verviers) 

G.,  II  301,  enregistre  le  verv.  f  câveler  «  abuter  [de  nouveau]  » 
(Lobet),  et  le  malm.  fcâveler  «  réitérer,  faire  da  capo  »,  fcâvelèdje  (x) 
«  Fiterum,  la  table  de  multiplication  »  (Villers),  qu'il  dérive  du  pro- 
vençal rechap,  fr.  rechef.  Cette  explication  est  inadmissible. 

Outre  le  composé,  Lobet.  p.  271.  a  le  simple  câveler  «  abuter  »,  dont 
G.  aurait  dû  faire  état.  En  terme  de  jeu,  c'est  lancer  des  billes,  des 
palets,  des  quilles  vers  le  but  pour  déterminer  quel  doit  être  l'ordre  des 
joueurs.  Il  importe  de  ne  pas  le  confondre,  comme  paraît  le  faire  Lobet, 
avec  câveler  «  encaver,  encuver,  enchanteler  »,  dérivé  de  cave  «  cave  ». 
Le  terme  de  jeu  (ru)câveler,  qui  n'existe  que  près  de  la  frontière  lin- 
guistique, reproduit  le  néerl.  kavelen  «  tirer  au  sort  ».  Dans  le  flamand 
de  Tongres,  kâvelen  a  le  même  sens  spécial  que  le  mot  verviétois. 

Le  w.  câveler,  t.  de  jeu,  paraît  avoir  disparu.  Du  moins,  un  auteur 
verviétois  (BSW  53,  p.  418)  donne  à  la  place  :  côsseler  «  abuter  », 
rucôsseler  «  abuter  de  rechef  »  (2);  tout  en  attribuant  à  rucâveler  le  sens 
de  «  remettre  (de  l'argent  ou  des  billes)  au  jeu  »  (3).  —  A  Faymonville- 
Weismes,  r&câveler  c'est  «  faire  une  seconde  séance  de  jeu  dans  une 
autre  maison,  après  les  sises  (soirée,  veillée),  au  lieu  de  rentrer  chez  soi  »  ; 
de  là  :  ràcâveleûr,  synonyme  de  trèm'leûr  «  joueur  passionné  »  (4).  Enfin, 
à  Petit-Thier  lez-Vielsalm.  ricâveler,  v.  tr.,  n'a  plus  que  l'acception 
métaphorique  de  «  ressasser,  rabâcher  »  :  i  rcâvèle  toudi  ses  vis  mèssèdjes. 
Ainsi  s'explique  le  dérivé  rucâvelèdje  «  table  de  multiplication  »,  que 
Villers  seul  signale  et  qui  est  aujourd'hui  inconnu  à  Malmedy  :  c'est 
l'action  de  répéter  la  même  formule  ;  comp.  l'ail,  das  Einmaleins. 

[Remaniement  d'un  article  du  BD  1907,  p.  142.] 

anc.  fr.    chaon 

Godefroy  définit  chaon  :  «  partie  du  lard  qui  ne  se  fond  pas  à  la 
poêle  et  se  grille,  grésillon  ».  Il  ne  cite  que  deux  exemples,  l'un  tiré  du 

(x)  Et  non  fcâvelêie,  comme  écrit  G.  ;  l'original  de  Villers  porte  rcâvleje. 

(*)  D'origine  inconnue.  Comparez  le  néerl.  keuzelen  jouer  aux  billes  (voy.  Franck- 
van  Wyk,  s.  v°  ;  Schuermans  kuizel,  -en).  ■ —  En  liégeois,  «  abuter  »  se  dit  sàmer 
(ex-aestimare). 

(3)  De  même  rucâveler  (Trembleur),  ricâveler  (Ferrières)  signifient  «  remettre  de 
l'argent  au  jeu  de  bouchon  pour  recommencer  la  partie  ». 

(4)  Dans  les  environs  (Sourbrodt,  Ovifat,  Robertville),  on  emploie  dans  le  même 
sens  ftchâcer,  -eûr,  qui  se  rattache  à  l'anc.  fr.  chancer  «  jouer  à  un  jeu  de  hasard  ». 


—  48  — 

Ménagier,  l'autre  de  la  traduction  des  Psaumes  (début  du  xne  siècle)  : 
«  et  mis  os  cum  chaons  sechirent  »  (God.,  t.  II,  Errata).  Il  faut  y  ajouter 
cet  article  du  Catholicon  de  Lille,  éd.  Scheler,  p.  49  :  «  cremium,  chaon, 
creton.  c'est  la  char  qui  demœurre  après  la  craisse  ».  —  Je  vois  dans  ce 
mot  un  diminutif  en  -on  du  moyen  néerlandais  câde  «  croûton  de  graisse 
grillée  »  ;  moyen  bas  ail.  kâde  ;  néerl.  kaan  (contraction  du  pluriel 
kaeijen),  que  Plantin  traduit  par  «  ratons  du  sain-  de  pourceau  ».  Le 
flamand  kade,  kaai  existe  encore  aujourd'hui  avec  le  même  sens  en 
Campine  et  dans  les  provinces  belges  d'Anvers  et  de  Brabant  (x).  — 
L'anc.  fr.  chaon  se  retrouve  dans  les  patois  modernes  de  Metz  et  du 
département  de  la  Meuse,  sous  les  formes  chaïon,  choïon,  chaon,  chon  (2)  : 
je  ne  sache  pas  qu'on  ait  déjà  proposé  une  explication  de  ce  mot 
dialectal. 

[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  554.] 

fr.  chicaner,  w.  chakiner,  tchakiner 

Pour  le  Dict.  général,  le  fr.  chicaner  est  d'origine  inconnue.  A  côté  des 
propositions  qu'on  trouvera  dans  Littré,  Scheler,  Kôrting,  etc.,  le 
wallon  suggère  une  explication  des  plus  simples  :  chicaner  serait  altéré 
de  (t)chakiner,  forme  conservée  dans  nos  dialectes  et  dérivant,  à  l'aide 
du  suffixe  diminutif  -iner,  de  l'onomatopée  (t)chac,  qui  exprime  un 
petit  choc  brusque. 

La  forme  wallonne  existe  sur  des  points  très  divers  :  à  Malmedy, 
tchakiner.  -eâr  (Villers,  1793)  «  chicaner,  -eur  »  ;  — -  dans  les  Ardennes, 
chakiner  «  tricher  au  jeu  »  (3)  ;  —  à  Givet,  chakine  «  1.  chicaner,  tra- 
casser :  i  m'  chakine  toudi  ;  2.  v.  intr.,  tromper  au  jeu  »  (J.  Waslet)  ;  — 
dans  le  Brabant,  chakine.  (Nivelles.  Bornival)  «  1.  chicaner,  quereller  : 
il  ont  couminchi  a  chakiner  intré  yeûs'  ;  2.  tricher  au  jeu  »  ;  chakine  (ibid.), 
s.  f.,  «  dispute  :  nos-avons  yeû  ,ne  chakine  »  ;  cliakener.  -tne,  -enadje, 
-tneû  (Chastre-Villeroux)  ;  etc.  (4). 

Nous  trouvons  le  primitif  à  Awenne  (prov.  de  Luxembourg,  entre 
Grupont  et  St-Hubcrt)  dans  l'expression  chakè  lès  mwins  «  battre  des 

(!)  Cf.  Schuermans,  Franck-van  Wyk.  - —  Voy.  ci-après  l'article  crèton. 

(2)  Voy.  les  glossaires  de  M.  Lorrain,  de  Labourasse  et  de  Varlet. 

(*)  Ce  sens  dérive  naturellement  de  celui  de  «  chicaner,  vétiller  »  ;  comp.  étriver 
«  tricher  au  jeu  »  (Watteeuw,  ]rocab.  de  Tourcoing). 

(*)  G.,  I  149,  donne  simplement  le  nam.  chakine  «  chicane  ».  —  Le  liégeois  ne 
connaît  que  (l)chicane,  -er,  -eu,  -èdje,  -erèye  et  même  (l)chicanier  :  c'est  du  français 
à  peine  wallonisé. 


—  49  — 

mains,  applaudir  »  ;  à  Stave  (Namur),  tchakè  «  frotter  brusquement 
(par  ex.  une  allumette)  »,  tchake-feû  «  briquet  avec  silex  et  amadou  »  ; 
à  Buzenol  (près  de  Virton).  tchaker  «  faire  du  bruit  (en  mangeant)  »  : 
lès  poucliés  (porcs)  tchakant  avou  leû  gueûye.  A  Faymonville-lez-Mal- 
medy.  tchacant  se  dit  de  l'oeil  vif,  brillant  de  joie,  dont  le  regard  frappe, 
vous  donne  un  choc  quand  vous  le  rencontrez  :  il  a  lès-ûs  tchacants  ; 
corne  i  louke  tchacant  !  —  L'onomatopée  tchac  entre  dans  les  expressions 
suivantes  :  coula  tome  a  tchac  (Fontin-Esneux)  «  cela  tombe  à  point  »  ; 
avou  coula,  ci  sèrè  V  tchac  (ib.)  «  avec  cela,  ce  sera  parfait  »  ;  c'èsteûi 
dès  tchic  et  dès  tchac  a  ri  nin  fini  (Liège)  «  c'étaient  des  coups  de  langue, 
des  pointes,  de  vertes  ripostes  à  ne  pas  finir  »  (x)  ;  djower  al  tchac 
(Verviers  :  Lobet),  espèce  de  jeu  de  billes  ;  d'où  tchakète,  tchakHer,  etc.  (2). 
De  chakiner  à  chicaner  le  passage  est  facile  :  il  s'explique  par  une 
métathèse  naturelle  et  par  l'influence  de  chiche,  chiquet,  chicoter,  etc. 
On  objectera  1°  qu'un  primitif  chicaner  a  pu  lui-même  s'altérer  chez 
nous  en  (t)chakiner  sous  l'influence  de  (t)chac  et  de  taquiner  ;  2°  qu'il 
peut  ne  pas  exister  de  rapport  d'origine  entre  chicaner  et  (t)chakiner, 
dont  la  ressemblance  serait  donc  purement  fortuite.  Sans  doute  ;  mais 
je  me  persuade  que  l'autre  thèse  est  plus  vraisemblable  et  qu'elle 
mérite  tout  au  moins  d'être  prise  en  considération. 

[Romania,t.  xlvii  (1921),  p.  554]. 

w.  cîçale,  cinçale 

Forir  est  le  seul  qui  donne  cîçale,  s.  f.,  «  furoncle  ».  Les  Liégeois  que 
j'ai  interrogés  ne  connaissent  pas  ce  mot  ;  mais,  à  Glons-sur-Geer, 
d'après  M.  Mathieu  Fréson,  des  «  inflammations  sur  la  peau  »  s'appellent 
des  cinçales.  Cette  dernière  forme  est  mieux  conservée,  et  la  significa- 
tion qu'on  lui  attribue,  encore  qu'assez  vague,  me  paraît  plus  sûre  et 
plus  exacte.  Partant  d'un  type  supposé  cinctum  +  -icella,  je 
pense  que,  primitivement,  les  cinçales  désignaient  l'herpès  zoster  ou 
zona,  éruption  vésiculeuse  que  le  liégeois  et  le  namurois  dénomment 
li  cingue  ou  lès  cingues  (ceinture  :  cingulum).  Pour  la  protonique 
in  =  î,  comparez  cintroû,  cîtroû  (lisière  de  drap)  :  cinctorium  (ou 
cinctura)  +  -eolum  ;  cincwème,  cîcwème  (Pentecôte)  :  quinqua- 
gesima.  Pour  le  suffixe,  comparez  monçale  (à  Harzé  :  tas  de  gazon 
d'essartage)   :   *  monticella  ;   nèçale  (nacelle)   :  navicella  ;     sâçale 

(x)  Le  liégeois,  en  français  familier,  dira  de  même  :  «  ils  sont  toujours  en  chic-chac  ». 
(a)  Sur  le  dérivé  IchaWtrèce,  voy.  Feller,  Notes  de  philol.  wall.,  p.  219. 


—  50  — 

(«  espèce  de  plante  sauvage  »  :  G.,  II  342)  :  *  salicella  ?  ;  vâçale  (dans 
des  lieux  dits  ;  anc.  fr.  vaucele,  vallon)  :  *  vallicella. 

anc.  liég.  cincque  (=  singue) 

Le  passage  suivant  de  la  Charte  liégeoise  du  Métier  des  Fèvres,  1418, 
contient  trois  expressions  que  G.,  II  550,  567,  637,  signale  sans  pouvoir 
les  expliquer  : 

Quelconques  dorsenavant  metterat  a  esscience  ou  de  certaine  science  en 
œuvre  fiere  embleit,  ou  qui  fâche  faire  cincque  contre  cincque  cleiffs  encontre 
enseingne  de  paest,  de  chirre  ne  d'aultres  semblables  cas,  ne  quy  achapterat 
koenne  ne  anko  embleit,  et  prouveit  soit  suffisamment  que  ce  ayet  esteit  à 
science,  icy  perderat  ledit  Mestier...  (1). 

Le  règlement  défend  de  mettre  sciemment  en  œuvre  du  fer  volé 
(embleit)  et  de  commander  sans  témoin  qu'un  forgeron  fasse  des  clefs 
d'après  une  empreinte  de  pâte,  de  cire,  etc.  Cincque  devrait  s'écrire 
singue,  car  il  répond  à  l'anc.  fr.  sengle,  single,  sangle  (lat.  singulum) 
«  chacun  en  particulier,  seul,  isolé  ».  La  curieuse  expression  singue 
contre  singue  (en  tête-à-tête,  entre  quatre  yeux)  ne  se  rencontre  pas 
ailleurs.  La  finale,  que  nous  écrivons  -gue  d'après  l'étymologie,  se  pro- 
nonce -A;'  en  Wallon  ;  de  même  dans  tringue  «  tringle  »,  cingue  «  sangle, 
ceinture  ». 

Les  mots  koenne  et  anko  sont  des  noms  de  métaux,  défigurés  par  la 
négligence  du  copiste  ou  de  l'imprimeur.  Il  faut  corriger  le  premier  en 
koeuue,  koeuve  :  c'est  le  liég.  mod.  keûve  «  cuivre  ».  Pour  l'autre,  je 
conjecture  une  fausse  lecture  de  arko.  Godefroy,  v°  archal,  cite  les 
formes  arcou,  archout,  archaut.  Le  liég.  mod.  ne  connaît  que  ârca,  mais 
arcô  existe  encore  dans  le  centre  du  Hainaut,  par  exemple  à  La  Lou- 
vière  ;  voy.  Projet  de  Dict.  wallon,  p.  15. 

w.  coper  (Liège,  Huy),  ècoper  (Verviers) 

Dans  certain  jeu  d'enfants,  toucher  un  joueur  qu'on  atteint  à  la 
course  se  dit  ctiper  à  Liège,  Jupille.  Jemeppe,  Huy  :  dji  tfs-a  copé  ;  ou 
ècoper  à  Verviers,  Stavelot  :  dju  v's-a  ècopê,  c'est  vos  qu'èmi'  est  («  qui 
en  est  »  :  qui  devez  poursuivre  à  votre  tour).  Le  jeu  comporte  plusieurs 
variétés  :  la  plus  simple  ressemble  au  jeu  que  le  Larousse  illustré 
appelle  «  chat  »  (on  dit  à  .Jupille  et  à  Seraing  :  djouwer  al  pouce  «  à  la 
puce  »  ou  al  cèpe,  déverbal  de  ctper  ;  à  Huy  :  djouwer  à  ctper)  ;    celle 

(x)  Charles  et  Privilèges,  I  29. 


—  51  — 

qu'il  dénomme  «  chat  coupé  »  s'appelle  à  Huy  le  ctper  fcôpé  ;  une  autre, 
le  «  chat  perché  »,  se  dit  à  Jemeppe  le  coper  perché.  On  cèpe  aussi  au 
jeu  de  barres.  Les  verbes  coper,  ècoper  (qui  n'ont  évidemment  rien  à 
voir  avec  côper  :  couper)  ne  figurent  pas  dans  nos  dictionnaires  (1).  Ils 
ont  cependant  du  prix  à  nos  yeux,  car  nous  y  reconnaissons  l'anc.  fr. 
cou(l)per,  encou(ï)pér,  encoper  «  inculper,  accuser  »,  lat.  culpare, 
inculpare  :  celui  qui  est  cZpé  ou  ècb'pé  est  mis  en  faute  ;  c'est  l'inculpé, 
le  coupable,  qui  doit  travailler  à  se  libérer.  Les  enfants  ont  conservé 
ces  termes  qu'ils  tiennent  sans  doute  du  langage  ecclésiastique  ou 
judiciaire. 

liég.  cot'hê,  cotî 

Le  liég.  cofhê  «  closeau.  jardin  potager  »  se  rattache  à  cotî  «  maraî- 
cher »  [nam.  coflî],  fém.  cotiyerèsse  «  maraîchère  »,  eotièdje  [francisé  à 
Liège  en  «  cotillage  »]  «  terrain  de  la  banlieue  dans  lequel  on  cultive 
des  légumes  pour  les  vendre  ».  Ces  mots,  d'après  G.,  1 129.  342,  viennent 
de  l'ail,  kothe  (chaumière,  petite  métairie),  kôther  (manant),  kôtherei 
(petite  métairie).  Notre  auteur  invoque  le  bas  latin  cotagium,  l'anc.  fr. 
cotier  (tenant  d'une  coterie  ou  terre  roturière),  et  il  ajoute  :  «  La  ressem- 
blance de  l'anc.  fr.  courtilier,  -âge,  m.  signif.  que  cotî,  -ièdje,  ne  saurait 
faire  conclure  à  l'identité  de  ces  mots,  de  même  que  le  rouchi  courtiseau 
(petit  courtil)  ne  pourrait  être  le  même  mot  que  le  liég.  cofhê  :  comment, 
en  effet,  cotî  serait-il  dérivé  de  corti  ?  » 

En  réalité,  l'ail,  kothe  n'entre  pour  rien  dans  l'origine  des  mots 
wallons  et  cofhê  est  bien  l'anc.  fr.  cortisel  ;  cotî,  s.  m.,  est  l'anc.  fr. 
cortillier,  et  eotièdje  l'anc.  fr.  cortillage.  A  l'antépénultième,  r  suivi 
de  deux  consonnes  disparaît  de  même  dans  toflèt  (  =  fr.  tourtelet  :  G., 
II  437,  n.),  mascâcer  (=  anc.  fr.  mareschaucier),  Hèsta  (=  Haristallium  : 
Herstal),  Aoss'ner  (Faymonville  :  «  trousser  »,  dér.  de  horser  à  Weismes  ; 
ail.  schùrzen)  ;  etc.  Le  nom  propre  Cortehai  existe  encore  aujourd'hui, 
comme  nom  de  famille,  dans  la  vallée  du  Geer.  Les  archives  liégeoises 
foisonnent  de  cortiheal,  cortiseau,  etc.,  pour  dénommer  des  lieux  qui 
s'appellent  de  nos  jours  cofhê.  Enfin,  cofhê  désignant  le  potager  attenant 

(x)  Grandgagnage  lui-même  les  ignore.  Il  note  seulement,  sans  explication,  dans 
ses  Extraits  de  Villers,  le  malmédien  ècope  «  se  dit  quand  on  saisit  qqn,  dans  le  sens  : 
vous  êtes  à  moi,  vous  êtes  pris  ».  C'est  apparemment  l'abrégé  de  dju  v's-ècope, 
plutôt  que  è  cope  !  (en  faute  !).  —  A  Robertville-lez-Malmedy,  coper,  v.  intr.,  a  pris 
le  sens  de  :  «  jouer  à  cache-cache,  appeler  en  étant  caché  »  (BI)  1908,  p.  32).  —  A 
Glons-sur-Geer  copier  «  atteindre  à  la  course  »,  t.  du  jeu  de  «  puce  »  :  dji  Va  copié. 


—  52  — 

à  la  maison,  il  est  naturel  d'y  voir  un  diminutif  de  corti  (terrain  clos, 
assez  étendu,  contigu  à  l'habitation)  plutôt  que  le  dérivé  d'un  primitif 
germ.  kothe  (x).  Les  mots  liégeois  sont  donc  bien  distincts  du  fr.  cotier, 
coterie,  cottage  et  de  l'anc.  fr.  cotin  (cabane,  maisonnette  ;  voy.  Meyer- 
Liibke.  n°  4746). 

Le  substantif  cotî  (maraîcher)  suppose  la  série  suivante  :  *cortilyî, 
*cortelyî,  *cotelyî  [nam.  coflî],  *cotyî,  cotî.  La  finale  -yî  (provenant  de 
-ilyî)  se  réduit  en  liégeois  à  -î  ;  comparez  consî,  v.  tr.,  «  conseiller  », 
travî,  anc.  fr.  traveillier  (être  en  travail  d'enfant).  Le  nam.  coflî  a 
conservé  l  que  le  mouillement  a  fait  tomber  en  liégeois,  mais  dont  le 
fém.  cotîresse  (provenant  de  cotiyerèsse)  atteste  la  présence  à  l'origine  ; 
comp.  cinsî,  cinsWèsse  ;  botî,  bofrèsse. 

Enfin  le  verbe  cotî  lui-même  (marcher,  se  promener  :  G.,  I  130) 
représente  l'anc.  fr.  cortillier  (cultiver  un  jardin).  Le  sens  propre 
«  cultiver,  c'est-à-dire  circuler  dans  son  jardin  et  conduire  au  marché 
les  produits  de  son  cotièdje  ou  cortillage  »  n'est  pas  noté,  que  je  sache; 
j'ai  cependant  entendu  à  Liège  :  i  cotèye  a  Hacou  «  il  fait  le  maraîcher 
à  Haccourt  ».  Nos  dictionnaires  n'attribuent  à  ce  verbe  que  des  sens 
dérivés  :  1.  circuler,  marcher,  aller  et  venir  :  ^i  rataque  a  cotî  (2), 
dit-on  d'un  convalescent  ;  —  2.  flâner,  baguenauder  :  corne  i  rfa  rin 
a  fé,  i  cotèye  tot-avâ  V  mohone  ;  èle  cotèye  tot-avâ  s'  manèdje  et  èle  n'avance 
nin,  dit-on  d'une  mauvaise  ménagère.  D'où  le  dérivé  cotieû,  -eûse 
«  flâneur,  -euse  ». —  Par  une  métaphore  contraire,  cotier  à  Faymon ville 
signifie  «  circuler  activement,  se  dépêcher  au  travail,  marcher  vite  »  : 
i  cotèye  tote  djôr  ;  i  f  fârè  cotier,  si  tôt  vous  aviver  a  tins.  Un  composé 
sa  d 'cotier  s'y  est  même  formé  sur  le  type  de  se  cVhombrer  «  se  dépê- 
cher »  (BSW  50,  p.  555). 

[Mélanges  Kurth,  II  318  (1908).  La  fin  surtout  est  remaniée.] 

fr.  couet 

Le  fr.  couet,  terme  de  marine,  désigne  une  «  grosse  corde  qui  s'amarre 
au  bas  d'une  voile  de  navire  ».  Kôrting  (Etym.  Wôrt.  der  fr.  Spr.,  1908), 
se  fondant  sur  le  nom  allemand  de  ce  cordage  (Hais  eines  Segels),  y 

f1)  Du  germ.  kot,  moyen  haut  ail.  kote,  kate  «  hutte,  maisonnette  de  paysan  » 
dérive  le  flani.  kolerij  (ensemble  de  taudis,  de  petites  remises  pour  toute  espèee 
d'objets  :  Schuermans),  qui  a  donné  le  liég.  calerèye  «  taudis  »,  catî  «  vaurien  »,  que 
G.,  I  103,  ne  réussit  pas  à  expliquer. 

(-)  Synonyme  :  i  r'cotèyc,  d'un  verbe  ricotî,  qui  manque  dans  nos  dictionnaires. 
A  Alle-sur-Semois,  on  dit  de  même  :  i  rechampit. 


—  53  — 

voit  un  diminutif  de  cou  ;  mais  un  tel  dérivé  ferait  singulière  figure 
à  côté  de  collet.  D'après  le  Dictionnaire  général,  couet  est  une  autre 
forme  de  écoute  :  Cot grave  donne  en  effet  escouette  pour  écoute.  Toutefois 
l'argument  ne  paraît  pas  décisif,  escouette  pouvant  être  une  erreur,  ou 
une  contamination  de  écoute  et  de  couet.  D'autres  dictionnaires  ont  bien 
écouet  pour  couet  ;  mais  c'est  sans  doute  le  résultat  d'une  fausse  per- 
ception :  le  pluriel  les  couets  est  devenu  V écouet.  —  A  mon  avis,  couet 
représente  le  masculin  de  couette  (petite  queue).  La  définition  de 
Godefroy  (couet  :  «  un  cordage  qui  va  diminuant  par  un  bout  »)  me 
paraît  suggestive  à  cet  égard,  surtout  si  on  la  compare  à  celle  du 
liégeois  cowète,  terme  de  houillerie,  «  partie  du  câble  reliée  à  la  cage  »  : 
cette  partie  inférieure  est  d'ordinaire  en  section  décroissante  ;  de  là 
son  nom,  qui  signifie  proprement  :  «  petite  queue,  petit  bout  ». 

[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  555.] 

liég.  coumê,  coumaye.  fr.  coumaille 

Il  faut  réunir  ces  trois  articles  de  G.,  I,  122,  131  ;  II,  529  : 

COmai  (petite  enclume  sur  laquelle  les  faucheurs  battent  leurs  faux)  B. 
coumai  (grosse  petite  femme  mal  bâtie)  Duv.  Comparez  cornai. 
goumai  (dégorgeoir  :  outil  de  maréchal  ferrant  ;  tasseau:  petite  enclume  ; 
pomme  d'Adam)  Lob.  Comparez  gomâ. 

Il  s'agit  d'un  même  mot  (comê  à  Glons-sur-Geer,  coumê  ou  plus 
souvent  goumê  à  Liège),  qui  répond  littéralement  au  fr.  «  enclumeau  »  ; 
coumê  provient,  par  aphérèse,  de  *ècoumê,  diminutif  de  ècome  (Glons, 
Trooz,  Malmedy),  liégeois  èglome,  enclume,  latin  incudinem  (r). 
Du  sens  premier  «  enclumeau  »  dérivent,  par  métaphore  naturelle, 
ceux  de  «  personne  courtaude  et  massive  »  (2)  et  de  «  pomme  d'Adam  ». 

Le  fr.  dial.  et  techn.  coumaille,  terme  de  minéralogie,  a  reçu  les  hon- 
neurs du  Dictionnaire  général  ;  mais  l'article  qu'on  lui  consacre  laisse 
bien  à  désirer.  La  définition  :  «  roches  (3)  des  mines  où  la  houille  est 
divisée  »  manque  de  clarté.  La  plus  ancienne  mention  serait  de  1818  ; 
or  nous  trouvons  le  mot  cité  dès  1768.  Enfin  on  le  déclare  d'origine 
inconnue  ;  nous  pouvons  assurer  qu'il  est  emprunté  du  dialecte  liégeois, 
comme  beaucoup  d'autres  termes  de  «  houillerie  ».  Une  description  de 

(1)  Comparez  le  hesbignon  ègloumia  (Cras-Avernas),  gloumia  (Darion)  «  enclu- 
meau de  faucheur  »,  et  voy.  BD  1911,  p.  36. 

(*)  Comp.  dans  Forir  magoumê  «  magot,  petit  homme  mal  bâti  »,  qui  résulte  du 
croisement  de  magot  et  de  goumê. 

(3)  Corrigez  roche.  Même  définition  dans  Littré  et  dans  Lobet,  d.  303. 


—  54  — 

cette  industrie  au  pays  de  Liège,  faite  en  1768  par  Morand  et  rééditée 
en  1780  à  Neufchâtel,  porte  ce  qui  suit  : 

Dans  le  deie  [=  dèye,  sol  de  la  galerie]  et  de  tems  en  tems  dans  le  toit,  se 
rencontrent  des  marrons,  gros  et  petits,  bien  polis,  de  couleur  noirâtre,  qui 
font  feu  contre  l'acier  et  gâtent  les  outils  ;  ces  clous...  sont  appelles  à  House, 
pays  de  Dalem  [=  Housse,  lez  Dalhem]  klavais,  koyons  de  chien  ;  lorsqu'ils 
sont  d'un  très  grand  volume,  on  les  y  nomme  koumailles  (l). 

Le  liégeois  coumaye  ou.  plus  souvent,  goumaye  a,  d'après  G.,  I  131, 
trois  significations  :  «  1.  bloc  de  briques  réunies  par  un  commencement 
de  fusion  ;  2.  mâchefer  ;  3.  t.  de  min.,  rognon  arrondi,  très  pesant  et 
très  dur,  de  chaux  carbonate  fétide  ».  Le  sens  1  est  le  plus  connu  du 
vulgaire  et  de  nos  lexicographes.  Hubert  et  Forir  ajoutent  une  accep- 
tion figurée  :  «  femme  courtaude  et  indolente  »,  qui  rappelle  notre 
goumê  de  tantôt.  Et,  de  fait,  nous  trouvons  dans  goumâye  le  même 
radical  avec  le  suffixe  collectif  -âye,  lat.  -alia  (comp.  le  fr.  ferraille, 
pierraille,  rocaille).  Le  sens  étymologique  est  donc  :  «  agglomérat  de 
substances  (minerai,  argile  durcie  au  feu,  etc.),  dont  la  masse  et  la 
dureté  rappellent  une  enclume  ».  v 

[BD  1920,  p.  7.]  V 

w.  ard.   coyonke,  coyongue 

La  cfiyonke,  dans  nos  Ardennes  (Stavelot,  Bovigny,  Villers-Ste- 
Gertrude),  c'est  la  longue  courroie  qui  fixe  le  joug  sur  la  tête  du  bœuf. 
M.  Ch.  Bruneau  a  relevé  cette  même  forme  au  Sud  de  Givet,  à  Hargnies 
et  à  Sévigny-la-Forêt  (2).  Par  contraction,  à  Faymonville-Weismes,  le 
mot  devient  coke,  avec  o  mi-nasal  (3).  On  dit  co*yonpe  à  Cherain,  Lu- 
trebois,  Ortheuville.  IL<uffalize,  Recogne,  Neufchâteau  et  aussi,  d'après 
M.  Ch.  Bruneau,  à  Cugnon-sur-Semois  et  à  Louette-St-Pierre.  J'ai 
relevé  de  plus  :  1.  cloyonbe,  à  Alle-sur-Semois,  avec  l  épenthétique 
sous  l'influence  probable  de  clore  «  clore  »  et  de  clôye  «  claie  »  ;  2.  le 
verbe  coyonbè,  à  Ortheuville  :  M  coyonpe  po  coyonbè  V  boû,  c.-à.-d. 
po  loyè  V  boû  après  V  djeû  (au  joug)  ;  à  Bonnerue-lez-Houffalize,  le 
substantif  seul  existe  :  one  ctyonpe  po  noké  V  boû  âtoû  dèl  tièsse. 

(1)  .Morand,  Art  d'exploiter  les  mines  de  charbon  de  terre,  p.  113,  t.  xvi  des  Des- 
criplions  des  arts  et  métiers,  nouv.  éd.,  Neuchatel,  1780,  in-4°  ;  lre  éd.,  1768,  2  vol. 
in-folio.  —  Bormans,  J'oc.  des  houilleurs  liégeois,  définit  tournaille  «  pierre  plus  dure 
que  le  grès  qui  se  rencontre  quelquefois  dans  les  mines.  Du  llam.  kool  et  mael,  borne, 
limite,  etc.  »  (!). 

(2)  Cli.  Bruneau,  Enquête  sur  les  patois  d\lrdenne  (1914),  I,  p.  499. 

(3)  .1.  Bastin,  Voc.  de  Faymonville,  BSW  50,  p.  555. 


—  55  — 

L'origine  de  ce  mot  intéressant  est  pleinement  assurée  :  il  reproduit 
le  lat.  co(n)jungula  (petite  chose  servant  à  conjoindre).  qui  a  donné 
l'anc.  fr.  co{ri)jongle,  d'où  la  forme  contracte  congle  dans  une  charte 
namuroise  de  1265  (1).  Le  w.  coyonke  -  -  ou,  étymologiquement, 
coyongue,  —  s'est  altéré  en  coyonpe  (-be),  comme  ranonke  «  renoncule  » 
en  ranonpe  (G.,  II  279). 

Meyer-Lùbke,  n°  2151,  énumère  des  représentants  du  type  conjun- 
gula  en  italien,  en  espagnol  et  en  ancien  français.  Il  conviendrait  d'y 
ajouter  les  formes  wallonnes  que  nous  venons  d'étudier. 

[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  556.] 

anc.  liég.  coxhe,  fohe 

G.,  II  571  :  eoxhes  Chartes  [des  Métiers],  I,  233  (1527):  au  fait  des  draps 
qui  seront  drappés  de  vilaines  eoxhes  et  pellins  tondus  entre  le  mois  de  may 
et  S*  Reray.  [Note  de  Scheler  :  «  Voy.  Bormans,  Drapiers  (BSW,  t.  9,  p.  253), 
qui  assimile  coxhe  à  cote,  ce  qui  n'est  guère  admissible.  »] 

G.,  II  593  :  fohes  Chartes  [des  Métiers]  I,  305-10  (1575)  :  pourpoint,  chausses, 
henches  (2),  fohes,  cottreaux  (jupons),  golliers  et  autres  habillements  d'hommes 
ou  de  femmes.  —  Quid  ?  [Note  de  Scheler  :  «  S'il  y  avait  flohes,  on  pourrait 
songer  à  floseus,  autre  forme  du  1).  lat.  floccus,  froccus.  »] 

Le  Glossaire  de  Reichenau  a  un  article  lena  :  toxa  (=  lat.  vulg.  tosca, 
lat.  tusca  ;  d'après  Hetzer,  Reich.  Glossen,  «  étoffe  grossière,  manteau 
de  cette  étoffe  »).  M.  Marchot,  à  qui  j'emprunte  ces  détails  (3),  prétend 
retrouver  le  même  mot,  estropié  par  l'éditeur,  dans  les  deux  textes 
liégeois  du  XVIe  siècle  que  cite  Grandgagnage.  J'estime  qu'il  se 
trompe  doublement  et  qu'on  doit  tenir  coxhe  et  fohe  pour  des  types 
corrects. 

I.  Si  le  texte  de  1527  était  isolé,  on  pourrait  à  la  rigueur  suspecter 
la  forme  coxhe  ;  mais  une  charte  de  1435  ne  laisse  aucun  doute  :  «  pour 
cascun  drap  fait  de  grayt  nions  (?),  de  fleur,  de  koxhe,  de  simple  gris  »  (4). 
Nous  y  voyons  le  liég.  cohe,  qui  aujourd'hui  a  seulement  le  sens  figuré 

(*)  «  Les  congles  dont  on  joint  les  buves  ki  mainent  le  laigne  el  castiel  de  Namur  »  ; 
texte  cité  par  Du  Cange,  conjugla,  et  reproduit  par  Godefroy,  qui  définit  congle  : 
«  joug  (!)  pour  les  bœufs  ».  —  M.  A.  Thomas  cite  l'anc.  fr.  cojongle  dans  Romania, 
1910,  p.  237  ;  cf.  Meyer-Lùbke,  n03  4621  et  4646. 

(2)  Corrigez  heuckes,  et  voy.  ci-dessus  l'art,  bodje. 

(3)  Zeitschrift  fur  franz.  Spr.  und  Litt.,  xxxix  (1912),  p.  148.  —  Cf.  Diez,  Anciens 
gloss.  romans,  trad.  Bauer,  p.  40. 

(4)  Texte  cité  par  Bormans  (BSW  9,  p.  213).  Dans  son  Gloss.  des  Drapiers  (ib., 
p.  265),  Bormans  confond  koxhe  avec  cote  ! 


—  56  — 

de  «  branche  »,  mais  qui  jadis  a  signifié  «  cuisse  »,  lat.  coxa  (cf.  G.,  II 
571).  Du  drap  de  coxhe  (prononcé  c§%)  désigne  du  drap  fait  avec  la  laine 
prise  aux  cuisses  des  moutons  (1).  Comparez  l'anc.  fr.  cuissete  «  sorte 
d'étoffe  »  :  manteau  de  cuissettes  noires  (1486  :  God.). 

II.  Les  archives  liégeoises  de  1530-33  portent  à  plusieurs  reprises  : 
«  une  focke  de  drap  noire  forée  de  penne  condist  fin  gry  »,  «  une  foucke 
de  drap  »,  «  une  fock  de  drap  sanguinne  forée  »  (2),  etc.  On  y  reconnaî- 
tra le  moyen  néerl.  focke,  que  Kilian  traduit  par  «  superior  tunica  » 
et  qui  subsiste  en  flamand  moderne  (Schuermans)  sous  la  forme  fuik 
«  blouse,  sarrau  ».  De  foke  à  jolie  le  passage  ne  fait  pas  difficulté  (3). 

[Remania,  t.  xi.vii  (1921),  p.  557.] 

liég.  crâmignon 

Le  «  crâmignon  »  est  une  danse  populaire  propre  au  pays  liégeois. 
Aux  fêtes  de  paroisse  surtout,  danseurs  et  danseuses,  placés  alternati- 
vement, forment  une  longue  chaîne  qui,  sous  la  conduite  d'un  «  meneur  », 
se  déroule  et  s'enroule,  se  tord,  se  pelotonne,  et  promène'  ses  détours 
capricieux  à  travers  les  rues  du  quartier,  tout  eh  répétant  les  couplets 
que  chante  le  meneur  du  branle. 

G.,  I  135',  n'explique  pas  ce  mot,  qui  a  pourtant  sollicité  maint 
amateur  d'étymologie.  On  a  invoqué  le  latin  carmen,  la  sinistre  car- 
magnole et  d'autres  analogies  non  moins  fantaisistes.  Pour  ma  part, 
je  crois  que  crâmignon,  ou  mieux  crâmiyon,  est  altéré  de  crâmiyon. 
L'a  bref  du  type  primitif  s'est  allongé,  probablement  sous  l'influence 
de  crâs,  gras  (4).  Le  suffixe  -Mon,  -iyon,  qui  aurait  dû  normalement  se 
réduire  à  -yon,  s'est  maintenu,  grâce  à  la  mesure  du  vers,  dans  des 


(*)  Aujourd'hui  pilaine  ;  voy.  ci-après  l'art,  pilaine. 

(2)  Registres  aux  Arrêts  (Archives  de  Liège). 

(3)  Comp.  soke  (Forir)  «  socle  »  =  sohe  (Hub.  ap.  G.)  ;  take  (G.)  «  cadeuas  »  =  tahe 
(Forir)  ;  voy.  l'art,  dronhe  ci-après. 

(4)  Le  liégeois  allonge  souvent  la  voyelle  de  la  syllabe  initiale.  Le  joli  nom  de  la 
pâquerette  :  mSgriyète  (Verviers  ;  litt.  *margueriette)  s'est  défiguré  en  màgriyète 
(liég.),  à  cause  de  mâgriyî,  maugréer,  et  des  composés  où  entre  le  préfixe  ma,  mal. 
De  même  doumièsse  (docile,  soumis  ;  lat.  domesticus,  anc.  fr.  domesche)  devient, 
doûmièsse  (Forir),  sous  l'influence  de  doûs,  doux  ;  stâminî  (Verviers)  «  crèche  ») 
devient  stâminî  (Forir)  sous  l'influence  de  slâ,  étable  ;  pâvion,  tïœion  (Verviers 
«  papillon,  aiguillon  »,  deviennent  en  liég.  //avion,  avion  ;  etc. 


■ 


—  57  — 

refrains  traditionnels  (*)  ;  puis,  il  s'est  d'ordinaire  épaissi  en  -ignon  (2). 

Le  mot  liégeois,  nettoyé  de  ses  surcharges,  ne  fait  qu'un  avec 
crâmyon  «zigzag,  détour  »  (Robertville  lez-Malmedy),  «objet  embrouillé» 
(Stoumont  ;  syn.  kumahèdje,  vôtion),  fig.  «  affaire  compliquée,  querelle  » 
(Dinant,  Bouvignes)  (3).  Il  appartient  à  la  même  famille  que  les  termes 
suivants  :  déscrami  (Huy),  discramî  (nam.),  -yè  (Famenne),  -yî  (ard.), 
dècrœmîr  (gaum.)  «  débrouiller,  démêler,  dépêtrer  »  ;  —  èscrami  (Huy), 
ècramî  (nam.),  -yè  (Famenne),  -yî  (ard.),  ou,  avec  préf.  a-  >  lat.  in-: 
acramyî  (Givet,  Couvin),  -yè  (Neufchâteau),  acrœmîr  (gaum.)  «  em- 
brouiller, enchevêtrer,  entortiller  »  ;  —  de  là,  des  dérivés,  notamment 
en  Famenne  :  ècramyis'  «  sujet  à  s'enchevêtrer  »,  discramyeû  «  démê- 
loir ».  Cette  famille  pénètre  au  Sud  jusque  dans  le  patois  meusien 
(acramilli,  dècramilli:  Varlet)  et  dans  celui  de  Metz  (ancrèmié  :  Jaclot). 
On  ne  trouve  rien  de  semblable  en  ancien  français. 

Quelle  est  l'origine  de  ce  groupe  ? 

Ecartons  d'abord  le  radical  germanique  *kram-,  par  lequel  Falk- 
Torp  explique  le  bas  ail.  kramme  (crampon  ;  griffe)  et  le  holl.  kram 
(crampon)  :  le  messin  ancrèmié  et  le  gaumais  acrœmîr,  dècrœmîr  (à 
Ste-Marie-sur-Semois)  ne  peuvent  s'en  accommoder.  En  revanche, 
il  y  a  concordance  entre  ces  dernières  formes  et  le  messin  crèmô,  gau- 
mais crœmâ,  qui  répondent  au  fr.  cramait,  w.  crâmâ  «  crémaillère  », 
du  lat.  *cremaclum  :  moyen  de  suspendre.  De  plus,  l'ancien  français 
offre  un  dérivé  cramillon  («  crémaillère  »),  qui  survit,  avec  le  même 
sens,  au  Sud  de  Givet,  et  sur  divers  points  de  la  Wallonie  :  crâmyon  à 
Vielsalm,  Charleroi,  -iyon  à  Bourlers,  -(i)gnon  à  Couvin,  Houdeng  (4). 
C'est  le  diminutif  de  *cramil  (*cremiclum  :  en  Ard.  fr.  crami)  ;  d'où 
cet   autre   diminutif:    *cramillette  (=    w.    crâmyète,    gaum.    crœmyète, 

(!)  Par  exemple  le  refrain  si  connu  : 

Prindez  vosse  bordon,  Simon, 
Et  s'  minez  nosse  cràmiyon. 

(a)  Le  Théâtre  liégeois  dn  xvme  siècle  ne  connaît  que  cràmiyon  (écrit  crâmïon 
dans  l'édition  de  1854  :  pp.  27,  29,  34,  129).  C'est  aussi  la  seule  forme  connue  à  Huy 
de  nos  jours  et  la  seule  donnée  en  liégeois  par  Cambresier,  Hubert,  en  verviétois 
par  Lobet.  —  Pour  y  >  gti,  voy.  les  articles  bougnou,  dognon,  sprogni,  etc.  Comp. 
de  plus  franskilion  (G.,  II  527)  >  franskignon  (Forir);  l'anc.  fr.  maquillon  >  fr- 
maquignon  ;  l'anc.  fr.  escafillon,  -ignon,  w.  scafignon  «  escarpin  »  (G.,  II  345)  ;  le 
liég.  ahàyi,  houyot,  qui  peut  s'altérer  en  ahâgnî,  hougnot  ;  etc.  (Voy.  l'art,  hoye). 

(3)  Lobet,  p.  310,  donne  en  verviétois  :  crâmion  «  zigzag...  ;  branle,  danse  gaie 
en  rond  et  en  zigzag  ».  —  On  pourrait  croire  que  le  sens  «  zigzag  »  dérive  du  second  ; 
mais  les  termes  que  nous  citons  ensuite  (déscrami,  etc.)  écartent  l'objection. 

(4)  Voyez  aussi  Bruneau,  Enquête,  I,  pp.  229-230. 


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messin  crèmyote)  «  petit  appareil  composé  d'une  tige  courbe  terminée 
par  un  double  crochet,  qui  sert  à  retirer  le  pot  de  la  crémaillère  ». 

Il  est  visible  que  *encramiller,  *descramiller  viennent  de  là,  et  que 
cràmyon  «  détour  »  ne  peut  se  séparer  de  cràmyon  «  crémaillère  ».  Le 
cramillon,  qui  est  proprement  une  tige  dentée  servant  à  accrocher,  et 
la  *cramillette,  qui  présente  quatre  courbes  rapprochées,  ont  éveillé 
l'idée  de  :  «  ligne  brisée  ou  courbe,  crochet,  détour,  tortillement  ». 

Pour  en  revenir  au  cramignon  liégeois,  nous  pouvons  maintenant 
conclure  avec  assurance.  Quand  il  a  vu  les  troupes  joyeuses  dessiner 
leurs  zigzags  fantaisistes  (1),  le  peuple  a  bien  saisi  le  caractère  pitto- 
resque de  ce  divertissement  :  la  ligne  sinueuse  de  la  crémaillère  s'est 
offerte  à  son  esprit  et  il  a  créé  cette  image  :  «  mener  un  cramillon  ». 
Puis,  de  l'espèce  de  danse,  le  nom  a  passé  au  chant  qui  toujours  accom- 
pagne les  évolutions  de  la  chaîne  dansante  ;  de  là  l'expression  braehy- 
logique  :  «  chanter  un  cramignon  »  (2). 

Ainsi  le  cramignon  tire  son  nom  de  son  principal  caractère  :  le  mou- 
vement, —  tout  comme  les  trèhes  de  Malmedy  (3),  le  branle  français  et 
sans  doute  aussi  la  farandole  de  Provence  et  la  bourrée  d'Auvergne. 

[Remaniement  de  BD  1910,  p.  65.]  \ 

w.  crasse  (Verviers,  Malmedy) 

Autrefois,  à  Verviers,  on  employait,  pour  carder  la  laine  à  la  main, 
une  sorte  de  peigne  ou  séran  appelé  crasse,  s.  f.  ;  cet  instrument  com- 
prenait de  nombreux  crocs  en  fer  qui  hérissaient  la  tête  d'une  table 
montée  obliquement  sur  quatre  pieds  et  appelée  «  baudet  ».  La  mention 
la  plus  ancienne  que  je  connaisse  figure  dans  une  comédie  inédite  de 
1759.  en  dialecte  verviétois  :  i-è-st-ossi  sètch  qu'on  bâdèt  d'  crasse  «  il 
est  sec  et  décharné  comme  un  chevalet  de  cardeur  ».  Villers  et  Scius  à 
Malmedy,  Remacle  et  Lobet  à  Verviers,  signalent  crasse  «  carde  », 
crassî  «  carder  »,  crasserèsse  «  ouvrière  qui  carde  »  (4).  Grandgagnage 
enregistre  ces  mots  sans  donner  d'explication  valable  (5).  Ce  groupe 

(!)  Cf.  Théâtre  liégeois,  p.  129  : 

Qui  tos  ces  k'twèrdous  erâmiyons 
Ou-ce  qu'on  s'kiméle  onk  avâ  l'aute. 

(*)  Pour  Littré,  Sup/tl.,  «  cramignon  »  désigne  une  «  chanson  populaire  en  Bel- 
gique ».  Il  est  inutile  de  souligner  les  inexactitudes  de  cette  définition. 

(3)  Comp.  l'âne,  fr.  trescher  ;  Diez,  p.  327  :  Wilmotte,  Le  wallon,  p.  89-90. 

(*)  Cf.  Renier,  Ilist.  de  Vinci,  drapière  au  pays  de  Liège,  p.  145.  —  Dans  le  BSW  39, 
p.  206,  lire  crasse  au  lieu  de  crosse.  —  Forir  écrit  à  tort  krâci,  krâceû,  krâsress  (carder, 
-eur,  -euse)  ;  ces  mots  sont  d'ailleurs  inconnus  à  Liège. 

(8)  G.,  I  137,  II  515,  et  Extraits  de  Villers. 


—  59  — 

dérive   clairement   du  néerl.   et   bas   ail.   krassen  (rayer,   racler),   ail. 
kratzen  (*). 

liég.  crèssôde 

G.,  I  139,  voit  dans  crèssôte  «  pâquerette  à  fleurs  doubles  »  un  dérivé 
de  crèsse  «  crête  ».  Conjecture  inadmissible,  puisque  les  dérivés  de  crèsse 
(crèstê,  ècrèster)  reproduisent  le  type  primitif  crèste.  —  Le  liég.  crèssôde 
(verv.-malm.  crissôde,  nam.  crussôde)  ne  peut  être  séparé  du  flamand 
ker soude,  kar soude  (anciennement  kassoude,  kessouwe  ;  moyen  néerl. 
corsoude,  carsoude,  kersoude  ;  néerl.  mod.  kersouw),  syn.  de  madeliefje 
«  pâquerette  ou  petite  marguerite,  bellis  perennis  L.  »  (2).  Toutes  ces 
formes  se  ramènent  à  l'anc.  fr.  consaude,  fr.  anc.  et  mod.  consoude  : 
lat.  consolida.  L'épenthèse  de  r  a  pu  se  produire  simultanément  en 
wallon  et  en  flamand,  à  moins  qu'il  n'y  ait  eu  emprunt  de  l'un  à 
l'autre;  pour  le  wallon,  on  trouve  déjà  crussôde  au  xme  siècle. 

Froissart,  dans  ses  poésies,  fait  de  consaude  le  synonyme  de  mar- 
guerite (3)  et  déjà  le  moyen  latin  cumulait  les  sens  de  «  consoude  »  et 
de  «  marguerite  ».  On  ne  doit  pas  s'étonner  de  voir  le  même  terme 
appliqué  à  des  plantes  d'aspect  si  différent,  puisqu'il  rappelle  une  simple 
propriété  médicinale  :  consolida  (qui  consolide,  raffermit  les  chairs, 
arrête  l'hémorrhagie)  a  pu  désigner  des  plantes  très  diverses,  dont  les 
feuilles,  les  racines  ou  les  graines  servent  à  tel  usage  ;  le  nom  est,  en 
réalité,  aussi  peu  spécificatif  que  l'expression  populaire  «  herbe  à 
coupures  ».  Notre  crèssôde  ou  pâquerette  double  a  joué  un  rôle  dans 
l'ancienne  thérapeutique,  témoin  cette  recette  liégeoise  du  xme  siècle  : 
«  Por  estinde  le  fowe  de  saint  Anthone  u  atre  fowe,  prendeis  de  roges 
flours  de  crussôde  ki  soient  couloutes  [cueillies]  en  secce  teins  devant 
lascension  a  crous  »  (4).  Au  surplus,  le  français  moderne  appelle  du 
même  nom  consoude  une  renonculacée  (la  c.  royale)  et  une  borraginée 
(la  c.   proprement  dite). 

[BD  1921,  p.  9.] 

(1)  L'ail,  kratzen,  qui  a  donné  le  fr.  gratter,  a  encore  le  sens  technique  de  «  carder  ». 

(2)  Voy.  Schuermans,  De  Bo,  Franck-van  Wyk. 

(3)  Scheler,  Gloss.  des  poésies  de  Froissart  (Brux.,  1872).  Le  passage  est  cité  dans 
le  Com.pl.  de  Godefioy,  consoude,  où  il  mériterait  une  rubrique  spéciale. 

(4)  Texte  cité  dans  le  Bull,  de  Folklore  (Liège,  1891),  I.  153.  --  La  feuille 
de  la  crèssôde  est  encore  employée  aujourd'hui  à  Liège  pour  arrêter  une  légère 
hémorrhagie  ;  on  fait  deux  ou  trois  incisions  dans  la  feuille  que  l'on  applique  sur  la 
coupure. 


—  60  — 

w.  crête  et  dérivés 

Il  existe,  dans  les  dialectes  wallons,  au  moins  six  substantifs  fémi- 
nins crête,  d'origine  et  de  sens  différents.  Les  deux  premiers  n'offrent 
guère  d'intérêt  ;  le  troisième  a  été  expliqué  de  façon  très  plausible  ; 
nous  nous  étendrons  davantage  sur  les  trois  derniers,  qui  sont  moins 
connus. 

1.  crête  (Malmedy  :  Villers,  1793  ;  Houdeng)  «  crèche  »  ;  altération 
isolée  du  liég.  crtpe  :  ail.  krippe. 

2.  crête  (Liège  :  BSW  34,  p.  189),  terme  d'armurerie  ;  probablement 
emprunté  du  fr.  crête. 

3.  crête  di  mitches  (Verviers  ;  anc.  liég.)  «  carré  de  petits  pains  cuits 
ensemble  »  ;  emprunté  de  l'anc.  h.  ail.  cretto,  moyen  h.  ail.  grette  «  cor- 
beille, panier  »  (*).  —  Dérivé  :  crétin  (Erezée)  «  grand  panier  de  paille 
tressée,  pouvant  contenir  quatre  setiers  de  blé  et  pourvu  d'une  petite 
ouverture  en  haut  »  ;  rouchi  kèrtin  (Hécart,  Sigart)  «  panier  d'osier  à 
anse  »  ;  ane.  fr.  crétin  (God.)  «  sorte  de  hotte  »  (2). 

4.  crête  du  bwas  (Malmedy  :  Villers.  1793)  «  monceau  de  bois 
arrangés,  pile,  bûcher  »  ;  à  Faymonville  crête  de  bzvès  ;  èsse  broûlé  sol 
crête  du  bivas  (Malmedy,  Arm.,  1906,  p.  49-50).  Un  vocabulaire  français- 
malmédien,  manuscrit  du  xvme  siècle,  donne  «  crêpe  du  bois  :  pile 
de  bois  »  (par  confusion  avec  crêpe  :  crèche).  —  G.,  I  140,  note  le  nam. 
crête  «  pile  de  bûches  disposées  par  lits  croisés  »  ;  l'explication  qu'il  en 
donne  est  sans  valeur.  Nous  savons  de  plus  que  crête,  à  Neuville-sous- 
Huy,  est  un  terme  de  bûcherons  désignant  «  un  tas  de  cinquante 
fagots  »  (H.  Gaillard)  ;  A  Liège,  pour  les  meuniers,  c'est  «  un  tas  de 
sacs  superposés  contre  un  mur  »  (Ed.  Remouchamps)  ;  enfin,  à  Stave 
au  Sud  de  Xamur,  c'est  «  un  amas  de  dix  à  vingt  gerbes  placées  debout  » 
(L.  Loiseau).  —  Les  langues  germaniques  n'offrent  rien  d'analogue, 
tandis  que  Littré  et  le  Dictionnaire  général  ont  l'expression  :  «  mettre 
du  blé  en  crête  :  l'entasser  en  lui  donnant  une  forme  pyramidale  ».  Le 
wallon,  qui  devrait  dire  crèsse  dans  ce  cas,  paraît  avoir  emprunté  le 
mot  français. 

A  Leuze  (Hainaut),  le  talus  ou  la  berge  d'un  fossé  s'appelle  :  ène  crête, 
et  le  cantonnier  :  /'  champète  [=  le  garde  champêtre]  dès  crêtes.  C'est 
évidemment  le  fr.  crête  (voy.  Littré). 

(!)  Behrens,  Beitrâge,  p.  05  ;  G.,  I  140,  II  502  (v°  brosder),  57.'3  n.,  et  025. 
(2)  G.,  I  140,  donne,  d'après  Dejaer,  le  liég.  crétin  «  bassin  de  fer  blanc  »  ;  Forir 
reproduit  cet  article.  En  réalité,  le  mot  est  inconnu  à  Liège. 


—  61   — 

5.  crête  («  frette  »  :  cercle  de  fer  dont  on  garnit  le  moyeu  d'une 
roue  et,  en  général,  l'extrémité  d'une  pièce  de  bois  pour  l'empêcher 
de  se  fendre)  est  signalé  à  Verviers  (Lobet),  à  Spa  (Body,  Voc.  des 
charrons)  et  à  Neufchâteau  (Dasnoy,  pp.  80,  86).  Ce  terme  technique  a 
échappé  à  nos  autres  lexicographes.  Je  l'ai  entendu  à  Glons-sur-Geer, 
à  Jupille  (près  de  Liège),  à  Ben-Ahin,  Gives,  Solières,  Y  voir,,  Andenne 
et  à  Neuvillers-Recogne  ;  le  dérivé  crèVlè  «  fretter  »  existe  dans  cette 
dernière  localité.  —  Nous  y  verrons  un  emprunt  fait  par  le  wallon  aux 
dialectes  germaniques  :  le  luxembourgeois  kratt  et  le  west-fiamand 
kerte,  karte,  ont  en  effet  le  même  sens  (1). 

On  doit  sans  doute  rapporter  ici  l'article  suivant  du  dictionnaire 
liégeois  manuscrit  de  Rouveroy  :  «  crette,  s.  f.,  déchargeoir,  pièce  de 
bois  rond,  autour  de  laquelle  le  tisserand  roule  la  besogne  qu'il  lève 
de  dessus  la  poitrinière  »  (2).  La  frette  de  cette  pièce  de  bois  aura  donné 
son  nom  à  l'ensemble  ;  cf.  Lobet,  v°  krett. 

Godefroy  a  l'anc.  fr.  creter  avec  cet  exemple  :  «  pour  creter  l'arbre 
sour  quoi  on  fist  le  dist  molle  »  (Valenciennes,  1358).  Il  faut  évidem- 
ment traduire  par  «  fretter,  garnir  d'une  frette  »,  —  et  non  par  «  en- 
tailler »,  comme  le  propose  Godefroy  et  comme  l'admettent  Bonnard 
et  Salmon  (3). 

6.  crête  enfin  existe  comme  nom  de  lieu,  dans  le  voisinage  de  Liège  : 
1°  à  Esneux  :  lès  crêtes,  en  amont  d'un  ravin  ;  2°  à  Vaux-sous-Chèvre- 
mont  :  èl  crête  «  en  la  crette  »  ;  ce  nom  désigne  un  fond.  M.  Jean  Lejeune 
l'a  rencontré  plusieurs  fois  dans  les  archives  de  l'Avouerie  de  Fléron 
concernant  cette  commune  :  «  terre  gissant  en  le  crête  deseur  les 
mavais  preis  »  (1418  et  1160)  ;  «  en  le  crette  dessoulx  Chamont  »  (1479 
et  1505)  ;  «  preit  qdist  les  crettes  »  (1549)  ;  «  en  la  crête  en  Vaulx  » 
(1624),  etc.  —  J'ai  relevé  aussi  le  diminutif  lès  crètales,  lieu  dit  de 
Ferrières  ;  dans  les  crètales,  nom  d'un  ravin  à  Esneux  ;  sur  lès  crètales. 

(1)  L'origine  du  mot  germanique  est,  je  crois,  inconnue.  De  Bo  n'en  parle  pas. 
Le  Wôrt.  (1er  luxemb.  Mundart  (1906)  a  cet  article  :  «  kratt,  f.,  eiserner  Reifen, 
Zwinge  aus  Metall  ;  fr.  cravate  ».  Si  ce  dernier  terme  est  allégué  comme  étymologie, 
il  y  a  sûrement  erreur. 

(a)  Le  mot  ne  figure  pas  dans  le  Voc.  du  tisserand,  par  V.  Willem,  de  Dison 
(BSW  38,  p.  193). 

(3)  A  Houdeng  (Hainaut),  un  gourdin  s'appelle  un  crèti  ;  à  Brainede-Comte  crètî. 
On  pourrait  y  voir  un  [bâton]  ferré  ou  frette  ;  mais  il  vaut  mieux  en  rapprocher 
l'anc.  fr.  cretu  «  bâton  dont  l'extrémité  supérieure  est  en  forme  de  crête  »  (God., 
crestu)  ;  comp.  crêtu  dans  le  Larousse  illustré.  —  A  Brainede-Comte,  on  connaît 
de  plus  un  verbe  creter  «  travailler  ferme,  marcher  très  vite  »  (proprement  :  manier 
énergiquement  le  crètî  ?). 


—  62  — 

nom  d'un  raidillon  à  Erezée  ;  ainsi  que  «  sortie  des  crétias  »,  sur  une 
carte- vue  de  Waulsort. 

Le  namurois  crètia  est  bien  connu  pour  désigner  une  fronce,  un  pli 
dans  une  robe  (Vezin),  une  ride  au  front  (Huy).  Il  répond  au  rouchi 
kèrtiau  (Mons:  Sigart)  «  pli  fait  au  linge  par  le  fer  à  repasser  »,  k&rtiau 
(Ellezelles)  «  faux  pli  dans  une  étoffe  »  ;  —  et  au  verviétois  crètê  (Dison  : 
BSW  53.  p.  418  ;  Thimister,  Trembleur)  «  ribaudure,  mauvais  pli  dans 
une  étoffe  ;  ride  du  visage  ».  De  là  le  double  diminutif  crèt'lê  (Liège  : 
mêmes  sens)  et  le  verbe  crèt'ler  (ibid.)  «  rider,  crisper,  plisser,  froncer, 
goder  »,  qu'on  retrouve  jusqu'à  Fosses-lez-Xamur  (dès  canadas  crèflés  : 
pommes  de  terre  à  peau  rugueuse)  et  à  Dour-lez-Mons  (kèrtelé  :  froissé, 
chiffonné,  en  parlant  d'une  robe)  (1). 

Pour  expliquer  crèflê,  crèt'ler,  M.  Behrens,  faisant  table  rase  des 
conjectures  de  Grandgagnage  et  de  Bormans  (2).  s'adresse  au  bas  ail. 
krate,  krete  «  ride,  sillon,  pli,  fronce,  coche,  entaille,  éraillure.  etc.  ».  On 
ne  peut  que  lui  donner  raison,  d'autant  plus  que  les  dialectes  flamands 
possèdent  aussi  kerte  «  entaille,  fente,  crevasse  »,  kertelen  «  se  crevasser  » 
(voy.  Schuermans  et  De  Bo).  —  Nous  étendrons  la  même  explication 
aux  noms  de  lieu  crête  et  crètale.  Enfin  nous  verrons^dans  crèton  un  autre 
dérivé  de  la  même  source  ;  voy.  l'article  suivant. 
[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  558.] 

w.  crèton.  fr.  creton 

D'après  Littré  et  le  Dictionnaire  général,  le  fr.  creton  «  résidu  de 
graisse  fondue  »,  qui  se  rencontre  dès  le  xme  siècle,  est  d'origine 
inconnue.  On  ne  peut  admettre  en  effet,  comme  certains  l'ont  proposé  (3), 
qu'il  dérive  de  crête  par  un  type  *creston,  ou  de  crotte  en  se  fondant  sur 
le  picard  croton  «  graillon  »  (4).  L'ancien  français,  qui  a  plusieurs  fois 
creton  et  une  fois  craton  (5).  postule  un  primitif  crête  ou  crate  ;  de  même 
les  dérivés  cretonne,  cretonnée  (God..  t.  II). 

(x)  Comparez  l'anc.  fr.  creti  (que  Godefroy  ne  peut  traduire  dans  cet  exemple  : 
«  jupes  et  grailles  eretis  »)  et  le  lorrain  krœti,  dans  Zeligzon,  Lothring.  Mundarten, 
p.  92. 

(a)  Behrens,  Beitràge,  p.  64  ;  G.,  I  140  ;  Bormans,  Gloss.  des  Drapiers  (BSW  9, 
p.  254). 

(3)  M.  Wilmotte,  in  Revue  Instr.  publ.  en  Belgique,  xxx  (1887),  p.  45  ;  Scheler, 
Dict.  cTélym.  française. 

(*)  Le  picard  croton  et  le  rouchi  crotelin  (Hécart)  peuvent  se  rattacher  à  crotte, 
soit  directement,  soit  par  le  croisement  de  creton  et  de  crotte. 

(5)  Voy.  Godefroy,  Compl.,  qui  cite,  entre  autres,  cet  exemple  significatif  : 
«  crever  et  defrire  et  dessechier  comme  ung  craton  ».  Ajoutez  l'article  du  Calholicon 
de  Lille  que  nous  citons  à  l'art,  cheum. 


—  63  — 

Selon  toute  vraisemblance,  le  mot  français  est  venu  de  la  frontière 
germanique  du  Nord-Est.  par  l'intermédiaire  des  dialectes  rouehi, 
wallon  et  gaumais  :  kèrton  (Chimay,  Givet  ;  rouehi  :  Hécart  ;  altéré  en 
guèrdon  à  Eugies  et  à  Mons  :  Letellier,  Sigart)  ;  kèrtan  (gaumais)  ; 
curton  (Bastogne)  ;  crèton  (Dinant,  Namur,  Marche-en-Famenne, 
Liège,  Malmedy,  etc.).  On  entend  par  là,  en  général,  un  petit  morceau 
de  lard  frit  qui  sert  à  préparer  certains  mets  (1).  En  attribuant  au  mot 
le  sens  originel  de  «  petit  objet  recroquevillé  »,  j'estime  qu'il  appartient 
à  la  même  famille  que  crètê,  kèrtiau,  crèfler,  kèrtelé,  et  qu'il  représente 
un  diminutif  du  bas  ail.  krâte,  krete  «  ride,  fronce,  pli  »,  flam.  kerte 
«  crevasse  »  (2),  dont  nous  avons  parlé  à  la  fin  de  l'article  précédent. 
—  Au  surplus,  deux  autres  termes  français  désignant  le  même  objet 
sont  également  dérivés  d'un  radical  germanique  à  l'aide  du  suffixe 
-on  :  l'anc.  fr.  chaon  (voy.  cet  article),  et  le  genevois  greubon,  de  l'ail. 
griebe. 

[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  561.] 

gaumais  cuchale 

Le  gaumais  cuchale  (Virton  ;  -èle  à  Prouvy-Jamoigne)  «  espèce  de 
ruelle  qui  sépare  deux  bâtiments  et  où  l'on  met  le  bois  à  brûler  »,  vien- 
drait, dit-on,  de  cuche,  w.  cohe  «  branchage  »  (BSW  49,  p.  149).  Cette 
étymologie  a  le  tort  de  reposer  sur  une  seule  forme  dialectale  et  de 
s'inspirer  d'une  définition  où  l'accessoire  a  fait  perdre  de  vue  l'essentiel. 
Près  de  Virton,  à  Musson  et  à  Ruette,  j'ai  noté  couchale,  forme  qui  se 
retrouve  dans  le  meusien  couchèle  «  cour  d'une  habitation  ;  à  Metz 
cochèle  »  (Labourasse).  C'est  l'anc.  fr.  courcelle,  diminutif  de  cour  (3). 
L'influence  de  cuche  a  déformé  le  mot  en  cuchale,  qui  devient  même 
cruchale  à  Saint-Léger,  avec  r  épenthétique. 

liég.  cwasse 

G..  I  120  et  146,  donne  d'après  Dejaer  et  sans  explication  :  «  coise 
ou  quase,  fagoue,  thymus,  ris  de  veau  ».  Hubert,  p.  146,  et  Duvivier 

(1)  Villers  (Malmedy,  1793)  ajoute  :  crèton  (F  htvace  «  chiquet  d'écorce  »  et  crèton, 
au  flg.,  «  trésor,  amas  d'argent  que  l'on  conserve  ». 

(2)  Le  Noriv.-dàn.  etym.  Wôrt.  de  Falk  et  Torp  assigne  de  même  au  norvégien- 
suédois  kart  »  fruit  vert  »  et  à  Test-frison  krel  «  fruit  ratatiné  »,  le  sens  fondamental 
de  «  rugosité,  objet  recroquevillé  ». 

(3)  Pour  rc  ^>  ch  en  gaumais,  comparez  fochUète  «  perce-oreille,  forficule  »  (=  *for- 
eelette,  diminutif  de  force:  forficem)  ;  pouché  «  pourceau»;  afoch,né  «triste» 
(=  anc.  fr.  enforcené  «  furieux  »).  De  même,  rs  dans  pachône  «  personne  »,  r'vfchi 
«  renverser  ». 


—  64  — 

ont  un  article  civass'  di  vê  «  ris  de  veau  ».  —  Ce  mot  est  emprunté  du 
flamand  kwast  «  tumeur,  excroissance  »  (Schuermans,  p.  314).  On  sait 
que  le  ris  de  veau  est  un  corps  glanduleux  placé  sous  la  gorge  du  veau. 
Pour  la  forme,  comparez  l'anc.  w.  lasse  (=  ail.  last  ;  G..  II  613)  et, 
ci-après,  l'art,  toûlasse.  —  Le  mot  est  féminin  :  dèl  blanke  czvasse,  dèl 
neûre  cwasse,  d'après  Semertier  (BSW  35,  pp.  32  et  87). 

Du  néerl.  kwast  a  brosse  »,  vient  le  liég.  cicasse.  f..  t.  de  batellerie, 
«  brosse  à  goudronner  »  :  li  cwasse  à  daguèt. 

liég.  cwassî,  cwahî,  cwahe 

I.  Meyer-Lùbke,  n°  2000,  tire  l'anc.  fr.  quacier  (serrer,  comprimer, 
coaguler)  du  lat.  *coactiare  (dérivé  de  coactus  :  pressé).  Il  faut  y 
ajouter  le  w.  cwassî  ou  cwacî,  qui  se  rencontre  dans  le  coin  N.-E.  de  la 
Wallonie,  limité  par  Glons-sur-Geer,  Liège,  Stavelot,  Malmedy  (x). 
Pour  l'expliquer,  G.,  I  146,  hésitait  entre  l'ail,  quetschen  et  le  lat. 
quassare.  La  phonétique  n'admet  ni  l'un  ni  l'autre,  tandis  qu'elle 
recommande  pleinement  *coactiare.  Pour  coa  -  >  civa-,  comp. 
cwayoû  ;  pour  le  traitement  de  la  finale,  comp.  *suctiare  >  sucî, 
sucer  ;  *addirectiare  >•  adrèssî.  adresser.     . 

Au  sens  propre,  cwassî,  v.  tr.,  signifie  «  soumettre  à  une  pression 
violente  :  froisser,  meurtrir  ;  piler,  écraser  (du  sucre,  des  drogues,  etc.)  ; 
éculer  (des  souliers)  ;  aplatir  (un  chapeau)  ;  serrer  (qqn  contre  un  mur)  », 
etc.  (2).  —  D'où  le  dérivé  czvassore  (Malmedy)  «  durillon  »,  -are  (Ver- 
riers :  Lob.)  «  ampoule,  fourche,  abcès  aux  mains  des  gens  de  travail  »; 
et  le  composé  acwassi  (Malmedy  :  BD  1906,  p.  139)  «  froisser,  écraser, 
broyer  ». 

(*)  Le  liég.  -î  devient  normalement  -i  à  Malmedy-Stavelot,  -er  à  Faymonville. 
Dans  cette  dernière  localité,  on  dit  eivèsser. 

(2)  La  Complainte  liégeoise  de  1631  {Choix,  p.  73  et  p.  xxi)  porte  dans  un  passage, 
d'ailleurs  peu  sûr  :  quasse,  Crespoufi.  L'éditeur  Bailleux  traduit  :  «  Trinque,  mon 
fils  Crespou  ».  —  G.,  II  574,  a  un  article  :  «  quase  (Je  quase  :  trinquer),  pièces  de  1631 
et  1710,  d'après  Simonon  ».  Je  trouve  en  effet,  dans  une  liasse  de  chansons  du  début 
du  xvme  siècle  (1714-17)  copiées  par  Bailleux,  ce  texte  auquel  G.  fait  allusion  : 

Vocial  li  pus  bell'  chanson 
Qui  Baptiste  a  faict  di  s'  veie, 
C'est  de  fé  quas  et  raison 
Al  santé  des  jonès  feyes. 

Il  faut  sans  doute  lire  civns.se,  impératif  de  notre  civassî,  qui  aurait  ici  le  sens 
spécial  de  «  choquer  les  verres,  trinquer  ». 


—  65  — 

Cwassî  est  aussi  intransitif  et  signifie  1.  «  mâcher  »,  t.  de  drapier  et 
de  couturier,  en  parlant  des  forces  ou  ciseaux  dont  les  deux  branches, 
au  lieu  de  couper,  s'écartent  et  laissent  passer  l'étoffe  (l)  :  li  çuzète 
cwasse  ;  vos-alez  je  cwassî  V  çuzète,  vosse  sitofe  est  tro  spèsse  (Liège);  — 
2.  à  Stavelot-Malmedy  :  «  plier  (sous  le  faix)  »  :  i  cwasse  duzos  V  paquet  ; 
one  tchèdje  qui  freût  civassi  on  bâdèt.  —  Le  Dict.  malmédien  de  Villers 
(1793)  a  cet  article  :  «  civassi,  v.  n.,  biaiser,  caracoler,  gauchir,  vaciller  », 
qui  n'est  pas  repris  par  Scius  (1893).  On  peut  supposer  que  «  biaiser, 
gauchir  »,  s'applique  aux  forces  ou  ciseaux  qui  ne  coupent  pas  nette- 
ment, et  que  «  vaciller  »  répond  à  «  plier  sous  le  faix  »  ;  enfin  «  cara- 
coler »  serait  tout  à  fait  impropre  (2). 

II.  On  ne  doit  pas  confondre  civassi  avec  le  suivant,  dont  l'aire  est 
beaucoup  plus  étendue  : 

rouchi  :  cwassier  «  blesser  »  (Héeart  :  coissier,  quoissier)  ; 
Tournai  :  cwacher  «  blesser,  meurtrir,  estropier  »  ; 
Viesville,  Genappe  :  cwachî  ;  Charleroi  :  cochl  «  blesser  »  ; 
garnirais  :  cwachi  «  aplatir  d'un  coup  violent  »  ; 

ehestrolais  :  cwachè  «  écraser  »  ;  intr.,  «  fléchir  »  (Dasnoy  :  coicher)  ; 
Famenne,  St-Hubert  :  cwachè  «  meurtrir  »  ; 

Namur  :  cwachî  ;  Liège  cwahî,  anc.  liég.  quasseir  (1424),  quaxheir  (1431) 
«  blesser  avec  un  instrument  tranchant  »,  surtout  au  réfléchi  «  se  couper  ». 

C'est  l'équivalent  de  l'anc.  fr.  caissier,  quaissier,  que  Meyer-Lûbke, 
n°  6940,  rattache  au  lat.  *quassiare  (3)  «  casser,  rompre,  briser  », 
dérivé  de  quassare  (>  fr.  casser).  Pour  la  forme,  comp.  *bassiare 
>  baisser,  bachî,  bahî  ;  *incrassiare  >  engraisser,  ècrachî,  ècrâhî. 

Nous  rattacherons  à  ce  groupe  l'adjectif  cwahe  (Liège  :  G.,  I  111), 
cwachè  (Namur),  coche  (Charleroi),  qui  signifie  :  «  sensible,  endolori, 
douloureux  »  ;  d'où,  au  moral  :  «  timoré  »  (Liège),  «  mou,  sans  énergie  » 

(x)  Le  Larousse  illustré  donne  «  mâcher,  t.  techn.,  couper  sans  netteté  et  en  déchi- 
rant les  fibres  au  lieu  de  les  trancher  ;  mâchure,  partie  du  drap  où  les  forces  ont  mal 
coupé  et,  pour  ainsi  dire,  mâché  le  poil  ».  Il  faut  expliquer  de  la  sorte  l'article 
cwassèdje  de  Lobet,  p.  322,  que  des  coquilles  rendent  inintelligible  à  première  vue. — 
Dans  G.,  II  516,  il  faut  lire  cwassî  au  lieu  de  quaser. 

(2)  L'article  de  G.  dans  ses  Extraits  de  Villers,  p.  36  :  «  coise,  côte  ;  coisi,  coiseler, 
biaiser,  gauchir  »,  contient  deux  erreurs  :  le  malm.  cwasse  (côte,  liég.  cwèsse)  n'a 
rien  à  démêler  avec  cwassi  (liég.  -î),  que  nous  venons  d'expliquer,  ni  avec  le  malm. 
qwûs'ler  «  chanceler,  biaiser  »  (Villers  ;  à  Troisponts  qwans'ler),  diminutif  de  qwansi 
(à  Stavelot)  =  fé  lès  qivanses,  faire  semblant,  hésiter,  tergiverser. 

(3)  Grignard,  Morphologie  de  /' Ouest-wallon,  §  64  (BSW  50,  p.  437)  explique  cor- 
rectement cochl,  cwachî,  cwahî  par  *quassiare.  Il  faut  écarter  les  propositions  de 
G.,  I  144,  et  de  Marchot,  Phonol.,  p.  42  (néerl.  kwetsen,  ail.  quelschen)  ;  de  Nieder- 
lànder,  Mundart  von  Namur,  §  8  (lat.  *coactiare),  de  Héeart,  p.  381  (lat.  quassare). 

S 


—  66  — 

(Stavelot),  «  susceptible  »  (Namur,  Charleroi).  C'est  un  déverbal  de 
cwahî,  cwachî,  cochî  (x)  et  non,  comme  l'anc.  fr.  cas,  un  produit  direct 
du  lat.  quassus. 

liég.  cwate,  cwatê 

Le  liég.  cwate,  s.  f.,  signifie  «  f lâche  »  (=  1.  inégalité  dans  le  pavage 
d'une  rue  par  suite  de  l'enfoncement  d'un  pavé  ;  2.  creux  où  l'eau 
s'amasse,  flaque  :  Dict.  gén.)  :  ine  tchèrète  sitantchêye  divins  'ne  cwate 
«  une  charrette  arrêtée  dans  une  ornière  profonde  »  ;  au  fig.,  il  è-st-èl 
cwate  «  il  est  embourbé,  dans  le  pétrin  ».  De  même  le  houilleur  de 
Liège,  Jupille,  Fléron,  Seraing,  etc.,  appelle  civatê  (s.  m.,  diminutif  en 
-ellum)  un  enfoncement  dans  une  voie  souterraine,  où  L'eau  peut 
s'amasser  de  façon  à  gêner  la  circulation  :  ine  fossale  zvice  qui  Vêwe  keûve 
(«  couve  «  :  croupit).  —  Bormans  tire  ce  mot  du  flam.  kot  (cavité),  ce 
qui  est  phonétiquement  impossible  (2).  G.,  I  146,  se  demande  s'il  faut 
comparer  cwate  avec  le  rouchi  escwater  (écraser).  Ce  rapport  est,  en 
effet,  des  plus  vraisemblables  (3).  Nous  voyons  dans  cwate  le  déverbal 
de  *cwati  «  presser,  enfoncer  »  (=  anc.  fr.  quatir,  fr.  catir  :  lat.  *coac- 
tire  ?),  qui  est  resté  dans  s'acwati  «  se  tapir  ».  Le  sens  propre  est 
«  enfoncement  »  (4).  Pour  la  dérivation  postverbale,  comp.  le  w.  transe, 
minte  (mensonge,  anc.  fr.  mente). 

w.  cwayoû  (Stavelot,  Malmedy) 

G.  ne  parle  de  cwayoû  que  dans  ses  Extraits  du  Dict.  malm.  de  V  Hier  s, 
p.  38,  et  ce  en  termes  très  embarrassés.  Le  mot,  dans  la  région  de 
Malmedy,  désigne  un  panneau  de  muraille  en  torchis.  A  Stavelot,  ce 
sens  s'applique  à  pari  où,  et  cwayoû  désigne  une  partie  qui  se  détache 
du  mur  en  torchis  (5). 

(1)  Comp.  le  fr.  blcme,  gauche. 

(a)  Voy.  Franck-van  Wyk  :  kot.  —  On  ne  peut  pas  non  plus  invoquer  le  moyen 
bas  ail.  quât  (=  ail.  kot)  «saleté,  ordure  »  qui  aurait  donné  -û-,  -à-,  en  wallon  ; 
voy.  Franck-van  Wyk  :  kuaad  ;  Falk-Torp  :  kvadder. 

(3)  En  admettant  que  le  rouchi  escwater  (Sigart  :  skoiter),  anc.  fr.  esquater  (God.). 
vient  de  *ex-coactare  ;  voy.  Diez,  p.  260  ;  Meyer-Lûbke,  nos  1999-2003. 

(4)  Signalons  ici  le  lié".  (?)  recaler  («  remettre  des  pavés  neufs  où  il  en  manque  »), 
qu'on  ne  trouve  que  dans  Cambresier  (G.,  II  289).  Serait-ce  une  erreur  ou  une 
altération,  pour  *rècwater  ? 

(5)  Voy.  J.  Bastin,  Voe.  de  Faymonville  (BSW  50,  p.  557)  et,  ci-après,  l'article 
pariou. 


—  67  — 

G.  ne  croit  pas  qu'il  y  ait  un  rapprochement  possible  entre  cwayoû 
et  le  verviétois  cwayot  («  caillot  [de  sang]  ;  motte  de  terre  corroyée  »  : 
G.  II  516,  d'après  Lobet  ;  cf.  Forir  :  kwaïott  «  motte  de  terre  »).  En 
réalité,  ces  deux  mots  dérivent  du  lat.  coagulum  à  l'aide  des  suffixes 
diminutifs  -ot  et  -où  (fr.  -eul,  lat.  -eolum).  L'initiale  cwa-  représente 
le  lat.  coa-,  devenu  en  fr.  ca-  dans  cailler,  caillot  (comp.  coacula:  fr. 
caille,  w.  cwayé).  Le  sens  que  Lobet,  p.  322,  attribue  à  czcayot  («  motte 
de  terre  corroyée  et  prête  à  être  mise  en  moule  pour  la  fabrication  des 
briques  et  des  tuiles  »)  rend  bien  visible  le  lien  entre  ce  mot  et  notre 
cwayoû.  Je  définirai  donc  ce  dernier  :  1.  *[torchis  (sens  général,  rétabli 
d'après  l'étymologie)]  ;  2.  (Malmedy,  Faymonville)  panneau  de  mur 
en  torchis  ;  3.  (Stavelot)  partie  qui  tombe  de  ce  panneau,  débris  de 
torchis  desséché,  plâtras.  —  Comparez  pariou,  payou. 

malm.  dêve,  dêve 

Villers  (1793)  donne,  en  dialecte  de  Malmedy,  dêve,  s.  f.,  «  écorce  de 
bouleau  »  (1).  Scius  (ib.,  1893)  écrit  dêve,  c.-à-d.  dêve.  Ce  mot  n'étant 
pas  connu  ailleurs  chez  nous,  on  lui  supposera  de  prime  abord  une 
origine  germanique  et.  de  fait,  nous  en  retrouvons  l'équivalent  dans  le 
bas  allemand  d'Eupen,  tout  proche  de  Malmedy.  Le  Wôrterbuch  der 
Eupener  Sprache  a  un  article  :  daver,  m.,  «  écorce  sèche  du  bouleau  », 
davere  «  l'action  d'écorcer  le  bouleau  ».  Toutefois,  l'on  y  déclare  que 
ces  mots  se  dérobent  à  toute  explication  satisfaisante.  Si  l'eupenois 
daver  est  aussi  isolé  dans  le  bas  allemand  que  le  malmédien  dêve  dans 
le  wallon,  la  question  en  devient  plus  obscure.  Dès  lors,  il  est  bien  ten- 
tant de  s'adresser  au  celtique  clerva  «  chêne  »  (2).  L'écorce  du  bouleau 
servant  à  tanner  comme  celle  du  chêne,  une  confusion  a  pu  se  produire 
entre  les  deux  essences. 

w.  dihâhiné,  fr.  dégingandé 

G.,  II  520,  signale  sans  éclaircissement  :  dihâhiné  «  dégingandé  », 
d'après  Remacle,  chez  qui  le  mot  ne  figure  que  dans  cet  exemple  : 

(*)  G.,  dans  ses  Extraits  de  Villers,  écrit  à  tort  (lève.  —  «  L'écorce  blanche  du 
bouleau  est  appelée  dêve.  Elle  se  détache  facilement  par  lanières  et  servait  ancien- 
nement à  allumer  le  feu...  De  déve  vient  le  verbe  déver.  Les  chênes  (à  écorcer)  dévêt, 
lorsque  la  pellicule  supérieure  de  l'écorce  se  détache  d'elle-même  :  cela  arrive  à  la 
seconde  poussée  de  la  sève  et,  alors,  l'époque  de  l'écorçage  est  finie  ».  {Folklore 
Eupen-Malmedy-St-Vith,  n°  1,  juin  1922,  p.  24  ;  article  de  J.  Bastin  sur  «  les  Plantes 
dans  la  Wallonie  malmédienne  »). 

(')  Cité  par  Meyer-Lubke,  n°  7354.  Voy.  Du  Cange  :  dervum,  celtique  denv  (chêne); 
Godefroy  :  dervee  (chênaie). 


—  68  — 

c'è-st-ine  grosse  dihâhinêye  vatche  «  c'est  une  grosse  vache  dégingan- 
dée »  (1).  Nous  trouvons  d'autre  part  : 

hahiner  (Blegny-Trembleur)  «  vaciller  »  :  i  hàhinêye  so  ses  djambes.  |  su 
Whàhiner  (ib.)  «se  dandiner,  se  balancer  en  marchant  ».  |  kuhâhiner  (Verviers) 
«  secouer  de  façon  à  disloquer  »  :  dju  tu'  huhàhœne  l'esprit  a  tûzer  (N.  Poulet  : 
BSW  3,  p.  378)  «  je  me  torture  l'esprit  à  réfléchir».  |  hanguiner  (Liège:  fin 
du  xvme  siècle),  v.  tr.,  «  pendre  (à  la  potence)  »  :  vola  qu'on  V  hanguène 
(ASW  9,  p.  160)  (2).  |  hâguiner  (Verviers),  v.  intr.,  «  vaciller,  chanceler  »  : 
i-èst  sô  (saoul),  i  hâguinêye  so  ses  djambes  ;  je  hâguiner  F  pâ  «  faire  vaciller  le 
pieu  »  (BSW  53,  p.  419).  |  duhanguiner  (Verviers,  Dison,  Hervé),  -âg-  (ibid.), 
■âg-  (Thimister),  v.  tr.,  «  secouer,  disloquer  »  :  su  cThâguiner  toi  Y  civinr  a  tosser 
«  se  secouer  tout  le  corps  à  tousser  »  ;  èsse  tôt  d'hâguiné  «  avoir  les  vêtements 
en  désordre  »  (BSW  53,  p.  419)  ;  one  houlêye  passète  tote  duhanguinêye  (ib., 
54,  p.  10)  «  un  tabouret  boiteux  tout  disloqué  ». 

Cette  famille  est  propre  au  pays  de  Verviers  et  de  Hervé  ;  elle  pré- 
sente le  suffixe  diminutif  -hier,  les  préfixes  du-,  ku-  (lat.  de-,  com-) 
et  un  radical  hâh-  (hâh-)  ou  hâg-  (hang-,  hâg-),  où  l'on  reconnaît  sans 
peine  le  moyen  haut  ail.  hâhen.  hangen  (tr.,  «suspendre»;  intr., 
«  être    suspendu  »).  v 

L'anc.  fr.  dehingander,  qui  se  rencontre  pour  la  première  fois  dans 
Rabelais,  est-  devenu,  comme  on  sait,  en  fr.  mod.  dégingander.  Pour 
l'expliquer,  on  pourrait  songer,  dit  le  Dict.  général,  à  l'angl.  hinge 
«  gond  ».  Ne  serait-il  pas  aussi  naturel  d'y  voir  l'ail,  hangen,  hangen 
ou,  ce  qui  revient  à  peu  près  au  même,  le  moyen  h.  ail.  hengen  (ail.  mod. 
Iienken  «  pendre  »)  ?  De  la  sorte,  dehingander  répondrait  —  sauf  pour 
la  finale  qui  reste  obscure  --à  notre  duhàhiner,  duhanguiner.  Il  y 
répondrait  mieux  encore  si  l'on  voyait  dans  dehingander  une  méta- 
thèse  pour  *  délia  n  gui  n(d)er. 

anc.  nam.  dispatuer.  w.  daspatouwer  (Brabant) 

J'ai  entendu  à  Ste-Marie-Geest  (près  de  Jodoigne.  à  l'Est  du  Bra- 
bant) l'expression  inédite  :  dêéspatouwer  dès  côrts  (3)  «  dépenser,  distri- 

(3)  Remacle,  Ie  éd..  p.  361  ;  2e  éd.,  II  626.  Ce  mot  n'a  de  liégeois  que  le  préfixe 
di-  au  lieu  du  verviétois  du-. 

(*)  Comp.  hanguène  as  linwes  a  deûs-ètintes  !  (M.  Thiry  :  ASW  2,  p.  49)  =  «  à  la 
potence  les  hommes  astucieux  au  langage  équivoque  !  ». 

(3)  Le  nam.  car  ou,  étymologiquement,  quaurt,  c'est  proprement  le  «  quart  » 
d'un  sou,  comme  le  fr.  liard  et  le  liég.  êdant.  Cor  désigne  encore  dans  quelques 
localités  (Perwez,  Ste-Marie-Geest,  etc.)  la  pièce  de  deux  centimes  ;  mais,  d'ordi- 
naire, il  s'emploie  au  pluriel,  comme  le  fr.  «  des  sous  »,  pour  dire  «  de  l'argent  ». 
Comp.  l'espagnol  cuartos,  même  sens. 


—  69  — 

buer  de  l'argent  ».  Nous  y  trouvons  une  curieuse  survivance  de  l'ancien 
namurois  dispatuer,  que  Godefroy  traduit  par  «  écarter,  détourner  », 
sans  autre  explication  (1).  Il  faut  se  reporter  à  l'anc.  fr.  despostuer 
«  déposséder  »  (trois  exemples  dans  God.),  altéré  de  despoester  (ibid.), 
par  l'intermédiaire  d'une  forme  *despoûster.  C'est  proprement  1.  dé- 
posséder qqn,  le  priver  de  sa  poesté  (2)  sur  qqch  ;  2.  faire  sortir  qqch  de 
la  propriété  de  qqn,  c.-à-d.  déménager  (3)  ou  aliéner  qqch.  De  ce  der- 
nier sens,  le  wallon,  a  passé  naturellement  à  celui  de  «  dépenser  ».  Pour 
la  forme  wallonne,  on  notera  dans  dispatuer  la  chute  de  s  par  dissimi- 
lation  et  le  changement  si  fréquent  de  o  protonique  en  a. 
[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  562.] 

liég.  dital'té,  rital'té 

G.,  I  177,  note  sans  explication  le  liég.  ditalté  «  fatigué,  las,  incom- 
modé, souffrant  ».  Hubert  écrit  distalté,  forme  régulière,  mais  qu'on 
n'entend  jamais.  Remacle,  Forir  ont  d(i)taltê  ;  à  Malmedy  et  à  Verviers 
d(u)talté  (Lobet,  Scius).  Exemples-:  vos-avez  Vair  ditaVté  (1758  :  Théâtre 
liég.,  p.  126)  ;  dji  so  tote  ditaVtêye  oûy.  —  Dans  la  vallée  du  Geer  (Glons), 
ditaVté  a  le  même  sens,  mais  il  signifie  aussi,  et  plus  souvent,  en  parlant 
d'un  objet  :  «  détérioré,  abîmé,  disloqué  »  :  une  bèrwète  qu'est  tote 
ditaVtêye,  dès  soles  qui  sont  tôt  d'taVtés.  —  C'est  le  participe  de  l'anc.  fr, 
destalenter  «  priver  du  talent  (  =  du  désir,  de  l'envie  de  faire  une 
chose),  dégoûter,  décourager  »  (4).  Pour  la  syncope  de  la  protonique  en 
wallon,  comparez  a  gai  ni  ter  «  soutirer  (de  l'argent)  »,  composé  de 
l'anc.  fr.  gaimenter  (G.,  I  12,  321)  ;  apâhHer,  anc.  fr.  apaisenter  ; 
fiènïtê  (serpette),  diminutif  de  jièfmint  :  lat.  ferra mentum;  tchèpHer 
a  charpenter  »  ;  spaw'ter  «  épouvanter  »  ;  boVdjl  «  boulanger  »  ;  voVtî 
«  volontiers  »  (5). 

J'ai  noté  aussi  à  Verviers  k(u)taUté,  à  Robertville-lez-Malmedy 
k(è)taVté  «  affaissé,  abattu,  défait  (à  la  suite  d'une  orgie,  d'une  insomnie, 
d'une  indisposition)  ».  Il  faut  y  voir  une  dissimilation  amenée  par  le 

(*)  Dans  ce  seul  texte  :  «  Comme  aussi  seroit  si,  après  toutes  les  dites  solennitez 
achevées,  estoit  trouvée  icelle  vefve  avoir  dispatué,  absconse,  ou  recelé,  faict  dis- 
patuer, absconser,  receler  ou  porter  dehors  la  susdite  maison  »  (Coût,  de  Namur. 
Nouv.  Coût,  gén.,  I,  886). 

(*)  Lat.  potestatem,  puissance.  La  forme  pousté  est  dans  Godefroy. 

(3)  God.  attribue  ce  sens  à  l'anc.  fr.  desjioestir. 

(4)  On  dit  encore  en  rouchi  :  i  n'a  ni  d'  talé  (Ellezelles)  <  il  n'a  pas  de  goût,  d'éner- 
gie »  ;  voy.  G.,  I  162  :  datant  ;  II  415  :  talanl. 

(5)  Voyez  d'autres  exemples  à  l'art,  mayeté. 


—  70  — 

grand  nombre  des  verbes  à  préfixe  ki-  (lat.  corn-)  et  la  difficulté  de 
prononcer  tôt  oVtaVté. 

L'anc.  fr.  connaît  encore  atalenter,  entalenter,  ratalenter.  Nous  retrou- 
vons en  wallon  : 

ataVtinê  (Comblain-la-Tour)  «  attifé,  accoutré  »  :  èle  est  droVdimint 
ataVtinêye.  Ce  diminutif  suppose  qu'on  a  dit  anciennement  *s,ataVter 
«  s'arranger  avec  goût,  se  parer  ». 

ratalHer  (Glons)  «  rafistoler,  réparer  »  (un  vêtement,  des  souliers,  une 
brouette,  etc.). 

ritaVté  (Liège)  «  remis  (d'une  indisposition)  »  :  vola  Vèfant  ftaVté  ; 
vo-f-la  rHaVtêye  tôt  V  minme  !  —  Ce  mot,  que  nos  dictionnaires  ignorent, 
répond  à  une  forme  française  *retalenté. 
[BD  1911,  p.  98  ;  remanié.] 

w.  djama 

«  Deux  ou  plusieurs  jours  de  fête  qui  se  suivent,  soit  à  cause  de  la 
solennité,  comme  à  Noël,  à  Pâques,  etc.,  ou  parce  qu'une  fête  conservée 
tombe  la  veille  ou  le  lendemain  d'un  dimanche*».  Cette  définition  de 
G.,  I  250,  paraît  douteuse  à  Scheler,  ibid:,  II  600  ;  c'est  pourtant  la 
meilleure  qu'on  puisse  donner,  avec  cette  légère  modification  :  «  deux 
(ou,  par  extension,  plusieurs)  jours...  ».  Quant  aux  étymologies  tentées 
par  G.  à  propos  de  ce  mot,  «  elles  ont  peu  de  probabilité  »  aux  yeux 
de  Scheler,  qui  risque  de  son  côté,  et  sans  grande  conviction,  une 
proposition  nouvelle  (dies  magni  !),  d'ailleurs  inadmissible. 

Je  pense  que  djâmâ  dérive  d'un  verbe  djamer.  à  l'aide  du  suffixe  -à, 
fr.  -ail,  lat.  -a  culum.  Le  verbe  djamer  a  dû  exister  jadis (1)  dans  notre 
Est-wallon,  ainsi  qu'en  témoigne  la  survivance  près  de  Malmedy,  à 
l'extrême  frontière  linguistique,  du  participe  djamé  (2)  et  du  diminutif 


i1)  [Il  existe  encore.  Depuis  la  lrc  édition  de  cet  article  (BD  1910,  p.  63).  j'ai 
relevé  1°  à  Erezéc,  djat/wr  accoupler  »,  dans  le  cas  suivant  :  pour  faire  une  djanme 
(jambe,  botte)  d'oignons,  on  lie  les  oignons  deux  à  deux  par  les  tiges  et  on  les 
djamèye  à  califourchon  sur  une  ficelle  ;  —  2°  à  Malmedy,  djamé,  s.  m.,  «  arbre 
fourché,  deux  arbres  sur  le  même  tronc  »  ;  — •  3°  à  Berzée  (S.-W.  de  Charleroi), 
ène  djairi'léye  ou  troup'léye  de  nochètes  «  un  trochet  de  noisettes  »  ;  —  4°  à  Wiers 
(S.-E.  de  Tournai),  ringèm'ler  «  pousser  deux  ou  plusieurs  jets  au  lieu  d'un  seul  »  : 
Vavinne  ringèmiêle  ou  a  ringèm'lé  (ce  qui  est  un  mal)  ;  au  fig.,  «  tramer,  combiner 
«les  plans     :  qu'est-ce  qu'i  ringèmiêle  ancore  la  ?  —  Voy.  ci-après  l'art,  djèrmale.] 

(2)  A  Hobertville  :  deûs-âbes  qui  sont  djamés,  deûs  neûs  qui  sont  djamées,  deux 
arbres,  deux  noix  qui  ont  grandi  ensemble  de  façon  à  former  bloc. 


—  71   — 

se  djam'ler  (1),  que  le  français  devrait  pouvoir  traduire  par  «  se  gémeller, 
se  jumeler  »  (2). 

C'est  en  effet  du  lat.  geminare,  *  gemellare,  que  proviennent 
djamer,  djam'ler  :  le  sens  impose  d'emblée  le  rapprochement.  Phoné- 
tiquement, gemmât  donne  djame  comme  seminat  :  same  (3)  ;  gemi- 
nare donne  djamer  comme  septimana  :  samaine. 

Le  w.  djama  a  dû  désigner  primitivement  un  instrument  qui  sert  à 
doubler,  unir,  accoupler  deux  êtres  ou  deux  objets  semblables  et  sem- 
blablement  disposés  (par  exemple  un  joug)  ;  puis,  au  sens  passif,  ce 
qui  est  de  la  sorte  doublé,  uni,  accouplé  (comp.  ad'vina,  hagna).  L'em- 
ploi général  a  pu  disparaître  assez  tôt  (4),  et  notre  mot  n'aura  survécu 
que  grâce  au  sens  spécial  et  folklorique  de  «  fête  double  ».  Li  djama 
dèl  Cîqwème  dit  plus  que  «  la  fête  de  la  Pentecôte  »  ;  c'est  la  Pentecôte 
comprenant,  outre  le  dimanche,  le  lundi,  fête  chômée,  qui  en  est  le 
double  ou  la  répétition.  Suivant  de  pittoresques  expressions  liégeoises, 
c'est  un  «  dimanche  à  fourche  »  ou  «  à  deux  coups  ».  —  S'étonnera-t-on 
que  du  sens  de  «  joug  »  (ou  tout  autre  objet  analogue),  on  ait  pu  passer 
à  celui  de  «  fête  géminée  »  ?  Mais  l'argot  foisonne  d'images  du  même 
goût  ;  il  s'en  crée  aujourd'hui  même  sous  nos  yeux.  L'étudiant  appelle 
«  fourche  »  une  heure  vide  ou  libre  entre  deux  cours.  Lorsqu'une  fête 
chômée  tombe  le  vendredi  ou  le  mardi,  certains  fonctionnaires  réclament 
la  faveur  de  «  faire  le  pont  »,  c'est-à-dire  de  chômer  également  le 
samedi  ou  le  lundi. 

L'association  des  idées  est  le  facteur  le  plus  actif  de  l'enrichissement, 
mais  aussi  de  l'altération  sémantique  :  si  elle  multiplie  les  jets  autour 
d'une  souche  commune,  la  plupart  de  ces  jets  sont  destinés  à  périr, 
quelques-uns  seuls  survivent.  Ou,  plus  exactement,  étant  donné  une 
souche  mère,  des  racines  peuvent  se  projeter  en  tout  sens  et  produire 
çà  et  là  de  nouveaux  jets,  entre  lesquels  l'oeil  ne  découvrira  tout  d'abord 
aucun  lien  de  parenté  :  il  faudra  mettre  à  nu  les  racines  et  les  suivre 
jusqu'au  point  d'origine  commune.  Cela  est  surtout  vrai  dans  les 
parlers  populaires  et  djama  en  est  un  exemple  caractéristique. 

Pas  de  grande  fête  sans  bon  dîner  :  ainsi,  à  Erezée  notamment, 
on-z-a  jet  on  bê  djama  quand  on  a  fait  un  beau  «  dîner  de  fête  »,  et 

(!)  «  S'unifier  par  la  croissance  :  dès  cohes,  dès  crôpîres  qui  s'  djam'lèl  ».  (J.  Bastin.) 

(2)  Le  Dict.  gén.  donne  «  jumeler  »,  mais  seulement  comme  terme  technique. 

(3)  L'anc.  w.  same  est  cité  par  Wilmotte,  Notes  d'ancien  wallon  (1897),  p.  18,  n. 

(4)  A  Malmedy  on  appelle  encore  on  djama  deux  noyaux  dans  la  même  écale  de 
noisette  (J  Bastin). 


—  72  — 

le  mot  s'est  vidé  de  toute  autre  acception.  —  C'est  aux  djamas,  surtout 
à  celui  de  Pâques,  que  l'on  étrenne  de  nouveaux  vêtements  ;  de  là  : 
dfa  mètou  m'  djama,  j'ai  mis  mon  «  habit  de  fête  »  (Forir)  ;  dfennè 
freû  co  mes  djamas,  [vous  avez  tort  de  jeter  cela  au  rebut,  moi]  j'en 
ferais  encore  mes  «  habits  de  fête  »  (Hervé,  Liège,  etc.).  —  Djama  est 
inconnu  aujourd'hui  au  pays  de  Charleroi  ;  mais  on  le  trouve  dans 
un  texte  de  1568  :  les  habitants  de  Jamioulx  remettaient  chaque  année 
au  curé  de  Nalinnes  18  deniers  de  Brabant  pour  ses  jamas  de  Pâques  (x), 
c'est-à-dire  pour  son  «  cadeau  de  fête  ».  En  namurois,  djama  signifiait 
aussi  naguère  :  «  ce  qui  se  paie  au  curé  à  Pâques  et  à  la  Noël  »  (2).  Le 
sens  de  «  cadeau  [de  fête]  »  est  également  connu  en  liégeois  {Bull,  de 
Folkl.,  I  46).  —  Cette  idée  archaïque  de  «  redevance  »  explique  qu'à 
Ciney  le  mot  ne  subsiste  plus  que  dans  :  dès  vis  djamas  «  de  vieilles 
histoires  ». 

Pour  l'ancienne  langue,  Godefroy  ne  donne  que  gamas  (lire  djamas, 
fêtes)  dans  Jean  de  Stavelot.  Il  faut  ajouter  les  exemples  suivants  : 
«  por  le  révérence  des  haus  lamas,  a  savoir  est  le  Xoel,  le  Pasque, 
l'Ascension,  le  Penthecouste,  les  Toussains,  les  fiestes  Xostre  Dame, 
S.  Lambert  et  li  dedicasse...  »  (1353  :  Ord.  somptuaire  ;  in  Leodium, 
1903,  p.  141)  ;  «  az  lestes  et  jamas  »  (1435  :  BSWV  p.  102)  ;  «  a  hault 
jamae  qui  y  sont  estaubly  »  (1257  :  Ch.  des  Métiers,  I  97)  ;  «  les  quattre 
jaunis  de  l'an'»  (1573  :  ibid.,  p.  118)  ;  voy.  G.,  II  600.  —  Encore  aujour- 
d'hui, lès  qwate  (grands)  djamas  est  une  expression  courante  à  Liège, 
comme  en  témoigne  cette  croyance  populaire  :  Po  s'  sipârgnî  lès  mâs 
d"  dints  et  co  tôt  plin  cVautes  mèhins,  i  fat  promète  de  «'  nin  magnî  dèl 
tchàr  as  qwate  (grands)  djamas.  D'une  personne  qui  ne  rit  guère,  on  dit  : 
èle  ni  rèy  qu'as  qwate  djamas  (3). 

w.  djârdeus  «  ladre  »  ;  fr.  jard  «  poil  » 

D'après  le  Dictionnaire  général,  le  franc,  jard  «  poil  long  et  dur  dans 
la  laine  »  est  d'origine  inconnue.  Ce  mot  a  des  formes  variées  dans 
l'ancienne  langue  :  jar,  jard,  jart.  jars,  gart,  gard  (Godefroy,  IV,  222, 
238,   635-8;   X,  38)   ;  mais  le  type  primitif  est  sûrement  jard,   gard, 

i1)  Voy.  Lejeune,  Ilist.  de  Nalinnes,  p.  68. 

(2)  D'après  Zoude,  ap.  G.,  I  250.  Pirsoul  n'a  pas  d'art,  djama. 

(3)  Les  fêtes  de  Noël,  de  Pâques,  de  Pentecôte  ;  pour  la  quatrième,  la  tradition 
varie  :  jadis,  c'était  la  Toussaint  (cf.  Raikem  et  Polain,  Coulâmes  de  Liège,  I  .'Î00)  ; 
aujourd'hui,  c'est  l'Assomption,  sans  doute  parce  que  djama  emporte  l'idée  de  fête 
joyeuse.  —  On  peut  voir  à  ce  propos  une  dissertation  intéressante  sur  les  quatre 
nataux  du  pays  rouclii  et  les  drie  nataldaghen  du  pays  flamand  dans  Edw.  Gailliard 
De  heure  van  Hazebroek  van  13130,  t.  II,  p.  112  et  suiv.  (Gand,  1895). 


—  73  — 

comme  l'atteste  le  dérivé  jardeus,  gardeus,  supplanté  aujourd'hui  par 
jarreux. 

Une  étude  récente  de  M.  J.  Feller  (*)  a  mis  en  lumière  le  rapport 
qui  unit  le  franc,  jard  (en  wallon  :  djâr,  t.  de  tisserand  à  Verviers, 
«  poil  long  et  dur  qu'on  enlève  du  drap  avec  des  pincettes  »)  et  le 
groupe  wallon  djârdeûs  «  ladre,  en  parlant  du  porc  »,  djârder  «  lan- 
gueyer  »,  djâde  «  ladrerie  ».  Avec  raison,  M.  Feller  reconnaît  dans  ces 
mots  un  radical  commun  jard-  (2).  Son  étude,  très  intéressante  et  très 
documentée,  n'apporte  point  cependant  de  solution  définitive.  Près  de 
conclure,  l'auteur  verse  au  dossier  l'anc.  fr.  gordement  «  vilement  », 
gordin  «  niais  »,  gordine  «  débauchée  »,  qui  lui  paraissent  se  rattacher 
à  la  même  racine.  Du  germanique,  il  cite,  mais  pour  les  écarter  aussitôt, 
le  flamand  gortig,  le  luxembourgeois  garzeg,  le  bas  allemand  d'Eupen 
gareteg,  qui  signifient  «  ladre  ».  Le  dictionnaire  allemand,  assure-t-jl, 
ne  donne  rien  qui  rappelle  la  racine  jard-  ;  il  ne  s'étonnerait  pas  qu'elle 
appartînt  au  domaine  celtique. 

Je  crois,  pour  ma  part,  à  l'origine  germanique  de  jard,  jardeus, 
djârdeûs.  Non  pas  qu'on  doive  poser  comme  antérieurs  gortig,  gareteg, 
garzeg.  Ces  mots  n'ont  rien  de  commun  avec  la  famille  jard,  ni  même, 
malgré  les  apparences,  rien  de  commun  entre  eux.  —  Grandgagnage 
(I  251)  tirait  djârdeûs  de  gortig  ;  c'était  s'enfermer  dans  une  impasse. 
D'après  Vercoullie  (3),  le  néerlandais  gort  «  ladrerie  »  est  le  même  que 
gort,  grut  «  gruau  »  :  la  maladie  est  ainsi  nommée  à  cause  des  granula- 
tions qui  se  forment  dans  le  tissu  graisseux  ;  gortig  signifie  donc  propre- 
ment «  granuleux  »  (4).  —  Le  WÔrterbuch  der  Eupener  Sprache  (Eupen, 
1899)  traduit  gareteg  par  «  garnartig  »  (filamenteux),  «  faserig  »  (fi- 
breux), «  finnig  »  (ladre)  ;  c'est  l'adjectif  de  gare  (ail.  Garri),  de  même 
que  son  synonyme  horeteg  (haarig,  faserig)  est  celui  de  hor  (ail.  Haar). 
La  ladrerie,  M.  Feller  l'a  très  bien  montré,  présente  des  caractères 
multiformes  ;  rien  d'étonnant  qu'elle  soit,  dans  des  régions  diverses, 

(x)  Bulletin  du  Dictionnaire  wallon,  191-t,  pp.  21-30. 

(•)  M.  Feller  rattache  au  même  radical  d'autres  mots  qui  n'intéressent  pas  direc- 
tement mon  sujet  et  que,  pour  cette  raison  notamment,  j'écarte  du  débat  présent- 
Ce  sont  :  1°  le  franc,  jar de,  jar don  «  tumeur  calleuse  qui  vient  aux  jambes  du  cheval, 
à  la  partie  externe  du  jarret  »  ;  2°  l'anc.  franc.  jardeau,jarderie,jargerie,  etc.  «  ivraie  », 
et  des  noms  dialectaux  de  diverses  variétés  de  gesse  et  de  vesce. 

(3)  Vercoullie,  Etijm.  Woordenboek  (1er  Nederl.  taal,  2e  éd.,  Gand,  1898.  —  Franck- 
van  Wyk  ne  parle  pas  de  gort  «  ladrerie  ». 

(*)  Comparez  :  «  Porceau  ladre  et  sursemé  :  sus  grandinosus  »,  cité  par  Godefroy, 
soursajvié.  Voy.  le  Dict.  gén.,  sursemer. 


—  74  — 

dénommée  diversement.  —  Quant  au  luxembourgeois  garz,  garzeg, 
ou  mieux  gârz,  gârzech  (1),  il  répond,  si  je  ne  me  trompe,  au  moyen 
haut  ail.  garst  «  goût  ou  odeur  rance,  fétide  »  et  à  l'ail,  garstig.  Ici 
encore,  on  aurait  affaire  à  un  autre  caractère  de  la  ladrerie. 

Après  cette  élimination,  une  autre  s'impose  :  celle  des  mots  qui, 
comme  gordement,  gordin,  gore,  etc.,  ont  o  bref  au  radical.  En  effet, 
le  thème  que  nous  étudions  est  jârd-  (plutôt  que  jard-)  ;  la  voyelle  est 
longue  comme  en  témoigne  le  à  du  wallon.  Dans  le  fr.  jardin,  garder, 
barbier,  la  protonique  n'a  plus  qu'une  longueur  moyenne  ;  mais,  dans 
le  wallon  djârdin,  zvârder,  bàrbî,  elle  conserve  toute  sa  quantité. 

Quant  au  sens,  le  point  commun  entre  jard,  djâr  «  poil  long  et  dur...  » 
et  djârdeûs  «  ladre  »  m'apparaît  très  clair  :  c'est  l'idée  de  hérissement, 
d'aspect  rude  et  hirsute.  Pour  jard,  djâr,  cela  va  de  soi  ;  pour  djârdeûs, 
on  a  signalé  justement,  parmi  les  caractères  que  présente  le  porc 
malade,  «  l'aspect  spécial  du  poil,  rigide  et  gâté  à  sa  racine  ». 

Cela  posé,  est-il  vrai  que  le  dictionnaire  allemand  ne  donne  rien  qui 
rappelle  notre  thème  jârd-  ?  Le  type  germanique  correspondant  serait 
gard-  ;  comparez  djâbe,  jarbe  (gerbe),  de  l'aïic.  h.  ail.  garba  ;  zcârder, 
garder,  du  germ.  zvardon  ;  et  surtout  l'anc.  franc,  jart,  jard  (jardin, 
wallon  djârdin),  de  l'anc.  h.  ail.  garto  (auj.-  Garten).  Il  convient  de  ne 
pas  confondre  ce  jard  avec  son  homonyme  dont  il  est  ici  question  ; 
mais  n'y  a-t-il  pas  là  une  indication  ? 

Une  fois  sur  la  voie,  on  ira  les  yeux  fermés  à  l'anc.  h.  ail.  gart  «  pointe, 
piquant,  aiguillon  »  (gothique  gazds,  même  sign.,  ail.  Stachel).  Le  germ. 
gart,  gard  —  d'où  l'ail.  Gerte,  néerl.  gard,  garde  «  verge,  baguette  »  — 
explique,  pour  la  lettre  et  pour  le  sens,  le  franc,  jard  et  le  wallon  djâr, 
qui  signifient  donc  proprement  «  pointe,  piquant  ».  L'adjectif  jardeus, 
djârdeûs  «  plein  de  piquants  »  a  pris  en  wallon  le  sens  spécial  de  «  ladre  ». 
Quant  au  substantif  féminin  djâde  «  ladrerie  »,  c'est  un  déverbal  tiré 
de  djârder  «  langueyer  »,  suivant  l'analogie  de  zvârder,  zvâde,  «  garder, 
garde  »,  garder,  gâde  «  carder,  carde  ». 
[Romania,  1914,  t.  xliii,  p.  432.] 

w.  djèrmale 

G.,  I  253,  donne  le  masc.  germai  (jumeau),  qui  est  assurément  une 
erreur  d'impression  pour  germai  (lire  djèrmê,  qui  existe  encore  dans 
nos  Ardennes  :  Stavelot,  Vielsalm,  Erezée,  etc.).  En  liégeois,  il  a  dis- 

(')  Wôrterbuch  der  luxemburgischen  Mundart,  Luxembourg,  190(>.  Pour  la  forme, 
comparez  ibid.  hàrz,  hârzec.h  (ail.  Ihirz,  harzig). 


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paru  —  sauf  comme  nom  de  famille  :  Germay  —  et  le  féminin  djèrmale 
a  pris  le  sens  collectif  du  synonyme  trokète,  trok'lète  («  trochet  »)  : 
c'è-st-ine  djèrmale  «  ce  sont  des  jumeaux  »  ou  «  des  jumelles  »  ;  pour 
distinguer  le  sexe,  on  dit  ine  djèrmale  di  valets  ou  di  bdcèles.  Cet  emploi 
remarquable  du  féminin  avec  le  sens  collectif  existe  dans  la  plus  grande 
partie  du  domaine  proprement  wallon  (x)  et  concorde  avec  celui  de 
d jumelé  à  Nivelles  et  de  hmèle  dans  les  Vosges  (2).  On  dit  de  même 
une  doublée  dans  les  Ardennes  françaises  (3).  Il  y  a  sans  doute  ellipse 
d'un  substantif  telle  que  «  portée  ». 

Il  va  de  soi  que  djèrmale  pourra  en  outre  se  dire  de  tout  ce  qui  est 
géminé,  par  exemple  de  deux  fruits  jumeaux  ;  aux  Eneilles,  c'est  le 
double  épi  que  porte  parfois  la  même  tige  de  seigle,  ou  encore  deux 
gerbes  ou  copales  dressées  et  liées  par  la  tête. 

G.  tire  notre  mot  du  lat.  gemellus,  avec  épenthétique  ;  de  même 
Scheler,  Niederlânder,  Pietkin  (4),  qui  justifient  l'insertion  de  r  en 
invoquant  l'influence  de  germain.  Pour  ma  part,  j'ai  autrefois  combattu 
l'opinion  de  G.  parce  que  gemellare  a  donné  en  wallon  djâm'lé  et  que 
gemellus  doit  normalement  devenir  djâmê(5).  Aujourd'hui, je  crois  que, 
si  djèrmê  se  rattache  à  gemellus,  ce  n'est  pas  par  voie  directe  (comme 
l'anc.  fr.  gemel,  jumel),  mais  par  l'intermédiaire  d'une  forme  *gemerel, 
le  suffixe  -el  ayant  cédé  la  place  au  suffixe  plus  plein  -erel  (6)  :  djèrmê 
résulterait  de  la  métathèse  dont  nous  citons  de  nombreux  exemples 
à  l'article  gorlète.  Cette  hypothèse  se  fonde  sur  le  rouchi  jum'rîle,  s.  f., 
«  épi  double  »,  mot  inédit  que  je  découvre  à  Ellezelles.  En  dépit  de  la 
différence  d'aspect,  djèrmale  et  jum'rîle  sont  bel  et  bien,  si  j'ose  dire, 
des  sœurs  jumelles. 

(*)  Liège,  la  Famenne,  Jodoigne,  Namur,  Dinant  :  djèrmale  ;  Stave,  Givet  : 
djèrmèle.  Les  exceptions  se  rencontrent  surtout  dans  la  province  de  Luxembourg  : 
on  ne  connaît  pas  le  sens  collectif  à  Erezée,  Odeigne,  Ortheuville,  Lavacherie.  Une 
femme  de  Compogne  (au  Sud  de  Houffalize),  qui  ne  connaissait  ni  djèrmê  ni  djèrmale 
m'a  dit  :  djî  rïi  jamins  avou  dès  djèrmalés.  Ce  curieux  dérivé  suppose  l'existence 
antérieure  de  djèrmale  au  sens  collectif. 

(2)  Horning,  in  Mélanges  Wilmotte,  I  234.  L'auteur  se  demande  s'il  faut  y  voir 
un  ancien  neutre. 

(3)  Goffart,  Gloss.  du  Mouzonnais,  supplément. 

(4)  Scheler,  Gloss.  de  la  Geste  de  Liège,  p.  167  ;  Niederlânder,  Mundart  von  Namur, 
§§  23  et  74  ;  Pietkin,  Orthogr.  du  w.  malmédien,  p.  74. 

(5)  BD  1910,  p.  62.  —  Depuis  lors,  on  m'a  signalé  que  djamê  existe  réellement  à 
Malmedy,  où  il  signifie  :  «  arbre  fourché,  deux  arbres  sur  le  même  tronc  ».  Voy. 
ci-dessus  l'art,  djama. 

(6)  Comp.  le  fr.  passerelle,  tombereau  et,  ci-après,  l'art,  hèrnale. 


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liég.  djèrson,  djèr'çon 

Ce  mot  désigne  une  partie  de  la  gorge  :  le  pharynx  ou  gosier  ;  on  ne 
l'emploie  guère  que  dans  certaines  locutions  :  si  ramouyî  V  djèrson 
«  s'humecter  le  gosier  »,  de  pèkèt  qui  v'  pice  li  djèrson  «  du  genièvre  qui 
vous  pince  le  gosier  ».  Remacle  et  Forir  hésitent  entre  les  graphies 
dièrson,  gèrson  ;  de  même  G.,  I  168,  qui  ne  donne  pas  d'étymologie. 
J'ai  entendu  à  Glons-sur-Geer  guèrson  (avec  g  dur).  A  première  vue, 
on  peut  y  soupçonner  la  présence  du  suffixe  diminutif  -çon  (voy. 
l'article  ong'çon)  ;  mais  le  radical  reste  obscur,  parce  que  le  mot  paraît 
être  isolé  dans  nos  dialectes. 

Cependant  il  existe,  au  Sud  de  la  province  de  Luxembourg,  un  terme 
qui  présente  avec  le  nôtre  des  analogies  de  sens  et  de  forme  :  c'est  le 
chestrolais-gaumais  gargosson  «trachée-artère,  gorge»  (]).  Il  nous 
suffira  de  découvrir  l'anc.  nam.  garguechon  (2)  «  gorge  »,  pour  que  la 
présomption  se  change  en  certitude. 

On  admet  que  l'onomatopée  garg-  a  donné  aux  langues  romanes  un 
certain  nombre  de  termes,  tels  que  le  fr.  gargamelle,  gargote,  gargouiller 
et  l'anc.  fr.  gar guette  «  gorge  »  (Meyer-Lùbke,  n°  3685).  Le  namurois 
moderne  connaît  encore  ce  dernier  mot,  qui. a  pris  en  liégeois  la  forme 
adoucie  djèrdjète  (G.,  I  231,  II  xxvi).  L'ancien  namurois  garguechon 
est  un  diminutif  de  la  même  racine  (3).  En  liégeois,  par  syncope  régu- 
lière de  la  protonique  non-initiale,  il  est  devenu  *guèrg'çon  ;  d'où,  par 
dissimilation  :  guèr'çon  (Glons),  et,  par  adoucissement  normal  de  la 
gutturale  :  djèr'çon. 

w.  djêve,  gawe,  badjawe 

Sous  le  type  *gaba  «jabot  »,  Meyer-Lùbke  cite  quelques  formes 
dialectales  modernes,  notamment  le  picard  gav,  le  wallon  gaj  et  le 
namurois  djef  [sic]  «  jabot  du  pigeon  ».  Ces  indications,  en  ce  qui 
concerne  nos  dialectes,  ne  sont  pas  des  plus  exactes.  Quoi  qu'en  disent 
G.,  I  228,  II  508,  Forir  et  Sigart,  gaj  —  ou  mieux  gave  comme  en  ancien 
français  —  n'a  pas  cours  au  pays  liégeois  (le  jabot  du  pigeon  s'y  appelle 
jace)  ;  ce  n'est  même  pas  du  wallon  proprement  dit.  Gave  appartient 

(M  Dasnoy,  |>|>.  229,  260  ;  Ed.  Liégeois,  Lexique  gaum.,  p.  134. 

(')  Cité  par  J.  Camus,  Un  manuscrit  namurois  du  xr«  siècle,  in  Revue  des  Langues 
romanes,  t.  xxxvm  (1895),  p.  1<>:$.  Un  trouvère  brabançon  emploie  de  même 
gorgeçon  (God.),  forme  qui  a  subi  l'influence  de  gorge. 

(*)  Le  chestrolais-gaumais  gargoçon  est  mis  pour  gargueçon  ;  gargossê  (Marche- 
en-Famenne),  gargozia  (Vonêche)  ont  subi  l'influence  du  suffixe  -ellum. 


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au  picard  et  au  messin.  De  là  il  pénètre  en  Wallonie  dans  le  gaumais, 
le  chestrolais,  le  givétois  (sous  la  forme  gave,  qui  se  prononce  gâf),  et 
dans  le  namurois,  où  il  devient  djâfe  (Namur,  Stave,  Ciney,  etc.).  Il  y 
donne  plusieurs  dérivés,  tels  que  gavé  (Givet)  «  gaver  »  ;  gaviot  ou 
gavion  (Fosse-la-Ville)  «  larynx,  gorge  »  ;  gavéye  (Neufchâteau)  «  jabot 
d'oiseau,  devant  de  chemise,  gorge  ».  proprement  «  gorgée,  plein  la 
gorge  »  comme  le  gaumais  gavâye,  gafâye  ;  gavu,  ga/w(Virton  :  Cl.  Maus) 
«  quia  un  gros  jabot  »  ;  etc.  Quant  à  djef,  qui  nous  est  donné  comme 
namurois,  il  ne  me  paraît  pas  des  plus  sûrs.  Je  n'y  vois,  pour  ma  part, 
qu'une  graphie  approximative  de  djêve,  qui  existe  notamment  à  Fosse- 
la-Ville  au  sens  de  «  gésier  »,  à  Gembloux,  en  Hes*baye,  en  Famenne  et 
dans  la  province  de  Liège  au  sens  péjoratif  de  «  gueule  »,  en  parlant 
d'une  personne  (1).  Reste  à  voir  si  ce  mot  bien  wallon  djêve  s'explique 
par  le  type  proposé. 

M.  Dauzat  (2)  a  publié  récemment  une  étude  approfondie  sur  *gaba 
et  ses  dérivés.  Il  admet  plutôt  un  type  primitif  *gava,  d'origine  pro- 
bablement celtique,  et  démontre  que  *  g  au  t'a  «  joue  »  postule  un 
intermédiaire  *gavita  (et  non  *  gabata  comme  «jatte»).  Trompé 
par  la  mauvaise  graphie  djef  de  Meyer-Lùbke.  il  estime  que  «  seul,  ce 
mot  namurois  [lisez  plutôt  :  «  liégeois  »]  est  phonétique  ».  Je  ne  puis 
partager  son  avis  :  *gaba  ou  *gava  aurait  donné  en  liégeois  djêve, 
comme  faba  >  fève  et  l'imparfait  -abam  >  -êve.  Pour  expliquer 
djêve,  il  faut  comparer  cavea  >  tchêve  «  grande  cage  pour  transporter 
les  pigeons,  les  poulets,  etc.  »,  *  s  api  us  >  sève  «  sage,  lucide  »,  et 
partir  d'un  dérivé  *gabia  (que  Meyer-Lùbke  ne  donne  pas)  ou  mieux 
gavia.  Dans  l'étude  intéressante  que  j'ai  signalée,  M.  Dauzat  admet 
que  gavia,  mot  rare  et  isolé  en  latin,  attesté  seulement  par  Pline 
l'Ancien  au  sens  de  «  mouette  »  (cf.  Meyer-Lùbke.  n°  3708),  se  rattache 
nécessairement  à  *gava,  la  mouette  étant  remarquable  par  la  gros- 
seur extérieur  de  son  jabot.  Le  wallon  djêve  attesterait  que  gavia  a 
survécu  à  l'extrême  Nord-Est  du  domaine  roman. 

Au  reste,  ce  n'est  pas  le  seul  dérivé  important  que  le  wallon  a  con- 
servé sous  une  forme  originale. 

(*)  Par  exemple,  en  liégeois,  cloyîz  vosse  djêve  ;  dji  lîfrè  peter  s'  djêve.  A  Malmedy- 
Stavelot,  djêve  signifie  «  bouche  bavarde,  caquet  »,  d'où  les  dérivés  djêv'ter,  djêvler 
«  jacasser  ».  A  Dinant,  Gembloux  et  en  Famenne,  le  son  ê,  tout  en  restant  long, 
n'est  pas  aussi  ouvert  qu'en  liégeois.  A  Charleroi,  dans  le  Coq  d'Awous''  du  13  mars 
1909,  on  signale  bien  djève  «  caquet  »  :  fé  aler  s'  djève  su  tôt  V  monde  ;  mais  il  faut 
probablement  lire  djêve,  à  moins  que  ê  ne  se  soit  réellement  abrégé  par  altération. 

(a)  Romania,  t.  xlv  (1919),  pp.  250-258. 


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A  propos  du  liégeois-namurois  gawe,  s.  f.,  «  guimbarde,  petit  instru- 
ment sonore...  »,  G.,  I  233,  pour  toute  explication,  se  demande  s'il  faut 
y  voir  une  onomatopée.  En  réalité,  le  sens  de  «  guimbarde  »,  aujour- 
d'hui le  seul  connu,  est  secondaire.  Il  est  certain  que  gawe  répond  littéra- 
lement au  fr.  joue  et  vient,  comme  ce  dernier,  de  *gauta,  dont  nous 
parlons  ci-dessus  ;  comparez  cawe,  anc.  fr.  coue,  queue  ;  hawe,  houe, 
mawe,  moue,  etc.  Le  sens  primitif  se  perçoit  encore  dans  l'expression 
ironique  fé  aler  s'  gœwe  «  faire  aller  sa  bouche,  pour  manger  ou  pour 
parler  »,  et  dans  le  dérivé  gaivî  (Namur)  «  brifer.  gruger  »,  djawyî 
(Luttre)  «  bavarder  ». 

On  notera  dans  ces  deux  derniers  termes  g  =  dj,  comme  dans  gave, 
djâve,  que  nous  avons  cités  plus  haut  ;  de  même  le  fr.  s'engouer  a  la 
même  origine  que  joue.  On  ne  s'étonnera  donc  pas  si  nous  voyons  dans 
badjawe  un  composé  de  gawe.  G.,  I  42,  ne  connaissait  en  liégeois  que  la 
forme  badjowe  et  le  sens  de  «  babil,  caquet,  bagou  ».  En  fait,  badjawe 
est  la  forme  première,  connue  aux  environs  de  Liège  et  encore  à  Liège 
même  (comparez  le  w.  cawe  «  queue  »,  à  Liège  coice).  Ce  mot  signifie 
1.  «  bajoue  »,  équivalent  littéral,  qui  subsiste  dans  l'expression  on  lî  a 
jet  peter  s'  badjawe  «  on  l'a  souffleté  »  ;  — -  2.  bouche  bavarde  :  cloyîz 
vosse  badjawe,  je  aler  s'  badjawe  ;  —  3.  personne  bavarde  ;  —  4. 
caquet,  bagou,:  il  a  'ne  fameuse  badjawe. 

Le  liégeois  badjawe  répond  donc  à  deux  mots  français  bajoue  et  bagou, 
auxquels  les  étymologistes  n'assignent  pas  la  même  origine.  Ont-ils 
raison  ?  Il  est  permis  d'en  douter.  Le  fr.  bagou,  pour  Clédat,  est  un 
terme  d'argot,  ce  qui  dispense  apparemment  de  plus  amples  expli- 
cations. Diez,  Scheler,  Kôrting,  Meyer-Liibke  ne  le  signalent  pas. 
Pour  le  Dictionnaire  général  —  qui  reprend  en  somme,  avec  des  atté- 
nuations prudentes,  l'opinion  de  Littré.  —  «  bagou  est  peut-être 
substantif  verbal  de  l'anc.  fr.  bagouler,  parler  inconsidérément,  lequel 
semble  composé  avec  la  particule  péjorative  ba  et  goule  pour  gueule, 
cf.  débagouler  ».  On  peut  se  demander  si  bagouler  n'est  pas  un  ancien 
*bagouer  influencé  par  goule.  Le  w.  badjawe  appuie  cette  présomption. 
Ajoutons  que  «  bajoue  »  se  dit  bajole  en  rouchi,  bajote  à  Tournai 
(comp.  jouter  «  mettre  en  joue,  viser  »,  à  Wiers-lez-Tournai)  ;  or,  dans 
ces  mots,  la  finale  ne  peut  s'expliquer  que  par  des  influences  analo- 
giques. 

liég.  djihan 

G.,  I  252,  distingue  entre 

1.  Gehan,  gihan  (Jean)...  [Lire  Dj'lum,  Djihan.] 

2.  Gehan  (mot  employé  uniquement  dans  la  locution:  ci  n'esl  nin  gehan, 
c'est  costant,  qui,  actuellement,  signifie  simplement  :  c'est  cher  ou  très  cher). 


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Cette  distinction  est  mal  fondée.  Imaginons  la  scène  suivante.  Un 
enfant  prie  ses  parents  de  lui  acheter  un  objet  et  répète  ses  instances  : 
djans  !  djans  don  !  lèyîz-v'  adiré  !  «  allons  !  allons  donc  !  laissez- vous 
fléchir  !  »  Au  lieu  de  lui  dire  sérieusement  :  «  N'insistez  pas  ;  ce  que 
vous  voulez  coûte  trop  cher  »,  on  lui  répond  plaisamment  par  la  phrase 
susdite,  qui  contient  un  double  calembour  :  on  joue  sur  le  sens  de  djans 
(G.,  I  251),  que  l'on  feint  de  comprendre  Dfhan,  et  sur  le  sens  de 
costant  (coûtant,  coûteux  ;  ou  Constant,  nom  propre  ;  voy.  des  exemples 
dans  Remacle,  2e  éd.,  pp.  40  et  565). 

Ce  genre  de  réponse  par  équivoque  plaisante  est  bien  conforme  au 
tour  d'esprit  du  peuple  en  général  et  surtout  de  nos  Wallons  ;  j'en  ai 
réuni  une  foule  d'exemples.  En  voici  deux,  cueillis  dans  la  comédie 
fameuse  de  Remouchamps,  Tâtî  V  pèriquî,  v.  51  et  548  (BSW  48)  : 

Estez-v'  la  ?  «  Etes-vous  là  ?  »  L'interlocuteur  feint  de  comprendre 
Va  «  l'ail  »  et  répond  :  Nèni,  dji  so  Vognon  ! 

Qui  i>'  sonne-t-i  don  ?  «  que  vous  semble-t-il  donc  ?  ».  L'autre  feint 
de  comprendre  sonner  (saigner)  et  répond  :  Dji  n'  sonne  nin,  dj'  rètche 
tôt  blanc  «  je  ne  saigne  pas,  je  crache  tout  blanc  ». 

De  même,  ce  serait  un  tort  de  vouloir  expliquer  gravement  l'impré- 
cation :  qui  V  diâle  èl  possîhe  !  Ce  n'est  qu'une"  atténuation  de  :  qui 
r  diâle  èl  possète  !  (=  possède),  par  jeu  de  mots  entre  sèt\  sept,  et 
sîh,  six.  —  De  même  encore,  dans  dji  lî  keû  a  dobe  fi  (Remacle,  II  158  : 
«  je  le  lui  souhaite  de  tout  cœur  »),  il  y  a  confusion  voulue  entre  heure 
(voy.  l'art,  ci-après)  et  keûse  a  dobe  fi  «  coudre  au  double  fil  »  ;  —  i 
r'grèfrè  s'  mérê  avou  dès-ongues  di  fier  :  confusion  voulue  entre  rigrèter 
«  regretter  »  et  rigrèter  avou  dès...  «  regratter  avec  des  ongles  de  fer  ». 

[Romania,  1911,  t.  xl,  p.  323.  —  En  général,  ces  équivoques  se  comprennent 
d'emblée,  l'allusion  conservant  sa  force  humoristique.  Dans  :  èsse  a  Sint-Pô 
«  avoir  le  gousset  vide  »,  tout  Liégeois  saisit  le  jeu  de  mots  entre  pô,  peu,  et 
Sint-Pô,  la  cathédrale  Saint-Paul,  à  Liège  (Rutebeuf  disait  dans  le  même  sens  : 
«  être  de  la  paroisse  Saint  Pou  »  ;  God.,  pou).  Parfois  cependant  l'allusion, 
moins  transparente,  n'est  plus  saisie  par  le  peuple,  qui  continue  à  user  de 
("expression  toute  faite.  Comment  expliquer  :  aveûr  li  tièssefoù  dès  strins  («  avoir 
la  tête  hors  de  la  paille  »  =  être  sorti  d'embarras)  ?  Pour  ma  part,  après  bien 
des  recherches  infructueuses,  je  pense  qu'il  y  a,  ici  encore,  un  trait  d'humour  : 
on  a  rapproché  strin  (étrain,  paille)  de  l'impersonnel  i  strint  («  il  étreint  »  =  la 
situation  est  critique).  Une  locution  inédite  du  vocabulaire  de  la  batellerie 
liégeoise  confirme  cette  hypothèse  :  si  mète  a  strin,  se  coincer,  coincer  son 
bateau  entre  deux  autres  par  suite  d'une  fausse  manœuvre,  ne  plus  pouvoir 
avancer  ni  reculer.] 


—  80  — 

liég.  djîvâ 

Le  djîvâ,  c'est  la  tablette  de  la  cheminée.  La  ménagère  y  étale  des 
bibelots,  des  statuettes,  deux  chandeliers  et  le  grand  crucifix  de  cuivre 
nommé  en  liégeois  bon  Diu  (V  djîvâ  ;  on  y  met  les  brocales  (allumettes) 
et  Vârmanac  (almanach).  Un  petit  rideau  tombe  d'ordinaire  de  cet 
entablement  :  on  l'appelle  brâye,  brayîre  (Liège  :  Forir),  rabat  do  djîvau 
à  Bande  lez-Marche,  gordine  do  djîvau  à  Ortheuville.  Aujourd'hui,  ce 
vieux  terme  tend  à  disparaître  avec  l'antique  cheminée  ardennaise  à 
feu  ouvert:  on  dira  de  plus  en  plus  so  li  tcVminêyè  au  lieu  de  so  V djîvâ  (1). 

L'aire  d'emploi  de  ce  mot  représente  un  vaste  quadrilatère.  On  dit 
djîvâ  à  Verviers,  Liège.  Hannut  ;  djîvau  à  Xamur  (2),  Vonêche  et  dans 
la  Famenne  ;  djîvâ  à  Ortheuville,  Laneuville-au-Bois,  Nisramont  ; 
puis,  en  remontant  vers  le  Nord,  à  Cherain,  Malmedy,  Spa.  Seraing. 
Partout  le  sens  est  le  même,  sauf  à  Vonêche,  où  djîvau  désigne  la 
«  corniche  d'un  meuble  »,  et  aux  usines  de  Corphalie  lez-Huy,  où  djîvâ 
désigne  le  «  dessus  du  four  à  zinc  ». 

Pour  expliquer  djîvâ,  G.,  I  255,  propose  le  fr.  ogive  avec  suffixe 
augmentatif  -â  et  suppression  de  la  syllabe  initiale^.  J'y  vois,  pour  ma 
part,  le  néerl.  gevel,  aU.  giebel  «  fronton,  pignon  ».  La  forme  remarqua- 
ble du  luxembourgeois  gi*vel  et  du  westphalien  gièivel  convient  pour 
le  radical  et  même  pour  la  désinence  de  djîvâ  ;  comp.  l'anc.  w.  stivauz 
(BSW  5,  p.  386)  =  néerl.  stievel,  ail.  stiejel  ;  et  le  liég.  djèrdjà,  nam. 
djordjau  «  jable  »  =  néerl.  gergel,  ail.  gargel  (3).  Tout  au  moins  le  radical 
djîv-  peut  en  être  issu,  et  s'être  combiné  avec  le  suff.  -d,*sur  le  type  de 
cave  :  câvà.  —  Quant  au  sens,  djîvâ,  après  avoir  tout  d'abord  désigné 
le  fronton  (de  la  cheminée),  s'est  appliqué  spécialement  à  la  partie 
inférieure  de  ce  fronton  :  la  cimaise  ou  tablette.  Ce  qui  a  pu  favoriser 
le  changement  de  sens,  c'est  l'expression  ordinaire  «  mettre  qqch  sur 
le  djîvâ  »,  c'est-à-dire,  dans  mon  hypothèse  :  «  sur  la  tablette  (du 
fronton)  de  la  cheminée  »  (4). 
[BD  1912,  p.  93.] 

f1)  Nous  trouvons  gyvaz  (d'une  cheminée)  en  1404,  Cartul.  Ste-Croix,  et  dans 
Hemrkourt,  p.  344.  —  Cette  tablette  s'appelle  aussi  cimâ  (Liège  :  Simonon,  Forir), 
cimuudje  (Namur,  Wavre),  cêmaudje  (Perwez,  St-Géry,  en  Brabant).  C'est  le  fr. 
cimaise  ;  voy.  G.,  II  301. 

(2)  D'après  G.  et  Pirsoul.  Ce  dernier  ajoute  :  «  mot  très  peu  usité  et  de  provenance 
liégeoise  ».  —  Remacle,  II  42,  a  forgé  par  plaisanterie  une  forme  nam.  djîvia. 

(3)  G.,  I  253,  II  001.  On  dit  djèrdjt  à  Faymonville. 

(4)  Même  brachylogie  dans  le  fr.  familier  :  «  mettre  qqch  sur  la  fenêtre  »  (=  sur 
l'appui  de  la  fenêtre)  ;  de  même  en  flamand,  cf.  De  Bo,  luwer. 


—  81  — 

w.  djîvèye  (Liège),  -éye  (Naraur,  Givet) 

Terme  archaïque  de  la  batellerie  mosane,  qui  désignait  un  «  train 
de  bois  flotté  »  (x).  Un  article  du  Couarneû,  gazette  de  Namur,  10e  année, 
n°  28,  nous  dit  que,  vers  1840,  on  dischindèt  lès  bmès  su  Moûse  avou  dès 
grandes  djîvéyes.  Le  Vocabulaire  wallon  (dialecte  givétois)  de  M.  J.  Waslet 
signale  aussi  djîvéye,  f.,  «  train  de  bois  monté  sur  des  tonneaux  vides 
et  servant  au  transport,  par  eau,  des  perches,  des  étançons,  etc.  ;  on 
disait  également  pouris-talons  ».  Je  tiens  de  l'auteur  la  note  complé- 
mentaire que  voici  :  «  djîvéye  se  dit  encore  à  Givet  pour  désigner,  par 
métaphore,  de  grandes  quantités  de  joncs,  d'herbes,  que  l'on  coupe 
sur  le  bord  de  l'eau  et  qui  partent  d'un  seul  coup.  Le  sens  propre  n'est 
plus  connu  :  depuis  longtemps,  on  n'use  plus  de  ce  genre  de  transport 
pour  le  bois  ».  —  En  liégeois,  G.,  I  255,  II  601,  note  sans  explication  : 
givêie  [lire  djîvéye]  «  train  de  bois  flotté  »,  et  l'anc.  av.  givée  «  radeau  »  (2), 
dans  ce  texte  de  1568  :  «achepter  de  toutes  sortes  de  rond  bois  à  borhea 
et  givée  »  (Chartes  des  Métiers,  1.82).  Il  donne  aussi  l'anc.  w.  «  gyneth 
(bois  flottant)  »,  en  1548  :  «  le  tonlieu  que  l'on  lieve  à  Huy  sur  les 
Mairines  [=  merrains]  et  gyneth  ou  bois  flottant  »  (Louvrex,  I  220], 
où  il  faut  sûrement  lire  gyvees.  Du  reste,  notre  mot  a  subi  d'autres 
mésaventures.  Dans  des  comptes  de  1470.  relatifs  au  tonlieu  du  Pont 
des  Arches,  publiés  récemment  (3),  on  lit  ginée  (45  fois)  et  même 
guinêe  (1  fois).  Bormans,  de  son  côté,  le  confond  avec  tchivèye,  dfvèye 
(cheville),  dans  cet  article  de  son  Vocabulaire  des  houilleurs  liégeois  : 

chiveie  ou  giveie  s.  f.  Radeau  formé  d'une  centaine  de  pièces  de  bois  che- 
villées [?]  les  unes  aux  autres  et  que  Ton  amène  flottant  par  les  rivières  pour 
Tusage  des  fosses.  «  Retenant  leur  parte  de  toutes  ustensiles  et  de  toutes 
chyvées  de  bois  avec  bavardes  (Cour  des  voir-jurés  du  Charbonnage,  9  déc. 
1660).  —  Signifie  aussi  une  broche  de  bois. 

Il  va  de  soi  que  tchivèye,  dfvèye  (cheville,  broche  de  bois)  n'a  rien  à 
démêler  avec  djîvéye  ;  mais  la  forme  ancienne  chyvee  est  suggestive. 
Nous  la  lisons  Hchîvêye  et  nous  y  voyons  un  dérivé  de  tchîf,  s.  m. 
(anc.  fr.  chief,  fr.  chef  :  *■  capum),  formé  à  l'aide  du  suffixe  -éye  (fr.  -ée  :. 

(1)  Synonymes  bossêye,  bosselêye  (G.,  II  xiv). 

(2)  G.  dit  que  givée  est  aussi  anc.  fr.  ;  je  ne  trouve  pourtant  rien  de  ce  genre 
dans  Godefroy,  si  ce  n'est  peut-être  l'art,  gewee  (?).  — -  Sur  le  mot  liégeois,  voy. 
également  Body,  Voc.  des  charrons,  p.  40. 

(3)  E.  Fairon,  Notes  sur  la.  domination  bourguignonne  dans  la  Principauté  de  Liège 
iBull.  de  l'Inst.  arch.  liég.,  t.  42  ;  1912),  pp.  76  et  suiv.  du  tirage  à  part  ;  Annexes,  n°  4. 


—  82  — 

lat.  -ata),  marquant  la  quantité  contenue  dans  le  primitif.  Le  w.  tchîj 
(proprement  :  «  bout  [de  corde]  »)  survit  dans  les  houillères  liégeoises 
pour  désigner  le  câble  qui  amène  la  cage  à  la  surface,  ou  la  «  berlaine  » 
au  haut  d'une  pente.  La  masse  de  bois  flottant  était  liée  par  une  corde 
qui  l'empêchait  de  se  disloquer  (*)  ;  cette  corde  avait  même  probable- 
ment une  longueur  constante  et  servait  de  mesure.  Sur  le  type  de 
navêye  (navée  :  contenu  de  la  nef),  on  a  formé  *tchîvêye  (contenu  de  la 
corde,  masse  liée  par  des  cordes).  —  Pour  l'adoucissement  de  l'initiale, 
favorisé  ici  par  le  v  qui  suit,  comp.  djontî  (chantier),  djalilâ  (G.  II  530). 

nam.  djôguîye 

G.,  II  532.  cite  sans  explication  le  nam.  jôguîe  «  jeu  de  quilles  ». 
Il  faut  écrire  djôguîye,  ou  plutôt  dp  ans  guîyes,  car  df  est  élidé  de  dtœ 
«  jeu  »  ;  comp.  dju  d'  guiyes  à  Wavre,  et  one  bole  aus  guîyes  (Ste-Marie- 
Geest)  «  une  boule  qui  sert  au  jeu  de  quilles  ». 

Voici  d'autres  expressions  où  se  remarque  une  élision  analogue  : 

lîvrèhâye,  s.  m.,  «  chef  d'une  brigade  de  briquetiers  »  (G.,  II  30  ; 
BSW  45.  p.  24-7)  =  *lîvreû-è-hâye  «  celui  qui  livre  (les  briques  mises) 
en  haie  »,  c.-à-d.  séchées  et  prêtes  pour  la  cuisson. —  Comparez 
pwèrtâsètch,  ci-après. 

mal-gueûye*«  soufflet  »  (Verriers  :  Lobet)  =  main-al-gueûye  «  main 
à  la  gueule  ».  [G.,  II  69  et  540,  écrit  à  tort  mâle-gueûye  en  comprenant 
mâle  «  maie,  mauvaise  >  ;  mais,  dans  ce  cas,  Lobet  aurait  écrit  mairi}. 
A  Malmedy,  j'ai  entendu  le  synonyme  one  vîal-djêve  (djêve  est  moins 
grossier  que  gueûye).  Pour  P élision,  comparez  Molâvint  (1.  d.  de  Dolem- 
breux)  =  molin  â  vint  «  moulin  au  vent  ». 

maukê  (nam.  :  G.,  II  542)  =  mau  <tuké  «  mal  coiffé  »  ;  voyez  ci-après 
l'article  wâkî. 

monteûs  «  éhonté  »  (ard.  :  Alle-sur-Semois),  =  mau  onteûs  «  mal 
honteux  ».  De  même  le  rouchi  ponteûs  ^Ellezelles)  =  pô  onteûs  «  peu 
honteux,  impudent  ». 

pacawe  petit  poêlon  de  terre  »  (Lobet  ;  G.,  II  179)  =  po-a-cawe 
:  pot  à  queue  ».  c.-à-d.  muni  d'un  manche.  [L'explication  :  «  par 
queue  >,  nue  donne  Marchot,  Phonologie  d'un  patois  wallon,  p.  86,  est 
inexacte  ;  voy.  le  suivant.  | 

pâlècê  (Verviers  :  Lobet.  p.  681  )  =  liég.  po  â  lècê  «  pot  au  (fr.  à)  lait  ». 
On  dit  aussi  pâle  (Dison,  Hervé),  pôle  (Neuville-sous-Huy),  emprunté 
du  IV..  comme  le  montre  U  pour  lècê. 

(M  Comp., dans  le  Dicl.  gén.,  le  IV.  brelle  (petit  train  de  I mis  flotté),  où  nous  voyons 
un  dérivé  >\>-  braie,  de  même  que  embreler  (le  chargement  d'une  voiture). 


—  83  — 

pwèrtâsètch  (Verviers)  =  liég.  pwèrteû-â-sètch  «  porteur-au-sac  », 
=  fr.  «  portefaix  ». 

s'ionbran  =  s'io  ombrant  ;  voy.  l'article  selanbran. 

t-infini  «  temps  infini  »  (Neuville-soiis-Hny  :  BD  1912,  p.  48)  =  tin 
infini  :  lé  messe  a  duré  on  t-infini. 

Les  noms  de  lieux  fourniraient  aussi  une  foule  d'exemples  de  ce 
genre  de  contraction.  Le  nom  wallon  de  Villers-aux-Tours  est  Viy-âs- 
toûrs  (prononcé  Viyâtoûr).  A  Esneux,  M.  Edgar  Renard  a  relevé  les 
lieux  dits  cratonke,  è  falcôr,  al  hâminîre,  qu'il  explique  par  creû  a 
Tongue,  è  fond  al  côre,  al  hé  as  minîres. 

D'autres  expressions  encore  s'expliquent  par  l'ellipse  de  la  conjonc- 
tion et  ;  par  exemple  :  1.  hoter  â  ma  'ne  awèye  (t.  de  houill.  à  Seraing) 
«  fissurer  (la  roche  ou  la  veine)  avec  un  mail  et  une  aiguille  »  ;  —  2.  du- 
tindeûre  (Mahnedy-Stavelot)  «  de  bonne  heure  ».  G.,  dans  ses  Extraits 
de  Villers,  p.  26,  y  voyait  «  de  tendre  heure  »  ;  mais  l'expression  com- 
plète di  tins  et  d'eûre  (=  de  temps  et  d'heure  »)  se  lit  dans  une  pièce 
liégeoise  de  1634  {Choix,  p.  109)  et  dans  la  Moralité  de  1623  (voy.  mon 
étude  sur  le  Dialecte  liégeois  au  XVIIe  siècle,  p.  66)  ;  comp.  esse  prèf 
a  tin  a  eûre  (Fr.  Renkin,  Ecrits  wallons,  p.  69). 

w.  djohe  (Fléron) 

Dans  les  houillères  à  l'Est  de  Liège  (Fléron),  une  dohe  c'est  une  des 
quatre  grosses  pièces  de  bois  qui  forment  l'encadrement  du  puits  de 
mine  ;  d'où  djoKler  «  mettre  des  djohes  »  (x).  La  proposition  de  G., 
II  532  :  «  djoh'  =  fr.  joug  ?  »  est  inacceptable,  si  elle  signifie  que  le  mot 
wallon  est  une  corruption  du  français.  On  ne  peut  pas  non  plus  penser 
au  lat.  jugum,  qui  a  donné  djoû  (Vielsalm,  Moulin-du-Ruy,  Weismes), 
djeù  (Villettes-Bra,  Wardin,  Gros-Fays,  etc.  ;  voyez  aussi  Bruneau, 
Enquête,  I,  498).  Le  wallon  connaît  djoh  (se  mettre  à  djok  :  se  percher, 
en  parlant  des  poules)  qui,  comme  l'anc.  fr.  juc  et  le  fr.  jucher,  vient  du 
francique  juk  «  joug,  traverse  de  bois  »  (2).  Au  point  de  vue  phoné- 
tique, le  passage  de  djok  à  djoh  se  justifierait  à  la  rigueur.  Toutefois, 
étant  donné  l'aire  restreinte  de  djoke  à  proximité  de  la  frontière  ger- 
manique et  l'emploi  spécial  de  ce  mot,  nous  y  verrons  un  emprunt 
direct  de  l'ail,  joch  «  joug,  support  »,  qui  a  la  même  acception  tech- 

(!)  Communication  du  Dr  Randaxhe.  Voy.  (I.,  II  532  ;  Lobet,  220  ;  Bormans, 
Voc.  des  houill.  liégeois.  —  A  l'Ouest  de  Liège  (Seraing),  la  pièce  s'appelle  :  mimbe 
di  cope,  et  l'encadrement  susdit  :  une  cope  d'assise  «  couple  d'assise  [sur  laquelle 
s'appuient  les  taquets]  ». 

(2)  Meyer-Lubke,  n°  4611. 


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nique  (1).  Le  yod   s'est   épaissi   en  dj,  comme  dans  sardjète  (Stave) 
«  sarriette  ».  Pour  la  finale,  voyez  l'article  sohe. 

w.  do  gnon 

Pour  G..  I  180.  donion  (Liège,  Namur)  «  enflure  ou  callosité  qui  se 
produit  à  la  naissance  du  gros  orteil  »  est  probablement  le  même  mot 
que  le  fr.  oignon,  qui  a  la  même  signification. 

Le  sens  de  «  oignon,  durillon,  callosité  douloureuse  au  pied  »  est 
donné  par  Forir  (Liège),  Lobet  (Verriers),  Scius  (Malmedy)  ;  mais 
l'idée  de  «  callosité  »  n'apparaît  plus  dans  les  définitions  suivantes  : 
«  jointure  du  gros  orteil  »  (Malmedy  :  Villers,  1793),  «  gros  orteil  » 
(Duv.),  «  excroissance  osseuse  contre  nature  aux  pieds  »  (Lobet), 
«  saillie  exagérée  de  la  tête  du  premier  métatarsien,  produite  à  la  face 
interne  par  la  déviation  du  gros  orteil  »  (Dr  Randaxhe  :  Thimister- 
Clermont).  D'autre  part,  l'expression  li  do  gnon  de  pi  (Huy)  «  l'os  du 
gros  orteil  »  montre  que  notre  mot  a  un  sens  général,  puisqu'on  a 
besoin  de  le  déterminer  quand  il  s'agit  de  l'orteil.  ■ —  Plus  à  l'Ouest,  il 
désigne  uniquement  une  articulation  de  la  main  :  à  Ben-Ahin  et  à 
Gives  (lez  Huy),  j'ai  noté  :  les  dognons  dèl  rnivin  «  les  arêtes  osseuses 
du  poing  fermé  »  ;  à  Ciney,  les  dognons  «  les  jointures  entre  les  pha- 
langes des  doigts  de  la  main  ou  du  pied  »  ;  à  Pell aines  (Hesbaye),  les 
enfants  jouent  aux  billes  pour  des  clïnokes  :  coups  de  bille  sur  le 
do  gnon,  c.-à-d.  sur  l'articulation  du  métacarpe  et  de  la  grande  pha- 
lange ;  à  Namur,  le  dognon  c'est  le  «  dos  du  pouce  »  (F.  D.,  Dict.  ms., 
1850)  ;  à  Wavre,  le  «  dos  des  doigts  »  ;  à  Charleroi,  1'  «  éminence  arti- 
culaire entre  la  première  et  la  deuxième  phalange  du  doigt  ». 

L'explication  de  G  est  inadmissible.  Phonétiquement,  il  faudrait 
justifier  la  prosthèse  anormale  de  d.  Pour  le  sens,  l'idée  de  «  oignon, 
callosité  »  est  visiblement  secondaire  ;  elle  n'apparaît  d'ailleurs  que 
dans  un  coin  du  domaine  wallon.  Pour  moi,  dognon  provient  de  *doyon, 
par  épaississement  de  y  en  gn  (2).  Le  suffixe  diminutif  -on  (3)  s'est 
ajouté  au  primitif  dôye,  anc.  fr.  doie,  du  lat.  *d?ta  (comp.  w.  deû, 
fr.  doigt,  du  lat.  *dztum,  class.  digitus).  Notre  mot  désigne  donc 
proprement  une  partie  du  doigt,  la  partie  forte  et  saillante.  Comme  le 
dognon,   surtout   au  pied,   peut   devenir  calleux,   cette  particularité, 

(')  Au  pluriel,  die  joche,  ce  serai  les  supports  du  cuir-  d'un  puits  de  mine. 
•i  Vby.  les  articles  bougnou,  crâmignon,  etc. 

(:!)  Comp.  jambon.  On  pourrait  aussi  à  la  rigueur  y  voir  les  suffixes  -ion  (fr.  gavion, 
croupion)  ou  -illon  (w.  liég.  ohion  •  osselet  »,  deurion  «durillon  »). 


—  85  — 

jointe  à  la  ressemblance  avec  ognon,  a  modifié  et  restreint  le  sens  propre 
sur  certains  points  du  Nord-Est  (1).  —  Le  primitif  dôye,  qui  manque 
au  Nord  de  la  Wallonie,  se  rencontre  en  Famenne  :  aveûr  lès  dôyes 
èdjalèyes  «  avoir  les  doigts  de  pied  gelés  »  ;  de  même  à  Ciney  :  lès  dôyes 
(doigts  de  pied),  li  grosse  dôye  (l'orteil).  Sur  la  Semois  et  dans  l'Ardenne 
française,  doye,  doûye  a  le  même  sens  (2).  En  gaumais,  douyon  «  petit 
doigt  de  pied  »  existe  à  côté  de  douye  «  doigt  de  pied  »  (3).  Pour  la  for- 
mation, sinon  pour  le  sens,  ce  douyon  ne  fait  qu'un  avec  notre  dognon. 

rouchi  dona  (Mons) 

Sigart  donne  le  montois  «  dona,  imbécile,  dupe  ».  M.  Behrens  a  cru 
voir  dans  ce  mot  un  don-a(rd)  primitif  qu'il  rattache  au  gaumais  dône 
et  au  radical  dam-  (4).  Au  point  de  vue  phonétique,  cette  explication 
prête  le  flanc  à  une  double  objection.  Le  radical  dam-,  s'il  existait  en 
montois,  y  garderait  cette  même  forme  ;  comp.  fr.  marne,  montois 
marie,  gaum.  môle.  De  plus,  le  suffixe  -ard  donne,  suivant  les  localités, 
-ar,  -a,  -au  dans  la  région  montoise,  jamais  a  bref  ;  on  trouve  par 
exemple  dans  Sigart  dadlar,  tàfiar,  lougnar,  macard,  à  côté  de  macâ, 
hougniâ,  hulau.  —  On  reconnaîtra  plutôt  dans  ce  mot  le  prénom 
Donat,  employé,  comme  tant  d'autres,  dans  un  sens  sarcastique. 
L'exemple  donné  par  Sigart  :  il  a  sté  dona  del  farce,  signifie  :  il  a  été 
(le)  Donat  de  la  farce  ;  comp.  le  fr.  gille,  niais,  et  le  montois  jacque, 
dupe.  La  même  explication,  s'appliquera  au  montois  sara,  s.  m.,  fille 
étourdie,  remuante,  espiègle  (Sigart).  —  A  remarquer  que  l'expression 
de  Sigart  n'est  plus  connue  aujourd'hui  à  Mons.  On  y  connaît  seule- 
ment, comme  dans  toute  la  Wallonie,  le  prénom  Dônat,  qui  entre  en 
liégeois  dans  une  comparaison  plaisante  :  on  dîreût  on  jrtit  saint  Dônat, 
comme  en  fr.  :  «  on  dirait  un  petit  saint  ». 

•   [Z.fùrfranz.  Spr.  und  Litt.,  1909,  t.  xxxiv,  p.  150.J 

(*)  Cette  altération  sémantique  doit  être  de  date  récente  :  à  Liège  même,  on  m'a 
répété,  en  termes  moins  scientifiques,  la  définition  du  Dr  Randaxhe  :  «  renflement 
naturel  à  la  naissance  du  gros  orteil,  du  côté  intérieur  ».  Dans  le  Voyage  de  Chaud- 
fontaine,  III  1  :  atot  tes  dânés  scafignons,  li  m'as  câzî  spaté  f  dognon,  il  faut  donc 
comprendre  :  «  orteil  »,  et  non  «  ognon  »,  comme  fait  Bailleux  dans  son  édition  du 
Théâtre  liégeois,  p.  29. 

(2)  Bruneau,  Enquête,  I,  p.  276. 

(3)  Maus,  Voc.  gaum.  îles  environs  de  Virton,  ms„  1850  :  douille,  donillon. —  Comp. 
le  rouchi  pôchû  (Ellezelles)  «  gros  orteil  »,  qui  est  proprement  *pouçard  (gros  pouce). 

(4)  Zeitschrift  fur  franz.  Spr.  and  LUI.,  xxxm,  p.  209.  M.  Behrens  s'est  depuis 
lors  rangé  à  notre  avis  ;  voy.  ses  Beitrdge,  p.  77. 


—  86  — 

av.  d'ploustrer,  d'poûstrer  (Verriers) 

G.,  II  520.  cite  d'après  Lobet  (dploustré,  p.  159)  ce  mot  verviétois, 
qui  signifie  «  dévaliser  ».  Lobet  enregistre  également  dpoustré  «  dépou- 
drer (les  cheveux),  désargenter,  dégarnir  (qqn)  de  son  argent  ».  On 
aurait  tort  de  voir  entre  ces  deux  termes  un  rapport  de  parenté.  —  Le 
verbe  simple  dont  d'ploustrer  est  composé  se  retrouve  dans  le  moyen 
bas  ail.  plûsteren,  anc.  flam,  pluysteren  «  piller  »  ;  encore  aujourd'hui, 
le  west-flamand  connaît  pluisteren  «  éplucher  »  (x).  —  Au  lieu  de 
d'poûstrer,  ou  mieux  d'poûstrer,  on  s'attendrait  à  d'poûtrer,  puisque  le 
simple  est  poûtrer  «  poudrer  »  (2).  Pour  expliquer  Ys  anormale,  on  peut 
invoquer  l'influence  de  d'poûs'ler  «  épousseter  »  ;  mais  il  vaut  mieux, 
je  crois,  y  voir  le  résultat  d'une  métathèse  :  d(us)poûtrer  =  d'poûstrer. 
J'explique  de  même  d(is)ivêbi  =  d'wêsbi  (G.,  I,  178  ;  voy.  ci-après, 
l'article  wêbi),  d(is)frêti  =  d'frêstî  (Duvivier  :  «  défrayer  >■). 
[BD  1920.  p.  10.] 

nam.  dronke 

L'eczéma  infantile,  en  fr.  les  croûtes  de  lait,  s'appelle  li  dronhe  à 
l'Ouest  et  au  Sud  de  Liège  (Engis,  Huy,  Harzè),  à  Erezée  (Lux.),  à 
Noiseux  (Namur)  ;  li  dronke  en  namurois  (Xamur,  Ciney,  Dorinne, 
Stave  ;  Gembloux,  Forville  :  prov.  de  Brabant),  lès  dronkes  à  St-Géry, 
(Brab.)  et  à  Viesville  (près  de  Luttre  :  Hainaut).  G.,  I  183,  donne  sans 
explication  le  nam.  drongue  (3).  Ce  mot,  en  dépit  de  son  aspect  ger- 
manique, a  une  origine  romane  bien  assurée.  Il  reproduit  le  moyen 
latin  dracunculus  «  aposthème,  ulcère  »  (4),  d'où  l'anc.  fr.  draoncle 
«  apostème,  éruption  cutanée,  etc.  ».  Un  texte  namurois  du  xve  siècle 
poite  cette  recette  :  «  Pour  drongles,  R.  de  la  farine  de  soile  [seigle] 
pillée  en  moitiet  vin  et  moitiet  yawe»  (5).  Au  point  de  vue  phonétique, 

(*)  Voy.  De  Bo,  ainsi  que  Franck-van  Wyk,  pltjiSï 

(2)  Lobet .  |>.  455  :  (i.,  II  251 .  —  Forir  a  poûtlé  et  poûtré,  di poulie  et  dipoûtriné. 

(3)  l'ius  loin.  II  xxi.  il  enregistre,  d'après  Simonon,  le  s.  f .  dronhe.  De  là,  cette 
forme  a  passé  dans  le  dictionnaire  de  Forir  ;  mais  elle  n'est  pas  connue  à  Liège,  du 
moins  aujourd'hui.  Le  liég.  dit  lès  seûyes  («  soies  »). 

(*)  Ci',  Du  Cange,  dracunculus  ou  dranculus  (ulceris  vel  cancri  species).  D'après 
M.  Anl.  Thomas,  le  gr.  Spaxo'vttov  «  ver  qui  s'engendre  sous  la  peau  «  prouve  que 
dracunculus  a  dû  exister,  au  sens  correspondant,  en  latin  classique  (Romania,  1913, 
p.  393).  Pour  la  sémantique,  comp.  le  west-flam.  erfworm  (De  Ho)  :  eczéma  impeti- 
ginoïdes. 

(5)  Cité  par  .1.  Camus,  Revue  des  Langues  romanes,  1805,  t.  xxxvm,  p.  202  ; 
cf.  ibid.,  p.  160  :  drangler,  dranglure  (apostème).  —  L'article  de  Mever-Lùbke, 
n°  2760,  est    très   incomplet. 


—  87  — 

-comparez  le  liég.  ronhe  (rancher  ;  G.,  II  324),  altération  du  nam.  ronke 
(=  anc.  fr.  ronghe,  dans  trois  textes  tournaisiens  cités  par  Godefroy). 
[BD   1920,  p.  10.] 

w.  d(u)  grade  (Verriers,  Malmedy) 

G.,  1 171,  se  contente  d'enregistrer,  d'après  Remacle,  2e  éd.  :  «  digrâte, 
probablement,  assurément  :  i  r'vinrè,  d'grâte  :  il  reviendra,  probable- 
ment ;  vos  ni'  cafougnîz,  vos  d?meûr,rez  keû,  d'grâte  :  vous  me  chiffonnez, 
je  suppose  que  vous  allez  rester  tranquille  ».  —  Lobet  (Verviers,  1854) 
écrit  :  dgrande  «  probablement,  vraisemblablement  ».  De  même,  Villers 
(Malmedy,  1793)  :  dugrande  «  sans  doute,  certainement  »  (G.,  Extraits 
de  Villers).  J'ai  noté  aussi  à  Stavelot  :  vos  n'  roûvèyeroz  nin  eT  grade 
du  v's-è  satfni  «  vous  n'oublierez  pas,  j'espère,  de  vous  en  souvenir  ».  — 
Cette  expression  archaïque,  qui  est  inconnue  à  Liège,  n'a  pas  encore 
reçu  d'explication. 

Disons  tout  de  suite  que  les  graphies  â,  an  sont  au  fond  identiques  : 
dans  le  dialecte  de  Verviers-Malmedy,  on  ne  peut  dire  à  première  vue 
si  â  est  un  an  dénasalisé,  ou  si  an  est  une  nasalisation  arbitraire  de  â. 
Même  incertitude  pour  les  finales  -de,  -te.  On  soupçonnera  tout  au  plus 
que  Lobet  et  Villers  ont  obéi  à  l'analogie  du  fr.  grande. 

Un  premier  point  est  probable.  G..  I  182,  écrit  drâhon  (beaucoup), 
qu'il  faut  analyser  cT  râhon  «  de  raison  »  (raisonnablement,  passable- 
ment ;  d'où  :  «  à  foison  »).  De  même,  il  paraît  certain  que  d(u)grâte 
représente  une  locution  composée.  Un  manuscrit  verviétois  de  1759 
sépare  les  deux  mots  :  du  grade  qu'ira  dès  ruv'nazves  èssé  «  je  suppose 
qu'il  a  assez  de  revenus  ».  Cet  exemple  montre  de  plus  que  notre 
expression  peut  devenir  locution  conjonctive  et  se  mettre  au  début  de 
la  phrase. 

D'après  Schuermans  (*),  les  dialectes  flamands  emploient  geraden 
(«  deviner  »  ;  néerl.  raden),  op  het  geraad  («  en  devinant,  au  hasard,  au 
petit  bonheur  »).  C'est  là  qu'il  faut  chercher  l'origine  du  w.  d?  grade. 
qui  est  emprunté  de  (op)  H  geraad,  ou  plutôt  de  (i)k  geraad  «  je  devine  ». 
La  réduction  de  geraad  en  grâd7  est  normale.  Par  étymologie  populaire,, 
la  préposition  d(u)  s'est  substituée  à  l'initiale  H  ou  'Je.  En  somme, 
i  r'vinrè,  d'  grade  signifie  :  «  il  reviendra,  je  suppose  ».  Lancé  avec  une 
certaine  intonation,  cela  équivaut  à  :  «  j'aime  à  le  croire,  ce  n'est 
nullement  douteux  pour  moi  ». 

(x)  Algemeen  Vlaamsch  Idioticon.  Kilian  a  aussi  gheraeden  (conjecturer,  deviner). 
Le  luxembourgeois  gerôt  signifie  «  hasard,  occurrence  ». 


—  88  — 

En  namurois,  avec  le  même  accent,  on  dit  dandjureûs  «  dangereux  » 
(=  il  risque  fort  que  ce  soit  vrai,  j'espère  que  c'est  vrai)  (1).  En  mon- 
tais, azârd  joue  le  même  rôle  (Sigart,  p.  209).  Dans  le  pays  gaumais, 
les  formules  davine,  daviney  (devine,  devinez)  émaillent  la  conversa- 
tion, exprimant  un  degré  plus  ou  moins  grand  de  probabilité,  tandis 
que  tâ-f,  tâjèy  (tais-toi,  taisez- vous)  affirment  ou  nient  avec  plus  de 
conviction. 

fr.  s'ébrouer,  anc.  fr.  espro(h)er  ;  liég.  sprognî 

I.  L'anc.  fr,  espro(h)er  vient  du  francique  sprowan  (Meyer-Lubke, 
n°  8188),  forme  ancienne  de  l'ail,  sprûhen  «  faire  jaillir  ».  La  façon  dont 
Godefroy  en  parle  prête  fort  à  la  critique.  Il  fait  deux  articles  au  lieu 
d'un  seul  et,  si  dans  le  second  espro(h)er,  v.  a.,  «  asperger,  éclabousser  » 
est  défini  correctement,  dans  le  premier  où  il  range  trois  exemples  du 
V.  n.,  il  passe  trois  fois  à  côté  de  la  traduction  exacte  :  (son  cheval) 
esproha  signifie,  non  pas  «  hennit  »,  mais  «  s'ébroua  »  ;  chat  qui  esproe 
«  souffle  de  colère  »,  et  non  «  miaule  »  ;  de  même,  en  parlant  d'un  oiseau 
à  qui  vous  tenez  en  votre  bouche  le  bec  jusqu'aux  yeux,  s'il  esproe  bien 
après,  dont  est  il  sains,  il  faut  comprendre  :  «  si  cet  oiseau  souffle  de 
colère  contre  vous,  c'est  un  indice  qu'il  est  sain  »  (2).  De  plus,  Godefroy 
oublie  la  forme  sproher,  que  G.,  II  639,  signale  dans  une  variante  de 
Jean  d'Outremeuse  au  sens  de  «  cracher  ».  Enfin,  d'après  Godefroy, 
esproement  «  exprime  l'idée  de  moquerie  »  ;  nous  y  verrons,  au  propre, 
un  éclat  de  gros  rire,  une  explosion  de  rire  qui  asperge  autrui. 

On  n'a  pas  encore,  que  je  sache,  cherché  dans  l'anc.  fr.  espro(h)er 
l'origine  du  fr.  mod.  s'ébrouer.  Cependant  les  hypothèses  émises  pour 
expliquer  ce  dernier  sont  nombreuses  et  diverses.  Pour  l'un,  «  ébrouer 
dérive  peut-être  de  *brou  (=  brave),  l'ébrouement  du  cheval  pouvant 
passer  pour  un  signe  de  courage  »  (3)  ;  comme  si  ce  n'était  pas  tout 
aussi  bien  et  plutôt  un  signe  de  surprise  et  d'effroi  !  (4)  Pour  l'autre, 

(*)  Exemple  :  riji  ratind  vosse  frère  :  i  vêrê  va,  dandjureûs  «  j'attends  votre  frère  ; 
il  viendra,  j'espère  »  (Pirsoul,  I  183)  ;  voy.  aussi  Forir,  v°  danjreû. 

(2)  God.  ne  donne  pas  de  traduction  ;  celle  du  Lexique  de  Bonnard  et  Salmon  : 
«  crier  »  ne  vaut  rien.  —  De  même  le  wallon  dit  qu'un  cheval  qui  s'ébroue  (qui 
sprogne)  est  sain  ;  sprognî  peut  se  dire  aussi  d'un  chat  qui  souille  bruyamment  de 
peur  et  de  colère.  Le  wallon  peut  ici  servir  de  guide  :  dans  tous  les  exemples  cités 
esproher  répond  au  w.  sprognî,  où  nous  voyons  d'ailleurs  un  dérivé  du  francique 
sprowan  ;  voy.  ci-après. 

(3)  Kôrting,  Dict.  d'étym.fr.  ;  c'est  l'opinion  de  Die/.,  adoptée  par  Littré. 

(4)  Comp.  «  un  ébrouement  de  cheval  soufflant  de  peur  »,  Zola,  Une  page  d'amour, 
p.  402. 


—  89  — 

s'ébrouer  se  rattache  à  s'esbroufer  et  vient  donc  du  provençal  esbroufa 
qui  a  le  même  sens  (J)  ;  mais  comment  justifier  la  chute  de  /  ?  Pour  le 
Dict.  général,  «  peut-être  s'ébrouer  se  rattaehe-t-il  au  même  radical  que 
ébrouer,  t.  techn.  :  plonger  dans  Peau  (des  tissus  sortant  du  métier), 
l'ébrouement  des  animaux  ayant  pour  résultat  de  faire  sortir  une  sorte 
de  vapeur  par  les  naseaux  »  (2).  En  somme,  la  question  reste  pendante, 
car  même  la  dernière  hypothèse,  la  plus  sérieuse,  ne  va  pas  sans  quelque 
difficulté  de  sémantique. 

Pour  moi,  il  me  paraît  naturel  d'admettre  que  esproer,  au  lieu  de 
disparaître  comme  on  le  croit,  a  donné  régulièrement  *éprouer,  lequel 
est  devenu  ébrouer,  v.  intr.  (1564),  puis  v.  réfl.,  sous  l'influence  du 
synonyme  s'esbroufer.  L'homonyme  ébrouer,  anc.  fr.  esbroer  (abbruhen), 
t.  techn.,  a  pu  aussi  influer  sur  le  changement  anormal  de  pr  en  br. 
Pour  le  traitement  vocalique,  la  concordance  est  remarquable  entre 
(es)broer,  (é)brouer  .  ail.  mod.  (ab)brihhen,  et  esproer,  ébrouer  :  ail.  mod. 
sprûhen.  Enfin  cette  hypothèse  a  l'avantage  de  montrer  la  survivance 
de  esproer  dans  la  langue  moderne  et  la  parenté  du  fr.  s'ébrouer  avec 
le  w.  sprognî,  qui  a  le  même  sens. 

IL  L'article  de  G.,  II  390,  sur  le  liég.  sprognî  est  incomplet  et  ne 
donne  pas  d'étymologie.  On  le  remplacera  par  ce  qui  suit. 

Formes  dialectales  :  sprognî  Liège  (Forir  :  II  dp  va  sprogne), 
Fléron  ;  -l  Stavelot,  Malmedy,  Doncols,  Wardin-lez-Bastogne,  Gives 
et  dans  le  Condroz  ;  -er  Jupille,  Trembleur  ;  -è  Bande  ;  sprougnè  Neuf- 
château  ;  sprugnl  Verviers  ;  spronl  Namur,  Crehen  (Ben-Ahin  :  Il  dj'vd 
spronlh,  Il  a  sprognî  :  c'est  signe  qu'il  est  hêtî  ou  sain).  —  Les  graphies 
suivantes  sont  suspectes  :  s  prou  gui  (G.)  ;  sprôgner  Verviers  (BSW  40, 
p.  458  ;  lire  o  ?)  ;  spreûgner  Jupille  (ib.,  49,  p.  375  ;  lire  œ  "?)  ;  spronl 
Namur  (Pirsoul  ;  lire  spronl  ?). 

Significations  :  1.  s'ébrouer,  souffler  bruyamment  de  l'eau  hors  de 
la  bouche  et  du  nez  ;  se  dit  surtout  du  cheval.  C'est  le  sens  le  plus  ordi- 
naire ;  on  le  connaît  partout  :  de  Liège- Verviers  à  Neufchâteau  et  à 
Namur  ;  —  2.  éternuer,  en  parlant  de  l'homme  :  Doncols,  Wardin, 
Bande  et  dans  le  Condroz  ;  —  3.  pouffer  de  rire  au  point  de  s'engouer 
(Malmedy  :  Villers),  ou  mieux  :  rire  en  projetant  de  la  salive,  rejeter 
de  la  nourriture  en  riant  la  bouche  pleine  (Fléron)  ;  —  4.  souffler  de 

(1)  L.  Clédat,  Dict.  étym.  de  la  langue  fr.,  1912. 

(2)  C'est  l'opinion  de  Seheler  et  aussi  de  Meyer-Lùbke,  n°  1325  :  ce  dernier  dérive 
du  germ.  brôjan  :  ébrouer  (abbruhen)  et  s'ébrouer  (schnauben).  Ch.  Joret  défend  la 
même  thèse  dans  Romania,  ix,  p.  110.  Voy.  enfin  les  Franzôsische  Studien,  vi,. 
pp.  31-33. 


—  90  — 

colère,  en  parlant  d'un  chat  (Jupille  :  BSW  49.  p.  375)  ;  — ■  5.  «  souffler 
un  liquide  qu'on  a  mis  dans  sa  bouche  »  (Verviers  :  Remacle,  v°  sprugni); 
«  pousser  un  liquide  avec  la  bouche  au  visage,  etc.  ;  imprégner  avec  la 
bouche  une  étoffe  d'eau,  d'huile  »  (id.  :  Lobet,  v°  sprugni)  ;  «  répandre 
de  l'huile  grasse  ou  de  pétrole  sur  une  chaîne  trop  encollée  : , l'ouvrier 
projette  le  mélange  d'eau  et  d'huile  par  la  bouche  !  »  (ib.  :  M.  Lejeune, 
Voc.  de  V  apprêteur  en  draps  :  BSW  40,  p.  458)  ;  —  6.  v.  unip.,  bruiner 
(Stavelot,  Malmedy)  :  !  sprogne,  il  a  sprogni  ;  il  a  tourné  one  suprognore 
«  il  est  tombé  une  légère  ondée  »  ;  à  Faymonville,  on  emploie  dans  ce 
cas  le  diminutif  sprœgn-ter,  d'où  sprœgnHàre  «  bruine,  légère  ondée  ». 
Etymologie  :  Dérivé,  à  l'aide  du  suffixe  diminutif  -iculare,  du 
francique  sprowan  (1),  forme  ancienne  de  l'ail,  sprùhen  «  faire  jaillir, 
projeter  avec  force  (par  ex.  des  étincelles)  ».  Le  type  schématique 
*sprow-iculare  aboutit  normalement  à  *sproeillier,  *spro-yî,  d'où 
sprogni,  par  épaississement  de  y  en  gn  (2).  — -  Dans  le  liégeois  Jean 
d'Outremeuse  on  lit  :  «  a  rote  sa  lenge  et  les  piechez  sprelhoit  (var. 
sprohoit)  hors  de  se  boche  »  [=  il  a  déchiré  sa  langue  et  crachait  les 
morceaux]  (3)  ;  sprelhoit  est  sans  doute  une  graphie  inexacte  pour 
*sproelhoit,  imparfait  de  *sproelhier.  G.,  II  639,  a  deviné  dans  ce  verbe 
un  fréquentatif  de  l'ail,  sprùhen  ;  mais  il  a  négligé  de  le  rapprocher  du 
moderne  sprogni,  qui  en  est  pourtant  inséparable.  —  Comparez  au 
surplus  le  malm.  i  sprogne,  qui  répond  à  l'ail,  es  sprùht  «  il  tombe  une 
pluie  fine  »,  et  ce  que  nous  disons  plus  haut  du  fr.  ébrouer.    . 

anc.  fr.  effriboter 

Ce  mot  se  rencontre  dans  un  texte  de  1542  : 

S*on  ne  Feust  esté  de  sus  moy, 

Morde,  je  l'eusse  effriboté.  (Romania,  xxxiii,  34G). 

M.  Behrens,  Beitrâge,  p.  88,  le  rattache  à  l'anglais  freebool  «  agir  en 
flibustier,  piller  ».  M.  Ant.  Thomas  déclare  cette  conjecture  peu  vrai- 
semblable, mais  ne  met  rien  à  la  place  (Romania,  xxxvi,  264).  Ne 
pourrait-on  pas  invoquer  le  w.  fribote  «  bribe,  lambeau  »,  difriboter 
«  effilocher,  déguenillcr  »  ?  Pour  la  composition  et  pour  le  sens,  effri- 
boter serait  analogue  au  fr.  écharper.  êcharpiller  «  mettre  en  pièces  ». 
[Romania,  t.  xt.vii  (1021),  p.  563]. 

(1)  Meyer-Lûbke,  n°  8188,  tire  de  là  Pane.  fr.  esproer. 

(2)  Comp.  houyot  (houle  de  nei<fe)  ^>  hougnot,  etc. 

(n)  Myreur  des  histors,  iv,  :is:ï.  -  -  Godefroy  reproduit  ee  texte  sans    la  variante 
et  avec  :  arntr,  au  lien  de  arote,  que  (i.  corrige  :  a  rote. 


—  91  — 

anc.  fr.  embegaré.  begart 

Froissart.  dans  ses  Poésies,  parle  d'un  «  poreel  ort  et  embegaré  ». 
Scheler  et  Godefroy  traduisent  le  dernier  mot  par  :  «  souillé  »  ;  dans  son 
Glossaire  des  poésies  de  Froissart.  Scheler  ajoute  cette  note  :  «  Il  y  a 
probablement  eonnexité  entre  begarer,  troubler,  salir,  souiller,  et 
bigarrer  ?  Cela  reste  à  examiner  ».  — -  Ces  rapprochements  sont  hors 
de  propos  (1).  Le  mot  dérive  de  l'anc.  fr.  begart  2.  que  Godefroy  ne  sait 
pas  traduire  (dans  ce  passage  :  «  tel  coup  li  a  doné...  ke  gambes  reversées 
le  trebuce  el  begart  »)  et  que  nous  expliquons  sans  peine  grâce  au  liég. 
bègâ  «  purin,  jus  de  fumier  »  ;  voy.  l'article  bègâ.  Le  sens  précis  de 
«  embegaré  »  est  donc  :  «  souillé  de  purin  ».  La  forme  *begard  a  pu 
donner  embegaré,  comme  dard  donne  le  w.  dârer  «  darder  ».  Cependant, 
le  mot  rimant  dans  le  texte  de  Froissart  avec  regardé,  il  faut  sans  doute 
corriger  *embegardé.  Le  liég.  bigârder  «  arroser  de  purin  »  (les  fosses 
de  houblon)  existe  encore  à  Jupille. 
[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  563]. 

liég.  èminné 

D'après  G.,  I,  191,  le  liég.  èmainé  (2)  «  guindé,  maladroit  »  dérive  de 
main  et  signifie  proprement  «  privé  de  la  main  »  ;  mais,  si  l'on  compare 
spaté  «  écrasé  »  (qui  répond  au  fr.  épaté  «  privé  de  l'usage  d'une  patte  »), 
smané  (Alle-sur-Semois)  «  manchot  ».  spougn'tè  (Marche-en-Famenne) 
«  amputé  du  poing  »,  on  comprendra  que  cette  analyse  est  impossible. 
Le  préfixe  ne  peut  être  que  è-,  lat.  in-,  fr.  en-.  D'autre  part,  nous  cons- 
tatons que  l'on  prononce  èmë'Cné  à  Bergilers  (Hesbaye)  et  que,  près  de 
Malmedy,  èméné  signifie  «  paralysé,  perclus  »  (3).  —  Ces  deux  éléments 
nouveaux  permettent  d'établir  l'origine  du  mot.  Le  radical  est  le  w. 
mèhin  «  incommodité,  infirmité  »,  anc.  fr.  meshain  «  estropiement, 
mutilation  »  (4).  Le  dérivé  *è-mèhai)i-é  a  donné,  par  réduction  normale, 
HrïChl  lé.  De  là  :  1°  par  métathèse  de  l'aspirée,  le  hesbignon  èmeïïné  (5)  ; 

(!)  Ailleurs,  dans  son  E'ude  lexicologique  sur  les  poésies  de  GiUon  le  Muisit,  ren- 
contrant desbedarer  «  souiller  »,  qui  vient  de  bedaire  «  bmie  ».  Scheler  propose  de 
corriger  notre  mot  en  *embeduré  (Mém.  Acad.  de  Belg.,  1884.  t.  37,  v°  desbedarer) 

(2)  On  prononce  èmèné  (Liège,  Ben-Ahin),  -î  (Vielsalm).  èmêné  (Verviers),  èméné 
(Malmedy),  ènvwèné  (Tohogne),  èmvcèmè  ^Marche-en-Famenne).  aimvë >è  (Rendeux, 
Tenne  ville). 

(3)  A  Robertville  (BD  1908   p.  31)  ;  à  Faymonville  (BSW  50,  p.  543). 

(4)  Voy.  les  exemples  dans  Godefroy  et  cf.  G..  II  10  2. 

(5)  Comp.  liég.  mèh'ner  [moissonner]  «  glaner  »  =  mèrther  à  Bergilers  ;  liég. 
mwèlîné  «  corvza  »  =  mzvèn'ttê  à  Grandménil. 


—  92  — 

2°  par  chute  de  l'aspirée  et  contraction,  le  liégeois  en  ené  (1).  —  Le  sens 
primitif  «  infirme,  estropié»  ne  survit  qu'en  un  point  extrême  de  la 
Wallonie.  Ailleurs,  le  mot  a  désigné,  par  hyperbole,  un  maladroit, 
guindé  dans  ses  mouvements,  dont  les  mains  sont  gourdes  comme  s'il 
avait  mal  au  bras.  De  même  èstroupî  «  estropié  »  se  prend  au  sens  de 
«  lourdaud,  maladroit  ».  Comparez  le  gaumais  a-hachière  (ci-après,  à 
l'article  hahîre). 

[BD  1920,  p.  11]. 

liég.  èstèssiner 

Ce  verbe  signifie  :  1.  arroser  (un  rôti  à  la  broche  ou  dans  la  poêle  en 
y  versant  doucement  du  jus,  du  beurre  fondu)  ;  2.  par  ext.,  arroser 
(ce  qu'on  mange  en  buvant  du  vin)  (2)  ;  3.  v.  réfl.,  s'humecter  en 
buvant,  s'arroser  l'intérieur,  d'où  :  s'enivrer  (3).  Il  a  plusieurs  autres 
formes  :  èstèss'ner,  stèssiner,  ètèssiner,  tèssiner  ;  et  des  dérivés,  dont  le 
plus  intéressant  est  stèssinerèce,  s.  f.,  «  cuiller  à  arroser  »  (4).  —  Grand- 
gagnage  en  parle  à  deux  reprises  (I  196,  II  399),  sans  donner  d'étymc- 
logie.  Je  ne  connais  d'autre  essai  d'explication  qu'une  note  de  Borgnet, 
qui  pense  à  l'ail,  stechen  «  piquer  »  à  propos  d'umpassage  du  Myreur, 
I  264  :  «  viandes  rosties  et  stechinees  de  basmes  qui  vient  d'Egypte  »  ; 
Borgnet  oublie  qu'à  l'ail,  stechen  répond  le  w.  stitclâ  (5). 

Ce  verbe  appartient  à  la  classe  nombreuse  des  dérivés  qui  ont  le 
suffixe  diminutif  -hier.  Quant  au  radical,  c'est  l'anc.  fr.  esteser  (lat. 
*exten'sare)  «tendre,  étendre»,  représenté  d'ailleurs  chez  nous  par 
l'anc.  w.  stesani,  stensant  au  sens  intransitif  de  «  étendu,  situé  »  (6)» 
Ni  Kôrting  ni  Meyer-Lubke  n'enregistrent  un  type  *extensare  ; 
le  dernier  a  cependant  un  article  *extentare  «  étendre  »  pour 
expliquer  l'italien  dialectal  stentinare  «  re'pandre  v. 

(1)  De  même  le  liég.  mohon  (mansionem:  maison)  a  passé  par  *vîhon  pour 
devenir  mon  clans  :  a-mon  ou  è-mon  Djâque  «  chez  Jacques  ».  —  On  peut  aussi 
admettre  que  le  liégeois  a  connu  jadis  la  forme  hesbignonne  èmvnttné  et  que  h  est 
tombé  comme  dans  mnâve  (mis  pour  ^vih'nâve,  *vicinabilem). 

(2)  Dans  une  pasquille  de  la  fin  du  xvnic  siècle  (Choix,  p.  187),  il  est  question 
de  bons  vivants  qui  stèsinîn'  avou  de  vin  dès  gozâs,  des  dorêycs  «  arrosaient  de  vin 
des  gâteaux,  des  tartes  ». 

(3)  (i .,  I  1 96,  donne  les  sens  1  et  3.  Voici  un  exemple  du  dernier  :  (Li  dj»ù  dès  lioys),. 
qu'on  bon  crètyin  fièstêye  lot  s'èstèssinant  d'  vin  (J.-J.  Hanson,  trad.  inédite  des 
Lusiades,  1783  ;  v.  3051-2).  Le  mot  n'est  plus  employé  aujourd'hui  en  liégeois. 

(')  Ci.,  II  :;!»!).  Sur  le  sulï.  -aricius,  voy.  l'Appendice. 

(•')  Godefroy,  v°  slechiné,  reproduit  l'erreur  de  Borgnet. 

('•)  Voy.  <;..  II  640  ;  Scheler,  Gloss.  de  lu  Geste  de  Liège,  p.  285  ;  et  le  Dict.  gén.? 

ÉTRÉSILLON. 


—  93  — 

Le  sens  propre  de  èstèssiner  est  donc  :  «  étendre  à  petits  coups 
successifs  (la  sauce  sur  le  rôt)  »,  d'où  :  «  arroser  (le  rôt)  fréquemment 
et  à  petits  coups  «.—D'après  tensare  :  w.  tèzer,  et  tonsar  e  :  w.  tozer,  on 
peut  objecter  que  esteser  a  dû  donner  èstèziner.  Telle  a  été  assurément 
la  première  forme  ;  mais,  par  la  syncope  normale  de  la  protonique  non- 
initiale  (èstèz'ner),  la  douce  devient  régulièrement  forte  (èstèss'ner, 
d'où  la  forme  refaite  èstèssiner)  ;  de  plus,  le  groupe  st  qui  précède  a  sans 
doute  aussi  exercé  une  influence  assimilatrice  sur  la  sifflante  qui  suit. 
—  On  ne  doit  pas  s'étonner  de  voir  une  forme  èstèssiner  à  côté  de 
stèssiner  ;  comp.  èstoumaker  et  stournaker  ;  èstomer  et  storner  ;  èstra- 
boter  et  straboter  ;  èstèner,  espérer,  èsprinde,  èsprover.  — ■  Pour  tèssiner, 
comp.  le  fr.  trésillon  à  côté  de  étrésdlon,  le  w.  troûler  à  côté  de  stroûler,  etc. 
Enfin  ètèssiner  est  ou  bien  *intens-in-are  ou  bien  une  altération  de 
èstèssiner,  par  influence  de  ètèsser  «  entasser  »,  voisin  de  forme  et  de  sens 

liég.  était,  ètêt 

L'adjectif  ètêt,  archaïque  en  liégeois,  signifie  «  allègre,  aise,  satisfait  » 
et  s'emploie  surtout  dans  avu  Vcoûr  ètêt  «  avoir  le  cœur  content,  être 
heureux  ».  G.,  II  xxn,  y  voit  un  dérivé  probable  du  lat.  intentus  ; 
mais  la  phonétique  ne  s'accommode  pas  de  cette  hypothèse.  C'est 
exactement  le  lat.  intactus  «  intact,  frais,  en  bon  état  »,  anc.  fr.  entait 
«  bien  disposé,  actif,  empressé  ».  A  l'anc.  fr.  entaitier  répond  ètêtî 
(G.  ;  Forir  ;  Villers)  «  encourager,  animer  »,  ètêti  dans  la  vallée  du  Geer  : 
s'ètêti  a  Vovrèdje.  Quant  aux  dérivés  ètêtemint,  ètêtîse,  ètêtisté  «  entrain, 
satisfaction  »,  ils  sont  ou  forgés  par  nos  dictionnaires  ou  actuellement 
inusités. 

av.  façon,  faucon 

Dans  son  Vocabulaire  givétois,  M.  J.  Waslet  note  faucon,  s.  m., 
«  petite  botte  de  paille  débarrassée  des  mauvaises  herbes  et  dont  on 
a  ménagé  le  chaume  en  ne  battant  que  les  épis  :  fé  dès  manches  awè  in 
faucon  di  strin  d'  swèle,  faire  des  liens  avec  une  botte  de  paille  de  seigle  ». 
J'ai  relevé  le  même  faucon  dans  le  Condroz  et  en  Famenne  avec  des 
définitions  un  peu  différentes  :  à  Ciney,  c'est  une  «  gerbe  de  paille  de 
seigle  »  ;  à  Marche-en-Famenne,  «  mie  botte  de  paille  toute  préparée 
pour  que  le  couvreur  en  chaume  puisse  la  disposer  sur  le  toit  à  couvrir  ». 
On  prononce  façon  à  Villers-Ste-Gertrude  (même  sens  qu'à  Marche)  et 
à  Erezée  («  paille  peignée  et  arrangée  pour  servir  de  liens  »).  —  On  y 
verra  sans  peine  le  même  mot  que  le  fr.  fauchon  (forme  normanno- 
picarde  pour  *  faucon)  «  petite  faux  »  ;  mais  le  diminutif  a  développé  ici 


—  94  — 

une  acception  remarquable  :  1.  «  poignée  dîépis  fauchés,  javelle  »  (sens, 
général,  aujourd'hui  perdu)  ;  2.  spécialement,  «  botte  de  paille  de  seigle 
(Cinev).  destinée  à  fournir  les  liens  (Givet,  Erezée)  ou  à  couvrir  les 
toits  (Famenne.  Villers-Ste-Gertrude)  ». 

w.  fèr.  anc.  fr.  ferlier,  fernoer 

Dans  le  Bulletin  du  Dict.  wallon,  1908,  p.  39,  M.  Alph.  Maréchal  a 
démontré  que  le  w.  tofèr  ou  tot-fèr,  «  toujours,  constamment  »,  vient 
du  latin  f  irmum  et  représente  en  réalité  «  tout  feime(ment)  »  (x)  ;  de 
môme  le  synonyme  fin-fèr,  usité  à  Viesville  (Hainaut).  M.  Alph.  Bayot 
(ib.,  1910,  p.  59)  a  noté  dans  le  Miroir  des  nobles  de  Jacques  de  Hemri- 
court  un  exemple  ancien  du  w.  fèr,  lat.  firmum  :  «  tant  fer  chevaehoit 
qu'il  n'estoit  nin  a  remuweir  >  (2).  Enfin,  pour  corroborer  l'étymologie 
de  M.  Maréchal,  j'ai  rappelé  (ib.,  1910,  p.  60)  que  fèr  existe  encore, 
comme  adjectif,  à  Malmcdy  et  à  Larcche,  dans  les  expressions  :  fé  on 
fèr  nok  a  ses  soles,  loyi  ses  soles  a  fèr  nok  »  lier  ses  souliers  à  nœud  ferme, 
par  opposition  à  nœud  coulant  »  (Mahnedy),  loyer  ou  noker  a  fèr  nok 
(Laroche)  (3).  D'où  le  verbe  afèrnokî  «  lier  à  nœud  ferme  »  (Malmedy).  — 
J'aurais  pu  citer  également  loyi  a  fèr  neu  (Givet,  Ucimont),  le  gaumais 
farnowèy  «  lier  [ses  souliers]  à  nœud  ferme  »,  par  opposition  à  fâre  in 
flo  (Tintigny),'  et  le  lorrain  anfernowé  «  noué  par  tous  les  bouts,  difficile 
à  défaire,  en  désordre  ;  se  dit  du  fil,  de  la  ficelle,  etc.  »  (4). 

Or  l'ancien  français  possède  les  verbes  ferlier,  fernoer,  que  l'on  tra- 
duit communément  par  «  lier  de  fer,  nouer  avec  du  fer  »  et  où  l'on  voit 
des   composés   analogues  à  ferarmer,  fervestir,  saupoudrer,  vermoulu, 

(')  Au  point  de  vue  sémantique,  il  est  intéressant  de  comparer  les  emplois  de  fer 
(1.  ferme  ;  2.  sans  cesse,  dans  le  w.  tofèr)  avec  ceux  du  grec  I'jjutîoov,  neutre  de 
l'adjectif  l').-iïo-  (T.  qui  repose  solidement  sur  le  sol,  d'où  :  ferme,  solide  ;  2.  avec 
idée  île  durée  :  continu,  incessant).  Le  8éet  ï\j.~iwt  d'Homère  (Iliade,  xxn,  192  : 
il  court  ferme,  MUb  relâche)  se  traduira  exactement  en  liégeois  :  i  court  tot-fèr. 

(-)  Je  trouve  dans  Grégoire  le  Pape,  Sermo  île  Sapientia,  ces  deux  exemples  qui 
nefigurenl  pas  dans  Godefroy  :     fer  esteir  en  la  sue  loi  »  (éd.  Foerster,  p.  287, 1.  15)  ; 

m  seeiz  Ici  en  sele,  s'ele  n'est  dioreie  »  (ibid.,  p.  291,  1.  10).  De  même,  dansBaud. 
<ie  (  onde  :     Ii  \  ice"  o>  t  fort  et  fer     (cil.  Scheler,  p.  tîo.  v.  57). 

(3)  L'expression  s'esl  altérée  en  :  afwi  ri  uni,-  (Liège,  Verviers,  Wanne,  Erezée,  etc.), 
afort  mil,  ((  iney)     a  nœud  fort     :  voy.  Cambresier  : foir-nouk. 

i1)  Jaclot,  Voc.  ilu  pays  nussii/.  1854,  p.  2.  -  D'après  .1.  Feller,  yoles,  pp.  237, 
389,  fèrnoke,  farnowèy,  fornouer,  renferment  le  préfixe  for-  (far-,  fer-)  :  lat.  foris. 
Cela  peul  être  exact  pour  le  fr.  techn. fornouer  laisser  nouer  [un  filj  en  tissant» 
{Dict.  gén.)  :  mais  ne  convient  il  j  as  de  distinguer  ce  fornouer  du  gaumais  farnowèy  et 
de/r  r  nol.r  ? 


—  95  — 

cloufichier,  etc.  (J).  Etant  donnés  les  termes  patois  énumérés  ci-dessus, 
je  crois  que  l'analyse  traditionnelle  est  inexacte,  et  que  ferlier,  fernoer 
doivent  s'expliquer  par  fer(m)  lier,  noer.  Au  point  de  \<ue  formel,  si  la 
confusion  est  possible  en  français  entre  fer(m)  <  firmum  et  fer 
<  f errum,  en  wallon  le  premier  seul  aboutit  à  fèr,  tandis  que  le  second 
subit  la  diphtongaison  et  devient  fier.  Quant  au  senr,  la  traduction 
«  lier  solidement  »  convient  parfaitement  à  tous  les  exemples  connus. 

[Article  paru  en  premier  lieu  dans  Roumain  (1911),  t.  xl,  p.  325,  avec  la 
note  suivante  de  M.  Antoine  Thomas  :  «  Dans  l'un  de  ces  exemples,  on  lit 
fierloier  (Alixandre,  éd.  Michelant,  fol.  266),  ce  qui  parait  contredire  l'expli- 
cation de  M.  Haust  ;  mais  cette  explication  est  par  elle-même  si  lumineuse  et, 
dans  le  passage  en  question,  l'intervention  du  fer  (métal)  est  si  invraisemblable, 
qu'il  ne  faut  voir  dans  fierloier  qu'une  graphie  due  à  une  fausse  interprétation  ». 
—  J'ai  trouvé  depuis  lors  dans  des  textes  anciens  publiés  par  Romania,  ces- 
deux  exemples  significatifs  :  ferm  seit  sur  la  plaie  liée  (t.  xxxvm,  pp.  498, 
53ô),  ferm  lièrent  la  sainte  pucele  (t.  xl,  p.  3-tO).] 

liég.  fiskineû,  fiksineû 

G.,  I  207,  signale  simplement  :  «  fiskineû,  e.  m.,  vétérinaire  ».  Lobet 
écrit  :  «  fiksineû,  vétérinaire,  maréchal -ferrant  qui  panse  les  chevaux, 
bestiaux  ».  Forir  et  N.  Lequarré  (BSW  20,  p.  xx)  enregistrent  les  deux 
formes  ;  Willem,  p.  89,  la  seconde  seulement.  Près  de  Liège  (Trembleur, 
Fléron,  Thimister),  on  ne  signale  oralement  que  fiksineû  «  empirique, 
vétérinaire  ou  médecin  non  diplômé  ». 

C'est  tout.  Le  dossier  est  mince  et  ne  comporte  aucun  essai  d'expli- 
cation. Il  s'agit  pourtant  d'un  terme  archaïque  et  qui,  sous  son  aspect 
modeste,  peut  se  réclamer  de  nobles  ancêtres. 

Fiskineû  —  qui  tend  aujourd'hui  à  s'altérer  en  fiksineû  —  dérive 
en  effet  d'un  \erbe  *fiskiner,  syncopé  de  *fisikiner,  lequel  dérive  lui- 
même  de  Pane.  fr.  yhisiquer  «  droguer,  médicamenter  »,  et  de  physique, 
anc.fr.  fisique  «  science  et  art  de  la  médecine  ».  La  preuve  en  est  dans 
les  passages  suivants  du  Myreur  des  histors  de  notre  Jean  d'Outremeuse  : 

Ilh  astoit  dolans  de  chu  qu'ilh  ly  avoit  copeit  ses  orelhes  ;  si  prist  des  cyrur- 
giens  et  les  fist  fischiner  [variante  :  esgardeir].  mains  ilh  fist  les  plaies  envyne- 
meir,  si  l'en  convient  morir.  (I,  p.  273). 

Voilà,  bien  attestée,  l'existence  du  v.  fischiner  (lire  fiskiner),  que 
l'éditeur  Ad.  Borgnet  s'ingénie  à  expliquer  dans  cette  note  : 

(x)  A.  Darmestetcr,  Mois  composés,  2e  éd.,  p.  101-2  ;  Meyer-Lùbke,  Gramm.  des 
l.  rotn.,  II,  §  59-4  ;  Nyrop,  Gr.  hist.  de  la  l.fr.,  III,  §  009  ;  Godefroy  -.fernoer. 


—  96  — 

Le  mot  fischiner  doit  être  la  traduction  du  lat.  fasciare,  entourer  de  bandes. 
Il  y  a  aussi  le  v.  fascinare,  ensorceler,  d"où  provient  le  fr.  fasciner  ;  mais  le 
premier  de  ces  deux  sens  me  parait  ici  le  plus  convenable. 

L'erreur  de  Borgnet  est  d'autant  plus  surprenante  qu'il  aurait  bien 
dû  rapprocher  son  texte  du  suivant,  ibid.,  p.  477  : 

Adont  aperehut  Josephus  la  cause  de  la  maladie,  si  avisât  une  chouse  de 
phischinerie  [variante  :  phisique]  :  se  dest  que  toutes  chouses  contraires  soy 
garissent  par  aultres  contraires... 

Au  glossaire,  ibid.,  p.  646,  phischinerie  (lire  fiskinerie),  —  qui  a 
pour  variante  et  pour  synonyme  phisique,  —  est  correctement  traduit 
par  «  médecine  ».  Nous  sommes  donc  en  présence  d'une  famille  fiskiner, 
-cii(r).  -erie,  dont  la  filiation  est  hors  de  doute.  Le  moyen  âge  n'emploie 
physique  {fisique,  fusique)  que  comme  substantif  et  lui  donne  ordinai- 
rement le  sens  de  «  médecine  »  ;  l'anc.  franc,  se  phisiquer  signifie  «  se 
droguer,  se  médicamenter  ».  Phisique.  -er  a  engendré  *phisiquiner, 
dont  le  suffixe  -iner  a  une  valeur  diminutive  et  fréquentative  à  la  fois, 
comme  dans  le  fr.  trottiner,  le  liég.  ploviner,  gotinerii  pleuvoir  légèrement, 
le  gaumais  droguiner,  s  adro guiner  (St-Léger)  «  droguer,  se  droguer  ».  — 
Quant  à  la  réduction  de  *fisikiner  en  fis'kiner,  elle  n'a  rien  que  de 
normal. 

[BD  1012.  p.  97.] 

anc.  w.-fr.  forece,  fueresse 

L'anc.  w.  fueresse  se  rencontre  dans  une  charte  namuroise  de  1248  : 
<  vint  boniers  et  set  verges  fuer esses  en  terre  a  le  mesure  de  Liège  » 
(Roman ia,  xix,  86).  Pour  l'expliquer,  M.  A.  Thomas,  Nouveaux  Essais 
p.  96,  propose  un  type  *foerez  signifiant  :  «  dont  on  se  sert  pour  mesurer 
les  terres  fouies  (?)  ».  M.  Feller,  Notes  de  phil.  watt.,  p.  200,  y  voit  de 
son  côté  un  *foûrerèce,  dérivé  de  foûre  «  foin  »  ;  d'après  lui,  «  c'est 
l'étendue  de  terre,  comprenant  20  bonniers  7  verges,  qui  est  qualifiée 
de  fueresse,  c.-à-d.  propre  à  donner  du  foin  ».  —  D'autres  textes  liégeois, 
qui  ont  échappé  à  MM.  Thomas  et  Feller,  infirment  ces  deux  conjectures 
et  permettent  de  formuler  une  troisième  proposition. 

Godefroy  a  un  article  forece  «  s.  f.,  sorte  de  mesure  de  terre  »,  avec 
ce  précieux  exemple  :  «  v  boniers  et  [?]  xix  verges  petites  moins 
c'on  dist  foreces  (trad.  du  xuie  siècle  d'une  charte  de  1265,  Carf.  du 
Val-St-Lambert,  Ilichel.  1.  10170,  f°  616j.  Lat.,  quinque  bonnaria  decem 


—  97  — 

et  novem  virgatis  parvis  minus  quam  (x)  foreces  dicuntur  ».  —  Dans 
son  Inventaire  des  archives  de  V Abbaye  du  Val-Benoit,  M.  J.  Cuvelier 
cite  ce  texte  du  15  juin  1392  :  «  xxn  grandes  verges  et  xv  foreche  de 
terre  situées  en  Bruwier  »  ;  il  ajoute  cette  glose  sur  foreche  :  «  nom  de  la 
petite  Verge  dans  les  environs  d'/Vndenne  »  (a).  —  Enfin,  dans  les 
registres  de  la  Cour  féodale,  37,  90  v°,  conservés  aux  archives  de  Liège, 
feu  S.  Bormans  a  noté  :  «  xxxni  verges  fowereches  de  terre  erule  ». 

On  voit  qu'il  s'agit  de  terre  arable,  erule,  et  non  de  prés  à  produire 
du  foin.  Ce  mot  féminin  en  -ece  (-eche,  -esse)  qualifie  uniquement  verge. 
Quant  au  sens,  le  texte  de  1392  oppose  la  verge  foreche  à  la  grande 
verge  ;  celui  de  1265  (=  5  bonniers,  moins  19  petites  verges  appelées 
foreces)  est  encore  plus  précis.  Pour  expliquer  le  radical  for-,  fuer-, 
fo(w)er-,  on  s'adressera  au  lat.  forum,  anc.  fr.  et  anc.  w.  fuer,  foer, 
feur,  four,  etc.,  devenu  par  exception  fur  en  fr.  moderne  et  signifiant 
«  valeur,  taux,  mesure,  coutume  ».  Le  type  *f  or  ici  a  aboutit  réguliè- 
rement à  forèce  (comp.  corèdje,  mori  :  courage,  mourir)  ;  cependant 
forèce  pourrait  être  aussi  bien  une  réduction  de  *forerèce:  *foraricia  (3). 
En  somme,  verge  forèce  équivaut  à  «  verge  courante  ».  C'est  la  yetite 
verge,  considérée  comme  étant  «  de  commun  fuir  et  mesure  »  (4), 
c'est-à-dire  comme  unité  de  mesure  adoptée  par  la  coutume  du  pays. 

Cette  unité  variait  selon  les  lieux. 

[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  504]. 

liég.  forlôzer,  furlôzer,  flôzer 

Forlôzer  «  prodiguer  »,  ou  mieux  furlôzer  comme  on  dit  aujourd'hui 
à  Liège,  pourrait  venir,  d'après  G.,  I  215,  de  l'ancien  saxon  forliosan, 
néerl.  verliezen  «  perdre  ».  Behrens,  Beitrcige,  p.  295,  admet  sans  objec- 

(x)  Sic  ;  il  faut  lire  que  (=  quae).  Dans  la  traduction  française  et  est  sûrement 
interpole.  —  Des  papiers  de  feu  S.  Bormans  contiennent  ces  deux  extraits  dont  la 
source  n'est  malheureusement  pas  assez  précise  :  «  8  verges  grandes  et  2  verges 
fouretes  (var.  forestes)  de  terres  et  de  prés  »(1274  :  Charte  du  Val-St-Lambert)  ; 
«  demey  bonier  de  vingne,  vintez  petites  vergez  foreiches  moins  »  (xve  s.  :  Val- 
St-Lambert). 

(2)  Bull,  de  rinst.  Archéol.  liég.,  xxx,  589.  Ce  texte  a  paru  dans  le  Cartul.  de 
V  Abbaye  du  Val-Benoit,  édité  par  le  même,  p.  697. 

(3)  Les  formes  fuer-,  fo(w)er-  ont  subi  l'influence  du  primitif  fuer,  four.  — ■  Sur  le 
suffixe  -aricius,  voy.  l'Appendice. 

(4)  Comp.  «  une  ayme  de  commun  fuir  et  mesure  »  (Cart.  Ste-Croix,  1324).  —  A 
Liège,  la  verge  courante  est  de  16  pieds  de  St-Lambert  ;  la  petite  verge  (16  x  16) 
vaut  218  centiares  ;  la  verge  grande  vaut  20  petites  ou  4  ares  359  milliares  ;  le 
bonnier  vaut  20  grandes  ou  87  ares  188  milliares.  —  Dans  le  langage  ordinaire, 
verge  se  dit  pour  verge  grande  ;  cf.  Forir,  v°  vech. 

7 


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tion  cette  hypothèse,  qui  ne  va  pas  cependant  sans  de  graves  difficultés 
de  phonétique.  Je  m'adresserai  plutôt  au  flamand  waerlocsen  «  né- 
gliger »  (x),  en  supposant  que  la  syllabe  initiale  s'est  modifiée  sous 
diverses  influences,  telles  que  les  synonymes  forfé  «  dépenser  »,  for- 
zoûmer  «  négliger  »,  fèrlanguer,  furlanguer  «  prodiguer  »,  —  Quant  à 
flôzer  «  gaspiller  »,  que  G.,  I  212,  voudrait  rattacher  à  forlôzer,  il  faut 
plutôt  y  voir  un  dérivé  de  flôse  «  bourde  »,  où  Scheler  (ap.  G.,  II  520) 
reconnaît  avec  raison  l'ail,  flause  (nugae,  tricae,  mendacium);  flôzer. 
outre  le  sens  de  «  dire  des  sornettes,  bourder  »  (Lobet,  p.  562),  peut 
en  effet  avoir  pris  l'acception  figurée  de  «  dissiper  (son  argent)  à  des 
futilités  ». 

w.  forvîri  (Verviers) 

G..  I  216,  a  l'article  suivant  : 

forvirî  (usé  jusqu'à  la  corde,  en  parlant  d'un  vêtement,  etc.).  De  l'angl. 
tu  ivcar  (user,  consumer  par  l'usage)  :  comp.  l'anc.  h.  aJl.farwerian  (corrumpere), 
ap,  Ziemann,  v°  wërn. 

Le  mot  est  tiré  de  Remacle,  2e  éd.,  qui  écrit  forvîri  et  qui  donne 
un  exemple  de  l'infinitif  :  mi-abit  le' mince  a  forvîri  «  mon  habit  cominence 
à  être  suranné  ».  Lobet  l'enregistre  aussi  et  je  l'ai  entendu  à  Mélen  : 
on  doit  donc  le  considérer  comme  propre  à  la  région  de  Verviers-Herve. 
—  Quant  à  l'étymologie  imaginée  par  G.,  elle  n'a  qu'un  intérêt  de 
curiosité  :  elle  nous  montre  G.  enclin  à  chercher  dans  un  lointain 
idiome  germanique  une  explication  qui  se  présente  d'elle-même  au 
premier  appel.  Le  liégeois  dit  forvîli  (Forir)  «  vieillir  outre  mesure», 
composé  de  vîli  «  vieillir  »  (2).  Le  changement  de  l  en  r  dans  le  verv. 
forvîri  est  dû  à  l'assimilation. 

w.  foûrèhan  (=  foûre  èhant) 

G.,  II.  p.  xxv,  est  le  premier  à  signaler  «  foûrèhan,  fôrèhan  (printemps) 
dial.  du  Limbourg  wallon  ».  Il  propose  d'y  voir  un  «  dérivé  inchoatif 
de  foûre  (foin)  ou  de  fore  (pâture  des  bestiaux)  ».  —  On  trouve  foûrèhon 
dans  un  conte  de  la  vallée  du  Geer  :  nouk  nu  rivière  V  foûrèhon,  «  nul 
ne  reverra  le  printemps  »  (BSW  29,  p.  540),  et  M.  Fréson,  de  Glons, 
nous  donne-  cet  exemple  qui  montre  que  le  mot  est  masculin  :  on  minerè 
l'onsène  è  cofhê  quond  i  djalerè,  et  à  foûrèhon  (au  début  du  printemps) 

(*)  Dict.  leutonico-lalinum,  Antverpiae,  Verdussen,  16G7.  Voyez  Franck-van  Wyk 
.t  Vercoullie  verwaarloozen. 

(-)  Le  liégeois  dit  d'ordinaire  xAyi  vieillir  »  ;  vîli  est  verviétois  et  archaïque  en 
liégeois  (Forir). 


—  99  — 

on  V  fôyerè-st-è  1ère.  —  Enfin  M.  A.  Horning  explique  foûrèhan  par 
«  fors  issant  »,  en  comparant  le  lorrain  œchi  jijeu  (exire  foris)  qui 
signifie  aussi  «  printemps  »,  et  le  suisse  fori  (foris  ire)  (x). 

Je  crois  que  Grandgagnage  et  Horning  ont  tous  deux  partiellement 
raison  :  mon  premier  est  foûre  (feurre,  fourrage),  mon  second  èhant 
(issant  =  sortant),  et  mon  tout  a  foûre  chant  signifie  «  au  moment  où 
l'herbe  sort  de  terre  et  recommence  à  pousser  »  (2). 

Pour  èhant.  point  de  discussion  possible.  C'est  le  participe  du  verbe 
inusité  *èhe  (*e X^re).  J'ai  montré  ailleurs  (3)  que  le  liég. èhoive  (énergie, 
activité)  répond  littéralement  au  fr.  «  issue  »  ou  plutôt  à  la  forme 
ancienne  «  eissue,  essue  »,  lat.  *exuta. 

Mais  four-  ne  peut  s'expliquer  par  foris,  qui  a  donné  en  wallon 
1°  l'adv.  foû  (4),  lequel  se  place  après  le  verbe,  comme  dans  le  lorrain 
œchi  fyeu  ;  2°  le  préfixe  for-  (fornoûri,  forsôlé,  etc.),  même  devant  une 
voyelle  (foraler,  G.,  II  526).  —  Pour  justifier  foris  dans  notre  locution, 
il  faudrait  tout  au  moins  l'analyser  en  foû  -f-    rèhant  (*re-exantem). 

M.  Horning  allègue  deux  expressions  qui  renferment  un  infinitif  pris 
substantivement  :  «  le  sortir  »  =  l'action  ou  le  moment  de  sortir,  après 
la  claustration  d'hiver  (5).  Mais,  dans  son  hypothèse,  ce  serait  le  par- 
ticipe ou  le  gérondif  «  le  fors  issant  »  ou  «  le  sortant  »  qui  remplirait 
la  même  fonction  en  wallon.  Cela  me  paraît  insolite,  tandis  que  la 
syntaxe  «  au  feurre  issant  »  n'a  rien  que  de  très  ordinaire  et  de  très 
satisfaisant  (6). 

Sans  doute,  on  peut  m'objecter  que  foûre  désigne  l'herbe  assez  haute, 
bonne  à  faucher,  et  surtout  l'herbe  fauchée  et  séchée,  le  foin  (ail.  Heu). 
Mais  le  foûre  peut  être  «  l'herbe  qui  doit  devenir  du  foûre  »  (sens  pré- 
gnant).  D'un  autre  côté,  à  l'origine,  la  signification  était  certainement 

(!)  Zeitschrift  fût  rom.  Philologie,  xvm  (1894),  p.  218.  —  Kôrting,  n°  3908,  et 
Meyer-Lubke,  n°  3431,  enregistrent  l'explication  de  M.  Horning.  [Or,  le  présent 
article  ayant  paru  pour  la  première  fois  en  1911,  M.  Horning,  le  17  février  1912, 
a  bien  voulu  m'écrire  spontanément  :  «  Pour  foûrèhan,  je  suis  entièrement  de  votre 
avis  »]. 

(2)  Comp.  al  cressant  ciel  erbage,  dans  Th.  de  Kent  (God.,  cressant). 

(3)  Voc.  du  dialecte  de  Stavelot  (1904)  :  BSW  44  ;  Projet  de  Dict.  w.  (1904),  p.  19, 
èheû  (dans  un  texte  de  1634)  et  èiiowe. —  Le  verbe  composé  rèchc  (*re-ex<rre) 
existe  encore  dans  le  namurois  et  le  sud-wallon,  au  sens  du  simple  «  sortir  »  . 

(*)  Je  dois  cependant  signaler  foû-r-eûr  («  hors  heure,  trop  tard  »),  qui  se  trouve 
dans  Forir,  mais  que  je  n'ai  jamais  entendu. 

(5)  Pour  l'idée,  comparez  le  w.  bizâhe  dans  Forir. 

(6)  Comparez  â  solo  moussant  (Malmedy)  «  au  soleil  couchant  »  ;  a  le  cloke  son- 
nant (God.,  toursel)  ;  aoust  issant  (God.)  et  voy.,  ci-après,  l'article  selanbran. 


—  100  — 

plus  générale  :  l'ail.  Futter  désigne  la  nourriture  des  animaux,  la  pâture, 
et  tel  est  aussi,  à  mes  yeux,  le  sens  premier  de  foûre  (l).  Or  le  meilleur 
aliment  des  vaches,  c'est  l'herbe  sur  pied.  N'oublions  pas  qu'il  s'agit 
ici  d'une  région  herbagère  (vallée  du  Geer  et  pays  de  Hervé),  où  la 
grande  préoccupation  du  fermier  est  de  pmvoir  nourrir  les  bêtes.  On 
y  attend  avec  impatience  le  moment  où  l'herbe  pousse.  —  Au  surplus, 
le  foûre  èhant  s'allie  si  bien  à  l'idée  de  nourrir  les  bêtes  (forer  lès  bièsses  : 
leur  donner  du  fourrage)  que  cette  idée  a  produit  la  forme  altérée 
fôrèhan,  notée  par  Grandgagnage. 

Enfin  —  et  ceci  me  paraît  décisif  —  un  texte  de  1556  des  Archives 
du  Ban  de  Hervé  (reg.  10,  p.  221)  contient  un  exemple  archaïque  de 
notre  expression  :  «  ne  puelent  passer  parmy  le  preit  synon  en  wayn 
temps,  voir  que  a  temps  de  four  essant  aucune  fois  ».  Ce  texte  est  pré- 
cieux pour  plusieurs  raisons  :  1°  dans  ces  mêmes  archives,  «  four  », 
«  foure  »  se  rencontrent  souvent  au  sens  actuel  de  fourrage,  foin, 
jamais  au  sens  de  fors,  hors  (2)  ;  — •  2°  la  façon  dont  le  scribe  a  coupé 
l'expression  montre  qu'il  l'analysait  comme  nous  et  qu'il  ne  voyait  pas 
dans  four  un  simple  préfixe  ;  —  3°  si  l'on  admet  mon  interprétation, 
l'emploi  de  l'expression  est  ici  d'une  propriété  et  d'une,  précision 
remarquables  :  on  permet  de  passer  dans  le  dit  prë  à  l'époque  du  regain 
(,•  wayin  timps),  mais  on  interdit  formellement  le  passage  au  temps  où 
l'herbe  pousse,  parce  qu'alors  les  tiges  sont  menues  et  fragiles  et  ne 
peuvent  être  brisées  sans  dommage,  ce  qui  n'est  pas  le  cas  pour  l'herbe 
du  regain. 

[Article  paru  dans  BD,  1911,  p.  19.  —  Depuis  lors,  on  a  proposé  une  autre 
explication  defoûrèhan  (ibid.,  1913,  p.  80)  :  la  forme  première  serait  foûrèhon 
(saison  des  foins,  e.-à-d.  saison  où  le  foin  croît)  ;  elle  comprendrait  la  racine  four 
(àll.  Futter)  et  le  suffixe  -ationem.  —  Cette  thèse  ingénieuse  se  heurte  à  de 
multiples  objections:  1  Non  seulement  la  forme  foûrèhan  est  attestée  par  le  texte 
hervien  de  1556  et  par  G.  (qui  a  trop  de  scrupule,  je  crois,  pour  se  permettre 
une  «  retraduction  »  sans  avertir  le  lecteur),  mais  encore  elle  m'a  été  spontané- 
ment signalée  par  un  octogénaire  de  Blegny-Trembleur  (au  N.  de  Liège), 
M.  Henri  Stas,  qui  prononce  foûrèhâ  (c.-à-d.  -an  dénasalisé).  —  2°  Les  substan- 
tifs  verbaux  du  type  sèm'Ium,  fèn'hon   (semaison,   fenaison)  sont  féminins, 

(*)  Comparez  le  w.  wêde  (de  l'ail.  Weide  :  pâturage),  qui,  en  liégeois,  signifie 
«  prairie  »,  et,  en  malmédien,  surtout  «  herbe  »  :  dul  wêde,  de  l'herbe,  on  fiston 
<]'  wêde,  un  brin  d"herbe. 

(2)  En  1554  :  «  ung  quartron  de  four  »  (reg.  10,  p.  103)  ;  1550  :  «  charier  les  foures 
<  t  waster  les  wayns  ».  —  «  forgangnyt  »  1545  ;  «  forcomand  »  1552  ;  «  forclose  »  1555  ; 
«  hors  délie  soxhe  »  1532  ;  «  horpoutaige  »  1549  ;  «  hors  déminée  »  1552  ;  «hors 
rendu  1554  :  <  hors  comander  »  1055.  —  Je  dois  la  communication  de  tous  ces 
textes  à  l'obligeance  de  M.  Jean  Lejeune,  de  Jupille. 


—  101   — 

comme  le  veut  le  suffixe  -tionem  ;  ot  foûrèhon  est  masculin.  —  3°  Ces  mêmes 
substantifs,  qui  sont  trissyllabes  à  l'origine,  ont  perdu  régulièrement  en  wallon 
la  voyelle  médiale  ;  seul  foûrèhon  (au  lieu  de  *foûfhon)  ferait  exception.  - — 
4°  Ils  dérivent  tous  de  verbes  :  tinfhon,  par  exemple,  suppose  tinri  (anc.  fr. 
tendrir  :  devenir  tendre).  Or  foûrèhon  ne  peut  venir  de  forer,  lequel  a  donné 
régulièrement  fôr'hon  (syn.  de  fôrèdje  «  fourrage  »,  d'après  Rouveroy,  Dict. 
liégeois,  ms.)  ;  il  faudrait  le  tirer  du  substantif  foûre  et  en  faire  encore  une 
exception.  —  Je  tiens  donc  pour  assuré  que  à  foûrèhon  est  la  forme  originelle 
et  -on  la  forme  altérée.  D'autre  part,  le  trissyllabe  ne  peut  guère  s'expliquer 
que  si  l'on  y  voit  un  composé  de  deux  mots.  La  conjecture  «  au  l'uerre  issant  » 
présente  un  sens  congru  ;  elle  s'appuie  sur  de  nombreux  types  analogues 
(voy.  l'art,  selanbran),  sur  le  liég.  èhowe,  et  enfin  sur  un  texte  ancien  que, 
jusqu'à  preuve  sérieuse  du  contraire,  on  doit  tenir  pour  correct.] 

gaumais  foûsson 

Le  gaumais  foûsson  (Musson,  Ruette,  à  l'est  de  Virton),  foûssan 
(Tintigny,  Ste-Marie-sur-Semois,  Jaitioigne,  Rossignol),  désigne  l'âme 
ou  le  noyau  d'un  peloton  de  fil  :  c'est  le  petit  objet  (coque  de  noix, 
boule  de  chiffon,  de  paille,  de  papier,  etc.)  sur  lequel  on  enroule  le  fil 
pour  faire  un  peloton  (1).  Cl.  Maus,  Vocab.  de  Virton  (manuscrit  de  1850), 
ne  signale  que  l'acception  métaphorique  de  «  testicule  ».  Adam,  p.  253, 
donne  au  lorrain  foûsson  le  sens  de  «  peloton  ». 

Je  crois  que  la  forme  première  était  *voûsson  et  que  ce  mot  est  dérivé 
du  latin  *voïsum  (class.  volutum  «  tourne,  roulé  »),  d'où  le  fr. 
voussoir,  voussure  et  le  w.  vôsseûre,  vôsser  «  voûter  »  (2).  Le  passage  de 
l'initiale  v  à  /  s'explique  par  assimilation  régressive,  c'est-à-dire  par 
l'influence  de  la  forte  articulation  suivante  (3).  —  Cette  hypothèse 
s'appuie  sur  le  meusien  ecvawsori,  s.  m.,  «  âme  d'une  pelote  de  fil  » 
(Labourasse),  dont  le  préfixe  ec-,  eg-  représente  le  lat.  con-  (4),  et  la 
diphtongue  azv  le  fr.  ou,  comme  dans  cawper,  couper,  cawreil,  coudrier. 

(x)  Exemples  :  ma  grand-mère  pèrnout  deûs  crâfes  aVècayèt (deux  coques  de  noix) 
pou  fâre  in  foûsson  (Musson,  Ruette)  ;  an  raveûdout  V  filé  d'ssus  in  foûssan  pou 
Jure  dès  luchés  ou  pelotons  (Ste-Marie-s.-Semois)  ;  voy.  BD  1911,  p.  17  ;  BSW  41,  n, 
p.  160  ;  49,  p.  150  ;  54,  p.  252. 

(2)  G.,  II  472,  explique  vôsser  par  volutiare,  voltiare.  Le  type  *volsare 
peut  >eu\  rendre  compte  de  la  final?  -er. 

(3)  Comparez  gaum.  vichau,  ard.  et  nam.  vèchau  >  fichau  (Charleroi,  Mons) 
a  putois  »  ;  viersè  (Denée),  vièsser  (Mazy)  >  fièssî  (Hesbaye)  «  verser  [la  terre], 
déchaumer  ».  —  De  même,  pour  expliquer  *pabdn  >  bdkdn,  il  n'est  pas  nécessaire, 
comme  fait  Behrens,  p.  20,  de  supposer  une  influence  germanique. 

(4)  Comp.  dans  le  même  glossaire  :  agvon'ter,  egville,  acvillon.  —  Varlet,  Dic.t. 
meusien,  a  un  article  :  «  ichvaousson,  écheveau  ».  Si  la  forme  et  la  définition  de  ce 
mot  sont  exactes,  on  peut  y  voir  ecvawson,  influencé  par  le  fr.  écheveau. 


\{}0     

—  Le  suffixe  -on,  lat.  -onem.  a  été  surtout  productif  pour  les  noms  de 
choses.  Il  a  d'ordinaire  la  valeur  d'un  diminutif  et  s'adapte  notamment 
à  des  thèmes  verbaux  pour  indiquer  l'instrument  ou  le  résultat  de 
l'action  :  comparez  le  fr.  bouchon,  coupon,  torchon  ;  Tard,  casson,  tesson  ; 
le  gaum.  pèton,  étincelle,  adamon,  entame  ;  le  w.  djèrmoii,  germe. 
djèton,  pousse,  rètchon,  crachat. 

En  somme,  le  foûsson  est  un  petit  objet  rond  qu'on  tourne  et  qui 
sert  à  rouler,  un  petit  «  rouleau  »,  de  même  que  le  w.  hagnon  (dérivé 
de  hagni.  mordre)  désigne  une  partie  d'aliment  solide,  surtout  de  fruit, 
qu'on  saisit  en  mordant,  un  petit  «  morceau  ». 
[BD  1911,  p.  101], 

w.  foût'ler,  froût'ler 

G.,  I  225.  cite,  d'après  Remacle.  le  verbe  f rouf  1er  «  tricher  »,  qu'il 
tente  d'expliquer  par  le  lat.  frustrari  ou  même  fraudulare  ;  au  t.  II, 
p.  524,  il  enregistre,  d'après  Lobet,  foût'ler,  m.  s.,  où  il  voit  une  altéra- 
tion de  froût'ler.  Ces  diverses  propositions  sont  inadmissibles. 

J'ai  relevé  froût'ler  «  filouter  (qqch)  »  à  Seraing  :  on  messe  froûfleû  «  un 
maître  fripon  »  ;  foût'ler  «  tricher  »  à  Hervé,  à  Glons-sur-Geer  et  à 
Trembleur  ;  foûtleû,  fém.  foûtur'rèsse  (pour  foûtul' rèsse)  «  tricheur, 
-euse  »,  foûtur'rèi/e  (pour  foûtul' rèye)  «  tricherie  ».  à  Trembleur.  Ce 
foût'ler  —  qui  existe  près  de  la  frontière  limbourgeoise  (et  jusqu'à 
Verviers  d'après  Lobet,  qui  donne  foudlé  et  froutlé)  —  est  emprunté 
du  limbourgeois  foetelen  «  tromper,  tricher,  surtout  au  jeu  »  (1). 
Quant  à  froût'ler,  il  a  subi  l'épenthèse  de  r,  comme  le  liég.  frumèle 
(femelle)  et  le  fr.  fronde. 

anc.  fr.  frefel,  rouchi  fourféle,  fouféle,  foufète 

On  lit  plusieurs  fois  dans  Froissart  l'anc.  fr.  frefel  «  trouble,  agitation  » 
{être  en  grand  frefel),  dont  Scheler  déclare  ignorer  l'étymologie  (2).  Le 
mot  a  survécu  en  rouchi  moderne  dans  la  locution  être  In  fourféle 
(Valenciennes  :  Hécart),  qui  devient  in  foufèle  (Lille  :  Vcrmesse  ; 
Tourcoing  :  Watteeuw)  et,  par  une  nouvelle  dégradation,  in  fou  file 
(Frameries  :  Dufrane)  «  être  en  émoi,  affairé,  agité  ». 

On  ne  trouve  aucune  trace  d'explication,  dans  les  glossaires  de  la 
région.  Il  est  hors  de  doute  (pic  nous  avons  affaire  au  moyen  h.  ail. 

(')  Voy.  Schuermans.  D'autres  dialectes  germaniques  possèdent  ce  mot  :  luxemb. 
faûtelen,  fûddelen  :  westphalien  fudeln  ;  alsacien  fudle. 

{-)   Gloss.  des  Chroniques  de  Froissart,  Bruxelles,  1874.  Voy.  Godefroy. 


—  103  — 

vrevel  (ail.  mod.  frevel)  «  violence,  audace,  présomption,  arrogance, 
pétulance  »,  néerl.  ivrevel  (dans  Kilian  :  «  stomachus.  iracundia  »). 
Je  vois,  par  une  note  laconique  d'Ulrix,  n°  620,  que  M.  Genelin  invoque 
de  même  l'ail,  frevel  pour  le  rhéto-roman  frefel  (x)  ;  mais,  comme  Ulrix 
n'étend  pas  cette  explication  au  groupe  septentrional  dont  on  vient 
de  parler,  je  crois  utile  de  combler  la  lacune. 
[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  565]. 

anc.  w.  fud 

Une  ordonnance  liégeoise  de  1451  (2)  termine  une  énumération 
d'engins  de  pêche  prohibés  par  ces  mots  :  «  le  sperwir  ou  le  fud  ». 
G.,  II  595,  traduit  le  dernier  par  :  «  épervier  :  sorte  de  filet  ».  Ce  fud 
(qu'on  prononçait  sans  doute  fût'')  est  assurément  emprunté  du  moyen 
néerl.  fuecke,  néerl.  mod.  fuik  «  nasse  »  (3).  La  traduction  de  G.  est 
donc  inexacte.  Dans  le  texte  cité,  la  conjonction  ou  marque  l'addition, 
non  d'un  synonyme,  mais  d'un  terme  différent  du  précédent.  Il  faut 
comprendre  qu'on  interdit  «  Tépervier  ou  [encore]  la  nasse  ». 

liég.  furtoye 

G.,  II  227,  définit  ce  mot  :  «  1.  fressure  ;  2.  lèyl  vèy  ses  furtoyes,  se 
débrailler,  montrer  ses  nudités  ».  Pour  toute  explication,  il  compare 
le  nam.  fristouye  ;  mais  ce  dernier,  qui  signifie  «  régal  »,  n'a  que  faire 
ici.  — -  Si  le  liég.  furtoye  (Cambresier,  Hubert),  firtoye,  -ogne  (Forir), 
fèrtoye  (Duvivier),  désigne  des  débris  de  viande  et  particulièrement  la 
fressure  (4),  le  mot  existe  ailleurs  avec  un  sens  plus  général,  où  il  n'est 
plus  question  de  viande.  Nous  relevons  firtoye.  à  Erezée,  «  bribe  »  (de 
toute  sorte)  ;  furtoye,  à  Stavelot,  «  bribe,  lambeau  »  (par  ex.,  de  vête- 
ments :  il  est  tot-a  furtouyes,  syn.  a  brimbâdes)  ;  enfin,  à  Seraing,  dès 
furtouyes,  dans  le  langage  des  houilleurs,  désignent  le  matériel  (rails, 
boisages,  etc.)  qui  a  servi  dans  une  taille  et  qu'on  démonte  pour  l'uti- 
liser ailleurs.  L'acception  générale  étant  celle  de  «  débris,  fragment, 

(*)  Genelin,  German.  Besfandfeile  des  râtoromrm.  Worlschatzes,  Progr.  Innsbruck, 
1900,  p.  23.  Je  n'ai  pu  me  procurer  cet  ouvrage,  que  je  cite  d'après  Ulrix,  Germ. 
Elementen  in  de  Rom.  Talen,  Gand,  1907. 

(2)  Texte  cité  par  G.,  II  611,  v°  houcherale. 

(3)  Pour  k  final  devenant  t  en  wallon,  comp.  ci-après  Fart,  skèrbalik  ;  de  même 
G.,  II  234-5,  donne  plék  ou  pléf  «  proue  »,  emprunté  du  néerl.  plecht.  Voyez  aussi 
mon  étymologie  de  lûte  (=  néerl.  luik),  dans  BD  1914-1920,  p.  97. 

(4)  Au  singulier  :  dèl  furtoye  (des  débris  de  viande),  ou  au  pluriel  :  dès  firtouyes 
(à  Huy,  même  sign.).  Comp.  fritat/c  à  Favmonville  BSYV  50,  p.  567. 


—  104  — 

bribe  »,  nous  voyons  dans  furtoye  une  forme  altérée  de  *frètoye  («  *fre- 
touille  »),  renfermant  le  radical  latin  fractum  (brisé)  et  le  suffixe 
diminutif  -ucla.  Comparez,  pour  le  radical,  l'anc.  w.  fraitîn,  fratin, 
fretin  (bris  de  clôture)  (1),  et,  pour  le  suffixe,  le  fr.  pop.  fripouille 
(dérivé  de  fripé,  chiffon),  le  meusien  frapouille  (lambeau  d'étoffe,  per- 
sonne de  rien),  l'anc.  fr.  drapouille  (mauvais  vêtement  :  1504,  à  Valen- 
ciennes),  etc. 

w.  verv.  furzêye,  frèzê 

Lobet  seul  donne  le  verv.  furzêye,  s.  f.,  «  godiveau,  pâté  chaud  de 
veau  épicé,  etc.  ».  G.,  II  527,  reprend  le  mot  sans  l'expliquer.  —  C'est 
tout  simplement  un  dérivé  du  w.  frase  «  fraise  de  veau  »  (2)  ;  mais  la 
forme  est  remarquable  en  ce  qu'on  attendrait  *frèzêye  (3).  En  effet, 
le  w.  a  tiré  de  la  même  source  :  1°  frèzé  (grêlé,  marqué  de  la  petite 
vérole,  propr.  ridé,  plissé  ;  comp.  l'anc.  fr.  frasillé,  ap.  God.)  ;  —  2°  frèzê 
(verv.  ;  t.  arch.,  noté  seulement  par  Lobet,  p.  208)  «  torche  de  paille 
que  les  fileuses  de  laine  et  de  coton  à  la  main  entrelacent  entre  les  deux 
poupées  de  leur  rouet  »  ;  il  faut  y  voir  un  emploi  métaphorique  de  l'anc. 
fr.  fresel  «  garniture  fraisée  »,  t.  de  toilette  :  on  sait  que  le  mot  fraise 
(de  veau)  s'est  appliqué,  par  figure,  à  la  collerette  empesée  qui  fut  en 
vogue  au  xvie  siècle.  —  A  la  même  famille  se  rattache  enfin  Tard. 
afœrsœler  «  enchevêtrer  »,  que  j'ai  noté  à  Alle-sur-Semois.  C'est  l'anc. 
fr.  enfresselé  («  une  dalmatique  enfresselee  de  pierres  précieuses  »),  que 
Godefroy  traduit  inexactement  par  «  bordé  ». 

w.  nara.  hesb.  galiène,  galziène 

A  Dinant  et  à  Ciney.  stinde  ses  galiènes  signifie  «  étendre  ses 
jambes,  ses  guiboles  ».  De  même  à  Crehen  (Hesbaye),  où  l'on  prononce 
galyên',  que  nous  écrivons  galyinnes.  Enfin  l'excellent  Glossaire  de 
Fosse-lez-Namur  par  M.  Lurquin  nous  donne  la  forme  galziènes  «  les 
jambes,  considérées  sous  le  rapport  du  mouvement  :  dfa  tant  dansé 
qu'  dji  n?  sin  pas  mes  galziènes  »  (BSW  52,  p.  134)  ;  on  y  compare 
l'ancien  français  galer  «  être  \if,  remuant  »  ;  mais  ce  rapprochement, 

(')  On  tire  aussi  généralement  du  même  radical  le  fr.  fretin. 

(2)  G.,  I  220,  —  Le  fr.  fraise  (mésentère)  est  d'origine  inconnue  d'après  le  Dict. 
gén.  :  Meyer-Lubke,  n°  :5t98,  le    dérive  du    hit.  fresum,  de  frendere,  broyer. 

(3)  Pour  la  métathèse  et  l'assourdissement  de  la  protonique,  comp.  furtoye  à 
l'article  précédent  ;  le  verv.  gurnî  «  greni  t  »  ;  et  <  i-après  les  artic'es  parle,  trin- 
bèrlin. 


—  1C5  — 

suggéré  par  la  définition,  paraît  inopportun.  A  Dinant  et  à  Crehen,  le 
mot  fait  ressortir  la  longueur  des  jambes.  Partant  de  là,  j'invoquerai 
l'ail,  galgen  (potence)  qui,  en  dialecte  du  Grand-Duché  de  Luxembourg, 
a  la  forme  gâljen.  L'expression  namuroise  est  due  à  une  métaphore 
ironique,  comme  pour  les  synonymes  fr.  quilles,  liég.  hèsses  (échasses), 
skèyes  (faucilles),  nam.  crauwes  (crosses).  Au  point  de  vue  phonétique, 
le  luxembourgeois  gâljen  explique  à  la  fois  galiène  et  galziène. 

w.  gamète 

La  gamète  était  jadis  la  coiffe  ordinai  e  de  jour  et  de  nuit,  où  femmes 
du  peuple  et  paysannes  serraient  leur  chevelure.  Aujourd'hui,  ce  genre 
de  bonnet  a  presque  entièrement  disparu  et  n'est  plus  guère  porté  que 
par  Jes  vieilles.  Nos  dictionnaires,  qui  offrent  comme  équivalents  fran- 
çais «  cale,  toquet,  serre-tête  »  et  autres  termes  approximatifs,  oublient 
«  béguin  »,  qui  donne  une  idée  exacte  de  cette  coiffure  archaïque  l1).  — ■ 
Le  mot  existe  dans  la  région  N.-E.  (Liège,  Verviers,  Malmedy)  ;  à 
l'Ouest,  nous  le  relevons  à  Bergilers  (Hesbaye)  et  jusqu'à  Jodoigne 
{gamète),  enfin  au  Sud,  à  Tohogne  et  à  Villers-Ste-Gertrude  (prov.  de 
Luxembourg).  Jusqu'ici,  il  est  resté  sans  explication  (2).  J'y  vois,  pour 
ma  part,  une  altération  de  *câmète,  diminutif  de  came  «  crinière,  che- 
velure en  désordre,  tignasse  »  (3).  Le  sens  primitif  serait  :  «  petit  objet 
servant  à  serrer  la  came  ou  chevelure  »  (4).  On  sait  que  le  changement 
de  A;  en  g  à  l'initiale  est  un  phénomène  fréquent  dans  notre  dialecte  ; 
voyez  par  exemple  les  articles  coumê,  gistel,  gorlète,  gossê,  guduc. 

(')  Le  fr.  béguin  désigne  une  «  coiffe  unie,  attachée  sous  le  menton,  que  portaient 
les  béguines,  religieuses  des  Pays-Bas  ;  d'où,  par  ext.,  toute  coiffe  unie  s'attachant 
sous  le  menton  »  (Dict.  gén.). 

(?)  G.,  I  231,  se  contente  de  comparer  «  gourmète  (bonnet  de  nuit),  d'après 
Duvivier  ».  Mais  1°  phonétiquement,  il  ne  peut  exister  de  rapport  entre  les  deux 
mots  ;  2°  il  faut  rayer  cet  article  gourmète  de  G.,  1  239,  et  la  citation  qui  en  est  faite 
par  Littré,  v°gourmtife.  Duvivier  seul  donne  gourmète  dans  l'article  confus  que  voici  : 
«  gourmett  et  gâmctt,  bonnet  de  nuit  et  lime  ».  Apparemment,  il  a  voulu  dire  que 
gourmett  signifie  «  liure  de  gâmett,  bonnet  de  nuit  ».  Par  malheur,  même  dans  ce 
sens,  le  liégeois  ne  connaît  pas  gourmète  ;  il  dit  toujours  loyeûre.  Je  n'ai  trouvé 
gourmète  qu'à  Chimay,  où  il  signifie  :  «  rubans  qui  attachent  sous  le  menton  la 
godiche  ou  bonnet  de  nuit  des  femmes  ».  C'est  évidemment  emprunté  du  français. 

(3)  G.,  I  95  et  339,  donne  :  «  caime,  crinière  ;  Condroz  came  ;  nam.  côme  ».  —  Il 
faut  noter  que  la  forme  ordirtaire  en  liégeois  est  came  (rarement  Mme,  kinme),  d'où  : 
acâmer,  akêmer,  akinmer  <  prendre  aux  cheveux,  attaquer».  De  l'ail,  kamm, 
«  peigne  ;  crête  (de  eoq),  crinière  (de  cheval),  etc.  ». 

(4)  Sur  la  valeur  sémantique  du  diminutif,  dans  ce  mot  et  dans  certains  autres 
de  même  frappe,  voyez  ci-après  la  fin  de  l'article  hatrê. 


—  1C6  — 

w.  gârmèter  (Verviers),  disguèrmètè  (Dinant) 

G.,  I  234,  se  contente  d'enregistrer  :  «  gârmèter,  gourmander  » 
(d'après  Remacle,  2e  éd.  ;  Lobet,  p.  214).  11  faut  lire  :  su  gârmèter 
(Verviers.  Hervé.  Thimister),  v.  réfl..  «  se  quereller,  se  chamailler  »  : 
i  s-'  gârmètèt  tote  djoû  ;  dju  ri  vou  né  Jc'mincî  a  m'  gârmèter  ;  c'est  bô  qu'à 
ri  su  vont  né  gârmèter,  si  us  qzvè  !...  —  La  traduction  de  G.  n'est 
qu'approximative  et  mettrait  sur  la  piste  d'une  fausse  étymologie  si 
on  prétendait  voir  dans  gârmèter  la  forme  wallonne  de  «  gourmander  ». 
En  fait,  c'est  le  représentant  wallon  de  l'anc.  fr.  garmenter,  forme 
variée  de  gramanter  (ordinairement  réfléchi,  au  sens  de  «  se  lamenter  »), 
lequel  dérive  sans  doute  du  germ.  gram  «  triste,  peiné  ».  Les  patois 
normand,  tourangeau,  etc.,  connaissent  aussi  guermenter,  guémen- 
tcr,  etc.  (voy.  Godefroy).  et  l'on  signale,  en  dialecte  w.  de  Dinant,  le 
composé  si  disguèrmètè  «  se  quereller  ».  La  phrase  dinantaise  : 
i  ri  faynut  qui  do  s'  disguèrmètè,  est  le  pendant  exact  du  verviétois  : 
i  ri  jet  qiC  du  s'  gârmèter  «  ils  ne  font  que  se  chamailler  »  (x).  —  Pour  la 
protonique  w.  è  =  fr.  en,  comparez  agâyemèter  (Forir)  ■»$  filouter  » 
(a  +  gaimenter)  ;  toûrmèter,  tourmenter  ;  pârmè$,»parmeritier  ;  amèder, 
amender  (voy.  p.  8). 
[BD  1911,  p.  103.] 

liég.  garsî 

Le  w.  garsî  (2)  «  ventouser  »,  v.  tr.,  n'existe  plus  qu'à  l'extrême 
Nord-Est  (Verviers,  Malmedy,  environs  de  Liège).  Le  sens  technique 
tend  à  se  perdre  ;  du  moins,  je  n'ai  jamais  entendu  à  Verviers  que  la 
locution  :  va-s'  tu  fé  garsî  !  (va  t'en  au  diable  !)  ;  au  sens  propre,  on 
emploie  la  périphrase  :  on  lî  a  mètou  dès  bivètes  («  boîtes  »  :  ventouses). 
—  G.,  I  231,  se  contente  d'y  reconnaître  l'anc.  fr.  garser  «  scarifier  ». 
Or  gercer  (fendiller)  est  la  forme  moderne  de  garser,  jarser  (piquer, 
scarifier),  dont  les  patois  de  Champagne  et  de  Franche-Comté  possèdent 
encore  des  dérivés  (3).  Pour  expliquer  gercer,  Diez,  suivi  par  le  Dict. 
gén.,  proposait  le  làt.  pop.  *carptiare.  Meyer-Lûbke,  n°  2871,  rejette 
ce  type   p<»ur  des  raisons  de  phonétique   (4)   ;   il   admet  un  primitif 

(1)  A  Ciney  :  disguèrmotè  <  gourmander,  houspiller  (qqn)  »,  syn.  diburtinè. 

(2)  G.  et  Forir  écrivent  à  tort  gârsî. 

(3)  Voy.  A.  Thomas,  Mélanges,  \>.  96  ;  ajoutez  le  pig.  guersi,  guerchiné  <  raccomi, 
desséché   .  en  parlant  d'un  végétal  (Jouancoux,  II  -42-:}). 

(')  Le  /  ne  pourrait  en  effet  que  produire  ç  el  non  s  :  or  la  forme  constante  des 
anciens  textes  est  garser,  jarcer  et  non  -cier.  Pour  la  même  raison,  on  ne  pourrait 
invoquer  l'anc.  h.  ail.  gart  pointe,  aiguillon  ,  dont  nous  avons  parlé  à  l'article 
djâ  deûs. 


—  107  — 

*charassare.  tiré    du    grec  i^yy.-Aiizvj  (scarifier)  et    conservé  dans 
l'ancien  napolitain  carassare.  Ainsi  s'éclaire  ce  groupe  intéressant,  où 
notre  garsî  mériterait  de  ne  pas  être  oublié,  car  c'est  lui  qui  reproduit 
le  mieux  la  forme  et  le  sens  de  l'anc.  fr.  garser. 
[Romania,  t.  xxvn  (1921),  p.  560.] 

anc.  fr.  gistel,  w.  custèl.  cristal,  rouchi  aguistiller 

I.  Godefroy   a  l'article   suivant    : 

gistel,  s.  m.,  fût  d'une  arme  ?  le  manche  ?  «  Puis  prent  une  [eorr.  une] 
malhe  erant  de  fier  par  le  gistel  »  (Jeh.  des  Preis,  Geste  de  Liège,  24795,  ap. 
Scheler,  Gloss.  philol.). 

L'éditeur  de  la  Geste,  A.  Borgnet,  traduit  par  «  le  manche  ».  Scheler 
dit  à  ce  propos  :  «  Je  ne  connais  pas  ce  mot  et  je  renonce  à  en  préciser 
la  valeur.  M.  le  professeur  Le  Roy  est  tenté  d'y  voir  l'ail,  gestell  (mon- 
ture) ;  il  a  peut-être  rencontré  juste,  mais  je  doute  que  le  mot  allemand 
ait  jamais  été  appliqué  au  fût  d'une  arme  et  que  le  wallon  présente 
d'autres  cas  d'application  du  préfixe  allemand  ge-  ». 

Pour  le  dernier  point,  Scheler  se  trompe  certainement  :  il  existe  une 
bonne  poignée  de  termes  wallons  qui  représentent  des  mots  germa- 
niques pourvus  du  préfixe  ge-.  Scheler  pouvait  trouver  dans  Grandga- 
gnage  les  plus  connus,  gullite,  gulmène,  guinâde  ;  pour  le  reste,  je  ren- 
voie à  l'Appendice,  qui  donnera  une  liste  détaillée  de  ces  emprunts.  — 
L'autre  objection  ne  paraît  pas  plus  sérieuse.  Admettons  que  le  germ. 
gestel(l)  n'ait  jamais  été  appliqué  au  fût  d'une  arme  ;  il  s'agit  de  savoir 
si  telle  acception  est  possible.  Or,  le  sens  générique  :  «  disposition, 
arrangement,  assemblage  »,  d'où  :  «  monture,  charpente,  bâti,  châssis, 
pied  ou  base  ».  conduit  logiquement  à  celui  de  :  «  manche  (d'un  outil), 
hampe  (d'un  maillet  d'armes)  ».  Dans  son  Glossaire,  Scheler  note 
souvent  des  mots  dont  Jean  d'Outremeuse,  pour  le  besoin  de  la  rime, 
n'hésite  pas  à  étendre  la  signification  ;  il  dit  lui-même  que  cet  auteur 
«  a  su  enrichir  le  vocabulaire  de  son  temps  par  une  multitude  de  termes, 
très  légitimes  de  façon  et  de  sens,  qu'il  a  puisés  dans  le  terrain  natal 
ou  créés  selon  le  besoin  accidentel  de  sa  pensée  ou  l'entraînement  de  la 
versification  »  (préface  du  Glossaire,  p.  6).  Gistel  est  dans  ce  cas.  Il 
signifie  «  manche  »  et  représente  le  germ.  gestel(l).  Nous  allons  montrer 
d'ailleurs  que  nos  dialectes  ont  conservé  le  mot  dans  une  acception 
analogue. 

II.  De  Malmedy  à  Namur,  le  brancard  d'un  chariot  et  surtout  d'un 
tombereau,  ainsi  que  l'espace  compris  entre  les  deux  bras  du  brancard, 


—  108   — 

s'appelle  custèl  (Verviers  :  Lobet  ;  ard.  :  Body,  Voc.  des  charrons). 
crustal  (Bormans,  Voc.  des  houilleurs  liégeois  (1)  ;  nam.  :  Pirsoul), 
cristal  (G.,  II  515  :  t.  de  min.,  avec  un  sens  quelque  peu  différent), 
cristèl  (Jupille  :  BSW  49,  p.  363).  Le  mot  est  ancien  :  braz  de  crustelles 
figure  dans  nos  Chartes  des  Métiers,  I  82  (2),  et  G.,  II  573,  cite  ce  texte 
de  1723  :  «  chevaux  attelés,  comme  l'on  dit,  al  cristalle  ».  De  source 
orale,  j'ai  recueilli  crustal  à  Dorinne,  Ben-Ahin,  Marche  et  Heure-en- 
Famenne,  Tohogne,  Erezée,  Villers-Ste-Gertrude,  Yielsalm  ;  custèl  à 
Stavelot  et  à  Thimister-Clermont  ;  enfin,  près  de  Malmedy  :  kœstœl  à 
Gueuzaine,  kèstèl  à  Robertville.  Le  genre  varie  :  masculin  à  l'origine, 
il  est  devenu  presque  partout  féminin  à  cause  de  la  terminaison. 

Les  dernières  formes,  originaires  de  la  frontière  linguistique,  repro- 
duisent nettement  le  germ.  gestel(l)  qui,  outre  le  sens  général  indiqué 
ci-dessus,  désigne  le  train  d'un  chariot.  Cette  signification  apparaît 
encore  dans  l'ancien  wallon  braz  de  crustelles  et  attelé  al  cristalle.  Comme 
le  mot  s'employait  surtout  à  cette  occasion,  il  a  fini  par  désigner  spé- 
cialement la  limonière  ou  prolongement  de  l'avant-train  (3\. —  Pour  la 
forme,  on  notera  1°  l'altération  de  -èl  en  -al(e\  sous  l'influence  des 
nombreux  diminutifs  en  -aie,  fr.  -elle  ;  —  2°  l'épënthèse  de  r  après  k 
initial  ;  comparez  scrène  :  «  échine  »  (anc.  h.  ail.  skina)  ;  cronzîre,  à 
Sibret,  pour  conzîre,  consîre  «  amas  de  neige  »  ;  crèssôde  «  pâquerette  » 
(consolida),  voy.  p.  59;  --  3°  le  durcissement  de  g  initial  en  A;: 
voy.  l'art.  kichHône. 

III.  Il  faut  attribuer  la  même  origine  au  montois  aguistiller  «  ajuster, 
arranger  »  (BD  1911,  p.  52).  Sigart  essaie  de  l'expliquer  par  *ajustiUer. 
qui  serait  un  diminutif  de  ajuster,  mais  c'est  pure  fantaisie.  Ce  verbe 
se  décompose  en  a-{-gestel-}-ier  et  signifie  proprement  «  pourvoir  de 
l'appareil  convenable,  appareiller  ».  Comparez  l'ail,  anstellen  «  arranger  » 
et  le  fr.  agréer,  t.  de  mar.,  «  garnir  (un  navire)  de  ses  agrès  »  (de  l'anc. 
holl.  gereîden  :  préparer.) 

w.  glindis' 
L'ard.    glindis\  «grillage  d'étang»  est  signalé  à  Saint-Hubert  par 

(')  Bormans  est  le  seul  qui  propose  une  étymologie  ;  il  croit  y  voir  deux  mots 
flamands  :  kruyen,  pousser,  traîner,  et  stal(l). 

('-)  Le  texte  porte  :  braz  de  Brustelles.  Il  est  cite  dans  C,  II  562,  où  Sclieler,  moins 
heureux  que  d'habitude,  voudrait  lire  :  bars  de  Bruscelles  (=  civières  de  Bruxelles)  ! 
La  correction  crustelles,  qui  s'impose  à  l'évidence,  est  de  Body,  /.  /. 

(3)  Dr  même  dans  certains  dialectes  germaniques.  Le  Wôrt.  der  luxemb.  Minutait 
(l!)0c.)  traduit  gestell  par  Gabeldeichsel. 


—  109  — 

M.  Marchot,  qui  le  dérive  du  lat.  clingere  «  enclore,  entourer  »  (1).  La 
tentative  est  infructueuse  :  ce  mot  latin  a  dû  être  très  peu  répandu  et 
n'a  donné  aucun  rejeton  (2).  En  revanche,  les  dialectes  flamands  con- 
naissent gelint  «  treillis  de  lattes  ou  de  barreaux  de  fer  »  (3)  et  Ton 
trouve,  en  bas  allemand,  glind  «  clôtura  de  planches  et  de  lattes  »  (4). 
De  là  le  w.  glindis\  dérivé  sur  le  type  de  trèyis'  «  treillis  »  et  du  fr. 
lattis  «  ouvrage  fait  en  lattes  ». 

Ce  mot  a  jadis  existé  à  Liège  ;  on  le  rencontre  maintes  fois  dans  les 
textes  anciens  avec  le  sens  de  «  clôture,  grillage,  treillis  ».  Voici  quelques 
témoignages  :  (1311)  «  juskes  a  glendice  Watelet  »  (5)  ;  —  (xive  siècle) 
«  ont  steppeis  et  ars  [extirpé  et  brûlé]  les  arbres,  useries  [portes], 
fineistres.  bans  [corr.  baus  :  poutres],  weires  et  lattes,  et  destruis  les 
glendis  entour  les  vergiers  »  (6);  —  (1510)  «  muchier  en  la  scaillie  [cour] 
de  la  maison  et  rompre  ung  glendice  »  (7)  ;  —  (1561)  «  arat  entrée  le 
glendice  pour  aller  joindre  au  puits  »  (8).  —  Aujourd'hui  même,  glindis' 
survit  comme  nom  de  lieu  à  Crehen  (Hesbaye)  :  il  y  désigne  une  partie 
du  ruisseau  qui  passe  dans  cette  commune  et  qu'une  clôture  longeait 
sans  doute  à  cet  endroit. 

[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  56G.] 

w.  gô,  gôti  ;  gaum.  djô,   djwôti  ;  fr.   mugot.   mijoter 

Le  w.  gô,  s.  m.,  signifie  :  «  petite  provision  de  fruits  qu'on  tient  en 
réserve  pour  ses  menus  appétits  ».  G.,  I  2.31,  paraît  l'assigner  au  dia- 
lecte namurois  ;  mais  on  cherche  vainement  ce  mot  dans  les  glossaires 
de  F.  D.  (manuscrit,  1850)  et  de  Pirsoul.  En  revanche,  gô  se  lit  dans 
une  pièce  ancienne  de  Marche-en-Famenne  (9)  et  se  dit  surtout  à  l'Est 
de  Liège,  vers  la  frontière  linguistique.  A  Malmedy,  Villers  (1793)  a  un 


(')  Marchot,  Phonologie  détaillée  d'un  patois  wallon  (1892),  p.  76. 
(*)  Voy.  Walde,  Lat.  etym.  Wôrlerbuch. —  C'est  à  tort  que  Du  Cange,  clingere, 
dérive  de  là  le  fr.  clenche  et  l'anc.  fr.  clicorgne. 

(3)  Schuermans,  Idioticon  et  Suppl.  ;  De  Bo.  —  Le  rouchi  glin  «  porte  à  claire- 
voie  »  (Luingne-lez-Mouscron)  est  emprunté  du  flamand. 

(4)  Cité  par  Weigand,  GELâNDER,  comme  étant  une  forme  parallèle  de  l'ail. 
geléinde.  Nous  retrouverons  ce  radical  à  l'article  landon. 

(5)  Cartulaire  de  l'abbaye  du  Val-Benoit,  éd.  Cuvelier,  p.  342. 

(6)  Jean  d'Outremeuse,  Myreur  des  histors,  vi,  674.  —  Godefroy,    qui  cite   ce 
texte,  weire  (chevron),  n'a  pas  d'article  glendis.       . 

(7)  Cris  du  Pérou,  reg.  71,  p.  118. 

(8)  Rendages  proclamatoires,  reg.  3,  15  v°. 

(")  Li  Marièdje  manqué  (1806),  v.  202  :  tant  qui  «»'  aurè  dès  pomes  o  gô. 


—  110  — 

article  gô.  s.  m.,  «  magasin,  corps  de  réserve,  magot  »  (1).  A  Stavelot  : 
fé  s'  gô  «  faire  sa  réserve  »,  surtout  de  fruits  (2).  A  Faymonville-Weismes, 
où  l'on  prononce  parfois  cô,  M.  J.  Eastin  distingue  deux  sens  :  «  1.  pro- 
vision de  fruits  cachée,  mise  en  réserve  ;  2.  portion  de  fruits  donnée  en 
cadeau  »  (3).  A  Verviers  enfin,  Lobet,  p.  223  :  gô  «  dépôt  (d'argent  ou 
autre  effet  en  quantité),  magot  ».  Nos  autres  lexicographes  ignorent  ce 
mot,  qui  d'ailleurs  n'existe  pas  en  liégeois.  Dans  les  témoignages  cités, 
nous  ne  trouvons  pas  l'acception  suivante  :  «  endroit  d'un  bois  où 
abondent  les  fruits  à  cueillir,  notamment  les  myrtilles  »  .  Tel  est  pour- 
tant le  sens  unique  que  je  connaissais  à  Verviers  dans  mon  enfance  (4)  ; 
nous  prononcions  gon,  avec  la  résonance  gutturale  propre  au  verviétois 
devant  voyelle  ou  à  la  fin  de  la  phrase,  et  gô  devant  consonne  (5).  Cette 
nasale  provient  d'une  altération  :  gô,  isolé  dans  la  langue  ou  du  moins 
paraissant  tel,  a  subi  l'analogie  des  nombreuses  finales  en  -on  :  ô  =  fr. 
et  liég.  -on  (6). 

De  la  pointe  Nord-Est  du  domaine  roman,  il  faut  descendre  au  pays 
de  Virton  pour  trouver  l'équivalent  de  notre  gô.  A  Tintigny  et  à  Ste- 
Marie-sur-Semois,  un  djcfw,  c'est  aussi  une  «  provision  de  fruits  tenue  en 
réserve  dans  une  cachette  »  (BSW  37,  p.  344).  Le  Vocabulaire  des  envi- 
rons de  Virton  par  Cl.  Maus  (manuscrit,  1850)  écrit  jau,  avec  la  même 
définition  ;  il  a  de  plus  cet  article  :  «  sauré,  jaunir  :  mette  des  peume  sauré  ; 
syn.  jouoti,  de  là  ain  jouo  de  peume  ».  Au  lieu  de  jau,  jouo,  jouoti,  lisez 
djô,  djoi.d  ou  djouiv,  djouôti  ou  djwôti,  comme  j'ai  entendu  prononcer, 
près  de  Virton,  à  St-Léger  et  à  Musson.  De  là  le  fr.  dialectal  :  «  mettre 
joûtir  des  nèfles  »,  que  donne  le  Larousse  illustré. 

Ce  verbe  dérive  de  djô,  djouw,  qui  avait  donc  à  l'origine  un  t  final. 
Or  le  liégeois  possède  un  verbe  gôti,  dont  le  rapport  avec  gô  devient 
par  là  manifeste  et  que  nous  devons  dès  lors  comprendre  dans  nos 
recherches. 

On  n'a  encore  publié  sur  gôti  que  des  notes  incomplètes  ou  peu 

(')  Grandgagnage,  Extraits  de  Villers,  p.  54. 

(2)  BSW  44,  p.  508.  De  même  à  Sprimont  et  dans  toute  la  région  verviétoise. 

(3)  Voc.  de  Faymonville,  p.  36  (BSW  50,  p.  568  ;  corr.  s.f.  en  s.  m.). 

(4)  Il  existe  aussi  à  Malmedy  :  su  veiner  (se  glisse)  iP  gô  a  gô  loi  phmk'tant  dès 
frarribéhes  (Armonac'  do  f  Santé  ne,  l  !)(><>,  p.  30). 

(5)  Voy.  Mélanges  wallons ^Liège,  1892),  p.  28. 

(6)  Voy.  ci-dessus  l'article  bô  et  BSW  53,  p.  390,  où  j'explique  de  même  no?j, 
lieu  dit  d'Ayeneux,  altération  de  ttô,  forme  masculine  du  fr.  noue  :  *nauda. 


—  111  — 

exactes  (J).  En  partant  du  primitif  gô,  nous  pouvons  résumer  comme 
suit  le  développement  sémantique  de  ce  verbe  intransitif  :  c'est,  à 
l'origine,  un  terme  d'économie  rurale,  conservé  comme  tel  dans  un  coin 
extrême  de  la  Wallonie  (Malmedy,  Faymonville,  Vielsalm)  ;  non  loin 
de  là  (Liège,  Huy),  il  survit  dans  des  expressions  métaphoriques,  avec 
un  sens  dépréeiatif. 

I.  Proprement,  en  parlant  des  fruits  qu'on  met  sur  la  paille  ou  dans  le  foin  : 
«  mûrir  dans  le  fruitier  »  ;  sens  attesté  pour  Malmedy  par  Villers  (1793),  pour 
Faymonville  par  M.  J.  Bastin,  qui  donne  cet  exemple  :  lès  bilokes  qui-arîri'' 
tourné  d'vaut  d'esse  mawes,  ô  lès  met  gôti  o  foûre  «  les  prunes  tombées  avant 
d'être  mûres,  on  les  met  mûrir  dans  le  foin  ».  [Comme  on  vient  de  le  voir. 
c'est  l'unique  acception  du  gaumais  djwôti  et  du  fr.  dial.  joûfir.].  |  Par  ana- 
logie :  1.  à  Vielsalm,  les  pommes  sauvages,  dont  on  veut  faire  du  vinaigre,  sont 
mises  en,  plein  air  pendant  deux  ou  trois  semaines  pour  les  laisser  gôti,  syn. 
atinri,  maw'ri  «  s'attendrir,  mûrir  »  (BD  1906,  p.  35)  ;  —  2.  à  Faymonville, 
«  s'avachir,  s'amollir  [=  blettir]  par  un  commencement  de  dessiccation,  se  dit 
des  fruits  qui  n'arrivent  pas  à  maturité,  des  feuilles,  de  l'herbe,  qui,  peu  de 
temps  après  avoir  été  coupées,  deviennent  flasques,  surtout  sous  l'action  du 
soleil  »  (J.  Bastin,  /.  I.  ;  voy.  les  exemples).  [L'influence  de  rôti  «  rouir,  pourrir  » 
n'est  peut-être  pas  étrangère  à  cette  extension  de  sens.] 

II.  Par  métaphore  et  toujours  péjorativement  :  1.  en  parlant  d'une  prépa- 
ration culinaire  qui  a  mijoté  trop  longtemps  sur  le  feu  :  «  se  dessécher,  perdre 
sa  saveur  »  :  i  n'  fât  nin  lèyî  gôti  V  café  (G.,  I  355),  de  gôti  café  (ib.)  ;  qwand  on 
ratint  lès-aules  po  dîner,  lès  crompîres  gôtihèt  (Forir)  ;  lé  feû  «'  va  nin  assez  rû, 
lé  djigot  gôtih  (Huy)  ;  li  tcfiâr  est  gôlèye,  li  rosti  a  V  gos'  di  gôti  (Liège)  :  ce  goût 
de  gôti  diffère  du  goût  de  hati  «  havi,  desséché  à  la  surface  »  et  de  celui  de 
broûlé  «  brûlé,  carbonisé  »  ;  —  2.  en  parlant  d'une  personne  qui  reste  paresseuse- 
ment au  coin  du  feu  :  «  se  cuire,  croupir  ».  Duvivier  donne  cet  exemple  : 
i  s'  gôtih  èl  coulêye  dé  feû,  où  le  réfléchi  est  sans  doute  amené  par  l'analogie  de 
i  s'  rostih,  i  s'  eût  «  il  se  rôtit,  il  se  cuit  ».  Je  n'ai  entendu  à  Liège  que  le  v.  intran- 
sitif :  èle  gôtih  èl  coulêye,  à  propos  d'une  femme  indolente,  dHne  crope-è-cindes  ; 
—  3.  en  parlant  de  l'eau  qui  se  corrompt  faute  de  mouvement  :  «  croupir  »  ; 
c'est  le  sens  unique  que  donne  le  liégeois  Rouveroy  (ap.  G.,  II  559).  Le  même 
a  un  article  garni,  où  il  se  contente  de  renvoyer  à  gôti. 

Enfin  gôti  a  donné,  à  Erezée,  le  diminutif  gôtiner,  v.  intr.,  1.  «  mijo- 
ter »  ;  2.  en  parlant  d'une  personne  :  «  traîner  (en  route),  croupir  ».  — - 

(*)  Trois  articles  de  G.,  I  239,  355,  II  529,  donnent  sans  explication  deux  sens 
différents  que  l'auteur  ne  songe  pas  à  rapprocher.  Dans  ses  Extraits  de  Villers,  il 
écrit  gôtehi  (!)  au  lieu  de  gôti.  M.  J.  Bastin  l.  /.,  signale,  avec  des  exemples  typiques, 
deux  significations  dont  il  faut  intervertir  l'ordre.  Hubert  et  G.  écrivent  gôti  (?)  au 
lieu  de  l'inchoatif  gôti.  Cambresier,  Remacle,  Lobet  n'en  parlent  pas. 


—  112  — 

Quant  à  godiner,  auquel  G.  compare  gôti.  sa  structure  phonétique, 
malgré  la  ressemb'ance  partielle  des  significations,  dénote  une  origine 
différente.  On  dit.  à  Liège  et  à  Jupille,  gtidiner,  1.  «  mijoter,  mitonner  »  : 
dfa  mètou  m'  rosti  godiner  so  V  costé  de  feu  ;  2.  fig.  «  dodiner.  dorloter  »  (1). 
Le  verviétois  gondiner  (Lobet,  p.  224)  «  gratiner,  mitonner  »,  avec  une 
fausse  nasale  on  (=  ô).  peut  s'expliquer  par  croisement  de  godiner  et 
de  gôti. 

Voilà,  en  somme,  ce  que  nous  savons  actuellement  de  gô  et  de  gôti 
dans  le  domaine  wallon.  Quelle  est  l'oiigine  de  ces  mots  ?  (2)  Leur 
habitat  paraît  dénoter  une  provenance  germanique.  De  même  la  com- 
paraison phonétique  avec  d'autres  termes,  tels  que  hô  «  giron  »,  hôVlêye 
«  *gironnée  »  (du  néerl.  schoot,  gothique  skauts)  ;  pôti  «  patrouiller, 
manier  indécemment  »  (Stavelot).  dérivé  de  pote  «  patte  »  (néerl.  poot, 
francique  pauta)  ;  rôti  «  rouir  »,  gaum.  rouôti  (néerl.  roten,  francique 
rotjan,  d'une  racine  germ.  raid  «  pourrir  »  :  Kluge,  v°  rôsten).  D'après 
ces  analogues,  un  type  *gaut,  *gôî,  expliquerait  gô,  gôti.  Seulement, 
rien  dans  les  langues  germaniques  ne  permet  d'étayer  cette  conjecture. 

Un  fait  certain  —  et  qui  doit  déjà  nous  satisfaire  —  c'est  que  nous 
reconnaissons  gô,  gôti  dans  le  second  élément  du  fr.  mugot,  mijoter. 

Le  fr.  mijoter  «  faire  cuire  doucement  et  loiigtemps  »  n'a  pénétré 
que  depuis  peu  (Acad.  1798)  dans  la  langue  générale.  Il  provient  des 
dialectes  du'  Nord  et  de  l'Ouest  (meusien,  rouchi,  picard,  normand, 
manceau),  où  il  a  des  formes  et  des  acceptions  diverses  :  1.  «  faire 
mûrir  »  (norm.  :  migeoter),  «  mûrir  sur  la  planche  »  (Haut-Maine  :  id.)  ; 

2.  «  cacher   son   argent,   thésauriser  »    (rouchi    :    migoter,    mugoter)    ; 

3.  «  bouillir  à  petit  feu  »  (boulonnais  :  mugoter).  —  Il  dérive  de  migeot 
«  lieu  où  l'on  garde  les  fruits  jusqu'à  maturité  »  (Haut-Maine)  ;  migoe 
«  provision  de  pommes  d'hiver,  etc.  »  (Baveux)  ;  mugot  «  provision  de 
fruits  qu'on  garde  pour  l'hiver  et  qu'on  laisse  mûrir  sur  la  planche  » 
(norm.)  ;  mijau  1.  môme  sens  ;  2.  «  collection  d'objets  faite  en  cachette  » 
(Ard.  fr.)  ;  migot,  mugot  «  magot,  trésor  caché  »  (rouchi,  picard)  ;  etc.  (3). 

f1)  Duvivier  donne  :  «  godiner,  dodiner,  dôrlotiner,  fr.  dodiner,  dorloter  ».  J'ai 
entendu  en  liégeois  :  si  godiner  «  se  dorloter  ». 

(2)  G.,  qui  d'ailleurs  ne  soupçonne  pas  de  parenté  entre  gô  et  gôti,  compare  sim- 
plement gô  avec  gômâ,  lequel  n'a  certainement  rien  à  faire  ici. 

(3)  Voy.  notamment  de  Montesson,  Voc.  du  Haut-Maine  :  migeot,  -er  ;  Goffart, 
Gloss.  du  Mouzonnais  :  mijau  ;  Baudon,  Patois  de  Rethel  :  rnigeau  ;  Sigart  :  migot, 
-er  ;  Hécart  :  mugot,  -er,  -eu  ;  Corblet  :  mugoter  ;  Jouancoux,  Delboulle  :  mugot  ;  etc. — 
En  Wallonie,  nigo  (nam.  :  G.,  II  162  ;  aussi  à  Charleroi)  «  amas  caché  de  fruits, 
d'argent,  etc.  »  s'est  altéré  de  migo  sous  l'influence  de  nid.  —  Le  fr.  magot  lui  aussi 
est  considéré  comme  une  altération  de  mugot. 


—  113  — 

En  français  moderne,  le  Dict.  gén.  admet  mugot  «  magot  (d'argent)  ». 
La  forme  la  plus  ancienne  date  du  xe  siècle  :  musgode,  dans  la  Vie  de 
St-Alexis,  v.  254,  où  le  sens  est  :  «  provision  (de  bouche),  réserve 
(d'aliments)  »  (1).  L'étymologie  reste  incertaine  (2).  Le  dernier  qui  en 
parle,  Meyer-Lùbke,  n°  5776,  pose  comme  étymon  *  musgauda 
(magasin,  grenier,  réserve),  d'origine  inconnue,  probablement  gau- 
loise (3). 

Notre  étude  contient,  croyons-nous,  des  données  inédites  qui  peu- 
vent servir  à  préciser  la  question.  Il  en  ressort  notamment  que  musgode 
est  bien  un  mot  composé,  dont  le  second  élément  —  le  plus  significatif  — 
a  paru  suffisant  au  wallon  et  au  gaumais.  De  plus,  l'aire  de  gô,  djô, 
oriente  les  recherches  vers  le  domaine  germanique.  Le  premier  élément 
de  musgode  pourrait  bien  être  le  moyen  h.  ail.  muos  (cibus  ;  ail.  mod. 
mus),  comme  le  proposait  Storm  (4).  Le  second  reste  énigmatique. 
Sans  avoir  la  prétention  de  le  déchiffrer,  je  terminerai  sur  ces  réflexions. 

Le  groupe  gô,  gôti,  djô,  djivôti,  postule  un  type  *  gautum,  anté- 
rieur à  *  (mus)gauda. 

On  admet  gabata  (écuelle),  *  gauta  (joue)  pour  expliquer  le  fr. 
«  jatte  »,  «  joue  »  (Meyer-Liibke.  n°  3625).  Notre  *gautum  y  serait-il 
apparenté  ?  —  J'attire  plutôt  l'attention  sur  ce  fait  que,  à  côté  de  gô, 
le  dialecte  de  Faymonville  (5)  possède  une  forme  cô.  Peut-on  en  déduire 
que  *gautum  est  altéré  de  *cautum  ? 

Le  latin  cautum  (lieu  protégé,  enclos  ;  de  Cautus,  cavere),  qui  a 
survécu  dans  le  Sud  (6),  conviendrait  assez  pour  le  sens  (endroit  pré- 
servé :  réserve)  ;  mais  les  conditions  géographiques  ne  lui  sont  pas 
favorables  :  il  faudrait  qu'il  eût  passé  sur  le  Rhin  et  fût,  de  là,  revenu 
chez  nous,  ce  qui  est  bien  problématique. 

Dès  lors,  notre  *  cautum  ne  pourrait-il  provenir  de  cavatum 
(endroit  creusé  :  creux,  cachette),  accentué  à  la  mode  germanique  sur 

(!)  Voy.  Godefroy  :  murjoe,  murgoe,  mujoe,  etc.,  s.  f.,  «  amas,  provision  ;  cellier 
où  l'on  conserve  les  pommes  ». 

(2)  Voy.  notamment  Scheler,  v°  mugot  ;  Romania,  n  85  ;  G.  Paris.  Vie  de  Si-Alexis, 
p.  186  ;  Z.f.  rom.  Phil.,  xxxn,  445  ;  xxxiii,  433  ;  Jouanconx,  n  215. 

(3)  II  cite  le  wallon  mi  go  ;  lisez  :  rouchi  (Sigart),  au  lieu  de  :  wallon. 

(4)  Romania,  II  85.  —  Comp.  le  moy.  h.  ail.  muoshûs,  mnosteile. 

(5)  Ce  dialecte,  à  l'extrême  N.-E.  du  domaine  roman  (Malmedy),  est  remarquable 
par  l'abondance  de  ses  formes  archaïques  (voy.  ci-après  les  articles  péri,  wahète, 
zvarbô).  M.  J.  Bastin  en  a  étudié  le  vocabulaire  et  la  morphologie  (BSW,  t.  50  et  51). 

(6)  Fiioul,  Espagne,  Portugal  ;  voy.  Meyer-Liibke,  n°  1784  ;  Kôrting,  n°  2036  ; 
Diez,  p.  442,  et  Du  Cange. 

8. 


—  114  — 

l'antépénultième  ?  Ou,  ce  qui  revient  au  même,  de  *cavitum  (com- 
parez *cavitare  «creuser»:  Meyer-Lûbke,  n°  1792)  ? 

En  dernière  analyse,  si  la  réponse  à  ces  questions  est  négative,  il  ne 
nous  restera  qu'à  supposer  à  tout  ce  groupe  une  origine  celtique. 

w.  gômâ ,  djômi ,  etc. 

I.  Grandgagnage,  I  237,  355,  II  xxvn,  traite  longuement  de  gômâ, 
qui  signifie  1.  écrouelles,  tumeur  ;  2.  réserve,  magot  ;  3.  jabot  des 
oiseaux  ;  4.  grossesse  ou,  en  général,  mal,  incommodité,  à  peu  près 
comme  le  fr.  paquet.  Il  propose  diverses  conjectures  qui  ne  méritent 
pas  discussion.  Il  a  vu  juste  en  un  point,  quand  il  soupçonne  que  -â 
est  le  suffixe  augmentatif,  fr.  -ard.  Reste  à  déterminer  le  radical. 

Le  primitif  survit  dans  le  dialecte  de  Verviers  ;  gôme  «  glande, 
tumeur  à  la  gorge  »  est  attesté  par  Xhoffer  (BD  1920,  p.  49)  et,  avant 
lui,  par  Lobet,  qui  donne  pêle-mêle  à  l'article  gôme,  p.  224,  les  signi- 
fications :  «  gomme  (végétale)...  glande  enflée...  gourme...  émone- 
toire,  etc.  »  (1).  —  D'autre  part,  un  manuscrit  du  liégeois  Duvivier 
porte  goûme  signifiant  «  gourme  »,  et,  d'après  M.  Henri  Stas,  on  dit  à 
Trembleur  :  i-a  dès  goûmes  è  hatrê  «  il  a  des. écrouelles  dans  le  cou  ».  A 
Liège  et  à  Huy,  on  emploie  souvent  dès  gouni ' goumes,  forme  redoublée 
à  la  mode  enfantine  (2).  A  Sprimont,  d'après  M.  Henri  Simon,  être 
gômé  c'est  avoir  des  gômeûres,  écrouelles  (3).  Enfin,  dans  la  région  de 
Spa,  gômer,  v.  intr.,  «  se  dit  des  brebis  qui  ont  une  sorte  d'écrouelles, 
gonflement  de  la  ganache  ou  mâchoire  inférieure,  ce  qui  est  le  signe 
certain  de  la  cachexie  chez  les  animaux  »  (4). 

Il  importe  de  distinguer,  au  point  de  vue  étymologique,  1.  dèl  gôme 
«  de  la  gomme  »  et  2.  des  gaines  «  des  écrouelles  ».  Le  premier  a  formé 

('  )  Je  tiens  aussi  de  M.  Eug.  Boullienne,  ancien  instituteur  à  Charneux-lez-Herve, 
né  en  1847  à  Franco rchamps,  cette  phrase  intéressante  :  il  est  tchèrdjî  cf  gômes, 
c'è-st-on  gômâ  il  est  chargé  d'écrouelles,  c'est  un  scrofuleux  ».  Il  serait  bon  d'avoir 
d'autres  témoignages  de  i"existenee  d'un  adjectif  gômâ.  En  tout  cas,  bien  que  le 
suffixe  soit  !e  même,  il  faut  distinguer  ce  gômâ  (=  qui  a  des  gômes  ;  comp.  pansa, 
pansard  ;  djôbâ,  *jambard,  qui  a  de  longues  pattes)  de  notre  gômâ,  augmentatif  de 
gôme  (comp.  fouwâ,  hoc  ,  etc.  :  voy.  l'art,  bègâ).  Le  premier  pourrait  aussi  dériver 
du  v.  gômer  dont  il  est  question  ci-après  ;  ce  serait  alors  «  celui  qui  gôme  »  (comp. 
brèyâ,  braillard  :  tronty,  trembleur  ;  rètchâ,  cracheur,  etc.). 

(-)  De-  même,  pour  désigner  les  écrouelles,  on  dit  encore  des  zizi  (Liège),  des 
boboyes  (Fosses-lez-Namur),  des  tchip-tehip  (Dison),  des  mogolcs  (Ath),  des  gogolcs 
(Ath,  Viesville,  Tournai)  ;  des  guèwes  ou  le  colié  Sinl-Antotrinne  (Huy). 

(3)  Le  suffixe  -ii'nr  provient  par  analogie  «lu  syn.  cosleûres  «  coutures,  cicatrices- 
(d'écrouelles)    . 

(4)  A.  13ody,  Vocab.  des  Agric.  ard.  (15SW   20,  p.  84). 


—  115  — 

en  liégeois  gômer,  v.  intr.,  émettre  de  la  gomme,  en  parlant  d'un  arbre, 
surtout  du  cerisier  :  on  cèlîhî  qui  gômêye  (=  qui  jet  dèl  gôme)  ;  d'où,  au 
figuré  :  èle  gômêye  co,  en  parlant  d'une  personne  qui  accumule  ses 
rancunes  ou  préventions  contre  quelqu'un  et  qui,  un  beau  jour,  écla- 
tera en  invectives  (1). 

Comme  on  le  voit  par  ce  dernier  exemple,  il  n'est  pas  toujours  facile 
de  faire  la  distinction,  et  l'on  admettra  même  une  sorte  de  croisement 
sémantique.  Mais  gômes  (écrouelles),  avec  sa  forme  variée  goûmes, 
reproduit  visiblement  Pane.  fr.  gorme,  gourme  (2),  qui  désigne  la  tumé- 
faction du  ganglion  sous-glossien,  le  goitre,  ou  encore  les  écrouelles, 
alors  que  le  fr.  moderne  gourme  ne  désigne  plus,  au  propre,  que  la 
phlegmasie  de  la  muqueuse  nasale  chez  les  jeunes  chevaux.  Si,  comme 
il  est  admis,  ce  mot  se  rattache  au  germ.  worm  «  pus  »  (3),  nous  de- 
vrons voir  dans  le  w.  gôme  (goûrne)  un  emprunt  direct  du  fr.  gorme 
{gourme)  ;  car,  si  le  terme  wallon  venait  immédiatement  du  germanique, 
il  aurait  conservé  le  zo  initial.  Quant  aux  dérivés,  gômé  reproduit  l'anc. 
fr.  gormé  (4)  et  gômà  serait  l'équivalent  de  *gourmard  (5). 

Il  serait  intéressant  d'étudier  les  représentants  de  cette  famille  dans 
les  patois  de  la  France.  Bornons-nous  ici  à  quelques  exemples.  —  En 
Saintonge,  les  goumons  désignent  les  oreillons,  ou  simplement  des 
œdèmes  ou  tumeurs  molles.  —  Le  Glossaire  de  V Anjou,  par  Verrier  et 
Onillon,  signale  «  goumons,  oreillons  ;  goumouner,  v.  n.,  s'enfler,  se 
gonfler  ;  goumer,  v.  n.  et  réfl.,  se  renfler,  se  gonfler,  devenir  turgescent, 
en  parlant  d'une  bouture  qui  va  émettre  des  rejets  ou  des  racines  ».  — 
Le  Vocabulaire  du  dép.  duDoubs,  par  Beauquier,  donne  :  «  gômer,  v.  n., 
tremper  dans  un  liquide  »  (p.  157)  ;  «  goumer,  gommer,  v.  n.,  cuire  à 
petit  feu,  ou  tremper  ;  se  dit,  dans  ce  dernier  sens,  par  ex.,  d'un  mor- 
ceau de  pain  qui  gomme  dans  l'eau  ;  fîg.,  goumer  sign.  couver  sa  colère, 

(x)  Inédit  ;  communication  de  MUe  A.  Gobiet.  Le  sens  figuré  pourrait  aussi, 
comme  on  le  verra,  se  rattacher  à  l'autre  gômer  (dérivé  de  gômes  écrouelles). 

(2)  Pour  gourme  :  goûme,  comp.  le  w.  foâme  =  anc.  fr.  fourme  (lat.  forma), 
i  toûne  =  fr.  il  tourne. 

(8)  Meyer-Liibke,  n°  9570.  Voyez  dans  Romania,  xxxviii  (1909),  p.  584, 
l'article  de  M.  Ant.  Thomas  sur  l'anc.  prov.  vorm,  où  l'on  corrige  avec  raison  Gode- 
froy,  qui  traduit  l'anc.  fr.  gourmons  par  «  goitre  »  au  lieu  de  «  écrouelles  ». 

(4)  God.  donne  à  gormé  le  sens  de  «  goitreux  »  ;  c'est  plus  probablement  «  scro- 
fuleux  »,  comme  dit  M.  Ant.  Thomas. 

(5)  Pour  la  chute  de  r,  comp.  le  malin,  môfier  (mâchonner),  qui  équivaut  à  l'anc. 
fr.  morfier  (manger  goulûment),  rouchi  mourfœyî  (à  Ellezelles  ;  m.  s.)  ;  du  germ. 
morf  j  an,  moyen  néerl.  morfen  ;  cf.  Meyer-Lûbke,  n°  5682.  —  De  même  bâbeû  = 
pic.  barboir  (masque)  ;  veâmaye  =  ivarmaye  (*verminalia),  etc. 


—  116  — 

se  contenir  à  peine  »  (p.  159)  ;  «  joume,  s.  f.,  la  mousse  d'un  liquide  ; 
jowmer,  mousser,  fig.  écumer  intérieurement  de  colère  »  (p.  182)  (1).  — 
Il  y  a  là  des  indications  précieuses  pour  l'explication  du  w.  gômer, 
dont  nous  avons  parlé  plus  haut,  et  du  w.  djômi  que  l'on  verra  ci-après. 
On  peut  conclure  à  l'existence  d'un  type  *gourmer,  au  sens  de  «  s'enfler, 
se  gonfler  ». 

II.  Ce  sens  mène  logiquement  à  celui  de  «  jeter  sa  gourme,  se  vider, 
se  purger  de  ses  humeurs  excrémentitielles  »  ;  puis  à  celui  de  «  vomir  », 
sens  que  possède,  par  exemple,  gormar  en  espagnol  et  en  portugais. 
Ainsi  s'expliquent  le  picard  gomir  «  vomir  »,  qu'on  lit  dans  Corblet, 
et  le  namurois  gômi  (2)  «  vomir  »,  que  G.,  I  237,  enregistre  laconique- 
ment. 

III.  Nous  trouvons  encore  dans  ce  qui  précède  la  clef  d'un  autre 
terme,  djômi,  dont  G..  I  257,  fait  deux  articles  et  qu'il  laisse  d'ailleurs 
sans  explication  satisfaisante.  Voici  ce  passage,  dont  je  rectifie  seule- 
ment la  graphie  wallonne  : 

1.  djômi  (germer)  Rem2.  —  Forme  de  djèrmi  ?  Comparez  le-suivant. 

2.  djômi  (couver,  en  parlant  du  feu)  ;  Namuroisj  it.  —  Peut-être  ïe  même 
mot  que  le  précédent  :  un  feu  qui  couve  est  un" feu  qui  n'existe  qu'en  germe,  qui 
ne  fait  encore  que  germer  ;  comp.  l'exemple  suivant  donné  par  Zoude  :  li  feû 
a  djômi  dî  djoûs  cTvins  /'  sômî  cTvant  qu'on  )ièl  vôye  «  le  feu  a  germé  dix  jours 
dans  la  poutre  avant  qu'on  ne  le  voie,  avant  de  paraître  au-dehors  »  (3). 

En  réalité,  djèrmi  «  germer  »  n'a  que  faire  ici  et  les  deux  articles  de 
G.  doivent  se  fondre  en  un  seul  ;  djômi  est  une  simple  variété  de 
gômi  (4)  ;  tous  deux  se  ramènent  à  un  type  *gourmir,  dont  le  sens 
propre  serait  «  commencer  à  go(u)rmer  (c.-à-d.  à  gonfler,  enfler,  devenir 
turgescent)  ».  L'examen  de  quelques  exemples  va  le  montrer  avec 
précision. 

(J)  Beauquicr  tire  joume  de  l'ail,  schâum  «  écume  »  (!)  et  ne  songe  pas  à  rappro- 
cher les  trois  articles  que  nous  citons. 

(2)  N'est  pas  dans  Pirsoul  :  G.  écrit  garni,  mais  il  faut  sans  doute  i  bref  ;  comp. 
le  pic.  gomir  et  la  note  suivante.  Le  dictionnaire  liégeois  manuscrit  de  Rouveroy 
a  un  article  :  «  gômi,  voy.  gôti  »,  pour  lequel  je  renvoie  à  mon  article  gô,  ci-dessus. 

(3)  G.  écrit  les  deux  fois  jômî  avec  i  long  ;  Terreur  est  manifeste  :  ce  verbe  appar- 
tient à  la  conjugaison  inchoative  (djômih,  etc.)  ;  Remacle  écrit  geômi,  FoTÙjômi,  etc. 

Altenburg,  II.  in.  tire  également  geômi  de  germi,  en  supposant  une  forme  inter- 
médiaire *joermi  (!). 

(4)  Pour  l'initiale,  comp.  notamment  gairî  :  djairî  ;  agâ  :  èdjâhe  (G.,  I  229,  249  ; 
II  324),  et  voy.  ci-dessus  les  art.  djèrson,  djêve.  —  Ce  qui  prouverait,  s'il  en  était 
besoin,  l'identité  «lu  radical  de  djômi,  gômi,  gômer,  c'est  que  «  le  feu  couve  »  se  dit 
en  liégeois  :  lifeû  djômih,  et  a  Alle-sur-Semois  :  li  Jeu  groûme  :  or  groûmer  est  visible- 
ment altéré  de  "gourmer. 


—  117  — 

En  parlant  de  l'amour  naissant  qui  tourmente  son  amie,  une  jeune 
fille  dit,  dans  une  pièce  liégeoise  de  1757  :  i  rC  jât  jamây...  lèyî  djômi 
on  s' -jet  mèhin.  Bailleur  (l)  traduit  en  note  :  «  il  ne  faut  jamais  laisser 
couver,  germer,  un  pareil  mal  »  ;  il  est,  lui  aussi,  guidé  par  la  ressem- 
blance extérieure  de  djômi  et  de  «  germer  »  qu'il  souligne  ;  mais  on  doit 
comprendre  :  «  (laisser)  grandir  insensiblement,  se  développer  par  une 
accumulation  lente  ».  —  De  même  lès  plêves  ont  jet  djômi  lès  xvassins 
(Rem.2)  «  les  pluies  ont  fait  germer  les  seigles  ».  Ici,  comme  dans  d'autres 
phrases  analogues,  djômi  équivaut  à  djèrmi  «  germer  »,  du  moins  pour 
le  résultat.  Ce  fait,  outre  la  ressemblance  des  formes,  explique  la 
confusion  ordinaire  entre  les  deux  termes  ;  mais  au  fond,  pour  le  radical 
et  pour  le  sens  exact,  djômi  se  rattache  à  l'angevin  goumer  et  au  w. 
gômer  de  tantôt.  —  Forir  ne  donne  que  l'expression  djômi  so  V  cour 
«  rester  sur  l'estomac,  causer  un  embarras  gastrique  »  ;  et  de  fait  on  dit 
à  Liège  :  Va-magnî  m'  djômih  so  li  stoumac\  dj'a  on  djômihèdje  so  li 
stoumac\  ;  mais,  de  plus,  je  tiens  de  vieux  Liégeois  les  phrases  sui- 
vantes :  li  colère  1%  djômi héve  è  cour  dispôy  lontins,  la  colère  s'accumulait 
depuis  longtemps  dans  son  cœur  ;  li  jeu  djômih,  le  feu  couve  ;  et  aussi» 
en  parlant  d'un  rôti  qui  traîne  sur  le  feu  :  li  rosti  a  djômi  so  V  jeu,  i  n'a 
pus  ni  gos'  ni  sawoura,  il  n'a  plus  ni  goût  ni  saveur  (2).  —  Dans  son 
beau  livre  Li  pan  de  bonDiu,  p.  112,  le  liégeois  Henri  Simon  nous  fait 
voir  que,  sous  la  terre  ensemencée,  qui  semble  morte,  on  rèsse  di  vèye 
djômih,  ine  fzvèce  catehêye  oûveûre  (un  reste  de  vie  couve,  une  force 
cachée  travaille)  :  le  second  hémistiche  commente  à  merveille  le  pre- 
mier. Ailleurs,  p.  98,  le  poète  montre  un  ruisselet  qui  djômihéve  dans 
le  ravin  et  que  la  pluie  fait  bondir  hors  de  son  lit  ;  la  traduction  «  som- 
meillait »  ne  peindrait  pas  la  lente  accumulation  des  eaux  (3).  —  Enfin, 
un  auteur  de  Jodoigne  (Brabant)  écrit  :  le  je  djômicheûve  djusqiïasteûre, 
la  qiCc  blake  par  bon,  le  feu  couvait,  voilà  qu'il  llambe  tout  de  bon  (4). 

IV.  Il  nous  reste  à  parler  de  deux  diminutifs  de  djômi. 

1.  Type  *gourminer.  —  Le  verviétois  Lobet  ne  connaît  pas  djômi  (s); 
en  revanche,  il  est  le  seul  de  nos  lexicographes  qui  enregistre  djômi  lier 

(x)  Théâtre  liégeois,  éd.  de  1854,  p.  68. 

(2)  Le  syn.  gôti  est  plus  usité  dans  ce  dernier  cas.  Je  rappelle  que  Rouveroy  a  un 
article  :  «  garni,  voy.  gôti  »  et  que  nous  avons  traité  de  ce  gôti  à  l'article  gô. 

(3)  Diez,  p.  601,  fait  état  du  berrichon  eau  gourmie  «  eau  stagnante  ».  Est-ce  bien 
le  sens  exact  ?  Ne  serait-ce  pas  plutôt  :  «  eau  qui  s'accumule  lentement  »  ? 

{*)  Edmond  Etienne  :  BSW  85,  p.  287, 

(5)  Il  ne  donne  pas  non  plus  djèrmi,  mais  bien  djârmi  germer  »,  à  côté  de  rfjârmon 
«  germe  »,  p.  210. 


—  118  — 

«  agir  lentement  »  (p.  654).  Ce  verbe  est  signalé  à  Huy  dans  cette  note 
que  je  tiens  de  M.  W.  Gorrissen  :  «  1.  couver,  en  parlant  du  feu  :  lé  jeu 
pout  co  èsprinde,  é  djômine  dêspôy  on  qivârt  d'eâre;  2.  faire  un  séjour  trop 
prolongé,  en  parlant  d'une  chose  soumise  à  une  opération  quelconque 
qui  ne  marche  pas  assez  rapidement  :  lé  tchâr  djômine  so  V  jeu  ;  lé 
s'mince  djômine  è  tére  déspôy  trzoès  samivinnes  ».  —  Il  paraît  qu'à  Liège 
(Cointe)  djôminer existe  aussi:  lifeû(li  tchâr,  Il  s' mince)  djôminêye. 

2.  Type  *gourmiller.  —  On  signale  à  Dinant  djoûmyi,  à  Vonêche 
djômyi  «  couver  »  (en  parlant  du  feu).  — -  De  même,  à  Stave  (prov.  de 
Namur),  d'après  M.  L.  Loiseau,  djômi  (où  -i  est  une  réduction  de  -yi) 
signifie  1.  couver,  en  parlant  du  feu  ;  2.  geindre,  gémir  [?]  :  gn-a  s,  vinte 
qui  djômiye  «  il  y  a  son  ventre  qui  gémit  ».  Le  second  sens  paraît  bien 
improbable  ;  M.  Loiseau  se  laisse  sans  doute  influencer  par  la  ressem- 
blance avec  le  fr.  gémir.  On  comprendrait  mieux  :  «  il  a  le  ventre  gêné, 
distendu  »,  état  de  malaise  qui  peut  d'ailleurs  s'accompagner  de  gar- 
gouillements. 

C'est  encore  un  t}q>e  en  -Hier  que  nous  trouvons  dans  le  gaumais 
djômîr '  «  couver  »  (une  maladie,  etc.,  toujours  en  mauvaise  part),  terme 
inédit  que  j'ai  noté  à  Ste-Marie-sur-Semois  et  à  St-Léger  (x).  —  Il  faut 
en  rapprocher  cet  article  du  Vocabulaire  gaumais  des  environs  de 
Virton,  manuscrit  de  1850,  par  Cl.  Maus  :  «  chaume,  couver  sous  la 
cendre,  travail  latent  :  les  zimeur  ly  chaumain  da  el  couer,  la  bile  le 
travaillait  d'une  manière  invisible  ».  On  lira  tchômer  (dont  l'initiale,  si 
elle  est  bien  sûre,  est  altérée  de  dj);  lès-i meurs  lî  tchômint  dd  èl  ctvœr  se 
traduira  littéralement  :  «  les  humeurs  lui  gourmaient  dans  le  corps  », 
c.-à-d.  s'accumulaient  sournoisement.  Nous  retrouvons  ainsi,  pour 
finir,  le  type  gômer  :  gourmer,  d'où  nous  sommes  partis. 

liég.  gorlète ,    golète 

D'après  des  Liégeois  que  j'ai  interrogés,  gorlète,  s.  f.,  signifie  :  1.  en 
t.  de  boucherie  :  cou  (du  bœuf)  :  on  bokèt  d?  gorlète  ;  2.  fanon,  peau  qui 
pend  sous  la  gorge  d'un  animal,  surtout  des  bovidés  ;  3.  par  compa- 
raison de  dénigrement  et  toujours  avec  une  épithète  ou  un  complément 
déterminatif  :  cou  débordant  (d'une  personne  grasse),  ou  vaste  gosier 
(d'un  buveur)  :  i  lî  va  cràn'mint  bin,  èle  si  r'fêt  ''ne  fameuse  gorlète. 
Ni  brê  nin  si  le,  ti  fvas  je  'ne  gorlète  di  tore  ;  èle  a  'ne  grosse  gorlète  (un 
goître);  c'è-st-ine  jîre  gorlète  (un  fier  entonnoir,  un  grand  buveur). 

G.,  I  238,  dans  un  premier  article  gorlète,  ne  donne  que  le  sens  2, 

")  Sur  le  suffixe  gaumais  -h-  (ïr.  -Hier),  voy.  Feller,  Soirs,  p.  -257. 


—  119  — 

avec  cette  explication  :  «  Peut-être  un  diminutif  de  gorê  (collier  de 
cheval)  ».  Il  fait,  sans  explication,  un  second  article  pour  gorlète, 
«  t.  de  min.,  manteau  de  cuir  que  les  chargeurs  mettent  pour  se  pré- 
server de  l'eau  ». 

La  conjecture  de  G.  porte  à  faux.  On  ne  peut  admettre  non  plus  sa 
division  en  deux  articles.  —  En  réalité,  gorlète  est  mis  pour  *goVrète, 
diminutif  de  golé  «  collier  »,  et  répond  littéralement  au  fr.  «  collerette  ». 
Cela  ressort  du  sens  «  ajustement  de  femme,  gorgerette  »,  que  met  en 
première  ligne  le  Dict.  malmêdien  de  Villers  (1793).  De  plus,  on  relève 
dans  les  archives  liégeoises  du  xvie  siècle  :  «  une  golerette  de  noir  velu  » 
à  côté  de  :  «  une  gorrelette  de  drap  noir  servant  à  une  femme  »  (1).  Dans 
ce  sens,  le  liégeois  moderne  n'emploie  que  le  doublet  colèrète,  colorète, 
qui  est  un  emprunt  récent  du  français  ;  mais  la  pièce  de  cuir  qui  couvre 
les  épaules  des  chargeurs  et  qui  s'attache  au  cou,  a  gardé  le  souvenir  de 
l'ancienne  gorlète,  objet  d'ajustement.  Les  autres  sens  s'expliquent 
d'eux-mêmes.  Le  fr.  collier,  t.  de  boucherie,  désigne  aussi  la  partie  du 
bœuf  ou  du  veau  comprise  entre  les  épaules  et  la  tête.  Quant  au  fanon, 
on  y  a  vu  une  ressemblance  avec  la  «  collerette  ».  —  Au  point  de  vue 
phonétique,  rien  de  plus  fréquent  que  la  métathèse  réciproque  dans  les 
mots  du  type  gorlète,  où  voisinent  deux  liquides  intérieures  :  firlèsse 
(Choix,  p.  114),  pour  jiVrèsse  «  fileuse  »  ;  kirlêye  (verv.  :  G.,  II  511), 
pour  kiVrêye  «  cuillerée  »  ;  ôrlîye  (à  Crupet),  pour  ôVrîye  «  huilerie  »  ; 
purlê  (voy.  cet  art.),  pour  *piïrê  «  petit  pilier  »  ;  sarlète  (et  non  sârlète  : 
G.,  II  341),  pour  *saVrète  «  salière  »  ;  tchârleûs,  pour  HchâVreûs  «  cha- 
leureux »  ;  trahèrlèye  (Esneux),  pour  trahèV rèye  «  cohue  »  ;  voy.  aussi  les 
articles  djèrmale,  hèrnale. 

On  ne  peut  séparer  gorlète  du  mot  suivant,  dont  G.,  I  137,  II  xxvii, 
parle  en  ces  termes  : 

golète,  fressure. —  Paraît  signifier  proprement  :  cou,  d'où  l'expression  rap- 
portée par  Simonon  :  toi  passe  po  /'  golète.  De  là  :  collet  (en  t.  de  bouch.),  bout- 
saigneux  ;  enfin,  par  extension  :  mou  :  poumon  de  certains  animaux.  Golète 
est  donc  probablement  un  diminutif  du  latin  gula. 

La  conjecture  de  G.  ne  ressort  guère  des  significations  qu'il  détaille 
avec  tant  de  soin.  Nous  voyons  dans  golète  une  forme  féminine  de 
«  collet  »,  qui  se  dit  en  français,  comme  terme  de  boucherie,  au  même 
sens  que  «  collier  »  ci-dessus.  D'après  Semertier,  Voc.  de  la  boucherie 

P)  Reg.  aux  arrêts,  1530-33.  —  Godefroy,  t.  ix,  colerete,  cite  aussi  corlerelte 
(à  Spa,  1606). 


—  120  — 

(BSYV  33.  p.  44),  le  liég.  golé  «  collier  »  est  synonyme  de  golète  «  fressure  ». 
En  certains  endroits  (Vottem-lez-Liège),  golète  remplace  gorlète  au 
sens  de  «  double  menton  d'une  personne  grasse  ».  Enfin  Duvivier 
donne  la  phrase  :  c'è-st-ine  fameuse  golète  «  un  grand  buveur  ».  Ces 
concordances  prouvent  que  golète  dérive  du  lat.  collum  au  même 
titre  que  gorlète  du  lat.  collare  (collier).  Au  surplus,  Godefroy  a  un 
exemple  de  l'anc.  fr.  collette,  s.  f.,  diminutif  de  cou. 

Il  existe  dans  notre  dialecte  un  autre  golète,  diminutif  du  lat.  gui  a, 
qui  répond  au  fr.  goulette  (entrée  en  entonnoir)  et  qui  se  rencontre  dans 
des  noms  de  lieu  (BSW  49,  p.  247  ;  52,  p.  216).  Il  peut  être  parfois 
difficile  de  distinguer  entre  les  deux  :  un  croisement  de  collum  et  de 
gui  a  est  des  plus  naturels. 

[Mélanges  Kwrth  (1908),  t.  II,  p.  320  ;  art.  remanié  et  développé]. 

liég.  gossê 

J'ai  entendu  ce  mot  1°  à  Ampsin  et  à  Bergilers  (Hesbaye  liégeoise)  : 
on  gossê  cV amène  «  un  petit  tas  de  fumier  déposé  sur  le  terrain  à  fumer  »  ; 
2°  à  Jupille  et  à  Liège  (Cointe)  :  on  gossê  cV  joûre  «  une  veillote,  un  tas 
de  foin  plus  petit  que  la  hougnète  ».  Le  sens  générique  est  donc  «•  petit 
tas  arrondi  ».  A  part  Body.  Voc.  agr.,  qui  atteste  aussi  le  1°  en  Hesbaye, 
et  G.,  I  235,  354,  qui  attribue  les  deux  sens  au  hesbignon  gossia, 
gochâ  [nam.  -ya  =  liég.  -ê  :  -ellum],  nos  lexicographes  se  taisent  à  ce 
sujet  (x). 

Hubert,  Duvivier  et  Forir  donnent  le  terme  suivant  que,  personnel- 
lement, je  n'ai  pas  retrouvé  :  gossHê  «  chargé,  bien  rempli  »,  syn.  de 
hop'lé,  hoz'lé.  On  aurait  tort  d'y  voir  l'altération  de  ce  hoz'lé,  hoss'lé, 
qui  dérive  de  hozê  «  houseau  »  (2)  ;  gossHé  provient  de  gossê,  comme 
hop' lé  de  hopê.  Le  sens  propre  est  :  «  tassé,  bourré  ». 

D'où  vient  gossê  lui-même  ?  G.  n'en  dit  mot.  Body  compare  le  hesb. 
gossê  à  Tard,  cossèt  «  veillote  »,  et  cette  indication  se  trouve  être  juste  : 
il  nous  reste  à  le  démontrer. 

Le  liég.  cossèt,  nam.  couchet  (de  même  souche  que  le  fr.  coche,  cochon), 
signifie  proprement  «  petit  porc  »  et,  au  figuré,  dans  certains  villages 

(*)  Forir  a  deux  articles  qui  ne  méritent  aucune  confiance  :  <  gochâ  veillote  »  et 
«  goçal  sorte  de  gerbe  de  blé  ».  L'un  reproduit  une  erreur  de  G.,  I  235,  que  G.  lui- 
même  a  corrigée  p.  354  ;  la  définition  de  l'autre  est  suspecte  et  la  forme  goçal  est 
sûrement  une  coquille  pour  goçai.  —  J'ai  constaté  gossia  («le  fumier)  à  Crehen 
(Hesbaye). 

(2)  L'anc.  liég.  gosseaux  (G.,  II  .">!i<))  est  une  mauvaise  leçon  pour  hosseaux 
(voy.BSW   .".  p.  467). 


—  121   — 

ardennais  (Vielsalm,  Jalhay,  Sprimont),  «  veillote  »,  petit  tas  de  foin 
qui  ressemble  au  dos  arrondi  du  cossèt  (1).  A  Hervé  également  :  mète 
lu  foûre  a  cossèts,  fé  lès  cossèts.  Du  même  radical,  à  l'aide  d'un  suffixe 
équivalent,  on  a  formé  cosse,  dont  l'initiale  s'est  ensuite  adoucie  (2)  : 
une  charte  liégeoise  de  1396,  relative  aux  habitants  de  Jupille,  con- 
tient en  effet  cocheau,  forme  francisée  qui  atteste  au  xive  siècle 
l'existence  du  type  wallon  cossê  (3)  ;  une  autre  charte  liégeoise  de 
1403  porte  la  forme  gocheau  (4). 

lieu  dit  Grétry  (à  Bolland) 

On  sait  que  la  famille  du  célèbre  compositeur  liégeois  a  eu  pour 
berceau  le  hameau  de  Grétry  (commune  de  Bolland,  au  N.  de  Liège), 
d'où  elle  tire  son  nom  (5).  Les  formes  anciennes  sont  Grétry,  Grettry, 
Gretterix  (6).  Nous  y  reconnaissons  une  de  ces  nombreuses  désignations 
toponymiques  composées  de  ri  (ruisseau)  et  d'un  premier  élément 
représentant  un  nom  d'homme  :  ainsi  Gobrî  (à  Tilff-Beaufays  :  BSW  52, 
p.  206),  anciennement  Gobièri,  signifie  «  le  ruisseau  de  Gobert  ».  De 
même  Gfétri,  métathèse  de  *Gêrt-ri,  c'est  le  ruisseau  de  Gehrt  ou 
Geert,  forme  contractée  du  germ.   Gerhard,  nom  d'homme. 

w.  grimon  (ard.,  brab.) 

G.,  II  530,  signale  sans  explication  Tard,  grimon  (sorte  d'esprit  mal- 
faisant), que  Borgnet  a  noté  à  Muno,  à  l'extrême  Sud  de  la  province 


(x)  De  même  Pandain  s'appelle  cochon  à  Bosséval  (Bruneau,  Enquête.  I  31).  A 
Cornesse  et  à  Surister,  leû  «  loup  »  =  petit  tas  de  foin  :  fc  des  leûs,  rilèver  a  leûs.  A 
Vielsalm,  d'après  Body,  poûtrin  «  poulain  »  =  gros  tas  de  blé.  Meyer-Lûbke,  n°  9406, 
admet  que  veillote  dérive  de  vit u lus  «  veau  (eomp.  cependant  Thomas,  Mé- 
langes, p.  163).  —  On  peut  voir,  dans  Behrens,  Beitrâge,  pp.  190-192,  une  disser- 
tation sur  les  noms  d'animaux  pris  métaphoriquement. 

(2)  Même  variation  de  suffixe  dans  le  verv.  gossè  <•■  aisselier,  gousset  (pièce  de 
charpente)  »,  que  Lobet,  p.  224,  donne  à  côté  de  gossèt  «  gousset  ».  Pour  le  radical, 
ce  gossê  n'a  évidemment  rien  à  démêler  avec  le  nôtre. 

(3)  «  S'ilh  advenoit  que...  demoraist  sur  les  preis  foure  en  cocheaus,  par  faute  de 
cherons  ou  par  plovaige,  lydis  sorseans...  devront  contrewardier  leurs  biestes  qu'ilhs 
ne  fâchent  damaiges  ;tsdis  cocheaus  de  four  »  (Carlulaire  de  l'abbaye  du  Val-Benoit, 
p.  721,  éd.  J.  Cuvelier).  —  Ce  cocheau  pourrait  expliquer  le  fr.  écocheler,  t.  d'agric, 
javeler,  d'origine  inconnue,  d'après  Littré  et  le  Dict.  général. 

(4)  «  Pour  le  dit  four  aidier  feneir  et  commourneir  puis  le  mettre  en  grans  go- 
eheauz  ».  Texte  cité  par  L.  Jeunehomme,  Flémalle-Haute,  p.  29. 

(5)  Wallonia  (Liège),  xn  29,  xiv  132. 

(6)  En  1352  :  Henry  de  Gretterix  (Arch.  du  Ban  de  Hervé,  8,  205). 


122   

de  Luxembourg  (l).  D'autre  part,  Edm.  Etienne,  de  Jodoigne,  dit  dans 
une  de  ses  comédies  (2)  :  avoz  jamê  vèyeu  mindji  corne  ce  Flamand  la  ? 
èl  a  Grëmon  è  cwar  !  («  il  a  Grimon  dans  le  corps  »  =  c'est  un  mangeur 
insatiable).  —  Les  nasales  an  et  on  ayant  une  tendance  à  se  confondre 
et  à  permuter,  je  vois  dans  notre  mot  une  prononciation  dialectale  de 
*griman,  forme  altérée  du  fr.  nécromant,  négromant,  de  même  que  nécro- 
mancien devient  groumancyin,  grimàchin  (Liège),  grimancyin  (Gem- 
bloux,  Stave,  Givet).  Du  sens  de  :  «  sorcier,  magicien  »,  le  peuple  passe 
aisément  à  celui  de  :  «  esprit  malfaisant  ».  C'est  ainsi  que  Simonon 
définit  le  liég.  é grimancyin  :  «  lutin,  loup-garou  »  (G.,  1 188),  et  que  l'on 
dit  à  Jodoigne  :  cl  est  cotchèssi  dèl  gremancén  «  il  est  tenté  du  mauvais 
esprit  ». 

malm.  guduc 

Le  Dictionnaire  malmédien  de  Villers  (1793)  a  un  article  :  «  guduck, 
adj.,  perdu,  confisqué,  tombé  en  commise  »,  qui,  dans  les  Extraits 
publiés  par  G.,  est  défiguré  en  giidiek  (3).  C'est  le  fr.  caduc,  avec  le  sens 
que  lui  donnent  les  jurisconsultes  (bona  caduca,  quibus  nemo  succédât 
hères  :  DuCange,  v°  caducum;  syn.  «  main  morte  >).  Caduc  s'est  altéré 
en  *gaduc  (comme  le  malm.  gabriyole  «  cabriole  »  :  Villers)  ou  *guèduc 
(comme  le  malm.  kènon  «  canon  »  :  id.),  puis  en  guduc  ;  comp.  gumune 
(pour  guimène),  gurnî  «  grenier  »,  hugunot  «  huguenot  »,  harkuboûzer 
«  arquebuser  »  et  autres  formes  malmédiennes.  Au  reste,  ce  guduc  est 
un  terme  archaïque  de  droit,  tombé  aujourd'hui  en  désuétude. 

w.  guèdin 

On  lit  dans  le  BSW  53,  p.  405  :  «  mète  li  guèdin  (Seraing),  c'est  serrer 
le  menton  entre  le  pouce  et  l'index  ;  mais  quel  est  le  sens  propre  de 
guèdin  ?  On  dit  en  Hesbaye  mète  lès  guingons  ». 

En  Hesbaye  même,  j'ai  noté  à  Bergilers  mète  lès  guèdins,  avec  des 
détails  circonstanciés  qui  éclairent  l'expression  :  pour  faire  rire  un 
enfant,  on  lui  serre  latéralement  le  menton  entre  le  pouce  et  l'index, 

(*)  Borpiict,  Guide  du  voyageur  ni  Ardenne,  I  :343. 

(2)  Nos marians  Cadie,  se.  xi. —  Gremonest  ici  devenu  nom  propre.  D'après  M. 
Borlée,  de  Lathuy,  on  dit  aussi  :  el  a  V  gicmon  è  cwar. 

(3)  La  copie  de  Villers  dont  ('..  s'est  servi  était  pleine  de  fautes  graves  ;  nous 
pouvons  les  corriger  grâce  a  .M.  Joseph  Bastin,  qui  a  fait  une  étude  attentive  du 
manuscrit  original.  11  faut  lire  par  exemple  netkufurnet,  ôrc,  pèche,  rcâvelèje,  spièk, 
au  lieu  de  netketfurnet,  orée,  pèchée,  fcûvelMe,  spiel,  que  portent  les  Extraits.  De 
même  dans  (;.,  Il  311,  supprimez  l'art,  rion  ;  Villers  a  écrit  rgon  et  non  ryon. 


—  123  — 

et  on  le  lui  secoue  de  haut  en  bas  (1).  Si  le  lecteur  veut  bien  se  reporter 
à  l'article  guingon,  il  n'aura  pas  de  peine  à  reconnaître  ici  l'onomatopée 
guèdin- guèdin  imitant  le  tintement  d'une  clochette  (2).  A  Malmedy, 
d'après  Scius,  guèdin  signifie  «  hochet,  jouet  d'entant  »,  ce  qui  confirme 
notre   interprétation. 

J'expliquerai  de  même  cet  article  assez  confus  de  Lobet  : 

guèdin,  moulin  à  café  ;  se  dit  aux  femmes,  faire  tourner  le  moulin  à  café, 
par  plaisanterie  ;  boire  une  tasse  de  café  à  l'insu  de  leur  mari. 

Le  guèdin  que  les  femmes  font  tourner  quand  elles  veulent  godailler 
entre  elles,  rappelle  à  l'imagination  ironique  du  peuple  le  hochet  qui 
amuse  les  enfants  ! 

liég.  gueûte 

D'après  G.,  II  530,  ce  terme  de  batellerie,  qui  signifie  «  bois  servant 
à  soutenir  les  écoutilles  »,  est  probablement  le  même  mot  que  coyeûte, 
t.  de  houillerie,  «  sorte  de  pièce  de  bois  »  (3).  Proposition  malheureuse, 
que  la  phonétique  écarte  d'emblée.  Le  liég.  gueûte  n'est  autre  que  le 
néerlandais  dialectal  geut,  forme  variée  du  néerl.  goot  «  canal,  conduit, 
gouttière  ».  La  pièce  de  bois  qu'il  désigne  est  en  effet  creusée  de  façon 
à  faire  couler  en  dehors  du  bateau  l'eau  de  pluie  qui  tombe  sur  les 
couvertures  ou  ruines  (1).  —  Sur  la  Sambre,  on  dit  gote  (lès  gotes  dès 
couvertures). 

Le  néerl.  goot  «  canal  »  a  passé  de  même  dans  le  w.  de  Ste-Marie- 
Geest  (lez-Jodoigne  :  Brabant),  où  j'ai  entendu  :  Vêwe  djoke  èl  gôte, 
l'eau  est  arrêtée  dans  le  drain  (5). 

liég.  guingon 

G.,  I  248,  355,  II  xxvn,  consacre  à  ce  mot  —  qu'il  laisse  sans  expli- 
cation —  trois  articles,  dont  voici  le  résumé  : 

(x)  Cela  s'appelle  à  Liège  fé  dès  crosses  di  dbrêye  «  faire  des  croûtes  de  tarte  »  ; 
à  Nivelles  :  fé  'ne  crousse  de  grand-mère. 

(2)  Comp.  dans  Lobet  :  guèlin-guèlin  «  tintin,  bruit  d'une  sonnette,  d'un  grelot  », 
et  le  fr.  drelin,  dindin  dans  le  Dicf.  général. 

(3)  Sur  coyeûte  (lat.  collecta),  voy.  BD  1914,  p.  84. 

(4)  Voyez  ci-après  l'article  skèrbalik. 

(5)  Il  ne  faut  pas  confondre  ce  mot  avec  le  \v.  gote  (goutte)  qui  est  bien  connu  en 
toponymie  liégeoise  et  luxembourgeoise  ;  d'où  le  diminutif  gotale  «  gouttelle  ». 
Cf.  BSW  53,  p.  391. 


—  124  — 

guingons,  plur.  (menus  joyaux  à  l'usage  des  femmes,  tels  que  pendants 
(1  oreilles,  etc.).  —  Ce  mot  signifie  aussi  :  1.  (au  sing.)  la  substance  charnue  qui 
pend  au  cou  des  dindons,  et  :  2.  les  glandes  qui  pendent  également  au  cou  des 
sangliers  et  de  certaines  espèces  de  porcs.  —  On  dit  à  Verviers  gléption  ;  en 
Condroz  gliiigon. 

Le  plus  ancien  exemple  se  lit  dans  une  pasquille  d'avant  1650,  sur 
les  jeunes  filles  coquettes  (BSW  11,  p.  245)  : 

Si  v'aront-èles  dès  fiers  d'ardjint 
Et  dès  gtnngons  qui  vont  si  bin. 

Le  mot  présente  des  formes  et  des  sens  multiples.  Duvivier  écrit 
ghinngon  «  clinquant,  joyau  :  mêlez  tos  vos  ghinngons  »  (lisez  guingon, 
avec  w  =  ing  allemand).  —  Forir  a  trois  articles  :  gaingon  «  menus 
joyaux  des  femmes  »  ;  gaingan  «  clinquant,  petite  lame  d'or,  d'argent 
ou  de  cuivre  qu'on  met  dans  les  broderies  ;  falbalas,  oripeaux  »  ; 
kinclan  «  clinquant  ;  voy.  guing-gan  ».  Ce  dernier  faisant  défaut,  je 
suppose  qu'il  s'agit  de  gaingan,  que  Forir  prononçait  guingan  et 
gui-ng'gan.  —  M.  Lejeune,  Vocab.  du  médecin  f1),  donne  le  liégeois 
glin-glan  «  sécrétion  solidifiée  restant  attachée  à  des  poils,  etc.  (à  cause 
de  la  forme  en  battant  de  cloche  ?)  ».  —  A  Liège  même,  j'ai  entendu 
gli-ng'glan  «  joyau  »  :  èle  riglatih  corne  ine  catèdrâle,  èle  a  mètou  tos  ses 
gli-ng  glans.  Un  auteur  de  Seraing  écrit  dans  ce  sens  :  dès  guign' gons 
(BSW  51,  p.  68),  et  Willem,  Dict.  des  rimes,  a  :  guinglon  «  pendeloque  ». 
On  ne  trouve  rien  là-dessus  dans  Cambresier,  Remacle,  Hubert.  — 
Pour  le  malmédien,  Villers  donne  :  «  glinglan,  s.  m.,  du  clinquant  ». 
En  verviétois,  Lobet  note  glëgon  avec  un  sens  nouveau  :  «  scrofule  », 
p.  222  ;  glégon  u7'  coq  «  barbe  de  coq  »,  glégon  rf'  pourcê  «  excroissance 
charnue  sous  !<*  cou  du  cochon  »,  p.  655.  —  Enfin,  pour  achever  la 
revue,  signalons  à  Jupille  :  gléglons  cV  neûhl  «  chatons  de  noisetier  »  ; 
et  en  Hesbaye  :  1.  les  gui-ng' gons  oVon  coq  (Bergilers)  «  les  caroncules 
d'un  coq  »  ;  2.  mite  les  guingons  «  serrer  le  menton  entre  le  pouce  et 
l'index  »  (BSW  53,  p.  405). 

En  résumé,  on  distingue  dans  cette  variété  de  formes  :  1°  les  suffixes 
diminutifs  -on  (voy.  l'art,  foûsson)  ;  -ion  (fr.  -illon  ;  seulement  dans  le 
verv.  glêguion,  cité  par  G.).  e1  le  suffixe  -ant  du  participe,  dans  gumgant, 
gui-ng'gant,  gli-ngglant  ;  — ■  2°  un  radical  gïing-  (avec  initiale  adoucie 

Cl  HSW  ni.  |i.  :;.")!).       La  forme  glinglans    barbe  de  coq     se  lit  aussi  t.  49,  p.  374. 


—  125  — 

pour  *cling-),  où  nous  reconnaissons  l'ail,  klingen  «  résonner  »  (l)  ; 
gling-  peut  s'altérer  en  guing-.  glingl-,  guingl-,  tandis  que  la  voyelle 
peut  avoir  cinq  états  différents  :  lu,  ign,  in\  ê,  é. 

Proprement,  le  glingon  ou  gli-ng'gant  c'est  le  petit  objet  sonore  qui 
pendille  (clarine  ou  sonnaille  au  cou  des  vaches,  pendeloque,  joyau  de 
femme)  ;  de  là,  par  extension  :  caroncule  de  coq  (2)  ou  de  dindon  ; 
glande  de  sanglier  ou  de  porc  ;  scrofule  ;  sécrétion  solidifiée  ;  chaton  de 
noisetier  ;  enfin,  pour  faire  rire  un  enfant,  on  lui  met  les  guingons 
(Hesbaye),  quand  on  fait  le  geste  de  sonner  en  lui  serrant  le  menton 
entre  le  pouce  et  l'index  (voyez  p.  122  l'art,  guèdin). 

Le  sens  primitif  apparaît  encore  nettement  dans  les  dérivés  suivants  : 

glingonètes,  syn.  hiyètes,a  sonnettes  »,  désigne,  à  Lorcé  sur  l'Amblève, 
les  clochettes  du  fuchsia  ;  — ■  altéré  en  guinguignète  (Vottem,  lez-Liège) 
«  petit  objet  que  les  enfants  fabriquent  à  l'aide  de  l'infrutescence  de  la 
bourse-à-pasteur  :  ils  obtiennent  ainsi  un  hochet  dont  le  cliquetis  les 
amuse  »  (Bull,  de  Folkl,  II  121). 

gligriter  (Liège,  Huy),  v.  intr.,  «  sonner,  cliqueter  »,  se  dit  p.  ex.  d'un 
carreau  qui  casse,  d'une  fenêtre  que  le  vent  secoue  ;  —  gl-k'ter  (Ver- 
viers  :  Lob.  ap.  G.,  II  528)  «  copter,  faire  aller  le  battant  d'une  cloche 
d'un  seul  côté  »  ;  —  glingoter  (Malmedy  :  Vill.)  «  sonner  les  cloches, 
brimbaler  »  ;  d'où  :  du  glingoter,  dans  cette  jolie  expression  :  lèyî 
d?  glingoter  lès  clokes  «  attendre  que  les  cloches  aient  fini  de  tinter  » 
comp.  l'ail,  ausklingen  (3). 

d(is)guingonè  (Ciney),  v.  tr.,  «  débourser  »,  propr.  «  faire  sonner  son 
argent  ». 

malm.  guzouhe ,  galguzouhe 

Le  Dict.  malmédien  de  Villers  (1793)  donne  l'expression  aveûr  al 
guzouhe  «  avoir  à  sa  discrétion  »  ;  de  même  Scius  (1893),  qui  écrit  aussi 
cuzouhe.  A  Faymonville,  M.  J.  Bastin  signale  :  aveûr  al  k&ssouhe 
«  avoir  à  sa  discrétion  (p.  ex.  son  patrimoine),  gaspiller  (qqch),  tour- 

(*)  Comp.  le  fr.  clinquant,  de  Fane.  fr.  clinquer,  néerl.  klinken.  Le  kinclan  de  Forir 
est  altéré  de  clincant,  emprunté  du  français.  —  Le  verbe  glinguer  existe  à  Clairvaux 
(Jura)  avec  le  sens  de  «  heurter  des  objets  sonores,  en  tirer  du  bruit  »  ;  voy.  Behrens 
Beitrdge,  p.  214. 

(2)  A  Jodoigne,  les  caroncules  du  coq  s'appellent  décotes,  dérivé  de  cleker  (anc.  fr. 
cliquer  «  faire  du  bruit  »).  Le  liég.  clicote  a  le  sens  général  de  :  «  lambeau  (qui  clique), 
chiffon  ». 

(3)  De  même,  en  meusien  :  glingoter  (Varlet),  glingloter  (Labourasse),  v.  n., 
•>  résonner,  sonner,  en  parlant  de  vitres  ». 


—  126  — 

menter  (qqn)  »  ;  mète  al  lâssouhe  «  détruire  (p.  ex.  un  habit)  »  ;  djozver 
al  kêssouhe,  t.  arch.  du  jeu  de  billes,  «  jouer  à  la  poursuite  avec  de 
grosses  billes  »  (BSW  50,  p.  5T5). 

Grandgagnage,  dans  ses  Extraits  de  Villers,  se  demande  si  le  malm. 
guzouhe  n'est  pas  l'ail,  gesuch  «  demande,  requête  ».  On  pourrait  en 
effet  alléguer  le  moyen  h.  ail.  gesuch  «  action  de  poursuivre  (le  gibier), 
droit  de  disposer  (d'un  pâturage)  ».  Cependant,  il  faut  plutôt  s'adresser 
au  moyen  h.  ail.  gezoc  (subst.  de  geziehen),  qui  désigne  notamment 
l'action  de  tirer  à  soi,  d'enlever  violemment,  d'attaquer  et  de  piller. 
On  comparera  souhe  à  Faymonville,  où  nous  reconnaissons  le  moyen 
h.  ail.  zoc,  sog  (voy.  ci-après  l'art,  sohe).  Pour  le  changement  de  g 
initial  en  Je,  comp.  kiclïtône,  kèstèl  (à  l'art,  gistel). 

A  guzouhe  peut-on  rattacher  le  malm.  galguzouhe,  que  Villers  définit  : 
«  baliverne,  sornette,  fleurette,  fable  »  ?  Il  est  fort  tentant  d'y  voir  le 
préfixe  péjoratif  gai-,  cal-,  et  le  même  gezoc,  qui,  en  moyen  h.  ail., 
signifie  aussi  :  «  action  de  tirer  qqch  en  longueur,  de  perdre  son  temps  ». 
Ce  serait  toute  espèce  de  propos  oiseux,  de  contes  frivoles.  On  dit 
galguzoûde  à  Stavelot  ;  galguizoûde  à  Cherain,  Liège,  Verviers  (aussi 
-oîite  à  Liège)  ;  galguèzoûde  à  Xeuvillers,  Neufchâteau  ;  garguèzoûde 
à  Namur  (G.,  I  231).  Nous  trouvons  même  galguesouille  à  Mons  en  1812 
(Delmotte).  Cette  dernière  forme  aurait  subi  l'influence  de  couille 
(Sigart  :  couie  «  mensonge  »)  ;  les  précédentes,  celle  du  w.  boude 
«  bourde  ».  Quant  à  calkizûte  (Glons-sur-Geer),  la  finale  serait  emprun- 
tée à  clûte  (néerl.  kluit),  dont  on  a  parlé  à  l'article  bougnèt. 

liég.  hâbiêr,  anc.  liég.  halbier 

Ce  mot  a  des  formes  et  des  significations  très  diverses.  Il  se  rencontre 
seulement  dans  la  province  de  Liège  (Hesbaye,  Condroz,  Verviers, 
Stavelot),  dans  la  région  de  Malmedy,  au  N.  de  la  province  de  Luxem- 
bourg (Vielsalm,  Cherain)  et  jusqu'au  centre  de  cette  province  (âbièr  à 
Lavachcrie,  Moircy-St-Hubert).  L'aire  d'emploi  fait  présumer  une 
provenance  germanique  ;  le  traitement  du  h  initial  change  cette  pré- 
somption en  certitude  (1). 

Nous  croyons  que  hâbièr  équivaut  à  l'anc.  fr.  herberc  (masc.)  et  qu'il 
dérive  de  l'anc.  h.  ail.  heriberga  (fém.),  anc.  nordique  herbcrgi  (neutre)  (2). 

(!)  En  général,  l'aspirée  germanique  disparaît  dans  la  région  de  St-IIubcrt. 

(2)  Le  sens  propre  <lr  heriberga  <si  «  campement  militaire  ».  L'anc.  fr.  herberge 
en  a  tire  les  significations  «le  <  campement,  tente  ;  logement,  habitation  ;  hôtellerie, 
auberge  ». 


—  127  — 

Il  serait  donc  le  frère  du  fr.  auberge,  anciennement  herberge,  héberge.  On 
peut  dater  sa  naissance  de  la  fin  du  xme  siècle,  car  c'est  alors  que  se 
manifeste  et  se  généralise  la  diphtongaison  en  iè  de  e  entravé  (1). 

Essayons  de  justifier  cette  proposition  en  passant  en  revue  les  formes 
et  les  sens  du  mot. 

I.  —  G.,  II  603,  cite  quatre  formes  anciennes  qu'il  a  recueillies  dans 
les  chartes  liégeoises  :  halbier  (1440),  qui  rappelle  l'anc.  fr.  helberc  ; 
—  habier,  habiert  (1568)  ;  —  hawîer  (1593). 

Parmi  les  formes  modernes,  on  distingue  deux  groupes  : 

a)  celles  de  la  région  de  Malmedy,  qui  sont  trissyllabiques  et  qui 
représentent  un  stade  plus  ancien  et  mieux  conservé  :  hâribiêr  à  Stein- 
bach-lez-Weismes,  Robertville  ;  hâlibiêr  à  Thirimont-lez-Weismes  -r 
hâdibiêr  à  Faymonville-Weismes  ;  Malmedy  :  Villers,  Scius  ;  Spa  : 
Body,  Voc.  agric.  (2).  — ■  La  forme  de  Steinbach  rappelle  très  nettement 
herberg  :  la  chute  de  IV  primitive  a  été  empêchée  par  la  voyelle  i,  qui 
s'intercale  assez  fréquemment,  en  malmédien,  entre  r  et  une  consonne 
suivante  (3).  Dans  les  autres,  le  passage  de  r  à  l,  puis  à  d,  s'explique 
aisément  (4). 

b)  les  formes  dissyllabiques,  dans  les  provinces  de  Liège  et  de  Luxem. 
bourg  :  hâzvbiêr  (Verviers  :  BSW  44,  p.  421)  ;  hâbiêr  (Liège,  Verviers)  ; 
hâbiêr  (Condroz  :  G.,  I  356  ;  Stavelot  :  BSW  44,  p.  509)  ;  hâbiè  (Hes- 
baye  :  G.,  I  260)  ;  âbièr  (Lavacherie,  Moircy-St-Hubert  :  centre  du 
Luxembourg).  —  La  forme  verviétoise  hâzvbiêr  rappelle  et  explique 
l'anc.  liég.  hawier.  Les  autres  se  ramènent  à  hâribiêr  avec  chute  de  la 
protonique,  phénomène  fréquent  qui  réduit  d'anciens  trissyllabes  en 
dissyllabes,  surtout  dans  le  liégeois  (5).  Elles  se  rapprochent  du  fr. 
auberge,  emprunté,  au  xvie  siècle,  du  provençal  aubergo,  anciennement 
alberga.  Au  reste,  si  nous  comparons  serpillière  :  sâpîre  et  serpelette  : 
sâp'lète,  nous  admettrons  sans  peine  le  passage  de  herberc  à  hâbiêr. 

(*)  Wilmotte,  Etudes  de  dialect.  watt.,  dans  Romam'a,  xvn  557.  —  Dans  l'ail, 
dia!.  d'Eupen,  le  mot  actuel  est  hàrrbereg  (auberge),  qui  a  passé  en  w.  de  Malmedy 
sous  la  forme  hèrbêrich. 

(2)  G.,  I  357,  note,  d'après  Simonon,  un  hâdibiè  qui  ne  nous  paraît  pas  liégeois  et 
qui  a  probablement  été  recueilli  en  Ardenne. 

(3)  Comp.,  à  Malmedy  :  kirimusse,  kermesse  ;  assêriminter,  assermenter  ;  sérimint 
serment,  anc.  fr.  sairement. 

(4)  Comp.  1.  angolâ,  cèlihe,  colidôr,  molmve  (angora,  cerise,  corridor,  morue)  ;  — 
2.  dacheron  (Hécart),  pour  tâcheron,  laiteron  ;  Diopôl  pour  Liopôl,  Léopold. 

(5)  Comp.  l'ail.  Leberwurst  :  verv.  Icv^go  ;  anc.  w.  cortisea  :  cofhê  ;  malm.  mwar- 
gunê  :  liég.  mwèKnê  ;  *tchafornê  :  tchafnê  (1.  d.  de  Jupille),  sans  compter  les  mots 
plus  connus  boVdjî,  tchèpHî,  voVtî,  cofteû,  cofcî,  etc. 


—  128  — 

II.  —  Du  sens  propre  de  l'anc.  haut  ail.  heriberga,  «  campement 
militaire  »,  dérivent  les  significations  que  herberge  a  prises  dans  la 
suite  en  moyen  haut  ail.  et  en  ancien  français  :  1.  campement,  tente 
(=  installation  qu'on  établit  à  l'étape)  ;  2.  hôtellerie,  auberge  (=  instal- 
lation qu'on  trouve  toute  prête  à  l'étape)  ;  3.  logement,  habitation 
(=  installation  en  général). 

Or  hâbiêr  se  présente  chez  nous  avec  le  sens  de  «  exploitation  rurale, 
ferme   (surtout   considérable)  ». 

On  comprend  facilement  cette  dérivation  de  sens  si  on  se  reporte  au 
temps  où  le  mot  a  dû  passer  de  l'Est  et  du  Nord  dans  nos  dialectes.. 
Au  moyen  âge.  la  grande  préoccupation  des  rouliers  et  des  voyageurs 
était  la  herberge,  le  gîte  pour  la  nuit.  En  pleine  campagne,  loin  des 
villes,  cette  auberge  devait  pouvoir  se  suffire  à  elle-même,  à  la  façon  des 
villas  gallo-romaines  ou  mérovingiennes.  C'était,  par  l'aspect  extérieur, 
un  grand  établissement  rural,  capable  de  loger  nombre  de  personnes 
et  de  chevaux.  C'est  par  V aspect  extérieur,  en  laissant  de  côté  la  desti- 
nation de  l'établissement,  que  hâbiêr  en  est  venu  à  signifier  une  exploi- 
tation rurale.  ■» 

Ce  point  de  départ  admis,  abordons  l'étude  des  significations  assez 
éloignées  que  notre  hâbiêr  a  prises  au  cours  des  temps.  Pour  cela,  il 
convient  de 'considérer  à  part  les  formes  anciennes  conservées  dans  les 
chartes  liégeoises  et  les  formes  modernes  ou  orales. 

a)  G.,  II  G03,  définit  les  premières  :  «  droit  que  les  officiers  des  métiers 
nouvellement  élus  payaient  pour  leur  entrée  »  et  il  présume,  —  avec 
sagacité,  selon  nous,  —  que  ce  mot  pourrait  bien  être  connexe  avec  le 
hesbignon  habiè. 

C'est  en  1440,  dans  la  Charte  du  métier  des  Febvres,  que  se  trouve 
la  première  mention  du  halbier  : 

Item  avons  ordonné...  que  queilconques  serat  eslen  Officier  de  nostredit 
Mestier  aile  Sainct  Jacques  soient  tenus  de  payer  pour  leur  halbier,  assavoir 
Gouverneurs  et  Jureis  chascun  d'eaulx  deux  griffons  et  ceux  qui  aroient  les 
grosses  Offices  trois  griffons,  et  avec  ce  voilons  et  nous  plaist  qu'il  soit  à  celluy 
jour  payeit  et  debourseit  par  nostredit  Rentier  aux  frais  dudit  Mestier  huit 
griffons  et  demy  teils  que  dits  sont  pour  iceulx  avec  les  dits  halijiers  donneir 
et  partir  aux  vinaves  chascun  à  son  marmontant  pour  les  compagnons  d'iceulx 
aller  bcire  ensemble  à  leurs  bons  plaisirs  sens  fraude  (!). 

Ces  largesses  avaient  lieu  aussi  dans  les  autres  corps  de  métier.  En 
L581,  la  charte  «Us  Chandelons  fixe  la  somme  que  les  officiers  «  seront 

(')  Recueil  des  Chartes  et  Privilèges  des  bons  ituiicrs  de  la  Cité  de  Liège,  I  37. 


—  129  — 

tenus,  incontinent  l'élection  faite,  payer  pour  leur  habier,  en  profit 
dudit  Métier  ».  Et  elle  ajoute  : 

Lesquels  dits  habier  s  des  dits  Officiers,  soy  deveront  partir  et  divider  aux 
vieux  Officiers  et  Compagnons  dudit  Métier,  ayant  été  présents  à  laditte  élec- 
tion, à  faire  selon  le  nombre  et  quantité  d'ieeux  :  entendu  toutefois  que  les 
Officiers  devront  avoir  double  droits,  ne  fuisse  que  à  ce  jour  ledit  Métier 
tenisse  table  à  disner,  lors  deveront  lesdits  habiers  être  tournez  en  diminu- 
tion des  dépens  qui  soy  feront. 

Et  le  cas  advenant  qu'il  soit  ou  fuisse  connus  avoir  par  tels  dits  Officiers 
payé  pour  obtenir  desdits  Officiers  plus  avant  que  lesdits  habiers,  iceux  tom- 
beront à  J'amende,  etc.  (1). 

De  même,  en  1598,  la  Charte  du  métier  des  Charliers  stipule  ce  qui  # 
suit  : 

Et  comme  d'anchienneté  sont  été  usez  à  l'élection  des  gros  offices  payer 
quelque  habiert  lequel  se  despendoit  inutilement  aux  tavernes  et  autre 
parte,  pour  pourvoir  à  tel  abus,  est  ordonné  que  doresnavant  tels  habiers 
soy  payeront  sur  notre  Chambre  et  seront  convertis  en  meubles  et  autre  chose, 
à  la  plus  grande  utilité  et  profit  du  dit  bon  Mestier  (2). 

Le  fond  de  ces  textes  est  assez  clair.  Mais  que  signifie  proprement  le 
mot  halbier  ?  Et  comment  rattacher  la  définition  de  Grandgagnage  à 
celle  du  wallon  moderne  ? 

Le  dernier  texte  cité  nous  paraît  donner  une  indication  précieuse  à 
cet  égard.  Nous  y  voyons  que  ces  gratifications  ne  doivent  plus  se 
dépenser  à  la  taverne,  mais  qu'elles  doivent  servir  à  l'achat  (Vobjets 
utiles  au  Métier.  Or,  à  nos  yeux,  on  ne  faisait  là  que  revenir  à  l'usage 
primitif. 

En  effet,  le  halbier  du  Métier,  c'était  premièrement  l'avoir  de  la 
corporation,  immeubles  et  matériel.  Cela  admis,  il  est  naturel  de  sup- 
poser que  le  nouvel  élu  devait  payer  une  certaine  somme  pour  augmenter 
cet  avoir  :  toutes  proportions  gardées,  c'était  à  peu  près  comme  si.  de 
nos  jours,  un  nouveau  député  versait  de  l'argent  à  la  caisse  de  son  parti. 

H  Ibid.,  II  303. 

(-)  Ibid.,  p.  85.  art.  41.  —  Il  est  question  des  «  hawiers  »  en  1593,  dans  un  texte 
qui  ne  nous  apprend  rien  d'intéressant  (ibid.,  p.  145,  art.  5  de  la  Charte  du  métier 
des  Houilleurs).  On  lit  enfin  en  1632  :  «  seront  tenus  de  payer  par  leur  habier...  » 
{ibid.,  II,  92,  Charte  du  métier  des  Corbesiers).  —  Cf.  S.  Bormans,  Le  bon  métier 
des  Tanneurs,  p.  91  (BSW  5,  215)  :  c'est,  croyons-nous,  le  seid  historien  liégeois  qui 
ait  souligné  celte  particularité  curieuse.  Gobert,  Rues  de  Liège,  III,  560,  ne  fait  que 
résumer  le<-  données  de  Bormans.  Poncelet  n'en  dit  mot  dans  ses  Bons  métiers  de  la 
Cité  de  Liège. 

9 


—  130  — 

L'expression  «  payer  pour  le  (son)  halbier  »  s'abrégea  en  «  payer  le 
(son)  halbier  »  et  l'on  put  dire  même  «  payer  quelque  habier  ».  Dans 
cette  formule  courante,  qui  sonnait  comme  «  payer  la  (sa)  bienvenue  », 
le  sens  premier  du  mot  s'obscurcit,  d'autant  plus  que,  par  la  suite,  le 
Métier  étant  sans  doute  assez  prospère,  cette  somme  fut  détournée  de 
sa  destination  primitive  et  dépensée  en  réjouissances  publiques. 

Bien  que  notre  démonstration  ne  repose  guère  que  sur  une  série  de 
conjectures,  nous  croyons  pouvoir  affirmer  l'identité  de  l'ancien  w. 
halbier  et  du  w.  moderne  hâbiêr  et,  à  la  définition  de  Grandgagnage, 
nous  substituerons  la  suivante  :  «  somme  que  les  officiers  d'un  Métier 
nouvellement  élus  payaient  pour  le  halbier  du  Métier,  c'est-à-dire 
pour  l'exploitation  en  commun,  pour  la  corporation  et  son  matériel  »  (*). 

b)  1.  Hâbiêr  a  pris  tout  d'abord  chez  nous  le  sens  général  de  «  établis- 
sement, installation,  exploitation,  comprenant  tout  l'attirail  et  le  per- 
sonnel nécessaires  ».  Dans  ce  sens,  notre  mot  est  surtout  employé  à  la 
campagne,  précédé  de  l'adjectif  grand.  C'est  à  l'expression  on  grand 
hâbiêr  que  s'appliquent  la  définition  de  Body,  Voc.  des  agric.  :  «  grand 
attirail  de  labour,  mobilier  de  ferme,  exploitation  rurale^  qui  compte 
beaucoup  de  bétail  et  de  serviteurs  »  (2),  et  —  pour  la  ville  —  celle  de 
Forir  :  «  grande  boutique,  commerce  étendu  ».  Exemples  :  ine  cime 
wice  qiëi-a  -on  grand  hâbiè  (Ilesbaye)  ou  hâbiêr  (Condroz,  d'après  G., 
I  260,  356).  Gn-a  on  fîr  liâbiêr  è  tisse  cinse  la  (Forir,  v°  hâbiair).  Dfinme 
mis  d'esse  maîsse  d'ine  pîtite  botique  qui  de  d'pinde  d'on  grand  hâbiêr 
(ibid.). 

Un  exemple  curieux  nous  est  fourni  par  le  poète  verviétois  Martin 
Lejeune,  qui  parle,  dans  une  de  ses  satires,  dès  hêyîmes  (haines)  et  des 
colères  qiCon-z-a  mûzé  duvins  Vhâwbiêr  (BSW  44,  421).  L'auteur  entend 
par  là  l'usine,  la  fabrique.  On  ne  peut  cependant  traduire  aussi  simple- 
ment, car  la  nuance  de  dénigrement,  que  ce  vieux  mot  revêt  ici,  est  trop 
prononcée  ;  c'est  à  peu  près  comme  si  on  disait  :  «  dans  le  bazar  »  ou 
«  dans  la  baraque  ». 

(x)  Notons  aussi  que  l'ail,  herberge  peut  signifier  :  lieu  de  réunion  des  gens  de 
métier,  maison  de  la  corporation  ;  le  herbergsvater,  c'est  le  père  des  compagnons, 
l'aubergiste  d'un  corps  de  métier.  —  Comme  il  est  possible  que  hâbiêr  ait,  dans  les 
premiers  temps,  conservé  le  sens  originel  de  auberge,  nous  pourrions  expliquer  plus 
simplement  l'expression  «  payer  le  halbier  »  pt»r  «  payer  l'auberge,  c.-à-d.  le  régal  à 
l'auberge  ». 

(l)  Aujourd'hui  ce  sens  tend  à  disparaître  dans  les  Ardennes  :  on  dit  à  Stavelot 
hasszvè,  à  Burnenville-lez-Malmedy  hatchwè,  à  Faymonville-Weismes  rahoûr,  en 
pays  gaumais  hasswa,  etc. 


—^131   — 

Au  sens  général  de  «  exploitation  (surtout  rurale)  »  se  rattachent 
étroitement  les  emplois  que  G.,  I  260,  donne  en  premier  lieu  pour 
hâbiè  en  Hesbaye  :  «  1.  district  que,  d'après  convention,  chaque  berger 
se  réserve  exclusivement  sur  le  territoire  d'une  commune  ;  2.  aler  à 
hâbiè  :  aller  travailler  dans  les  champs  ».  Cette  dernière  expression 
concorde  avec  le  renseignement  que  nous  trouvons  dans  le  Dictionnaire 
manuscrit  de  Bailleux  :  «  hâbiè  (Hesbaye),  hâbièr  (Beaufays),  dépen- 
dances d'une  ferme,  culture  ».  Même  sens  à  Polleur.  —  Quant  à  Lobet, 
qui  définit  haubiair  :  «  appendice  d'une  ferme,  d'une  maison,  ce  qui  y 
tient,  ce  qu'on  y  a  ajouté  »,  il  nous  paraît  avoir  confondu  «  appendice  » 
avec  «  dépendance  »  (1). 

2.  Ailleurs  la  signification  s'est  restreinte  de  plus  en  plus  ;  le  mot  a 
désigné  telle  ou  telle  partie  spéciale  de  l'exploitation,  a)  A  Jalhay,  à 
Ster-Francorchamps,  à  Esneux,  hâbièr  est  synonyme  de  atèlêye  et  ne  se 
dit  que  du  bétail  de  la  ferme  :  On  mâva  hâbièr  =  dès  bièsses  qui  n'  sont 
ni  bêles  ni  crasses.  Po  'ne  pitite  cinse,  il  ont  on  bê  habiêr  =  bêcôp  d'  bisteû, 
one  bêle  atèlêye.  —  b)  A  Vielsalm,  tôt  V  hâbièr  d'ine  cinse,  c'est  tôt  V  meûbe, 
tout  le  mobilier  de  la  ferme. 

3.  Enfin,  à  mesure  que  les  conditions  économiques  se  transformaient, 
ce  mot  —  rappelant  un  état  de  choses  ancien,  une  forme  désuète  d'ex- 
ploitation, un  ensemble  d'instruments  dont  on  avait  perdu  l'utilisation, 
qui  étaient  devenus  encombrants  et  que  l'on  mettait  au  rancart  — 
a  pris  tout  naturellement  un  sens  dépréciatif,  qui  est  le  plus  générale- 
ment répandu  aujourd'hui  dans  nos  campagnes. 

a)  Précédé  ordinairement  de  l'adjectif  vî  (vieil),  il  signifie  :  «  vieillerie 
encombrante  et  de  nulle  valeur  ».  Sens  relevé  à  Cherain,  Bodeux, 
Chevron,  Villettes-Bra,  Stavelot,  Scry-Abée,  etc.  Exemples  :  /  n'ont 
qu'  tos  vis  hâbièrs  (Cherain).  Nos  nos-avans  fait  qwites  du  tos  ces  vis 
hâbièrs  (Stavelot).  Tôt  coula,  ç'  n'est  qu'  dès  hâbièrs  ;  ci  manèdje  la  n'est 
qu'on  hâbièr  (Nessonvaux).  On  vî  âbièr  di  batimint  ou  one  vîye  mâjon 
(Lavacherie).  Vî  hâdibièr  !  (Body,  Voc.  des  poissardes),  t.  d'insulte 
adressé  à  une  vieille  femme.  Comp.  hadibiez  dans  G.,  I  261. 

b)  Procédé  ordinairement  de  l'adjectif  grand,  il  signifie  :  «  objet  d'une 
grandeur  démesurée  et  encombrante  »  :  hâribiêr  (Steinbach-lez- 
Weismes,  Robert\ille),  «  quelque  chose  de  grand,  de  désordonné,  de 
disproportionné,  qui  n'a  ni  cou  ni  tièsse  :  que  grand  hâribiêr  !  dit-on 

(*)  Ce  mot  était  sans  doute  inconnu  à  Verviers  ;  Remacle  ne  le  signale  pas,  non 
plus  du  reste  que  les  liégeois  Cambresier  et  Hubert.  Toutefois  ces  trois  auteurs  sont 
précisément  si  incomplets  que  l'argument  a  silentio  n'a  pas  ici  grande  portée. 


—  132  — 

d'un  bâtiment  de  forme  et  de  proportions  extraordinaires  »  (*)  ;  grand 
hâdibiêr  !  (Faymonville),  grand  escogriffe  !  Grand  hàbiêr  qui  v's-èstez  ! 
(Trooz).  Çu  tcltjau  la  n'est  qu'on  grand  âbiêr  (Moircy-St-Hubert). 
Que  grand  habit V  d'armé  avez-ve  situ  atchHer  la  ?  (Nandrin). 

c)  A  Malmedy  hâdibiêr  (Vill.),  à  Vielsalm  et  à  Stavelot  hâbièr  (BSW44, 
509)  désignent  «  un  engin,  une  machine  quelconque  »,  avec  un  sens 
dénigrant  qui  apparaît  dans  les  exemples  suivants  :  Qu'est-ce  po  on 
hâdibiêr  ?  (Body,  Voc.  des  agric).  I-gn-a  todi  on  hâbièr  ou  faute  ol  vôye 
(Stavelot).  Confia,  hèrna,  hâbièr  et  vahulemint,  onk  vât  Vaute  (ibid.) 
[Résumé  et  remaniement?  partiel  de  BD  1907,  p.  06-77.] 

liég.  hadrê,  hat'  ou  hâte 

Lobet  signale  le  verviétois  hadrai  «  baille,  baquet  fait  de  la  moitié 
d'un  tonneau  scié  en  deux  ».  c.-à-d.  ce  que  le  wallon  appelle  ordinaire- 
ment on  côpé  (un  coupé).  Body,  Voc.  des  tonneliers,  définit  le  même  mot 
par  :  «  moitié  d'un  tonneau  ;  tinette  de  brasseur  »  (le  second  sens  est 
aussi  liégeois,  au  dire  de  G.,  II  344).  Villers  donne  le  malmédien  hadrê 
r/'  boûre  «  assiettée  ou  pelote  de  beurre  »  (2)  ;  de  même  Body,  Voc.  des 
agric.  ard.  Enfin,  d'après  M.  J.  Bastin,  on  dit  hèdrik  Steinbach-Weismes, 
hudrê  à  Faymonville-lez-Malmedy.  —  On  a  voulu  voir  dans  ce  mot  la 
même  racine  que  le  moyen  haut  ail.  hader  «  zerrisznes  Zeugstuck  »  ; 
mais  au  liég.  hadrê  répond  le  nain,  seadria  (G.,  II  344)  et,  dès  lors, 
l'initiale  postule  un  se  étymologique.  Ce  seadria  —  souvent  altéré  en 
scadia  —  se  rencontre  dans  les  provinces  de  Namur  et  de  Brabant,  où 
il  signifie  :  «  euvelle  de  brasseur  (nain.),  petite  cuvelle  peu  profonde 
dans  laquelle  on  lave  le  beurre  (Chastre-Villeroux,  Thorembais- 
St-Trond,  Stave,  Meux,  Ben- Alun,  Namur),  sébile  (G.,  II  344),  bol  ou 
sébile  pour  donner  du  grain  aux  poules  (Meeffe),  soucoupe  (Moniale)  ». 
Au  Sud,  M.  Ch.  Bruneau  a  relevé  scadre,  seadria,  scadia,  scardia 
«  baquet  à,  lessive  »  (3).  —  Enfin,  une  enquête  faite  en  septembre  1922 
à  Roy  (au  sud  de  Marehe-en-Famenne)  m'a  révélé  une  forme  inédite 

(')  Comparez  hangar  qui  se  dit  à  Mons,  par  mépris,  d'un  meuble  embarrassant 
par  sa  grandeur  (Delmotte)  ;  abitake,  s.  m.,  «  habitacle  »,  qui  signifie  habitation  en 
désordre  (Tournai,  Belœil)  et  vieux  meuble,  disloqué  et  eneombrant  (Renaix)  ; 
voy.  ci-dessus   l'article  tnn'bô. 

(2)  Entendez  par  là  :  «  motte,  quantité  de  beurre  qu'on  a  lavée  dans  un  hadrê  ». 
Ce  sens  résulte  de  ce  (pie  nous  disons  plus  bas  du  nain,  seadria.  .J'ai  entendu  à  15en- 
Ahin  :  on  nul'  li  houyot  <r  boûre  divins  li  seadria  H  on  /'  brôychye  <ivt>i<  les  mains  po 
fé  sorti  /'  boûri  (petit-lait). 

(:i)  Bruneau,  Elude  phonél.  des  patois  d'Ardenne,  p.  358  ;  Etiquete,  I,  71. 


—  133  — 

chadrê,  avec  cette  acception  unique,  également  inédite  :  on  chadrê 
c'è-st-one  têre  qu'est  chate  «  une  terre  peu  profonde  »,  ce  qui  en  fait 
le  synonyme  de  hadrène  dont  nous  parlerons  à  l'article  suivant. 

G.,  II  344,  a  raison  de  rattacher  hadrê  (nam.  scadria)  à  hat'  (nam.  sca)  ; 
mais  il  ne  parvient  pas  à  dégager  convenablement  l'origine  de  ce 
groupe. 

Il  faut,  selou  moi,  s'adresser  au  germ.  scheiden  (got.  skaidan)  «  séparer, 
diviser  ».  Weigand  a  les  articles  suivants  :  1°  gescheit  (geschaide  en  1494) 
«  mesure  pour  les  matières  sèches,  un  huitième  du  setier  (=  2  litres)  », 
qui  vient  du  moyen  h.  ail.  gescheide,  n.,  «  limite  »,  anc.  h.  ail.  geskeite, 
n.,  «  division,  ligne  ou  point  de  séparation  »,  anc.  h.  ail.  gascait,  gisceid, 
sceit,  m.,  «division,  séparation,  section»  ;  -  -  2°  halbscheid,  f.,  «la 
moitié,  ce  qui  est  partagé  en  deux  »,  bas  rhénan  halffscheit  (xive  s.). 
anc.  h.  ail.  halpgisceid. 

A  mes  yeux,  haV  représente  l'anc.  h.  ail.  sceit  (x)  et  le  dérivé  hadrê. 
—  qui  répond  pour  le  sens  à  halbscheid  —  représente  un  type  *  skaid- 
aricium,  dont  la  finale  a  subi  l'influence  des  diminutifs  en  -ellum  (2). 
Le  hadrê  ou  scadria  a  dû  désigner  primitivement  une  petite  mesure, 
puis  il  a  pris  le  sens  général  de  :  «  récipient  peu  profond  servant  à 
divers  usages  ».  D'où,  par  métaphore,  à  Roy  le  sens  de  chadrê  «  terre 
peu  profonde,  mauvais  terrain  de  culture  ». 

Quant  à  hatf  ou  hâte,  conformément  à  l'origine  indiquée,  ce  serait 
proprement  un  substantif  signifiant  «  ligne  de  démarcation,  limite  ». 
Ainsi  s'explique  l'expression  adverbiale  a  hâte  (Malmedy-Stavelot), 
a  date  (Robert ville,  Faymonville  ;  fi  =  hy,  x),  a  chate  (Houffalize)  : 
1.  «  jusqu'à  (la)  limite  (extrême),  tout  juste  »  ;  2.  «  trop  juste,  avec 
parcimonie,  à  peine  ».  Exemples  :  mu  veston  è-st-a  hâte  grand  assez 
(Stavelot)  ;  i-a  dol  sutofe  a  hâte  yo  je  one  taye  (Malmedy)  ;  n'avons  avou 
jet  a  hâte  devant  V  sole  moussant  (Gueuzaine-lez-Malmédy).  A  remarquer 
pèzer  al  hâte  (Huy)  «  peser  trop  juste  »,  dji  so-st-al  hâte  (ibid.)  «  je  suis 
à  court  d'argent  »,  où  haie  est  considéré  comme  un  substantif  féminin. 
Une  autre  forme  intéressante  existe  à  Awenne  :  ni  mètez  nin  Vassiète  à 
Vascate  («  trop  au  bord  »).  èle  touni'rè.  Nous  y  verrons  une  expression 
primitive  a-scate  («  à  [la]  limite  »),  traitée  ensuite  comme  un  substantif, 
et  nous  écrirons  a  V a-scate. 

(!)  Pour  le  traitement  phonétique,  comparez  le  moyen  néerl.  geit  qui  a  donné 
le  w.  gâte  (chèvre),  diminutif  gartou  (chevrette).  —  On  ne  peut  objecter  le  w.  liég. 
hèle,  nam.  chète,  skète  (écharde),  qui  dérive  de  l'anc.  h.  ail.  scît,  m.  h.  a.  schîl  (écharde  ; 
ail.  mod.  Scheit). 

(2)  Voy.  Feller,  Notes,  pp.  179,  201  ;  et,  ci-après,  à  l'Appendice. 


—  134  — 

Dans  la  région  liégeoise,  au  lieu  de  a  hâte  on  emploie  adverbialement 
hâte  seul  :  i  peûze  hâte  (ou  tro  hâte,  ou  si  haie),  ci  martchand  la  !  i  côpe- 
reût  s'  deût  !  C'est  haie  pèzé  «  c'est  pesé  trop  juste  ». 

De  là,  hâte,  chate  (x)  est  devenu  adjectif  au  sens  général  de  «  stricte- 
ment mesuré  »  :  1°  peu  ample,  en  parlant  d'un  vêtement  :  in-abit 
qu'est  tro  hâte  (Liège)  ;  —  2°  peu  épais,  mince,  en  parlant  d'une  tranche 
de  pain  :  côpez-V  tote  hâte  (G.,  II  xxx)  ;  d'une  terre  légère,  pierreuse  : 
ine  hâte  têre  (Esneux),  on  chate  tèrain  (Houffalize)  ;  fig.  clji  so  haf  et  tène 
(Glons)  «  je  n'ai  plus  le  sou  »  ;  —  3°  peu  profond,  en  parlant  de  l'eau  : 
lès-êives  sont  chates,  lé  pts'  est  chate  (Pellaines  :  Hesb.)  ;  de  chaussures  : 
dès  chates  sabots  (Pellaines),  sabots  de  femmes  ;  dès  hâtes  soles  (liég.), 
souliers  Molière,  opposés  à  dès  hôtes  bofkènes  ;  d'un  récipient  à  bords 
peu  élevés  :  haie  assiète  (Huy),  chate  assiète  (Awenne),  on  hâte  pot 
(Glons),  haie  hanse,  haie  banstê,  manne  ou  panier  peu  profonds,  d'où 
le  substantif  on  haie  (Stoumont),  un  petit  panier  servant  à  la  cueillette 
des  fraises,  des  myrtilles,  etc. 

Dérivés  :  hafmint  (Liège,  Chapon-Seraing),  strictement,  trop  juste  ; 
ahati  (Stavelot),  a/lati  (Vielsalm),  rendre  trop  mince  ou  trop  court, 
rogner  ;  cf.  BD  1913,  p.  81.  , 

liég.  ard.  hadrène 

G.,  I  261,  a  ces  deux  articles  : 

1.  hadrène  («  haut-fond,  endroit  d'une  rivière  où  il  y  a  peu  d'eau  ;  se  dit 
surtout  des  endroits  où  les  rochers,  etc.,  sont  presque  à  nu  »)  Remacle,  2e  éd. 

2.  hadrène  (partie  pourrie,  endommagée,  dans  un  toit  de  chaume)  Simonon. 

Plus  loin,  p.  357,  il  rejette  la  graphie  hadrène  et  réunit  les  deux 
mots  sous  un  même  chef,  avec  cette  glose  : 

hadrène.  Le  sens  radical  du  mot  est  :  endroit  où  le  fond  se  montre  à  décou- 
vert ;  de  là  :  1.  terrain  dépourvu  de  terre  végétale  et  où  le  roc  se  montre  à  la 
surface,  et  ensuite  les  deux  acceptions  que  nous  avons  réparties  sous  les  deux 
articles  1.  hadrène  et  2.  hadrène,  qui  doivent  par  conséquent  n'en  former  qu'un. 
J'ajoute  que  2.  hadrène  aurait  dû  être  défini  :  partie  d'un  toit  dénudée  de 
chaume. 

Enfin,  II  344,  il  range  hâderène  1  et  2  parmi  les  dérivés  du  liég.  haf, 
nam.  sca  «  trop  plat,  mince,   étriqué  »,  à  côté  du  liég.   hadrê,  nam. 

i1)  La  forme  nam.  sca,  fém.  scale,  paraît  avoir  disparu.  Elle  n'est  signalée  que 
pair  F.  Delfosse  (Dict.  nain,  ms.,  1850),  en  parlant  d'un  habit  étriqué  ;  et  par  G., 
II  344,  en  parlant  d'une  assiette  plate.  —  Le  gaumais  chate  (BSW  49,  p.  149)  est 
peu  usité  et  provient  sans  doute  de  l'ardennais.  Le  gaumais  hâte  (BSW  41,  II,  1G9) 
est  suspect. 


—  135  — 

scadria  et,  pour  tout  éclaircissement,  il  compare  le  rouchi  scater 
«  écraser  ». 

Cela  est  sujet  à  caution,  tant  pour  la  graphie  que  pour  l'étymologie. 

L'a  bref  de  hadrène  «  haut-fond,  gué,  banc  de  sable  ou  de  roche  dans 
un  fleuve  ou  une  rivière  »  est  certifié  par  Remacle,  Lobet,  Forir,  ainsi 
que  par  des  bateliers  et  des  pêcheurs  liégeois.  C'est  bien  le  même  mot 
que  Fard,  hadrène  «  terrain  pierreux,  dépourvu  de  terre  végétale,  où  le 
roc  est  presque  à  nu  »,  que  donne  Body,  Voc.  agr.,  et  que  nous  avons 
relevé  à  Erezée  et  à  Villers-Ste-Gertrude  :  on  'nnè  veut  bin  po  tchèrwer 
lès  hadrènes  !  «  on  en  voit  bien  pour  labourer  les  champs  pierreux  »  (1).  — 
Or  Du  Cange  signale  hardiu(e)a,  latinisation  de  l'anc.  fr.  hardine 
«  gravier  »,  dans  des  chartes  picardes  de  1197,  1255,  1348  (voy.  aussi 
Godefroy).  Ce  hardine,  s.  f.,  —  d'où  le  w.  hadrène  par  métathèse  (2)  — 
reproduit  manifestement  l'anc.  h.  ail.  hartîn  (*hardîn),  s.  f.,  «  sol  pier- 
reux »,  dérivé  de  l'anc.  h.  ail.  hart,  hard,  s.  m.,  «  sol  de  sable  ferme  »  (3). 
Bien  que  chadrê  à  Roy  (p.  133),  soit  synonyme  de  hadrène,  on  ne  peut 
voir  dans  ce  dernier  un  dérivé  de  haV ,  puisqu'il  n'existe  pas  de  suf- 
fixe -erène. 

Reste  hadrène  «  avarie  dans  un  toit  de  chaume  »,  signalé  par  Simonon, 
Body,  Voc.  des  couvreurs  (BSW  11,  p.  158)  et  Forir.  Ce  terme  nous  est 
inconnu  et  il  n'y  a  guère  de  chance  qu'on  le  retrouve  en  vie  :  les  toits 
de  chaume  disparaissent  des  villages  les  plus  reculés,  entraînant  avec 
eux,  malheureusement,  les  bons  vieux  mots  du  terroir.  Je  tiens  la 
graphie  -â-  pour  suspecte  (4).  Il  faut  écrire  hadrène  et  y  reconnaître  une 
acception  spéciale  du  précédent  :  sur  les  toits  de  chaume,  les  parties 
dénudées,  suivant  la  remarque  de  G.,  rappellent  le  terrain  pierreux, 
dépourvu  de  terre  végétale. 

(*)  Dans  le  Condroz  (à  Sarte-à-Ben,  ouest  de  Huy),  j'ai  entendu  récemment 
hadrile  (altéré  de  -ine),  même  signification. 

(2)  Comp.  liég.  tàdrou  «tardif»,  pour  *tàrdou  ;  chaudrè  (Awenne)  :  liég.  hàrder 
«  ébrécher  »  ;  ard.  (chèdron  :  liég.  tchèrdon  «  chardon  »  ;  tchèdré  (Hervé)  :  liég. 
tchèrdin  «  chardonneret  ». 

(3)  A.  Carnoy  (Mélanges  Ch.  Moeller,  pp.  308-17  ;  Louvain,  1914)  explique  par 
le  suffixe  germ.  -îna  un  grand  nombre  de  noms  de  lieux  en  -ine,  entre  autres  des 
noms  désignant  des  terres  arides  et  sèches  :  Wattinne,  Custinne,  Dorinne,  Landenne, 
etc.  ;  voy.  aussi  Roland,  Top.  nom.,  pp.  519  et  suiv.  —  Notre  hadrène  a  sa  place 
marquée  dans  cette  famille  :  il  serait  surprenant  qu'il  n'eût  rien  donné  en  toponymie. 

(4)  Cette  graphie  pourrait  très  bien  n'avoir  pour  elle  que  le  témoignage  de  Simo- 
non, copié  par  Body  et  Forir.  Au  surplus,  la  prononciation  â,  â,  fût-elle  même  réelle, 
on  l'expliquerait  comme  celle  du  liég.  mâgriyète,  pâvion,  cràmignon  (voy.  p.  56), 

où  â  remplace  un  a  bref  primitif. 


—  136  — 

w.  hahîre,  gaum.  a-hachière.  hach'rôle,  etc. 

I.  Le  Bulletin  du  Bict.  wallon  (1910,  p.  20  ;  1911.  p.  78)  a  signalé,  au 
Sud  de  la  province  de  Luxembourg,  ahackière  «  estropié,  perclus, 
caduc  »,  qui  se  dit  surtout  d'un  boiteux,  d'une  personne  qui  marche 
avec  des  béquilles  ou  en  traînant  la  jambe  (l).  —  Il  faut  écrire  a-  hachière  : 
locution  composée  de  la  prép.  a  (fr.  en,  lat.  in)  et  du  subst.  hachière, 
anc.  fr.  haschiere  (de  l'anc.  haut  ail.  harmskara,  peine,  angoisse, 
tourment).  Comparez  le  w.  è-mar 'mince  «  en  marrimence  »,  d'où  : 
«  embarrassé,  en  suspens  ».  —  L'anc.  lr.  haschiere  ne  s'emploie  au  Sud 
que  dans  cette  expression  ;  mais  nous  le  retrouvons  au  Nord  sous  les 
formes  bien  wallonnes  hahîre  (Erezée),  hachîre  (Cherain,  Lutrebois), 
avec  le  sens  de  :  «  indisposition,  légère  maladie  (épidémiques)  »  : 
c'è-st-one  h.  qui  court  :  i  court  one  h.  avâ  V  viyèdje.  A  Rachamps-Bourcy 
et  à  Mont-lc-Ban,  on  prononce  hatchîre,  sous  l'influence  de  hatchî 
«  tirer,  traîner  ». 

II.  Le  même  Bulletin  (1910,  p.  19)  enregistre  :  «  acheraule  (Virton  : 
Cl.  Maus),  hatcîi 'raule  (Rossignol),  1.  difficile  à  manier  ;  2.  qui  se  remue 
difficilement  ».  —  La  forme  hatch'rôle  est,  en  effet,  signalée  à  Rossignol 
et  à  Chiny  ;  mais  on  y  reconnaîtra  la  même  altération  que  dans  hatchîre 
ci-dessus.  La  forme  pure  est  hach'rôle,  que  j'ai  entendue  fréquemment 
dans  mes  enquêtes  en  pays  gaumais  (2)  et  qui  se  rattache  d'elle-même 
au  subst.  hachière.  Cette  épithète  s'applique  1°  à  un  objet  encombrant, 
gênant  [in  grS  lupin  (vase)  qu'est  hach'rôle],  ou  difficile  à  manier  [in 
howè  (hoyau)  qu'est  — ]  ;  2°  à  une  personne  qui  se  remue  malaisément, 
par  suite  du  grand  âge,  d'un  mal  ou  d'une  infirmité  quelconque,  ou  par 
gaucherie  naturelle. [ca  —  qu'il  est  !  i  n'  sét  boudji  :  comme  il  est  engourdi! 
il  ne  sait  bouger  ;  il  èsl  co  mou  — ,  dit-on  d'un  enfant  qui  marche  encore 
avec  peine]  ;  en  ce  sens,  hach'rôle  est  à  peu  près  synonyme  de  a-hachière  : 
le  premier  s'emploie  de  préférence  pour  marquer  une  gêne  momentanée 
résultant  d'un  accident  peu  grave,  ou  bien  une  maladresse  due  au 
tempérament  de  l'individu  ;  l'autre  se  dit  d'une  affliction  physique  plus 
grave  et  permanente. 

Le   suffixe  latin  -abilem,   fr.   -able.    donne     en   gaumais   -Ole,   qui 

(*)  On  prononce  ahachiere  en  ehestrolais  (Neufchâteau  :  Dasnoy,  15  ;  Thibessart) 
et  en  gaumais  (Etalle,  Ste-Marie-sur-Semois,  Tintigny,  Jamoigne,  Marbehan, 
Chiny)  ;  -ire  (St-Léger)  ;  ard.  achîre  (Offagne,  Herbeumont,  Ucimont),  contracté  de 
a(h)achîre. 

(*)  Marbehan,  Buzenol,  Stc-Maric-sm-Semois,  Virton,  lluette,  Musson,  Mussy- 
la- Ville,  St-Léger,  etc. 


—  137  — 

s'ajoute  à  des  thèmes  verbaux  (x)  et  aussi  à  des  thèmes  nominaux  (2). 
Il  exprime  proprement  une  possibilité  active  ou  passive  ;  de  là,  il  peut 
marquer  simplement  la  qualité  et  devenir  synonyme  du  suff.  -eus  : 
c'est  ainsi  que  le  gaum.  amityôle,  anviyôle  (envieux),  frâyôle  (coûteux), 
santivôU  (bon  pour  la  santé),  répond  au  w.  amityeûs,  anviyeûs,  frèyeûs, 
santiveûs.  Il  n'est  donc  pas  étonnant  que  hachière  ait  produit  un  adj. 
hacWrôle,  signifiant  :  1.  (objet)  qui  cause  de  la  gêne  ;  2.  (personne)  qui 
éprouve  de  la  gène.  Le  pendant,  formé  avec  le  suffixe  parallèle  -osum, 
nous  est  fourni  par  le  meusien  hachureux  «  malingre,  qui  croît  difficile- 
ment, en  parlant  d'un  enfant  »  (3).  —  En  chestrolais,  Dasnoy,  p.  249, 
donne  un  autre  dérivé  intéressant  :  «  hacli'riveux,  caduc,  cassé,  maladif, 
faible  »  ;  pour  le  suffixe  -iveûs,  comp.  dans  Dasnoy  :  baidiveux,  chai- 
tiveux,  grandiveux,  tourciveux.  —  Enfin,  à  Bertrix,  j'ai  relevé  achœrnôle 
(svn.  de  strœpi.  aflidji  :  estropié),  qui  devient  ach&rneûs  à  Offagne 
(BD  1913,  p.  21).  L'épenthèse  de  n,  formant  le  groupe  -m-  devant  la 
tonique,  est  sans  doute  amenée  par  des  raisons  d'analogie. 
[BD  1913,  pp.  98-101.] 

anc.  fi.  hamestoc,  w.  halmustok.  amèto 

Godefroy  enregistre  un  mot  hamestoc  qu'il  ne  peut  définir.  L'exemple 
qu'il  cite  (4)  prouve  qu'il  s'agit  d'un  terme  de  batellerie  et  qu'il  faut 
y  voir  le  néerl.  helmstok  «  barre  ou  timon  du  gouvernail  »  (5). 

Le  vocabulaire  du  batelier  wallon  étant,  pour  les  deux  tiers,  formé 
de  termes  néerlandais,  rien  d'étonnant  qu'on  retrouve  dans  nos  dia- 
lectes ce  helmstok,  à  peine  altéré  à  Liège  en  halmustok  (6),  mais  moins 

(»)  Exemples  :  acrotchôle  (c'è  âk  (V —  :  c'est  qqch  qui  s'accroche  facilement) 
atrèmètôle  (qui  se  met  facilement  à  toute  sorte  de  métiers  sans  les  avoir  appris), 
fènôle  (i  fût  —  aneû  :  le  temps  est  bon  pour  la  fenaison  aujourd'hui),  maniyôle 
(maniable,  en  parlant  d'un  objet),  vèdôle,  variole  (bon  à  vendre  :  vote  vatche  est — ),  etc. 
Tous  ces  dérivés,  recueillis  à  Ste-Marie-sur-Semois  et  à  St-Léger,  sont  inédits. 

(2)  Exemples  :  adrèssôle,  adroit  ;  amityôle,  aimable  ;  frayôîe,  (personne)  dépen- 
sière, (chose)  dispendieuse. 

(3)  Cordier,  Voc.  du  dép.  de  la  Meuse  (Paris,  1883)  ;  Varlet,  Dict.  du  patois  meusien 
(Verdun,  1896). 

(4)  Douai,  xme  siècle  :  «  les  nés  ki  deveront  leur  euwages  li  signeur  en  puent 
oster  le  hamestoc  et  ariester  le  nef  »  (Tailliar,  p.  467). 

(3)  Cf.  Bly,  Onze  Zeil-Vischsloepen  (Gand,  1902),  pp  15  et  81  ;  Jal,  Gloss.  nau- 
tique ;  Littré  heaume  2.  —  Les  dict.  étym.  de  Kluge,  Franck,  Vercoullie  distinguent. 
helm  (poignée,  manche)  de  helm  (casque). 

(6)  Je  ne  connais  ce  halmustok  que  par  G.,  II  502,  beudai  (voy.  ci-après  l'art. 
reûdè).  On  dit  ordinairement  haminde  pour  désigner  la  barre  du  gouvernail. 


—  138  — 

facile  à  reconnaître  sur  la  Sambre  dans  amèto  (l).  M.  Emile  Ouverleaux 
m'écrit  que  dans  le  Hainaut  belge  et  dans  le  département  du  Nord  on 
dit  aussi  aminto  (et,  avec  l  prosthétique,  laminto)  :  -in-  est  ici,  comme  en 
d'autres  mots,  un  prolongement  nasal  de  -è-  dans  la  bouche  des  gens 
de  Lille.  Valenciennes  et  environs. 

[Article  paru  en  1911,  dans  Romania,  xl,  325.  —  Depuis  lors,  j'ai  vu  que 
Behrens,  Beitrâge,  p.  142,  explique  le  fr.  jaumière  et  le  fr.  archaïque  heaume 
(barre  du  gouvernail  :  Littré)  par  le  nord,  hjalm,  ail.  néerl.  angl.  heîm  «  poignée, 
manche,  barre  »  ;  à  la  fin  de  son  article,  il  cite  le  w.  halmustok.  Meyer-Lùbke, 
n°  4102,  admet  que  ce  dernier  vient  de  l'ail,  helmstock.  La  question  est  donc 
tranchée  sous  ce  rapport.  Reste  l'anc.  fr.  hamesloc,  que  Behrens,  p.  130,  voudrait 
expliquer  par  l'ail,  hemmslock  «  barre  d'arrêt  ».  Le  doute  n'est  pourtant  pas 
possible  :  le  w.  amèto  (Charleroi,  Thuin)  et  l'exemple  de  Tpilliar  (cité  ci-dessus, 
n.  2)  montrent  clairement  qu'il  s'agit,  ici  encore,  de  la  «  barre  du  gouvernail  »  ; 
ham-  est  altéré  de  helm.  Ajoutons  que  la  source  est  plus  sûrement  néerlandaise 
qu'allemande.] 

w.  hamuslâde  (Vervier.s) 

Lobet  donne  ce  mot  qu'il  définit  :  «  paillon,  paillette  de  fer  qui  éclate 
en  le  (sic)  travaillant  ».  G.,  I  270,  reproduit  l'article  âans  explication  (2). 
-  On  prononce  à  Stavelot  hamuslâde.  C'est  l'ail,  hammerschlag,  néerl. 
hamerslag  «  coup  de  marteau  ;  d'où  :  battiture,  écaille  qui  se  détache 
d'un  métal  sous  le  marteau  de  la  forge  ».  La  finale  s'est  modifiée  sous 
l'influence  du  suffixe  -âde.  Pour  la  protonique  -us-,  comp.  le  malm. 
rômuskirih  (G.,  II  323,  écrit  à  tort  -îrîhe)  «  branle,  danse  populaire  », 
qui  vient  apparemment  de  Romerskirchen,  nom  d'une  localité  de 
l'Eifel. 

[Mélanges  Kurth,  1908,  t.  II,  p.  320.] 

gaumais  hand# 

Ce  mot,  qui  ne  s'emploie  guère  qu'au  pluriel,  désigne  sur  la  Semois 
supérieure,  notamment  à  Tintigny,  «  les  linges  des  enfants  au  maillot 
et.  rarement,  par  extension,  tous  autres  linges  et  vêtements  :   alez 

i1)  A.  Carlicr,  Dict.  zvallon  (dans  le  Coq  a"awous\  Charleroi,  n°  du  30  nov.  1907), 
distingue  entre  Y  amèto  «tige  rectricc  mobile  du  gouvernail  »  et  Yaminte  (=  liég. 
hamindc)  «  tige  rectrice  non  mobile  du  gouvernail  ».  Entendez  par  là  que  Y  amèto 
est  une  barre  ou  poignée  qui  s'adapte  à  Yaminte  et  qui  peut  s'enlever  au  besoin. 
Deux  bateliers  de  Thuin  que  j'ai  interrogés  ne  connaissent  pas  cette  distinction  ; 
ils  appellent  amèto  la  barre,  et  ralonge  de  r amèto  la  poignée  mobile  que  l'on  tire  et 
repousse  à  volonté  en  la  faisant  glisser  sur  V amèto. 

(3)  Dans  l'article  de  G.,  il  faut  lire  «  paillon  »  au  lieu  de  «  papillon  ». 


—  139  — 

r'cude  lès  handés,  allez  recueillir  le  linge  qu'on  a  mis  à  sécher  ;  il  è  co 
mins  ses  bons  handés,  il  a  encore  mis  ses  bons  vêtements  »  (1).  J'ai  noté 
andés  «  habits  »  à  Alle-sur-Semois.  Labourasse  donne  le  meusien 
«  andie,  linge  d'enfant,  lange  »,  et  Jaclot  le  messin  «  handée,  chiffon  ».  — 
On  ne  trouve  nulle  part  l'explication  de  ce  terme,  qui  est  un  diminutif 
en  -ellum.  L'aspirée  initiale,  caduque  dans  certaines  régions,  atteste 
une  origine  germanique,  de  même  d'ailleurs  que  l'habitat  du  mot.  Dès 
lors,  le  radical  ne  peut  être  que  l'ail,  hemd  (chemise),  ancien  frison 
hamede,  dérivé  de  l'anc.  h.  ail.  hamo  «  enveloppe  »  (2). 

w.  hanivêr  (Neufchâteau) 

Le  Dict.  wallon  de  Dasnoy  (Neufchâteau,  1856)  est  le  seul  qui  donne  : 
«  hanivers,  homme  grossier,  rustre,  qui  a  le  sens  de  travers,  allobroge  ». 
J'ai  relevé,  pour  ma  part,  anivêr  à  Alle-sur-Semois  :  in  drôle  d'anivêr 
«  un  singulier  personnage  ».  Dans  cette  région,  comme  en  namurois, 
l'aspirée  germanique  disparaît  ;  mais  elle  se  conserve  en  chestrolais. 
Nous  admettons  donc  que  hanivêr  est  la  forme  exacte,  la  graphie  -vers 
de  Dasnoy  provenant  de  l'analogie  du  fr.  travers,  envers.  —  Or  nous 
trouvons,  dans  le  Wôrterbuch  der  luxemh.  Mundart  (Luxembourg, 
1906)  un  article  :  hannevir  (3),  adv.  «  hinten  vorn,  verkehrt  »  (=  litt. 
derrière  devant,  à  l'envers,  de  travers)  ;  s.  m.,  Narr  (=  fou)  ».  C'est  là, 
selon  toute  apparence,  la  source  du  mot  wallon. 

w.  hârber,  haurbè,  haube,  etc. 

Famille  intéressante,  que  tous  nos  dictionnaires  passent  sous  silence. 
Voici  les  renseignements  que  j'ai  pu  recueillir  : 

haube  (Awenne),  s.  f.,  haie,  di  spènes  ou  éT  fi  cTârkè. 

hârbèye  (Erezée),  s.  f.,  haie  ;  — ■  l'aurbéye  do  couchèt  (Lustin),  petite  en- 
ceinte de  claies  autour  du  ran  (étable),  où  le  porc  peut  prendre  l'air  et  se 
remuer. 

aurbeû  (Ciney,  Dorinne,  Vonêche),  s.  m.,  ouvrier  qui  s'occupe  des  haies  : 
des  mofes  (moufles,  gants)  di  aurbeû.  [En  Ardenne  :  cloycû.] 

hârber  (Erezée,  Durbuy),  -î  (Scry-Abée),  haurbè  (Awenne,  Marche  et 
Heure-en-Famenne),  aurbè  (Ciney,  Dorinne,  Vonêche),  v.  tr.,  enclore  (un 
terrain)    de  haies  :    haurbè  on   pachi  (Famenne  :   BSW  2,  p.  152)    «  enclore 

(!)  BSW  3>,  p.  337.  Voy.  aussi  Bruneau,  Enquête,  I  527. 

(2)  On  sait  d'autre  part  que  le  bas  ail.  ham-,  hamel  «  arrière-faix  »  a  donné  le  liég. 
hanvlète  «  coiffe  que  certains  enfants  portent  à  leur  naissance  »  ;  cf.  G.,  I  270,  357, 
II  604,  et  surtout  Behrens,  Beitràge,  p.  129. 

(3)  Composé  de  hannen  (ail.  hinten  :  derrière)  et  de  vir  (ail.  vorn  :  devant). 


—  140  — 

un  pâquis  »  ;  empl.  absol.  :  faire  une  haie,  ou  même  :  la  réparer,  en  bouchant 
les  trous  :  mais,  dans  ce  dernier  cas,  on  emploie  mieux  le  suivant. 

rihârber  (Erezée),  -è  (Ortheuville),  rikaurbè  (Awenne),  v.  tr.,  renclore 
(un  terrain,  en  réparant  la  haie)  :  dès  passons  po  fhârbè  Vuclo  (Ortheuville)  ; 
quand  on-z-a  fouyè  V  corti,  on  V  rihaurbéye peû(  =  de  peur)  dès  pouyes{ Awenne). 

dihârber  (Erezée),  v.  tr.,  dégarnir  (un  terrain)  de  haies. 

Les  exemples  anciens  dont  nous  disposons  ne  remontent  qu'à  la 
fin  du  xvie  siècle.  En  1591,  les  archives  liégeoises  parlent  de  «  jardins 
bien  rencloz  et  harbez  »  (Cour  féod.,  r.  86,  p.  257  v°).  Dans  un  bail  de 
fermage  conclu  en  1613  à  Dinant,  il  est  question  de  «  jardins  qu'on  at 
accoustumé  de  harber  »  et  d'arbres  qu'il  faut  «  harber  [de  peur]  qu'ils 
ne  soient  gastés  »  (Servais,  Hist.  de  Dorinne,  p.  90  ;  Namur,  1910).  - 
Une  charte  de  Ciney,  en  1586,  cite  les  «  amendes  de  forcheruwaiges  et 
forhàrbaiges  »  (l)  ;  une  autre  de  1602  défend  de  «  desharber  jardins, 
encloz,  preitz,  paxhis  et  autres  pièces  de  labeur,  refermé  des  haies  ou 
soy  »  (2). 

Je  n'ai  rien  trouvé  d'analogue  ni  dans  les  autres  dialectes  wallons  (3), 
ni  en  ancien  français,  ni  dans  les  langues  germaniques  qui  s&  parlent 
au  Nord  et  à  l'Est  de  la  Wallonie.  Un  fait  est  certain.  Pour  une  raison 
de  phonétique,  haurbè  ne  peut  être  de  souche  romane  :  h  latin  aurait 
disparu,  comme  dans  hirpicem,  îpe  (herse)  ;  lat.  se-,  exs-,  exe-  ou 
germ.  se-  auraient  donné  h-  ou  eh-  ou  se-  suivant  les  régions,  mais  ne 
pourraient  disparaître  sans  laisser  de  trace,  comme  c'est  le  cas  dans 
aurbè.  Il  faut  un  h  germanique  pour  expliquer  l'aspirée  initiale.  D'autre 
part,  haube  est  à  haurbè  comme  baube  (liég.  bâbe  :  lat.  barba)  est  à 
baurbî  (barbier)  ;  djaubè,  liég.  djâbe,  gerbe,  provient  de  l'anc.  h.  ail. 
garba.  On  est  donc  conduit  à  proposer  comme  seul  étymon  possible 
un  type  germanique  *harba. 

Or  Falk  et  Torp,  dans  leur  Norwegisch-dânîsches  etym.  Wôrterbueh, 
supposent   et-   même   type  pour  expliquer   le   norwégien-danois   haro 

(')  J.  Borgnet,  Carlulaire  de  Ciney,  p.  125.  L'éditeur  voit  dans  forharbaige  «  le 
fait  «le  couper  le  foin  ou  de  faire  pâturer  sur  le  terrain  d'autrui  »  (!).  Il  faut  com- 
prendre :  «  action  de  forharber,  de  planter  une  haie  en  dehors  des  bornes  légitimes  ». 
—  De  même,  \c  forehermvaige  est  l'action  de  forcharner  (  1708  ;  ib.,  p.  184),  de  labourer 
indûment  le  terrain  d'autrui,  de  la  commune,  d'empiéter  avec  la  charrue  (cf.  liég. 
fortchèrwer  :  Forir).  Godefroy  traduit  à  tort  forcharouage  par  :  «  droit  pour  la  répa- 
ration des  chemins...  »  ;  il  aurait  <lù  se  reporter  à  son  art.  chaînage.    ^ 

(-)  Ibid.,  ]>.  152.  Borgnet  explique  desharber  par  :  <  couper  les  légumes  h  (!)  ; 
comprenez  :     dégarnir  de  haies  ». 

(;)  Bruneau,  Enquête,  I  465,  signale  wab  à.  Laforêt-sur-Semois,  wnp  à  Hargnies, 
signifiant  «  haie  ».  II  n'est  t^uère  possible  que  ce  soit  notre  mot. 


—  141  — 

«  herse  »  (d'où  est  emprunté  l'angl.  harrow).  Cette  coïncidence  appuie, 
semble-t-il,  ma  proposition.  Du  sens  primitif  «  herse  »  dériverait  sans 
peine  celui  de  «  claie,  clôture,  haie  »  (comp.  le  lat.  craies,  le  wall.  hâhe 
hâhê,  anc.  fr.  harce,  harcel,  haseau). 

Sans  doute  une  difficulté  subsiste  :  comment  se  fait-il  qu'il  faille 
courir  si  loin  pour  trouver  un  parent  du  w.  haube  ?  *harba  est-il 
venu  directement  de  la  Scandinavie  lors  des  invasions  normandes  ?  (*) 
Avait-il  en  Germanie,  jusque  près  de  chez  nous,  des  représentants  qui 
ont  disparu  ?  En  a-t-il  encore  ailleurs  ?  (2)  Je  dois  laisser  à  d'autres 
le  soin  de  répondre  à  ces  questions. 

[Remaniement  de  BD  1912,  p.  99.  Cf.  Meyer-Lubke,  n°  4054-0.] 

w.  hatrê.  anc.  fr.  ha(s)terel 

Ce  mot  désigne  soit  le  cou  (d'un  homme,  d'un  animal),  soit  une 
partie  du  cou  :  la  gorge  ou  la  nuque  (3).  L'étymologie  reste  obscure. 
Meyer-Ltibke,  n°  4008.  rejette  --  sans  indiquer  d'autre  solution  — 
l'hypothèse  de  Diez  (anc.  h.  ail.  halsâdara  :  veine  du  cou,  nuque),  qu'il 
tient  pour  «  phonétiquement  impossible  »,  et  celle  de  Grandgagnage- 
Bugge  (anc.  haut  ail.  harst  :  broche,  rôti),  «  invraisemblable  pour  le 
sens  »  (4). 

Un  fait  certain,  c'est  que  le  primitif  est  germanique  et  commence 
par  h.  L'aspirée  liégeoise,  qui  tombe  en  namurois  (atria,  atia),  suffirait 
à  l'établir.  L'aire  géographique  oriente  aussi  nos  recherches  vers  l'Est. 

—  Cela  étant,  je  propose  de  s'adresser  au  germ.  halter  «  licou  »,  qu'on 
trouve  en  flamand,  en  anglais,  dans  les  parlers  du  Luxembourg,  de 
l'Eifel.  de  la  Saxe,  etc.,  et  qui  est  une  forme  dialectale  du  haut  ail. 
halfter,  néerl.  halster.  Par  dissimilation,  /  intérieur  a  disparu  :  *ha(l)ter-el 

—  haterel.  La  forme  hasterel  pourrait  résulter  de  *ha(l)ster-el  (5). 

(?)  Ce  n'est  guère  possible,  et  puis  le  Scandinave  le  plus  ancien  a  déjà  /  ou  v, 
et  non  b. 

(2)  Un  s.  f.  arpo  (herse)  existe  en  dialecte  d'oc  du  Puy-de-Dôme  :  Revue  de  phil. 
française,  xxvi  (1912),  p.  32. 

(3)  En  anc.  fr.,  c'est  généralement  la  nuque.  Dans  les  patois  wallons,  c'est  le  cou. 
A  Neufchâteau,  d'après  Dasnoy,  c'est  le  fanon  du  bœuf.  —  A  Ellezelles,  natcuriau 
(avec  n  prosthétique)  «  nuque  ». 

(*)  Et  aussi  pour  la  lettre.  En  effet  harst  a  donné  l'anc.  fr.  haslier,  liég.  hâsli 
«  broche  à  crochet  »  ;  au  fr.  hâlereau  répondrait  donc  en  liég.  *hàstrê  (comp.  liég. 
mustê  :  rouchi  mutiau).  —  Sur  l'étymologie  de  haterel,  on  peut  voir  Diez  013,  705  ; 
G.,  I  281  ;  Romania,  iv  300. 

(B)  A  moins  que  s  dans  hasterel  ne  soit  adventice.  —  Halster  se  trouve  déjà  en 
moyen  néerlandais.  Cette  famille  n'a  rien  de  commun  avec  hais  ni  avec  halte  ti  ;  elle 
remonte  à  l'anc.  h.  ail.  halb  «  poignée,  manche  ». 


—  142  — 

Dans  cette  hypothèse,  le  mot  se  serait  dit  d'un  animal  avant  de 
s'appliquer  à  l'homme.  Mais  comment  de  «  licou  »  passer  à  «  cou  »  ? 
Deux  voies  sont  possibles. 

La  métonymie  d'abord.  Grâce  aux  expressions  fréquentes  «  prendre, 
tenir,  attacher  un  animal  par  le  haterel  »,  la  confusion  entre  «  licou  » 
et  «  cou  »  pouvait  se  produire.  Inversement,  l'anc.  fr.  canole,  chenole 
(*  cannabula),  qui  signifie  «  canal  de  la  respiration,  trachée-artère  », 
puis  «  cou,  nuque  »,  a  pris  dans  maint  dialecte  les  sens  de  «  licou,  tri- 
bart,  gorge  (espèce  de  porte-seaux),  etc.  »  Au  reste,  col  et  collet  eux- 
mêmes  désignent  non  seulement  le  cou,  mais  aussi  ce  qui  garnit  ou 
entoure  le  cou. 

D'autre  part,  le  diminutif  haterel  peut  avoir  signifié  dès  l'origine, 
non  pas  «  (petit)  licou  »,  mais  «  (petite)  place  ou  partie  du  corps  qui  est 
en  rapport  avec  le  licou,  où  s'attache  le  licou  ».  Cette  valeur  du  dimi- 
nutif n'a  rien  d'insolite.  Ainsi  le  liég.  wandion  (diminutif  du  germ. 
ivand  «  muraille  »  +  -Mon)  désigne  l'insecte  qui  est  en  rapport  avec  la 
muraille,  qui  s'y  cache,  à  savoir  la  punaise  ;  comp.  l'ail,  wanze,  wandlaus. 
Mieux  encore,  l'anc.  fr.  oreillette  signifie  1.  petite  oreille  ;  2.  ^pendant 
d'oreille  ;  ce  dernier  sens  est  aussi  celui  du  w.  orilièie  et  s'explique  par 
l'ellipse  :  «  petite  [chose  ayant  rapport  avec  T]  oreille  ».  Voyez  aussi 
l'article    gamète: 

A  Givet,  Yatriyote  (dérivé  du  nam.  atria  +  -ot)  est    une  partie  du 
harnachement,  la  corde  qui  se  met  à  la  tête  du  cheval  (*)  :  un  nouveau 
suffixe  diminutif  a  permis  ce  retour  au  sens  primitif  du  radical. 
[Romania,  t.  xlv  (1919),  p.  180.] 

anc.  liég.  herbatte;  w.  èrbate  (Brabant) 

La  Charte  de  1527  relative  au  Métier  des  Drapiers  de  Liège  prescrit 
aux  Eivardeus  (inspecteurs)  d'aller  aux  wendes  (rames,  séchoirs)  «  depuis 
le  grand  Caresme  jusqu'à  la  herbatte  chacun  jour  deux  fois,  et  depuis 
ladite  herbatte  jusqu'au  grand  Quaresme  une  fois  le  jour  »  (Chartes 
et  Privilèges,  I  241).  G.,  II  608,  avoue  ne  pas  comprendre  le  mot 
herbatte  et  se  demande  s'il  n'a  pas  quelque  rapport  avec  l'ail,  herbst 
(moisson,  automne).  Conjecture  négligeable.  La  herbate  était  ainsi 
appelée  par  abréviation  pour  la  foire  de  Herbate,  qui  se  tenait  chaque 
année  aux  prés  de  Herbatte,  vaste  espace  de  terrain  vague  sous  Namur 
près  de  Malonne:  elle  avait  lieu  en  octobre  et  durait  quelques  jours. 
Dès  le  XIIIe  siècle,  les  produits  de  l'étranger,  et  surtout    les    draps, 

(!)  .7.  Waslet,  Vocub.  wallon  (dialecte  givelois). 


—  143  — 

affluaient  à  cette  foire  franche.  Il  y  avait  une  halle  particulière  pour 
les  draps  fabriqués  à  Maestrieht,  Hasselt,  Liège,  Huy,  Di liant,  Tournai 
et  autres  villes  (1). 

Le  nom  de  lieu  Herbafte  s'employait  donc,  par  métonymie,  pour 
désigner  la  grande  foire  namuroise.  Le  Brabant  wallon  en  a  conservé 
le  souvenir.  Dans  certaines  localités  de  cette  région,  èrbate  (sans  aspi- 
ration, à  la  mode  namuroise)  désigne  une  foire  particulière  :  ainsi,  à 
Huppaye  et  à  Noduwez,  on  appelle  «  V èrbate  de  Jodoigne  »  le  marché 
au  bétail  qui  se  tient  à  Jodoigne  le  jour  de  St-Lambert  (17  septembre). 
Ailleurs,  le  mot  n'a  plus  qu'un  sens  métaphorique,  par  exemple  à 
Ste-Marie-Geest  :  ë  mêrinèt  one  èrbate  de  sélèrats  «  ils  mènent  un  vacarme 
de  scélérats  »  ;  d'une  maison  tapageuse  on  dit  :  c'è-st-one  èrbate  ;  l'accep- 
tion de  «  foire  animée  et  bruyante  »  ne  survit  plus  que  dans  la  compa- 
raison :  c'est  co  pire  qu'âne  èrbate  (2).  A  Aische-en-Refail  (Liernu), 
V èrbate  désigne  l'octave  de  la  fête  paroissiale. 

Il  resterait  à  expliquer  l'origine  du  lieu-dit  namurois  Herbatte.  Les 
premières  mentions  datent  de  1192  :  Herbata,  et  de  1214  :  pratum 
Herbatarum,  contenant  environ  25  bonniers  et  demi  (3).  Ce  herbata  ne 
doit  évidemment  pas  être  confondu  avec  le  type  latin  qui  a  donné  en 
namurois  yèrbéye  «  herbes  coupées  pour  nourrir  le  bétail  ».  L'aspirée 
initiale,  -  -  disparue  aujourd'hui  en  namurois,  mais  certifiée  par  le 
texte  liégeois  de  1527  «  la  Herbatte  »,  —  atteste  que  herbata,  nom  de 
lieu,  est  une  forme  latinisée  d'un  mot  germanique,  venu  sans  doute 
du  Nord.  Ce  primitif  pourrait  bien  être  *hêr-bate  «  le  chetel  seigneurial, 
le  profit  ou  la  dépense  du  souverain  »  (4),  à  moins  que  —  ce  que  j'ignore 
—  la  situation  topographique  ne  permette  de  voir  dans  le  second 

(*)  Cf.  J.  Borgnet,  Recherches  sur  les  anciennes  fêtes  narnuroises,  p.  48  (1854  ; 
t.  xxvn  des  Mémoires  couronnes  de  l'Aead.  royale  de  Belgique).  On  lit  dans  les 
textes  cités  :  «  dedens  les  8  jours  del  Harbates  »  (XIVe  s.),  «  ceste  Herbatte  prochain  » 
(1417),  «  a  le  Herbat  »  (1459)  ;  et  plus  souvent  :  «  le  feste  Herbatte,  le  francq  fiest 
Herbatte,  le  fieste  a  Herbattes,  le  fourre  de  Herbatte  ».  —  Voy.  aussi  un  acte  de 
1571,  cité  par  Bormans,  Le  bon  Métier  des  Drapiers  de  Liège  :  «  à  Malone  à  la  fore 
condist  Herbatte...  audit  Malone  en  la  ville  de  Namure  »  (BSW  9,  p.  229). 

(2)  Benseignements  recueillis  sur  place,  de  la  bouche  de  M.  Zenon  Meunier. 

(3)  Miraeus  et  Foppens,  Op.  diplomatica,  I  294  ;  Borgnet,  Cartul.  de  Namur  I,  11. 

(4)  Borgnet,  op.  cit.,  p.  17,  parle  d'un  édifice  (la  grange  le  Comte)  «  situé  sur  la 
petite  Herbatte...  et  qui,  dans  l'origine,  servait  à  l'emmagasinage  des  provisions  du 
souverain  »  (d'après  les  Comptes  du  domaine,  1355).  —  Sur  le  germ.  baie,  voy. 
Weigand,  v°  batten,  Schuermans,  v°  bat.  Le  néerl.  baat  «  profit,  gain  »  vient  d'une 
forme  primitive  à  voyelle  brève. 


—  144  — 

composant  le  mot  wallon  baie,  batte,  synonyme  bien  connu  de  «  digue, 
quai,  bâtardeau  ».  Voyez  ci-après  l'article  hercot. 

lieu  dit  Hercot  (Huy) 

Le  bel  ouvrage  de  R.  Dubois  sur  les  Rues  de  Huy  (1910)  signale  le 
Chemin  de  Hercot  (vers  Tihange),  qui  doit  son  nom  à  une  propriété 
voisine,  appelée  dans  les  actes  Hercot,  rarement  Héricot.  Malheureuse- 
ment l'auteur  ne  cite  à  l'appui  ni  texte  ni  date,  ni  même  l'appellation 
populaire  è  Herco  (è  =  «  en  »  ou  «  en  le  »>).  Il  se  contente  d'en  rappro- 
cher Floricot,  nom  d'une  propriété  de  Tihange. 

D'après  Feller,  Notes,  p.  342,  ce  Floricot,  terme  assez  fréquent  en 
toponymie  wallonne,  correspond  au  nom  de  lieu  V erlorenkost,  commun 
en  pays  flamand,  et  signifie  :  «  dépense  perdue,  terrain  ingrat,  où  l'on 
perd  sa  peine  ».  Quant  à  hèrco,  je  présume  qu'il  se  compose  de  deux 
mots  germaniques  hêr-cost;  le  sens  primitif  serait  :  «  le  chetel  seigneurial  ». 
On  aurait  ainsi  le  pendant  du  nom  de  lieu  namurois  hèrbate  ;  voyez 
l'article  précédent. 


w.  hèrnale  (Huy 


I 


Mot  inédit  de  la  région  hutoise,  qui  n'est  employé  que  dans  une  seule 
expression  :  l&'hèrnale  de  cou  (du  cul)  «le  bas  de  l'épine  dorsale,  la 
soudure  des  deux  hanches,  juste  au-dessus  du  coccyx  »  :  djé  f  Va  apici 
pol  hènète  (saisi  par  la  nuque)  et  pol  hèrnale  de  cou  et,  d'on  plincôp,  djé 
V  Va  hiné  a  Vouh  (lancé  à  la  porte).  —  Si  l'on  détache  le  suff.  -aie,  fr. 
-elle,  il  reste  un  radical  hem-,  d'origine  obscure.  On  ne  peut  penser  à 
«  héron  »,  qui  se  dit  à  Huy  héron  avec  ê  très  ouvert  se  rapprochant  de  â  . 
Je  conjecture  que  ce  mot  provient  de  ^hèn'rale  par  métathèse  (voy. 
l'article  gorlète).  Le  suffixe  est  -erelle,  comme  dans  bouVrale  (tumeur  ; 
G.,  II  505),  howp'rale  (chouette  ;  G.,  I  311),  etc.  ;  comparez  djèrmale, 
que  nous  supposons  issu  de  *djèm,rale  et  qui  présenterait  donc  le  même 
cas  phonétique  que  notre  hèrnale.  Le  radical  appartient  à  la  famille 
hène  «  petit  morceau  de  bois  fendu  »,  hin'lète  «  écharde  »,  hiner  «  fendre  ». 
On  sait  que  ce  groupe  dérive  de  l'ane.  h.  ail.  skï'na.  moyen  h.  ail. 
schine  (=  ail.  mod.  schiene,  néerl.  scheen),  dont  le  sens  fondamental  est 
fendre,  séparer  ».  Dans  eeite  hypothèse,  la  hèrnale  de  cou  serait  le 
poihl  ou  commence  la  fesse  (lai.  fissa,  proprement  «  fente  »).  D'autre 
part,  skïna  a,  donné  aussi  le  doublet  liég.  scrène.  nain,  serine,  skine, 
chine,  fr.  échine  «  épine  dorsale  ».  Si  hèrnale  a  poussé  sur  cette  branche, 
il  désigne  proprement  le  point  où  finit  l'échiné,  le  bout  (inférieur)  de 


—  145  — 

l'échiné,  Y  «  HchirierélU  »  (1).  En  somme,  les  deux  sens  de  l'anc.  h.  ail. 
skina  légitiment  l'une  et  l'autre  de  ces  interprétations. 

Sans  doute  la  phonétique  peut  élever  une  objection  :  sur  le  type  de 
hin'lète,  on  attendrait  *hin,rale,  *hirnale  ;  mais  l'influence  de  r  a  pu 
changer  i  en  è. 

liég.  heûler,  mâ-heûlé 

G.,  I  293,  donne  d'après  Dejaer  «  heûler  :  accoucher  »  (sens  inusité 
aujourd'hui).  Il  pense  que  si  «  accoucher  »  est  ici  transitif,  heûler  dérive 
probablement  du  holl.  heul  «  secours,  assistance  ».  N'est-il  pas  plus 
naturel  de  prendre  «  accoucher  »  dans  le  sens  ordinaire,  à  savoir  intran- 
sitif ?  De  vieux  Liégeois  me  signalent  heûler  «  hurler  lugubrement, 
comme  font  les  chiens  la  nuit  «  (2).  N'est-ce  pas  le  même  mot  et  le  sens 
de  «  accoucher  »  n'est-il  pas  dû  à  une  métonymie  ?  J'incline  à  le  croire, 
d'après  l'analogie  de  certaines  expressions  pittoresques  qui  se  disent 
de  la  femme  en  travail  d'enfant  :  hawer  (Hervé  ;  propr.  «  aboyer  »), 
brêre  as  brocales  (Dison),  brêre  as  novês  harins  ou  as  poûris  pelions 
(Liège)  :  allusion  aux  marchandes  qui  crient  pour  annoncer  leur  mar- 
chandise, des  allumettes  {brocales),  des  harengs  frais  ou  d'autres 
poissons  «  pourris  »  ! 

Il  existe  un  autre  heûler,  que  nos  lexicographes  ignorent  et  dont  je 
ne  trouve  de  trace  que  dans  un  article  du  Vocabulaire  des  Couvreurs 
par  A.  Body  (3).  A  ce  que  m'apprend  M.  Jean  Lejeune,  c'est  un  terme 
archaïque  d'un  de  ces  petits  métiers  que  l'industrie  moderne  a  tués, 
le  métier  de  platîneû,  «  tôlier  »  ou  fabricant  de  platènes  as  dorêyes,  de 
platènes  di  stoûve,  de  pêlots,  etc.  ;  li  platîneû  heûléve  li  bivérd  dèl  platène 
«  le  tôlier  emboutissait,  travaillait  au  marteau  et  au  repoussoir  la 
plaque  métallique  pour  l'arrondir  en  forme  de  bassine,  de  casserole,  etc.» 
—  Nous  y  verrons  sans  peine  un  emprunt  de  l'ail,  hôhlen  «  creuser, 
caver  »  (comp.  das  Silber  hohl  schlagen  :  emboutir  l'argent). 

Ce  heûler  «  emboutir  »  nous  donne  la  clef  de  mâ-heûlé  «  mal  élevé, 

i1)  De  même  binon  (Huy),  chinon  (Ciney,  Dorinne,  Yvoir),  jkinon  (Namur) 
«  ligne  séparative  de  champs  formée  de  gros  buissons  »  paraît  se  rattacher  à  ce  sens 
de  «  échine  ». 

(2)  Comp.  néerl.  huilen,  ail.  heulen.  Nos  dictionnaires  ne  donnent  que  la  forme 
plus  usitée  hoûler  ;  comp.  moyen  bas  ail.  et  moy.  néerl.  hûlen. 

(3)  Voici  cet  article  :  «  poûheti,  puisoir,  ustensile  composé  d'un  bassin  qui  est  une 
platine  en  fer  heulée,  embouttée  [corr.  :  heûlêye,  emboutie],  et  d'une  queue  en  fer 
plat  avec  crochet  au  bout  ».  BSW  11,  p.  172. 


—  146  — 

rustre  »  (1),  que  G.,  II  55,  voulait  expliquer  par  heûler  «  accoucher  ». 
Il  saute  aux  yeux  que  le  sens  propre  est  :  «  mal  embouti  »,  d'où,  au 
moral  :  «  mal  tourné,  grossier  ».  —  Enfin  nous  rattacherons  à  ce  terme 
technique  le  composé  èhûler  «  enfoncer  »,  connu  à  Huy  dans  cette 
phrase  satirique  :  él  a  V  boke  si  gronde  qu'on  î  èhûVrût  on  pzvin  (Vamo- 
licion  !  «  il  a  la  bouche  si  grande  qu'on  y  fourrerait  un  pain  de  mu- 
nition !  » 

liég.  heure  (fr.  hure)  et  dérivés 

G.,  I  293,  cite  les  expressions  liégeoises  :  1.  avu  (ou  prinde)  è  heure 
«  avoir  (ou  prendre)  en  grippe  »  ;  2.  i  m'  pzvète  heure  «  il  me  porte 
malheur,  je  ne  puis  le  souffrir  »  ;  3.  qwèri  heure  «  chercher  noise  ».  — 
De  ces  expressions  archaïques,  la  seconde  est  sans  contredit  la  plus 
vivace  (2).  On  la  trouve  dans  le  Théâtre  liégeois  du  xvme  siècle 
(éd.  1854,  p.  53)  :  coula  ni  m'  pzvète  nin  heure  «  cela  ne  m'effraie  pas  »  ; 
dans  Simonon,  pp.  138  et  181  :  èle  mi  pzvète  heure  «  elle  me  chagrine  »  ; 
dans  Bailleux,  Fâves,  1856.  p.  53  :  coula  m'  pzvète  heure  «  cela  m'inspire 
de  l'éloignement,  cela  me  met  en  défiance  »  ;  dans  Hubert,  p.  107  : 
pzvèrter  heure  «  importuner,  tracasser  ».  C'est  Ja  seule  aussi  que  j'aie 
relevée  dans  le  parler  moderne  :  va-z-è  fôû  (V  chai,  ti  m'  pzvètes  heure  ! 
Dfa  vèyou  'ne  arègne  a  matin,  èle  m'a  pzvèrté  heure  tote  li  djoûrnêye.  Le 
sens  est  ici  :  «  porter  guignon  ». 

G.  ne  donne  pas  d'étymologie.  Pour  expliquer  pzvèrter  heure,  Simonon, 
l.  c,  invoque  le  fr.  heurt,  tandis  qu'Altenburg,  I  16,  propose  l'anc. 
h.  ail.  scûr  (ail.  mod.  Schauer  :  giboulée).  J'y  reconnais,  pour  ma  part, 
un  emploi  figuré  du  liég.  heure  «  hure  »  (3).  L'expression  «  porter  hure 
à  qqn  »  est  aussi  logique  que  l'anc.  fr.  porter  bon  visage  à  qqn  «  lui  faire 
bon  accueil  »  (4).  Le  sens  premier  est  :  «  faire  mauvais  accueil  »,  d'où 
«  inspirer  de  l'éloignement,  de  l'inquiétude,  de  la  défiance,  de  l'effroi  » 
et  enfin  :  «  porter  guignon  ».  -  -  L'expression  «  avoir  (ou  prendre)  en 
hure  »  se  comprend  sans  peine.  La  dernière  («  quérir  hure  »),  plus  rare 

(*)  «  Mal  errçixauché,  grossier  »  (Duvivier)  ;  «  morose,  bizarre,  morne,  misan- 
thrope »  (Hubert)  ;  «  malintentionné  »  (Forir).  Manque  dans  Remacle  et  Lobet.  La 
forme  mâ-hûlé  est  dans  une  pièee  de  Ramoux,  curé  de  Glons,  mort  en  1826  (Choix, 
p.  93). 

(2)  Cependant  Remacle,  2°  éd.,  donne  seulement  1,  et  Forir  seulement  1  et  3. 

(8)  Forir,  II,  p.  21.  —  On  sait  que  le  fr.  hure  représente  un  type  *  hûra,  d'origine 
inconnue. 

(*)  Godefroy,  Complément,  porter.  Comp.  aussi  l'anc.  fr.  faire  une  hure  «faire 
une  mine  sauvage  ». 


—  147  — 

d'ailleurs  et  moins  correcte  que  les  deux  autres,  résulte  sans  doute  du 
croisement  de  qwèri  mizére  et  de  pwèrter.  heure. 

On  aura  remarqué  l'absence  de  l'article,  qui  dénote  l'origine  ancienne 
de  ces  locutions.  Il  en  est  de  même  dans  louki  po  d'zos  hore  (Stavelot, 
Cherain  :  BSW  44,  p.  537  ;  50,  p.  531)  «  regarder  par  dessous  hure  », 
c.  à  d.  «  en  dessous,  sournoisement  »  (1). 

Le  mot  n'existe  plus  guère  à  Liège  (2).  Il  est  mieux  conservé  au  pays 
du  sanglier,  dans  nos  Ardennes,  où  nous  relevons  :  hure  (Malmedy), 
heure  (Cherain,  Ortheuville),  heure  (Villers-Ste-Gertrude,  Erezée  ;  en 
Famenne  et  en  pays  gaumais).  Il  y  prend  d'ordinaire  le  sens  figuré  de 
«  mine  renfrognée  »  :  faire  une  (laide)  hure.  Spécialement,  de  deux 
vaches  qui  penchent  la  tête  d'un  air  menaçant  en  se  portant  l'une  vers 
l'autre,  on  dit  à  Villers-Ste-Gertrude  qu'elles  font  lès  heures.  Enfin,  en 
pays  gaumais,  heure  a  le  sens  ironique  de  «  tête,  cervelle  »  :  il  è  ène 
heure  du  hû  (il  est  têtu  comme  un  bœuf)  ;  i  ?i'  su  mèf  mi  ça  dès  la  heure, 
i  n'è  m?  ça  a  la  heure  (il  ne  se  met  pas  cela  dans  la  tête,  il  n'entend  pas 
de  cette  oreille). 

Le  mot  hure,  en  raison  même  de  sa  force  expressive  qui  devait  plaire 
à  l'imagination  du  peuple,  a  procréé,  surtout  dans  les  dialectes,  une 
lignée  nombreuse  qui  mériterait  d'être  étudiée  de  près.  Je  ne  puis 
aborder  ici  l'étude  complète  de  cette  famille  pittoresque.  Tout  au  plus 
trouvera-t-on,  dans  les  notes  suivantes,  quelques  faits  nouveaux  con- 
cernant le  français  et  les  dialectes  septentrionaux. 

Ahuri,  en  anc.  fr.  :  «  qui  a  une  chevelure  hérissée  »  ;  en  fr.  mod.  : 
«  troublé  ».  De  même  le  liég.  ahurê,  dans  un  texte  de  1631,  et  le  rouchi 
ayuri  (voy.  BD  1902,  p.  97).  —  Le  gaumais  aheurèy  (ibid.)  «  étourdi, 
écervelé  »  et  aheuray  «  entêté  »  (à  l'est  de  Longwyon)  représentent 
plutôt  un  type  *enhuré. 

Huron,  anc.  fr.  :  «  personne  à  la  tête  hérissée,  à  l'aspect  sauvage  »  ; 
d'où,  en  fr.  mod.  :  «  individu  grossier  et  malotru  ».  [Sur  un  autre  w. 
huron,  voyez  la  note  à  la  fin  de  cet  article.] 

*Hureux,  *hurir.  — ■  Le  liég.  houreûs  «  se  dit  de  celui  qui  souffre 
du  froid,  de  l'humidité,  surtout  des  oiseaux  lorsqu'ils  hérissent  leurs 

(*)  Èle  mi  vcête  po  d'zos  s'  houre  (Ortheuville),  po  (Tzos  sa  heure  (Lavacherie)  ; 
louki  po  tfzos  V  houre  (Buret-lez-Houffalize). 

(2)  Signalons  ici  l'expression  archaïque  hure  de  pierre,  t.  de  houillerie  qui  signifie 
«  le  rocher,  la  pierre  même  »  (G.,  I  317  ;  Bormans,  Voc.  des  houill.  liég.).  G.  compare 
l'anc.  fr.  heurt  (rocher,  tertre)  ;  mais  l'analogie  de  houra  ou  hourêye  di  pire  (voy. 
ci-après)  et  de  vizèdje  di  pire,  t.  modernes  de  houillerie,  montre  qu'il  s'agit  bien  du 
fr.  hure. 


—  148  — 

plumes  »  (G.,  I  313).  Il  signifie  «  frileux  »,  mais  désigne  un  état  acci 
dentel,  passager,  tandis  que  froûîeûs  (=  lat.  frigorosus)  marque  une 
disposition  habituelle  :  dji  so  si  houreûs  oûy,  dji  n'  mi  rik'noh  nin,  ca 
dji  n  so  nin  froûîeûs.  On  dit  aussi:  i  jet  houreûs  oûy  (il  fait  aujourd'hui 
un  froid  noir,  un  temps  humide  et  froid)  ;  mais  on  ne  dira  jamais  : 
i  jet  froûîeûs.  —  De  même,  en  chestrolais,  hœreûs  (1).  —  G.,  I  314, 
invoque  le  lat.  horrere  (!)  ;  plus  loin,  II  xxxv,  il  rattache  houreûs  à 
houri  «  frissonner,  grelotter  ».  Ce  verbe,  recueilli  par  Simonon.  ne  se 
trouve  dans  aucun  autre  de  nos  lexiques  (2).  Je  l'ai,  pour  ma  part, 
entendu  à  Jupille,  où  houri  est  synonyme  de  jruzi  (frissonner),  et  à 
Alle-sur-Semois,  où  &ri  signifie  «  frémir,  avoir  un  haut  le  cœur  »  : 
djè  œri  tout  !  --  Il  faut  rattacher  ces  mots  au  fr.  hure  et  à  l'anc.  fr. 
hurer  «  hérisser  sa  crête,  ses  cheveux  ».  Le  verbe  houri,  à  terminaison 
inchoative,  signifie  proprement  :  «  (commencer  à)  se  hérisser  »  ;  vous 
voyez  celui  qui  hourih,  les  cheveux  hérissés,  la  tête  baissée  et  rentrée 
entre  les  épaules,  les  bras  serrés  contre  la  poitrine  ;  le  frissonnement 
n'est  qu'une  circonstance  accompagnante.  Le  fr.  ahurir  recèle  une 
image  analogue  :  celui  qui  est  ahuri  a  l'air  de  s'ébouriffer  de  surprise.  — 
De  même  houreûs  signifie  au  propre  :  «  qui  a  la  tête  hérissée  »  ;  il  fait 
songer  aux  oiseaux  souffrants  dont  le  pliunage  s'enfle  et  s'ébouriffe. 
Appliqué  à  la  température,  il  prend  le  sens  de  :  «  qui  rend  hérissé  »  ; 
comparez  i  jet  malade,  il  fait  un  temps  à  vous  rendre  malade,  une  cha- 
leur étouffante  (3). 

*Hurail.  --  Liég.  hura  «trogne,  mine  refrognée  »  (Forir)  ;  je  in 
èzbaré  hura  «  faire  une  mine  effarée  »  (Simonon,  pp.  54  et  181).  —  Nos 
houilleurs,  à  Seraing  notamment,  appellent  houra  d'  pire  un  bloc  de 
pierre  qui  fait  saillie  et  qui  menace  de  tomber  ;  syn.  hourêye  di  pire. 
Comparez  hure  de  pierre,  p.  147,  n.  2. 

*Hurard.  —  Le  liég.  hura  «  hure  de  sanglier  »  n'est  attesté  que 
par  Forir  (4).  De  là  sans  doute  le  nom  de  famille  Hurard  (Liège, 
Verviers). 

(1)  Dasnoy,  p.  256,  écrit  :  «  herreux,  frileux  ;  froid  pénétrant  ».  —  A  Forrières, 
li  houreûs  =  la  bise  de  mars. 

(2)  Voyez  la  note  à  la  fin  de  cet  article. 

(3)  Comparez  houpieûs  «  frileux,  qui  se  tient  tout  ramassé  par  le  froid  »  (Liège  : 
Forir)  ;  croufieûs  «  bossu  »  (Liège),  «  frileux  »  (Chemin,  Robertville),  proprement 

ramassé  en  boule,  recroquevillé  comme  si  on  avait  une  bosse  sur  le  dos  ».  Ces 
adjectifs  dérivent  de  houpe  (houppe,  hupe)  et  de  croufe  (bosse)  par  l'intermédiaire 
de  diminutifs  en  -èye  (fr.  -iUc)  ;  comp.  noukieûs  (liég.)  «  noueux  ». 

(4)  G.,  I  317,  a  un  article  hura  «  trogne  »,  où  il  voit  l'augmentatif  du  fr.  hure.  Il 
faut  donc  apparemment  lire  hurâ  et  non  -a. 


—  149  — 

*Hurasse.  —  Wall,  hourasse  (Cherain,  Buret-lez-Houffalize),  f., 
«  chevelure  épaisse  et  hirsute  »  ;  syn.  tignasse. 

Hurer.  —  Ane.  fr.  hurer,  lieurer  «  hérisser  la  crête,  les  cheveux  » 
(God.)  ;  messin  heure  «  qui  a  les  cheveux  hérissés  »  (M.  Lorrain).  — 
J'expliquerai  de  même  l'anc.  fr.  hourer,  dans  :  «  dez  arrestez  [de  paille 
d'orge]  qi  hourent  les  bouches  dez  chivalz  ».  Godefroy,  qui  cite  ce  texte 
du  xine  siècle,  traduit  inexactement  par  :  «  déchirer  ».  —  Une  des- 
cription de  la  dîme  de  Heusy-lez-Verviers,  en  1667,  énumère  des  prés 
hurant  sur  tel  chemin  (*),  c.-à-d.  situés  en  contre-haut  de  ce  chemin.  — 
Ajoutez  le  w.  hourer  (Cherain),  v.  intr.,  en  parlant  des  vaches,  même 
sign.  que  ci-dessus  fé  lès  heures  ;  et  le  gaumais  su  heurèy  «  se  ruer  tête 
baissée  (sur  un  adversaire)  »  (2). 

Hurée,  participe  du  précédent  employé  comme  substantif  au  sens 
général  de  :  «  une  hérissée  ».  On  trouve  ainsi  1.  l'anc.  fr.  heuree  (faire 
une  h.  ;  dans  Chastellain,  XVe  s.),  que  God.  traduit  rjar  «  révolte  »  ;  — 

2.  l'anc.  fr.  huree  («  revers  d'un  chemin  creux  »,  dans  les  chroniques  de 
Froissart  et  de  Molinet  ;  voy.  God.).  Aujourd'hui  encore,  le  w.  hourêye 
(Seraing),  -éye  (Huy),  hurêye  (Liège),  uréye  (nam.  ;  rouchi)  désigne  le 
bord  d'une  route  plus  élevé  qu'elle,  un  tertre,  une  éminence  (3)  ;  — 

3.  heuréye  (w.  chestrolais,  Dasnoy,  159)  «  touffe,  trochée,  faisceau  de 
pousses  (de  pommes  de  terre,  de  fleurs,  etc.)  »  ;  —  4.  hurée  (Rethel  : 
Ard.  fr.)  «  nuée,  averse  »  ;  au  masc.  heure  «  cumulus,  gros  nuage  noir  » 
(meusien:  Labourasse,  chamiau);  ourée  (rouchi)  «ondée»  (4)  :  acception 
figurée  se  rattachant  au  sens  2.  Comparez  le  gaum.  horlé  «  monticule  », 
à  côté  de  horlâye  «  averse  »,  et  le  meusien  huôme  1.  «  tas  de  terre,  petit 
monticule  »,  2.  «  nuage  en  forme  de  monticule  »  (Varlet).  De  même  à 
Viesville  (Hainaut),  une  nuée,  une  ondée  passagère  s'appelle  un  tacha, 
c.-à-d.  un  petit  tas  (*tassia)  ;  —  5.  le  verviétois  hourêye  possède,  d'après 

(x)  Bull.  Soc.  verv.  cTarchéol.,  XI,  pp.  239-240  (Verviers,  1911)  :  «  Derrier  le  Hougne 
hurant  sur  le  voye  de  Jehanster,  la  waide  Collas...  ;  la  haye  voisinne  hurante  sur  la 
cornette  en  haut...  ;  Devant  la  Hougne,  hurant  sur  le  grand  chemin...  la  waide 
Lina  Melen...  » 

(a)  Le  meusien  heursé,  hirsu,  hourseu  («  hérissé  »),  se  heurser  («  se  rebiffer,  se 
hérisser  «contre  qqn),  à  Rethel  hourissie,  hurissie  («  frissonner  »),  a  subi  évidemment 
l'influence  de  hure,  hurer.  Cette  même  influence  me  paraît  nécessaire  pour  expliquer 
l'aspirée  du  fr.  hérisser.  On  trouve  en  anc.  fr.  hurucier  à  côté  de  hirecier,  hericier. 

(3)  Les  conjectures  étymologiques  de  G.,  I  318,  de  Sigart,  p.  212,  de  P.  Marchot, 
Revue  des  lang.  rom.,  1891,  t.  35,  p.  440,  n'ont  aucune  valeur.  C'est  Diez  qui  le  pre- 
mier a  rattaché  hurée  (berge)  à  hure.  —  Comp.  ci-après  l'anc.  fr.  hurel. 

(4)  J'ai  aussi  entendu  à  Lantremange  lez-Waremme  le  w.  hourêye  «averse  , 
syn.  nûlêye,    housse. 


—  150  — 

Lobet,  p.  253,  des  acceptions  singulières  que  je  ne  trouve  nulle  part 
ailleurs  et  qu'on  peut  résumer  comme  suit  :  1.  avalanche,  éboulement  ; 
2.  poussée,  effort  d'une  foule  qui  pousse.  Le  sens  1  peut  se  ramener  à 
hourêye  berge,  talus  ;  le  sens  2  à  l'anc.  fr.  heurée,  ruée,  bagarre,  révolte. 

Le  type  huret  me  paraît  avoir  subsisté  dans  le  nom  de  famille  bien 
connu.  C'est  lui  aussi  que  je  reconnais  dans  le  fr.  houret  (d'origine 
inconnue  :  Dict.  gén.)  «  mauvais  chien  de  chasse  »,  et  dans  le  pic.  houret 
(Jouancoux)  «  petit  domestique  de  ferme  ».  Pour  le  sens,  ce  serait  un 
enfant,  un  petit  homme  ou  animal  à  la  tête  hérissée,  à  l'aspect  sau- 
vage ;  comp.  huron  et,  ci-après,  hurel. 

Hurette  se  retrouve,  à  mon  sens,  dans  les  deux  cas  suivants  : 
1°  hourète  (w.  de  la  Famenne),  urète  (nam.  :  G.,  I  318),  ourète  (w.  de 
Barvaux-Condroz  ;  rouchi  et  picard  :  Sigart,  Hécart  et  Jouancoux, 
qui  écrivent  hourette),  s.  f.,  «  bourrée,  sorte  de  fagot  »,  ainsi  nommé 
d'après  l'aspect  hérissé  qu'il  présente.  Rattachez  ici  l'anc.  fr.  houreste* 
que  Godefroy  ne  peut  définir.  —  2°  hourète,  hurète  (ard.  :  G.,  II  538), 
heurète  (Chestrolais  :  Dasnoy,  370),  hourète  (gaumais,  meusien),  horète 
(Ste-Cécile,  Izel  :  Bruneau,  Enquête,  1 185),  s.  f.,  «  chouettes.  Le  liégeois 
dit  houlote  (à  Stavelot,  Vielsalm  :  houlète)  et  le*  françc  is  a  hulotte,  qui 
serait  proprement  picard  (Rolland,  Faune  pop.,  IX,  72).  G.,  II  538,  dit 
que  Tard,  hourète  =  houlote,  hulotte,  ce  qui  est  possible.  Selon  Diez  336' 
le  fr.  hulotte  viendrait  de  huler,  forme  ancienne  de  hurler  avec  influence 
de  l'ail,  heulen.  Mais  le  w.  houlote,  à  côté  de  hoûler,  contredit  cette  déri- 
vation, qui  est  pourtant  admise  par  Meyer-Lùbke,  n°  9039,  non  sans 
réserves  :  «  L'anc.  fr.  huler,  dit-il,  est  la  forme  picarde  de  hurler  et  non 
le  m.  h.  ail.  hùlen  ;  d'autre  part,  le  fr.  hulotte  peut  aussi  venir  du  lat- 
ulula  influencé  par  hurler  plutôt  que  par  l'a.  h.  ail.  huzvila  ».  Pour  le 
Dict.  gén.,  hulotte  paraît  se  rattacher  à  l'ail,  eule,  altéré  sous  l'influence 
de  huer.  On  voit  que  la  question  est  loin  d'être  tranchée  et  que  la  voie 
reste  ouverte  aux  conjectures.  Pour  ma  part,  je  serais  tenté  de  dériver 
tous  ces  mots  de  hure.  Le  groupe  hourète,  hœrète,  horète  ne  présente 
aucune  difficulté  (1).  Le  groupe  hulotte,  houlote,  houlète  serait  altéré 
directement  de  *lwrote,  etc.,  à  moins  qu'on  ne  parte  de  la  forme  hurlote 
hourlote,  qui  existe  dans  le  Pas-de-Calais,  la  Somme  et  la  Haute- 
Marne  (2)  et  qui  représente  un  double  diminutif  hurelote. 

(x)  La  hœrète  houle  (la  chouette  hurle,  crie),  dit-on  en  chestrolais  ;  il  ne  peut  exister 
de  rapport  d'origine  entre  ces  deux  mots. 

(2)  Rolland,  Faune  pop.,  IX,  72.  A  noter,  p.  73,  les  formes  :  houran  (Vosges), 
chahouran,  chahuran  (Lorraine,  Champagne),  chahuron  (Aisne). 


—  151  — 

*Huraille,  collectif  de  valeur  dépréciative,  expliquerait  le  picard 
heuraillis  «  bruit  confus  et  tumultueux  »  (Jouancoux)  et  le  fr.  hourailler 
«  chasser  avec  des  hourets  »,  houraillis  «  meute  où  il  y  a  beaucoup  de 
hourets  »  (Dict.  gén.). 

*Huru  (?)  :  norm.  héru  «  hérissé  »  (Corblet)  ;  comp.  hurelu. 

Hurel,  type  très  répandu,  dont  le  sens  général  est  :  «  petit  (individu, 
objet)  hérissé  ».  Il  revêt  trois  acceptions  différentes  que  nous  avons 
déjà  rencontrées  dans  ce  qui  précède  :  1°  l'anc.  franc,  hurel2  (défini  : 
«  bouffon  »,  par  God.)  ;  c'est  proprement  un  enfant  ou  un  homme  qui  a 
les  cheveux  hérissés.  —  2°  L'anc.  franc,  hurel*  «  levée  d'un  chemin  » 
(God.  ;  Reims,  1431)  survit  dans  le  av.  ouria  (Givet)  «  talus,  terrain  en 
pente,  peu  étendu)  et  dans  le  diminutif  hourlê  (w.  de  Comblain-Fairon, 
Wellin-St-Hubert),  horlé  (chestrolais,  gaumais)  «  talus  d'une  route  ou 
talus  séparant  deux  pièces  de  terre  »  :  type  *hureleau.  Comp.  ci-dessus 
l'anc.  franc,  huree.  —  3°  Le  rouchi  oicriau  (Hécart  :  houriau)  «  sorte  de 
fagot  »  ;  comp.  ci-dessus  hourète.  L'anc.  franc,  hourel,  défini  :  «  osier  ?  » 
par  God.)  et  l'anc.  franc,  hurel1  (non  défini  par  God.)  se  rattachent  assu- 
rément ici  :  il  s'agit  du  petit  fagot  nommé  bourrée  ou  cotret.  —  De  là, 
les  dérivés  :  houreler,  qui  signifie  «  mettre  en  fagots  »,  dans  ce  texte  : 
«  houreler  et  copper  au  ferment  ung  bonifier  de  joisne  buis  »  (Lille, 
1415),  et  :  «  gans  hourlois  »  (Lille,  1596),  c.-à-d.  gants  spéciaux  qu'on 
met  pour  faire  des  fagots  et  aussi  pour  réparer  les  haies.  Types  : 

*HURELER,    *HURELOIR   (1). 

Nous  rangeons  en  outre  dans  la  famille  de  ce  diminutif  : 

*Hurelée  :  gaum.  horlâye  «  averse  »  ;  voy.  ci-dessus  hurée  4. 

Hurelote  :  pic.  hurlote,  hourlote  «  chouette  »  ;  voy.  ci-dessus  hurette  2; 
—  meusien  hourlot  «  hanneton  »  ;  voy.  ci-après  hurelon. 

Hurelin  :  le  sobriquet  messin  hurlin  «  qui  a  les  cheveux  hérissés». 

Hurelard  :  picard  hurlard  ou  hurlu,  s.  m.,  «  harle  huppé  »  ;  c'est  à 
sa  huppe  comparée  à  une  hure  que  cet  oiseau  doit  son  nom  (Jouancoux). 

Hurelu  :  outre  le  pic.  hurlu  qu'on  vient  de  voir,  il  faut  ranger  ici  le 
fr.  hurluberlu  «  personne  extravagante,  brusque,  étourdie  ».  Le  Dict. 
gén.  dit  que  l'origine  en  est  incertaine  ;  Scheler  y  voit  une  onomatopée, 
Littré  un  mot  de  fantaisie.  Pour  moi,  c'est  un  composé  des  deux  adjec- 
tifs :  hur(e)lu  (qui  a  les  cheveux  hérissés)  et  berla  (qui  a  la  berlue).  Cela 
peint  à  merveille  la  tête  hirsute  et  l'œil  hagard  d'un  individu  mal 
équilibré  qui  se  jette  inconsidérément  à  travers  tout  (2). 

(x)  Godefroy  traduit  houreler  par  «  tailler  »  ;  il  laisse  hourlois  sans  traduction. 
(2)  En  chestrolais,  à  Neuvillers- Recogne,  in  hurluva  :  «  un  hurluberlu  ». 


—  152  — 

Hurelon  :  picard  hourlon,  heurlon,  hurlon,  gaumais  hourlon,  -an, 
«  hanneton  ».  Meyer-Lùbke,  n°  9039,  rattache  ce  mot  au  lat.  ululare 
(hurler),  de  même  que  le  fr.  hulotte  (chouette),  comme  on  a  vu  plus  haut. 
Je  crois  que  l'hypothèse  hure  est  pour  le  moins  aussi  défendable.  Si  le 
hanneton  fait  entendre  un  bruissement  quand  il  vole,  peut-on  dire 
qu'il  hurle  ?  Au  point  de  vue  phonétique,  il  y  a  de  plus  divergence  entre 
hourlon  et  le  picard  heuler  (hurler)  ;  de  même  le  meusien  hourlon 
(hanneton),  que  j'ai  noté  près  de  Longwyon  en  même  temps  que  hurlay 
(hurler),  hœrlau  (hurleur).  Enfin,  comparez  hurillon  ci-après.  —  Varlet 
donne  le  meusien  hourlot  (hanneton)  et  Jaclot  le  messin  heulo  (hanne- 
ton ;  tourbillon  de  vent).  Ce  second  sens  pourrait  être  invoqué  en  faveur 
de  l'hypothèse  «  hurler  »  ;  cependant,  ne  serait-ce  pas  aussi  bien  un 
«  coup  de  vent  qui  vous  ébouriffe  »  ? 

Hurillon.  -  -  Ce  type  apparaît  1°  en  rouchi  :  hurion,  hurlion 
«  hanneton  »,  d'après  Hécart  qui  l'explique  par  «  une  onomatopée  du 
bruissement  que  cet  insecte  fait  en  volant  »  :  hypothèse  que  l'on  jugera 
moins  vraisemblable  encore  que  pour  hourlon  ;  —  2°  en  anc.  fr.  hurillon. 
Godefroy  traduit  ce  mot  par  «  sauterelle  »  ;  mais  il  y  a  méprise.  Il  cite 
un  seul  texte  :  «  La  vine  plaie  d'Egypte  sont,  locustez,  c'est-à-dire 
laoustres  et  hurillons  »  (Valenciennes,  xve  siècle).  On  doit  évidem- 
ment mettre  une  virgule  après  laoustres  et  comprendre  que  la 
vnie  plaie  d'Egypte  «  sont  sauterelles  et  hannetons  »  (1).  —  3°  Dans 
nos  Aidennes,  à  Erezée,  j'ai  noté  l'expression  :  il  a  r'çû  dès  bês  hœrions 
«  de  beaux  coups  ».  J'y  vois  le  sens  propre  de  :  «  coup  violent  de  deux 
têtes  qui  s'entrechoquent  »  (2)  ou  de  :  «  coup  violent  qui  vous  enfle  la 
tête  »  (3).  Il  y  a  là  une  indication  intéressante  pour  expliquer  le  fr. 
horion,  dont  l'origine  est  inconnue  Les  plus  anciens  exemples  montrent 
clairement  que  horion  désigne  un  «  coup  porté  à  la  tête  »  ;  d'où,  au 
figuré,  le  sens  de  «  gros  rhume  »,  qu'il  a  en  normand.  Ce  serait  une  forme 
dialectale  pour  hurillon.  Voy.  Godefroy,  horion  1  et  2  ;  Diez,  p.  616  ; 
Scheler,  etc. 

P.-S.  —  Ce  qui  précède,  sauf  de  légères  modifications,  a  paru  en  1919 
(liuis  Romania,  t.  xlv,  p.  181.  Depuis  lors  je  me  suis  convaincu  que 
deux  autres  groupes  de  mots  wallons,  d'origine  contestée,  pourraient 
avec  avantage  rentrer  dans  notre  liste. 

(*)  Comp.  dans  God.,  laouste,  un  exemple  du  Lib.  Psalm.  :  «  Et  locouste  et 
haneton  Vindrent  sans  conte,  a  grant  foison  ». 

(2)  Comme  les  coups  que  se  portent  deux  vaches  qui  «  font  les  hures  «  ou  qui  «  se 
hurent  »  ;  voy.  ci-dessus. 

(3)  Comp.  l'espagnol  hura,  abcès,  enflure  à  la  tête. 


—  153  — 

A  côté  de  houri  «  frissonner  »  (p.  148),  il  existe  en  ardennais  un  autre 
verbe  intransitif  houri  (Malmedy,  Jalhay,  Sprimont,  Erezée),  hori 
(Stavelot)  «,  s'abriter  (contre  la  pluie)  »,  syn.  s'  mète  a  hourisse  (Erezée), 
a  houriche  (Cherain,  Houffalize),  a  ouriche  (Ortheuville),  a  oriche 
(Bande)  ;  dérivé  houriha  (Erezée),  s.  m.,  «  moyen  de  s'abriter  ou  d'abri- 
ter qqch  »,  syn.  abatou  «  appentis  ».  --  A  première  vue,  on  pense  à 
l'âne,  h.  ail.  scûra  (mod.  Scheuer),  qui  a  donné  le  w.  heure  t<  grange  »' 
et  G.,  I  305,  ne  manque  pas  d'invoquer  ce  type  germanique  pour  expli- 
quer le  liég.  si  horer  «  se  garer  »  (1).  Mais  îa  phonétique  ne  permet  pas 
de  confondre  heure  («grange»)  et  houri  :  à  Faymonville,  où  l'on  dit 
yœr  «  grange  »,  on  prononce  houri,  (et  non  youri)  ;  de  plus  h  est  caduc 
dans  certaines  formes  du  Sud  {ouriclie,  oriche).  Je  crois  donc  que  ce 
houri  est  formellement  identique  à  houri  «  frissonner  »  ;  il  a  seulement 
revêtu  une  acception  figurée  toute  différente  :  «  se  blottir  ou  s'adosser 
contre  une  haie,  un  buisson,  qui  forment  comme  une  hure  au-dessus 
de  la  tête  ».  Le  dérivé  hourisse,  -iche  répondrait  à  un  type  huris, 
fém.  -isse,  ou  serait  le  déverbal  de  hurir. 

C'est  aussi,  je  pense,  un  rejeton  de  hure  qu'il  faut  voir  dans  Tard. 
huron  (Forrières),  houron  (Laroche)  «  gros  glaçon  »  ou  mieux  «  gros 
cube  de  glace  »,  dont  le  sommet  fait  saillie  sur  l'eau.  On  lit  hurou  dans 
Jean  de  Stavelot  (*),  mais  ce  pourrait  être  une  erreur  pour  huron  (3). 
Quant  à  hèrô  (Huy),  hèrau,  hurau  (G.,  I  289),  hirô  (Méry-sur-Ourthe  ; 
Liège  :  Forir),  qui  a  le  même  sens,  on  pourrait  admettre  que  c'est  le 
même  mot  altéré  par  influence  de  hirî  «  déchirer  »  ;  mais  c'est  plutôt 
un  mot  différent,  dérivé  de  ce  hirî  et  signifiant  «  débâcle  »  (4),  qui  s'est 
substitué  dans  le  Nord  à  houron  «  bloc  de  glace  »,  alors  que  ce  dernier 
a  survécu  dans  le  Sud.   Il  convient  de  remarquer  que  l'initiale  de 

(*)  Si  horer  n'a  rien  de  commun  avec  notre  houri  ni  avec  le  germ.  scu  ra.  Il  s'agit 
d'un  emploi  figuré  de  horer  1.  creuser  au  moyen  d'une  hore  (m.  h.  ail.  schor,  pic), 
2.  drainer,  éliminer  les  eaux.  Comp.  sêwer  (exaquare)  et  si  sêwer  «s'esquiver». 
Sur  hore,  voy.  BD  1914-19,  p.  95. 

(2)  «  Et  quant  ilh  relingnat,  les  hurouz  des  glachons  furent  si  hisdeuzement  grans  - 
et  cressirent  si  grandement  les  aiwes,  qu'il  habatirent  le  pont  de  Gemeppe...  »  (éd. 
Borgnet,  p.  113). 

(3)  Comp.  honguete  (J.  de  Stavelot,  p.  190),  qu'il  faut  sûrement  lire  hougnete.  De 
même  wendiés  (id.,  p.  190)  =  iveudiés  (vidés),  comme  le  prouve  weudarent  (p.  191). 

(*)  A  Stavelot  hirô  signifie  «  rupture  de  la  glace,  débâcle  »  ;  hirôder  «  se  rompre  : 
lu  glace  hirôde  ;  c'è-st-on  bê  hirô  »  (BSW  44.,  p.  537).  J'ai  entendu  à  Méry-sur-Ourthe  : 
n-a  Vêwe  qui  hirôdêye.  «  A  présent,  me  disait  le  vieux  passeur  d'eau,  il  n'y  a  plus 
guère  de  hirôs  (gros  glaçons),  ils  se  brisent  contre  les  barrages  ».  Voyez  ci-après  les 
articles  sizin,  trèssèrin,  et  G.,  I  289,  où  Tordre  des  sens  doit  être  renversé. 


—  154  — 

houron  à  Laroche  ne  peut  s'expliquer  que  par  un  h  germanique  ;  sc- 
germanique  ou  latin  y  donnerait  ch  (voy.  l'article  horon). 

w.  horon 

D'après  les  dictionnaires  liégeois  (Cambresier,  Remacle,  Hubert, 
Forir,  Duvivier),  horon  signifie  «  madrier,  planche  épaisse  de  chêne  ». 
A  Malmedy,  Stavelot,  Trembleur,  Neuville-sous-Huy,  etc.,  on  entend 
par  là  une  «  dosse,  la  première  et  la  dernière  planche  d'un  tronc  qu'on 
refend  »  ;  tel  est  aussi  le  sens  que  j'ai  noté  près  de  Houff alizé  (1),  où  l'on 
prononce  choron.  Enfin,  d'autres  auteurs  (Lobet,  Body,  Rouveroy) 
donnent  les  deux  acceptions.  —  Pour  G.,  I  305,  horon  appartiendrait  à 
la  même  famille  que  le  terme  de  batellerie  hore  (=  fr.  écore,  de  l'anglo- 
saxon  score).  Sans  doute,  l'ancien  liégeois  xhorron  et  Tard,  choron  pos- 
tulent un  primitif  ayant  se-  à  l'initiale  ;  mais  la  suggestion  de  G.  paraît 
des  plus  contestables.  Je  préfère  invoquer  un  type  *ex-cor-onem, 
dérivé  du  lat.  cor  «  cœur  »,  à  l'aide  du  suffixe  diminutif  -on  (2).  Un 
horon,  c'est,  suivant  le  point  de  vue,  ou  bien  la  croûte,  la  partie  exté- 
rieure détachée  du  tronc,  de  façon  qu'il  reste  l'intérieur  ou^cœur  de 
l'arbre  (une  dosse),  ou  bien  une  partie  tirée  de  te  cœur  même  (un 
madrier).  Ainsi  s'expliquerait  l'hésitation  entre  les  deux  acceptions 
traditionnelles.- 

liég.  hotche,  hotchî 

G.,  I  300-1,  traite  séparément  hotche  «  cosse,  gousse  »  et  hotchî 
«  casser  net  ».  Plus  loin,  II  319,  il  refait  sur  hotche  un  article  plus 
nourri,  sans  aboutir  à  une  solution  satisfaisante  :  il  y  voit  le  fr.  (é)cosse, 
ce  qui  est  phonétiquement  impossible.  Pour  hotchî,  il  ne  donne  rien 
de  sûr  (3). 

(*)  À  Bonnerue  et  à  Buret.  La  première  planche  après  le  choron  s'appelle  H  vwèzine, 
puis  viennent  lès  plantches  de  milan.  —  À  Cherain,  on  prononce  aussi  choron  ;  à 
Laroche  horon. 

(2)  Pour  le  radical,  comp.  l'anc.  fr.  coral  «  cœur  de  chêne  »  ;  w.  corâ,  t.  de  houill. 
«  bois  de  renfort  placé  dans  certains  boisages  »  (à  Seraing  ;  cf.  Body,  Voc.  des  Char- 
rons, v°  âbon).  —  Pour  le  suffixe,  comp.  le  w.  et  anc.  fr.  coron  (bout),  dérivé  de 
l'anc.  fr.  cor,  corn,  w.  cwèr,  lat.  cornu  .  —  À  Halleux  (d'après  Body,  ibid.,  v°  horon), 
on  dit  horion,  avec  un  suffixe  -ion,  fr.  -illon  ;  voy.  ci-dessus  une  note  à  l'art,  cakèdô. 

(3)  Il  renvoie  au  fr.  escocher,  t.  de  boulanger,  «  battre  la  pâte  avec  la  paume  de 
la  main  pour  en  former  une  seule  masse  ».  Ce  mot  est  dans  Littié,  mais  je  n'en  trouve 
l'explication  nulle  part.  —  M.  Semertier,  Voc.  w.  du  boulanger  (BSW  34,  p.  268), 
attribue  par  erreur  au  w.  hotchî  le  sens  de  ce  fr.  escocher  ;  il  a  mal  compris  Grandga- 
gnage  ;  cette  acception  est  en  réalité  inconnue. 


—  155  — 

Dans  l'anc.  fr.  escouchier,  fr.  ècoucher  (1),  M.  A.  Thomas  a  reconnu  le 
lat.  *excuticare  (de  ex  et  de  cutica,  forme  allongée  de  cutis  «peau, 
écorce  »).  Ce  type  se  retrouve  dans  l'anc.  fr.  eskokier  «  briser,  rompre  » 
et  dans  le  picard  écoquer  «  casser  ».  Nous  allons  voir  qu'il  rend  aussi 
paifaitement  compte  du  liég.  hotchî. 

Le  sens  premier  «  décortiquer  »  subsiste  1°  dans  :  hotchî  dès  peûs, 
dès  fèves  «  écosser  des  pois,  des  fèves  »,  expression  que  nos  dictionnaires 
ne  connaissent  pas  (2),  mais  que  je  tiens  de  vieux  Liégeois  ;  2°  dans  : 
dji  w'  Vî  a  nin  hotchî  (3),  proprement  :  «  je  ne  le  lui  ai  pas  écossé,  je 
le  lui  ai  fait  manger  hotches  et  tôt  (avec  les  cosses)  »,  d'où,  au  figuré  : 
«  je  le  lui  ai  dit  sans  adoucissement,  sans  préparation  »  ;  comp.  le  fr. 
«  ne  point  mâcher  une  chose  à  qqn  ».  —  De  là,  le  déverbal  hotche,  f., 
«  cosse  (de  pois,  de  fèves)  »  ;  dans  le  Brabant  oriental  :  scotche  di  pzvès, 
di  fèves,  près  de  Jodoigne,  à  Ste-Marie-Geest,  Noduwez,  Marilles.  — 
De  là  aussi,  avec  le  suffixe  -ellum  :  -ia,  le  diminutif  hotcha  (Huy),  m., 
«  pois  mange-tout  »,  scotcha  (Namur),  «  1.  sorte  de  pois  ;  2.  gousse 
de  pois  »  (4). 

Par  analogie  avec  le  bris  de  la  cosse  que  les  doigts  font  éclater, 
hotchî  a  pris  le  sens  de  :  «  casser  net  (un  ém,  une  branche,  un  os,  etc.)  », 
puis  de  :  «  trancher  net  (la  fane  des  blés,  des  carottes,  des  bettera- 
ves, etc.  »  (5).  Cette  acception  dérivée  est  devenue  la  plus  fréquente  ; 
elle  a  supplanté  la  première  et  obscurci,  comme  nous  l'avons  vu  pour 
Grandgagnage,  l'origine  du  mot.  En  voici  quelques  exemples  :  lès  jjôtes 
sont  totès  hotchêyes  (Liers-lez- Liège)  «  les  épis  sont  tout  cassés  »  ;  hotchî 
on  bwès,  si  hotchî  Vohê  dèl  djambe  «  casser  net  un  bois,  se  fracturer  le 
tibia  »  ;  au  fig.  tôt  hotchî  «  tout  net,  recta,  brièvement  »  :  dji  Vî  a  dit  tôt 
hotchî  «  je  le  lui  ai  dit  sans  détour,  sans  ménagement  »  (6).  —  Souvent 

(1)  Ecoucher  le  lin,  le  chanvre  (=  w.  spindji),  c'est  frapper  la  filasse  avec  une 
baguette,  dite  écouche  (=  w.  spindje),  pour  en  faire  tomber  les  fragments  de  la  tige 
qui  y  sont  restés  adhérents.  —  Voy.  Thomas,  Mélanges,  p.  64  ;  Romania,  1910, 
p.  222  ;  Meyer-Lubke,  n°  2999. 

(2)  G.  et  Forir  ne  donnent  que  di(s)hotchî  «  écosser  ».  Comp.  le  nam.  splossî  ou 
displossî  (Pirsoul)  «  écosser  »  ;  le  fr.  plumer  ou  déplumer. 

("*)  Remacîe,  2e  éd.,  et  G.  ont  tort  d'expliquer  directement  par  :  «  mâcher,  sens 
figuré  dérivé  de  :  casser  net  ». 

(4)  G.,  II  349,  scocha  ;  Pirsoul  scotia. 

(5)  Lobet,  p.  247  :  «effaner...  effeuiller».  De  même  à  Stavelot:  hotchî  dès  rècènes ,  dès 
pétroles  «décolleter  des  carottes,  des  betteraves»  (BSW44,  p.  538;  BD  1910,  p.  12). 
Ce  sens  pourrait  aussi  bien  se  rattacher  plus  directement  à  celui  de  «  décortiquer  ». 

(6)  Cet  exemple  devient  ainsi  synonyme  de  :  dji  n'  Vî  a  nin  hotchî.  J'ai  entendu 
aussi  à  Liège  :  dji  u'  plaWrè  (ou  coVrè)  coula  tôt  hotchî  so  vosse  tèyeû  (assiette),  ce  qui 
pourrait  aussi  bien  s'expliquer  par  le  sens  propre. 


—  156  — 

intransitif  :  U  lame  de  coûté  a  hotchî  (éclaté)  comme  de  veûle  (Liège)  ; 
de  bwès  qu'est  sudjèf  a  hotchî,  de  hotchant  bwès  «  du  bois  qui  casse  faci- 
lement, qui  n'est  pas  coriant  (flexible)  ».  —  Enfin,  nous  rattacherons 
ici  le  nam.  scokèt  (Fosse-lez-Namur  :  BSW  52,  p.  158),  m.,  «  épi  brisé 
de  sa  tige  »,  scoketer  (ib.)  «  briser  »,  dont  le  k,  au  lieu  de  tch,  atteste 
l'influence  du  rouchi  ;  comp.  le  pic.  écoker  cité  ci-dessus. 

liég.  hotchèt,  fr.  techn.  hochet 

Le  liég.  hotchèt,  nam.  otchèt,  signifie  «  boule  de  menue  houille  pétrie 
avec  de  la  terre  glaise  ».  D'après  G.,  I  300,  ce  mot  «  vient  peut-être  de 
hotchî  (casser  net),  les  hotchets  étant  faits  de  houille  concassée  ».  On 
doit  écarter  cette  conjecture  pour  deux  raisons.  Nous  venons  de  voir 
que  l'aspirée  initiale  de  hotchî  représente  le  lat.  exe-  ;  loin  de  tomber 
en  namurois,  elle  y  deviendrait  se  ou  ch.  De  plus,  hotchèt  a  une  accep- 
tion moins  spéciale  que  G.  ne  le  jDense.  Ainsi,  le  malmédien  connaît 
hotchèt  cT  boûre  ou  d'ivièr  «  pelote  de  beurre,  de  neige  »,  à  côté  de 
hotchèt  a  broûler  «  motte  [de  charbon]  à  brûler  »  (x).  En  chestrolais, 
hotchèt  se  dit  d'un  «  tas  de  foin,  meulon  ou  veillote  »  (Dasnoy?  p.  159). 
A  Stave,  au  S.  de  Namur,  si  cwèfè  a  otchèt,  c'est  «  se  coiffer  eh  faisant 
un  toupet  bombé  sur  une  tempe  ».  Le  sens  général  est  donc  «  petite 
masse  arrondie .»  ;  il  a  subi  la  même  restriction  que  le  synonyme  clûte 
(Ver vi ers,  Malmedy  ;  du  néerl.  kluit  «  motte  »)  ;  voy.  l'article  bougnèt. 

Pour  expliquer  hotchèt,  il  suffit  d'en  rapprocher  hokèt  d'ansène,  qui 
désigne,  dans  le  Condroz,  le  petit  tas  de  fumier  déposé  sur  le  terrain  à 
fumer  (2),  ainsi  que  le  chestrolais  hokète  «  petite  butte,  éminence  isolée, 
motte  »  (Dasnoy,  p.  263).  Ce  groupe  se  rattache  au  moyen  h.  ail. 
hocker  «  bosse  »,  moyen  néerl.  hocke,  flam.  hok,  ail.  hocke  «  tas  de  foin 
ou  de  blé  dans  le  champ  »  (3).  Il  faut  tirer  de  la  même  source  le  nom  de 
lieu  (4)  et  de  famille  Hock  et  le  nom  du  village  Hockai  (=  hokê  ;  suff. 
-ellum),  qui  signifie  donc  «  petite  éminence  »  (5).  Quant  à  hotchèt,  il 
dérive  de  hok,  hocke,  comme  lotchèt  «  boucle  ou  mèche  de  cheveux  »  du 

(x)  Exemples  tirés  de  Villers  (1793),  qui  ajoute  :  «  (être)  corne  on  hotchèt  «gras  et 
dodu  ».  Forir  donne  aussi  en  liégeois  hotchèt  iV  trouje,  (F  hivèces  «  briquette  de  tourbe, 
de  tan  ». 

(z)  G.,  I  301  ;  Body,  Voc.  agr.  (BSW  20  ;  p.  97).  Voy.  ei-dessus  l'art,  gossé. 

(3)  Voy.  Weigand  hocke,  hocken,  hôckeii  ;  le  Supplément  de  Sebuernians  hok  ; 
Behrens,  pp.  135-0.  Comp.,  pour  le  sens,  le  nam.  bossale  «  tas  de  gerbes  de  pt-ille  » 
(Pirsoul),  diminutif  de  bosse.  Voy.  aussi  Hécart  iiocquet. 

(4)  Par  exemple  è  hok,  I.  d.  de  Neuville-en-Condroz. 

(5)  Counson,  Toponymie  de  Francorchamps  (BSW  46,  p.  225),  dérive  à  tort 
Hockai  du  germ.  haug. 


—  157  — 

néerl.  lok,  ail.  loche.  Pour  hokèt  à  côté  de  hotchèt,  comparez  le  liég. 
flqkèt,  flotchète  «  petit  nœud  de  rubans  »  ;  crokê  (Stavelot),  crotchèt 
(liég.)  «  crochet  »  ;  stokc  (liég.)  «  petite  souche  »,  stotchèt  (Faymonville) 
«  tige  [de  chou]  »  ;  pake,  pokète  (Liège,  Verviers,  Malmedy)  «  pustule  », 
potchèt  (ib.)  «  petit  tas  ». 

Le  fr.  techn.  hochet  —  différent  de  hochet  «  jouet  »  —  signifie,  d'après 
Littré  :  «  1°  sorte  de  bêche  usitée  dans  les  terrains  légers  ;  2°  forme 
dans  laquelle  on  moule  la  houille  ;  3°  (au  Supplément)  charbon  préparé 
avec  cette  espèce  de  moule  »  (l).  Littré  tire  ce  mot  de  hocher  «  secouer, 
remuer  ».  Il  a  peut-être  raison  pour  le  1°  que  nous  ne  connaissons  pas  ; 
mais  on  retrouve  dans  le  3°  notre  hotchèt,  francisé  à  Liège  même  en 
hochet  (de  charbon).  Le  2°  en  dérive  naturellement  (-).  Il  faut  donc 
renverser  l'ordre  indiqué  par  Littré  et  rejeter  son  étymologie  (3). 

liég.  hoûr.  anc.  fr.  heulle 

A  côté  du  liég.  hoûr,  nam.  oûr,  m.,  «  tréteau  de  scieur  de  long,  etc.  », 
dont  l'origine  n'a  rien  de  mystérieux  (4),  on  connaît  à  Liège  un  autre 
mot  hoûr,  m.,  «  dos  (d'un  couteau)  »,  que  l'on  n'a  pas  encore  éclairci 
jusqu'à  présent.  G.,  I  312,  le  rapproche  de  l 'anc.  fr.  hoole,  qui  a  le  même 
sens,  et  du  w.  hour'lê  «  talus  ».  Ce  dernier  n'a  rien  à  voir  ici  (5),  mais 
l'autre  indication  est  à  retenir.  Du  mot  ancien  français  nous  avons 
trois  formes  différentes  :  «  le  hule  d'un  coutel  »  dans  le  Ménagier  ;  «  le 
heulle  d'une  hache  »  en  1395  ;  «  le  hoole  d'un  coustel  »  en  1426  (6).  Ces 
textes  du  moyen  âge  doivent  avoir  mieux  gardé  le  type  primitif  que  le 
dialecte  moderne  ;  je  tiens  donc  hoûr  pour  une  altération  de  *hoûl  (7). 
Or  Schuermans  enregistre  le  flamand  hoesel,  m.,  «  dos  d'un  couteau»  (8), 
qui  serait,  d'après  lui,  le  même  mot  que  houdsel.  Aux  germanistes  de 
nous  dire  s'il  a  raison.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  flamand  hoesel  (prononcé 
hoûs'l)  rend  assez  bien  compte  de  l'anc.  fr.  hule,  etc.,  et,  partant,  du 
mot  liégeois. 

(1)  Voy.  aussi  le  Larousse  illustré.  Le  Dicl.  gén.  n'admet  pas  ce  groupe. 

(2)  Ce  sens  2°  n'est  pas  connu,  je  crois,  à  Liège.  D'après  Morand  (éd.  de  1780, 
IIe  partie,  §  502),  les  Liégeois  appellent  lunette  le  moule  à  hochets.  Je  n'ai,  pour  ma 
part,  jamais  entendu  que  le  terme  général  foûme  «  forme  ». 

(3)  Le  fr.  hocher  se  traduit  en  liégeois  par  hossi  (du  bas  ail.  hotzen)  ;  hocher  et  hossî 
n'ont  aucune  parenté  d'origine  ;  voy.  G.  hochè,  hosî  ;  Dict.  gén.  hocher. 

(*)  C'est  le  fr.  hourd,  d'origine  germanique  ;  voy.  le  Dicl.  général. 

(5)  Sur  houflê,  voy.  ci-dessus  p.  151. 

(6)  Voy.  Godefroy,  heulle.  Diez,  Kôrting,  Meyer-Lùbke  n'en  parlent  pas. 
(')  Comparez  pâhûle  (Liège)  =  pâhûre  (Huy)  «  paisible  ». 

( 8)  De  même  De  Bo  donne  hoesel,  oesel  (en  Flandre  française  hoezel,  oezel). 


—  158  — 

anc.  fr,  hovalon 

Godefroy  ne  peut  traduire  ce  mot  dans  le  texte  suivant  :  «  que  toutes 
les  compaignies  et  troupes  estrangeres  eussent  a  sortir,  tant  les  Espa- 
gnolz  que  Neapolitains,  lanquenetz  et  hovalons  »  (1594,  Journal 
(VOlier,  dans  le  Cab.  hist,  t.  xxvi,  lre  part.,  p.  156).  —  Il  faut  lire 
houalons  =  Wallons.  On  connaît  le  rôle  joué  par  les  gardes  wallonnes 
dans  les  guerres  des  xvie  et  xvne  siècles  :  c'était  un  corps  de  troupes 
des  armées  d'Espagne,  levé  dans  la  partie  wallonne  de  la  Flandre.  — ■ 
La  graphie  houa  (=  wa)  est  analogue  à  hui  (=  ivi)  dans  le  fr.  huile  et 
dans  l'anc.  fr.  huihot,  huigner,  huillebrequin.  De  même  aujourd'hui 
ou  =  w  dans  ouest,  ouate,  ouaiche. 
[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  567.] 

liég.  hoye,  fr.  houille 

Dans  sa  curieuse  Lettre  à  Ch.  Grandgagnage,  datée  du  13  juin  1856  (1), 
J.-H.  Bormans  regrette  l'oubli  du  liég.  hoye  dans  le  Dictionnaire  éty- 
mologique de  la  Langue  wallonne.  Lui-même  rapporte  ce  motrau  thiois 
schol,  scholle  (défini  par  Kilian  :  crusta  soli  vel  te^rrae)  et  compare  le 
liég.  hâye  «  ardoise  »,  qui  vient  de  schael  :  «  sehol  et  schael  sont  en  effet 
des  dérivés  du  verbe  schillen  ou  schellen,  peler,  écaler,  s'écailler,  etc., 
et  signifient  écaille,  éclat,  motte  de  terre,  schiste,  ardoise,  etc.  »  —  Tel 
est  aussi  l'avis  d'Atzler  (cité  par  Diez),  qui  rattache  houille  à  l'ail. 
scholle,  anc.  h.  ail.  skolla.  Sans  se  prononcer  ouvertement,  Diez  laisse 
entendre  que  cette  opinion  lui  paraît  fondée.  —  Enfin  Scheler,  DicU 
étym.  fr.,  propose  timidement  l'ail,  kohle  «  charbon  »,  tout  en  reconnais- 
sant que  «  scholle  expliquerait  l'expression  charbon  de  terre  en  houille 
dans  un  texte  de  1661  :  ce  serait  du  charbon  en  blocs  »  ;  il  cite  même, 
à  l'appui  de  cette  opinion,  la  forme  anglaise  secole  dans  Palsgrave, 
p.  260  (2). 

Bormans  rejette  délibérément  l'explication  par  le  thiois  kool,  ail. 
kohle,  pour  une  raison  de  phonétique  :  «  le  changement  du  k  initial 
d'un  mot  tudesque  en  h  wallon  est  peut-être  sans  exemple  ».  Et,  de 
fait,  j'ai  passé  en  revue  la  série  des  mots  wallons  commençant  par  k 
et  par  h,  et  je  n'ai  recueilli  qu'un  exemple  sans  grande  valeur  :  hikliose 
«  coqueluche  »  (Clermont-Thimister  ;  G.,  II  536),  du  néerl.  kinklioest, 

(^  Bail,  de  Vlnst.  archéol.  liég.,  t.  2,  p.  556. 

(2)  Dans  son  (Jloss.  des  Chroniques  de  Froissart,  Scheler  voulait  expliquer  houiller 
par  fouiller. 


—  159  — 

ail.  keichhusten  (1).  Quatre  cas,  qu'on  pourrait,  à  première  vue,  invoquer, 
à  savoir  cougnot  :  hougnot  ;  coulât  :  houlot  ;  corote  :  horote  ;  cotchèt  : 
hotchèt,  ne  doivent  pas  être  mis  en  cause  :  hougnot  «  quignon  »  n'est 
signalé  que  par  Simonon  (dans  G.,  II  537)  ;  c'est  une  altération  de 
cougnot,  gougnot  aV  pan  (Forir),  sous  l'influence  de  hougnot  :  houyot 
dont  nous  parlerons  tantôt  ;  de  même  le  malm.  hougnèt  a"  pan  (Villers, 
1  793)  ;  —  coulot  =  «  culot  »,  tandis  que  le  verv.  houlot  —-  «  *éculot  »  ;  — 
le  verv.  horote  est  un  diminutif  de  hore  (canal),  tandis  que  le  liég.  corote 
dérive  de  cori  (courir)  ou  provient,  du  croisement  de  horote  avec  cori  ;  — 
enfin  cotchèt  et  hotchèt  ont  sûrement  un  radical  différent  :  cotchèt  se 
rattache  peut-être  à  l'angl.  coke  ;  pour  hotchèt,  voy.  l'art,  ci-dessus.  — 
On  ne  peut  donc  s'appuyer  sur  ces  mots,  et  la  formule  «  germ.  k  =  h  à 
l'initiale  »  reste  encore  à  démontrer  pour  le  wallon  (2).  Au  surplus, 
nous  verrons  bientôt  que  le  sens  premier  de  hoye  n'a  pu  être  «  charbon  ». 

Au  point  de  vue  phonétique,  le  passage  de  l'anc.-h.-all.  skolla  au 
liég.  hoye  s'explique  aisément.  Le  se  initial,  latin  ou  germanique,  suivi 
d'une  voyelle,  devient  régulièrement  h  dans  les  mots  populaires  de  ce 
dialecte.  Pour  le  mouillement  de  l  et  pour  la  réduction  de  ly  à  y,  il 
suffit  de  comparer  le  traitement  du  lat.  pull  a,  qui  donne  liég.  poye, 
montois  pouye,  fr.  poule  ;  de  même  gwla  =  liég.  gueûye,  gueule  ; 
mtfla  =  liég.  meûye,  fr.  meule  ;  comparez  encore  ala  =  malm.  êye, 
liég.  éle,  fr.  aile  ;  tel  a  =  ard.  teûye,  liég.  teâle,  fr.  toile  ;  *stela  et 
stipula  =  ard.  steûye  (Wardin-lez-Houff alizé),  liég.  steûle,  fr.  étoile 
et  éteule.  On  voit  que,  pour  expliquer  ly  dans  houille,  il  n'est  pas 
nécessaire,  comme  fait  Diez,  de  supposer  (si  la  forme  française  est  de 
provenance  wallonne)  une  forme  anc.-h.-all.  *skolya. 

De  ce  côté,  donc,  nulle  difficulté.  Mais,  si  l'on  se  place  au  point  de 
vue  des  formes  différentes  que  doit  revêtir  un  mot  passant  d'un  dialecte 
à  l'autre,  une  objection  assez  grave  se  présente.  Ce  n'est  que  dans  la 
région  de  Liège  et  du  N.-E.  que  se  devient  h.  A  l'Ouest,  et  notamment 
en  namurois,  il  devient  eh  :  chame,  chaule,  chète,  chache,  chupe,  chover, 
choûter,  diurne,  churer,  chilète,  chou,  etc.  En  montois,  il  reste  se  :  skète, 
scar,  skite,  scou,  skièle,  scoupe,  etc.  En  français,  il  donne  éch,  éc  :  échasse, 
échelle,  écoupe,  écume,  écouter,  etc.  Cette  gamme  dialectale  s'observe 
par  exemple  au  complet  à  propos  du  liég.  hoye,  ardoise  :  ard.  chaye, 

(1)  La  forme  w.  peut  s'expliquer  par  l'influence  de  hikHer  (hoqueter),  par  dissi- 
milation,  ou  par  influence  assimilante  du  second  h. 

(2)  La  première  édition  de  cet  article  (BD  1907,  p.  125)  porte  à  cet  endroit  une 
discussion  de  textes,  qu'on  juge  inutile  de  reproduire  ici. 


—  160  — 

nam.  (par  exception)  et  mont,  scaye,  rouchi  et  franc,  école,  écaille.  Or, 
partout  en  Wallonie,  dans  son  rayonnement  au  Sud  et  à  l'Ouest,  le 
germ.  skolla  aurait  produit  la  forme  unique  hoye,  à  peine  nuancée 
en  houye  (à  Mons).  Comment  expliquer  cette  anomalie  ? 

D'abord,  il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  l'important  facteur  chrono- 
logique. La  loi  qui  a  présidé  aux  divers  changements  phonétiques  dont 
nous  venons  de  parler,  a  exercé  son  action  à  une  époque  reculée  et  a 
donné  naissance  aux  différents  phénomènes  simultanément  et  indépen- 
damment. Dans  les  temps  postérieurs,  en  tout  cas  au  xne  siècle,  cette 
loi  avait  cessé  d'agir,  de  sorte  qu'un  mot  a  pu  et  même  dû  passer  dès 
lors  sans  altération,  d'un  dialecte  dans  les  dialectes  voisins.  C'est, 
croyons-nous,  ce  qui  eut  lieu  pour  notre  mot.  Alors  que  haye  —  chaye  — 
scaye  —  escaille  étaient  nés  de  bonne  heure  et  en  même  temps  sur 
différents  points  du  Nord-roman,  hoye,  vers  l'an  1200,  passa  sans  chan- 
gement de  l'Est-wallon  à  l'Ouest  ;  la  forme  liégeoise  s'imposa  aux 
autres  dialectes  et,  par  suite,  au  français.  Diez  a  donc  raison  de  définir 
houille  :  lùtticher  Steinkohle...  gewiss  ein  uraltes  locales  Wort. 

Les  données  historiques  que  nous  possédons  sur  la  découverte  de  la 
houille  justifient-elles  cette  manière  de  voir  ?  Assurément,  puisque  le 
premier  texte  qui  en  fasse  mention  de  façon  péremptoire,  date  de 
1195  (x)  et  que  Liège  est  considéré  comme  le  berceau  de  l'industrie 
houillère  sur  le  continent.  «  On  ne  trouve  pas,  dit  M.  Gobert,  une  seule 
charte  antérieure  au  xme  siècle  dans  laquelle  le  charbon  de  terre 
serait  mentionné.  Après  une  étude  complète  de  tous  les  diplômes  et 
chartes  imprimés  connus,  concernant  notre  pays,  l'érudit  archiviste  de 
la  ville  de  Bruxelles,  M.  Alphonse  Wauters,  est  arrivé  aux  mêmes 
conclusions  que  nous  ». 

Ainsi  donc  —  pour  reprendre  l'expression  de  Diez  —  hoye  est  un 
«  très  ancien  mot  liégeois  ».  Et  voici  comme  j'expliquerais  son  évolu- 
tion sémantique.  Bien  avant  la  découverte  de  la  houille,  ce  terme 
existait  dans  cette  pointe  extrême  de  la  Wallonie,  avec  le  sens  général 

(*)  Hoc  anno  terra  nigra  ad  focum  faciendum  optimaper  Hasbaniam  in  multis  locis 
est  inventa  {Annales  Sancti  Jacobi  Leodiensis,  publiées  par  M.  J.  Alexandre,  pour  la 
Société  des  Bibliophiles,  p.  52).  Ce  texte  fameux  est  de  Reinier,  moine  de  St-Jacques, 
à  Liège.  Plus  loin,  en  1213,  il  parle  encore  de  la  découverte  de  cette  terra  nigra 
carbonum  simillima  quae  fabris  et  fabrilibus  et  pauperibus  ad  ignem  faciendum  est 
utilissima.  Il  est  à  noter  (pie  l'annaliste  désigne  par  deux  fois  la  houille  au  moyen 
d'une  périphrase.  —  Nous  empruntons  ces  textes  aux  Rues  de  Liège  de  Gobert, 
II  <>:',,  qui  a  fait  de  la  question  un  exposé  très  intéressant.  Voyez  ci-après  l'ar 
ticle  tèroûle. 


—  161  — 

de  «  petite  masse,  motte  »  (x).  On  disait  en  liégeois  des  hoyes  de 
glace,  de  pierre,  de  neige,  de  terre,  de  beurre,  etc.,  avant  de  dire  des 
hoyes  de  charbon.  Lorsque  le  charbon  de  terre  fut  découvert,  ce  dernier 
emploi,  devenu  le  plus  important,  fit  oublier  tous  les  autres  :  de  là,  des 
hoyes  (sans  complément)  ne  désigna  plus  que  «la  houille  en  mor- 
ceaux »  (2).  C'est  sous  cette  forme  et  avec  ce  sens  restreint  que  le  mot 
sortit,  vers  l'an  1200,  du  canton  où  il  avait  vécu  jusqu'alors,  pour 
voyager  —  avec  la  chose  —  vers  l'Ouest  et  le  Sud  et  faire  la  fortune  que 
l'on  sait  (3). 

A  l'appui  de  cette  thèse,  je  crois  que  l'étude  des  dérivés  —  où  le  sens 
générique  que  j'indique  plus  haut  s'est  nettement  conservé  —  fournira 
un  argument  de  sérieuse  valeur  et,  en  tout  cas,  inédit. 

1.  Parmi  ces  dérivés,  je  range  tout  d'abord  kouyot  (Liège,  Verviers  ; 
altéré  souvent  en  hougnot)  et  houyê  (Spa),  qui  signifient  «  pelote  (de 
neige),  motte  (de  beurre,  d'argile,  etc.)  ».  Grandgagnage,  I  308,  déclare 
tout  à  fait  inconnue  l'étymologie  de  houyot  et  du  v.  houyî,  jeter  des 
pelotes  de  neige.  —  Il  faut  y  voir  le  diminutif  (-ot,  -ê)  de  hoye,  au  sens 
originel  indiqué  ci-dessus  :  on  houyot  (V  nivaye,  c'est  une  pelote  de  neige, 
pressée  entre  les  mains  (4)  ;  on  houyot  oV  hoûre,  c'est  une  motte  de 
beurre.  G.  cite  la  jolie  expression  heure  a  houyots,  boire  à  tire-larigo,  à 
grandes  lampées,  comme  qui  dirait  «  par  blocs  ».  Entendu  aussi  : 
Vêwe  fêt  dès  houyots  «  l'eau  fait  des  vagues  ». 

(!)  On  dit  encore  à  Stavelot  dès  hoyes  du  hzvaces  «  des  mottes  ou  gâteaux  plats 
d'écorces  de  chêne  moulues  »  (BSW  5,  p.  377). 

(2)  Encore  aujourd'hui,  l'idée  de  pluralité  subsiste  dans  l'esprit  du  peuple. 
Le  w.  dira  :  brouter  tôt  plin  dès  hoyes  ;  i  va  vinde  dès  hoyes  so  lès  viyèdjes.  Dans  le 
vocabulaire  de  nos  bouilleurs,  hoye  signifie  :  1.  bloc  [de  charbon  fossile]  :  ine  grosse 
hoye,  ine  hoye  lî  a  sprâtchî  (écrasé)  V  pî  ;  on  mâva  cvrîfêt  dès  tro  petites  hoyes  ;  —  2.  par 
ext.,  charbon  fossile  :  dèl  prôpe  hoye  (syn.  vonne  «  veine  »),  dèl  crasse  hoye  (syn.  de 
crïïs  Ichâfèdje  ou  tchèrbon).  —  Les  marchands  ambulants  crient  dans  nos  rues  : 
as  houyes  !  C'est  le  seul  cas  où  l'on  rencontre  cette  prononciation  houye  en  liégeois.  — 
On  prononce  hoye  à  Verviers  comme  à  Liège,  alors  qu'au  liég.  foye,  poye,  coye, 
correspond  le  verv.  faye,  paye,  caye. 

(3)  En  français,  la  plus  ancienne  forme  que  cite  Godefroy  dans  son  Supplément, 
est  oille  en  1510  ;  à  remarquer  l'expression  oille  de  charbon,  en  1511.  On  trouve  ouille 
en  1665  :  la  suppression  de  la  forte  aspiration  wallonne  n'a  rien  que  de  régulier. 
Enfin  l'Académie  admit  houille  en  1718.  —  En  liégeois,  nous  trouvons  dès  1278  : 
«  lovrage  des  hulhes  d'une  pièce  de  terre  »  (cité  par  F.  Hénaux,  Ilouillerie  du  pays 
de  Liège,  p.  111)  ;  en  1295  :«  hidhes  ou  cherbons  »  (Chartes  de  St-Lambert,  n°  448), 
et  en  1340  :  «  ouvraige  de  huilhe  »  (ib.,  n°  630).  Voyez  Gober t,  Eaux  et  fontaines  à 
Liège,  p.  27. 

(')  Dans  ce  sens,  le  plus  fréquent,  on  supprime  d'ordinaire  le  déterminatif  : 
lès-èfants  s'  tapèt  dès  houyots. 


—  162  — 

2.  houyî.  I.  v.  tr.  et  réfl.  Assaillir  en  lançant  des  pelotes  de  neige  : 
houyî  ine  saquî  ;  lès  gamins-  djouwèt  a  s'  houyî.  Altéré  souvent  en  hougnî, 
ainsi  que  les  composés  kihouyî,  cahouyî  :  kihougnî,  cahougnî  «  assaillir 
à  coups  de  projectiles,  lapider  ».  —  Pour  la  forme  et  le  sens,  comparez 
le  fr.  motter  (un  berger  qui  motte  ses  brebis)  ;  lapider,  mitrailler,  etc. 

II.  v.  tr.  «  Herser  avec  la  herse  renversée  et  quelquefois  garnie 
d'épines.  On  houye  également  avec  une  traîne  d'épines,  sans  herse. 
Houyî  lès  prés  po  lès  fnètî  ;  houyî  lès  (leurs  grains  (Theux).  C'est  au 
printemps  qu'on  houye  les  gazons  et  les  céréales  d'hiver  »  (Rody,  Voc. 
des  agric).  De  même,  à  Fléron,  Trembleur.  Thimister,  houyî  signifie  : 
v.  éparpiller  le  fumier  dans  une  prairie  ».  —  Comp.  le  fr.  émotter  (un 
champ). 

III.  v.  tr.  Exploiter  (la  veine  de  charbon  fossile)  :  houyî  on  dressant, 
ine  plateûr  (une  veine  en  dressant,  en  plateur)  ;  in-ovrî  qui  houye  hin 
*'  tonne  (un  ouvrier  qui  «  houille  »  bien  sa  veine,  ce  qui  consiste  à 
détacher  le  charbon  en  gros  blocs  :  i  fêt  dès  grozès  hoyes)  ;  —  au  passif  : 
ine  vonne  qu'est  ma  houyêye;  ci  n'est  nin  houyî  devins  lès  condichons  ;  — 
v.  réfl.  :  ine  vonne  qui  s'  houye  bin  (qui  se  détache  par  blocs  sans  donner 
trop  de  menu)  ;  —  v.  intr.  ou  sans  compl.  :  houyî  al  vonne  ou  a  tèye 
(travailler  à  détacher  la  houille  dans  une  taille)  ;  houyî  al  pire  (enlever 
le  stérile  dans  une  veine  en  étreinte,  strince)  ;  vola  k'mint  qu'i  fât  houyî 
po-z-aveûr  dès  grozès  hoyes  ;  kimint  houye-t-on  chai  ?  (comment  va  la 
besogne  ici  ?).  —  Le  composé  dishouyî  «  déhouiller  »  existe  à  Fléron  : 
c'est  tôt  d'houyî,  il  n'y  a  plus  de  charbon  à  extraire. 

Conclusions  : 

Les  dérivés  houyot.  houye  et  houyî  (sens  I  et  II)  prouvent  que  hoye 
avait  primitivement  l'acception  de  «  fragment,  éclat,  morceau,  motte, 
bloc  »  et  confirment  1  étymologie  par  l'anc.  h.  ail.  skolla,  ail.  scholle, 
néerl.  schol.  Le  sens  III  de  houyî  est  postérieur  et  dérive  de  hoye  employé 
avec  la  signification  restreinte  de  «  charbon  fossile  ».  —  L'origine  du  fr. 
houille  (emprunté  du  dialecte  liégeois)  n'est  donc  pas  aussi  inconnue 
que  le  dit  prudemment  le  Dictionnaire  général. 

|BD  1907,  p.  123.  —  Meyer-Liibke,  n°  8005  a  (f;isc.  8,  paru  en  1914),  admet 
sans  restriction  que  l'anc.  h.  ail.  skolla  a  donné  le  w.  hoye,  d'où  le  fr.  houille 
(qui  a  donné  à  son  tour  l'esp.  huila  et  Je  port,  ulha).] 

av.  hroûler 

Le  liégeois  (?)  «  hrouler,  tamiser  »  est  donné  par  Bailleux  et  repris 
par  (i.,  I  .'510.  L'article  de  (i.,  malgré  sa  longueur,  est  des  plus  faibles. 
Notre  mot  est  rapproché  du  holl.  krullen,  qui  nous  aurait  ainsi  donné 


—  163  — 

deux  verbes  différents  :  croler  «  boucler,  friser  »  et  hrouler  !  —  Il  faut 
lire  hrouler,  qui  se  rattache  au  latin  cribrum,  devenu  criblum  (d'où 
le  fr.  crible)  et  représenté  en  wallon  par  croule  («  égrugeoir  »  :  Lobet 
ap.  G.,  II  516),  crûle  («  crible  »  :  Verviers,  Trembleur,  Jalhay,  Stavelot, 
Bra,  etc.),  crîle  («  crible  »  :  Villers-Ste-Gertrude,  Namur,  Houdeng)  (x). 
Le  verbe  crouler  (crûler,  crîler)  signifie  «  cribler,  tamiser  »  ;  d'où  le 
composé  hrouler,  proprement  «  faire  sortir  en  tamisant  »,  qui  répond 
au  type  latin  *excriblare  (*écribler)  ;  comparez  hrou  «  écru  »,  hlôre 
«  éclore  »,  etc. 

[Mélanges  Kurth,  II  (1908),  p.  321.  Remanié.  Cf.  Meyer-Lûbke  2322,  2324.] 

anc.  fr.  huricle 

Godefroy  a  cet  article  : 

huricle,  s.  f.,  sorte  de  plante  :  «  De  la  huricle  client  les  maistres  qu'on  la 
doit  mangier  pour  aler  a  chambre  (Liv.  de  fisiq.,  ms  Turin,  f°  10  r°). 

On  reconnaîtra  dans  ce  mot  le  moyen  néerl.  hederick,  herick  «  rapis- 

trum  arvorum  »  (Kilian),  qui  est  l'ail,  hederich  «  rave  sauvage,  faux 

raifort  ;   moutarde  sauvage,   erysimum   ;  lierre  terrestre,   etc.  ».   Des 

dialectes   flamands    (Brabant,    Limbourg)    connaissent    encore    herik, 

harik,  etc.,«  moutarde  sauvage,  velaret,  sénevé  »  (Schuermans,  De  Bo). 

Enfin  Ivramers  fait  de  herrik  le  synonyme  de  dolik,  ivraie.  —  Quant  à 

la  forme,  huricle  se  laisse  ramener  sans  peine  à  herik  :  la  protonique 

s'est  assourdie  en  u  et  un  /  parasite  s'est  ajouté  à  la  fin,  comme  dans 

Pane.  fr.  bouticle,  ?nusicle,  triade,  etc.  Voy.  ci-après  Part,  tîke,  anc.  liég. 

ticle. 

[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  568.] 

rouchi  juverne  (Mons) 

Le  Glossaire  wallon  de  Philibert  Delmotte,  écrit  en  1812  et  publié  à 
Mons  en  1907,  donne  sans  explication  l'article  suivant  : 

juverne  :  kevau  de  juverne.  Dans  un  attelage  de  chariot  où  les  chevaux  sont 
deux  à  deux,  c'est  celui  qui  est  à  la  droite  du  cheval  que  monte  le  conducteur 
et  que  les  Wallons  nomment  kevau  de  peniau. 

(*)  G.,  I  141,  dérive  à  tort  le  nam.  crîle  du  Iat.  cribellum.  —  Comp.  tribula> 
truie,  troûle  (truble)  ;  tribulare>  trûler,  troûler,  nam.  Irîler  (endetter)  ;  extribu- 
lare  >  strûler,  stroûler,  nam.  strîler  (endetter)  ;  nebula  >  mile,  nam.  nîle  (hostie, 
oublie)  ;  nebulata  >  liég.  nûlêye,  verv.  noûlêye  (nuage)  ;  affibulare  >  afûler 
(affubler).  —  A  Thimister-Clermont,  j'ai  noté  troûleû  «  crible  »,  qui  peut  venir  direc- 
tement de  troûler  «  émietter  »,  ou  être  altéré  de  *eroûleû  (*cribloir)  sous  l'influence 
de  troûler. 


—  164  — 

La  forme  juverne  est  due  à  une  erreur  d'analyse.  Il  faut  écrire  jus 
verne,  c'est-à-dire  «  en  bas  de  la  verne  ou  du  timon  ».  On  distingue  de 
même  à  Jeneffe  (Hesbaye)  li  dfvâ  d'à  pané  (le  cheval  de  gauche  qui 
porte  un  pané  «  panneau  »,  couverture  ou  selle  rustique)  et  li  dfvâ  di 
djus  mène;  à  Perwez  (Brabant),  le  tclifô  aV  pagna  et  celui  de  d'zos  vèdje, 
le  cheval  de  droite,  qui  se  trouve  au-delà  (=  au-dessous)  du  timon  par 
rapport  au  conducteur,  lequel  s'assied  toujours  sur  le  cheval  de  gauche  ; 
à  Wiers  (Hainaut,  arr.  de  Tournai)  :  këvô  d'  peniô  et  kevô  d'  vergue  ;  etc. 
Le  montois  jus  répond  au  liég.  djus.  Pour  le  sens  de  verne,  viène,  dans 
cette  expression,  voyez  l'article  vièrna. 
[BD  1907,  p.  122.] 

liég.  keûre,  mèskeûre 

Ces  verbes  n'ont  pas  de  correspondant  français  et  ne  sont  connus 
que  dans  la  province  de  Liège  et  au  pays  de  Malmedy.  Keûre  signifie  : 
«  voir  de  bon  gré  qu'un  autre  obtienne  un  avantage,  le  lui  souhaiter, 
l'en  féliciter  »  ,  en  ail.  :  «  gonnen  »,  en  fr.  du  cru  :  «  gréer  »,  qui  est  au 
fond  de  l'anc.  fr.  (voy.  G.,  v°  grèier).  Dji  tel  keû  bin,  sês-se,  frê  !  dit  un 
un  voisin  à  Tâtî  qui  vient  de  gagner  le  gros  lot  ;  dji  v'  keû  tôt  V  bin  de 
monde  «  je  vous  veux  tout  le  bien  possible  ».  Souvent  ironique  :  dji  lî 
keû  bin!  «  je  suis  charmé  de  sa  mésaventure,  c'est  pain  bénit  !  »  — 
Employé  négativement,  il  équivaut  à  mèskeûre  (mès-  =  lat.  minus), 
et  le  fr.  offre  ici  des  équivalents  plus  exacts  :  «envier,  donner  à  regret 
ou  chichement,  refuser,  reprocher,  plaindre  »  (ail.  misgônnen)  :  mi 
messe  ni  ni'  keût  nin  (ou  mi  mèskeût)  Vêive  qui  dj''  beû  «  mon  maître  me 
reproche  l'eau  que  je. bois  »  ;  i  s'  mèskeût  V  pan  qu'i  magne  «  il  pleure 
le  pain  qu'il  mange  »  ;  i  n'  si  mèskèyèt  rin  «  ils  ne  se  refusent  rien  »  ;  nos 
w'  mèskèyans  nin  nos  panes  «  nous  ne  plaignons  pas  notre  peine  ». 

Pour  G.,  T  105,  keûre  «  est  évidemment  le  même  mot  que  le  dial.  de 
la  Suisse  rom.  cordere  (souhaiter  cordialement  qqch  à  qqn),  lequel 
dérive  du  lat.  cor,  cordis  ».  Malgré  cette  conviction,  G.  ajoute  :  «  D'ailleurs 
on  pourrait  penser  à  l'ail,  kùren,  bas  saxon  koren,  holl.  keuren,  etc. 
(choisir,  approuver,  avoir  pour  agréable)  ».  —  Altenburg  critique  ces 
deux  propositions  et  imagine  une  variante  de  querre,  lat.  quaerere  (x).  — 
.M.  Georges  Uoutrepont,  trouvant  ces  étymologies  peu  heureuses,  réfute 
la  dernière  et  se  demande  si  un  verbe  *curere,  pour  curare,  ne  répon- 
drait pas  mieux  aux  données  du  parler  moderne  :  «  Il  conviendrait 
pour  le  sens  :  avoir  souci,  prendre  soin  de,  faire  des  vœux  pour.  On 

(')   Versuch  einer  Darstellutig  der  watt.  Mundart  (Eupen,  1882),  3e  partie,  p.  11,  n. 


—  165  — 

admettrait  alors  que  le  radical  tonique  heâ  s'est  adouci  à  l'atone  en  è  : 
kèyans,  hèya,  kèyou,  futur  keûrè  »  (1). 

Peu  satisfait  de  ces  diverses  conjectures,  qui  tendent  toutes,  même 
la  dernière,  à  établir  un  radical  keûr-  sans  expliquer  comment  r  du 
radical  aurait  disparu  de  la  conjugaison,  j'ai  naguère  (2)  cherché  à 
résoudre  la  question  en  partant  d'un  type  lat.  *  quêt^re  (rendre  coi, 
apaiser  ;  d'où  :  quitter,  abandonner  ;  d'où  :  accorder,  etc.).  Je  renonce 
aujourd'hui  à  cette  hypothèse  —  phonétiquement  correcte,  mais 
compliquée  et  soulevant  des  difficultés  de  sémantique.  Je  reconnais 
que  M.  J.-J.  Marichal,  qui,  dans  son  étude  sur  la  phonétique  de 
Weismes  (3),  donne  laconiquement  :  «  heure  =  lat.  cup^re  »,  a  vu  plus 
juste  que  ses  devanciers.  M.  Marchot  (4),  à  l'appui  de  cette  équation, 
allègue  l'anc.  fr.  covir  (<  *cupire),  qui  est  dans  le  Saint  Léger;  pour 
expliquer  la  conjugaison,  il  suppose  que  l'analogie  des  couples  creûre, 
creû  (credere,  -is,  -it),  veûr,  veâ  (5),  avec  heure,  heu,  a  produit,  sous 
l'influence  de  crèyans,  crèyou,  vèyans,  vèyou,  la  conjugaison  anormale 
kèyans,  kèyou  (au  lieu  de  *covans,  *covou).  —  Pareille  influence  est,  en 
effet,  des  plus  vraisemblables.  Une  modification  analogue  s'est  bien 
produite  pour  scrîre,  nos  scriyans  (au  lieu  de  *scrivans  ;  sans  doute  à 
l'instar  de  rire,  riyans).  Le  parallélisme  de  creûre-mèscreûre  avec  heûre- 
mèskeûre  a  dû  contribuer  également  à  rapprocher  la  conjugaison  des 
deux  verbes.  Enfin,  autre  preuve  que  ereûre  et  heure  marchent  de  pair, 
on  conjugue  en  Hesbaye  (Bergilers,  Oleye)  :  i  creûhèt,  i  mèskeûhèt 
(=  liég.  crèyèt,  mèskèyèt). 

En  somme,  la  question  peut  être  considérée  comme  résolue.  L'extrême 
N.-E.  wallon  aurait  donc  l'honneur  de  posséder  le  seul  représentant 
roman  du  latin  cupere  (6). 

i1)  Tableau  de  la  conjugaison  dans  le  w.  liégeois,  1892  (BSW  32,  p.  102).  —  Si 
l'auteur  parle  d'un  radical  keû-,  c'est  sans  doute  par  analogie  avec  heure  (dji  heû, 
nos  hoyans,  du  lat.  excutere)  ;  mais,  si  heure  venait  de  *cur?re  ,  le  rad.  verbal 
serait  keûr-  et  r  devrait  passer  à  toutes  les  formes  de  la  conjugaison,  comme  dans 
cori,  mort,  qwèri. 

(2)  Bull.  duDict.  zv.,  1911,  p.  104. 

(3)  Die  Mundarl  von  Gueuzaine-W eismes  (Bonn,  C.  Georgi,  1911),  p.  40. 

(4)  Zeitschriflf.franz.  Spr.  und  Litt.,  xxxix  (1912),  p.  246. 

(5)  Veûr  (voir)  est  la  forme  régulière  (cf.  G.,  I  4G1  ;  G.  Doutrepont,  l.  c,  p.  95)  ; 
mais  on  n'entend  guère  que  vèy,  vèyî,  veûy. 

(6)  Meyer-Lùbke,  n°  2403,  ne  cite  que  des  représentants  de  cup  i  r  e,  entre  autres 
le  provençal  cobir  «  gônnen  »  (syn.  du  w.  heure,  que  l'auteur  passe  sous  silence). 


—  166  — 

liég.  kich'tôn' 

Ce  terme  d'argot  liégeois,  qui  n'est  pas  dans  les  dictionnaires,  figure 
dans  la  comédie  de  Remouchamps,  Tâtî  V  pèriquî,  v.  1033  :  il  a  r\:â 
s'  kichHôri,  il  a  ravu  s'  lîvrèt  «  il  a  reçu  sa  punition,  on  l'a  congédié  »  (1). 
J'ai  entendu  à  Liège  les  phrases  suivantes  :  dji  lî  a  cVné  .v'  kichHôri  ou 
dji  Va  èvoyî  je  kichHôri1  «  je  lui  ai  donné  son  congé  »,  en  parlant  d'un 
ouvrier,  d'un  amoureux  ;  dji  lî  donrè  (s')  kichHôri  «  je  le  rosserai  »  ; 
Vas-st-avu  (f)  kichHôri  «  tu  as  été  rossé  »  ;  nos  frans  kichHôri  oûy 
après  V  dîner  «  nous  manquerons  aujourd'hui  après-midi  (à  l'atelier,  à 
l'école)  »,  diront  des  apprentis,  des  écoliers.  En  réponse  à  qui  réclame 
un  paiement,  kichHôri  !  a  le  sens  du  fr.  «  bernique,  sansonnet  !  »  Enfin, 
je  trouve  dans  une  pièce  manuscrite  :  i  fat  todi  qu'on  Vzî  (—  aux  Sœurs 
de  la  Charité)  djâse  de  bon  Diu  ;  sins  qwè,  c'est  bernique  jyo  V  kichHôn  ; 
cette  dernière  expression  est  synonyme  de  po  V  bètâle  «  pour  le  paie- 
ment »,  du  néerl.  betalen  «  payer  ». 

Les  deux  sens  principaux  :  «  punition  »  et  «  paiement  »  se  retrouvent 
dans  le  flam.  gestaan  (2),  qui  signifie  «  être  puni,  être  mal  arrangé  » 
(dans  :  er  gestaan  hebben  :  Schuermans)  et  a,ussi  «  payer,  satisfaire, 
s'acquitter  »  (De  Bo).  Le  flam.  staan  devient  clitôii  comme  dans  le  liég. 
canifichHôri  (ik  kan  niet  verstaan).  L'initiale  g  se  durcit  en  k,  comme 
dans  d'autres  mots  de  même  origine. 

w.  landon,  andon 

En  Picardie,  le  landon  est  un  fort  bâton  de  0m  80  de  longueur,  qui, 
suspendu  au  cou  des  vaches  en  pâture,  les  empêche  de  courir  ;  c'était 
aussi,  jadis,  le  billot  mis  en  travers  au  cou  des  chiens  pour  les  empêcher 
de  chasser  (3).  Dans  le  Hainaut,  c'est  la  volée,  pièce  de  bois  transversale 
attachée  au  bout  du  timon  pour  y  attacher  deux  chevaux  de  volée  ; 
à  chaque  bout  de  ce  landon  s'accroche  un  laniiau  ou  palonnier  (4).  Le 
mot  d'ailleurs  prend  souvent  une  acception  particulière  :  à  Wiers-lez- 
Pcruwelz,  par  exemple,  le  palonnier  à  deux  chevaux  s'appelle  bafniére 
(«  bâtonnière  »)  et  les  petits  palonniers  tèrvèrsiers  («  traversiers  »)  ; 
l'ensemble  y  constitue  le  landon. 

(x)  Voy.  le  commentaire  de  cette  pièce,  BSW  48,  p.  :J.'59. 

(2)  C'est  l'ail,  gcstehen,  luxemb.  gesclitûcn. 

(8)  Jouancoux  et  Devauchellc,  Gloss.  étym.  picard.  —  C'est  le  sens  du  w.  lamé, 
d'après  G.,  II  10. 

(*)  Delmotte  :  landon  ;  Sigarl  :  landon,  radie.  —  Epinglons  en  passant  les  défini- 
tions fantaisistes  de  Pirsoul,  Dict.  namurois  :  «  landon,  landau,  voiture  à  deux  che- 
vaux ;  lamia,  landau,  voiture  à  un  cheval,  landaulet  »  (!). 


—  167  — 

G.  n'enregistre  que  andan  (I  326  ;  sans  lieu  d'origine)  et  le  hesb.  ondon 
(II  529,  544),  synonyme  de  lame  :  «  grand  palonnier  auquel  sont  atta- 
chés les  petits  palonniers  ».  J'ai  recueilli  andon  à  Heure-en-Famenne 
et  à  Dorinne  («  grand  palonnier  »  ;  le  petit  s'appelle  lame  à  Heure, 
lamia  à  Dorinne),  ainsi  qu'à  Erezée  («  grand  palonnier  à  trois  chevaux  »); 
pour  deux  chevaux,  on  dit  lame  ;  pour  un  cheval  :  lamé  ou  cope).  — 
A  Marche-lez-Ecaussines,  au  contraire,  on  dit  lame  pour  trois  ou  quatre 
chevaux,  landon  pour  deux,  lamia  pour  un  seul  (1). 

On  voit  que  landon  et  lame  sont  au  fond  synonymes.  Sigart  allait 
jusqu'à  croire  que  landon  «  devrait  peut-être  s'écrire  lamedon  (!)  et 
serait  ainsi  une  variété  de  lame  »  ;  cela  se  passe  de  discussion.  Jouancoux 
et  Devauchelle  y  voient  le  diminutif  de  l'anc.  néerl.  laede  «  pieu, 
bâton  »  ;  mais  laede,  lade,  que  l'on  rattache  à  l'ail,  et  fr.  latte,  eût  donné 
*ladon.  Il  faut  rapprocher  landon  du  meusien  land(r)e  «  perche  ou 
traverse  servant  à  clôturer  une  propriété  »,  lequel  dérive  du  moyen 
h.  ail.  lander,  bavarois  lande  «  perche  »  (2).  Le  suffixe  -on  a  la  valeur 
diminutive.  Dans  andon  (ondon,  andan),  l  initial  est  tombé  parce  qu'on 
l'a  confondu  avec  l'article  (3). 

liég.  leûvrê,  anc.  liég.  leuve,  anc.  fr.  lovier 

Grandgagnage,  Duvivier  et  Body  signalent  le  liég.  leûvrê  «  petite 
lucarne  »  (4).  Le  premier  dérive  ce  mot  archaïque  de  leû  («  loup  »),  par 
l'intermédiaire  de  l'anc.  liég.  leuve,  s.  f.,  terme  de  couvreur  de  toits  (5). 
Là-dessus  Scheler  écrit  cette  note  :  «  Selon  moi,  leûvrê  est  le  diminutif 
de  l'anc.  fr.  hiver,  louer  (lucarne)  qui,  à  son  tour,  peut  dériver  d'un 
simple  luve,  love  ;  quant  à  ce  dernier,  on  peut  le  ramener  à  l'ail,  luke 
(lucarne,  écoutille)...  ».  —  Il  faut  écarter  cet  ail.  luke  non  moins  nette- 

(!)  BSW  55,  p.  380.  —  Voy.  ci-après  l'article  irèp'sin.  —  A  Ben-Ahin  lez-Huy  on 
distingue  li  k'mougna  (*commun-ellum  ;  cf.  G.  I  122)  ou  grond  lamia,  et  lès 
petits  lamias. 

(2)  Voy.  Weigand  GELâNDER  et,  ci-dessus,  Part.  glindis\ 

(3)  Ne  pas  confondre  cet  andon  avec  l'anc.  w.  andon  «  andain  »  (G.,  II  550),  qui 
existe  encore  à  Fosse-lez-Namur  et  qui  devient  landon  à  Mazy  et  à  Chastre-Villeroux  : 
on  a  dit  soyî  è  landons  (faucher  en  andains)  par  corruption  de  èn-andons. 

(4)  G.,  II  25  et  614  ;  cf.  aussi  p.  496,  v°  airage.  —  Duvivier  (dont  Forir  a  transcrit 
l'article)  définit  leûvrê  :  «  petite  lucarne  en  plomb  sur  le  toit  ».  Body,  Voc.  des 
Couvreurs,  ajoute  quelques  détails.  —  Un  glossaire  manuscrit  du  batelier  liégeois 
donne  aussi  leûvrê  «  fenêtre  de  cabine  ». 

(5)  On  ne  le  trouve  que  dans  le  Règlement  de  1561  du  Métier  des  Couvreurs  de 
Liège  :  «  pour  la  doublure  [=  couverture]  d'une  leuve,  [ce  sera]  à  la  disposition  du 
Mesureur  [des  toits],  ainsy  qu'il  les  trouverat  grandes  ou  petittes  », 


—  1G8  — 

ment  que  le  leû  de  Grandgagnage.  A  part  cela,  Scheler  a  vu  assez  juste. 
L'anc.  fr.  lovier,  lover,  luver  (lucarne  :  God.)  et  le  diminutif  liégeois 
leuvrê  sortent  de  la  même  souche  ;  et,  pour  moi,  c'est  la  même  que  celle 
qui  a  donné  l'italien  loggia  et  le  fr.  loge,  à  savoir  le  germ.  laubia  «  toit 
servant  d'abri,  galerie  ouverte  autour  de  l'étage  supérieur  d'une  mai- 
son, etc.  »  Parmi  les  représentants  de  ce  primitif,  on  distingue  le  moyen 
néerl.  love  (projectum  tectum  :  un  auvent  ;  néerl.  mod.  luif,  luifel), 
auquel  je  rattacherai  l'anc.  fr.  lovier.  L'anc.  liég.  leuve  reproduit  le 
bas  ail.  love  (à  Cologne  leuv  «  grenier  »,  fréquent  dans  les  documents 
des  xvie  et  xvne  siècles  ;  en  Westphalie  lôive  «  galerie  »,  etc.)  (1).  Bien 
qu'il  soit  difficile  de  préciser  le  sens  de  notre  leuve  d'après  le  texte 
unique  qui  nous  en  garde  le  souvenir  et  où  il  est  seulement  question  de 
grandes  et  de  petites  leuves,  il  s'agit  probablement  d'une  loge  ou  galerie 
extérieure  située  à  l'étage  (2). 

Meyer-Lùbke,  n°  5151,  a  deux  propositions  qui  sont  franchement 
inacceptables  :  1°  il  rattache  au  lat.  lucubrum  (crépuscule,  faible 
lueur)  le  liég.  loûr  «  sombre  »  ;  2°  il  se  demande  si  le  w.  leûvrê  n'en  est 
pas  dérivé.  Or  le  liég.  loûr  étymologiquement  ne  diffère,  pas  du  fr. 
lourd  (3)  :  un  ciel  lourd,  un  mal  lourd  =  qui  vous»  alourdit.  Pour  leûvrê, 
la  source  germanique  leuv  paraît  bien  assurée. 

liég.  lifer 

Duvivier,  Rouveroy  et  Forir  donnent  le  participe  lifé  «  lisse,  poli, 
uni  »  :  vos  dfvès  sont  bin  lijés  (Duv.)  «  vos  cheveux  sont  bien  lisses  ». 
Le  mot  manque  dans  Remacle,  Lobet,  Hubert.  Je  ne  l'ai  jamais  entendu 
à  Liège  ni  ailleurs  ;  mais  il  figure  dans  des  pasquilles  liégeoises  inédites 
du  xvine  siècle  :  1°  au  propre,  en  parlant  de  chats,  qui  sont  bien  soignés, 
bin  fièstîs,  bin  lifés,  bin  jahîs  (1743,  Pasquèye  M.  J.  Pondant,  v.  663)  ; 
2°  au  fig.,  en  parlant  du  caractère  de  certains  hommes  souples  et  obsé- 
quieux (1735,  Pasquèye  du  jour  des  Rois,  v.  99)  : 

Rin  d' pus  poli,  rin  d' pus  lifé  : 
On-z-è  f'reût  dès  nâlîs  d'  sole  (4). 

(!)  Voy.  notamment  le  Wôrt.  (1er  Eupener  Spr.,  p.  109  ;  Blumschein,  Aus  dem 
Worischatzc  (1er  Kolner  Mundart  (Coin,  1904),  p.  19  ;  Franck-van  Wyk,  luifel  ;  etc. 
—  Le  Sam.  luwer  désigne  une  «  fenêtre  au  haut  d'une  porte  »  (De  13o).  Serait-ce  le 
même  mot  que  l'anc.  fr.  lovier,  luver  ? 

(2)  Voyez  aussi  dans  Godefroy  l'anc.  fr.  hic  «  galerie  »,  qui  vient  sans  doute  d'une 
forme  lodia  «  portique  »,  donnée  par  Du  Cange. 

(3)  Il  n'en  diffère  qu'au  féminin  qui,  en  liégeois,  sonne  comme  le  masculin  :  ine 
loùr  sîze,  nuf,  djint,  au  lieu  de  faire  régulièrement  loûde  comme  en  verviétois. 

(4)  «  On  en  ferait  des  cordons  de  soulier  ». 


—  169  — 

G..  II  25,  donne  l'infinitif  lifer  «  polir,  lisser  »,  pour  lequel  il  invoque 
le  languedocien  lifre  «  potelé,  dodu,  beau  »  et  le  lat.  lêvis  ;  mais  il  est 
hors  de  doute  que  lifer  dérive  du  moyen  h.  ail.  slîfen  (aiguiser,  polir 
en  frottant  ;  ail.  mod.  schleifen).  La  voyelle  tonique  î  devient  proto- 
nique  comme  dans  :  stntchî  (étriquer),  du  moyen  h.  ail.  strîchen,  mod. 
streichen  ;  malm.  river  (râper),  du  bas  ail.  (iv)rîven,  ail.  reiben  ;  etc.  (x). 
Pour  la  réduction  du  groupe  initial  si  à  Z,  voy.  lotia,  et  comparez  le  liég. 
lâker  «  détendre  (par  ex.  une  corde  tendue),  cesser  (par  ex.  de  pleuvoir)  », 
qui  vient  du  moyen  néerl.  et  moyen  bas  ail.  slâken,  même  signification. 

rouchi  linche,  linse 

A  Mons,  linche,  terme  du  jeu  de  courtau  (2),  désigne  le  lieu  où  on  se 
place  pour  commencer  la  partie.  Sigart  compare  l'allemand  lirih, 
gauche  (!).  Plus  prudent,  Hécart  ne  hasarde  aucune  conjecture  ;  il 
définit  simplement  linee,  «  terme  du  jeu  de  bonque  (3),  au  moyen  duquel 
celui  qui  l'a  prononcé  peut  recommencer  un  coup  qu'il  a  manqué...  Si 
le  joueur  dit  linee  du  pas..., c'est  pour  pouvoir  se  placer  à  l'endroit  où 
le  jeu  a  commencé  ».  De  même  lincse  ou  a  lincse  (à  Wiers),  d-aler  al  lise 
ou  a  lise  (à  Nivelles).  A  Braine-l'Alleud,  quand  un  joueur,  placé  sur  la 
ligne  servant  de  pas  (linee),  touche  violemment  la  bille  d'un  adversaire, 
on  dit  qu'il  la  pète  d'à  linee.  L'abbé  Renard,  dans  ses  épopées  nivel- 
loises,  emploie  l'expression  métaphoriquement  :  peter  d'à  linee,  répondre 
finement,  en  touchant  juste  ;  dji  pète  èl  vers  d'à  linee,  je  réussis  le  vers, 
je  rime  facilement  (4).  Enfin,  à  Court-St-Etienne  (Brabant),  des  arbres 
plantés  en  ligne  droite  sont  dits  plantés  d'à  léze.  -  -  Il  me  paraît  hors 
de  doute  que  ce  mot  est  emprunté  du  néerl.  lijst  (ail.  leiste)  «  bande, 
lisière,  bord,  cadre  ».  Le  sens  convient  parfaitement.  Quant  à  la  forme, 
on  sait  que  nos  dialectes  de  l'Ouest  nasalisent  fréquemment  è  ou  i 
tonique  ;  par  exemple  le  montois  grinque,  cerise  aigrelette,  vient  comme 
le  fr.  crèque  du  néerl.  kriek,  ail.  krieehe  ;  princheû,  qui,  à  Mons,  désigne 
le  hanneton,  signifie  proprement  le  «  prêcheur  »  ;  i  prinche,  il  prêche,  etc. 

nam.  lotia 

G.,  II  37,  est  seul  à  signaler  ce  mot  namurois.  11  lui  attribue  deux 

(*)  Voy.  ci-après  les  art.  mirou,  piroa,  strifler. 

(2)  Ou  courlîau,  bille  de  terre  cuite,  proprement.  «  petit  objet  qui  court  »  ;  de 
cour-t-eau,  dérivé  de  courir  (Behrens,  Beitràge,  p.  62). 

(3)  Bille  de  terre  ou  de  pierre  ;  emprunté  du  néerl.  bonk,  os,  dont  le  diminutif 
boncket,  osselet,  a  donné  le  montois  bouquette,  bouqui.au  (Behrens,   Beitràge,  p.  45). 

(4)  Jean  d'  Nivelles,  3e  éd.,  p.  211  ;  VArgayon,  p.  113. 


—  170  — 

sens  :  «  1.  arbre  auquel  on  a  recoupé  la  tête  pour  servir  de  borne  dans 
un  bois  :  2.  petit  fossé  creusé  pour  empêcher  le  passage  sur  une  terre  ». 
Il  décide  —  on  ne  sait  d'après  quels  arguments  —  que  la  signification 
première  est  «  arbre  ébranché  »,  ce  qui  lui  permet  de  rattacher  ce  mot 
au  néerl.  loot  «  rejeton,  scion,  marcotte  ».  «  La  seconde  acception, 
ajoute-t-il,  doit  s'expliquer  par  ceci,  que  l'on  aura  fait  abstraction  de 
ce  qu'un  lotia  était  un  arbre  pour  ne  le  considérer  que  sous  le  rapport 
de  son  usage  comme  borne  ». 

Personnellement,  je  n'ai  relevé  que  le  sens  2  de  lotia.  Près  de  la  fron- 
tière flamande,  à  Ste-Marie-Geest  lez-Jodoigne  (Brabant),  on  appelle 
ainsi  un  petit  fossé  de  0m  50  de  profondeur,  que  l'on  creuse  au-devant 
de  la  trawéye  (trouée  ou  brèche  faite  au  flanc  d'un  talus  pour  permettre 
aux  attelages  de  monter  sur  un  champ  plus  élevé  que  la  route)  ;  le 
cultivateur  qui  a  fini  de  se  servir  de  sa  trawéye,  y  pratique  un  lotia  de 
peur  que  d'autres  ne  passent  par  le  même  chemin  avec  leurs  bêtes  ou 
leurs  attelages  (1).  Il  me  paraît  infiniment  probable  que  ce  lotia  est  un 
diminutif  en  -ellum  du  néerl.  sloot  «  fossé  »  (2).  Si  le  sens  1  de  Grancl- 
gagnage  existe  réellement,  on  peut  à  la  rigueur  en  faire  un  .article  à 
part  et  invoquer  le  néerl.  loot  «  rejeton  »  (il  y  a  pourtant  belle  différence 
entre  un  «  petit  rejeton  »  et  un  arbre,  même  ébranché)  ;  on  peut  aussi 
y  voir  une  acception  dérivée  de  lotia  «  fossé  »  :  la  filiation  des  sens  serait» 
dans  ce  cas,  l'inverse  de  ce  que  présume  notre  auteur. 

w.  loton,  lôton   roton;  anc.  fr.  louton,  roton. 

G.,  II  38,  donne  le  namurois  loton  «  solive  qui  soutient  le  plancher  » 
et,  II  616,  l'anc.  nam.  lotener  «  traîner  des  solives,  des  merrains,  des 
troncs  d'arbres,  etc.,  ou  bien  [plutôt]  se  servir  de  solives,  de  rouleaux, 
pour  déplacer  et  pousser  de  grosses  pièces  de  bois  ».  Pour  tout  essai 
d'explication,  il  suppose  que  loton  est  de  la  même  famille  que  le  nam. 
lotia  et  compare  l'anc.  flam.  loote,  holl.  loot,  lot  «  rejeton,  scion,  mar- 
cotte ».  On  ne  peut  souscrire  à  ces  propositions  :  comment,  en  effet, 
passer  du  sens  de  «  petit  scion  »  à  celui  de  «  solive  »  ?  Au  surplus, 
voyez  ci-dessus  l'article  lotia. 

Avant  de  proposer  autre  chose,  il  convient  de  compléter  les  données 
sommaires  ae  G.,  qui  ne  connaît  notre  mot  que  par  le  namurois. 

(*)  La  trawéye  s'appelle  ailleurs  frète  (lat.  fracta)  ;  voy.  BSW  50,  p.  397. 

(2)  Le  néerl.  sloot  «  fossé  »  se  rattache  à  sluiten  «  fermer  »  ;  le  sens  primitif  est  : 
«  fossé  poui  séparer  des  pièces  de  terre  »  (Franck-van  Wyk).  —  Le  groupe  initial  si 
se  réduit  normalement  à  /  en  wallon  ;  voy.  lifer.  Pour  d  protonique  =  néerl.  oo, 
comp.  clolèt  «  boule  »  (BD  1910,  p.  22),  dérivé  du  néerl.  kloot,  kluit  «  motte  ». 


—  171  — 

On  lit  dans  les  archives  de  Seraing-sur-Meuse  (10  avril  1820  :  admin. 
des  Eaux  et  Forêts)  :  «  obtenir  dans  la  coupe  ordinaire  1820  du  bois  de 
la  Vecquée  80  bois  dits  lôtons  pour  la  réparation  du  chemin...  »  (Com- 
munication de  M.  Nicolas  Pirson). 

Près  de  Malmedy,  à  Faymonville,  on  connaît  encore  lôton  «  solive 
qui  soutient  le  plancher  »  (BSW  50,  p.  577).  Nous  en  rapprocherons 
,ç'  kèlôtiner  (ib.,  p.  575)  «  se  traîner,  fainéanter  »  ;  c'est,  avec  un  préfixe 
intensif,  le  nam.  lotener,  au  sens  figuré  de  «  déplacer  péniblement  ». 
Nous  verrons  aussi  un  emploi  métaphorique  dans  le  malm.  lôton,  que 
Villers  (1793)  définit  :  «  homme  bonasse,  de  bonne  pâte,  cordial,  franc 
cœur  ».  Comparez  ci-dessus  l'article  canepin. 

Au  Nord  de  la  Semois  française,  M.  Ch.Bruneau  a  relevé  loton  «pièce 
de  bois  suspendue  au  cou  des  vaches  »  (Enquête,  I  323). 

Un  texte  français  de  1532,  publié  dans  Romania,  xxxiii,  p.  560, 
parle  d'un  «  corps  de  louton  de  la  longueur  d'environ  deux  pieds  ». 
Behrens,  Beitràge,  p.  157,  se  demande  si  c'est  le  même  mot  que  le  nam. 
loton.  Cela  ne  paraît  pas  douteux. 

Enfin,  à  ces  trois  formes  loton,  lôton.  louton.  il  faut  joindre  la  suivante  : 

Godefroy  :  roton,  m.,  poutre  :  «pour  une  estake  et  un  roton,  pour  justichier 
d'ardoir  »  (1373,  Compt.,  Areh.  mun.  Valeneiennes). 

Brixhe,  Essai  d'un  répertoire...  en  matière  de  mines  (Liège,  1833),  II  515  : 
rotton,  m.,  pièce  de  bois  non  équarrie  qui  se  pose  en  travers  du  sol  d'une  voie 
de  roulage  [dans  la  mine].  Les  rotions  sont  ainsi  placés  à  la  distance  d'un  demi- 
pied  l'un  de  l'autre  pour  faciliter  le  traînage  (1). 

Que  loton,  =  roton.  cela  ne  paraît  guère  contestable.  Dès  lors,  on 
tiendra  pour  primitive  la  forme  roton.  attestée  en  1373.  Le  changement 
de  r  initial  en  l  est  inconnu  en  français,  mais  assez  commun  en  wallon  (2). 
Nous  pouvons  en  inférer  que  loton  a  passé  du  Nord  au  Sud,  et  que, 
partant,  il  est  d'origine  germanique.  On  doit,  je  pense,  s'adresser  au 
moyen  h.  ail.  ruote  (ail.  ruté)  «  verge  ou  vergue,  perche,  barre,  rou- 
leau »,  qui  convient  pour  le  sens  non  moins  que  pour  la  lettre. 

(x)  Même  définition  dans  Bormans,  Gloss.  des  bouilleurs  liégeois,  qui  donne  roton 
comme  hors  d'usage.  On  se  sert  aujourd'hui  de  rails  appuyés  sur  des  soûs  (V  guides 
(seuils  de  rails).  —  A  n'envisager  que  l'article  de  Brixhe,  on  pensera  naturellement 
à  un  diminutif  en  -on  de  rote  «  route  »  (comp.  rôtis',  t.  de  houill.);  mais  le  texte  de 
1373  et  la  forme  lôton  s'opposent  à  cette  dérivation. 

(2)  Comp.  rapurer  :  lapurer  (BSW  40,  p.  447)  ;  râye-lrêts  :  Mye-trêts  (Ben-Ahin)  ; 
ruhin  :  luhin  (voy.  ci-après  l'art,  rouhin)  ;  etc. 


—  172  — 
w.  louwète  (Verviers),  rouchi  loète  (Maubeuge) 

Un  réceptaire  du  pays  de  Hervé,  datant  de  1775  et  publié  dans 
Wallonia,  t.  x  (Liège,  1902),  présente  cinq  fois  le  mot  fouette  (pp.  144-6  : 
une  louette  de  fort  poivre,  33  louettes  de  sel  ;  etc.).  L'éditeur,  ne  com- 
prenant pas  ce  terme,  le  corrige  hardiment  en  locette,  avec  cette  note  : 
«  cuillère  de  bois  à  long  manche,  diminutif  de  loce,  louche  ».  Il  suffit 
pourtant  d'ouvrir  le  dictionnaire  wallon  du  verviétois  Lobet,  à  l'article 
louivett  (reproduit  par  G.,  II  540),  pour  trouver  cette  définition  :  «  maille, 
64e  partie  de  la  livre  de  16  onces,  ou  un  quart  d'once  ».  Il  s'agit  donc 
d'un  petit  poids  ancien,  valant  7  grammes  65.  Quant  à  l'étymologie,  il 
paraît  naturel  de  voir  dans  louwète  un  diminutif  du  moyen  bas  ail.  lot, 
Iode  «  plomb  ;  poids  de  plomb  d'une  demi-once  »  (néerl.  lood,  ail.  lot), 
que  Kluge  ramène  à  un  prototype  germanique  *lauda  (1).  —  Pour  la 
protonique  du  mot  wallon,  comparez  le  w.  pazoène  (  =  *poutvène,  dérivé 
de  l'anc.  fr.  poue,  germ.  *pauta  ;  voy.  ci-après  l'article  pawène)  et  le 
w.  touxvê  :  fr.  tuyau,  diminutif  de  l'anc.  néerl.  *tûda  (néerl.  tuit). 

Je  suis  fort  tenté  d'attribuer  la  même  origine  à  un  terme  rouchi, 
inexpliqué  jusqu'ici.  A  Maubeuge,  loète  signifie  :  «  un  rien,  un  peu  : 
donnez-m'en  une  loète  »  (2).  Le  sens  précis  s'étant  perdu,  le  mot  aura 
survécu  avec  l'acception  vague  de  «  quantité  minime  »  ;  comp.  liard, 
maille.  Quant  à'ia  forme,  elle  ne  fait,  je  crois,  aucune  difficulté. 

liég.  lûrê  ,  anc.  fr.  lureau  ;  fr.  luron 

G.,  II  43  et  525,  signale  le  liégeois  lûrê  qui,  d'après  Simonon,  n'est 
employé  que  dans  l'expression  fâlûrê  (=  fâs  lûrê)  «  homme  faux  »  ;  à 
Malmedy,  d'après  Villers  (1793),  fâleûrê  «  homme  dissimulé,  hypo- 
crite ».  —  Pour  toute  explication,  G.  renvoie  au  liég.  lurer  «  leurrer  »  ; 
mais  la  quantité  différente  de  la  protonique  (lûrê,  lurer)  fait  difficulté  (3). 
De  plus,  Villers  a  lurer  à  côté  de  fâleûrê.  Enfin,  on  ne  peut  séparer  le  w. 
lûrê  del'anc.  fr.  lureau,.que  Ch.  Nisard  définit  comme  suit  :  «  un  bon  com- 
pagnon, qui...  vivait  de  repues  franches,  trompait  les  femmes,  volait  les 
marchands,  un  fripon,  maître  dans  l'art  de  la  pince  et  du  croc  »  (4). 

(*)  Le  germ.  loi  a  pusse  en  malmédien  archaïque  sous  la  forme  loâte,  s.  f.,  «  une 
demi-once  »  (Villers,  1793  ;  encore  aujourd'hui  à  Faymonville,  BSW  50,  p.  577). 

(-)  Vocab.  maubeugeois  (Maubeuge,  1889).  D'après  Hécart,  locle,  lohéte  ou  loicle 
signifie,  dans  la  même  localité  :  «  petite  quantité  qui  se  donne  en  sus  de  la  mesure  ». 
Voy.  ci-après  l'article  rawète. 

(3)  Forir  seul  écrit  lûrer  «  leurrer  »  ;  lurer  a  pour  lui  Villers,  Cambresier,  Lobet, 
Duvivier,  Rouvcroy,  (Jrandgagnage. 

(4)  Ch.  Nisard,  Curiosités  de  Vétym.fr.,  p.  78  ;  cité  par  God.,  lureau. 


—  173   — 

Il  faut  y  voir  le  diminutif  du  moyen-haut-all.  lûre  (ail.  mod.  lauer) 
«  homme  rusé,  sournois  »,  lûren  (ail.  lauern,  néerl.  loeren)  «  guetter, 
épier  ».  Pour  le  traitement  phonétique,  on  peut  comparer  le  moyen 
haut  ail.  bûr  «  maison  »  (ail.  bauer  »  cage,  volière  »).  d'où  provient  ie 
diminutif  anc.  liég.  burùn,  anc.  fr.  buiron,  baron  «  cabane,  chau- 
mière »  (1).  —  Le  pléonasme  jâs  lûrê  s'explique  aussi  naturellement 
que  fâs  D  judas,  jâs  Pilâte,  jâs  Gadèlon  {==  Ganelon). 

Le  Dict.  général  tient  pour  inconnue  l'origine  du  fr.  luron.  Scheler, 
entre  autres  conjectures,  cite  l'ail,  lauer  (anc.  lûr),  qui  paraît  en  effet 
l'hypothèse  la  plus  plausible.  Entre  lureau  et  luron,  la  différence  des 
significations  est  aussi  légère  que  celle  des  suffixes. 
[BD  1920,  p.  12.] 

rouchi  magnon  (Harmignies) 

Dans  le  Bull,  du  Dict.  w.,  1912,  p.  59,  on  signale,  à  Harmignies-lez- 
Mons,  l'expression  obscure  :  je  ma  gnon  parmi  djakète  «  marcher  de  telle 
sorte  que  le  pied  droit  blesse  la  cheville  gauche  et  le  pied  gauche  la 
cheville  droite  »  (2).  La  locution  correspondante  employée  à  Bourlers- 
lez-Chimay  explique  la  précédente  :  taper  Mayon  parmi  Djakète 
«  s'écorcher  les  chevilles,  forger,  en  parlant  des  chevaux  ».  De  même  à 
Wiers  lez-Tournai  :  taper  Jean  contre  Jène.  On  a  donné  plaisamment 
aux  jambes  des  noms  de  personnes  :  Jean,  Jeanne.  Jacquette,  Marion 
ou  Mayon,  d'où  Magnon  par  épaississement  de  y  en  gn  (3). 

w.  manote.  manoque 

G.,  II  541,  a  cet  article  :  «  3.  manète  (petite  nef  ou  nef  latérale  d'une 
église  ;  en  nam.  asente  [lire  acinte])  ».  Le  mot  venant  après  manoiî, 
la  graphie  manète  est  sûrement  une  erreur  pour  manote.  Le  chiffre  3 
qui  précède  ne  peut  servir  d'indication  ;  il  faut  le  supprimer  ou  le 
corriger  en  2  :  un  premier  article  manote  (menotte)  se  trouve  en  effet 
p.  77.  —  M.  J.  Peuteman,  Promenade  à  Soiron,  pp.  109  et  111  (Verviers, 
1902),  cite  ces  textes  d'archives  manuscrites  :  «  le  pavé  de  la  nef  et  des 

(*)  L'anc.  liég.  baron  se  rencontre  en  1620  (vos  maisons,  vos  barons  :  BSW,  t.  I, 
p.  139)  et  en  1634  {nos  grègnes,  nos  motions,  nos  barons  ;  B.  et  D.,  Choix,  p.  106)  ;  la 
graphie  baron  est  sans  doute  préférable.  —  Voy.  ci-dessus  l'article  beûr. 

(2)  Dans  le  Haut-Maine  (France),  on  dit  cousiner  dans  le  même  sens.  En  fr.  fami- 
lier :  battre  le  briquet  (voy.  Dict.  gén.,  briquet)  ;  en  liégeois  :  bâte  (ou  fé)  de  feû.  On 
dit  aussi  à  Liège  :  ses pîds  s' frotèt  Vorèye,  ou  encore  :  ses  pîds  s'apicèt  po  V  bctcti. 

(3)  Voy.  bongnou,  crâmignon,  dognon,  etc. 


—  174  — 

deux  manottes  »  (1726)  ;  «  dans  les  manottes  de  l'église  »  (1727).  L'éditeur 
traduit  en  note  :  «  nefs  latérales  v.  —  D'autre  part,  Bormans  et  Body, 
Glossaire  roman-wallon  (partie  inédite),  donnent  cette  phrase  :  «  les 
manocques  de  l'Eglise  St-Servais  [à  Liège]  étant  mal  construites,  il  faut 
les  refaire  »  (1774,  Conseil  Privé)  ;  ils  proposent  de  traduire  ce  terme 
d'architecture  par  :  «  encorbellement  ?  »  ;  mais  il  est  clair  que  le  mot 
a  le  même  sens  que  ci-dessus.  Enfin  je  trouve  cet  article  dans  le  même 
Glossaire  :  «  bogge,  habitation  [?]  :  Messieurs  de  Stavelot,  suivant  le 
record  de  la  Cour  de  Ferier  [  —  Ferrières]  de  l'an  1406,  doivent  détenir 
le  bogge  du  mostier  de  fond  de  chy  en  comble  ;  item  la  grosse  cloche 
et  les  manocles  ;  xvne  siècle  :  Stavelot,  II  »  (]). 

La  forme  dialectale  manoque  (pour  manote  :  «  menotte  »,  diminutif 
de  main. se  rencontre  fréquemment  en  rouchi  (voy.  Hécart  et  Dict.  gén.) 
où  il  s'applique  notamment  à  une  poignée  de  feuilles  de  tabac,  à  une 
manne  ou  à  un  panier  munis  d'une  anse  ou  poignée,  etc.  (2).Dans  le  cas 
présent,  les  nefs  latérales  ont  été  considérées  comme  les  «  mains  » 
d'une  église,  par  opposition  au  tronc  (bogge  :  lisez  bodje  et  voyez  p.  32), 
qui.  dans  le  texte  cité  du  xvne  siècle,  désigne  le  vaisseau  principal  de 
l'église  du  monastère,  et  non  l'habitation. 

anc.  fr.  manser 

L'anc.  fr.  manser.  v.  tr..  est  un  mot  rare  (3).  Il  figure  trois  fois  dans 
une  page  des  Trouvères  belges  (2e  série,  p.  122).  où  l'éditeur  Scheler 
ne  sait  comment  le  traduire.  Dans  son  édition  du  Jeu  de  la  Feu  il  lie 
d'Adam  le  Bossu  (4).  M.  E.  Langlois  a  corrigé  de  façon  très  heureuse 
un  passage  altéré,  en  y  rétablissant  le  verbe  manser,  que  les  éditeurs 
précédents  n'avaient  pas  compris.  Il  vient  de  consacrer  à  ce  mot 
obscur  un  article  (Romania.  t.  xlv.  pp.  259-261),  où  l'on  trouvera 
tous  les  textes  en  question  :  sa  conclusion  est  qu'on  peut  hésiter  entre 
le  sens  de  «  étreindre  »  et  celui  de  «  griffer  ».  On  va  voir  qu'il  faut  sans 
hésitation  choisir  le  premier. 

Je  signalerai  d'abord  un  article  de  Grandgagnage.  II  541.  qui  traduit 
le  rouchi  manser  par  «  étouffer  »  ;  une  note  de  Scheler  y  reconnaît  que 
ce  sens     convient  assez  bien  »  pour  le  passage  qui  l'avait  embarrassé. 

(*)  Indication  peu  précise  ;  je  n'ai  pu  retrouver  ee  texte  aux  archives  de  Liège. 

(*)  J'ignore  si  l'on  peut  rattacher  à  la  même  famille  l'anc.  fr.  manoque  (1.  petite 
maison,  cabane  ;  2.  sorte  de  bateau  :  Godcfroy).  Kemna.  liegriff  «  SehifJ  »  im  Franz., 
ne  parle  pas  de  ce  mot. 

(3)  L'article  «le  Godefroy  {manser  =  peigner  !)  est  sans  valeur. 

(*)  Les  classiques  français  du  moyen  âge,  n°  <;,  au  vers  514. 


—  175   — 

J'ajoute  que,  dans  le  nord  du  Hainaut  belge,  mansè  (Leuze),  -œ  (Ath), 
-i  (Ellezelles)  s'emploie  couramment  avec  l'acception  de  «  prendre  (qqn) 
à  la  gorge  pour  l'étrangler  »  :  on  est  mansé  par  une  main  qui  étreint 
la  gorge  ou  par  un  col  qui  serre  trop  fort  (x).  Le  sens  de  notre  mot  dans 
les  textes  du  moyen  âge  se  trouve  donc  pleinement  assuré. 

L'étymologie  de  ce  verbe,  dont  la  signification  exacte  était  si  mal 
connue,  n'a  tenté  personne  jusqu'ici.  Je  me  contenterai  de  remarquer 
que  des  dialectes  allemands  ont  une  expression  analogue,  notamment 
le  bavarois  manzen  «  tenir  (qqn)  en  bride  ou  sévèrement  »  (2),  l'eifélien 
manssen  (bezwingen  :  dompter,  subjuguer),  le  luxembourgeois  sîch 
manzen  «  se  défendre,  faire  assaut  »  (3).  En  west-flamand,  pour  expliquer 
minsel  (virole,  ail.  zwinge),  De  Bo  suppose  un  verbe  minsen,  dont  il  ne 
peut  préciser  le  sens  et  qui  me  paraît  ne  faire  qu'un  avec  l'eifélien 
manssen  (bezwingen).  Ce  chaînon  rattacherait  le  rouchi  manser  aux 
dialectes  germaniques. 

[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  508.] 

w.  manûhe,  manowe 

Le  w.  manûhe,  s.  f.,  «  articulation  du  poignet  »  existe  dans  la  région 
de  Malmedy,  Stavelot,  Cherain  (4).  La  seule  explication  qu'on  en  ait 
risquée  est  le  latin  manipulus  «  poignée  »  (5),  ce  qui  n'a  évidemment 
aucune  valeur.  —  Il  faut  en  rapprocher  le  w.  chestrolais  ène  menûche,  la 
m/nûche  «  centaine  ou  sentène,  bout  de  fil  qui  arrête  l'écheveau  »  (6), 
et  ceci  nous  amène  au  synonyme  liégeois  manowe  «  centaine  :  brin  de  fil 

(1)  L'expression  donc  'ne  mansure  (Leuze)  signifie  de  même  «  serrer  à  la  gorge, 
secouer  qqn  en  l'étranglant  à  moitié  ».  Dans  toute  cette  région  stran-nè,  -œ  (stran- 
gulare)  signifie  1°  égorger  (un  chat  stran-n'  une  souris),  2°  engouer. 

(2)  Cité  par  G.,  II  135,  v°  monse.  —  Comparez  aussi  Meyer-Lùbke  :  mansus 
(apprivoisé). 

(s)  Dérivé  de  l'adjectif  manns  (Eifel),  mâns  (Lux.)  «  adulte,  fort  »  ?  Ou  bien 
l'adjectif  est-il  tiré  du  verbe  ? 

(4)  Malmedy,  Faymonville,  Gueuzaine.  Villers  le  donne  en  1793  (voy.  G.,  Extraits, 
p.  50).  —  Haust,  Vocab.  de  Stavelot  (BSW  44,  p.  515)  :  aveûr  ma  s'  manûhe.  —  A 
Cherain  :  dji  m'a  stoké  one  manûche  ;  dji  m'a  mètou  one  manote  al  manûche  «  je  me 
suis  foulé  un  poignet  ;  je  me  suis  mis  une  menotte  au  poignet  ». 

(5)  J.-J.  Marichal,  Die  Mundart  von  Gueuzaine-Weismes,  p.  35  (Bonn,  1911). 

(6)  Relevé  à  Neuvillers-Recogne.  —  Dasnoy,  p.  74,  donne  menuche  ou  épeule.  Ce 
dernier  est  le  gaumais  peûle,  qui  signifie  (à  Buzenol  et  à  Ste-Marie-sur-Semois) 
1.  la  fin,  la  lisière  d'une  pièce  d'étoffe  ;  2.  la  fin  d'une  pièce  de  fil  servant  à  la  lier  ; 
d'où  au  fig.  an  n'a-ni'  conu  la  peûle  du  Vafêre  «  on  n'a  pas  connu  le  fin  mot  ou  le  fond 
de  l'affaire  ».  La  définition  donnée  BSW  41,  p.  195,  est  sujette  à  caution.  Peûle 
dérive,  comme  le  fr.  espole  et  le  w.  spoûle,  de  l'ail,  spule. 


—  17G  — 

par  lequel  on  commence  à  dévider  l'écheveau  et  qui  lie  celui-ci  »  (1). 
G.,  II  78,  invoque  à  ce  propos  le  latin  vulgaire  manua  «  poignée  »  ; 
mais  on  peut  être  sûr  que  manowe  représente  exactement  le  latin 
minuta  «  chose  menue  »,  de  même  que  manûhe  reproduit  le  latin 
wiinutia  ,  anc.  fr.  menuise  «  menu  morceau  »  (2).  Dans  le  w.  moderne 
manûhe  «  poignet  »,  survit  le  souvenir  de  la  jolie  expression  le  menuisse 
du  pié  «  cou-de-pied  »,  qu'on  ne  trouve  que  dans  Aucassin  et  Nicolette 
(fin  du  xne  siècle)  et  dont  Godefroy  a  tort  de  faire  un  article  à  part  : 
ce  n'est  au  fond  qu'une  acception  spéciale  de  menuise. 

Pour  la  semi-tonique  é  qui  devient  a  sous  l'influence  d'une  labiale, 
les  exemples  abondent  :  maricî  :  *minaciare,  menacer  ;  marinde  : 
merenda  (G.,  II  82)  ;  mazindje,  mésange  ;  mahî  :  *mixtiare,  mêler  ; 
etc.  Voyez  au  surplus  p.  43,  n.  4,  et  l'article  wahète. 

liég.  mayeté 

G.,  I  243,  se  contente  d'enregistrer  grimaieté  «  bigarré  »,  où  il  soup- 
çonne la  présence  de  gris  ;  mais  on  cherche  vainement,  dans  son  dic- 
tionnaire et  dans  ceux  de  Foiir,  de  Hubert,  etc.,  un  article  mayeté. 
Il  faut  écrire  gris  mayeté,  de  même  que  neûr  mayeté,  bleu  mayeté,  rodje 
mayeté  «  [pigeon]  gris,  ou  noir,  ou  bleu,  ou  rouge  brun,  présentant  un 
mélange  de  teintes  claires  et  foncées  »  (3).  —  D'après  Forir,  mayeter 
signifie  «  mailleter,  marteler  »  ;  mais  ce  verbe  doit  être  mis  hors  cause. 
On  pourrait  croire  que  nous  avons  ici  affaire  à  la  forme  wallonne  de 
l'anc.  fr.  maillenter  «  tacher,  souiller  »,  lat.  *  maculentare.  [Pour  la 
syncope  de  la  protonique  non  initiale,  comparez  flamHer  (*flamanter, 
baragouiner  en  flamand),  fièm'ter  (Trembleur)  «  tailler  au  fièrniint 
(courbet)  »,  et  d'autres  exemples  cités  p.  09].  Mais  le  sens  préjoratif  de 
maillenter  fait  difficulté.  Il  vaut  mieux  rattacher  le  w.  mayeté  à  l'anc. 
fr.  maillette  «  tache,  marque  »,  maillé  «tacheté,  marqué  ».  Le  primitif 
maille  se  dit  encore  en  français  de  la  moucheture  sur  le  plumage  d'un 
oiseau. 

liég.  mèh'tèle 
G.,  I  102,  emprunte  à  Duvivier  le  mot  mehtell  «  servante  »,  qui  serait, 

(')  G.,  II  78  ;  Remacle,  Ie  et  2e  éd.  ;  Forir  ;  Bormans,  Métier  des  Drapiers  (BSW  9, 
p.  273)  ;  à  Verviers  manawe  (ib.,  39,  p.  273). 

(a)  Comp.  le  fr.  menuiser,  menuisier.  Meyer-Lubke,  n°  5598,  cite  le  normand 
menuze  «  mèche  de  fouet  »  ;  il  ignore  manûhe  et  manowe. 

(3)  J.  Defrecheux,  Voc.  des  noms  w.  d'animaux,  colon.  —  On  dit  aussi  toi  mayeté 
'i  tout  tiqueté  ».  II.  Simon  écrit  :  lès  prés  mayelés  cT  fleurs  (Pan  de  bon  Diu,  p.  184). 


—  177  — 

pense-t-il,  un  diminutif  de  l'ail,  magd,  anc.  holl  meeghd.  En  réalité, 
c'est  le  prénom  flamand  Machteld,  ail.  Mechthild  (=  Mathilde  ;  cf.  Wei- 
gand,  s.  v.  et  v°  Metze  «  fille  de  joie  »),  devenu  nom  commun  de  la 
même  façon  qu'en  wallon  Mayon,  Marôye  (Marion,  Marie)  ont  pris 
le  sens  de  «  maîtresse,  amante  »  ;  voyez  G.,  II  59,  89,  et  ci-dessus  p.  85. 

liég.  mènesik.  mèn'zik 

Grandgagnage  seul  donne  mènesik,  dans  l'expression  :  c'è-st-on  loyâ 
mènesik  «  c'est  un  grand  paresseux  »  (II 106).  Comme  c'est  loyâ  (=  néerl. 
luiaard)  qui  signifie  «  fainéant,  paresseux  »,  le  sens  de  l'autre  mot  reste 
indéterminé  et  notre  auteur  en  est  réduit  à  cette  conjecture  aussi  com- 
pliquée que  fragile  :  «De  mène  (mine)  et  de  l'anc.  flam.  siek  (malade)  ?  » 
—  De  mon  côté,  j'ai  entendu  à  Liège  mèn'zik,  employé  avec  le  sens  de 
«  individu,  apôtre  »,  dans  des  expressions  telles  que  :  c'è-st-on  drôle 
di  mèn'zik  !  Qu'est-ce  qui  c'est  coula  po  on  mèn'zik  ? 

Mèn'zik  provient  apparemment  de  mèn'sik  :  s  forte  s'est  adoucie, 
comme  dans  beaucoup  de  mots  (1).  Pour  pénétrer  la  structure  du  mot, 
il  faut  comparer  le  rouchi  bouch'nik  «  bouchon  qui  sert  à  jouer  à  la 
galoche  »  (Vermesse)  et  le  liég.  coch'nik  «  petit  saligaud  »  :  mots  hybrides 
formés  du  fr.  bouchon,  cochon  et  du  suffixe  diminutif  flamand  -ke.  On 
voit  par  ces  exemples  que  le  wallon  insère  ï  dans  un  groupe  de  consonnes 
germaniques  dont  la  prononciation  est  malaisée  pour  lui  (2).  Partant 
de  là,  nous  verrons  dans  mèn'sik  une  adaptation  wallonne  du  flamand 
menschke  (prononcé  mèns'ke),  diminutif  de  mensch  «  homme  »,  au  sens 
péjoratif  de  «  individu  ».  —  Il  faut  expliquer  de  même  Flam'zik  qui, 
à  Liège  et  à  Charleroi,  désigne  les  Flamands  avec  une  nuance  ironique  : 
c'est  le  diminutif  de  Vlaamsch  (Flamand).  Vlaamschke  =  Vlâms'ke  = 
Flam'zik  (proprement  :  petit  Flamand). 

liég.  meure  et  make 

G.,  II  60,  enregistre,  d'après  Remacle  et  sans  explication,  cette 
locution  qui  signifie  «  tête-bêche  ».  Cambresier,  Hubert.  Gothier  la 
négligent.  Forir,  v°  make.  ne  la  connaît  que  sous  une  forme  altérée  : 

(x)  Comp.  conzoler,  conzulter,  hoûzer,  pazê  ;  ici,  d'ailleurs,  l'influence  du  fr.  pop. 
zigue  est  probable. 

(2)  Voy.  les  art.  ârih,  skèrbalik.  —  A  propos  du  suffixe  flam.  -ke,  il  faut  noter 
la  forme  -èkè  que  le  liégeois  moderne  ajoute  à  un  substantif  pour  en  faire  un  dimi- 
nutif de  sens  péjoratif  :  de  boûr-èkè  (de  mauvais  beurre)  ;  on  docteûr-èkè  (un  mauvais 
médecin)  ;  in-ovrï-èkè  ;  ine  mohon-èkè  (une  petite  maison  délabrée).  On  l'ajoute 
même  à  des  verbes  :  vos  cChez  qiCvos  k'nohez  vosse  mèstî  ;  awè,  vos  V  kinohé-èkè  ! 
(oui,  vous  le  connaissez  à  moitié,  tellement  qucllement). 

ia 


—  178  — 

ployî  neûr  (sic)  et  make  «  plier  de  la  tête  au  pied,  d'un  bout  à  l'autre  »  (*); 
il  ignore  les  expressions  dwèrmi  meure  et  make  «  dormir  tête-bêche  », 
mète  dès  botèyes,  dès  djâbes  meure  et  make  «  mettre  des  bouteilles,  des 
gerbes  tête-bêche  »,  qui  sont  bien  vivantes,  du  moins  à  l'Est  de  Liège. 
A  Liège  même,  on  ne  connaît  plus  guère  que  le  synonyme  ponte  et  make, 
littéralement  :  «  pointe  et  tête  »  (2).  Par  bonheur,  deux  de  nos  précieux 
vocabulaires  technologiques  (3)  nous  ont  conservé  le  mot  meure,  s.  f., 
au  sens  de  :  «  pointe  :  petit  clou  sans  tête  »,  et  je  tiens  d'un  vieillard 
de  Blegny-Trembleur  l'adjectif  meûriant  (pointu,  effilé),  qu'il  prononce 
meûriâ  (i  fat  raw'hî  ô  pic  qui  deût-èsse  meûriû)  ;  c'est  le  participe  d'un 
verbe  inusité  *meârî  «  tailler  en  pointe  »  ;  comp.  aw'Jiiant  (Lobet) 
«  pointu  »  (4). 

Ce  mot  meure,  dont  voilà  l'état-civil  bien  établi,  nous  le  retrouvons 
dans  l'anc.  fr.  meure,  forme  apocopée  de  ameure  (amore,  amure),  pointe 
de  l'épieu,  de  l'épée,  de  la  lance  (voy.  Godefroy).  Littré  identifie  cet 
ancien  mot  avec  le  terme  de  marine  amure  «  cordage  fixant  le  point 
d'en  bas,  nommé  point  d'amure,  d'une  basse  voile  qui  se  trouve  au 
vent  »,  et  telle  est  aussi  l'opinion  du  Glossaire  nautique  de  Jal  ;  mais 
le  Dict.  gén.  distingue  ces  deux  mots,  entre  lesquels  il  n'y  a  en  effet 
aucun  rapport  de  sens. 

Si,  comme  il  est  vraisemblable,  la  forme  pleine  *ameûre  a  existé  en 
wallon,  elle  a  dû  s'altérer  en  meure  à  cause  de  l'expression  *ameûre  et 
make,  où  Va  initial  sonnait  comme  une  préposition  qui  pouvait  se 

(*)  Meur  et  mak  est  dans  Lobet,  p.  676  (Verviers)  ;  cependant,  aujourd'hui, 
dans  la  vallée  de  la  Vesdre  (Trooz,  Nessonvaux,  Dison),  on  ne  connaît  plus  que 
neûre  et  make  «  tête-bêche  »  :  tu  (Jones  ma  lès  cvcàrdjeûs  (cartes),  i  v'nèt  turtos  neuve 
et  make.  Le  primitif  meure  s'est  altéré  sous  l'influence  de  neûr  (noir)  et  aussi  par  dissi- 
milation  (comp.  bique-èt-bouc  «  hermaphrodite  »,  corrompu  en  brique-èl-bouc  : 
G.,  I  54).  A  Hr rve,  outre  cette  altération  de  forme,  l'expression  a  subi  une  altération 
de  sens  :  maker  neûre-et-make  =  «  jeter  pêle-mêle  ». 

(2)  Forir,  v°  pontt,  donne  ponte  et  make  «  pointe  et  tête,  jeu  d'épingles  »,  et, 
v°  make,  l'expression  makes  èssonne  «  tête  à  tête,  t.  du  jeu  d'épingles  ».  Ce  jeu  ne 
figure  pas  dans  le  Gloss.  des  jeux  wallons  de  J.  Delaite.  Il  est  appelé  a  teste  bechevel 
clans  Gargantua,  I  22  ;  Burgaud-Desmarets  et  Rathery,  dans  leur  note,  disent  que 
ce  jeu  consiste  à  faire  deviner  si  deux  épingles  qu'on  cache  dans  sa  main  sont 
placées  tête-bêche  ou  dans  le  même  sens  (Littré  :  tête-bêche).  Ce  qu'on  appelle  en 
français  «  jeu  d'épingles  »  est  tout  différent  ;  cf.  Dict.  gén.  et  J.  Delaite,  op.  c, 
v°  ATTÈCHE. 

(3)  J.  Kinable,  Gloss.  w.  du  cordonnier  (BSW  24,  p.  287)  ;  J.  Trillet,  Vocab. 
de  la  fabrication  des  clous  à  la  main  (ib.,  50,  p.  633). 

(4)  M.  Lejeune,  Voe.  du  médecin,  donne,  v°  clau,  le  verviétois  «  moriant  clâ,  clou 
avorté,  à  tête  noirâtre  ». 


—  179  — 

supprimer  ;  comparez  le  fr.  «  mettre  à  tête-bêche  »  ou  «  mettre  tête 
bêche  ». 

[Rome,  nia,  t.  xl  (1911),  p.  327.] 

w.  mirou  (Verviers,  Malmedy) 

G.,  II  120,  donne  sans  explication  :  «  mirou,  sorte  de  gâteau  que 
l'on  fait  à  Verviers  et  qui  a  la  forme  d'un  S  ».  Cet  article  a  sa  source 
dans  Remacle,  2e  édition.  Lobet  définit  :  «  pâtisserie,  gâteau  en  O, 
en  S  ».  A  Malmedy,  d'après  Scius,  le  mirou  est  une  «  sorte  de  gâteau  qu'on 
fait  pour  la  Saint-Nicolas  »  (voy.  aussi  Wallonia,  I  5  ;  II  286).  —  Pour 
expliquer  ce  mot,  on  ne  peut  invoquer  le  fr.  mirer,  miroir,  qui  se  dit 
murer,  mureû  à  Liège,  Verviers,  Malmedy,  alors  que  mirou  a  toujours  ï 
à  la  protonique.  Le  suffixe  est  apparemment  -ou,  diminutif  comme  dans 
gadou  «  petit  de  la  chèvre  (w.  gâde)  »,  spirou  «  écureuil  »,  tchivrou 
«  chevreuil  ».  Pour  le  radical,  on  peut  penser  à  l'ail,  schmieren  «  beurrer 
(du  pain,  faire  une  beurrée  ou  tartine)  »  et  au  dialecte  luxembourgeois 
schmier  (=  ail.  Butterbrod).  L'ail,  schmieren  «  étendre  de  la  graisse 
sur  qqch  »  s'est  introduit  à  Malmedy  sous  la  forme  schmîrer  «  frotter 
avec  du  beurre  ou  de  la  graisse  »  (Villers,  1793),  et,  d'autre  part,  le 
néerl.  smeer,  smieren  a  donné  le  w.  smêr,  t.  de  bat.,  «  mélange  d'huile 
de  lin  et  de  colophane  »,  smêrî  on  batê  «  enduire  un  bateau  de  cette 
graisse  »  (G.,  II  368).  Mais  ces  emprunts  sont  visiblement  de  date 
récente  ;  mirou  (pour  *smîrou)  aurait  une  origine  plus  ancienne,  attestée 
par  la  chute  de  s  initial  (x)  et  par  le  passage  de  î  protonique  à  ï  (2). 
Le  sens  primitif  de  mirou  serait  :  «  petit  (gâteau)  beurré  »,  c'est-à-dire 
fait  avec  du  beurre. 

w.  moûhî,  èmoûhî 

G.,  II  14-1,  523,  a  les  articles  suivants  : 

èmouhl  (tavelé)  Simonon.  De  mohe  ;  propr.  moucheté. 

mouhî  ou  moûhî  (se  dit  d'un  poil  ou  d'un  plumage  dont  la  couleur  est  mêlée 
inégalement  de  blanc  et  de  noir  :  on  blan  mouhî  est  un  blanc  brouillé  de  noir  ; 
on  neûr  mouhî,  un  noir  brouillé  de  blanc  ;  ci  dfvâ  la  est  toi  mouhî  èl  liesse  di 
vîyèsse,  ce  cheval  grisonne  à  la  tête  de  vieillesse).  Mouhî  paraît  être  une  forme 
de  mohî  (moucheté).  Cependant  la  forme  moûhî  s'écarte  de  cette  étymologie, 

(*)  Comp.  l'anc.  w.  neppe  (bécassine),  du  néerl.  sneppe  (G.,  II  622),  et  voyez 
ci-dessus  les  articles  lifer,  lotia. 

(2)  Comp.  liég.  bizer,  rouchi  bîzer  (à  Wiers),  de  l'ail,  biesen  ;  liég.  pïter  :  anc.  fr. 
pieter  (frapper  du  pied)  ;  liég.  spitant,  ard.  spîtant  (à  Alle-sur-Semois)  ;  voy.  aussi 
les  art.   lifer,  pirou. 


—  180  — 

et  puis  le  sens  de  notre  mot  est  plutôt  :  mêlé  ou  brouillé  (de  blanc  ou  de  noir) 
que  moucheté.  Peut-être  ce  mot  et  mouhin  (taciturne  par  lourdeur  d'esprit) 
ont-ils  une  racine  commune. 

Le  premier  est  omis  par  tous  les  autres  auteurs.  Cependant,  à  Liège, 
Ougrée,  Seraing,  j'ai  relevé  ces  expressions  :  in-èmoûhî  vizèdje  «  un 
visage  mal  lavé  »,  ine  bouzvêye  qu'è-st-èmoûhêye  «  du  linge  mal  nettoyé  »  ; 
i  fêt-st-èmoûhî  è  ci  manèdje  la  «  il  fait  malpropre  dans  cet  intérieur  ».  — 
Sur  moûhî,  on  ne  trouve  rien  dans  Cambresier,  Duvivier,  Rouveroy, 
Hubert.  Forir  signale  un  sens  figuré  dont  nous  parlerons  tantôt.  Lobet 
donne  seulement  :  «  mouhî,  gris  cendré,  en  parlant  des  coqs  et  des 
poules  »  ;  de  même  Remacle,  2e  édit.,  avec  ces  exemples  :  blankès'  moûhî 
«  gris  clair  »,  neûr  moûhî  «  gris  sale  ».  Aujourd'hui,  à  Liège,  on  n'entend 
movM,-êye, qu'en  parlant  du  pigeon  marqué  de  noir  et  de  blanc;  mais, 
jadis,  il  avait  l'emploi  général  que  lui  attribue  G.,  comme  le  prouvent 
ces  textes  :  «  ung  cheval  mouhy  lyar  »  (1452  :  Echevins  de  Liège, 
reg.  19,  f°  282  v°)  ;  «  une  vache  de  poil  brun  et  veau  mouhy  »  (1G86  : 
Cour  de  Seraing,  reg.  1,  f°  134),  «  un  toreau  mouhy  »  (1714  :  Spa). 

Il  faut  écarter  l'étymologie  de  G.,  non  seulement  à  cause  dçs  difficultés 
que  G.  lui-même  reconnaît,  mais  encore  parce  que  nous  relevons  1°  à 
Alle-sur-Semois  :  moûji  «  vermoulu  »  (avec  j  et  non  ch,  ce  qui  écarte 
le  lat.  musccty  mouche)  ;  2°  à  Stavelot  et  à  Malmedy  :  mouhî  «  moisir  »  : 
lu  pan  mouhih,  est  mouhi  (1).  —  Tel  est  bien  le  sens  premier.  L'étymo- 
logie du  fr.  moisir,  lat.  *m«cêre,  convient  exactement  pour  le  wallon, 
qui  a  créé  le  composé  liég.  èmoûhî  (*enmoisi).  Pour  la  quantité  de  -où-, 
comparez  poûM  (puiser  ;  de  pwteus  ,  puits,  liég.  pus')  ;  cette  quantité 
est  du  reste  variable  :  -ou-  est  bref  à  Stavelot-Malmedy,  et  même 
certains  Liégeois  prononcent  :  on  mouhî  «  un  pigeon  au  plumage 
mélangé  de  noir  et  de  blanc  »  (2). 

Forir,  à  l'article  mouftî  (3),  donne  les  synonymes  mouhî,  mouhin 
«  dissimulé  et  taciturne  ;  balourd  ;  misanthrope  ».  Ce  sens  figuré  de 
mouhî  n'a  rien  que  de  naturel  ;  comp.  souwé  «  séché  »,  cové  «  couvé  », 
qui  signifient  aussi  :  «  taciturne,  dissimulé  ».  —  Quant  à  mouhin,  qui 
est  archaïque  en  liégeois,  on  le  trouve  encore  dans  Cambresier,  Lobet. 
Duvivier,  Grandgagnage,  Remacle  (ce  dernier  écrit  mouhin  dans  sa 

(*)  Villers  (Malmedy,  1793)  donne  :  «  mouhi,  v.  n.,  moisir,  se  chancir  ;  mouhihèdje, 
m.,  et  mouhihore,  f.,  moisissure,  chancissure  ».  Le  verbe  est  incho  itif  comme  en  fr.  ; 
la  finale  -"i  du  liégeois  provient  sans  doute  de  l'analogie  de  bouhî,  poûhî,  diloûhl. 

(2)  Dans  les  campagnes  françaises,  moisi  se  dit  de  même  des  vaches  qui  sont  de 
couleurs  mélangées,  noire  et  blanche  (Larousse  illustre). 

(:1)  Ce  mouftî  résulte  «lu  croisement  de  louflî  (a  boudeur  »  :  Forir)  et  de  mouhi. 


—  181  — 

Ie  édition).  Comme  G.  le  devinait,  on  ne  peut  isoler  mouhin  de  moukî  (1). 
On  y  reconnaît  l'idée  première  de  «  moisi  »,  qui  a  évoqué  chez  nos 
Wallons  celle  d'inertie  sournoise,  de  mauvaise  grâce,  d'humeur  maus- 
sade. 

Peut-être  faut-il  aussi  expliquer  par  mouhin  le  verbe  dumouWner 
«  déranger  de  chez  soi  »,  que  nous  trouvons  à  Stavelot  (2),  dans  ces 
deux  exemples  :  dès  houlètes  quu  ciste  arèdje  aveût  tfmouKné  (BSW  44, 
p.  355)  «  des  chouettes  que  ce  tapage  avait  dérangées  »  ;  [au  petit  matin] 
s'  dumouKnèt  lès  manèdjes  (id.,  55,  p.  179)  «  s'éveillent  les  maisons  ». 
Le  sens  propre  serait  «  dé-moisir  »  :  tirer  de  l'inertie,  du  silence  et  de 
l'immobilité. 

w.  mwèh'nê  machuria,  etc. 

Dans  le  Bulletin  du  Dict.  w.,  1912,  p.  77-92,  J.  Feller  a  consacré 
une  savante  étude  aux  mots  wallons  qui  désignent  le  coryza  ou  rhume 
de  cerveau.  Il  établit  que  les  multiples  formes  dialectales  se  classent 
en  deux  groupes,  dont  voici  les  principaux  représentants  :  A.  mwèrgunê 
(Vielsalm),  mwargunê  (Stavelot,  Malmedy),  mxvè-^nê  (Gouvy,  Manhay, 
Villers-Ste-Gertrude),    mwèh'nê    (Liège,    Verviers);  B.     matcli'rê 

(Cherain),  matchuré  (en  Famenne),  machuria  (Namur),  matchurnia 
(Lustin).  mak'riau  (rouchi),  anc.  fr.  macerel,  makeriel.  L'auteur  entre- 
prend ensuite  de  démontrer  1°  que  ces  deux  groupes  se  ramènent  à 
l'unité  par  l'équation  mwargunê  =  matchurnia  (en  passant  par  un 
hypothétique  *mwarchunia)  ;  —  2°  que  le  tout  est  d'origine  germanique 
et  s'explique  par  le  bas  allemand  mork,  à  Eupen  marg,  moyen  h.  ail. 
mure,  synonymes  de  l'ail,  mùrbe,  morsch  «  mou,  blet,  friable,  pourri,  etc.». 
Etymologiquement,  le  mwèh'nê  se  caractérise  donc  par  «  le  ramollis- 
sement des  parties  tuméfiées  »  ;  le  suffixe  -ê  (lat.  -ellum)  marque  «  le 
résultat  concret,  visible  et  localisé  de  la  tuméfaction  ». 

Il  est  certain  que  cette  explication  convient  pour  le  groupe  mioèrgunê- 
mwèli'nê  (3).  Tout  au  plus  pourrait-on  alléguer  la  forme  danoise  morken, 

(*)  Le  suffixe  -in  peut,  à  l'origine,  avoir  désigné  le  résultat  de  l'action  (ici  :  le 
moisi,  la  moisissure)  ;  voy.  p.  41,  note  2. 

(2)  A  la  vérité,  mouhin  n'est  plus  connu  à  Stavelot  (on  le  remplace  par  moûfrin 
«  mufle,  misanthrope  »)  ;  mais  il  a  dû  exister  dans  cette  région  cpii  est  voisine  de 
Verviers. 

(3)  Pour  la  réduction  normale  de  mwèrgunê  à  mwèh'nê,  voyez  p.  127,  n.  5.  — 
Mivèh'nê  est  mis  pour  mwèg'nê  ;  comparez  mîliKnant,  issu  de  mïlig'nant  (G.,  II  70)  ; 
wahmêsse  (Forir)  «  vaguemestre  »  ;  taKneure  (G.,  II  413)  «  grattin  »,  pour  tak'neure  ; 
dringuèle  et  drinhèle,  etc. 


—  182  — 

ancien  nordique  morkinn  «  mùrbe,  morsch  »  (l),  qui  rendrait  compte 
du  thème  de  mwèrgunê  plus  exactement  qu'un  substantif  verbal  das 
morschen  ;  mais  ce  détail  n'a  pas  grande  importance. 

Quant  au  groupe  B,  est-il  bien  sûr  qu'il  se  confonde  avec  le  premier  ? 
J'ai  peine  à  le  croire.  A  mes  yeux,  matchurnia  ou  -gna,  loin  d'être  la 
forme  la  mieux  conservée,  est  altéré  de  matchuria  par  épaississement 
de  y  en  gn  :  on  trouve  en  effet  spurgna,  ta(h)urgna,  pour  spuria,  tahuria, 
dans  la  région  où  matchurgna  remplace  matchuria,  par  exemple  à 
Dorinne  (2).  Je  me  résoudrai  donc  à  disjoindre  les  deux  groupes  malgré 
leur  air  général  de  parenté.  Match'rê,  matchuria,  mak(é)riau  représente 
plutôt  un  type  *muccarellum  (mis  peut-être  pour  *muccaricium  ; 
voyez  ci-dessus  hadrê)  ;  il  se  rattache  au  lat.  pop.  *muccare,  dérivé  de 
muccus,  variante  de  mucus  ;  c'est  littéralement  un  *  moucher  eau  (3). 
De  même  le  rouchi  inmakemé  «  enchifrené  »  se  ramène  à  l'anc.  fr. 
enmacrelé  (4),  par  altération  de  -crelé,  -kerlé  en  -kerné.  En  suisse  romande, 
à  Plagne  (Berne),  H.  Urtel  signale  s'émotchernè  «  s'enrhumer  »  (5),  qui 
présente  la  même  déformation  de  la  finale  et  qui  est  exactement  notre 
mot  rouchi,  sauf  que  là-bas  le  radical  a  mieux  conservé  la  voyelle 
primitive.  Pour  le  changement  de  o  protonique  en  a,  les  exemples  foi- 
sonnent dans  nos  dialectes  :  manôye  (monnaie),  massuré  (mousse  : 
St-Hubert),  savène  (supin a),  nawê  (noyau),  ameûr  (humorem), 
raskignou  (rossignol),  etc. 

anc.  liég.  oirzelle 

Une  charte  liégeoise  de  1527,  imprimée  dans  les  Chartres  et  Privilèges 
des  Métiers,  I  238,  prescrit  aux  teinturiers  l'emploi  de  «  bonnes  et  lealles 

(^  Falk-Torp  Norw.-dànisches  Etym.  Wort.,  morken,  tire  ce  mot  d'une  racine 
*merk  (lat.  marcêre),  tandis  que  morsch  vient  d'une  variante  *mers.  —  Au  même 
thème  que  mwèrgunê  paraît  se  rapporter  le  w.  mourcagne,  mourgagne,  s.  f.,  «  morve, 
mucus  des  narines  »  ;  dérivé  -eus,  «  morveux  »  (Charleroi  ;  Coq  cCAwous\  30  juillet 
1910)  ;  morgagneûs  (Givet)  «  hargneux  ». 

(a)  Pour  spuria,  voyez  ci-après  l'article  sperial.  Le  nam.  tahuria,  -rgna  répond 
au  liég.  tahourê  «  nuage  d'orage  ». 

(3)  Sur  le  w.  mokî  (moucher)  et  ses  dérivés,  voyez  G.,  II  130.  Ajoutez  motchas* 
«  boueux  »  (Ecaussines  ;  BSW  55,  p.  387)  ;  mokê  (Malmedy)  «  bout  de  chandelle  ». 

(4)  Godefroy  définit  enmacrelé  :  «  qui  a  mal  à  la  mâchoire  »  (!),  au  lieu  de  :  «  qui 
a  le  macerel  <>u  le  makeriel,  qui  est  enrhumé  ».  —  A  Ellezelles  (Lessines),  j'ai  noté  : 
é'n-éfant  a  du  makériau. 

(5)  Dans  un  article  très  intéressant  intitulé  «  Autour  du  rhume  »  (Bull,  du  Gloss. 
des  patois  de  la  suisse  romande,  1913,  p.  12).  L'auteur  explique  émotchernè  par 
mucea  +  un  suffixe  -erne,  sur  le  type  de  caterne  «  catarrhe  ».  Mon  explication  me 
paraît  plus  simple. 


—  183  — 

denrées,  sens  user  de  nois  de  galle,  coperoise,  oirzeUe,  brusille,  berck- 
moese...  ».  Plus  loin,  dans  une  charte  de  1577,  on  lit  :  «  coperose,  su- 
macque,  orzées  (1),  bois  de  Brésil  »  et  :  «  coperose,  sumack,  orzées, 
brusil  »  (II  321,  327). 

Le  sens  de  oirzelle,  orzée  n'est  pas  douteux  et  G.,  II  623,  l'a  bien 
reconnu  :  il  s'agit  de  l'orseille  (2),  dont  le  nom  figure  pour  la  première 
fois  en  1461,  dans  une  charte  de  Lille  relative  au  même  objet  :  «  Les 
taintures  de  ...  poupre,  becquemoulx,  orseille,  bresil,  sont  taintures 
faulses  et  deslealles  »  (3). 

Cependant,  Bormans,  dans  son  Bon  Métier  des  Drapiers  à  Liège, 
émet,  à  propos  de  nos  textes  liégeois  de  1527  et  de  1577,  cette  glose 
inattendue  :  «  oirselle  [sic],  s.  f.,  oirseille  [sic],  noir  de  fumée  que  l'on 
obtient  par  le  bois  de  vigne...  Comparez  le  flamand  zwartsel,  suie,  noir 
de  fumée  »  (4).  L'auteur,  on  le  voit,  prend  notre  mot  pour  le  liég. 
warsèle  (1.  noir  de  fumée  ;  2.  cirage  de  bottes  :  G.,  II  482),  qui  vient 
en  effet  du  fl.  zwartsel,  mais  qui  n'a  évidemment  rien  à  voir  ici.  Si  je 
relève  son  erreur,  c'est  surtout  parce  qu'elle  a  fait  récemment  une 
victime.  Après  avoir  cité  l'article  de  Bormans  dans  ses  Beitrâge,  p.  189, 
M.  Behrens  affirme  que  l'anc.  w.  oirselle  [sic]  provient  du  fl.  zzvartsel  : 
«  On  pourrait  le  prouver,  dit-il,  par  le  w.  warsèle  qui  a  le  même  sens  (!) 
et  dont  G.,  II  482,  donne  l'étymologie  exacte,  tout  en  négligeant  de  le 
rapprocher  de  l'anc.  w.  oirzelle,  qu'il  mentionne  également  p.  623. 
La  graphie  oirzelle  a-t-elle  subi  l'influence  du  fr.  écrit  noir  ?  on  ne  peut 
l'assurer.  »  Tout  cela  porte  à  faux  :  Grandgagnage  ne  doit,  pas  être  taxé 
de  négligence  pour  n'avoir  pas  confondu  l'orseille  avec  le  noir  de  fumée. 

Dans  oirzelle,  la  graphie  oi  a  le  même  i  parasite  que  oir  (fréquent 

dans   Hemricourt    et   Jean    d'Outremeuse)    =    w.    or  :     aurum,    or  ; 

oirfeure  (Hemricourt),  w.  ôrjéue  :  orfèvre  ;  coperoise  (charte  de  1527, 

citée  ci-dessus),    w.  côp'rôse  :  couperose,  etc.  Elle  indique  que  o  est 

fermé,  ce  que  confirment  les  formes  d'anc.  fr.  oursolle,  ursolle.  L'anc. w. 

orzée  se  prononçait  donc  ôrzéye. 

[Romania,  Lxvlii  (1921),  p.  569.  —  Meyer-Lùbke,  n°  9636,  reproduit  l'er- 
reur de  Behrens.] 

f1)  Le  texte  porte  par  erreur  :  «  sumac,  queorzées  ». 

(2;  Lichen  qui  donne  une  belle  couleur  violette.  Au  xve  siècle,  orsollc,  oursolle 
(God.),  d'origine  incertaine,  qui  a  modifié  sa  terminaison  d'après  oseille  (Dict.  gén.). 
«  C'est  la  même  chose  que  Yorchel  ou  V  ursolle,  qui  croît  dans  les  Canaries  »  (Furetière). 

(3)  Godefroy,  qui  cite  ce  texte  v°  becquemoulx,  l'oublie  v°  orseille.  Il  en  résidte 
que, pour  le  Dict.  gén.,  v°  orseille,  le  plus  ancien  exemple  du  mot  est  de  1518.  —  On 
trouve  ozeille  en  1464  (Romania,  t.  xxxm,  p.  564  ;  Behrens,  Beitrâge,  p.  150). 
Voy.  aussi,  dans  Godefroy,  fuel,  fuelle,  et,  p.  23,  notre  article  berckmoese. 

(«)  BSW  9,  p.  276  (1867).  L'article  de  G.  n'a  paru  qu'en  1880. 


—  184  — 

w.  ongueçon  (Roclenge) 

Je  tiens  de  M.  H.  Frenay,  de  Roclenge,  que,  sur  le  Geer,  «  è  lonkson  » 
est  synonyme  du  liég.  èl  coulêye  «  au  coin  du  feu  »  (litt.  «  en  la  culée  »). 
Si  l'on  compare  è  djàrdin  «  en-le  jardin  »,  lonkson  pourrait  être  considéré 
comme  un  seul  mot  ;  c'est  ainsi  du  reste  qu'il  est  perçu,  au  dire  de 
M.  Frenay,  parce  qu'il  n'existe  que  dans  cette  seule  expression  et  qu'on 
le  met  peut-être  inconsciemment  en  rapport  avec  long.  Mais  il  est 
hors  de  doute  qu'on  doit  écrire  è  V ongueçon,  altéré  de  angueçon, 
ank'son  (1),  diminutif  de  angue,  anke  «  angle  ».  C'est  l'anc.  fr.  angleçon 
«  petit  angle,  petit  coin  »  (2).  Le  suffixe  est  le  même  que  dans  àVçon 
(plpnçon,  à  Eben-Emael),  am'çon  (hameçon),  claw,çon  (clou  de  girofle, 
fleur  du  lilas).  lèp'çon  (lippe,  grosse  lèvre),  djèr'çon  (voy.  cet  article). 

fr.  orin  ;  w.  neûrin  (eûrin,  leûrin) 

Le  fr.  orin,  t.  de  marine  (cordage  qui  attache  une  ancre  à  une  bouée), 
est  d'origine  inconnue  pour  Littré  et  pour  le  Dict.  gén.  Le  wallon  aidera, 
croyons-nous,  à  éclaircir  le  problème. 

Godefroy,  t.  x,  ne  cite  que  trois  exemples  anciens,  dont  chacun 
écrit  différemment  notre  mot  :  orin,  horyn,  hoyrin.  Les  deux  dernières 
graphies  ne  sont  que  des  variantes  fantaisistes  de  la  première.  Le 
dérivé  oringuer  «  soulever  une  ancre  au  moyen  de  l'orin  »  (Littré)  prouve 
que  le  mot  devait  primitivement  se  terminer  par  une  gutturale.  L'es- 
pagnol-portugais orinque  (=  orin)  confirme  cette  hypothèse.  Cela  nous 
reporte  à  une  forme  *oring. 

D'autre  part,  nos  bateliers  de  la  Meuse  connaissent  un  mot  w.  neûrin 
(avec  les  variantes  eûrin,  leûrin),  que  nous  n'hésitons  pas  à  rapprocher 
du  fr.  orin. 

Au  dire  de  ceux  que  nous  avons  interrogés,  le  neûrin,  c'est  «  la  chaîne 
pour  suspendre  l'ancre  sur  le  beaupré  »,  ou  encore  «  le  cordage  attaché 
à  l'anneau  de  l'ancre  pour  retenir  la  bouée  »,  ou,  plus  vaguement, 
c'est  çou  qui  chèv  (sert)  a  r'ièver  Varike.  D'après  l'un  d'eux,  M.  Joseph 
Gilman.  vieux  maître  batelier  à  qui  nous  devons  la  première  de  ces 
définitions,  li  neûrin  se  dit,  par  abréviation,  au  lieu  de  l'expression 
complète  li  tchinne  de  neûrin  (la  chaîne  du  neûrin). 

Les  bateliers  flamands,  auprès  de  qui  nous  avons  poursuivi  notre 
enquête,    appellent   ce  cordage  de   neuring-ketting  ou  simplement, 

(x)  Dans  la  prononciation  locale,  an  se  confond  avec  on. 

(2)  Voy.  Bormans  et  Body,  Gloss.  roman-liég.,  v"  anglechon.  Godefroy  cite 
l'exemple  :  «  loger  en  ma  chambre  en  un  angleçon  »  (Enst.  Deschamps,  Poésies). 


—  185  — 

par  abréviation,  de  neuring  .  Quant  à  la  signification  propre  ou 
originelle  de  ce  dernier  terme,  aucun  d'eux  n'a  pu  nous  fournir  de 
renseignement.  Les  dictionnaires  flamands  sont  également  muets  à  cet 
égard.  Réduit  à  interpréter  nous-même l'expression  flamande  neuring- 
ketting  et  l'expression  wallonne  tchinne  de  neûrin,  nous  ne  voyons 
qu'un  sens  possible  :  neuring  est  la  boucle  ou  anneau  (ring)  qui 
termine  la  tige  de  l'ancre  du  côté  des  deux  bras  (1).  C'est  en  effet  à  cet 
anneau  que  s'attache  la  chaîne  (ketting)  qui  sert,  suivant  le  cas,  à 
relever  l'ancre  ou  à  retenir  une  bouée. 

Pour  connaître  la  valeur  possible  de  neu-  dans  le  flam.  neuring, 
nous  avons  interrogé  un  germaniste  distingué,  M.  P.  Tack  ;  sa  réponse 
confirme  pleinement,  semble-t-il,  cette  conjecture  :  «  Neuring  peut 
être  1°  une  altération  du  flamand  neutring  ;  neut  est  une  forme  dia- 
lectale de  noot  et  désigne  la  partie  de  la  verge  de  l'ancre  où  est  l'œillet 
(flam.  oog)  ;  cf.  Witsen,  Scheep.sbouzv,  502  a  :  Het  gai  in  de  ankerschaft, 
anders  de  neut  ;  —  2°  une  altération  de  oogring  (den  oo(g)ring 
devenant,  par  agglutination  ou  prosthèse  de  n,  de-nooring,  puis 
de  neuring)  ;  cf.  YVixsciiooten,  Seem.,  173  :  Te  scheep  wordt  het  oog 
genomen  voor  het  gat  in  de  anker  schagt,  daar  de  ring  in  draaid.  » 

Il  s'agit  maintenant  d'expliquer,  —  suivant  que  l'on  adopte  Tune 
ou  l'autre  de  ces  hypothèses,  —  les  transformations  phonétiques  qui 
se  sont  produites  : 

I.  Le  flamand  dialectal  (limbourgeois  ?)  neuring  (=  neutring) 
est  devenu, neûrin  dans  la  bouche  des  Wallons.  On  dit  ordinairement 
li  neûrin  ;  mais,  on  neûrin  sonnant  à  peu  près  comme  on- eimn,  il  en 
résulte  qu'on  a  pu  dire,  par  déglutination,  Veûrin,  lequel,  à  son  tour, 
par  agglutination  de  l'article,  a  produit  li  leûrin,  on  leûrin.  Comparez, 
en  français,  le  lendemain,  le  lierre,  etc. 

Le  flamand  nooring  (  =  nootring),  forme  usitée  sans  doute, 
à  l'Ouest,  aura  donné  en  français  «  un  uôrin  »,  d'où  «  un  ôrin  »,  «  un  orin  », 
Yn  s'étant  confondue,  comme  ci-dessus,  avec  la  finale  de  l'article  indéfini. 

Quant  au  changement  de  voyelle,  notons  la  même  transformation 
du  flam.  oo  en  franc,  o,  wall.  eu  dans  le  flam.  hoofdband  =  franc. 
hoband  (auj.  hauban),  synonyme  du  flam.  hoofdtouw  =  wall.  heutô. 

II.  Dans  la  seconde  hypothèse,  le  franc,   orin  s'explique    encore 

(*)  Ce  sens  propre  de  neuring  et  du  w.  neûrin  est  perdu.  M.  Gilman  appelle 
cet  anneau  Vorindje  di  Fanke,  d'autres  simplement  l'onc.  On  dit  de  même  lès  orindjes 
de  mastê  pour  désigner  les  œillets  en  fer  fixés  sur  le  plat-bord  et  servant  à  passer 
les  cordes  du  mât  ou  haubans.  Nous  expliquons  orindje  par  le  flamand  oorringje 
(petite  boucle  d'oreille),  synonyme  de  onc  (anneau). 


—  186  — 

plus  aisément  par  le  flam.  oo(g)ring.  —  Pour  le  wallon  neûrin,  voir 
ci-dessus  la  note  de  M.  Taek. 

III.  Une  troisième  hypothèse  encore  possible,  c'est  l'existence  simul- 
tanée de  oo(g)ring  à  l'Ouest  et  de  neu(t)ring  à  l'Est.  Le  premier 
aurait  donné  naissance  au  franc,  orin  ;  le  w.  neûrin  serait  directement 
emprunté  du  second. 

Dans  tous  les  cas,  nous  pouvons,  de  ce  qui  précède,  tirer  les  con- 
clusions suivantes  ; 

1.  Le  franc,  orin,  le  w.  neûrin,  le  flam.  neuring  sont  identiques, 
du  moins  pour  la  finale  ;  la  première  syllabe  des  mots  français  et  wallon 
pourrait  bien  être  d'origine  différente,  tout  en  représentant  deux 
synonymes  :  oog,  neut. 

2.  Ces  termes  désignent  proprement  l'anneau  inférieur  (*)  de  l'ancre, 
puis,  par  extension,  le  cordage  qui  part  de  cet  anneau.  On.  a  dit  d'abord 
«  le  cordage  de  l'orin  »,  puis  orin  a  été  considéré  comme  le  nom  même 
du  cordage  (2). 

[Résumé  du  BD  1907,  pp.  62-66.  —  Meyer-Lubke,  n°  5958  (6e  fasc,  paru 
en  1913),  tout  en  renvoyant  à  notre  article,  tire  le  w.  (l)eârin  (?)  du  flam. 
noring  (4)  et  le  fr.  orin  du  west-flam.  ooring  (5).]      , 

nam.  oubouye  (Stave) 

M.  Louis  Loiseau  signale  à  Stave  (canton  de  Florennes,  prov.  de 
Namur)  le  subst.  fém.  oubouye  «  glanage  organisé  »,  avec  cette  expli- 
cation :  «  Lorsqu'on  a  préparé  une  partie  de  la  moisson  jusqu'à  la  mise 
en  gerbes,  à  un  signal  donné  les  glaneurs  se  précipitent  en  masse  pour 
mèch'nè  (glaner)  ;  cela  s'appelle  roufiè  ou  faire  une  roufe.  Cette  ruée 
se  répète  chaque  fois  qu'une  nouvelle  partie  de  la  moisson  est  préparée. 
L'ensemble  des  roufes  s'appelle  une  oubouye  :  dimzviu  on  fra  ène 
oubouye  al  cime  di  X.,  al  1ère  di  d'ssus  lès  martchis  ».  —  Je  relève  dans 
Franck-van  Wyk,  v°  heibei,  le  néerl.  dial.  hoiboi  qui,  dans  le  Sud 
des  Pays-Bas,  signifie  «  besogne  pressante,  foule,  presse  »  (6).  De  là  le 
w.  (h)oubouye,  dont  l'aspirée  a  disparu,  comme  c'est  la  règle  en  namu- 
rois. 

(')  Nous  employons  ce  terme  pour  distinguer  cet  anneau  de  l'organeau,  qui  se 
trouve  à  la  partie  supérieure  de  la  tige  de  l'ancre,  en  flam.  kabelring,  ankerring. 

(2)  Pour  une  brachylogie  analogue,  voy.  djîvâ,  p.  80. 

(3)  Pourquoi  ne  pas  citer  la  forme  neûrin,  qui  est  la  plus  ordinaire  et  la  mieux 
conservée  ? 

(')  N'est-ce  pas  une  erreur  pour  nootring,  neutring  ? 

(s)  N'est-ce  pas  plutôt  oogring  ? 

(*)  De  Bo  donne  le  west-flamand  haaibaai  «  tumulte,  tourbillon  (du  monde)  ». 


—  187  — 

nam.  ouyot  «  bardane  » 

Le  Dictionnaire  namurois  de  F.  Delfosse,  manuscrit  de  1850,  porte 
«  houyot,  bardane,  glouteron  »,  qui  manque  dans  celui  de  Pirsoul. 
G.,  I,  309,  consacre  un  de  ses  articles  les  plus  faibles  à  ce  mot,  qu'il  écrit 
houjo,  huio  (!)  et  qu'il  identifie  avec  le  liég.  houyot  «  pelote  (de  neige)  »  : 
cela  ne  supporte  pas  la  discussion  (2).  On  prononce  ouyo  à  Namur, 
Lustin,  Vitrival,  Dailly-Couvin  ;  iyo  à  Tourinne-St-Lambert  ;  uwo 
à  Berzée  ;  uyo  à  Houdeng,  Thuin,  Jamioulx  ;  yuyo  à  Vies  ville,  Tilly  : 
types  de  structure  peu  ferme  et  comme  «  dévertébrée  »,  qui  se  dérobent 
à  l'analyse.  Le  gaumais  bihots  «  piquants  du  fruit  de  la  bardane  » 
(BSW  49,  p.  118)  est  d'une  charpente  plus  solide  et  plus  claire,  mais 
le  b  initial  étonne  et  le  h  n'est  peut-être  qu'une  simple  graphie  d'hiatus. 
Pour  Xeufchâteau,  Dasnoy,  p.  401,  donne  wiot.  En  Ardenne  méridionale, 
M.  Ch.  Bruneau  a  noté  avec  précision  des  formes  curieuses,  qu'il  classe 
comme  suit  :  1°  ouyo,  m.  pi.,  Doisches,  Montigny-sur-Meuse  et,  sur  la 
Semois  inférieure,  Bohan,  Rochehaut,  etc.  ;  ouyon  Laforêt,  Mousaive; 
2°  wiyo  Hautmé,  wuyo  Sugny,  gùyo  Levrézy  :  déformation  :  biyo 
Cugnon,  Lacuisine  (3).  Enfin,  à  Ben-Ahin  et  à  Gives  (entre  Andenne  et 
Huy),  j'ai  eu  la  chance  d'entendre  wiho,  forme  complète,  dont  toutes 
les  autres  —  on  le  perçoit  d'emblée  —  sont  des  altérations. 

Nous  retrouvons  ce  wihot  dans  le  patois  rouchi.  En  1812,  Ph.  Del- 
motte  signale  «  wihot-campion,  s.  m.,  grande  bardane,  glouteron  »  (4). 
Sigart  écrit  wiot  et  renvoie  à  son  article  io  io,  dont  le  début  ne  manque 
pas  d'intérêt  : 

io  io  campion,  s.  m.,  bardane;  ne  se  dit  qu'en  ville  [=  à  Mons]  ;  ailleurs 
on  dit  io,  uio,  vio.  D'où  vient  ce  campion  ?  C'est  un  nom  de  famille  assez 
répandu  ;  il  sera  probablement  arrivé  à  quelque  Campion,  avec  les  fruits  de 
bardane,  une  petite  aventure  aujourd'hui  oubliée...  (5). 

Or  wihot  est  un  diminutif  de  Wilhelm  (Guillaume),  lequel,  comme 
tant  de  noms  propres,  peut  prendre  un  sens  péjoratif  :  en  ancien 
français,  en  rouchi,  en  wallon  archaïque,  ivihot  signifie  «  cocu  »  (6). 

(J)  Lire  ouyo,  uyo.  L'aspirée  n'existe  pas  en  namurois.  Voy.  l'art,  bihol. 

(2)  Sur  le  liég.  houyot,  voy.  l'article  hoye,  ci-dessus. 

(3)  Ch.  Bruneau,  Enquête  sur  les  patois  a" Ardenne,  v°  bardane. 

(*)  Essai  d'un  glossaire  wallon  ;  édité  en  1907-1909  ;  Mons,  Bolland. 

(5)  Dict.  du  wallon  de  Mons,  1866,  p.  214.  Cette  explication  de  campion  paraît 
tout  à  fait  plausible.  Pour  io  io,  l'auteur  résume,  en  les  accentuant,  les  propositions 
de  Grandgagnage. 

(6)  Voy.  G.,  II  488,  et  la  note  de  Scheler,  ibid.  —  De  même,  le  w.  iviyême  signifie 
1°  Wilhelm,  Guillaume  ;  2°  benêt,  cœur  patient  (G.,  II  487)  ;  3°  cocu  (Forir). 


—  188  — 

Serait-ce  le  même  que  notre  wihot  «  bardane  »  ?  En  rouchi,  les  deux  signi- 
fications coexistent  (1).  Il  est  vrai  que  les  glossateurs  ont  soin  de  les 
distinguer  en  deux  articles  séparés.  A  première  vue,  le  contraire  serait 
surprenant  :  quel  rapport  peut-il  y  avoir  entre  un  mari  trompé  et  la 
bardane  ?  Pourtant,  lisez  avec  attention  Hécart,  Dictionnaire  rouchi 
(3e  éd.,  1834)  ;  ce  qui  n'était  qu'une  hypothèse  en  l'air  deviendra 
certitude  : 

wio,  fleur  de  la  bardane,  avant  son  épanouissement.  Les  enfants...  cueillent 
ces  boutons  qu'ils  jettent  après  les  passants  en  criant  wio.  Il  paraît  que  cet  usage 
a  également  lieu  en  Languedoc...  ;  wio  peut  être  venu  iïcivile  (aiguille),  d'où 
mile,  willot,  puis  wio,  à  cause  des  croclicts  dont  ces  fruits  sont  armés. 
wio,  cocu.  De  même  en  Picardie... 

N'est-il  pas  plaisant  de  voir  le  brave  Hécart  chercher  au  loin  la  clef 
qu'il  tient  en  main  ?  Sachons-lui  gré  plutôt  de  nous  avoir,  à  son  insu, 
donné  la  solution  du  problème.  En  réalité,  nous  avons  affaire  à  un  seul 
mot  pris  dans  deux  acceptions  différentes.  On  appelle  wihots  les  capi- 
tules de  la  bardane  parce  qu'ils  accompagnent  Pépithète  malsonnante 
que  les  enfants  lancent  après  les  passants  ;  en  d'autres  termes,  ce  sont 
les  projectiles  qu'en  lance  après  les  wihots  (2).  » 

A  propos  du  nam.  ouyo,  on  me  demande  ce  qu'il  faut  faire  du  nam. 
!/"!/"■  Que  Pirsoul  écrit  ioio  et  définit  :  «  amigo  (3).  lieu  où  l'on  enferme 
les  ivrognes  ou  les  vagabonds  avant  de  les  diriger  vers  la  prison  ». 
J'y  vois  le  diminutif  du  prénom  Wihot  (wiyo.  ouyo).  formé  par  redou- 
blement de  la  finale  :  c'est  apparemment  le  nom  d'un  ancien  habitué 
du  violon  ou  du  premier  qui  occupa  ce  local  (4).  Du  moins  c'est,  paraît-il, 
pour  cette  dernière  raison  que  la  prison  communale  de  Virton  s'appelle 
barbazok. 

[BD  1914,  p.  34.  —  «  Votre  étymologie  trouve  une  éclatante  confirmation 
dans  le  fait  que  coupault  (=  cocu)  désigne  également  la  bardane  dans  les  patois 
de  la  Champagne  et  du  Berry  ;  cf.  Rolland,  Flore  populaire,  Vil  137,  où  l'éty- 
mologie  de  cette  dénomination  n'est  pas  indiquée  ».  (Lettre  de  M.  Antoine 
Thomas,  12  juillet  1922).] 

(!)  Delmotte,  wihot  ;  Hécart,  Vermessc,  wio. 

(2)  Panurge,  pour  s'amuser,  jetait  des  glaterons  (aujourd'hui  clouterons  :  bar- 
danes),  «  empennés  de  petites  plumes  d'oisons  ou  de  chappons,  sur  les  robes  et 
bonnetz  des  bonnes  gens,  et  souvent  leur  en  faisoit  de  belles  cornes,  qu'ilz  porteient 
par  toute  la  ville...  Aux  femmes  aussi,  etc.  »  (Rabelais,  Pantagruel,  II  16). 

(3)  Ce  mot,  qui  en  espagnol  signifie  «  ami  »,  est  sans  doute  un  souvenir  de  la 
domination  espagnole.  Ou  le  chercherait  vainement  dans  les  dictionnaires  français, 
mais  il  est  assez,  comiuiu),  en  français  de  Belgique,  pour  désigner  le  «  violon  ». 

(4)  Par  une  nouvelle  extension  de  sens,  le  nam.  appelle  aussi  yoyo  la  voiture  cel- 
lulaire servant  au  transport  des  prisonniers. 


189  — 


w.  pariou 


Pour  G.,  II 195,  ce  mot  dérive  de  pareûse,  paroi.  A  défaut  de  démons- 
tration formelle,  la  filiation  sémantique  qu'il  établit  tend  visiblement 
à  justifier  cette  explication  :  «  1.  proprement,  un  des  carrés  ou  pans  d'une 
cloison  maçonnée  ;  2.  d'ordinaire,  la  cloison  elle-même,  mais  peut-être 
seulement  lorsque,  au  lieu  d'être  maçonnée,  elle  est  faite  en  lattes  de 
torchis  ;  3.  plâtras.  »  —  Remacle,  2e  éd.,  qui  réunit  dans  le  même  article 
pariou  et  payou,  ne  donne  que  le  deuxième  sens  :  «  cloison  ;  ne  se  dit 
que  des  cloisons  lattées  ou  tressées  que  l'on  couvre  avec  le  mortier 
qu'on  appelle  torchis,  quand  on  fait  des  bicoques  de  boue  et  de 
crachats  ».  Remacle  ne  songe  guère  à  faire  de  l'étymologie  ;  s'il  rapproche 
pariou  de  payou,  c'est  qu'il  a  entendu  les  deux  mots  employés  indiffé- 
remment l'un  pour  l'autre. 

En  réalité,  ces  deux  synonymes  ont  une  origine  commune  :  payou, 
c'est  l'anc.  fr.  pailleul  (mur  de  bauge,  de  terre  mêlée  avec  de  la  paille 
hachée),  diminutif  de  paille  :  pariou  (ou  pariou,  comme  on  prononce 
notamment  à  Stavelot)  est  mis  pour  *payeroû.  La  métathèse  du  yod, 
placé  devant  une  liquide,  est  des  plus  fréquentes  :  plôyeroû  (baguette 
ployée,  pour  tendre  aux  grives,  etc.  ;  dérivé  de  ployî,  ployer,  plier) 
peut  devenir  ploriou  (l)  :  gâyeloter  (attifer,  rendre  gây)  =  gâlioter  ; 
côyenès''  (couenneux,  coriace)  =  côgnès'  ;  hâyener  (étaler  sur  des 
hayons)  =  hâgner,  hâgrigner,  etc.  —  Sans  doute,  les  dérivés  en  -eroû 
se  rattachent  d'ordinaire  à  des  Verbes  (cf.  glèfroû,  sam'roû,  de  glèter, 
baver,  samer,  essaimer)  ;  mais,  pour  expliquer  *payeroù,  on  pourrait 
supposer  en  wallon  l'existence  d'un  verbe  payî,  répondant  au  verbe  fr. 
pailler  (couvrir  ou  garnir  de  paille)  ;  ou  encore,  de  même  que  l'anc.  fr. 
linereul,  w.  ligtïroâ  (linot),  se  rattache  à  linière  (champ  semé  de  lin), 
on  pourrait  dériver  payeroâ  des  substantifs  anc.  fr.  paillier  (grenier 
à  paille  ;  paille),  pailliere  (chaumière). 

A  l'appui  d'un  primitif  *payeroû,  on  alléguera  ces  graphies  de  1540 
et  1552  :  les  poilheroux,  paiUeroux,  pailheroux  (d'une  étable),  dans  les 
Cris  du  Perron  (2).  --  En  somme,  pariou,  de  même  que  payou,  est 
à  l'origine  un  nom  de  matière.  On  définira  donc  ces  deux  mots  :  1°  tor- 
chis, c'est-à-dire  mortier  de  terre  grasse  corroyée  avec  de  la  paille 
hachée,  employé  dans  les  constructions  rurales  pour  lier  les  pierres 

(!)  Par  exemple,  à  Stavelot  (BSW  44,  p.  518). 

(2)  D'après  Bormans  et  Boily,  Gloss.  roman-wallon  (partie  inédite). 


—  190  — 

d'un  mur,  garnir  une  cloison,  etc.  (J)  ;  2°  pan  de  mur  en  torchis  ; 
3°  (d'après  G.,  II 195)  plâtras.  —  Voyez  l'article  cWayoû,  p.  66,  où  nous 
avons  abouti  à  la  môme  définition. 
[BD  1913,  p.  62.] 

w.  pawène.  fr.  pote 

G.,  II  204,  signale,  sans  l'expliquer,  le  liégeois-namurois  pawène 
«  gaucher  ».  Notons  d'abord  qu'on  dit  :  «  il  (elle)  est  pawène  »,  et  aussi  : 
«  jouer,  jeter  al  pawène  »  (à  la  main  gauche).  Le  mot  a  donc  deux  emplois 
distincts,  qu'il  faut  ainsi  classer  :  1.  main  giuche  ;  d'où  :  2.  (personne) 
qui  se  sert  habituellement  de  la  pawène.  Pour  la  filiation  sémantique, 
on  comparera  le  gaumais  clitche-pate  «  gaucher  »,  propr.  gauche  patte  ; 
le  rouchi  gambète  «  boiteux  »,  propr.  jambette,  jambe  trop  courte  (2)  ; 
le  liég.  pougnote  (Forir)  et  le  rouchi  manote  (Quevaucamps)  «  qui  n'a 
qu'une  main,  manchot  »,  propr.  petit  poing,  petite  main,  moignon  ; 
le  liég.  pôflète  (G.,  II  203)  «  manchot  »,  propr.  petite  patte  ;  etc. 

Les  deux  sens  de  pawène  se  retrouvent  à  Givet  et  dans  la  province 
de  Namur  (Dinant,  Denée,  etc.)  ;  jadis,  ils  ont  dû  avoir  cours  partout 
où  l'on  ne  signale  aujourd'hui  que  le  premier  (Vonêche)  ou  le  second 
(Stave).  Le  mot  tend  à  se  perdre  :  j'ai  constaté  sa  disparition  à  Bertrix, 
Chairière,  Gros-Fays,  où  il  est  remplacé  par  gôtchîr,  l'opposé  de 
drwatîr  (3). 

Le  suffixe  -ina,  fr.  -ine,  w.  -ène,  a  la  valeur  diminutive  et  péjorative 
(Nyrop,  ni  §  §  264-7).  Le  radical  est  l'anc.  fr.  poue,  poe,  powë  «  patte  », 
qui  représente  le  francique  *pauta,  lequel  a  donné  en  néerl.  pool, 
en  ail.  pjote.  Pawène  était  sans  doute  primitivement  adjectif,  comme 
le  fr.  chaumine,  terrine  ;  on  a  dit  :  «  la  [main]  *pouine  »,  ce  qui  signifiait  : 
«  la  main  qui  ressemble  à  une  petite  patte  ». 

Le  mot  wallon  peut,  je  crois,  éclairer  l'étymologie  du  fr.  pote.  J'avoue 
que  l'article  du  Dict.  gén.  ne  me  paraît  guère  satisfaisant  :  cet  adjectif 
féminin  y  est  déclaré  «  d'origine  inconnue  »  ;  il  est  défini  :  «  gourde  » 
(sens  vieilli)  ;  puis,  par  extension,  «  gonflée  ».  Or,  en  ancien  français,  on 

f1)  Dans  la  vallée  du  Geer,  pariou  n'a  que  ce  sens  :  on  meur  di  pariou,  syn.  ou 
pariouièdje  (mur  fait  de  bois  entrelacés  et  de  mortier).  J'ai  entendu  à  Liège  paliou- 
tèdjc,  palioièdje  (avec  l  pour  r),  payoutèdje. 

(-)  D'après  Hécart,  «  on  donnait  le  nom  de  gambette  au  bâton  dont  les  boiteux 
s'aidaient  à  marcher,  d'où  le  nom  aura  été  transporté  au  boiteux  même  ».  Expli- 
cation ingénieuse,  mais  inexacte.  L'ellipse  est  la  même  que  dans  le  fr.  pied  bot, 
w.  /iîl-u-bole. 

(3)  Voyez  aussi  Bruneau,  Enquête,  I  4!52. 


—  191  — 

ne  le  rencontre  que  dans  l'expression  main  pote  ou  pote  main,  ce  qui 
s'explique  parfaitement  si  l'on  y  voit  un  emprunt  du  moyen  néerl.  pote 
«  patte  »  (1).  La  main  pote,  c'est,  dans  ce  cas,  la  main  pataude,  gauche  et 
lourde  comme  une  patte.  A  l'origine,  le  mot  n'impliquait  pas  déni- 
grement (comme  le  prouve  notamment  l'exemple  du  xne  siècle,  cité 
par  le  Dict.  gén.)  ;  mais  la  nuance  péjorative  «  gourde,  lourde,  grosse, 
enflée,  dont  on  ne  se  sert  qu'avec  peine  »  s'y  rattache  tout  naturellement 
et  subsiste  seule  aujourd'hui.  Voyez  ci-après  l'article  potelé. 

[Romania,  1914,  t.  xliit,  p.  434.  —  Dans  le  manuscrit  de  Lille,  Olla  patetta 
(xme-xive  s.),  publié  par  Seheler  (Revue  de  Vinstï.  publ.  en  Belgique,  t.  xxi, 
p.  269  ;  1878),  chiragra  est  glosé  par  pouette,  où  nous  voyons  le  diminutif  de 
poe  «  patte  ».] 

w.  pèkène  (Verviers) 

Lobet  seul  signale  «  pèkènn,  jet  (2),  ustensile  de  brasseur,  espèce  de 
timbale  dont  il  se  sert  pour  jeter  l'eau  ou  les  matières  dans  le  bac  ». 
G.,  II  207,  insère  le  mot  sans  l'expliquer.  —  C'est  une  altération  de 
l'ail,  becken,  néerl.  bekken  «  bassin  ».  Pour  le  changement  de  l'initiale, 
comp.  bichet,  pichet  dans  le  Dict.  gén.  ;  pour  -kène,  voy.  ci-après  tapkène. 
—  J.  Kinable,  Gloss.  des  brasseurs  [liégeois]  ne  parle  pas  de  notre  mot  ; 
mais  il  a  un  article  chaudron  «  petite  cuve  pourvue  d'une  anse  (BSW  26, 
p.  299).  D'après  un  brasseur  de  Liège  que  j'ai  interrogé,  ce  tchôdron 
sert  au  même  usage  que  la  pèkène  de  Verviers. 

w.  péri  (Faymonville) 

L'excellent  Vocabulaire  de  Faymonville  (BSW  50,  p.  583)  est  seul 
à  noter  le  v.  unipersonnel  péri  au  sens  de  «  être  imputable  à,  dépendre 
de  ».  L'auteur,  M.  Joseph  Bastin,  n'indique  pas  d'étymologie  ;  mais 
il  nous  apporte  des  exemples  précis  et  significatifs,  entre  autres  :  i  périt 
â  consèy  «  cela  dépend  du  conseil  communal  »  ;  i  pèrihrè  a  mes  s'mèles 
si  df  sa  pûhé  «  la  faute  en  sera  à  mes  semelles  si  j'ai  les  pieds 
mouillés  »  ;  etc. 

En  réalité,  le  w.  péri  est  identique  au  fr.  périr,  dans  l'acception, 
disparue  aujourd'hui,  de  «  manquer,  ne  pas  se  faire  ».  Seheler  a  relevé 
dans  les  Chroniques  de  Froissart  trois  passages  qui  attestent  ce  sens  : 

(x)  On  retrouve  ce  mot  germ.  dans  le  rouchi  po!e  «  main  sale  »  (Ellezelles)  et  dans 
le  w.  paie  «  patte  »  (G.,  II  202),  diminutif  pôflèle  (ib.,  203  «  manchot  ».  —  L'anc.  fr. 
empolement,  adv.,  «  sans  soin  »  (God.),  vient-il  aussi  de  là  ? 

(2)  Ce  sens  de  jet  n'est  pas  dans  les  dictionnaires  français. 


—  192  — 

ne  say  à  quoy  che  demora  ne  péri,  x,  286  ;  il  ne  savoient  pas  en  quoi/ 
il  périssait  (à  quoi  cela  tenait),  ix,  483  ;  moi/  et  mes  compai gnons  sçau- 
rions  voulentiers  à  quoi/  il  perist,  xiv.  290  (x).  Godefroy  ne  cite  que  ce 
dernier  texte. 

L'ancienne  langue,  du  moins  dans  le  Nord,  pouvait  donc  user  de  cette 
brachylogie  énergique  :  «  A  quoi  périt-il  ?  »  pour  signifier  :  «  A  quoi 
tient-il  que  cela  ne  se  fasse  pas  ?  »  D'où,  dans  le  dialecte  moderne  de 
Faymonville,  le  sens  positif  :  «  A  quoi  tient-il  que  cela  se  fasse  ?  » 
N'est-il  pas  curieux  de  retrouver  dans  un  coin  perdu  de  la  Wallonie 
cette  survivance  de  l'ancien  français  ? 

[Romania,  1911,  t.  xl,  p.  328.  —  Voici  trois  autres  textes  du  pays  wallon  : 
y  ne  pery  nient  en  yauz  qu'il  ne  nous  euztrissent  fait  une  grande  vilonie  et  injure 
(1401  :  J.  Grandgagnage,  Gloss.  des  coutumes  de  Namur,  p.  28,  v°  mander)  : 
et  priât  al  duc  qu'Un  se  vosist  apparelhier  dedans  ledit  jour,  si  quHlh  ne  perist 
mie  en  li  (J.  d'Outremeuse,  Myreur,  vi  365)  ;  ilh  perist  en  eaux  que  nos  n'avons 
paix  (ib.,  p.  70).  —  Le  Catholicon  de  Lille  a  aussi  un  article  :  «  valco,  valoir, 
povoir  ou  périr  »,  qui  a  embarrassé  l'éditeur  Scheler  et  qui  ^'explique  par  ce 
qui  précède] 

w.  pilaine  (Verviers)       \ 

D'après  Lobet,  pilaine  signifie  «  loquet,  laine  de  la  cuisse  des  mou- 
tons ».  Le  Glossaire  des  Drapiers  de  Bormans  (BSW  9.  p.  280)  enregistre 
ce  mot  verviétois  sans  l'expliquer  et  sans  signaler  que  pillaines  est  dans 
un  texte  liégeois  de  1639  (2).  G.,  II  221.  voudrait  y  voir  un  composé 
de  pî  (pied)  et  de  laine  ;  mais  i  est  bref  d'après  Lobet.  Pour  moi,  pilaine 
est  altéré  de  *pèlaine  (3)  et  se  rattache  à  peler  «  peler  ».  C'est  une  forme 
féminine  tirée  de  pèlaih  (*pellâmen,  fr.  plain)  sous  l'influence  de  laine 
et  des  adjectifs  en  -anus  (dièrain,  -aine  «  dernier,  -ère  »).  Pèlain, 
qui  est  écrit  en  ancien  wallon  pellin  (4),  désigne  une  espèce  inférieure 
de  laine  trop  courte  (5).  Comparez  au  surplus  Pane  fr.  pélaine  (God.) 
«  peau,  fourrure  ». 

(*)  Œuvres  de  Froissart,  t.  xix,  Glossaire  (Bruxelles,  187-1). 

(2)  Chartes  des  Métiers  de  Liège,  II  321  (Charte  des  Flockeniers,  1639)  ;  voy.  ce 
texte  cité  ci-après  à  l'article  waneal,  et  un  autre  exemple  dans  G.,  II  591,  v°  Jette. 

(3)  Le  liégeois  fournit  de  nombreux  cas  du  passage  de  è  protonique  à  i  :  lerlaine, 
liretaine  (BSW  9.  |>.  291  )  :  pèrlôdje  :  pirlâdje  chaire  de  vérité  o  ;  bèrlinne  (wagonnet 
de  houillère),  à  Fléron  birlinne  ;  vèloûde  :  viloûde  «  falourde  »  :  djèrdjète  :  djirdjète 
(Choix,  j).  137)  «  gosier  »  ;  voyez  ci-après  l'article  tèroûlc. 

(4)  Voy.  ci-dessus  l'article  coxhe,  p.  .">.">-."><;. 

(s)  Bormans.  /.  c.  p.  279  ;  Godel'roy,  v"  pelain. 


—  193  — 

liég.  pirou 

De  la  meilleure  vache  du  troupeau,  on  dit  au  pays  de  Hervé  :  c'est 
V  pirou  oV  Vatèlêye.  En  liégeois,  c'est  V  pirou  de  czvârtî  signifie  :  «  c'est 
le  premier,  l'homme  le  plus  en  vue  du  quartier  ».  Cette  dernière  ex- 
pression se  lit  dans  Tâtî  V  pèriguî,  v.  606  ;  pour  l'expliquer,  je  disais 
ce  qui  suit  dans  le  Commentaire  de  cette  pièce  :  «  Sans  doute  une 
déformation  de  Pérou  (le  pays  de  l'or,  l'Eldorado,  d'où  le  pays  par 
excellence),  comme  tend  à  le  prouver  la  forme  namuroise  pèrou  : 
vos  n'estez  nin  V  pèrou  (un  phénix,  un  homme  supérieur)  »  (1).  On 
pourrait  ajouter,  à  l'appui,  cet  exemple  de  Forir  :  ci  n'est  nin  V  Pèrou 
(en  parlant  d'un  objet)  «  cela  n'a  pas  grande  valeur  »  (2),  et  surtout  cette 
phrase  que  j'ai  entendue  à  Liège  :  il  a  trové  V  Pirou  (sic),  en  parlant 
d'un  homme  qui,  subitement,  prend  des  allures  de  richard. 

Je  crois  toutefois  qu'il  existe  ici  deux  termes  différents,  qui,  d'ailleurs, 
comme  le  montre  ce  dernier  exemple,  tendent  à  se  confondre  dans 
l'usage  actuel  :  le  nom  propre  Pérou  (  =  Pérou),  et  pirou,  qui  est  d'origine 
flamande.  Voici  en  effet,  du  Westwlaamsch  Idioticon  de  De  Bo  et  Samyn, 
un  article  dont  je  traduis  ce  qui  concerne  notre  sujet  : 

piro,  piero,m.,  dimin.  piroolje.  Propr.  fr.  pierrot,  c.-à-d.  sorte  de  pierrot  qui, 
aux  fêtes  de  village,  égaie  le  peuple  avec  Paillasse  et  Arlequin.  Il  porte  d'ordi- 
naire un  long  habit  blanc  avec  de  grands  boutons,  et  il  est  toujours  le  dindon 
de  la  farce.  —  Dal  is  de  piero  :  «  c'est  la  fleur,  l'élite  »,  se  dit  proverbialement 
des  personnes  et  des  choses  :  «  C'est  le  piero  des  poètes.  Personne  ne  peut 
le  surpasser  sous  le  rapport  du  chant,  c'est  le  piero.  Ce  vin  est  le  meilleur, 
c'est  le  piero  ». 

Tel  est  exactement  le  sens  de  notre  «  pirou  du  troupeau,  du  quartier  ». 
On  y  verra  donc  un  emprunt  du  f lam.  piro,  piero,  qui  lui-même  reproduit 
le  fr.  Pierrot  (comp.  à  Tourcoing,  pireut  =  pierrot  :  J.  Watteeuw).  — 
On  expliquera  de  même  pirou  «  terme  enfantin  pour  appeler  le  chat  » 
(G.,  II  227).  Comparez  le  flam.  piro  «  nom  qu'on,  donne  à  un  grand  chien  » 
(De  Bo),  le  fr.  pierrot,  qui  se  dit  du  moineau,  et  le  picard  pirot,  pirou 
«  oie  »,  pour  lequel  Corblet,  Gloss.  étym.  du  picard,  invoque  froidement... 
le  celtique  pirou. 

fr.  potelé,  liég.  potale,  pot'ler 

Pour  le  Diet.  général,  le  fr.  potelé  (gras  et  rebondi)  «  semble  dérivé 

(!)  BSW  48,  p.  326. 

(s)  De  même  en  lorrain,  en  parlant  de  personnes  :  f'  n'  al  ni'  lo  Pèrou  (Zeligzon, 
Textes  lorrains,  pp.  390,  405  ;  Metz,   1912). 

i3 


—  194  — 

de  l'adjectif  pote  »  (x).  Je  crois,  pour  ma  part,  que  ces  deux  mots  n'ont 
aucun  rapport  et  que  le  wallon  peut  nous  indiquer  une  piste  meilleure. 

Le  liégeois  pote,  s.  f.,  «  fossette  dans  le  sol  »  —  qui  vient,  comme  on 
sait,  du  germanique  (2)  —  a  donné  les  dérivés  suivants  :  potê  «  flaque 
d'eau  »  ;  —  potale  «  fossette  »,  c.-à-d.  1.  petit  enfoncement  dans  un  mur, 
niche  de  statuette  (3),  2.  petit  creux  sur  certaines  parties  du  corps  :  cet 
enfant  est  tout  à  potales,  ce  n'est  qu'une  potale  de  tout  son  corps  ;  — 
pofler  «  faire  une  potale,  surtout  dans  le  sol  ou  dans  la  paroi  d'une 
galerie  de  mine  pour  y  introduire  le  bout  d'un  étançon  »  (4).  —  G., 
II  250,  croit  devoir  en  séparer  pofler,  v.  n.,  «  bouffir  »  et  si  pofler  «  se 
froncer,  se  crépir,  se  gripper  ».  En  réalité,  il  s'agit  du  même  mot.  Une 
étoffe  qui  poflêye  ou  qui  s'  poflêye  (on  dit  les  deux  en  liégeois)  forme 
des  creux  et  des  bosses  ;  trop  tendue,  elle  se  boursoufle  à  certaines 
places  et  se  creuse  à  côté  :  fossettes  et  bossettes  sont  inséparables  (5). 
Le  mot  pofler  tire  son  origine  des  fossettes  que  présente  l'objet  ;  il  est 
naturel  toutefois  que  cette  image  primitive  puisse  ensuite,  dans  certains 
cas,  s'effacer  devant  l'image  complémentaire,  qui  a  plus  de  relief  (6). 

Ce  qui  précède  s'applique  au  fr.  potelé,  qu'il  est  difficile,  à  mes  yeux, 
de  séparer  du  liég.  poteler.  Si  notre  dialecte  ne  semble  pas  connaître 
ce  participe-adjectif  au  sens  particulier,  que  le  français  lui  attribue, 
c'est  pur  accident  et  caprice  de  l'usage  (7).  Que  le  français  dise  d'un 
enfant  gras  et  rebondi  qu'il  est  tout  potelé  et  le  liégeois  tot-a  potales 
(tout  à  fossettes),  voilà  qui  est  significatif  et  de  nature  à  faire  supposer 

(!)  Sur  l'étymologie  du  fr.  pote,  voy.  ci-dessus  l'art,  paivène. 

(2)  G.,  II  249.  De  l'anglo-saxon  pytl,  moyen  néerl.  put,  putte,  moyen  bas  ail. 
putte,  etc.,  où  l'on  voit  généralement  un  emprunt  du  lat.  puteus  :  puits. 

(3)  En  rouchi,  d'après  Hécart,  patelle  «  petit  enfoncement  dans  un  mur  (qui  en 
indique  la  propriété)  ».  —  Godefroy,  v°  postele,  confond  deux  mots  différents.  Son 
dernier  exemple,  tiré  des  Coutumes  de  Bruxelles,  doit  être  mis  à  part  :  la  potelle  dont 
il  y  est  question  est  celle  de  Hécart,  w.  potale.  Voy.  aussi  Delmotte  :  baide,  potelle. 

(4)  De  là  :  1.  dipofler  «  déchausser  (un  arbre)  en  poflant,  en  creusant  une  potale 
autour  du  pied  »  ;  il  faut  distinguer  ce  verbe  de  2.  dipofler  «  déhancher,  luxer  ;  pro- 
prement :  ôter  de  la  potale  ». 

(5)  D'un  terrain  accidenté,  on  dira  :  ce  n'est  que  fosses  et  bosses.  En  parlant  d*un 
enfant  potelé,  j'ai  entendu  à  Liège  la  jolie  expression  :  «  un  petit  ptff  et  mot''  »,  c.-à-d. 
plein  de  potes  (fosse^)  et  de  mottes. 

(6)  Comparez  :  H  tire  (si)  poflêye,  lès  s' minées  vont  v'ni  foû  (Liège),  «  la  terre  se 
boursoufle,  les  semences  v(  nt  germer  ;  [on  voit  que  le  tabac  est  mûr  quand] 
lèsfouyes  potèlnui  (Fleuras  :  BSW  ;;8,  p.  180)  «  les  feuilles  se  bossellent  ». 

(')  Le  Diet.  wallon  (verviétois)  de  Lobet  seul  a  un  article  :  pottlé  «  potelé,  gras  et 
plein  .  Je  crois  que  ce  n'est  pas  conforme  à  l'usage  wallon,  du  moins  à  Liège.  Ce 
doit  être  un  gallicisme. 


—  195  — 

une  origine  commune  ;  je  ne  puis  croire  à  une  simple  coïncidence. 
Autre  argument  :  pote  éveille  une  idée  désagréable  qui  ne  peut  convenir 
à  potelé.  Au  contraire,  si  l'on  explique  ce  dernier  par  :  «  plein  de  fos- 
settes »,  l'image  est  délicate  ;  elle  convient  aux  exemples  les  plus 
anciens  et  donne  à  l'expression  plus  de  fraîcheur  et  de  grâce  (x). 
[Romania,  t.  xlv  (1919),  p.  189.] 

w.  prat'ler  (Verviers) 

Le  verviétois  prat'ler,  d'après  J.  Franck  (BSW  53,  p.  420),  signifie 
«  bavarder,  faire  la  causette  ».  Un  poète  du  terroir,  Martin  Lejeune, 
dit  en  effet  dans  le  même  sens  :  vo-V-la  qui  prat'Uye  so  V  soû  avoa  lès 
wèzènes  (ib.,  40,  p.  153).  De  même,  à  Clermont-Thimister,  d'après  le 
Dr  Randaxhe,  prat'ler  signifie  «  bavarder  à  tort  et  à  travers,  faire  de 
longues  causeries  »  :  un  prat'leû  ou,  en  parlant  d'un  homme  aussi  bien 
que  d'une  femme,  une  prateule,  c'est  un  moulina  paroles,  un  bavard 
inconsidéré,  qui  invente  souvent  pour  le  plaisir  de  caqueter  :  cila,  c'est 
V  pus  fameuse  prateule  quu  v'  sârîz  trover  ;  c'est  tos  prat'lèdjes  «  c'est 
tous  commérages  ».  De  même  encore  à  Trembleur,  où  l'on  prononce 
brad'ler,  i  brad'lêye  «  il  bavarde  de  choses  insignifiantes  ».  D'autre  part, 
d'après  J.  Feller,  le  verv.  prat'ler  ou  je  /'  prate,  s.  f.,  c'est  «  tenir  des 
propos  flatteurs  et  caressants  »  :  nu  v'nez  né  eo  je  V  prate  âtoil  d'  mi, 
savez  !  «  ne  venez  pas  encore  me  flatter,  me  caresser  pour  obtenir 
quelque  chose  ».  —  Ce  dernier  sens  est  dérivé  :  l'idée  de  flatterie  inté- 
ressée s'attache  naturellement  à  la  loquacité  qui  s'exerce  «  autour  » 
d'une  personne,  en  vue  de  la  circonvenir  et  de  la  gagner.  Au  surplus, 
le  verviétois  a  emprunté  ce  mot  au  dialecte  d'Aix-la-Chapelle,  où 
prattele  (bavarder  bruyamment)  se  dit  surtout  du  parler  des  Wallons  (2). 
—  On  sait  que  le  néerl.  praten  (bavarder),  praat  (babil,  caquet)  a  donné 
d'autre  part  le  nam.  praute  (conte,  quolibet),  prauteler  (dire  des  contes  ; 
G.,  II  255). 

liég.  prèhale 

D'après  G.,  II  255,  le  liég.  prèhale,  prihèle  (3).  prihyèle,  dérive  de  pris 
(=   caillé).   La  phonétique  contredit  cette  assertion   :   on  aurait  eu 

i1)  Godefroy,  x,  387.  Le  premier  exemple,  d'après  le  Dict.  gén.,  est  de  Christine 
de  Pisan  (xive-xve  s.)  :  «  Si  ne  furent  ne  noires  ne  halees,  Mais  comme  Hz  blanches 
et  potellees  ».  —  Voy.  aussi  God.,  vi,  340,  v°  polelet,  dont  la  finale  a  subi  l'influence 
probable  de  grundelet,  grasselet,  tendrelet. 

(2)  Muller,  die  Aachener  Mundart  (Aachen,  183G).  —  A  Eupen,  prattele  signifie 
«  cuire  bruyamment,  bouillir  »,  comme  le  néerl.  pruttelen. 

(3)  G.  écrit  à  tort  prihèle.  Si  cette  forme  existe,  ce  ne  peut  être  que  par  une  fausse 
analogie  avec  prîhon  :  prison. 


—  196  — 

*prèzale,  *prizale,  comme  on  a  prèzeûre,  prizeûre  «  présure  ».  Au  reste, 
j]  suffira  de  compléter  les  données  de  G.  pour  que  l'étymologie  se  dégage 
d'elle-même. 

Outre  les  trois  formes  susdites,  dont  les  deux  dernières  surtout 
existent  avec  le  sens  de  «  fromager  »  à  Liège,  Visé,  Verviers,  Thimister- 
Clermont  (BD  1910,  pp.  52,  55),  il  faut  considérer  :  prèhyale  (Faymon- 
ville),  prépaie  (Malmedy,  Stavelot)  «  cuvelle  »  (1)  ;  —  prèhale  (Huy), 
t.  de  vigneron,  «  récipient  avec  trous  qu'on  place  au-dessus  du  pres- 
soir »  ;  —  prèchale  (Awenne),  prihyèle  (Thimister)  «  presse  pour  extraire 
le  jus  des  fruits  dont  on  fait  le  cidre,  le  vinaigre  et  le  poiré  »  (2).  Cette 
dernière  acception  éclaire  suffisamment  l'origine  de  notre  mot  :  une 
prèhale,  c'est  tout  d'abord  un  instrument  pour  pressurer  les  fruits  ou 
le  fromage  (3)  ;  c'est  ensuite  le  récipient  de  la  presse,  et  enfin  une  sorte 
de  cuvelle. 

On  objectera  que  le  diminutif  de  presse  serait  *prèssale.  Cela  est 
vrai  ou  du  moins  vraisemblable  (4).  Mais,  en  tenant  compte  surtout 
de  prèhyale,  qui  est  assurément  la  forme  la  plus  ancienne,  nous  pouvons 
invoquer  un  type  latin  *pressia,  qui  lève  toute  difficulté  (5). 

Normalement,  le  groupe  -hy-  devient  ch  au  Sud  et  perd  son  élément 
palatal  y  en  liégeois-verviétois  (6)  :  prèhyale,  prihyèle  se  réduisent  ainsi 
à  prèhale,  prihèle.  Reste  la  singularité  de  prihyèle.  Je  crois  que  cette 
forme  provient  de  prèhyale,  dont  la  finale  s'est  modifiée  sous  l'influence 
de  hyèle  (écuelle)  ;  la  protonique  à  son  tour  sera  devenue  i  par  dissimi- 
lation  et  aussi  sous  l'influence  de  pris  (comp.  prèzeûre  :  prizeûre). 

(*)  Villers  écrit  prèale  (G.,  II  255)  ;  mais  on  prononce  prèyale.  La  chute  de  h  est 
remarquable. 

(2)  La  quantité  pressée  ^'appelle  la  prèchUéye  à  Awenne. 

(3)  On  peut  comparer  Meyer-Lùbke,  n°  3057.  Je  ne  sais  d'où  cet  auteur  a  pris 
le  w.frehal  (!),  qu'il  rattache  au  lat.  jiscella  «  fromager  »,  anc.  fr.feisselle.  Il  y  a  sans 
doute  erreur  de  lecture  pour  prehal. 

(4)  Le  wallon  présente  toutefois  des  exemples  curieux  de  ss  traité  comme  ssy. 
Tels  ces  diminutifs  de  bosse  et  de  fosse  :  bochale  (Awenne)  «  avoine  dressée  et  liée  à 
la  tête  seulement  »  [bossale  à  Marche-en-Famenne]  ;  — fohale  (G.,  II  526)  «  partie 
creuse  d'une  ondulation  de  terrain  »  [fochale,  m.  s.,  à  Marche-en-Fam.,  tandis  que 
fossale  y  signifie  «  fossette  à  la  joue  »].  —  En  revanche,  x  >  ss  dans  :  assi,  massale, 
passé,  passon,  tesson  (axilem,  maxillam,  *paxellum,  *paxonem,  taxonem). 

(5)  Le  type  *pressia  (presse,  cohue)  est  dans  Meyer-Lùbke,  n°  6743,  pour 
expliquer  l'italien  prescia.  —  Comp.  *crassia  (graisse)  =  w.  cràhe  ;  *grossia: 
anc  fr.  groisse  ;  *latia  :  anc.  fr.  laise  ;  *spissia  (anc.  fr.  espeisse)  =  w.  spèhe 
(Stavelot)  «  épaisseur  d'un  bois,  fourré  »,  d'où  le  nom  de  famille  Delsupexhe. 

(6)  Voyez  ci-après  l'article  wahète. 


—  197  — 

liég.  purlê 

Dans  le  langage  du  houilleur  liégeois,  un  purlê  c'est  un  petit  massif 
(stok)  ou  petit  pilier  (pilé)  de  charbon,  qu'on  laisse  dans  la  couche  pour 
soutenir  le  toit  de  la  galerie  ou  pour  une  autre  raison.  Nous  y  recon- 
naissons le  diminutif  de  pilé  (latin  pilare,  anc.  fr.  piler  :  pilier).  La 
forme  régulière  serait  *pilerê,  qui  répond  à  l'anc.  fr.  pilerial  (dans  un 
texte  du  XIIe  siècle  :  Dict.  gén.,  v°  cimaise).  De  là,  *pirlê  par  métathèse 
(voy.  l'article  gorlète)  ;  puis  purlê,  par  assourdissement  de  la  voyelle 
protonique  (x). 

anc.  fr.  racueudre,  racheudre  (!) 

Godefroy  fait  un  article  :  «  racueudre,  racheudre,  v.  a.,  atteindre 
rejoindre  »,  pour  deux  exemples  du  chroniqueur  liégeois  Jean  d'Outre- 
meuse,  Myreur  des  histors,  I  188,  II  403.  Nous  y  lisons  :  [il  le]  rachusut 
ou  racusut  ;  ce  qui  signifie  en  effet  .  «  il  l'atteint,  il  le  rejoint  »  ;  mais 
Godefroy  a  tort  d'y  voir  un  composé  de  cueudre  (cueillir).  Il  oublie 
que,  trois  pages  plus  haut,  son  article  raconsuivre  enregistre  deux  autres 
exemples  du  même  auteur  (2),  où  raconsuit  et  raconseut  ont  exactement 
la  même  signification.  En  réalité,  rac(h)usut  n'est  qu'une  forme  wal- 
lonne de  raconsuit  ;  le  liégeois  moderne  dit  encore  rak'sût,  du  verbe 
raWsûre  «  rattraper  (qqn)  ».  'Il  faut  donc  rayer  l'article  racueudre  et 
ranger  sous  raconsuivre  les  deux  textes  qui  en  sont  arbitrairement 
séparés. 

[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  571.] 

w.  rakète 

G.,  II  272,  a  ces  deux  articles  : 

1.  rakète  (ratissoire)  Lobet.  De  racler, 

2.  rakète  (fruit  qui  "n'est  pas  parvenu  à  maturité)  Lobet,  Villers.  Ainsi 
nommé  parce  qu'il  racle  le  gosier  ou  les  boyaux. 

1.  Les  dictionnaires  français  ne  connaissant  la  ratissoire  que  comme 
outil  de  jardinier,  il  importe  de  noter  que  Lobet  développe  sa  défini- 
tion par  cette  glose  :  «  outil  de  boulanger...  qui  sert  à  détacher  la  pâte 
du  pétrin  ».  — ■  L'explication  de  G.  est  aussi  trop  sommaire.  Si  le  terme 
signalé  par  Lobet  vient  de  racler  (qui  se  dit  racler  en  w.  et  que  Lobet 
écrit  rauklé),  ce  ne  peut  être  que  par  l'intermédiaire  du  fr.  dial.  raclette 

(*)  Voyez  (p.  104,  n.  3)  l'article  furzêyc. 

(*)  Myreur,  n  492,  ïv  192.  Ajoutez  u  111  :  «  ilh  ont  raconseus  les  Huens  ». 


—  198  — 

(à  Neufchâteau  :  la  râclète  du  V  mê).  Le  verviétois  ràkète  n'a  donc  rien 
d'indigène  :  c'est  du  français  estropié  (1).  Les  termes  proprement 
wallons  sont  rèzîre  (liég.),  rèzî  (verv.  :  Lobet  ;  =  «  *rasière  »),  razète 
(nam.  et  rouchi),  râclète  (chestrolais). 

2.  L'explication  de  G.  est  plus  ingénieuse  que  solide.  Il  ne  s'agit 
plus  ici  d'un  terme  vare,  ou  du  moins  isolé,  emprunté  du  français,  mais 
d'un  mot  de  frappe  bien  wallonne,  attesté  dans  la  région  de  Malmedy, 
de  Verviers  et  de  Hervé.  Nous  y  voyons  une  forme  variée  du  liég.  -ard. 
crakète  «  fruit  mal  venu,  rabougri  »  (G.,  I  135).  De  même,  le  w.  crakète 
«  petite  vache  chétive  »  (ard.  :  Body,  Voc.  des  Agric.  ;  pays  de  Hervé) 
devient  en  rouchi  raquéte  «  génisse  fort  maigre  »  (Hécart).  De  même 
encore,  crakète  «  crécelle  »  (verv.  :  Lobet  ;  picard  :  Corblet)  se  réduit  à 
rakète  en  namurois.  Pour  cr  initial  se  réduisant  à  r,  voy.  une  note  de 
l'article  ranse. 

hesb.  rakiner,  nam.  rascrakiner 

G.,  II  282,  note  sans  l'expliquer  l'expression  namuroise  :  rascrakiner 
lès-ouchas  «  ronger  les  os  »,  et  M.  Boigelot,  de  Namur  :  rascrakiner  «  se 
restreindre  en  tout  pour  faire  des  économies  ».  Pirsonl  écrit  :  ràscakiner 
«  ronger  les  os  ;  retourner  ses  poches  pour  retrouver  quelque  chose  qui 
doit  s'y  trouver  ».  A  Stave,  racraskinè  signifie  :  «  ramasser  minutieuse- 
ment »  ;  à  Huy,  racrakiner  ou  racakiner  :  «  recueillir  les  dernières 
grappes  oubliées  dans  les  vignes  ».  De  même,  ràscakiner  (Gives,  Ben- 
Ahin,  Falmignoul),  racaskiner  (Meeffe),  racaskinè  (Givet,  Marche-en- 
Famenne),  racrakiner  (Crehen),  racakiner  (Bleret,  Bergilers)  :  «  recueillir 
les  derniers  fruits  restés  sur  l'arbre  »  (2). 

Cette  dernière  acception  est  générale  dans  les  campagnes  de  Namur 
et  de  la  Hesbaye.  Elle  doit  être  considérée  comme  primitive.  Il  faut 
en  effet  partir  de  la  forme  pleine  ra(s)crakiner,  altérée  çà  et  là  en 
ra(s)cak-  (chute  de  r  par  dissimilation),  racrask-  (métathèse  de  s  préfixe), 
rac{r)âk-  (assourdissement  de  a,  résultant  de  Famuïssement  de  cet  .9). 
Nous  y  reconnaissons  le  thème  crak-  des  mots  suivants  :  liég.  et  ard. 
crakète,  à  Ben-Ahin  crakine,  ard.  crakiti  «  fruit  mal  venu,  rabougri  » 
(G.,  I  135  ;  Body,  Voc.  des  Agric),  nam.  cratchot,  -ote  «  rabougri,  en 
parlant  d'un  fruit  »  (3).  Sur  le  type  du  nam.  rasgoter  (où  ras-  =  lat. 

(x)  Pour  la  réduction  de  cl  à  k,  voy.  l'article  akinâve. 

(2)  J'ai  noté  en  1890  racrokiner  à  Hannut  ;  influence  de  croc'  «  croc  ». 

(3)  A  Stave  et  à  Fosses-lez-Namur  :  BSW  52,  p.  125.  Pirsoul  ne  donne  que 
cratchote  «  petite  pomme  ».  Cratchot  vient  de  *crak-illot,  *crak-yot.  —  Ajoutez 
crakion  (Alle-sur-Scmois)  «  trognon  de  pomme  ou  de  poire  »   =  râkion  (Fauvillers). 


—  199  — 

re-ad-ex-),  liég.  ragoter  «  égoutter,  recueillir  les  dernières  gouttes  », 
s'est  formé,  à  l'aide  du  suffixe  -hier,  le  verbe  ra(s)crakiner,  qui  signifie 
proprement  :  «  recueillir  les  fruits  de  qualité  inférieure  qu'on  dédaigne 
dans  la  hâte  de  la  grande  cueillette  »  ;  d'où,  en  général  :  «  ramasser 
minutieusement  »  ;  puis,  spécialement  :  «  ronger  (des  os),  rogner  (sur 
la  dépense),  vider  ses  poches  ou  le  fond  de  sa  bourse  ». 

M.  Alph.  Maréchal  a  noté  à  Racour  (Linccnt  :  Hesbaye)  une  forme 
rakiner,  qui  s'éloigne  des  précédentes.  Est-ce  une  réduction  plus  forte 
de  racakiner  ou  doit-on  invoquer  le  néerl.  raken  «  râteler  »  ?  Nous 
admettrons  plutôt  qu'un  verbe  simple  crakiner  (x)  a  subi  l'aphérèse 
du  c  initial.  Sur  ce  phénomène,  voy.  ci-après  une  note  de  l'article  ranse. 

w.  randje.  rindje,  rindjète  (Malmedy) 

G.,  II  311,  a  l'article  :  «  ringète  (Malmedy)  «  une  bouche  »  (sic),  qu'il 
tient  sans  doute  d'une  mauvaise  copie  de  Villers.  Le  manuscrit  original 
de  Villers  (1793)  porte  :  «  rinjette,  s.  f.,  une  boucle  ».  Il  faut  écrire 
rindjète.  diminutif  de  rindje,  randje  «  boucle  [de  soulier]  ».  qui  vient  de 
Pane.  h.  ail.  hringa  (boucle)  ;  voy.  G.,  II  277.  -  -  La  forme  première 
rindje,  archaïque  à  Malmedy,  survit  à  Faymonville  ;  elle  est  devenue 
randje  à  Malmedy  (Scius,  1893).  Ce  passage  de  ë  à  à  mérite  d'être 
remarqué  ;  comp.  l'article  sâpreû.  —  Les  mots  wallons  rindje  (randje), 
rindjète  devraient  figurer  dans  Meyer-Ltibke.  n°  4208,  à  côté  de  l'anc. 
fr.  renge  (range)  «  boucle  du  ceinturon  ». 

liég.  et  anc.  fr.  ranse 

G.,  II  279,  définit  le  liég.  ranse  par  «  crêpe  :  étoffe  »  (2).  Pour  préciser, 
disons  qu'une  ranse  désigne  une  bande  de  crêpe  noir  qu'on  porte,  en 
signe  de  deuil,  autour  du  chapeau  ou  autour  du  bras  gauche.  Le  mot 
est  bien  connu  à  Liège,  Verviers,  Malmedy  ;  on  le  cherche  vainement 
dans  les  glossaires  des  autres  régions.  —  Nous  y  reconnaissons  le 
germ.  kranz,  krans  «  couronne  »  (3),  avec  réduction  de  cr  initial  à  r, 

(!)  Signalé  à  Rosoux-Goyer  par  A.  Xhignesse  :  qwand  on-z-a  coclou  (cueilli),  lès- 
èfants  vont  crakiner. 

(2)  Pour  toute  explication,  G.  ajoute  :  «  Comp.  reize  :  linon  clair  ?  ».  Mais  le 
rouchi  reize  n'a  que  faire  ici  ;  voy.  Hécart,  aux  mots  reize,  réze,  rèche. 

(3)  Villers,  Dict.  malm.  (manuscrit,  1793),  donne  le  diminutif  cranskène,  s.  f. 
«  tour  de  chapeau  en  or  ou  en  argent,  une  ganse  ;  alentour  d'un  plat  de  choux, 
accompagnement  de  saucisse  ou  cochonnade,  relevé  ».  Terme  aujourd'hui  inusité.  — 
Bormans,  Vocab.  des  houilleurs  liégeois,  a  le  verbe  cranskiner  «  combler  la  coufâde 
ou  la  berlainc  à  la  main  avec  de  grosses  houilles  ou  des  pierres  ».  Terme  aujourd'hui 


—  200  — 

phénomène  qui  a  lieu  surtout  dans  des  mots  d'origine  germanique  (1). 
On  a  dit  d'abord  :  une  ranse  de  crêpe  »,  puis  le  déterminatif  s'est  sous- 
entendu.  —  Le  sens  primitif  apparaît  encore  dans  Pane.  fr.  ranse.  que 
Godefroy  donne  sans  traduction,  avec  ce  texte  de  1480  :  «  Atour  rond, 
a  la  façon  de  Portugal,  dont  les  bourreletz  estoient  a  manière  de  ranses 
et  passoient  par  derrière  ainsi  que  pattes  de  chapperons  pour  homme  » 
(O.  de  la  Marche,  ap.  Laborde,  Emaux).  Nous  expliquerons  les  mots 
soulignés  par  :  «  disposés  en  guise  de  couronnes  »  ;  voyez  la  figure,  dans 
le  Larousse  illustré,  atour,  et  comparez  le  fr.  crancelin,  qui  vient  de 
l'ail,  krànzlein. 

[Romania,  t.  xlv  (1919),  p.  191.] 

liég.  râtchâ  ;  nam.  rinkinkin 

Le  liég.  râtchâ  signifie  «  discours  long  et  fastidieux  »  (2).  On  trouve 
les  formes  rontchâ  (Liège  :  je  on  — ,  BSW  23,  214),  rantchâr  (d'où  le 
verbe  rantchâmer,  à  Jupille  :  ib.,  46,  202),  râtchâr  (Verviers,  Nesson- 
vaux  :  miner  on  grand  —  «  grommeler  beaucoup  à  propos  de  rien  »  : 
G.,  II  264),  et  enfin  rintchâr  à  Blegny-Trembleur,  au  N.  de  Liège.  Le 
mot,  comme  on  voit,  appartient  à  l'extrême  N.-E.  de  la  Wallonie.  — 
Pour  expliquer  le  radical,  G.  invoque  le  type  latin  rascare,  qui  a 
donné  le  w.  ràhî  (racler,  frotter,  crisser,  bruire)  ;  mais  il  est  manifeste 
que  rahî  et  râtchâ  ne  peuvent  avoir  même  origine.  Je  m'adresserai 
plutôt  au  néerlandais  archaïque  ringhen  (sonner,  faire  entendre 
un  son  ;  diminutif  moderne  rinkelen,  jouer  avec  de  petits  morceaux 
de  métal  percé,  d'où  :  faire  du  bruit  ;  comp.  l'angl.  ring,  faire  résonner, 

inusité,  qui  signifie  proprement  «  eouronner  »  (le  euffat,  le  wagonnet).  —  Enfin, 
cranse,  à  Habay-la-Neuve,  désigne  un  «gâteau  rond  à  centre  vide  »  (BSW  34,  p.  290), 
et  kranz,  prononcé  à  l'allemande,  signifie  à  Malmedy  :  «  pâtisserie  en  forme  de 
couronne  ».  Ce  sont  des  emprunts  de  date  moins  ancienne  que  ranse. 

(1)  Comparez  Cransina,  au  vme  siècle,  ruisseau  appelé  aujourd'hui  Ransenne 
(Chartes  de  l'abbaye  de  Stavelot-Malmedy,  I  60)  ;  fr.  cracher  :  liég.  rètchî  ;  crâive 
et  râwc  «  crosse  »  (Body,  Voc.  des  tonneliers  :  BSW  10,  p.  243)  ;  fr.  crafe,  rafle  (Dict. 
gén.)  ;  fr.  rituel  (Littré),  un  des  noms  vulgaires  du  grillon,  sans  doute  pour  criquet 
(Scheler)  ;  voyez  ci-dessus  les  articles  rakète,  rakincr  et  comparez  encore  le  w. 
grinâte,  rciiâte  «  crevette  »  :  flamand  gernaat  (Defrecheux,  Faune,  p.  109). 

(2)  Exemples  :  fé  bêcô  dès  ràtchàs,  faire  beaucoup  de  remontrances  importunes, 
de  récriminations  monotones,  ou  de  contes  ridicules  ;  dji  »'  hoûte  nin  (os  vos  râtcliâs, 
je  n'écoute  pas  tous  vos  bavardages  ;  c'est  todi  V  minme  ràtchà,  c'est  toujours  la 
même  ritournelle.  Le  mot  manque  dans  Cambresier,  Remacle,  Lobct,  Hubert, 
Forir,  etc. 


—  201  — 

retentir  ;  voy.  Franck-van  Wyk,  rinkel).  Ce  radical,  combiné  avec  le 
suffixe  augmentatif  et  péjoratif  -ard,  aura  donné  d'abord  rintchâr, 
forme  que  j'ai  notée  à  Trembleur,  près  de  la  frontière  linguistique. 
Pour  le  passage  de  la  protonique  e  à  à  (d'où  à,  0),  voyez  une  note  de 
l'article  sâpreû.  Le  sens  premier  serait  donc  :  bruit  monotone,  semblable 
à  celui  du  hochet  que  l'enfant  agite  sans  cesse  ;  d'où  :  flux  de  paroles 
insignifiantes  ou  agaçantes. 

En  tout  cas,  le  verbe  néerl.  rinkinken  (faire  du  tintamarre  ;  forme 
allongée  derinkelen)  a  passé  comme  substantif  dans  le  dialecte  namurois: 
fé  do  rinkinkin  (G.)  «  se  rebéquer  »,  je  di  s'  rinkinkin  (Pirsoul)  «  faire 
de  ses  embarras  ».  L'explication  donnée  par  G.,  II  311,  doit  être 
écartée. 

w.  rature  (Verviers) 

Il  faut  rapprocher  ces  deux  articles  de  Grandgagnage  : 

s'Rater  's'abstenir )  Lobet.  Même  mot  que  fr.  rater  (manquer  son  coup),  dont 
l'étym.  n'est  pas  certaine  ;  voy.  Scheler. 

Sraté  (s'abstenir)  Lobet  ;  =  si  rater  ?  avec  une  acception  analogue  à  celle 
du  fr.  ratier  ?  donc  propr.  s'abstenir  par  caprice. 

Les  deux  articles  se  répètent  (II  285  et  391)  sans  que  le  lecteur  en 
soit  averti.  Mais  cette  inadvertance  n'est  rien  à  côté  de  l'erreur  grave 
qu'il  était  pourtant  facile  d'éviter.  Le  Dict.  (verviétois)  de  Lobet  écrit 
«  srater  »,  qu'il  faut  lire  s'  ratère  ;  quand  le  v.  est  de  la  Ie  conjugaison, 
Lobet  écrit  é  :  «  sratrapé,  sravizé  »  =  s'  ratraper,  s'  raviser.  Le  même 
lexicographe  enregistre  p.  58  :  «  ater  [lire  atére],  attraper,  atteindre, 
saisir  »,  et  p.  578  :  «  ter  [lire  tété],  tenir  ».  On  dit  aussi  à  Verviers  ratére 
(retenir),  qu'il  oublie  de  noter  à  la  lettrine  R.  —  La  conjecture  de  G. 
tombe  ainsi  d'elle-même. 

Tère,  doublet  verviétois  de  fni  (tenir),  s'est  probablement  dégagé  du 
futur  térè,  liég.  tinrè,  ou  s'est  formé  sur  le  type  1ère,  1ère  (lire,  lirai). 

[Mélanges  Kurth,  1908,  t.  II,  p.  322.  —  G.,  I  33,  commet  une  autre  erreur  à 
propos  du  verv.  atére  («  atteindre  »),  qu'il  tire  du  lat.  atlingere.  C'est  un  doublet  de 
afni  «  tenir  à,  toucber  à  »,  anc.  fr.  attenir.] 

w.  ratro 

D'après  G.,  II  285,  le  malmédien  ratro  signifie  «  1.  raccroc,  retard  ; 
2.  mercuriale,  réprimande  ».  La  source  de  G.  est  le  dictionnaire  manus- 
crit de  Villers  (1793),  lequel  porte  textuellement  :  «  ratrot,  s.  m.,  buffe 


—  202  — 

mercuriale,  réprimande  ;  il  signifie  aussi  retardement,  hanicroche  ». 
G.  a  modifié  l'ordre  des  significations  parce  qu'il  considère  ratro  comme 
une  altération  de  raccroc.  Il  faut  remarquer  toutefois  que  Villers  a 
aussi  un  article  racrot  «  accroc,  obstacle,  embarras  dans  une  affaire  »; 
et  qu'en  définissant  ratrot,  il  ne  songe  pas  à  «  raccroc  »  :  il  tient  même 
pour  secondaire  le  sens  de  «  retardement  ».  De  son  côté,  Dasnoy  ne 
voit  dans  le  chestrolais  rattrot  qu'un  synonyme  de  chatou  «  semonce  ».  — 
Le  mot  est  ou  du  moins  était  aussi  liégeois.  On  le  trouve  dans  les 
Hypocondes  (1750)  :  i  vint  (Vavu  on  bon  ratro  «  il  vient  d'avoir  une 
sévère  leçon  ».  L'éditeur  Bail! eux.  qui  ajoute  en  note  :  «  Il  faut  proba- 
blement lire  racro  »  (x).  verse  dans  la  même  erreur  que  Grandgagnage. 
Il  faut  voir  en.  effet  dans  ratro  (ou  mieux  ratros)  le  déverbal  de  ratrossî. 
Villers  ne  donne  que  le  malm.  su  ratrossî  «  trousser  sa  robe,  ses  vête- 
ments »  ;  mais  ratrossî  est  connu  1°  à  Seraing  et  à  Fléron  (près  de  Liège), 
au  sens  propre  :  «  relever  »  (un  tas  de  houille,  de  briques,  de  bois,  etc.), 
le  rendre  plus  élevé  et  moins  étendu,  par  ex.  pour  dégager  un  pas- 
sage (2)  ;  —  2°  à  Liège,  au  sens  figuré  du  fr.  pop.  «  ramasser  »  qqn..  le 
maltraiter  de  coups  ou  de  paroles  :  i  s'a  jet  ratrossî  cVon  messe  gos'  «  il 
s'est  l'ait  rosser  d'importance  ».  litt.  «  d'un  maître  goût  »  (3,).  Le  w. 
ratros  répond  donc  au  fr.  pop.  et  dial.  «  ramasse  ».  Pour  la  formation, 
comparez  embarras,  ramas,  rabais,  tracas,  etc.  Le  sens  de  «  retarde- 
ment »,  donné  par  Villers,  peut  résulter  d'une  confusion  avec  racro. 

liég.  rav'rouhe 

G.,  II  287,  a  cet  article  : 

raverouhe,  raverou,  ràberouhe  (la  rave  sauvage,  ravenelle  des  moissons  : 
raphanus  raphanistrum.  ou  la  moutarde  ou  sénevé  des  champs  :  sinapis  arvensis; 
Rouchi  raveluque,  raveluque  (sorte  de  sénevé),  picard  raveluke  (rave  sauvage). 
Il  est  vraisemblable  que  ce  mot  picard  est  composé  de  rat'e+LUQUE,  leuque 
et  que  ce  dernier  élément  répond  à  lock  dans  PangL  ehnrloch  (m.  sign.),lequel 
lock  représente  l'ail,  lauch,  néerl.  look  (porreau,  ail),  d'où  la  finale  liég.  -rouhe. 

Autres  formes  wallonnes  :  ravelusque,  -usse  (Mons  :  Sigart),  rèveluche 
(Cherain),  ra bronche  (Laroche,  Bouillon,  Namur,  La  Hestre),  rèvelihe 

i1)  Théâtre  liég.,  éd.  de  1854,  p.  124  ;  Hijpocondes,  acte  n,  se.  5. 

(2)  Le  fr.  retrousser  a  un  sens  analogue.  —  A  Verviers,  ratrossî  lès  kèuèles,  t.  de 
drap.,  ■  remettre  les  fils  en  ordre  sur  les  cylindres  »  (BSW  40,  p.  455). 

(s)  D'après  Kinable  (BSW  25,  p.  324),  le  simple  atroeî  (sic)  «  injurier  »,  vient  de 
atrox,  -ocis  (!).  —  G.,  II  498,  donne  aussi,  d'après  Simonon  :  atrosser  «  endosser,  au 
fig.  »  Je  n'ai  pas  retrouvé  ce  verbe  en  liégeois  moderne. 


—  203  — 

(Wallonie  malmédienne,  G.,  II  298),  rivelihc  (Hockai),  rèvelouhe  (Spa), 
rèvelohe  (La  Reid)  (1). 

En  France  :  raveloche  (Haute-Marne),  raveluche  (Aisne),  raveluque 
(Somme),  rèm'runche  et  rèvreche  (Haute-Saône)  ('-). 

L'analyse  que  G.  tente  de  ce  mot  n'est  pas  conforme  à  la  réalité  des 
faits  linguistiques  ;  elle  est  contredite  notamment  par  la  forme  mon- 
toise  ravelusque.  M.  A.  Thomas,  Mélanges  cVctym.  franc.,  p.  98,  signale 
dans  les  langues  romanes  l'existence  d'un  suffixe  -usca  (labrusca, 
asinusca,  mollusca,  etc.),  et  il  ajoute  qu'il  faut  peut-être  aussi  recon- 
naître ce  suffixe,  au  moins  à  l'origine,  dans  le  fr.  dialectal  ravelusche. 

Outre  le  montois,  qui  a  conservé  intactes  les  consonnes  latines,  les 
formes  wallonnes  en  -onhe  et  en  -ohe  confirment  cette  supposition 
(cf.  bûsca  :  bouhe,  fr.  bûche  ;  musca  :  mohe,  fr.  mouche).  A  Liège 
rav'louke  s'est  altéré  d'abord  en  rav'rouhe,  puis  en  rabrouhe.  L'aspira- 
tion finale  est  tombée  dans  rav'rou,  comme  dans  rabrou,  accident 
(G.,  II  263).  pour  rabrouhe  ;  roudou  (panier  ou  toile  sous  une  charrette: 
Forir).  pour  roudouhe,  etc. 

[Mélanges  Kurth,  1908,  t.  II,  p.  322.  —  Voy.  Meyer-Lûbke,  n°  7050.  A  noter 
le  flam.  haverruische  qui,  d'après  Sehuermans,  désigne  dans  le  Hageland  la 
moutarde  sauvage,  et  le  west-flam.  averuische,  havruische  qui,  d'après  De  Bo, 
désigne  le  colza  jusqu'à  sa  iloraison.  Ce  sont  de  nouvelles  altérations  du  type 
roman  (influence  du  néerl.  haver,  avoine).] 

w.  rawète 

Le  Vocabulaire  de  Cherain,  par  A.  Servais,  a  un  article  ainsi  libellé 
(BSW  50,  p.  533)  : 

rawète,  s.  f.,  1.  Ce  qu'on  donne  en  sus  d'un  achat  :  vos  mi  f  dinroz  pol 
rawète,  vous  me  le  donnerez  par  dessus  le  marché.  —  2.  Lien  de  paille  pour  lier 
les  gerbes  de  céréales. 

A  première  vue,  on  pourrait  croire  que  l'auteur  a  raison  de  réunir 
sous  un  même  chef  ces  deux  significations.  Un  examen  plus  attentif 
montre  toutefois  qu'il  s'agit  de  deux  termes  différents,  dont  la  ressem- 
blance est  fortuite. 

(*)  Feller,  Flore  populaire  wallonne  (Bull,  de  Folhi.,  II  117). 

(2)  Roland,  Flore  populaire,  II  72.  On  y  lit  que  le  w.  raverouhe  vient  du  lat.  râpa 
eruca,  ce  qui  est  phonétiquement  impossible  :  -ûca  donne  -oive  en  wallon;  voy. 
ci-après  l'art,  sohe. 


—  204  — 

1.  Rawète  «  lieu  de  paille  pour  lier  les  gerbes  de  céréales  »  n'a  pas, 
en  wallon,  une  aire  bien  étendue  (Cherain,  Marche-en-Famenne, 
Fauvillers,  Ciney,  Scry-Abée)  ;  on  emploie  d'ordinaire  le  ternie  général 
loyin,  lien.  Cependant,  en  pays  gaumais  (Ste-Marie-sur-Semois,  Tin- 
tigny  :  BD  1908,  p.  75  et  79),  nous  relevons  la  forme  rowète. 

C'est  le  lat  retorta,  participe  féminin  de  *retorquè?re  «  retordre, 
tordre  en  arrière  ou  en  sens  contraire  ».  Comparez,  pour  la  tonique  du 
w.  raivète,  le  w.  pwète,  fwète,  mwète,  cwède,  twède  (porte,  forte,  morte, 
corde,  tordre)  ;  le  t  intérieur  entre  voyelles  a  disparu  suivant  la  règle, 
et  la  protonique  e  est  devenue  a,  probablement  sous  l'influence  de  r.  — 
La  forme  gaumaise  est  d'explication  plus  délicate.  Le  gaumais  dit 
porte,  forte,  morte,  corde,  torde,  avec  o  provenant  de  wf.  Il  faudrait 
donc  admettre  les  étapes  suivantes  :  *reworte,  *rewote,  *rowote,  d'où 
rowète  par  dissimilation  et  sous  l'influence  des  nombreux  diminutifs 
en  -ète.  Il  est  d'ailleurs  probable  que  ces  deux  raisons  (plus  l'influence 
de  l'homonyme  rawète)  ont  également  agi  pour  transformer  *rawate  en 
raivète  dans  la  région  Cherain-Marche,  où  l'on  prononce  cwade,  hvate, 
et  non  cwède,  fwète,  comme  en  liégeois.  v 

Quoi  qu'il  en  soit  de  ces  difficultés  phonétiques,  \\  est  impossible  de 
séparer  notre  mot  1°  de  l'anc.  fr.  reorte  «  lien  formé  d'une  branche  souple 
et  pliante  tordue  sur  elle-même  »,  dont  Godefroy  énumère  les  formes 
redorte,  roorte,  roertre,  roarte,  rooite,  rotte,  riotte,  et  dont  l'étymologie 
retorta  est  pleinement  assurée  ;  2°  du  fr.  dialectal  rouettes,  t.  de 
forestier,  «  brins  de  taillis  dont  on  fait  des  liens  »,  où  Littré  voyait  un 
diminutif  de  roue,  «  le  lien  étant  tordu  en  rond  »,  et  que  Tobler  rattache 
avec  raison  au  lat.  retorta  (Z.  fur  vergl.  Sprachf.,  xxiii,  418). 

2.  L'autre  rawète  «  surcroît,  petit  supplément  gratuit  de  marchandise  » 
existe,  sous  la  même  forme  et  avec  le  même  sens,  à  peu  près  dans  toute 
la  région  wallonne  proprement  dite.  Outre  rawète,  il  importe  de  cons- 
tater que  le  namurois  dit  aussi  awète,  d'après  G.,  II  288,  et  Pirsoul  ;  ce 
dernier,  v°  rawète,  donne  l'exemple  :  dfa  yeâ  deûs  pomes  d'awète  (*) 
«  j'ai  reçu  deux  pommes  en  plus  »  (2). 


(1)  On  trouve  la  même  expression  dans  J.  Colson,  Chansons,  p.  119  (Namur,  1862). 

(2)  Je  ne  crois  pas  qu'on  doive  tenir  compte  de  la  forme  lâzvette,  qui  existerait  à 
Beaumont  (Hainaut),  d'après  le  BSW  3,  n,  p.  64.  —  Pour  hèle  (Maubeuge),  voy. 
ci-dessus,  p.  172,  l'article  louwète.  —  Quant  au  montois  royète,  auquel  Sigait  paraît 
identifier  le  w.  rawète,  c'est  bien,  semble-t-il,  le  diminutif  de  royc  (raie)  ;  voy.  Hécart  : 
roiéle  ;  Delmotte  :  roier  (compter).  Le  sens  est  du  reste  tout  différent  :  «  capacité 
d'un  vase  ;  ration,  pitance  ». 


—  205  — 

Grandgagnage  n'indique  pas  d'étymologie.  Scheler,  son  éditeur, 
émet  deux  conjectures  :  rawète  lui  paraît  signifier  au  propre  «  la  petite 
rave  que  les  légumières  ajoutent  au  marché  »  (!)  ;  tandis  que  awète 
répondrait  à  «  un  diminutif  de  awe,  oie  »  (!).  D'autres  rattachent  notre 
mot  au  w.  raveûr,  rawè  «ravoir  »  f1),  ou  au  lat.  re-adepta  «  (la partie) 
obtenue  ou  gagnée  »  (2),  ou  encore  à  un  type  lat.  *redd-itta  (3). 

Pour  moi,  il  est  évident  qu'il  faut  partir  du  simple  awète,  conservé 
en  namurois.  Il  me  paraît  hors  de  doute  également  que  cet  awète  cor- 
respond à  l'anc.  fr.  aoite  (augmentation  ;  avantage,  profit  ;  du  lat. 
*adaucta),  fém.  du  part,  passé  de  aoire,  lat.  *adaug£re  (4).  La 
rawète  (lat.  *re-adaucta),  c'est  donc  ce  qui  s'ajoute  à  l'emplette,  la 
radjoute,  comme  on  dit,  exactement  dans  le  même  sens,  à  Eugies 
(Borinage),  le  surjet  à  Ath  et  à  Mons,  le  dézeûr  à  Wiers  et  à  Condé 
(comp.  l'ail,  obendrein  ;  luxemb.  beilôcht,  de  beilegen  :  ajouter).  L'emploi 
du  préfixe  intensif  re-  est  bien  conforme  aux  habitudes  de  nos  dialectes 
(comp.  ratinde,  attendre  ;  riwèri,  guérir  ;  roûvî,  oublier).  —  Godefroy 
ne  donne  pas  *raoite,  mais  il  •  enregistre  soraoite  «  suraugmentation, 
surcroît  »,  composé  avec  le  préfixe  sor-.  —  Voyez  ci-après  l'article 
tanawète. 

[lre  édition  :  BD  1912,  p.  56.  —  Dans  les  Ardennes  françaises,  M.  Ch.  Bru- 
neau  a  relevé  les  types  razvèle,  rowète,  royète,  roète,  à  Rethel  rouète  (supplément 
gratuit).  Or,  dans  cette  région,  -aucta  donnerait  -ivate.  Il  faut  donc  admettre 
que  le  primitif  *rawate  y  est  devenu  rawète  sous  l'influence  des  diminutifs 
en  -èle,  puis  rozvèfe,  rouète  sous  l'influence  de  roue,  lat.  rota.] 

w.  rèni.  roni.  runin  ;  arèni  ;  rune  ;  etc. 

G.,  II  294,  ne  donne  pas  d'explication.  Voici  son  article  : 

rènl  ( Verviers,  Malmedy),  rien,  objet  sans  valeur,  babiole,  fanfreluche  ; 
[(Liège  :  Forir)  homme  de  néant,  vaurien]  ;  (Namur),  rènan,  rènin,  rouan,  ronî. 

(!)  J.  Delbœuf,  BSW  10,  p.  144  ;  P.  Marchot,  Le  patois  de  St-IIubert,  p.  37  (1890)  ; 
Ad.  Grignard,  BSW  50,  p.  415. 

(2)  P.  Marchot,  dans  la  Revue  des  langues  romanes,  t.  35  (1891),  p.  438. 

(3)  Niederlânder,  Mundart  von  Namur,    §  32ft. 

(4)  God.,  v°  aoite,  cite  aussi  la  forme  avoite.  J'en  rapprocherai  l'article  avaite,  que 
Godefroy  ne  peut  traduire,  dans  le  Règlement  des  boulangers  d'Arras  en  1355  : 
«  nuls  ne  poet  vendre  pain  fors  le  denrée  un  denier  sans  donner  bort  n'avaite  ».  Le 
sens  est  que  le  pain  doit  se  vendre  un  denier  et  que  le  vendeur  ne  peut  donner  de 
supplément  gracieux,  de  (r)awète.  Le  syn.  bort  (bord  ?)  n'est  pas  noté  dans  Godefroy. 


—  206  — 

Ce  dernier  mot  est  employé  par  les  marchands  de  bestiaux  pour  désigner  une 
bête  sans  valeur  (1). 

Rènî,  avec  i  bref  (2),  appartient  à  la  région  de  Verviers,  Hervé,  Spa, 
Stavelot,  Malmedy  :  on  pHit  rèni,  dès  pHits  rènis  «  de  menus  objets  », 
dès  vis  rènis  «  de  vieux  objets  »,  syn.  dès  vîs  rahis'  ;  vî  rèni,  t.  de  mépris, 
«  vieille  femme  ».  En  dépit  de  l'assertion  de  Forir,  le  mot  paraît  être 
inconnu  à  Liège.  —  A  Erezée  et  à  Bovigny,  on  vî  rèni  désigne  «  un  vieux 
réduit  »,  et  aussi  ce  qu'on  y  remise  :  «  un  objet  de  rebut  »  ;  à  Vielsalm, 
on  rèni,  c'est  «  un  mauvais  lieu,  un  repaire  de  vauriens  »  (3). 

Cette  forme  isolée  ne  peut,  à  elle  seule,  nous  livrer  le  secret  de  son 
origine  :  on  ferait  fausse  route  si  l'on  prétendait,  par  exemple,  y  voir 
un  dérivé  du  lat.  rem,  rien,  w.  rin.  Ici  encore,  la  méthode  consiste  à 
recueillir  le  plus  grand  nombre  possible  de  variantes  dialectales. 
G.  nous  donne  bien  quatre  formes  namuroises,  mais  ses  renseignements, 
du  moins  en  ce  qui  concerne  rènan,  rouan,  ne  sont  pas  confirmés  : 
Pirsoul  ne  signale  que  le  nam.  runins,  s.  m.  pi.,  «  ordures,  saletés, 
balayures  ».  D'après  M.  Alph.  Maréchal,  les  vieux  Namurois  ne  con- 
naissent que  rènin,  avec  le  sens  général  de  «  rebut  »  :  crwèyoç  qui  dfva 
mougnî  tos  vos  rènins  ?  ;  vî  rènin,  t.  d'injure.  — p  D'autre  part;  j'ai 
recueilli  : 

dès  rènins  (Dorinne),  des  saletés  ;  syn.  dès  mannèstès  ; 

dès  runins  (Ben-Alun,  Solières),  des  objets  de  rebut  ;  (Barvaux-Condroz, 
Tohogne)  de  menus  débris  ; 

dès  ronis  (Perwez),  des  saletés,  des  détritus  ;  lès  rouis  (Ste-Marie-Geest, 
Jodoigne),  la  vieille  paille  qui  reste,  d'année  en  année,  au  fond  du  gerbier  ;  d'où  , 
en  général,  vieille  paille   ; 

lès  rogiiis  (Marilles,  Noduwez),  les  débris, de  paille  hachée  par  le  battage  ; 
dès  rognis  (Ambresin-W.isseiges),  des  débris,  des  détritus  ;  on  rogni,  un  homme 
de  rien. 

Si  nous  mettons  à  part  la  forme  rogni,  où  l'on  reconnaîtra  peut-être 
l'influence  de  «  rogner  »,  il  reste  un  radical  rèn-,  ron-,  run-  à  identifier. 
Or  le  verbe  bien  connu  qui  signifie  «  rouiller  »  présente  des  variations 

(*)  Ce  sens  est  logique  ;  cependant  il  y  a  peut-être  confusion  avec  un  autre  mot  ; 
du  moins  à  Jodoigne,  Pécrot-Chaussée  (Brabant),  rôn&,  s.  m.,  désigne  un  animal 
chétif  ;  c'est  propr.  un  «  ruiné  »  ;  comp.  rônœ  a  plate  costêre,  à  Jodoigne  (BSW  .'55, 
]>.  2m). 

(-)  A  Hervé  on  prononce  aussi  -?,  sans  doute  sous  l'influence  des  nombreux 
mots  à  suffixe  -?,  fr.  -ier. 

('■'•)  I  >aris  ce  dernier  sens,  rèni  paraît  avoir  subi  l'influence  de  rêne,  s.  f.,  «  habitude  » 
(Vielsalm,  Stavelot).  propr.  «  course  »  ;  rèner  (Malin.,  Stav.)  «  aller  et  venir,  trimer  »  ; 
prinde  nue  (dans  un  endroit  :  y  fréquenter).  Voyez  p.  212  l'article  rûnanmint. 


—  207  — 

semblables,  dont  la  répartition  géographique  concorde  en  général  avec 
l'aire  des  formes  précitées  : 

arèni;  èrèni  Liège,  Verviers,  Spa,  Stavelot  ;  èrèni  Ciney  ;  arèni  (avec  a-  = 
lat.  in-)  Vonêche  ; 

èroni  Ambresin-Wasseiges,  Grand-Leez,  Eghezée  ;  èroi.â  Perwez,  Pécrot- 
Chaussée  ; 

aruni  Awenne  ;  érurii  Ellezelles  (Lessines)  ;  bruni  (*)  Namur,  Wavre,  Ben- 
Ahin,  Villers-Ste-Gertrude,  Roy,  Marche-en-Famenne,  Erezée,  Tohogne  ;  (anc. 
w.  enrunié  dans  Jean  d'Outremeuse  ;  enrugni  Froissart,  xv  290,  var.)  ;  dérivé 
èrum'té  Odeigne,  -tié  Laroche  (pour  *èrun,té,  -lié)  ; 

arigni  Stave  ;  èrigni  Namur  ;  dérivé  :  arigri'té  Wardin,  Houffalize,  Laneuville- 
au-Bois,  Warisy  ;  arègri'tè  Fauvillers  ; 

arougni  Oisy,  Gros-Fays  ;  dérivé  de  rougne  (ib.)  «  rouille  »  ;  èroyî  Dorinne  ; 
èronyî  Moneeau-sur-Sambre  ;  arouyi  Vonêche  (=  ane.  fr.  enroillir)  (2). 

Certains  villages,  au  N.  de  la  province  de  Luxembourg,  notamment 
Villers-Ste-Gertrude,  Erezée,  Odeigne,  connaissent  même  rune,  s.  f. 
«  rouille  »  (i-gn-a  dèl  rune  so  V  coûté),  qui  est  une  forme  féminine  de 
l'anc.  fr.  ruyn,  représentant  du  lat.  robîginem.  D'autre  part,  l'anc.  w. 
ruinins  au  sens  de  «  rouille  »  se  rencontre  trois  fois  dans  les  Sermons  de 
carême  en  dialecte  wallon  du  xnie  siècle,  édités  par  E.  Pasquet  (3). 

De  cet  ensemble  de  faits  nous  pouvons  tirer  les  conclusions  suivantes. 

Les  verbes  èruni,  èroni,  èrèni,  aruni,  arèni,  etc.,  sont  composés  du 
radical  de  robîginem  et  des  préfixes  in-  ou  ad-, —  et  non  tirés  de 
aeruginem,  comme  le  prétend  G.,  I  25.  De  même  le  liég.  dirent 
(nam.  disruni)  «  dérouiller  »  n'est  pas  mis  pour  dizarèni  (G..  I  175), 
mais  se  décompose  en  di-rèn-i  (4). 


(x)  D'où,  par  métathèse  réciproque,  èmtri  à  Farciennes. 

(2)  «  Bouiller  »  se  dit  aussi  èfèronè  à  Ciney,  èrodji  à  Bergilers  (litt.  «  enrougir  »), 
ènûitiner  à  Stavelot-Malmedy  (voy.  l'article  rouhin). 

(3)  Extrait  du  t.  xli  des  Mémoires  couronnés  de  l'Acad.  royale  de  Belgique,  1888, 
p.  25.  Le  mot  n'étant  pas  dans  God.,  voici  ces  passages  :  «  N'asembles  mie  les  auoirs 
en  terre  que  H  ruinins  et  le  uermissicl  delissent  [?]  et  manjuent...  mais  assembles 
le?  trésors  en  chiel  la  u  ruinins  nel  porat  courir...  la  u  ruinins  ne  vers  ne  l'empiront  ». 
—  L'éditeur  et  le  rapporteur  Scheler  s'évertuent,  p.  19,  à  expliquer  delissent.  Ne 
serait-ce  pas  tout  simplement  une  erreur  du  scribe  pour  démolissent  ?  Comparez 
dans  God.,  t.  x,  p.  000,  ruille,  la  traduction  du  même  texte  sacré  dans  un  sermon 
de  carême  édité  en  1519  :  «  en  terre  la  ou  la  reuillie  et  tigne  démolit  ». 

(4)  On  a  forgé  par  plaisanterie  dizarèni,  dizèrèni  dans  les  «  scies  »  suivantes  :  nosse 
crama  (cramail)  è-st-arèni,  i  »'  si  dizarènirè  ni»  (Vonêche)  ;  gn-a  ni'  fièr'mint  (serpe) 
qu'è-st-èrèni,  nèl  dizèrènicfirîz  nin  bin  ?  (Ciney). 


—  208  — 

Les  substantifs  runin,  rènin,  roni,  rèni  sont  dérivés  du  même  radical 
à  l'aide  des  suffixes  -in,  -i  (fr.  -in.  -il).  Les  variations  de  la  protonique 
sont  les  mêmes  que  dans  les  verbes  précités.  Bien  que  le  sens  de  «rouille  » 
ait  complètement  disparu  et  que,  dans  certains  cas,  la  filiation  séman- 
tique ne  soit  pas  des  plus  claires,  il  faut  admettre  que  le  sens  primitif 
de  «  objet  rouillé  »  a  donné,  par  extension,  celui  de  «  objet  mis  au  rebut  », 
puis  celui  de  «  détritus,  déchet,  débris  sans  valeur  ». 

[Remaniement  de  BD  1913,  p.  55.  —  Meyer-Lûbke,  n°  7348,  cite  le  w. 
arune  [?]  «  rouille  »,  qui  ne  nous  est  pas  connu.] 

w.  reûdê 

G.,  II  502,  écrit  :  «  Beûdai,  t.  de  bat.,  bois  qui  relie  le  halmustok  ou 
timon  du  gouvernail  avec  la  partie  postérieure  du  gouvernail  ».  — 
Beûdai  (x)  est  une  faute  de  lecture  pour  Beûdai,  ou  mieux  reûdê,  dimi- 
nutif en  -ellum  de  rigidum  :  reû,  fr.  roide.  raide.  Le  batelier  de  la 
Meuse  déiigne  par  là  une  perche  arquée  destinée  à  renforcer  le  gou- 
vernail lorsque  le  safran  se  trouve  à  un  niveau  plus  bas  que  la  barre, 
ce  qui  est  le  cas  pour  le  hèrna  et  la  mignole,  anciens  bateaux  x\e  Meuse 
à  poupe  en  retrait  et  non  verticale.  * 

[Romania,  1911,  t.  xl,  p.  329.  Cf.  Meyer-Lûbke,  n°  7314.  —  G.,  II  297,  donne 
reûd?  «  perche  bien  droite  »,  d'après  Simonon.  J'ai  relevé  aussi  ce  mot  dans  le 
vocabulaire  des  bouilleurs,  à  Seraing  :  il  désigne  une  tige  de  fer  disposée  hori- 
zontalement dans  la  mine  à  l'entrée  d'un  chargeage  :  on  abaisse  ce  reûdê  pour 
tirer  le  câble,  civèrdê,  qui  actionne  une  sonnerie  placée  à  la  surface.  —  Enfin, 
à  Esneux,  d'après  M.  Edgar  Renard,  reûdê  («  roideau  »  en  176G)  survit  dans  un 
nom  de  lieu  désignant  un  talus,  un  raidillon.  A  Alle-sur-Semois,  rèdê  «  raidillon  » 
est  encore  du  langage  courant.] 

w.  rêvioûles.  wêroûles 

G.,  II  272,  dit  simplement  :  «  raivioûle,  rêviouie.  ù  Malm.  au  plur. 
(rougeole),  uam.  rovioûle,  pic.  rouviu  ».  Cet  article  doit  être  rectifié  et 
complété  comme  suit. 

Dans  le  domaine  wallon  proprement  dit.  les  termes  désignant  la 
rougeole  se  répartissent  en  trois  groupes  : 

A.  rorioûlrs  Namur,  Bande  ;  -ouïes  Gembloux,  Grand-Leez  ;  rouvioûles  Givet  ; 
rêvioûles  Verviers  (Lobet),  Malmedy  (Villers),  Faymonvillc,  Yillers-Ste-Ger- 
trude,  Sautour-lez-Philippeville  ;  rivioûles  Barvaux-Condroz,  Solières,  Ben- 
Ahin,  Heurc-cn- Iranienne,  Dorinne  ;  rêvioûles  Wasseiges. 

(')  Body,  Voc.  des  tonneliers  (BSW  10,  p.  222)  reproduit  l'erreur  de  Grandga- 
gnage.  -  -  Sur  halmustok,  voy,  ci-dessus  p.  137. 


—  209  — 

B.  rêvioûles  Liège,  Trembleur,  Ambresin,  Wasseiges  ;  rêvioûles  Eghezée,  -ouïe, 
Ste-Marie-Geest  ;  rêivioûles  Noduwez,  Marilles. 

C.  wêroûles   Stavelot,    Vielsalm,   Bovigny,   Lutrebois,   Ramont,    Wardin    ; 
wéroûles  (è  ?)  Cherain  ;  wêroûles  (ê  ?)  Doncols. 

Le  mot  est  toujours  au  pluriel,  comme  beaucoup  d'autres  noms  de 
maladies  que  le  peuple  désigne  d'après  leurs  multiples  manifestations 
extérieures  :  lès  crèhioûles  ou  crèhinces  «  les  adénites  de  la  croissance  », 
lès  mowètes  «  oreillons  »,  lès  rainnètes  «  le  muguet  »,  etc. 

Le  groupe  A,  dont  rovioûle  est  la  forme  le  mieux  conservée,  vient, 
comme  on  sait,  du  lat.  *rubeola  (l),  qui  a  donné  également  le  fr. 
rougeole.  Au  Sud  de  la  province  de  Luxembourg  (Ortheuville,  Sibret, 
Fauvillers,  Bertrix,  Chairière,  Gros-Fays;  gaumais),on  dit  lès  roudjètes, 
ce  qui  logiquement  équivaut  à  rovioûles  ;  le  hennuyer  dit  lès  roudjeûrs 
(Beaumont,  Chapelle-lez-Herlaimont.)  —  Dans  ce  groupe  A.  la  proto- 
nique reste  brève,  tout  en  présentant  des  variations  aisément  expli- 
cables. —  Ce  qui  caractérise  le  groupe  B,  c'est  la  longueur  de  la  proto- 
nique è,  #,  où  l'on  attendrait  la  brève.  Je  pensais  naguère  (BD  1913, 
p.  58)  qu'il  faut  sans  doute  attribuer  cette  anomalie  à  des  influences 
analogiques  ;  quant  au  groupe  G,  dont  je  méconnaissais  l'importance, 
j'y  voyais  une  métathèse  de  rêwioûles.  Je  crois  aujourd'hui  que  le 
contraire  s'est  produit:  wêroûles  représente  sûrement  le  lat.  variola(2) 
(anc.  fr.  vairole,  fr.  vérole,  proprement  «  maladie  qui  tache  la  peau  »). 
La  forme  primitive  *wêrioûle  est  devenue  rêwioûle,  rêvioûle  (3)  par 
métathèse,  sous  l'influence  de  *rubeola,  qui  a  dû  exister  aussi  à 
Liège,  Ambresin,  etc.,  puisqu'on  le  retrouve  à  Verviers,  Wasseiges,  etc., 
c'est-à-dire  dans  le  voisinage  immédiat. 

w.  rihîre  (Malmedy) 

Le  dictionnaire  manuscrit  de  Villers  (Malmedy,  1793)  a  l'article  : 
«  rixhire,  f.,  bonne  chère,  frérie,  festin,  fricot,  frigo usse  »,  que  G.,  II  307, 
voudrait  expliquer  par  riche  chère.  La  phonétique  ne  peut  admettre 
cette  conjecture.  Il  n'est  pas  non  plus  permis  de  penser  au  préfixe  re- 
(liég.  ri-),  qui  serait  ru-  en  malmédien.  Il  faut  se  reporter  à  un  autre 


(x)  Niederlânder,  Mundart  von  Namur,  §  41.  De  son  côté,  M.  A.  Thomas  (Mélanges 
(Vétym.  fr.,  p.  134)  tire  de  *rubeolus  le  fr.  rouvieux  (espèce  de  gale)  et  le  pic. 
rouviu  (rougeole).  —  Meyer-Liibke,  n°  7405,  ne  parle  point  de  nos  termes  wallons. 

(2)  Sur  v  latin  >  w  wallon,  voyez  l'article  tscère. 

(3)  Pour  le  changement  de  w  en  v,  comp.  a  Vaivîre  (Malmedy)  :  a  l'avlre  (Liège) 
«  au  hasard,  au  petit  bonheur  »,  du  lat.  *agurium  «  heur  ». 

i4 


—  210  — 

article  de  Villers  :  «  xhirire,  f.,  un  grand  fricot,  une  frigousse  »  ;  lisez 
li  i nrc.  proprement  «  *(dé)chirière  ».  ce  qui  vaut  bien  en  énergie  le  fr. 
crevaille.  De  là,  rihîre  par  métathèse  réciproque.  Voici,  au  surplus, 
quelques  exemples  de  ce  phénomène  fréquent  dans  les  parlers  popu- 
laires :  ènuri  à  Farciennes,  pour  èruni  (voy.  l'art,  rèni)  ;  hourin  pour 
rouhin  (voy.  l'art,  rouhin)  ;  adaglé  pour  agad'lé  «  accoutré  »  (G..  I  7)  ; 
rabada  à  côté  de  barada  «  bavolet  »  (ib.,  46)  ;  guèdaine  «  dégaine  » 
(ib.,  247)  ;  gabâre  «  bagarre  »  (ib.,  227)  ;  crotale  ou  trocale  (Ciney) 
«  crotte  »  ;  lânî  (Faymonville),  à  côté  du  malm.  nâlî  «  cordon  de  sou- 
lier »  ;  le  gaumais  casmarâde  «  mascarade  »  ;  le  meusien  queubie  «  bé- 
quille »  ;  le  picard  fichonner  «  chiffonner  »  ;  le  flamand  begaren  pour 
gebaren  (De  Bo,  p.  82)  ;  le  w.  gladjo  ou  djaglo  (Givet)  «  roseau,  glaïeul  »  ; 
wignî,  wigri'ter  (Liège)  «  glapir  »,  gniwer  (Ovifat)  ;  désmâhoné  (Neuville- 
sous-Huy),  pour  le  liég.  dishâmoné  «  dépenaillé  »  ;  etc. 

liég.  rimbion,  rêbion 

G.,  II  292,  donne  sans  explication  :  rimbion,  rêbion  «  léger  sillage 
produit  à  la  surface  de  l'eau  par  une  pierre  qui  est  un  peu  au-dessous 
de  la  surface  (1),  ou  par  le  passage  d'un  poisson  ».  —  C'est,  avec  un  sens 
figuré,  une  forme  altérée  de  ringuion  («  sillon  qu'on  pratique  en  rin- 
guiant,  c.-à-d.  en  déchaumant,  en  donnant  le  premier  labour  à  une 
terre  »  :  G.,  II  294).  De  même  le  rouchi  stranguion,  nam.  stronguion 
«  étranguillon  »,  devient  le  liég.  strambion,  malm.  strombion  (G..  II  406). 
Quant  au  verbe  ringuî  «  déchaumer  »,  c'est  l'anc.  fr.  renguillier  (labou- 
rer), qu'on  dérive  du  francique  ring  de  même  que  le  fr.  rang;  voyez 
Ulrix,  no  1690. 

av.  rouhin.  rouhis',  luhin.  èruh'tiner 

G.,  II  329,  a  les  articles  suivants  : 

rouhin  (marc  de  café,  sédiment  en  général).  Sans  doute  pour  *drouhin  = 
drousin,  par  aphérèse  de  l'initiale. 

rouhis',  Limbourg  (portion  de  terrain  qu'on  ne  peut  mettre  en  culture  à 
cause  de  sa  mauvaise  qualité).  —  Prob.  dérivé  du  flam.  rusch  (jonc)  :  propr. 
marécage  où  ne  vient  que  du  jonc. 

Le  second  de  ces  termes  se  retrouve  1°  à  Lincé-Sprimont,  où  rouhis'' 
désigne  un  terrain  inculte  et  broussailleux  (syn.  un  ronhis'  :  «  roncis  »)  ; 
2°  à  Jupille,  comme  terme  archaïque  de  culture  :  rinètî  lès  rouhis'  dèl 
houbîre  «  enlever  les  feuilles  et  débris  de  sarments  qui  jonchent  la  hou- 

(')  C'est-à-dire  :  «  qui  émerge  à  peine  ou  même  affleure  ». 


—  211  — 

blonnière  après  la  cueillette  ».  —  A  Liège  même,  j'ai  noté  dès  rouhis'  ou 
dès  rouhins  «.  du  marc  de  café  ».  Ce  dernier  est  bien  connu  de  nos  lexi- 
cographes (G..  Lobet,  Forir,  Gothier,  Willem).  Par  métathèse  réci- 
proque, il  s'altère  parfois  en  hourin  (1). 

Les  conjectures  de  G.  ne  nous  retiendront  pas.  Il  va  de  soi  que 
rouhin  et  rouhis*  ont  le  même  radical,  lequel  s'explique  au  mieux  par 
l'anc.  h.  ail.  rûh  (ail.  rauh)  «  âpre,  rude,  raboteux  ».  Dans  tous  les 
exemples  recueillis,  il  s'agit  de  matières  rugueuses  et  sales,  de  résidus 
qui  encrassent,  se  déposent  et  forment  croûte.  Pour  le  traitement  de  la 
voyelle,  on  comparera  houbète,  houmer,  qui  dérivent  de  l'anc.  h.  ail. 
hûbe,  scûm  (ail.  haube,  schaum). 

Les  croûtes  de  lait  qui  couvrent  la  tête  de  certains  enfants  s'appellent 
dès  ruhins  à  Stavelot,  dès  luhins  à  Malmedy.  Je  tiens  cette  dernière 
forme  pour  altérée,  et  ruhin  pour  une  forme  variée  de  rouhin  (-),  avec 
un  sens  spécial  qui  paraîtra  naturel  si  l'on  part  de  l'étymon  proposé. 
Pour  l'alternance  ou  :  u  à  la  protonique,  comparez  droussin,  f  rouhin 
(Liège,  Verviers)  :  drussin,  fruhiri  (Stavelot). 

Enfin  la  même  région  de  Stavelot-Malmedy  possède  en  propre  ces 
deux  mots  :  èruh'tiner  «  rouiller  »,  duruh'tiner  «  dérouiller  ».  Selon  toute 
vraisemblance,  nous  avons  affaire  au  même  radical  pourvu  d'un  suffixe 
diminutif  ;  le  sens  premier  serait  donc  :  «  encrasser,  décrasser  »  (3). 

anc.  w.  rûlâve 

Godefroy  ne  peut  définir  rulane  (sic)  dans  ce  texte  liégeois  :  «  quant 
les  massuirs  veullent  pessier  [=  pèhî,  pêcher],  se  pessent  d'autres  bons 
harpatz  rulanes  »  (1451,  Ch.  des  finances,  xi,  p.  22.  Arch.  Liège).  Il  faut 
lire  harnatz  (liég.  hèrna,  anc.  fr.  harnais,  «  engin,  outil  »)  rulaves,  ou 
mieux  rûlâves.  Ce  mot  d'ancien  liégeois,  qui  ne  se  rencontre  que  dans 
ce  texte,  dérive  à  l'aide  du  suffixe  -âve,  fr.  -able,  du  w.  râle,  anc.  fr. 
rieule,  lat.  régula.  Il  signifie  «  régulier,  conforme  à  la  règle,  légal  ». 
Pour  la  formation,  comparez  raisonnable  «  conforme  à  la  raison  ». 
Voyez  rûnanmint. 

[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  571.] 

(*)  Forme  employée  par  certains  auteurs  liégeois,  notamment  Jean  Bury  ;  voy. 
l'article  rihîre.  —  Chose  curieuse,  G.,  II  328,  donne  rondins  d'  hoûbion  «  débris  de 
fleurs  de  houblon  »  et,  d'autre  part,  je  relève  à  Liers-lez-Liège  dès  rouais'  «  du  marc 
de  café  ».  Ces  mots  dérivent-ils  directement  de  roudi  (G.,  II  327)  ou  sont-ils  altérés 
de  rouhin,  rouhis'  sous  l'influence  de  ce  roudi  ? 

(2)  J'ai  entendu  à  Coo-lez-Stavelot  dès  rouhins  («  croûtes  de  lait  »). 

(3)  Godefroy  a  un  exemple  de  l'anc.  fr.  enruhir  «  rendre  rogue,  arrogant  ».  Faut-il 
le  rattacher  à  la  même  famille  ? 


—  212  — 

w.  rûnanmint  (Malmedy,  Stavelot) 
G.,  II  332.  a  cet  article  : 

runant-chemin  Malm.  («  grand  chemin  »).  D'un  verbe  runer  =  rèner 
(courir)  ;  comp.  angl.  run  ?  —  rûnanmint  Malm.  («  communément,  vulgai- 
rement »).  Du  même  rèner  (courir,  être  en  cours)  que  le  précédent. 

La  forme  rimer  n'existe  pas.  Villers.  en  1793,  donne  seulement  le 
malm.  renez  «  aller  et  venir  »,  reneur  «  couratier  »,  renajuit  «  le  juif 
errant  »,  à  côté  de  runan  cïïmin,  runanmin.  Il  faut  écrire  rèner,  rèneûr, 
rend  [=  rènant]  djwi,  et  minant  tcti'min,  rûnanmint.  Il  ne  peut  y  avoir 
de  rapport  entre  rèner  et  les  deux  derniers  mots,  qui  ont  il  long  (x).  Dans 
mon  Vocabulaire  de  Stavelot,  j'ai  noté  rûnanmint  ou  rulanmint,  d'après 
deux  vieux  stavelotains.  J'aurais  pu  écrire  û  long  ;  si  je  ne  l'ai  pas  fait, 
c'est  qu'en  réalité  cet  u  est  de  longueur  moyenne  ;  il  tend  à  s'abréger 
sous  l'influence  du  préfixe  ru-  (fr.  re-).  Quoi  qu'il  en  soit,  la  forme 
rulanmint  parle  assez  clairement  :  il  faut  partir  de  râle  «  règle  »  (voy. 
l'art,  rûldve).  De  là,  l'adjectif  râlant  «  régulier,  conforme  à  la  règle  »  et 
l'adverbe  rulanmint  :  «  1.  régulièrement,  normalement,  2.  xîommuné- 
ment.  vulgairement,  couramment  ».  Les  liquidés  /  et  n  permutent 
souvent  ;  ainsi,  Villers  écrit  ralongue,  altéré  du  liég.  ranonke  «  renon- 
cule o.  Le  maunédien  archaïque  rûnant  tch'min.  que  Villers  traduit  par 
«  grand  chemin  »  sans  donner  d'exemple,  doit  être  pris  au  sens  moral 
plutôt  qu'au  propre  ;  on  pensera  au  vers  de  Régnier  :  «  Je  vay  le  grand 
chemin  que  mon  oncle  m'aprit  ».  C'est  le  chemin  régulier,  la  voie 
droite  et  naturelle  que  suit  le  commun  des  mortels,  par  opposition  aux 
détours,  aux  chemins  de  traverse. 
[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  571.] 

w.  rûte 

A  Faymonville-Weismes,  près  de  Malmedy.  rûte,  s.  f.,  désigne  «  un 
ensemble  de  plusieurs  javelles  d'avoine  dressées  sur  le  champ  et  liées 
à  la  partie  supérieure,  qui  forme  pointe  ;  lorsque  les  javelles  sont  liées 
en  gerbes,  cet  ensemble  s'appelle  sôdâr  (=  soudard,  soldat)  ;  ces  deux 
tenues   existent  à  Sart-lez-Spa  avec  la  signification  intervertie  »  (2). 

('  Fores  qui  s'  rèpèlèt  rûnâmint  (Armonac,  Malmedy,  1887,  p.  27)  «  foires  qui  se 
n  pètent  régulièrement  »  ;  Scias  (1803)  écrit  rûnanmint.  D'après  Behrens,  p.  87, 
runant-chemin,  rûnanmint  appartiennent  sûrement  au  néerl.  runnen  «  courir  ».  Je 
ne  puis  partager  cette  opinion. 

(-)  .1.  Bastin,  Voc.  tir  Faymonville  (BSW  50,  p.  58!»).  C'oinp.  Body,  Voc.  agr., 
v"  sôdâr  (il)..  2(1.  |».  180). 


—  213  — 

Le  nom  de  ces  faisceaux  est  en  effet  très  variable  :  on  dit,  par  exemple, 
à  Heure-en-Famenne,  des  hoûzârs  de  seigle  ou  de  froment  ;  à  Bande, 
on  distingue  les  hoûzârs  de  froment  et  les  sôdârs  de  seigle.  En  réalité, 
rûte  évoque  la  même  image  que  les  deux  mots  précédents  :  il  répond 
au  bas  ail.  rater,  que  le  Wôrterhuch  du  dialecte  d'Eupen  traduit  par 
reiter  «  cavalier  »  (1).  Le  sens  primitif  s'étant  perdu,  le  mot,  sans  doute 
à  cause  de  la  terminaison  féminine,  a  changé  de  genre  en  wallon. 
L'anc.  w.  rute  se  rencontre  dans  un  texte  apocryphe  du  xuie  siècle  : 
«  Leas  Rute  vinont  gaste  et  broule  leur  Clostre  »  (2). 

Il  existe  encore  à  Pécrot-Chaussée  (Brabant)  un  s.  f.  rûte  «  espèce  de 
grand  roseau  qui  atteint  souvent  la  hauteur  d'un  homme  et  au  sommet 
duquel  flotte  une  sorte  de  plumet  ».  Des  difficultés  de  phonétique  ne 
permettant  pas  d'invoquer  le  néerl.  roede  (verge)  ou  le  néerl.  riet, 
flam.  rijt  «  roseau  »  (3),  j'y  vois  un  nouvel  emploi  figuré  du  vieux  mot 
précédent,  d'autant  plus  que  ce  grand  roseau  s'appelle  dame  à  Grand- 
Leez  (Gembloux). 

gaum.  sa  mou  s  se 

Ce  mot  ne  figure  pas  dans  le  Lexique  du  patois  gaumais  de  Ed.  Lié- 
geois (BSW,  tomes  37,  41  et  54).  Cl.  Maus,  dans  son  Vocab.  des  environs 
de  Virton  (manuscrit  de  1854),  enregistre  simplement  :  «  samousse, 
lisière  ».  Il  s'agit  de  la  lisière  d'une  toile  ou  d'une  étoffe,  comme  j'ai 
entendu  dire  à  Ste-Marie-sur-Semois.  Pour  la  lisière  du  drap  (employée 
anciennement  pour  faire  des  jarretières  et  des  chaussons),  ainsi  que  pour 
l'orée  d'un  bois,  on  dit  la  lîjière.  —  Forme  rare  (3)  d'un  terme  bien  connu 
en  ancien  français  et  dans  les  dialectes  du  Sud  (4).  M.  Ant.  Thomas, 
qui  s'en  est  occupé  dans  ses  Essais  de  philologie  française,  pp.  78  et  84, 
tire  l'anc.  franc,  cimois,  cimosse  de  *cimussium,  *cimussia,  dérivés 
de  cimussa  «  corde  ».  On  peut  voir  aussi  dans  Romania,  xxxix,  164, 

(*)  Malgré  leur  ressemblance,  reiter  et  rûter  sont  d'origine  différente  :  reiter  (d'où 
le  fr.  reître)  vient  de  reiten  «  chevaucher  »  ;  rûter  est  le  moyen  bas  ail.  rûter,  néerl. 
ruiler,  ail.  reuter,  du  moyen  latin  ruptuarius. 

(2)  Manifeste  des  droits  de  Vabbesse  de  Robertmoni,  Liège,  1633,  p.  41.  —  Rute  se 
prononce  rûf  et  se  traduira  par  reître.  Comp.  le  nom  de  famille  Jamin  le  ruyte 
(1555,  Arch.  de  Hervé)  ;  aujourd'hui  Leruitte,  Lerutle,  Lerulh. 

(3)  Le  roseau  ordinaire  s'appelle  à  Pécrot-Chaussée  roja  (=  rozia  à  Grand-Leez). 

(3)  Labourasse  donne  aussi  en  meusien  samouce,  à  côté  de  soumoce,  soumouce. 

(4)  Godefroy  :  cimois,  cimosse  ;  Du  Cange  :  cimossa  ;  Constantin  et  Desormaux, 
Dict.  savoyard  :  skmossa  ;  D'Hombres  et  Charvet,  Dict.  languedocien  :  simous, 
simousso  ;  Puitspelu,  Dict.  lyonnais  :  cimoussa,  etc.  Voy.  Romania,  xxv,  384  ; 
xxxiii,  217. 


—  214  — 

un  article  de  M.  Blondheim  sur  cimols.  «  bord  d'un  vêtement  ».  que 
donnent  des  sources  rabbiniques. 
[Romania,  xl  (1911),  p.  329.] 

w.  sanke,   sankis 

Le  primitif  sanke,  s.  t.  (1),  «  bourbe,  vase  »  existe  en  namurois,  à 
Marche-en-Famenne,  Awenne,  Tohogne,  Erezée,  Wavre,  etc.  Dans 
la  vallée  du  Geer  :  di  Vassonke  (Roclenge,  Glons)  «  de  la  vase  »,  est  sans 
doute  le  déverbal  d'un  v.  assonkî.  —  De  là  :  1°  sankis\  adjectif  en  namu- 
rois. «  bourbeux  »  (G.)  et  aussi  en  liégeois  :  i  fêt  sankis''  ;  ou  substantif 
masculin,  ord.  au  pluriel.  «  bourbe,  vase,  endroit  marécageux  »  (2)  : 
«foncer  è  ■sankis'1  ou  cVvlns  lès  sankis'  (liég.)  ;  aussi  sâkis'  (liég.  :  Rem., 
Hub.).  sonkis'  (hesbignon  :  Noduwez  ;  liég.  ?  :  G.),  sâkis'  (Malmedy)  ; 
au  féminin  :  dèl  sankesse  (Ste-Marie-Geest)  ou  dès  sankesses  (Perwez, 
Marilles).  On  dit  à  Bergilers  (Hesb.)  :  di  Vassonkis\  li  pré  est  tôt  eoviè 
d,assnnkis\  —  2°  sancrè  en  chestrolais  («  couvrir  de  vase  »  :  Dasnoy. 
p.  457)  ;  èssancré  (Tourinnes-St-Lambert)  ;  èssankî  (nam.)  ;  lès  prés 
sont  tôt  èssankîs,  li  foûre  ni  vât  rin  (Villers-Ste-Gertrude)  ;  on  pré 
qu'è-st-èssankê  (Tohogne,  Erezée)  ;  dji  nt'è  assahkè  (Awenne)  ;  de 
fôrèdje  èssankiné  (ard.  :  Body,  Agr.)  ;  èssonkisser  (Noduwez)  ;  le  paehc 
è-.st-èssankcssé  (Ste-Marie-Geest)  «  le  pâtis  est  envasé,  couvert  de  terre 
charriée  par  les  pluies  ou  par  l'inondation  ».  —  3°  sancrene  (Tourinnes- 
St-Lambert).  s.  f..  urine  des  vaches  et  chevaux,  qui  constitue  le  purin. 

Le  plus  ancien  exemple  que  je  connaisse  se  lit  dans  une  charte  de 
1353-04,  où  il  est  question  d'une  «  terre  acquise  et  assankie  »  (3),  c'est- 
à-dire  —  d'après  le  contexte  —  d'un  terrain  d'alluvion. 

G..  II  340.  compare  des  mots  du  Dauphiné.  du  Berry,  du  Languedoc 
et  le  t.  de  marine  sancîi  (couler  à  fond).  Scheler  écarte  avec  raison  ce 
dernier  ;  mais  les  autres  ne  valent  pas  mieux.  C'est  aller  chercher  loin 
l'explication  d'un  mot  qui  ne  se  rencontre  que  dans  la  région  wallonne 
proprement  dite.  Il  faut  s'adresser  au  dialecte  flamand  de  la  Campine 
et  du  Brabant,  où  l'on  appelle  zonk,  s.  m.,  une  dépression  dans  une  terre 
ou  sur  une  route  :  «  de  straat  ligt  vol  zonken  »  ;  le  west-flamand  zonke, 
s.  f.,  signifie  de  plus  «  bas-fond  »  (4).  La  confusion  des  nasales  un  et  an 

(')  Ordinairement  au  pluriel,  comme  les  expressions  synonymes  lès  bfoûs 
lis  broûlts,  lès  briyakes,  lès  bèrdouyes. 

(2)  En  v'erviétois,  Remacle  et  Lobet  ajoutent  le  sens  de  «  herbes  marécageuses  ». 

P)  Cuvelier,  C'rirtul.  de  F  abbaye  du  Val~Benott,  p.  4(i!t. 

(*)  Le  flamand  zonk  se  rattache  è  zinken,  ail.  sinken.  Kilian  donne  le  terme  ar- 
chaïque zincke  :  cloaca,  gurges  limosus  :  ang.  sincke.  Voy.  Schuermans  et  De  Bo. 


—  215  — 

est  fréquente  dans  nos  parlers  ;  au  liég.  sankis^  (pour  sonkis''),  comparez 
le  liég.  song  (sang),  stronler  (étrangler)  ;  voyez  aussi  les  articles  gri- 
mon,  ongueçon. 

w.  sâpreû.   sampreû.   simpreû  (Verviers) 

G..  II  340.  a  l'article  suivant  : 

sâpreûs  (affété,  maniéré  ;  au  fém.  mijaurée)  [Remacle].  Lobet  a  sampreû 
(maniéré,  vergogneux),  fém.  sanpreûze  (pimbêche).  Comp.  l'anc.  fr.  safre 
(mignon),  safrette  (friande,  agréable).  Remarquez  que  le  liégeois  donne  une 
signification  analogue  à  sawoureûze  (pimbêche,  précieuse).  —  Pour  la  termi- 
naison, comp.  sclatereûs.  —  [Note  de  Scheler  :  «  sâpreûs  pourrait  bien  être 
une  formation  faite  dans  le  monde  des  clercs  et  tirée  du  lat.  saporosus  (qui 
a  du  goût)  ;  comparez  l'italien  saporoso  (charmant).  Le  sens  propre  serait  : 
difficile  au  goût]. 

Mot  du  dialecte  verviétois,  usité  surtout  au  féminin.  Fé  V  sampreûse 
a  le  même  sens  que  le  fr.  «  faire  la  sucrée,  la  sainte-nitouche  »  :  avoir 
des  manières  affectées,  jouer,  l'innocence,  la  modestie,  le  scrupule. 
Dans  un  noël  de  Verviers,  une  jeune  fille,  qui  prêche  le  dédain  des 
galants,  s'attire  cette  réponse  :  a  qzvè  bon  fé  V  sampreûse  ?  (1).  Et 
Remacle.  v°  choufté,  nous  sert  cet  exemple  :  li  sâpreûse  !  èle  bahe  lès- 
oûys  ;  podrî,  èle  si  lêt  tehoufter  et  ratchoufter  !  «  la  mijaurée  !  elle  baisse 
les  yeux  ;  derrière,  elle  se  laisse  embrasser  à  bouche  que  veux-tu  !  ». 

La  nasale  pure  n'existant  pas  en  verviétois,  les  graphies  sa-,  san- 
ont  même  valeur  :  un  a  long  mi-nasal  (2)  et  non  un  a  bref  comme  dans 
le  nam.  sa  frète  «  gamine,  fille  de  peu  »  (3)  ou  dans  le  liég.  sawoiireûse 
propr.  «  savoureuse  »,  que  Lobet  donne  aussi  en  verviétois  avec  le  sens 
de  «  pimbêche  ».  Cela  suffit  pour  écarter  les  conjectures  ou  comparaisons 
de  G.  et  de  Scheler.  Le  p  fait  aussi  difficulté  ;  Scheler  parle  bien  de  forma- 
tion savante,  mais  il  faudrait,  dans  ce  cas,  pouvoir  citer  des  exemples  (4). 

Je  crois  qu'il  faut  partir  d'une  forme  inédite  sep reû.  que  je  retrouve 
dans  des  notes  prises  à  Verviers  vers  1885  (5).  Ce  simpreû  nous  met 

(!)  A.  Doutrepont,  Noëls  wallons  (1909),  p.  250  ;  voy.  aussi  BSW  2,  p.  291. 

(2)  Lobet  le  note  arbitrairement  de  quatre  façons  différentes  :  hanté,  franbauh  ; 
hâdel,  wâdion,  pâpi  (à  côté  du  dérivé  panpieu  !)  ;  mâasné  (à  côté  du  syn.  manslé  !)  ; 
anaie,  plason,  gagni. 

(3)  BSW  52,  p.  157.  C'est  l'anc.  fr.  safrette  «  fille  égrillarde,  frétillante  »,  — 
c'est-à-dire  tout  le  contraire  de  notre  sampreûse. 

(4)  Voyez  Meyer-Lubke,  n°  7587. 

(5)  Et  provenant,  je  pense,  d'une  conversation  avec  feu  J.-S.  Renier.  Ce  vieil 
auteur  verviétois  écrit  sempreux  dans  YAnn.  de  la  Soc.  liég.  de  Litt.  ivall.,  4,  p.  104, 
en  parlant  du  «  délicat  »  poète  Nie.  Defrecheux. 


—  216  — 

sur  la  voie  de  l'ail,  zimpern  «  faire  le  délicat,  le  précieux,  mignarder  », 
Ce  serait,  avec  un  suffixe  roman  (-eu  :  -eur,  plutôt  que  -eus  :  -eux) 
«  celui  qui  fait  le  délicat  »  ;  comparez  zimperlich  tun  «  faire  la  précieuse  », 
zimperliches  Màdchen  «  mijaurée  »  (1).  Le  passage  de  se-  à  sa-  ne  va  pas 
sans  quelque  difficulté (2);  mais,  pour  le  sens,  zimper(lich)  et  simpr(-eû) 
se  couvrent  si  exactement  que  je  ne  vois  guère  le  moyen  de  les  séparer. 

w    savenê  (Malmedy) 

Le  dictionnaire  de  Villers  (Malmedy,  1793)  donne  savenai  «  grand 
filet  de  pêcheur  »  (3).  Scheler  (ap.  G..  II  343)  prend  ce  mot  pour  un  dérivé 
de  l'anc.  fr.  saene  (=  w.  sayîme),  avec  v  épenthétique  ;  mais  cette 
conjecture  n'est  pas  heureuse.  Le  malm.  savenê  ne  fait  qu'un  avec 
l'anc.  fr.  savenel  («  instrument  de  pèche  »  ;  dans  un  texte  de  St-Ouen  : 
Godefroy)  et  avec  le  norm.  savigniau  «  filet  formant  une  espèce  de  poche, 
avec  lequel  on  prend  les  truites  quand  la  rivière  est  trouble  »  (Littré, 
Suppl.).  C'est  le  diminutif  de  l'anc.  fr.  savenê  «  espèce  de  linge  »,  lat. 
sabanum. 

nam.  sclèyî,  liég.  disclèyî 

G.,  II  348,  donne  le  nam.  sclèyî  «  (se)  fendiller,' (s')entr'ouvrir,  en 
parlant  des  douves  d'un  tonneau  ».  Il  cite  le  liég.  risclèyî  «  resserrer 
les  douves  d'un -tonneau  qui  se  sont  disjointes  ».  Ce  composé  n'est  pas 
dans  Forir,  qui  donne  en  revanche  disclèyî  «  disjoindre  ».  J'ai  entendu 
à  Liège  :  li  tonê  s'  va  disclèyî  a  solo  ;  l'infinitif  est  aussi  en  i  bref  ;  à 
l'indicatif  présent  on  dit  seulement  :  li  tonê  si  disclèyih  ;  au  participe  : 
on  tonê  qu'est  tôt  disclèyou.  —  Dans  la  Famenne,  où  j'ai  noté  :  ci  tonê, 
mètou  sins-êzve  au  sole,  va  tôt  s'  siclcyî,  on  m'a  traduit  et  expliqué  le 
dernier  mot  par  «  devenir  comme  une  claie  »  :  bel  exemple  d'étymologie 
populaire!  —  G.  rattache  sclèyî  à  l'anc.  h.  ail.  slîzan  (ail.  mod. schleissen 
«  fendre  »)  ;  mais  z  n'aurait  pu  disparaître.  Le  Dict.  général  dérive  avec 

i1)  Le  haut  ail.  zimp,  zimper  et  le  danois  dialectal  semper  ont  le  même  sens  que 
zimperlich  et  viennent  du  bas  allemand  ;  ajoutez  le  moyen  néerl.  zumperlic,  simjierlic, 
m.  s.  ;  Fangl.  simper  «  sourire  avec  affectation  »  ;  le  souabe  zumpfer,  zemper  «  modeste, 
timide  »  ;  etc.  Voy.  Franck-van  Wyck  sip  ;  Falk-Torp  sipe. 

(2)  Voy.  cependant  les  articles  randjc  et  ràtchà,  et  comp.de  plus  :  èsse  è  lamburin 
(Liège)  :  limburin  (Petit-Rechain)  «  être  dans  la  débine  »  ;  kidansî  (Duv.)  :  kirlainsî 
(Hubert),  kidacî,  kidincî  (Forir)  «  mâcher  »  ;  prandjlre  ou  prindjîre  (Duv.)  «  mé- 
ridienne »  ;  lantîr-magique  (liég.)  :  intèr-magique  (Huy)  ;  crunkl  (liég.)  :  crinkyî  (Stave) 
«  tortiller  »  ;  etc. 

(3)  Le  brouillon  de  Villers  porte  sâvenai,  mais  a  doit  être  bref.  Le  mot  n'a  rien  à 
voir  avec  le  nom  de  famille  Sauvenay  (Liège),  qui  vient  sans  doute  de  sâvion  (subie). 


—  217  — 

raison  le  fr.  éclisser  de  ce  slîzan,  et  le  syn.  éclier  du  francique  slîtan. 
Cette  dernière  forme  rend  un  compte  exact  de  notre  mot  ;  comparez 
le  w.  sclèyon  (malm.  splèyon,  liég.  sployon)  «  traîneau  »,  qui  dérive, 
comme  l'anc.  fr.  esclaon,  de  l'anc.  h.  ail.  slito. 

w.  selanbran  (Xeufchâteau) 

LeDict.  wallon  de  Dasnoy  (Xeufchâteau.  1856  ;  p.  458)  est  le  premier 
à  signaler  :  «  selanbran,  angélus  du  soir  ».  Les  auteurs  du  Projet  de  Dict. 
wallon  ont  consacré  un  article  à  ce  terme  chestrolais  :  il  faut  y  supprimer 
la  forme  s'ianbranle,  qui  n'existe  pas,  ainsi  que  la  partie  étymologique, 
qui  est  fondée  sur  cette  forme  apocryphe.  —  On  dit  s'ianbran  à  Orgeo, 
Thibessart,  où  la  nasale  on  se  prononce  an  {manier,  mancè  :  monter, 
monceau).  Il  en  résulte  que  la  forme  s'ionbran  est  la  plus  pure  ;  elle 
existe  notamment  à  Libramont.  Neuvillers,  Reeogne,  Witry,  dans  l'ex- 
pression archaïque  :  on  sone  s'ionbran.  On  devrait  l'écrire  s'V  ombrant 
(pour  s'io  ombrant),  car  elle  se  traduit  littéralement  par  «  soleil  ombrant, 
projetant  de  l'ombre  ».  Comparez,  au  sud  de  cette  région,  les  expressions 
analogue-;  :  v'ia  s'io  boutant  ou  coûtehant  (Ste-Marie-sur-Semois.Buzenol) 
«  le  soleil  se  couche,  on  sonne  l'angélus  »  ;  s'io  boutant  n'  taroVrè-m' 
a  sounèy  (ib.)  «  l'angélus  du  soir  ne  tardera  pas  à  sonner;  a  s'io 
Vvant(\h.)  «  à  l'aurore  »  (1). —  Le  dialecte  chestrolais  a  donc  conservé, 
dans  ce  cas  unique,  l'anc.  fr.  ombrer  (=  ombrager),  qui  vient  du  lat. 
umbrare  et  qui  diffère,  comme  on  sait,  du  fr.  mod.  ombrer,  terme  d'art, 
emprunté  de  l'italien  ombrare.  D'après  une  communication  de  M.  Jean 
Lejeune,  les  archives  manuscrites  de  l'Avouerie  de  Fléron  (lez  Liège) 
portent  l'expression  :  vers  soleil  ombrant  (avec  le  sens  local  :  «  à  l'ouest  »). 
dans  un  texte  de  1565. 
[B  D  1912,  p.  94.] 

w.  sèron,  cèron 

Ce  mot  archaïque,  que  nos  dictionnaires  écrivent  sèron,  signifie 
«  écheveau  de  lin  ou  de  chanvre  »  (Villers,  Lobet),  «  tresse  de  chanvre 
ou  de  lin  qui  a  passé  par  leséran»  (G.),  «quenouillée»  (Hubert,  Forir)  (2). 
Meyer-Lùbke,  n°  7811,  le  tire  du  lat.  sero  (au   soir)  !   Quant  à  G.. 

(*)  En  meusien,  d'après  Labourasse,  s'io  meussant  =  soleil  couchant,  et,  à  l'in- 
verse du  gaumais,  s'io  boutant  =  soleil  levant.  Cette  contradiction  s'explique  par 
le  sens  général  de  bouter  ;  en  gaumais,  on  sous-entend  :  «  dedans  »  ;  en  meusien  : 
«  dehors  ». 

(2)  J'ai  noté  à  Erezée  boule  di  sèron  (syn.  b.  di  tchène,  b.  d'èsse)  «  boule  de  chanvre  »; 
à  Leignon  lez-Dinant  et  à  Awenne,  le  sèron  désigne  le  fil  le  plus  fin. 


—  218  — 

II  .350.  il  y  voit  une  modification  du  fr.  sêran, qui  désigne  l'instrument 
pour  sérancer  ;  mais  ce  n'est  là  qu'une  hypothèse  spécieuse.  Il  faut 
écrire  cèron  et  rapprocher  le  mot  wallon  du  norm.  ckérion,  diminutif  du 
norm.  cer  ou  cher,  où  M.  Antoine  Thomas  a  reconnu  le  lat.  cirrus, 
proprement  «  boucle  ou  touffe  de  cheveux,  de  plumes  »  (1). 

w.   (si=  lat.  sic) 

I.  A  propos  de  l'adv.  si  (=  lat.  sic),  Scheler  dit.  dans  son  Dict. 
d'étym.  franc.,  que  ce  mot  s'est  substantivé  avec  le  sens  de  «  condition  » 
dans  l'ancienne  locution  par  un  tel  si.  Godefroy  cite  de  nombreux  exem- 
ples des  locutions  par  (un)  tel  si  que  «  à  condition  que,  pourvu  que  », 
sous  1el  si  «  à  cette  condition  ».  etc.  Cet  emploi  de  si  était  également 
connu  de  l'ancien  wallon.  Dans  nos  parlers  modernes,  on  en  retrouve 
la  trace  à  l'Est  du  Brabant  (région  de  Wavre-Jodoigne).  où  subsiste 
l'expression  a  ta  sœ  «  à  tel  si  ».  Voici  le->  exemples  que  j'ai  recueillis  : 

a)  avec  complément  :  e  faut  tode  vITcer  —  de  ç  qu'on  gangne  (Ste-Marie- 
Geest)  «  il  faut  toujours  vivre  selon  ses  gains  »  :  dje  Va  fît  —  d'ça  (Chastre- 
Villeroux)  «  je  l'ai  fait  en  vue  de  cela  ». 

b)  sans  complément  :  djZ  l'a  fît —  (St-Géry,  Chastre-Vill.,  Pécrot-Chaussée, 
Ste-Marie-Geest)  «  â  dessein,  avec  intention  »  ;  s'arindji  — ■  Ste-Marie-Geest) 
«  s'arranger  selon  les  circonstances  »  ;  arindji  one  1ère  —  (Pécrot-Chaussée) 
«  arranger  une  terre  d'après  ce  qu'on  veut  y  semer  ». 

A  Court- St-Etienne  (Brabant),  on  dit  :  il  è-st-arivé  a  lé  si  «  il  est  arrivé 
juste  à  temps,  au  dernier  moment  utile  ».  Ce  sens  dérive  naturellement 
du  précédent. 

II.  G..  II  361,  ne  peut  déchiffrer  le  nam.  sik  («  en  qualité  de...  »), 
qu'il  donne  d'après  une  communication  écrite.  C'est  l'anc.  fr.  si  que 
(«  ainsi  que  »)  ;  comparez  :  «  que  personne  ne  se  présume  sique  maitre 
ouvrier  user  de  notre  Métier  »  (Chattes  et  Privil.  des  Métiers  de  Liège, 
II  59)  ;  et,  en  1552  :  «  L'an  et  jour  susdit  fut  ledit  Henry  sic  marit  et 
menbour  de  Maroie  son  espeuse  advesty...  »  (Arch.  de  l'Etat  à  Liège  : 
Ban  de  Hervé,  8,  201  v°). 

[Remaniement  d'un  article  paru  dans  BD  1912,  p.  97.  —  J'avais  cru  alors 
pouvoir  expliquer  de  même  la  phrase  :  a  su  (Ttravayi,  i  dort  (Ucimont,  Botassart) 
«  au  lieu  de  travailler,  il  dort  ».  J'oubliais  que,  dans  la  région  de  la  Semois, 
a  représente  le  lat.  in  aussi  bien  que  le  lat.  ad.  Nous  avons  ici  affaire  à  la  locu- 
tion  en   sus    de  «   loin  de  »,  bien  connue  en  ancien  français  et  en  meusien.] 

O  A.  Thomas,  Nouv.  Essais,  p.  200  :  cf.  Meyer-Lùbke,  n"  1949. 


—  219  — 

liég.  (?)  sindrèse 

Ce  mot  ne  figure  pas  dans  les  dictionnaires  wallons  et  n'a  sûrement 
jamais  été  populaire  à  Liège.  Je  ne  le  trouve  que  dans  un  manuscrit 
du  curé  Duvivier  (1850)  :  «  sindress  del  miver,  agonie  ».  C'est  le  fr. 
syndérèse,  terme  didactique  emprunté  du  grec,  «  reproche  que  nous 
adresse  notre  conscience  o  (voy.  Godefroy,  t.  X).  Tel  est  le  sens  qu'il  a 
dans  ce  passage  de  Mélart  :  «  effrayé  de  la  perte  de  son  sang,  ou  touché 
de  quelque  sinderesse,  s'il  y  en  peut  avoir  dans  une  âme  effrontée 
et  inique  »  (*).  Les  sindrèses  dèl  mwêrt  désignent  donc,  plutôt  que 
l'agonie  en  général,  les  angoisses  de  la  conscience  à  l'approche  de  la 
mort. 

[Romania,  t.  xi.vii  (1921),  p.  573.] 

w.  sizin 

G.  II  366  :  sizin  (glaçon,  glace  détachée)  ;  nam.  it.  («  éclat  de  glace  qu'on  a 
coupé  »).  Si  cette  définition  est  exacte,  notre  mot  appartiendrait  prob.  au  même 
radical  que  sizai  [lire  cizê,  ciseau].  —  Sizener  (charrier). 

Le  mot  manque  dans  Remacle,  Hubert,  Villers,  Lobet  ;  ce  dernier 
donne  cependant  le  verbe  sisné.  Cambresier  définit  :  «  glaçon  »  ;  Gothier 
et  Willem  :  «  glaçon  mince,  menu  »  ;  Forir.  I  194  :  «  petit  glaçon  : 
on  h'mince  a  vèyî  dès  sizins  so  Moûse  ;  li  Moûse  sizène  (ou  siz'nêyé) 
dèdja  ».  —  Le  mémoire  de  M.  Fouarge  sur  la  Batellerie  liégeoise  (2)  nous 
apporte  une  forme  siz'rin,  avec  cette  définition  circonstanciée  :  «  glaçon 
qui  se  forme  pendant  la  nuit  le  long  des  rives  et  à. la  surface  des  eaux, 
se  détache  pendant  la  journée  et  s'en  va  au  fil  de  l'eau  ».  —  Enfin,  vers 
1890,  en  conversant  avec  le  vieux  passeur  de  Méry-sur-Ourthe.  tandis 
que  les  sizins  descendaient  la  rivière,  j'ai  noté  ce  qui  suit,  d'après  le 
caractère  qui  me  frappait  dans  l'objet  :  «  glaçon  très  mince,  formé  de 
lamelles  rayonnantes,  différent  du  hirô  ou  gros  glaçon  :  Vêwe  sizène, 
èle  va  sèrer  »  (3). 

Pour  en  revenir  à  l'article  de  G.,  on  trouvera  sans  doute  suspecte, 
d'après  ce  qui  précède,  la  définition,  qu'il  tenait  d'un  correspondant 
namurois  (4).  Celle  que  j'ai  notée  à  Méry  pourrait  à  la  rigueur  étayer 
son  hypothèse  d'une  parenté  entre  sizin  et  cizê.  Toutefois,  notre  mot 

(M  Ilist.  de  la  ville  et  chasteau  de  Huy,  p.  38  (Liège,  1641). 

(2)  Inédit,  couronné  en  1910  aux  concours  de  la  Société  de  Littérature  wallonne. 

(3)  «  L'eau  charrie  des  sizins,  elle  va  serrer  »,  c'est-à-dire  se  prendre,  geler  :  comp. 
Cambresier,  v°  cizin,  et  voy.  ci-après  l'article  trèssèrin.  Sur  hirô,  voy.  p.  153. 

(4)  Pirsoul  la  reproduil  sans  indiquer  sa  source. 


—  220  — 

n'appartenant  qu'à  la  Meuse  (de  Namur  à  Liège)  et  à  l'Ourthe  liégeoise 
(Méry-Tilff),  je  lui  chercherais  plutôt  une  origine  septentrionale.  Il  me 
semble  que  le  germ.  zeisen,  forme  dialectale  du  néerl.  zeis  «  faux  » 
(moyen  néerl.  seisene),  pourrait  expliquer  littéralement  le  w.  sizin. 
Le  sens  propre  serait  :  «  lame  de  faux  ou  en  forme  de  faux,  lamelle 
coupante  ».  d'où,  au  fig.,  «  glaçon  qui  présente  cette  forme  ».  —  Pour 
la  forme  isolée  siz'rin,  comp.  liég.  mossê  «  mousse  »,  ard.  mos'rê  ;  verv. 
pissène  ou  piss'rène  (Lobet)  «  piscine,  etc.  »  ;  liég.  sîzèt  «  tarin  »,  verv.. 
sizèt,  malm.  sîz'rê,  à  Faymonville  sizWè  (emprunté  du  néerl.  sijs,  sijsje, 
m.  h.  ail.  zîse,  m.  néerl.  sîseken,  ail.  zeischen,  zeisig  ). 

liég.  skèrbalik 

G.,  II  366,  donne  sans  explication  skerbalite  (sic),  t.  de  batellerie, 
«  bois  soutenant  le  toit  de  l'écoutille  ».  D'autre  part,  nous  lisons  dans 
le  mémoire  inédit  de  M.  Fouarge  sur  la  Batellerie  liégeoise  :  «  skèrbalik. 
m.,  sommier  longitudinal  sur  lequel  s'appuient  les  gueûtes  ou  che- 
naux (*),  qui  supportent  les  rûmes  (écoutilles  ou  panneaux)  ;  ce  sommier 
repose  lui-même  sur  une  charpente  appelée  tchèyîre  ou  chaise  ».  Cette 
définition  détaillée  est  d'une  clarté  parfaite,  autant  que  la  forme 
skèrbalik,  où  nous  reconnaissons  le  flamand  scheerbalk,  t.  de  char  p.. 
«  entrait,  traverse  »  (2).  Pour  la  phonétique,  on  notera  l'altération 
de  -ike  en  -ite  (3),  l'insertion  d'un  i  d'appui  dans  les  mots  d'emprunt 
moderne  présentant  un  groupe  de  consonnes  difficile  à  prononcer  (4), 
et  enfin  le  traitement  différent  du  germ.  balk  dans  bà  (voyez  cet  article) 
et  dans  -balik,  ce  dernier  dénotant  une  adoption  plus  récente. 

liég.   skèrî 

G.,  II  366,  note  l'expression  skèrî  on  batê,  t.  de  batellerie,  «  ponter 
un  bateau  en  poupe  et  en  proue  »  ;  c'est  probablement,  dit-il.  le  fr. 
«  équarrir  »  ou  plutôt  le  w.  *sqwèrî  «  mettre  d'équerre  ».  Le  w.  sqzvêrî 
«  équarrir,  mettre  d'équerre  »  existe  notamment  à  Fosse-lez-Xamur 
(BSW  52,  p.  161),  sqwêrer  à  Ambresin-Wasseiges.  Mais- skèrî  —  que, 
pour  ma  part,  je  ne  connais  que  par  Grandgagnage,  —  n'a  rien  à  dé- 

(1)  Voy.  ci-dessus  l'article  gueule. 

(2)  Voy.  scheerbalk  (=  néerl.  dwarsbalk)  dans  VIdioticoii  de  De  Bo  ;  et  dans 
Van  Keirsbilck,  Ambacht  van  den  Timmerman  (Gand,  1898). 

(J)  Voy.  ci-après  l'art,  ivite.  —  L'inverse  est  plus  fréquent  :  néerl.  gelid  =  w- 
gullite,-ike(G.,  1247)  ;  gastrite,  clématite,  cantharide  =  w.gastrike,  clématike (LohctT 
280),  cantarike  (Duv.),  etc. 

(*)  Voy.  les  articles  ârih,  bêrih,  mèti'sik,  hamuslâde  (à  propos  de  rômuskirih). 


—  221  — 

mêler  avec  sqzvêrî.  II  est  emprunté  du  néerl.  (een  skip)  scheren,  t.  de 
construction  navale,  «  dresser  les  couples  et  clouer  les  lisses  »,  qui 
se  rattache  à  l'anc.  h.  ail.  skerjan,  skarjarm  diviser,  partager»;  néerl. 
scheeren,  scheren  (Kilian)  «  arranger,  préparer  ». 

rouchi  soçon 

J'ai  entendu  à  Stambruges  (Hainaut)  :  i  n'a  pus  soçon  dé  rié  «  il  n'a 
plus  cure  de  rien  ».  On  cherche  en  vain  dans  Delmotte,  Hécart,  Sigart 
et  autres  ce  mot  soçon,  dont  la  forme  et  l'acception  sont  dignes  de 
remarque.  C'est  l'anc.  fr.  sospeçon  (appréhension,  inquiétude  ;  fr. 
soupçon),  qui  n'a  survécu  que  dans  cette  expression  négative,  avec 
le  sens  de  :  «  cure,  souci  ». 

w.  sohe  (Verviers) 

Lobet  donne  le  verviétois  sohe  du  tchèrète  «  chable  [de  charrette], 
forte  corde  formée  de  4  à  6  torons  sans  âme  qui  sert  à  lier  la  charge  de 
tonneaux,  etc.  »  (x).  De  même  à  Liège  (?),  d'après  Forir.  D'autre  part, 
à  Faymonville,  tout  contre  la  frontière  germanique,  on  appelle  souhe, 
s.  f.,  le  câble  dont  se  servent  les  bûcherons  pour  faire  tomber  l'arbre 
du  côté  voulu  (2). 

G..  II  371,  dérive  sohe  du  moyen  latin  soca  «  corde  »  (3),  mais  la 
phonétique  s'y  oppose.  Derrière  les  voyelles  vélaires  o,  u,  la  gutturale 
latine  c,  g,  suivie  de  a,  s'efface  complètement  en  français  et  en  wallon. 
Le  wallon  diffère  seulement  du  français  en  ce  que  o,  u  développent  w 
en  hiatus  :  carrûca  :  charrue,  tchèrowe  ;  sanguisûga  :  sangsue, 
sansowe  ;  dôga  :  anc.  fr.  doue  (fr.  douve),  w.  dèwe  ;  auca  :  anc.  fr.  oue 
(fr.  oie),  w.  âive,  etc.  Le  lat.  vulg.  *sôca,  anc.  fr.  soue  (dial.  seuwe), 
donnerait  donc  *sowe,  *sèive  en  liégeois. 

Le  mot  n'étant  signalé  qu'à  Liège  (?).  à  Verviers  et  près  de  Malmedy, 
il  est  naturel  de  lui  assigner  une  origine  germanique.  Xous  y  verrons 
un  emprunt  du  moyen  h.  ail.  zog,  bas  ail.  zoeh  (=  h.  ail.  zug  «  traction, 
trait  »  ;  avec  le  sens  supposé  de  zugseil  «  corde  pour  tirer,  trait  »). 
Pour  la  forme,  voyez  l'article  djohe,  où  nous  avons  reconnu  l'ail,  joch. 
et  l'article  guzouhe. 

i1)  Lobet  a  tort  évidemment  de  confondre  dans  le  même  article  ce  mot  avec 
sohe,  f.,  «  rigole  »,  qui  vient  de  l'anc.  h.  ail.  snocha  «  sillon  »  ;  voy.  ci-après  zoWlé. 

(2)  Communication  de  M.  J.  Bastin  ;  voy.  son  Voc  de  Faym.,  v°  souhe. 

(3)  Diez,  p.  297  ;  Meyer-Lubke,  n°  8051.  --  Voy.  ci-après  l'article  sowe. 


—  222  — 

liég.  «  sônandin  »  (Forir) 

Forir  définit  ce  mot  par  :  «  ondin,  croque-mitaine  qu'on  suppose 
habiter  les  eaux  ».  La  traduction  «  ondin  »  pourrait  mettre  sur  une  fausse 
piste.  En  réalité,  on  doit  écrire  li  sonna nts-dints  (on  —  à,  dénasalisé 
parfois  en  ô),  abréviation  de  Vome  as  sonnants  dints  «  l'homme  aux  dents 
saignantes,  rouges  du  sang  des  victimes  qu'il  dévore  »  (1).  Vers  1870. 
à  Cointe  (1.  d.  de  Liège),  pour  empêcher  les  enfants  d'aller  jouer  du  côté 
des  qivate  rouivales,  carrefour  malfamé,  on  leur  disait  que  Vome  as 
■sonnants  dints  ou  as  rodjes  (rouges)  dints  y  demeurait.  —  D'ordinaire 
on  entend  par  là  un  esprit  des  eaux.  A  Souverain-Wandre,  on  recom- 
mande aux  enfants  de  ne  pas  s'approcher  de  la  Meuse  en  leur  disant: 
Vome  as  rodjes  dints  vis  hièrtch'rè  d'vins  «  vous  entraînera  dedans  »  (2). 
De  même  à  Glons  :  n'alez  nin  tro  près  c/'  Djêr  (du  Geer),  Vome  as  rodjes 
dints  a'  vêrè  sètchî  cVvins.A  Roclenge-sur-Geer,  j'ai  entendu  Mârodfdin, 
que  l'on  comprenait  comme  étant  un  nom  propre  et  qui  n'est  que 
'aphérèse  du  précédent  (3).  A  Jupille,  on  dit  aux  enfants  qui  veulent 
se  pencher  sur  un  puits  :  rVawêtîz  nin  è  pus\  li  Rodjes-dints  v'  hap'rc. 
Un  des  noms  du  Croque-mitaine  à  Stavelot  :  lu  rodje-bètch  (4).  à  Xa- 
mur  Colau-rodje-bètch,  s'expliquera  de  même  :  e'e.^t  un  homme  ou  un 
oiseau  géant  au  bec  rouge  de  sang. 

Forir,  v°  bbuname  (bonhomme),  donne  l'expression  bouname  as 
rodjes  dints  «  espèce  de  croque-mitaine  »,  et  nous  voyons,  par  un  pam- 
phlet de  1676,  que  les  Liégeois  se  moquaient  de  l'Empereur 

Tôt  l'ioumant  l'bouname  as  rodjes  dints 
Et  li  p'tit  borguimêsse  d'Allemagne  {'). 

(J)  Comparez  :  avu  lès  dints  d'sson>t'tcs  so  ')ie  djint  (Remacle,  Ie  éd.,  v°  avu)  «  avoir 
une  rancune  contre  qqn  ».  —  A  Yerviers,  «  le  personnage  imaginaire  qu'on  dit  aux 
enfants  être  au  bord  de  Peau  pour  les  en  éloigner  »  s'appelle  sainandin  d'après 
Xhoffer,  c'est-à-dire  sainants  dints  <  dents  saignantes  »  (.1.  Feller  :  BD  1920,  p.  6G). 
La  forme  sainant  est  étrange,  car  le  wallon  distingue  entre  sinni,  v.  tr.,  «  saigner 
(un  malade)  »  et  sonner,  v.  intr.,  «  avoir  un  écoulement  de  sang  ». 

(2)  Quesl.  'le  Folkî.  (Liège,  1891),  n°  15  ;  Monseur,  Le  Folkl.  wallon,  p.  1  (Bruxelles, 
Rozez).  —  Marie-Crochet  (St-Hubert),  V homme  au  crochet  (Huy),  Ilenri-Crotchet 
(Tintigny),  Djan-Crochet  (Ste-Marie-sur-Semois),  le  père.  Cent-crocheis  (Longwyon), 
Vome  a  Favèt  (Cbarleroi)  jouent  le  même  rôle  d'épouvantail.  A  Deville  (Ard.  franc.), 
la  bête  acrabo  vit  dans  la  .Meuse  ;  elle  a  des  cornes  avec  lesquelles  elle  entraîne  les 
enfants  (BD  1910,  p.  20). 

(3)  Comparez,  à  Ciney  :  Mazagrawe  (  =  Vome  a-z-agrawes  «  l'homme  aux  griffes  »)  ;  ni 
brèyoz  nin,  <lit-<>n  à  l'enfant  qui  pleure,  Mazagrawe  qui  vint  !  »  [il  y  a]  M.  qui  vient  !  ». 

(4)  Voc.  de  Stavelot  :  liSW  44,  p.  501. 

(5)  Hennen,  Pamphlets  politiques  du  XVII*  siècle  (1913,  Verviers),  p.  260. 


—  223  — 

w.   sondje  (Roclenge-sur-Geer) 

On  lit  dans  le  Gloss.  du  chapelier  en  paille  par  Marchai  et  Vertcour 
(BSW  29,  p.  241)  :  «  songe,  s.  f.,  neuvième  partie  d'une  bosse  di  stou. 
c.-à-d.  d'une  gerbe  dont  les  épis  n'ont  pas  encore  été  coupés  ».  Je  tiens 
de  M.  H.  Frénay  que  ce  terme,  prononcé  sondje,  n'existe  qu'à  Roclenge- 
sur-Geer,  avec  le  sens  suivant  :  «  double  poignée  de  stou  (paille  à  tresser), 
qu'on  lie  sous  l'épi  avant  de  la  peigner  ou  serancer  ;  après  le  peignage, 
on  coupe  les  épis  ;  sept  ou  huit  sondjes,  ainsi  décapitées  et  nettoyées, 
puis  liées  ensemble  aux  deux  extrémités,  forment  un  ivâ  (une  gerbe)  ». 
■ —  Pour  découvrir  l'origine  de  sondje,  l'orientation  est  aisée  :  Roclenge 
se  trouve  à  l'extrême  limite  linguistique  du  N.-E.  et  le  vocabulaire 
du  tresseur  de  paille  foisonne  en  termes  germaniques.  Il  suffit  de  con- 
sulter YIdioticon  flamand  de  Sehuermans,  v°  zang  «  glane,  poignée  d'épis 
(Kilian  :  sangh)  »  ;  voy.  aussi  l'ail,  sange  dans  Kluge,  Weigand.  Le 
diminutif  *  zang  je  (1),  aura  donné  *sandje,  devenu  sondje  dans  la  vallée 
du  Geer,  où  la  nasale  an  s'altère  souvent  en  on  (voy.  l'art,  sanke). 

liég.  sorblèsseûre 

G.,  II  375,  a  cet  article  :  «  sor  (dans  sore-blesseure  :  meurtrissure) 
Remacle,  2e  éd.  Comp.  l'angl.  sore  (blessure)  ».  —  Altenburg  (II,  12  : 
Eupen,  1881)  confirme  et  développe  cette  explication  :  «  sore  dans 
sore-blesseûre,  dit-il,  est  l'anglo-saxon  sâr,  s.  et  adj.  (wund,  schmerzlieh), 
comme  dans  sârum  vordum  (Beowulf),  angl.  sore,  anc.  h.  ail.  sêr,  n.  h.  ail. 
sehr,  versehren,  etc.  »  Voilà  beaucoup  d'allemand  dépensé  en  vain  t 
Au  fond,  notre  sor  n'a  rien  de  germanique. 

Remarquons  d'abord  que  le  mot  n'est  signalé  nulle  part  ailleurs  et 
que  Remacle  écrit  sor-blesseur  :  la  graphie  sore  est  inventée  par  G» 
en  conformité  de  l'explication  qu'il  imagine.  Je  tiens  pour  certain  qu'il 
faut  écrire  sorblèsseûre,  composé  à  l'aide  du  préfixe  sor-  «  sous  ».  Ce 
préfixe  a  le  sens  propre  dans  sorlèver  (Lobet)  «  soulever  »,  sorfa  (ard.) 
«  bâton  pour  soutenir  le  faix  sur  l'épaule  »,  sorlon  «  selon  ».  sorti  ni 
«  soutenir  »,  sorpwarter  (Malmedy)  «  1.  soutenir  qqn  ;  2.  porter  [un  habit] 
après  autrui  »  ;  (2)  —  il  est  atténuatif  dans  sordrovi  «  entr'ouvrir  »,  sorvèy 
«  entrevoir  »  (Malmedy,  Bovigny,  Lutrebois,  etc).  Un  verbe  *sorblèssî 
«  *sous-blesser  :  blesser  légèrement,  meurtrir  »  s'expliquera  comme  les 
deux  derniers,  ou  bien,  en  prenant  sor-  au  sens  propre,  par  :  «  blesser 

(1)  Voy.  ci-après  l'art,  ivadje. 

(2)  Ajoutez  sorsèyemint,  dont  nous  parlons  à  l'article  soû. 


—  224  — 

sous  [la  peau]  »  ;  le  mot  serait,  dans  ce  cas,  d'une  justesse  parfaite. 
On  relève  d'ailleurs  :  1°  au  Sud  de  la  Wallonie,  sourbature,  «  ampoule  »(1); 
2°  à  Mons,  s(o)urbature  «  douleur  du  pied  assez  commune  chez  les  char- 
bonniers qui  travaillent  dans  l'eau  »  (Sigart).  Nous  y  voyons  de  même 
une  *bature  (contusion)  «  en  dessous  ».  ou  encore  une  «  contusion 
légère  ». 

\v.  sot-dwèrmant  «  loir  » 

G.,  II  377,  note  laconiquement  «  sot-.doirmant  :  loir,  à  Liège  et  à 
Namur  »,  comme  si  le  mot  s'expliquait  assez  de  lui-même  (2).  La  Faune 
wallonne  de  J.  Defrecheux  dit  bien  que  le  loir  s'engourdit  pendant  l'hiver 
et  que  de  là  vient  le  nom  wallon  de  cet  animal  ;  mais  on  peut  se  de- 
mander pourquoi  une  telle  particularité  lui  vaut  l'épithète  de  sot. 
En  réalité,  et  cela  mérite  d'être  remarqué,  so  est  altéré  de  se  et  repré- 
sente le  fr.  sept.  On  sait  combien  fut  populaire  au  moyen  âge  la  mer- 
veilleuse aventure  des  «  Sept  Dormants  »,  de  ces  jeunes  gens  d'Ephèse, 
qui,  arrêtés  au  IIIe  siècle  comme  chrétiens,  réussirent  à  se  réfugier  dans 
une  caverne,  où  ils  s'endormirent  pour  ne  se  réveiller  que  deux  siècles 
plus  tard.  Un  souvenir  de  la  légende  pieuse  a  survécu  dans  l'ail.  Sieben- 
schlàfer  et  le  néerl.  zevenslaper.  qui  désignent  proprement  «  un  des 
sept  dormants  »,  puis,  au  figuré,  «  un  grand  dormeur  »,  et  enfin  «  un 
loir  ».  Le  w.  so-dwèrmant  n'a  conservé  que  cette  dernière  signification, 
le  terme  s'étant  altéré  chez  nous  par  étymologie  populaire  et  aussi  par 
dissimilation.  On  a  dit  d'abord  sèf  dwèrmants.  puis,  comme  dans 
d'autres  composés  traditionnels  (3).  le  /  s'est  amuï  ;  enfin  la  voyelle 
è  de  la  syllabe  initiale  est  devenue  Ô,  comme  dans  sersai  (Lobet,  p.  534) 
=  sorsai  (Hubert)  «  halo  (de  la  lune)  »,  que  nous  écrirons  cèrcê,  çorcê 
(=  cerceau,  lat.  circellus)  ;  sèrdjant  =  sordjant  «  sergent  »  ;  Diè-wâde 
=  Dio-icâde  «  Dieu  (vous)  garde  !  »  (G.,  I  254)  ;  anê  (Malmedjr)  =  ènê 


(*)  Bruneau,  Etiquete,  I  23.  A  rapprocher  du  gaumais  sourbate  «  battre  superfi- 
ciellement, sans  délier  les  gerbes  »  ;  sourbatin  (Alle-sur-Semois)  «  gerbe  battue  ».  — 
Notons  encore  qu'un  phlegmon  à  la  paume  de  la  main  s'appelle  batore  (Stavelot), 
èsbateûre  (Jupille),  sbateûre  (Marche-en-Famenne,  Lutrebois),  forbaieûre  (Vielsalm, 
Bovigny),  fourbateûre  (Ste-Marie-sur-Semois).  Voy.  Godefxoy,  sobateure. 

(2)  Le  loir  s'appelle  so-dwèrmant  (à  Liège  ;  -ont  à  Huy)  ;  so-divarmant  à  Wavre, 
Namur,  Dorinne  (Pirsoul  donne  le  nam.  sordivarmant,  forme  peu  sûre)  ;  sou-dwar- 
mant  à  Stave,  Alle-sur-Semois  ;  sou-dormuid  à  Neufchâteau  :  Ion-dormant  à  Virton  ; 
rat  bridé  à  Charleroi,  Thuin.  Cf.  Rolland,  Faune  pop.  de  la  France,  vu,  p.  94. 

(3)  Comp.  ûs  sè-faw  «aux  sept  hêtres  »  (1.  d.  de  Neu\ille-en-Condroz)  ;  abarin, 
t.  de  houill.,  proprement  n'abat  rin  (HI)    1914-19,  p.  68). 


—  225  — 

(Faymonyille)  =  onê  (Liège)  «  anneau  »  ;  *sèlogne  =  sologne  (Liège) 
«  chélidoine  »  ;  etc.  —  Le  changement  inverse  est  du  reste  tout  aussi 
fréquent  :  sofoker,  sèfoker  «  suffoquer  »  ;  Tchodôre,  Tchèdôre  «  Théodore  »  ; 
èstèner  «  étonner  »  ;  pèturon  «  potiron  »  ;  popioûle  (à  Liège,  comme  les 
mots  précédents)  =  pèpioûle  (Sprimont)  «  têtard  »,  proprement  «  petite 
pope  ou  poupée  »  ;  corwêye  (liég.)  =  kèrwêye  (Esneux)  «  corvée  »  ; 
pèrlôdje  (liég.)  «  chaire  de  vérité  »  (lat.  prologium),  etc. 

w.  sotré 

On  appelle  ainsi,  à  Villettes-Bra,  la  litière  de  paille  ou  de  bruyère 
qu'on  étend  à  terre  pour  y  déposer  les  gerbes  de  blé  (1).  Cette  forme 
curieuse  et  inédite  répond  à  l'anc.  fr.  soustré  «  litière  »,  qui  vient  du  lat. 
substratum.  Pour  s'en  convaincre,  on  lira  avec  intérêt  l'article  que 
M.  Antoine  Thomas  a  consacré  au  fr.  soutre  «  sous-main  »  et  au  sain- 
tongeois  soûtrer  «  faire  litière  »  (2).  —  Le  w.  sotré  est  encore  remarquable 
si  on  le  compare  à  sortini  «  soutenir  »  et  aux  quelques  autres  mots  wallons 
où  sor-  représente  le  lat.  subtus  (3).  On  peut  se  demander  s'il  ne  faut 
pas  ici  partir  d'un  type  *subtus-stratum,  d'où  *sortré,  qui  aurait 
abouti  à  sotré  par  dissimilation. 
[Remania,  t.  xl  (1911),  p.  330.] 

w.  soû  («  seuil  »)  et  dérivés 

Pour  expliquer  soû,  Xiederlànder  invoque  un  type  latin  *solum, 
mis  pour  solium  (4).  Il  se  trompe  assurément.  Tout  comme  le  fr.  seuil, 
deuil,  le  w.  soû,  doû  (su,  dû  au  Sud  du  Luxembourg  :  Neufchâteau, 
Lavacherie,  Fauvillers,  et  pays  gaumais)  vient  de  solium,  dolium. 
Ce  qui  caractérise  les  formes  wallonnes,  c'est  la  perte  de  l'élément 
palatal  y,  phénomène  des  plus  ordinaires  dans  nos  dialectes.  Comparez 
le  liég.  cièrfou  «  cerfeuil  »,  mifou  «  mille-feuille  »,  à  côté  de  foye,  fouye 
«  feuille  »  ;  le  malm.  û  à  côté  du  liég.  oûy  (1.  œil  ;  2.  aujourd'hui)  ;  le 
traitement  du  suffixe  -aculum,   qui  aboutit    au   w.  -a,  fr.  -ail  ;  etc. 

(*)  De  même,  à  Tohogne,  c'est  le  fond  du  gerbier  (stèlêye)  ou  la  base  de  la  meule 
(môye). —  «A  St-Géry  (Brabant  wallon),  on  fait  un  sotrait  sous  la  mwéye  (meule) 
en  disposant  à  terre  25  ou  30  gerbes  »  (Communication  de  M.  l'abbé  Courtois).  Ce 
sotrait  est  sans  doute  une  graphie  inexacte  pour  sotré,  que  j'ai  entendu  non  loin  de 
là,  à  Gembloux,  Grand-Leez.  En  pays  gaumais,  j'ai  noté  soutrèy  à  Musson  :  «  gerbier 
au  niveau  du  sol  »  ;  comp.  Labourasse,  p.  512. 

(2)  Mélanges  aVétyrn.  fr.,  p.  147.  Voy.  aussi  Meyer-Lûbke,  n°  839G. 

(3)  Voyez  Projet  de Dict.  wallon,  p.  26,  sorfa,  et  ci-dessus  l'article  sorblèsseûrc. 

(4)  Mundart  von  Namur,  §  43  a. 

i5 


—  226  — 

«  Seuil  »  a  donné  chez  nous  certains  dérivés  intéressants.  Le  liég. 
soyou,  terme  de  houillerie,  «  lit  inférieur  d'une  couche  de  houille  »,  se 
rattacherait,  d'après  G.,  II  372,  à  sôye  «  scie  ».  Nous  y  trouvons  un 
diminutif  *soliolum;  comparez  le  liég.  foyou  «feuillet»,  et  voyez, 
pour  plus  de  détails,  BD  1914.  p.  105. 

A  Roy  (en  Famenne),  lès  sdyemints  désignent  le  soubassement,  le 
mur  bas  sur  lequel  on  place  le  soil,  c'est-à-dire  la  sablière,  la  pièce  de 
bois  soutenant  la  charpente  de  l'ancienne  construction  ardennaise 
En  1546,  un  texte  liégeois  parle  «  des  vieux  soillemens  »  d'une  maison  (x). 
Le  composé  sorsèyemint  (pour  *sorsoyemint  :  lat.  *sub-  ou  *subtus- 
soliamentum)  est  beaucoup  plus  commun  dans  ce  sens  (2).  On  le 
relève  notamment  à  Stavelot,  Malmedy,  Erezée,  Bande,  Ortheuville 
(3).  C'est  apparemment  le  même  sens  qu'il  faut  attribuer  à  l'anc.  fr. 
soursueillement  (4).  Comparez  le  fr.  enseuillement. 

Enfin  G.,  II  380,  cite  sans  explication  le  nain,  souivîe  «  pièce  de  bois 
plate  que  l'on  met  sous  une  cloison  pour  la  supporter  ou  sur  un  mur  ». 
Cette  définition,  qui  est  reprise  par  Pirsoul,  ne  doit  pas  être  exacte. 
J'ai  noté  souioîye  à  Ste-Marie-Geest,  Thorembais-St-Trond,  souwî  à 
Noduwez,  souwîre  à  Ciney,  sêwlre  à  Perwez,  St-Géry,  souyîre  à  Neuville- 
sous-Huy,  soyure  à  Denée.  Partout,  ce  mot  désigne  le  petit  mur  bas 
qui  sépare  le  gerbier  de  l'aire  (5)  :  quand  on  bat  au  fléau  sur  l'aire, 
è  faut  V  sëicîre  po-z-èspêtchi  V  grain  de  s  peter  dins  lès  mafes  (St-Géry) 
«  il  faut  le  petit  mur  pour  empêcher  le  grain  de  sauter  dans  les  gerbiers 
ou  travées  de  la  grange  ».  —  A  mon  sens,  le  type  latin  *soliata  aura 
donné  *souyîye,  d'où  sou-îye,  souzvîye,  puis  souivîre  par  changement 
de  suffixe.  C'est  proprement  la  partie  «  seuillée  »,  le  mur  bas  couvert 
d'un  «  seuil  »  ou  pièce  de  bois  qui  supporte  les  piliers  de  la  grange. 
Godefroy  donne  --  sans  traduction  —  trois  textes  tournaisiens  du 
xve  siècle  portant  soulie  {-llie,  -Uye),  où  nous  reconnaissons  notre  mot 

(1)  Cité  par  God.,  solement,  qui  donne  à  tort  la  date  de  1566.  Ajoutez  ce  texte , 
que  je  tiens  de  M.  Jean  Lejeune  :  «  le  haulte  paroise...  estoit  sains  soûl  et  soyemens 
et  en  plussieurs  lieux  estoient  les  dits  maisonnaiges  mal  entretennus  de  placque- 
iucns  »  (1551.  Avouerie  de  Fléron,  8, 173). — De  même,  dans  les  Ardennes  françaises  : 
«  souillements,  fondations  d'une  construction  »  (Baudon,  Patois  de  Rethcl). 

(2)  Pour  sub-    ou  subtus-  ^>  sor-,  voyez  les  articles  sorblèsseûre,  sotré, 

(3)  Pour  Stavelot-Malmedy,  voyez  BSW  44,  pp.  523  et  540. 

(4)  Voyez  sorchielle,  sourcillier,  sueller,  sueillissement,  soursueillement,  reseurciller r 
dans  Godefroy,  qui  ne  traduit  pas  ou  traduit  inexactement  la  plupart  de  ces  mots. 

(5)  A  l'extrême  Ouest,  ce  mur  s'appelle  plouyé  (Ellezclles),  benê  (Luingne),  banc 
dairée  (YViers).  — A  Tohogne  :  li  soû  d'il  stèlêye  «  le  seuil  du  gerbier  ». 


—  227  — 

wallon.  On  sait  que,  dans  le  dialecte  de  Tournai,  le  participe  féminin 
des  verbes  soumis  à  la  loi  de  Bartsch-Mussafia  est  en  -ie  (1). 

anc.  fr.  soudre  (lat.  solvëre)  et  dérivés 

Des  chartes  namuroises  de  1328  parlent  de  derle  sorderesse,  de 
derlière  sordreresse  ou  sordresse.  Godefroy,  qui  cite  les  textes  aux 
articles  derle  et  sordreresse,  ne  peut  définir  cette  épithète.  Dans  son 
étude  sur  le  suffixe  -aricius,  M.  Antoine  Thomas  dit  à  propos  de  ces 
expressions  :  «  La  derle  est  de  la  terre  glaise  ;  faut-il  rattacher  l'adjectif 
sorderez  à  sourder,  souiller,  ou  à  sourdre,  ou  même  chercher  une  autre 
étymologie  ?  »  (2). 

Il  faut  prendre  le  dernier  parti.  Nous  savons  que  les  batteurs  de  cuivre 
utilisaient  cette  sorte  d'argile  pour  leurs  creusets  à  fondre  le  métal  (3)  : 
c'est  ce  qu'indique  le  passage  suivant  du  même  texte  de  1328  :  «  une 
derlière,  c'est  a  savoir  ou  on  prent  terre  de  coi  li  bateurs  ourent  [=  tra- 
vaillent] a  Dignant  et  a  Bouvignes  »  (God.,  derlière).  Il  s'agit  donc 
de  la  terre  plastique  dont  les  fondeurs  de  Dinant  faisaient  les  creusets 
à  fondre  ou  soudre  (lat.  sol  ver  e)  le  cuivre.  Les  mots  derle,  derlière  qui 
précèdent  l'épithète  ont  amené,  par  assimilation,  l'épenthèse  de  r  dans 
le  type  primitif  souderez,  soderez  (4). 

La  famille  soudre  (fondre,  dissoudre)  n'a  pas  eu  de  chance  auprès  de 
Godefroy  ;  il  l'a  méconnue  à  peu  près  partout.  Il  ne  sait  pas  définir 
l'adjectif  soldeis,  soudis  qualifiant  un  nom  de  métal  ;  le  sens  est  évi- 
demment :  «  fondu  »  ;  syn.  fondeis,  fontis.  —  On  est  étonné  de  ne  pas 
trouver  à  l'art,  soldre  le  sens  propre  de  :  «  fondre  (un  métal)  ».  A 
l'art,  soudre  2,  nouvelle  surprise  :  soudre  (un  battant  de  cloche,  un 
lion  d'argent)  est  traduit  par...  «  souder  »  !  —  Il  fait  deux  articles 
souder  :  1.  «  v.  a.,  dissoudre  »  ;  2.  «  v.  n.  (!),  avoir  à  faire  (!).  avoir  de 
commun  »,  exemple  :  qu'ay  je  que  veoir  ne  que  souder  avec  toy  ?  Il  suffit 
de  rappeler  le  vers  de  Villon  :  a  luy  n'ayons  que  faire  ne  que  souldre, 
pour  voir  que  souder  signifie  :  «  résoudre,  débrouiller,  traiter  (une 
question)»  ;  voy.  Dict.  gén.,  soudre.  —  Enfin  Godefroy  traduit  soude- 
resse,  sodresse  par  :  «  femme  d'un  soudeur  ?  »  et.  au  t.  x,  soudeur  par  : 

(!)  Ch.  Doutrepont,  Xotes  de  dialectologie  tournaisienne §  3  (Z.f.frz.  Spr.  u.  Litt., 
xxn,  p.  68). 

(2)  A.  Thomas,  Nouveaux  essais  de  philologie  française,  p.  100. 

(3)  Dony  et  Bragard,  Vocab.  du  tireur  de  terre  plastique  (BSW  50,  p.  Gll). 

(*)  La  voyelle  o  représente  un  son  moyen  entre  d  et  où,  qui  existe  encore  aujour- 
d'hui dans  le  dialecte  namurois. 


—  228  — 

«  celui  qui  soude  ».  Les  textes  cités  étant  de  Bouvignes  (1311),  il  faut 
comprendre  :  «  fondeur  »,  «  femme  d'un  fondeur  (de  cuivre)  ». 
[Romania,  t.  xlv  (1919),  p.  192.] 

gaum.  sowe.  assowèy  ;  w.  sawe.  assawè  (Neufchâteau) 

Nous  avons  vu.  à  l'art,  sohe,  que  le  lat.  vulg.  *sôca  (corde)  n'a  rien 
donné  dans  le  nord-wallon.  En  revanche,  nous  le  retrouvons  au  Sud, 
dans  la  région  de  Neufchâteau  et  de  la  haute  Semois.  M.  Ed.  Liégeois 
note  le  gaumais  assauzveye.  v.  tr.,  «  passer  une  ficelle  dans  les  ouïes 
d*un  poisson  capturé  pour  le  conserver  vivant  dans  l'eau  »  (l)  ;  il  sou- 
ligne ouïes  pour  indiquer  apparemment  que  le  verbe  en  est  dérivé. 
Erreur  évidente.  Le  mot  est  du  reste  mal  écrit  ;  on  prononce,  non  pas 
au  (=  o),  mais  o  ouvert,  long,  bref  ou  moyen  :  j'ai  pu  entendre  ces  trois 
sons,  et  jamais  ô.  —  De  son  côté,  Dasnoy  enregistre  à  Neufchâteau  : 
sawe  «  corde,  chaîne  à  l'aide  de  laquelle  on  attache  les  chevaux  quand 
on  les  fait  paître  au  piquet  ;  attache  »  ;  assazver  «  attacher,  mettre  au 
piquet,  à  l'attache  »  ;  dessawer  «  détacher  »  (2).  —  Voici  enfin  les  notes 
que  j'ai  recueillies  sur  place.  On  prononce  en  chestrolais  ène  sâwe, 
assâwè,  dussâwè  ;  dju  m'  va  motiè  mu  tcWfô  a  sawe  «  je  vais  mener  mon 
cheval  [pour  le  mettre]  en  entrave».  En.  gaumais  (Ste-Marie-sur- 
Semois,  Buzenol,  St-Léger)  :  ène  sb~we,  mète  a  s$we  ou  assozvèy.  Ce 
dernier  verbe  s'emploie  dans  trois  cas  :  1.  assowèy  (in  tch'fô,  in  vê), 
attacher  avec  la  soive  (le  cheval,  le  veau),  au  pâturage  dans  l'enclos, 
ou  dans  l'étable  après  la  mêdjeûre  (mangeoire)  ou  la  bôtchîye  (cloison)  ;  — 

2.  ligoter  l'animal  en  lui  liant  la  tête  et  une  ou  deux  pattes  de  devant  ;  — 

3.  assoivé  Vuch  du  Vètôle,  barricader,  lier  solidement  la  porte  de  l'étable. 
■ —  Je  n'ai  pas  retrouvé  le  sens  indiqué  ci-dessus  par  M.  Liégeois  ;  il 
existe  assurément,  mais  ce  n'est  qu'une  acception  figurée  ou  analo- 
gique, la  «  soue  »  étant  avant  tout  une  corde  assez  forte. 

anc.  fr.-w.  sperial.  spurel.  spier  ;  w.  spurê.  -ia 

Godefroy  donne  sans  définition  l'anc.  fr.  sperial  dans  ce  texte  liégeois 
de  1430  :  «  lis,  serins,  stramaires.  sperials  et  autres  menues  fustailles  ». 
Behrens,  p.  83,  y  voit  le  west-flamand  spèrel,  sperrel  «  barre  de  bois 
pour  fermer  une  porte  ou  une  fenêtre  ».  Pour  moi.  sperial  ne  fait  qu'un 
avec  spurel,  que  Godefroy  donne,  également  sans  définition,  dans  cet 
autre  texte  liégeois  de  1401   :  «  Les  esehevins...  puissent  entrer  ens 

(1)  Compl.  du  lexique  gaum.  (BSW  41,  n,  p.  112). 
(a)  Cf.  Godefroy  :  seiave  «  corde  ». 


—  229  — 

maisons  des  bollengiers  querans  en  leurs  spureaux  et  autre  part  pain 
et  ce  peser  »  (1).  G.,  II  639,  pour  ce  dernier  passage,  renvoie  avec 
raison  à  Tard,  spurê  «  armoire  »,  diminutif  de  l'anc.  liég.  spier,  lat. 
spicarium  «  grenier  ».  On  peut  voir  quatre  exemples  de  spir  (1367), 
spier  (1406),  cités  par  God.,  v°  spier  «  petite  chambre  pour  mettre  les 
provisions  ou  conserver  les  marchandises  »  (2). 

A  propos  de  spicarium  (>  anc.  h.  ail.  spîhhâri,  mod.  speicher), 
qui  est  dans  les  Glosses  de  Reichenau  —  et  déjà,  au  ve  siècle,  dans  la 
Loi  salique  —  Diez  croit  que  «  ce  mot  ne  s'est  maintenu  nulle  part, 
parce  que  le  lat.  granarium  suffisait  ;  mais,  ajoute-t-il,  d'après  notre 
glosse,  il  faut  supposer  qu'à  côté  de  granier,  grenier,  un  syn.  espiguier, 
espier  était  usité  en  France  »  (3).  Si  Diez  avait  connu  l'anc  liég.  spier, 
il  aurait  vu  que  spicarium  s'est  maintenu  longtemps  en  Wallonie. 
Au  reste,  le  souvenir  en  survit  dans  Spy,  commune  du  canton  de 
Namur-Nord  (4)  et  dans  le  diminutif  spurê. 

Ce  dernier,  qui  a  disparu  du  liégeois  moderne,  subsiste  au  Sud  et  à 
l'Ouest  de  Liège.  Nous  relevons  spurê  (Marche-en-Famenne)  «  armoire 
à  serrer  les  provisions  »  ;  spurè  (Awenne)  «  petit  placard,  ordinairement 
au-dessus  de  la  porte,  où  l'on  serre  le  pain,  le  beurre,  etc.  »  ;  spuria 
(Namur,  Givet)  «  armoire  »  (5)  ;  enfin  le  nam.  spurgna,  m.  s.,  qui  pré- 
sente un  cas  remarquable  de  durcissement  du  yod  (6).  L'assourdisse- 
ment de  i  en  u  à  la  protonique  est  régulier  ;  voy.  l'article  purlê,  p.  197. 
[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  573.] 

liég.  spinâ,  néerl.  spinaal 

Voici,  sur  ce  sujet,  ce  que  disent  nos  auteurs  : 

G.,  II  386  :  spinà  (sorte  de  fil  de  lin),  rouchi/t  (Vespinal  (sorte  de  fil  blanc). 
De  l'ail,  spinnen,  filer  ?  on  dérivé  de  spène,  épine  ? 

(x)  Ajoutez  cet  exemple  de  1393  :  «  les  espirias  qui  sont  en  le  cuisine  »  ;  dans  un 
testament  cité  par  Bormans,  Cartul.  de  Dînant,  t.  i,  p.  135  (Namur,  1880). 

(2)  Ajoutez  dans  BSW,  t.  5,  p.  408,  un  acte  de  1406,  qui  contient  six  fois  spier, 
une  fois  spiet  ;  —  Chartes  et  Privil.  des  Métiers,  n  144  et  149  :  «  dedans  maison, 
spier  ou  lieu  secret  »  (1521)  ;  etc. 

(3)  Diez,  Anciens  glossaires  romans,  trad.  Bauer,  p.  17.  —  Ni  Kôrting  ni  Meyer- 
Lubke  n'ont  d'article  spicarium. 

(4)  Spicarium  en  840  ;  Spiers,  Spies  en  1228,  1278,  etc.  ;  voy.  Roland,  Toponymie 
namuroise,  p.  561. 

(5)  Le  mot  tend  à  disparaître  devant  armwêre  et  dresse  ;  à  Givet,  par  exemple,  il 
ne  survit  que  dans  l'enfantine  :  zoup-zou-zouj)  su  li  spuria... 

(G)  Pirsoid,  u,  273,  écrit  spurnia  ;  j'ai  entendu  spurgna  à  Dorinne.  —  Pour 
y  ^>  gn  après  r,  comparez,  en  namurois,  machuria,  lahuria  =  machurgna,  tahurgna, 
et  voyez  l'article  mwèiïnê,  p.  182. 


—  230  — 

Forir,  Dict.  liégeois,  n  G55  :  s(i)pinâ,fil  de  lin  pour  les  cordonniers  :  on  lonhê 
di  — ,  une  pelote  de  fil  de  lin  ;  tchètê  di  — ,  ligneul  de  fil  de  lin  ;  voy.  fi-a-djonde. 
|  fi-a-djonde  (i  366)  J  =  «  fil  à  joindre  »],  fil  d'Epinai,  fil  gris  pour  ligneul 
|  fl-blanc  (i  367),  fil  de  Cologne,  fil  blanc  pour  ligneul. 

Lurquin,    Glossaire  de  Fosse-kz-Namur  :   spinal    ni.,  fil,  ligneul  blanc. 

Scius,  Dict.  malmédien  (manuscrit,  1887)  :  spinàte  1.  épinard  ;  2.  fil  de  lin 
pour  les  cordonniers. 

Le  nam.  spinal  est  la  forme  première,  altérée  d'une  part  en  spinâ 
sous  l'influence  de  spinâ  «  épinard  »  (Liège),  d'autre  part  en  spinâte 
sous  l'influence  de  spinâte,  ail.  spinat  «  épinard  »  (Malmedy).  Nous  la 
retrouvons  dans  le  néerl.  spinaal  «  ligneul  »,  qui,  en  Flandre  occidentale, 
désigne  aussi,  d'après  De  Bo,  le  «  gros  fil  retors  dont  on  fait  des  bas  et 
des  chaussons  ».  Chose  curieuse,  ni  Vercoullie  ni  Franck-van  Wyk  ne 
connaissent  l'origine  de  ce  mot  néerlandais  ;  on  nous  dit  seulement  que 
YEtymologicum  de  Kilian  ne  le  mentionne  pas.  L'introduction  du  mot 
dans  les  Pays-Bas  est  donc  postérieure  au  xvie  siècle.  Nous  croyons 
que  le  néerlandais  le  tient  du  wallon,  qui  le  tient  lui-même  du  Sud. 

Les  conjectures  de  G.  portent  à  faux  ;  il  aurait  dû  plutôt  tenir 
compte  du  rouchi  fi  d'espinal,  que  Hécart  définit  :  «  fil  blanc  à  l'usage 
des  cordonniers  ;  on  s'en  sert  aussi  pour  la  bonnetterie  ».  Le  Glossaire 
wallon  de  Ph.  Delmotte  (1)  confirme  ce  témoignage  ;  il  traduit  fil 
d'Espinal  ou  (VEspinard  par  :  «  fil  de  chanvre  »  et  cite  un  inventaire 
manuscrit  de  1371  :  «  item  autres  fringes  Manques  de  fil  d'Espinart  ». 
Forir  traduit  fi-a-djonde  par  :  «  fil  d'Epinai  »  [sic  ;  lire  Epinàl  ?].  — 
Amonsens,  du  spinâ(l),  c'est  du  fil  provenant  de  la  ville  d'Epinai  (jadis 
Espinal,  Spinal),  qui  possède  des  filatures  renommées.  Comparez,  en 
français,  tulle  «  tissu  très  fin  de  fil  »  ;  bolduc  «  ruban  étroit  de  coton  »  (2)  î 
turcoin  «  poil  de  chèvre  filé  »  (3)  ;  en  allemand,  Rasch  (=  Arras)  «  tissu 
léger  de  laine  ».  C'est  l'histoire  de  calicot,  de  verditi,  de  bougie  et  de 
tant  d'autres  mots  (4).  —  Pour  d'autres  noms  dialectaux  du  ligneul, 
voyez  ci-après  l'article  tchètê. 

[Romani  a,  t.  xlvii  (1921),  p.  574.  —  Depuis  lors,  M.  Vercoullie  m'a  signalé 
qu'il  avait  de  son  côté,  dès  1919  (5),  traité  du  néerl.  spinaal  dans  un  article  qui 

(l  )  Ecrit  en  1812  et  publié  en  1907,  à  Mons,  chez  L.  Bolland. 

(2)  De  Bois-le-Duc,  ville  de  Hollande  (et  non  de  Belgique,  comme  dit  le  Dict.  gén.). 
Voy.,  ibid.,  le  Traité  de  la  formation  de  la  l.fr.,  §  36,  où  manque  bolduc  ;  en  revanche, 

on  y  cite  alençon,  qui  n'a  pas  d'article  dans  le  Dictionnaire  général. 

(3)  De  Tourcoing  ;  voy.  A.  Thomas,  Mélanges  (Fétym.fr.,  p.  160. 

(4)  Voy.  ci-dessus  l'article  anacoste. 

(5)  Koninklijke  Vlaamsche  Académie.  Verslagen,  etc.,  1919,    |>.  492. 


—  231  — 

m'avait  échappé  et  dont  voici  (en  traduction)  la  dernière  partie  :  «  Boissière, 
Dict.  anal.,  v°  espèces,  section  fil,  l'appelle  en  français  fil  <T  Epinay.  On  le  dé- 
nomme aussi  fil  (blanc)  bon  ouvrier.  Savary,  dans  son  Dict.  univ.  de  commerce, 
v°  fil,  parle  des  «  fils  blancs  bon  ouvrier,  appelés  ordinairement  fils  d'Epinay, 
qui  se  fabriquent  à  Lille,  capitale  de  la  Flandre  française  ».  De  même  le  Dict. 
univ.  de  commerce  (Paris,  1805)  le  dénomme  «fil  de  Flandre...  qui  se  fabrique 
principalement  à  Lille  et  aux  environs  ».  Or  Epinay  est  un  hameau  de  la  com- 
mune de  Fiers  près  de  Lille.  Peut-être  cet  Epinay  vient-il  de  Spinogitum, 
comme  Epinay-sur-Seine  ;  sinon,  les  formes  du  néerlandais,  du  wallon  et  du 
rouchi  font  plutôt  penser  à  Epinal...  Peut-être  y  a-t-il  eu  confusion  avec  la 
ville  d'Epinal,  dont  le  nom  était  plus  connu  à  cause  de  son  imagerie  populaire  ».] 

w.  spougn'ter 

Le  nam.  spougnHer  signifie,  d'après  Pirsoul  :  «  couper  le  poing  ; 
gourmer,  donner  des  coups  de  poing  ».  Cet  article  a  le  tort  de  confondre 
deux  mots  d'origine  différente. 

1.  spougn'ter  (nam.)  «couper  le  poing  »  ;  spougn'tè  (Famenne)  «  amputé 
du  poing  »,  vient  du  préfixe  s-  (lat.  ex-)  et  de  pougnèt  «  poignet  »  ;  ou 
encore  c'est  le  diminutif  de  spougni,  qui  a  le  même  sens  à  Ciney  et  à 
Tohogne.  Même  formation  que  Tard,  smané  (Alle-sur-Semois)  «  man- 
chot ».  Voyez  l'article  èminné,  p.  91. 

2.  spougnHer  (nam.  et  liég.)  «  frapper  à  coups  de  poing  »  est  le  fré- 
quentatif de  l'inusité  * spougni,  anc.  fr.  espoingnier.  Le  primitif  est 
pougnî  «  (em)poigner  »,  dérivé  de  pogn,  poing.  De  là,  kipougriHer 
(Forir)  «  houspiller,  rosser  ».  Si  l'on  compare  s  panier  *expalmare 
«  exprimer  [l'eau  du  linge]  en  paumant,  en  frappant  avec  la  paume  de 
la  main  »,  d'où  :  «  rincer  [le  linge]  »,  èsbate  (Lobet,  644)  «  extraire  [la 
crasse]  en  battant,  échanger  [le  linge]  »,  on  comprendra  que  spougnHer 
a  pour  sens  propre  :  «  extraire  [la  crasse,  la  poussière]  en  donnant  des 
coups  de  poing  »  ;  d'où  au  figuré  :  «  rosser  ». 

liég.  spricatwére  «  purgatoire  » 

Le  liég.  purgatzvére  est  du  français  à  peine  wallonisé.  Personne  n'a 
encore  relevé  la  forme  spricatwére,  qu'un  auteur  liégeois,  D.  Salme, 
emploie  dans  deux  de  ses  pièces  (x).  On  est  d'abord  tenté  d'y  voir  une 
altération  sans  importance,  une  fantaisie  individuelle.  En  réalité,  ne 
serait-ce  pas  un  archaïsme  répondant  à  l'anc.  fr.  espurgatoire,  dont 
Godefroy  donne  une  demi-douzaine  d'exemples  ?  La  métathèse  de  r 

(x)  ■(  Ci  n'est  nin  'ne  vèye,  èdon,  coula  ?  C'è-st-on  spricatwére  !  »  (Madame  Libert, 
m,  VI).  «  Lîdje  è-st-on  spricatwére  »  (Lès  sots  d'  Lîdje,  p.  65). 


—  232  — 

est  normale,  comme  le  montre  prudjî  «  purger  ».  Pour  u  protonique 
passant  à  i,  comparez  scrip'leâs  «  scrupuleux  »  et  le  verv.  trik'ter,  pour 
truh'ter  «  tricher  »,  dérivé  de  truc.  Quant  au  changement  plus  rare 
de  g  en  c,  il  serait  dû  au  voisinage  des  articulations  fortes  sp  et  /  ;  au 
reste,  Forir  donne  purcatwére  à  côté  de  purgahoére,  et  Duvivier  vaca- 
bondèdje  «  vagabondage  ». 

w.  spruwieû  (Verviers) 

Le  verviétois  spruwieû  est,  d'après  Remacle,  synonyme  de  vigreûs  ; 
il  signifie,  d'après  Lobet  :  «  grivois,  éveillé,  gaillard,  bon  drôle  ». 
G.,  II  391,  pense  à  un  dérivé  de  sprèwe  «  étourneau  ».  J'y  verrais 
plutôt  un  dérivé  du  flamand  spruiven,  spruien  (Schuermans,  De  Bo), 
forme  dialectale  du  riéerl.  sproeien  «  arroser,  asperger  »,  qui,  comme 
l'ail,  sprùhen,  peut  sans  doute  avoir  l'acception  figurée  de  :  «  pétiller 
(de  vie,  d'esprit)  ».  Le  suffixe  serait  -eu,  fr.  -eur.  Je  traduirais  donc 
par  :  «  pétillant,  qui  lance  des  plaisanteries  à  jet  continu  »  ;  comp.  le 
synonyme  spitant,  qui  signifie  proprement  :  «  éclaboussant,  pétillant  » 
et  se  dit  d'une  personne  éveillée,  frétillante.  Comparez  encore  djè- 
spruice  (à  Stave  :  «  gaie,  enjouée  »),  où  djè  =  le  néenl.  geest  «esprit»  ?  . 

liég.  stchèrdon,  stièrdon 

G.,  II  400,  à  propos  de  stièrdon,  tièrdon,  tchèrdon  «  chardon  ».  dit 
simplement  que  stie  et  lie  sont  des  modifications  de  tch.  Il  y  a  là  un  fait 
curieux  qui  mérite  de  nous  arrêter  un  instant.  Beaucoup  de  Wallons 
prononcent  ty  comme  tch,  confondant  par  exemple  tchèsse  (chasse) 
avec  tièsse  (tête).  Par  réaction,  ou  par  une  assimilation  inverse,  d'autres 
prononcent  ty  au  lieu  de  tch  :  de  là,  tièrdon  (chardon),  tièrdin  (chardon- 
neret). Mais  comment  expliquer  le  passage  de  tchè-  à  stiè-  (et  stchè-), 
qui,  chose  curieuse,  se  produit  seulement  dans  stièrdon  (stchèrdon)  ?  (*) 
Pourquoi  cette  modification  n'affecte-t-elle  jamais  tchèrbon.  tchèrowe, 
tchèp'tî,  etc.  ?  Un  phénomène  aussi  restreint  doit  avoir  une  cause  par- 
ticulière. Si  stièrdoner  «  échardonner  »  (avec  s-  :  lat.  ex-)  existait 
réellement  (2),  rien  de  plus  simple  que  d'expliquer  par  l'influence  de  ce 
verbe  la  forme  liégeoise  et  hesbignonne  stièrdon,  stchèrdon.  Mais  Forir 
a  sûrement  forgé  ce  dérivé,  comme  tant  d'autres  qui  encombrent  son 

(1)  Et  aussi,  d'après  Hubert,  dans  slièrdin  (chardonneret),  au  lieu  de  tchèrdin, 
qui  a  suivi  sans  doute  l'analogie  de  stièrdon. 

(-)  Forir  est  seid  à  signaler  ce  verbe,  que  nous  n'avons  jamais  entendu. 


—  233  — 

dictionnaire  ;  on  ne  dit  jamais  que  :  stitchî  as  stièrdons  («  piquer  aux 
chardons  »,  ce  qui  se  fait  à  l'aide  d'un  stitchon  «  échardonnoir  »).  J'incline 
à  croire  que  tchèrdon,  employé  fréquemment  dans  cette  expression 
technique,  a  modifié  son  initiale  sous  l'influence  de  stitchî,  stitchon. 

w.  stièrnê  (Verviers,  Stavelot) 

G.,  II  400,  note  sans  explication  le  verviétois  stièrnê  «  caprice, 
boutade  »  (Lobet).  On  dit  de  même  à  Stavelot  :  que  stièrnê  lî  print-i  la  ? 
C'est  dès  stîèrnês  qui  lî  passèt  ;  par  sutièrnês  (BSW  54,  p.  84)  «  par 
moments,  à  intervalles  ».  C'est  un  dérivé  du  verbe  stièrni,  non  pas  du 
liég.  stièrni  «  éternuer  »,  qui  se  dit  stièrmi  à  Verviers  et  stièn'vi  à 
Stavelot,  —  mais  de  stièrni  «  joncher,  épandre,  éparpiller  ».  Logique- 
ment stièrnê  équivaut  au  nam.  spôrdia  (cité  par  G.,  II  380  :  «  endroit 
isolé  où  il  y  a  des  plantes  qui  y  sont  comme  répandues  »  ;  dérivé  du 
nam.  spôde,  liég.  spâde,  anc.  fr.  espardre).  C'est  1°  à  l'actif  :  le  geste 
brusque  de  celui  qui  jette  puis  çà  puis  là  ;  2°  au  passif  :  la  partie  du  sol 
qui  est  jonchée.  Une  expression  analogue  existe  à  Blegny-Trembleur  : 
(faire  un  ouvrage)  a  stièmêyes  «  par  à-coups,  en  le  reprenant  de  temps 
à  autre,  après  des  arrêts  brusques  ou  sans  raison  ».  Comparez'ci-après 
vièrnê. 

w.  stinclin 

G.,  II  401,  a  un  article  stinelin  (sic),  t.  de  batellerie,  «  bout  de  corde 
servant  à  l'attelage  du  cheval  de  halage  ».  Pas  d'explication.  Le  mot 
reparaît  pp.  503  et  521  (aux  articles  biète  et  dobe-cowe)  avec  la  même 
faute  d'impression.  Il  faut  lire  stinclin,  stinklin  (c'est  ainsi  que  pro- 
noncent des  bateliers  que  j'ai  interrogés)  et  y  voir  un  emprunt  du 
néerl.  steeklyn  «  ligne  d'amarrage  ».  Pour  le  changement  c  =  è  à  la 
protonique,  comparez  en  liégeois  clêdjè,  clindjè  (litt.  «  clef-Dieu  »  : 
primevère),  égal,  ingâl  (Forir)  «  égal  »  ;  rose  djindjipe  («  rose  d'Egypte  »  : 
réséda),  etc. 

On  trouvera,  aux  articles  civasse,  gueûte,  skèrhalW ,  skèrî,  d'autres 
termes  de  batellerie  qui  sont  de  source  germanique.  En  voici  encore 
quelques-uns  où  nous  reconnaissons  la  même  origine  :  dône  (G.,  II  522). 
voy.  Weigand,  Dohne  2  ;  drèk  ou  grèk  «  grappin  »,  du  néerl.  dreg  ; 
duwèle,  f.,  faubert,  du  néerl.  dweil  ;  leûivâ,  m.  (G.,  II  539),  brosse, 
frottoir,  du  néerl.  luiwagen  ;  tif,  m.  (G.,  II  429,  altéré  de  stif,  365),  du 
flam.  steefel,  néerl.  stijf,  stijven  (voy.  De  Bo,  Franck-van  Wyk). 


—  234    — 
w.  strifer  (Faymonville)  et  dérives 

D'après  Lobet  (Verviers),  strifler,  t.  de  maçon,  signifie  «  enduire  les 
lattes  d'un  plafond  d'un  premier  mortier  ;  hourder,  faire  l'aire  d'un 
plancher,  d'un  pan  de  bois,  d'une  cloison,  d'un  lattis,  etc.  »  (1).  G.,  II  408 
estime  que  ce  strifler  vient  «  probablement  de  l'ail,  streifen  (passer  sur 
la  surface  de  qqch.)  ».  L'idée  est  bonne,  mais  il  vaut  mieux  s'adresser 
au  moyen  h.  ail.  strîfeln  (rayer,  strier). 

De  streifen,  ou  plutôt  d'une  forme  ancienne  et  dialectale  *strîfen, 
dérive  strifer  (Faymonville)  «  frotter  légèrement  (par  ex.  le  beurre  sur 
le  pain)  »  :  i-a  strifé  «  il  s'en  est  fallu  de  peu  »  (2)  ;  strifè  dès  bagadjes 
(Doncols,  Wardin.  Lutrebois)  «  frotter  du  linge  ».  De  là,  strifiou 
(Awenne),  s.  m.,  «  lavette  pour  la  vaisselle  »  (3).  M.  Ch.  Bruneau  a  noté, 
dans  le  même  sens,  strivion,  struvion,  à  Agimont,  Chooz,  etc.  ;  ainsi  que 
struvion  qui,  à  Dohan,  désigne  le  dévidoir  :  bâtonnet  de  dix  centi- 
mètres, percé  de  deux  trous  par  où  passe  [en  frottant]  le  fil  que  l'on 
dévide  (4). 

liég.  swèlih 

D'après  G..  II  372.  soilihe  signifie  «  1.  finâtre  :  soie  de  mauvaise 
qualité;  2.  toile  jaune,  gommée  et  luisante,  qui  sert  à  envelopper  les 
pièces  de  drap  »  (5).  G.  croit  y  reconnaître  le  fr.  soie  lisse  ;  mais  il  est 
certain  que  szvèlih  représente  l'ail,  zwillich  «  coutil  »  (anc.  h.  ail.  zwiUh 
«  tissu  fait  de  deux  fils  »).  Pour  le  traitement  de  la  finale,  comparez 
ci-après  virlih.  La  protonique  wallonne  è  pour  i  s'explique  par  une 
dissimilation  plutôt  que  par  l'influence  de  soie,  qui,  dans  ce  sens,  se  dit 
sôye  en  liégeois.  —  Nos  Chartes  des  Métiers,  II  336.  1.  19,  ont  en  1534 
une  forme  ancienne  zuimlick  (6),  que  G.,  II  646,  écrit  à  tort  zuwillich  et 
rapporte  avec  raison  à  l'ail,  zwillich. 
[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  576.] 

(1)  De  même  Body,  Voc.  des  tonneliers  (BSW  10,  p.  301). 

(2)  Bastin,  Voc.  de  Faymonville-Wcismcs  (BSVV  50,  p.  594).  —  Pour  la  protonique  i, 
voyez  ci-dessus  l'article  lifer. 

(3)  Même  suffixe  -eolum  que  dans  le  malm.  forioû  «  foret  »,  fossioii  «  noyau  ». 

(4)  Ch.  Bruneau,  Enquête  sur  les  patois  d'Ardenne,  i  263,  516. 

(s)  Le  sens  1  n'est  attesté  qvie  par  Lobet,  p.  548  ;  le  sens  2  est  donné  par  Lobet, 
par  Remacle  (2e  éd.,  v°  teull  ;  syn.  djène  teâle  di  sètché)  et  par  Forir.  Voy.  aussi 
BSW  40,  p.  458,  où  il  faut  lire  soilihe,  au  lieu  de  sorlihe. 

(8)  Godefroy,  vm  344,  cite  ce  passage  sans  pouvoir  définir  notre  mot,  qu'il 
■estropie  en  zuwilisk. 


—  235  — 

w.  tahant 

Ce  mot  n'est  signalé  qu'à  la  lisière  N.-E.  de  la  Wallonie,  dans  le  coin 
étroit  qui  va  du  S.  de  Verriers  à  Harre  et  Bovigny.  Il  ne  s'emploie 
guère  que  dans  une  seule  expression  :  è  tahant  (dèl  leune),  qui  signifie  : 
«  au  déclin  de  la  lune  »,  à  Polleur  et  à  Harre  (J.  Feller),  à  Spa  (Body, 
Voc.  agr.),  à  Stavelot  (Detrixhe),  à  Francorchamps  et  à  Malmedy 
(G.,  Extraits  de  Villers).  à  Faymonville  (J.  Bastin)  (1).  Pour  Remacle 
seul,  è  tahant  signifie  :  «  pendant  le  croissant  de  la  lune  »  (2).  G.,  II  413, 
se  contente  de  juxtaposer  ces  deux  opinions  contradictoires. 

Je  tiens  de  M.  Jospeh  Hens,  de  Vielsalm,  des  renseignements  qui 
éclairent  la  question.  On  distingue  à  Vielsalm  —  ou  du  moins  on  y 
distinguait  naguère  (3)  —  trois  états  de  lunaison  :  1°  le  crè/iant  (syn. 
li  k'mince  dèl  lune.  li  tinre  lune),  après  la  nouvelle  lune,  lorsque  la  lune 
commence  à  se  montrer,  puis  va  en  augmentant  ;  2°  le  tahant,  lorsqu'elle 
perd  la  forme  de  croissant  et  s'arrondit  ;  après  la  pleine  lune,  c'est 
encore  tahant  jusqu'à  ce  qu'elle  reprenne  la  forme  de  croissant  ;  3°  c'est 
alors  le  discrè/lant  (ou  Vdijiri)  dèl  lune.  En  d'autres  termes,  le  tahant 
(deuxième  quartier,  pleine  lune,  troisième  quartier)  comprend  toute  la 
période  où  la  lune  est  ronde  ou  presque  ronde  (4).  Dans  la  croyance 
populaire,  le  tahant  est  la  période  du  bon  crè/iant.  c'est-à-dire  celle  où 
animaux  et  plantes  se  développent  le  mieux.  On  sème  d'ordinaire  en 
ce  moment,  alors  que  la  lune  est  «  dure  »  et  exerce  toute  son  influence  : 
les  plantes  croissent  normalement  et  sont  toujours  robustes  ;  de  même 
l'enfant  engendré  à  cette  époque  «  est  presque  toujours  un  garçon  et 
est  toujours  robuste  ».  Les  plantes  semées  §  crè/iant  dèl  lune  (pendant 
le  croissant,  quand  la  lune  est  encore  «  tendre  »)  «  filent  »,  c'est-à-dire 
croissent  trop  rapidement  et  restent  délicates  ;  o  discrèâant,  la  semence 

(!)  Exemples  de  Faymonville  :  ô-z-ême  mis  (V  semer  è  tahant  qiïè  crè/iant  ;  nos- 
èstans  è  tahant  ;  ô-z-èstfoû  tahant;  lœ  tahant  è-st-ouie  (outre  =  passé). 

(2)  Remaele,  2e  édition.  Cet  auteur  donne  d'autre  part  (v°  krèhan)  :  li  leune  est 
so  s'  crèhant  «  la  lune  est  dans  son  croissant  ». 

(3)  M.  Hens  a  pris  jadis  ces  notes  auprès  de  vieillards  qui,  aujourd'hui,  sont 
presque  tous  décédés.  11  m'écrit  à  ce  sujet  :  «  Les  cultivateurs,  même  frisant  la 
cinquantaine,  auxquels  je  viens  de  m'adiesser,  ne  savent  plus  définir  nettement 
le  tahant.  Après  hésitation,  ils  répondent  :  ây  (oui),  c'est  crè/iant  ;  mais  quelques-uns 
d'ajouter  :  c'est  co  tahant  après  V  lune.  C'est  de  ce  genre  de  réponses  que  vient  pro- 
bablement l'erreur  de  Remacle  ». 

(4)  A  Bovigny,  une  enquête  de  M.  le  Dr  Lomry  a  donné  des  résultats  à  peu  près 
identiques  :  au  dire  de  vieillards,  crèchant  =  nouvelle  lune  et  premier  quartier  ; 
tahant  =  pleine  lune  et  dernier  quartier.  On  ne  parle  pas  du  deuxième  quartier,  qui 
est  sans  doute  compris  dans  le  tahant. 


—  236  — 

ne  lève  pas  (Vielsalm).  Pour  guérir  les  dartres,  on  les  frotte  d'onguent 
è  tahant,  car  è  crèchant,  on  ferait  croître  le  mal  (Bovigny). 

Tahant  est  sûrement  un  participe  pris  substantivement  ;  comparez 
è  crèhant  «  au  croissant  »  et  le  contraire  è  affalant  (Liège),  è  d'falihant 
ou,  rarement,  è  d'cwèlihant  (Jupille).  On  prononce  uniformément 
tahant  alors  que,  dans  cette  même  région  —  les  exemples  cités  le  prou- 
vent --  crescentem  donne,  suivant  les  localités,  crèhant,  crè/lant, 
crèchant.  Comme  il  faut  un  h  germanique  pour  expliquer  l'aspirée 
constante  de  tahant,  on  s'adressera  au  gothique  theihan  (croître, 
augmenter,  progresser;  ail.  mod.  gedeihen),  d'où  dérive  Pane.  fr.  tehir 
«  grandir,  croître  »  (1). 

La  dérivation  proposée  concorde  avec  le  sens  propre  de  tahant  : 
«  période  de  la  lune  qui  est  favorable  à  la  croissance  »,  le  bon  croissant, 
comme  dit  M.  Hens.  Si  on  lui  attribue  d'ordinaire  le  sens  de  «  déclin 
de  la  lune  »,  cela  tient  à  ce  que  le  mot  s'oppose  généralement  à  «  crois- 
sant »  :  on  dit,  par  exemple,  qu'il  vaut  mieux  semer  è  tahant  que 
è  crèhant. 

Au  surplus,  une  expression  synonyme,  usitée  dans  la  région  arden- 
naise  et  namuroise  où  tahant  n'a  pas  pénétré,  a  subi  la  même  évolution 
sémantique.  Pour  G.,  I  165,  le  nam.  deure  hune  signifie  «  pleine  lune  » 
(opposée  à  tinre  leune  :  «  le  croissant  »).  Or  une  enquête  m'a  donné  les 
résultats  suivants.  Pour  le  sens  attribué  à  «  dure  lune  »,  on  est  loin  d'être 
d'accord.  C'est  la  pleine  lune  (Ciney,  Grandménil),  la  pleine  lune  et  le 
décroissant  (Erezée,  Namur,  Lustin,  Falmignoul,  Ste-Marie-sur- 
Semois),  le  décroissant  (Neuville-sous-Huy,  Dorinne,  Wardin),  le  der- 
nier quartier  (Alle-sur-Semois).  Sur  tous  ces  points,  on  appelle  «  tendre 
lune  »  le  croissant  ou  premier  quartier  (2). 
[Résumé  de  BD  1913,  p.  93]. 

w.  ard.  tahon 

Le  meusien  tahon,  s.  m.,  signifie  «  argile,  terre  glaise  »,  dont  on  fait 
par  exemple  de  la  brique  (Labourasse).  D'après  une  communication 
personnelle  que  je  dois  à  l'obligeance  de  M.  Ant.  Thomas  (3),  ce  mot 

(*)  Voyez  Diez,  p.  400  ;  Godefroy,  tehir. 

(2)  Le  Questionnaire  de  Folklore  (Liège,  1891  ;  n08  902-6)  —  reproduit  par  Eug. 
Monseur,  Le  Folklore  wallon  (Bruxelles,  Rozez,  1892)  —  prétend  que  le  nam. 
èl  deure  leune  signifie  «  au  croissant  »,  et  èl  tinre  leune  :  «  au  décroissant  ».  C'est  tout 
le  contraire.  Un  octogénaire  d'Erezée  nous  disait  à  ce  propos  :  i  »'  fât  avou  noule 
Idèye  po  dire  coula  :  li  novcle  lune  est  djonne  divanl  (Fesse  vîhe,  et  èle  est  tinre  divant 
d'esse  dore,  laisse  ! 

(3)  En  date  du  25  juillet  1913. 


—   237  — 

représente  le  gothique  thâhô,  moyen  h.  ail.  tâhe,  dâhe,  ail.  moderne  thon, 
qui  a  le  même  sens.  Cette  étymologie  s'impose  à  l'évidence,  que  l'on 
voie  dans  tahon  un  emprunt  direct  de  thâhô  ou  un  dérivé  de  tâhe,  formé 
à  l'aide  du  suffixe  -on. 

Dans  un  petit  coin  de  nos  Ardennes.  à  Chevron  (Sud  de  Liège)  et 
surtout  au  Nord  de  la  province  de  Luxembourg  (x),  on  connaît  aussi 
tahon.  Il  y  désigne  tout  vase  de  cuisine,  récipient  de  terre  cuite,  de 
verre,  de  porcelaine  et  même  de  paille  tressée  :  on  tahon  po  lès  poyes 
(Tohogne)  a  une  écuelle  pour  les  poules  »  ;  lès  tahons  de  manèdje  (ib.) 
«  la  vaisselle  du  ménage  »  (2)  ;  lès  possons,  potèts,  tèyeûs,  crameûs,  tôt 
coula  c'est  dès  tahons  (Villers-Ste-Gertrude)  ;  one  couhène  plêne  du  vis 
tahons  (Chevron).  Il  est  à  noter  que  le  moyen  h.  ail.  tâhe,  dâhe  avait 
déjà  ce  sens  dérivé  :  «  pot  de  terre  ».  —  Non  loin  de  cette  région,  en 
Famenne,  talion  a  cédé  devant  tèchon,  qui  est  le  fr.  tesson  (3)  ;  on  dit 
aussi  lès  tèch'nis'  pour  désigner  la  vaisselle  (syn.  lès  chèlis\  dérivé  de 
chèle  «  écuelle  »,  liég.  Mêle).  Enfin,  plus  au  Sud,  dans  la  région  de 
Recogne  et  de  Fauvillers,  ainsi  que  dans  le  pays  gaumais,  règne  le  mot 
lupin,  sur  lequel  on  peut  consulter  Godefroy. 

liég.  tak'lin 

D'après  G.,  II  414,  tak'lin,  t.  d'oiseleur,  désigne  un  «  jeune  oiseau  pris 
peu  de  temps  après  avoir  quitté  le  nid  ».  Pour  Lobet,  c'est  simplement 
«  un  petit  rossignol  »  ;  pour  Remacle,  2e  éd.  :  «  un  jeune  rossignol,  un 
jeune  linot,  etc.  »  ;  pour  Hubert  et  Forir  :  «  un  griset,  un  jeune  chardon- 
neret encore  gris  ».  J.  Defrecheux,  Faune  wallonne,  est  d'accord  avec 
les  deux  derniers  et  donne  de  plus  ce  sens  général  :  «  jeune  oiseau  qui 
n'a  quitté  le  nid  que  depuis  peu  de  temps  ». 

Scheler  (ap.  G.)  croit  y  voir  un  dérivé  de  take,  fr.  tache  ;  mais  cette 
conjecture  tombe  devant  le  fait  que  les  dictionnaires  néerlandais  ont 
un  article  takkeling  :  «  oiseau  branchier  »  (c.-à-d.,  d'après  Bescherelle  : 
«  jeune  oiseau  qui  n'a  encore  que  la  force  de  voler  de  branche  en  bran- 
che »)  et  que  les  dialectes  flamands  donnent  à  takke(r)ling  le  sens  de  : 
«  jeune  pinson  qui  est  pris  à  l'automne  et  qui  n'a  pas  encore  vécu  un 

(!)  J'ai  relevé  ce  terme  inédit  à  Tohogne,  Villers-Ste-Gertrude,  Erezée,  Hotton,  etc. 
Il  faut  naturellement  le  distinguer  de  l'homonyme  tahon,  tahan  «  taon  ». 

(2)  Le  mot  y  est  en  défaveur  ;  on  dit  plus  souvent  lès  hélons,  dérivé  de  hèle 
«  écuelle  ». 

(3)  Amyot  donne  encore  à  tesson  le  sens  de  «  vase  ».  —  Pour  le  montois,  voyez 
Delmotte  tiéchon,  Sigart  téchon. 


—  238  — 

hiver  »  (x).  Y  a-t-il  là  un  dérivé  de  tak  «  branche  »  ou  du  moyen  néerl. 
tackena  prendre,  saisir  »?  En  tout  cas,  l'origine  germanique  de  notre 
tak'lin  ne  fait  aucun  doute.  Quant  au  féminin  tak'lène,  que  donne  la 
Faune  de  J.  Defrecheux,  il  est  dû  à  l'analogie  de  cuzin,  -ène,  wèzin, 
-ène,  etc. 

w.  tanawète.  totènaveûte,  etc. 

G.,  II  456,  laisse  inexpliquée  cette  expression  singulière,  dont  il  cite 
quatre  formes  avec  trois  sens  différents.  Voici,  là-dessus,  le  résumé  de 
ce  que  j'ai  recueilli  dans  nos  dialectes.  Le  chiffre  qui  suit  la  localité 
renvoie  au  tableau  des  significations. 

Formes  dialectales.  —  A.  totènawète  Jodoigne  4  ;  totanawète  nam. 
(G.)  1,  3  ;  ftanawète  Ste-Marie-Geest  lez  Jodoigne  3  ;  d(i)  tènawète  (2) 
enFamenne,Beauraing,  Namur  (Wérotte,  p.  xxx),  Neuville-sous-Huy  1; 
d(i)  tanawète  Awenne  1  ;  tènawète  Marche-en-Famenne,  Ben-Ahin, 
Andenne,  Ciney,  Fosse-la- Ville,  Farciennes  1  ;  tanawète  Namur  (Pirsoul), 
Bande,  Vonêche,  Florenville,  Amberloup,  Jodoigne,  Gougnies  1  ; 
tanawè  Bouffioulx  1. 

B.  totènavète  Robertville  2,  Faymonville  3,  Liège  5  (3)  ;  totènaveûte 
Liège  (Remacle,  2e  éd.,  v°  naveûtt)  3,  5  ;  tofnavâte  Liège  ?  (G.)  1,  3  ; 
totènavite  Stavelot,  Malmedy,  Cherain  3  ;  tofnavite  Stavelot,  Vielsalm, 
Bovigny  3  ;  toVnavute  Villers-Ste-Gertrude  3. 

Significations  :  1.  parfois,  de  temps  en  temps  (sens  le  plus  usité 
avec  le  3e)  ;  —  2.  à  l 'improviste  (relevé  seulement  à  Robertville-lez- 
Malmedy  :  i-acora  totènavite  ;  totènavite  i  vév,  il  accourut,  il  vint  à 
l'improviste); —  3.  tantôt  (dans  l'avenir),  un  de  ces  jours,  d'un  moment 
à  l'autre,  dans  un  certain  temps  (plus  indéterminé  que  quand  on  dit 
tot-ràde)  ;  -  -  4.  tantôt  (dans  le  passé),  il  y  a  un  instant  (seulement  à 
Jodoigne,  dans  une  pièce  d'Edm.  Etienne  :  nos  dijiii  totènawète... 
«  nous  disions  tout  à  l'heure...  »  ;  BSW  35,  p.  223)  ;  —  5.  toutefois, 
néanmoins  (seulement  dans  le  groupe  B  et  d'après  les  dictionnaires 

(*)  Voy.  De  Bo  et  le  Supplément  de  Schuermans.  Les  dictionnaires  étymologiques 
de  Franck-van  Wyk  et  de  Vercoullie  ne  mentionnent  pas  takkeling. 

(2)  La  syllabe  tôt  (tout)  perd  sa  voyelle  après  syllabe  masculine  et  devient  t't-  ; 
de  là,  par  confusion  avec  di  (de),  ftanawète  s'est  corrompu  en  di  tanawète  après 
syllabe  féminine  ;  par  exemple  à  Awenne  :  t  vint  ?  tanawète  ;  glignè  Voûy  di  tanawète 
(il  vient  parfois  ;  cligner  l'œil  de  temps  en  temps)  ;  et  en  namurois  :  dire  di  tènawète 
one  pâtèr.  —  Des  auteurs  liégeois  ont  rarement  usé  de  la  locution  namuroise,  qu'ils 
écrivent  di  tène  awète  («de  temps  en  temps  »)  ;  en  réalité  elle  n'est  pas  liégeoise. 

(3)  D'après  Hubert,  Dict.,  v°  navett,  et  l'archaïsant  G.  Magnée  (Annuaire  Soc. 
LUI.  wall.,  3,  p.  122),  lequel  écrit  aussi  totènaveûte  (BSW  27,  p.  46). 


—  239  — 

liégeois  de  Remaele  et  de   Hubert   ;   sens  disparu  aujourd'hui   avec 
l'expression  elle-même). 

Cette  diversité  sémantique,  on  le  voit,  est  presque  aussi  compliquée 
que  les  variations  phonétiques  de  cette  curieuse  locution.  Essayons 
de  nous  retrouver  dans  ce  dédale.  Le  type  le  mieux  conservé,  à  mes 
yeux,  c'est  le  totènaivète  de  Jodoigne,  qu'il  faut  décomposer  en  tot-èn- 
azvète.  J'y  vois  le  représentant  dialectal  d'un  anc.  fr.  *tot  en  aoite, 
expression  qu'on  n'a  pas  encore  rencontrée  dans  les  textes  du  moyen 
âge  et  qui  devait  signifier  «  tout  de  surcroît  ».  J'ai  montré  ci-dessus, 
p.  .205,  que  le  w.  rawète  «  surcroît,  petit  supplément  gratuit  de  mar- 
chandise »  vient  du  latin  *re-adaucta  et  que  le  simple  adaucta 
survit  dans  le  namurois  d'arvète  «  de  surcroît  ».  Nous  avons  ici,  dans 
une  locution  de  frappe  originale,  une  autre  survivance  de  l'anc.  fr. 
aoite,  avoite  «  augmentation  »,  participe  féminin  du  verbe  aoire, 
latin  *adaug2re. 

D'après  des  renseignements  encore  très  incomplets,  notre  expression 
serait  connue  dans  une  grande  partie  de  la  moitié  orientale  de  la 
Wallonie.  La  limite  qu'on  peut  tracer  provisoirement  serait  une  ligne 
partant  des  environs  de  Wavre,  écornant  légèrement  le  Hainaut 
(Farciennes,  Bouinoulx,  Gougnies),  sautant  à  Beauraing  et  à  Vonêchc 
(au  Sud  de  Dinant),  puis  à  Florenville. 

Les  deux  groupes  présentent  des  altérations  distinctes.  Le  groupe  A 
altère  surtout  la  syllabe  initiale  tôt.  qui  se  réduit  à  ft-  et  même  au 
simple  t  final  (x)  ;  mais  la  tonique  -wète  se  conserve  remarquablement 
intacte  (2).  Au  contraire,  le  groupe  B  —  comprenant  à  l'extrême  Nord- 
Est  une  bande  limitée  à  peu  près  par  Liège,  Villers-Ste-Gertrude 
Cherain,  Bovigny.  Vielsalm  et  Malmedy  —  respecte  le  premier  élément 
et  même  en  général  le  second  (3)  ;  mais  partout  le  troisième  élément 
devient  méconnaissable  :  w,  si  bien  conservé  dans  rawète,  passe  à  v  (4) 
et  la  voyelle  è  se  dégrade  en  i,  eu,  eu,  u,  û,  sous  certaines  influences 

(!)  Sur  la  corruption  d(i)  t-,  voyez  l'avant-dernière  note.  —  A  la  deuxième  syllabe, 
certaines  formes  ont  a  au  lieu  de  ê  ;  sur  le  traitement  du  lat.  in  prép.  ou  préfixe,  on 
peut  voir  Giignard ,  Phonét.  de  V Ouest-wallon  §  36  (BSW,  t.  50,  p.  417). 

(2)  Sauf  à  Bouffioulx  :  tauawè  in  côp  «  de  temps  en  temps  un  coup  »,  d'après  Gri- 
gnard,  op.  cit.,  §  131  ;  et  à  Tohogne,  où  je  relève  tènavite  aux  sens  1  et  3. 

(3)  La  syncope  de  la  protonique  non  initiale,  qui  réduit  totè  en  tof  est  ici  normale  ; 
comparez  nam.   bolèdjî,  tchèrpèti   =   liég.  boVdjl,  tchèp'tî,  boulanger,  charpentier. 

(4)  Probablement  sous  J'inHuence  de  navette.  On  a  perdu  de  vue  la  parenté  de 
rawète  et  de  tot-èn-awète.  Comparez  malm.  awîr,  a  Vaivîr  =  liég.  aweâr  (*agurium, 
heur),  a  Vavîr  (au  petit  bonheur). 


—  240  — 

analogiques  (x)  ;  è  ne  subsiste  que  sur  deux  points  de  la  frontière  lin- 
guistique à  l'Est  de  Malmedy. 

A  première  vue,  la  filiation  sémantique  offre  bien  des  obscurités. 
Comment  rattacher  à  l'étymologie  proposée  les  sens  énumérés  ci- 
dessus  ?  En  fait,  ce  n'est  pas  l'expression  isolée  «  de  surcroît  »  qui, 
par  un  processus  logique  et  indépendant,  a  engendré  ces  diverses  signi- 
fications ;  c'est  le  contexte  de  la  phrase  qui  paraît  la  revêtir  d'accep- 
tions apparemment  si  peu  conciliables.  Ce  que  l'on  vous  donne  de  sur- 
croît, on  ne  vous  le  doit  pas  et  proprement  vous  ne  l'attendez  pas. 
De  là  :  il  vient  nous  voir  de  surcroît  (=  en  plus  des  visites  convenues, 
quand  on  ne  l'attend  pas)  a  pu  signifier  «  parfois,  de  temps  en  temps  » 
(sens  1),  ou  «  à  l'improviste  »  (sens  2,  rare).  De  même  :  je  viendrai  vous 
voir  de  surcroît  (  =  quand  vous  ne  vous  y  attendez  pas)  a  pu  signifier 
«  un  de  ces  jours  »  (sens  3).  Si  cette  analyse  paraît  subtile,  voici  une 
autre  raison  :  l'ellipse.  L'expression  complète  est  :  «  par  surcroît  une 
fois  (ou  certaines  fois)  »  ;  ainsi  tanawè  on  côp,  à  Bouffioulx  ;  tanawète 
(et)  dès  côps  qu'i-gn-a,  à  Jodoigne.  Dans  l'usage  courant,  on  supprime 
les  derniers  mots,  en  réalité  les  plus  significatifs,  et  le  sens  assez  pauvre 
de  tanawète  s'enrichit  de  ce  qu'on  sous-entend.  —  Le  sens  4  résulte 
évidemment  d'une  confusion  formelle  avec  jiawêre  «  naguère  »  (2).  - 
Enfin,  dans  la  phrase  :  il  se  peut  que  vous  n'ayez  rien  à  craindre,  par 
surcroît  prenez  vos  précautions,  coula  s'  pout,  tofnaveûte  loukîz  a  vos  (3), 
on  voit  qu'un  «  toutefois  »  est  sous-entendu  entre  les  deux  propositions. 
Le  sens  propre  de  toVnaveûte  s 'étant  oblitéré,  on  a  pris  cette  expression 
pour  un  synonyme  de  «  toutefois  ». 

liég.  tap'kène.  anc.  fr.  touppequin 

G.,  II  417.  note  sans  explication  le  liég.  tap'kène  «  tinette  »  (d'après 
Duvivier),  «  bassin  de  garde-robe  »  (d'après  Forir).  La  terminaison 
indique  une  origine  flamande.  Il  faut  en  effet  s'adresser  au  flamand 

i1)  Notamment  vile  a  déteint  sur  tot'navite,  et  rèvute  «  laps  de  temps  »  (à  Villers- 
Ste-Gertrude)  sur  tofnavute. 

(2)  A  Viesville,  au  nord-ouest  de  Charleroi,  lènaivêre  signifie  «  naguère  »  (d'après 
M.  Oscar  Pecqueur)  ;  ici  le  croisement  a  dénaturé  la  forme  autant  que  le  sens  ;  je 
n'en  ai  pas  fait  état  ci-dessus,  parce  que  notre  expression,  dont  il  ne  reste  plus  qu'un 
débris  (iè-),  est  sûrement  importée  de  l'Est.  Je  relève  encore  dans  un  texte  de  Mal- 
medy ce  curieux  exemple  :  il  avéve  bin  V  dotance  qiC  tol-èn-aivère  il  aléve  nos  qzvifer 
(Armonac  do  V  Saméne,  1889,  p.  60)  ;  ici  le  croisement  affecte  seulement  la  forme  ; 
Je  sens  reste  :  «  bientôt,  un  de  ces  jours  »  (sens  3). 

(3)  Exemple  donné  par  Remacle,  Dict.  wallon,  2e  éd.,  v°  naveûtt. 


—  241  — 

limbourgeois  tob  «  seau  »,  néerl.  tobbe  «  cuvier,  cuve  »,  diminutif 
tobbelje  «  tinette  »  (cf.  angl.  tub,  ail.  zuber,  zober).  Le  mot,  archaïque  en 
liégeois,  lui, vient  du  Nord  :  nous  relevons  en  effet  sur  le  Geer  tap'kène 
«  tinette  »  (Roclenge),  «  demi-seau  en  bois  »  (t.  arch.,  à  Glons).  Pour 
la  forme,  on  sait  que  le  wallon  change  souvent  la  protonique  o  en  a  ; 
l'influence  de  taper  (jeter)  est  d'ailleurs  ici  des  plus  vraisemblables. 
Pour  le  sens,  comp.  le  verviétois  til'nète  «1.  cuvette,  2.  pissoir  »  (Lobet), 
altéré  de  tinlète  (G.,  II  431),  dérivé  de  tène  «  tine  ». 

Godefroy  a  un  subst.  masc.  touppequin  dont  il  ignore  le  sens.  Il  cite 
deux  textes  de  Tournai  (1446,  1515),  où  il  est  question  de  touppequins 
de  voisin.  Evidemment,  il  s'agit  du  même  mot,  moins  altéré  qu'en 
liégeois  moderne. 

[Romania,  t.  xlvii  (1921),  p.  576.] 

w.  tauye,  tôye  (Wavre) 

Ce  terme  inédit  ne  nous  est  signalé  qu'à  Wavre,  petite  ville  braban- 
çonne qui  touche  à  la  frontière  linguistique  :  mi  tchau  est  tauye  «  ma 
viande  est  coriace  »  ;  il  est  co  pus  tauye  qui  Vâme  de  diâle  «  il  est  encore 
plus  dur  que  l'âme  du  diable  »  (1).  On  y  reconnaît  sans  peine  un  emprunt 
du  néerl.  taai  «  coriace  »  (ail.  zàh).  L'anc.  fr.  tai  «  boue,  limon  »  se 
rattache,  comme  on  sait,  à  la  même  famille  (2). 

w.  tchal'mê  (Famenne) 

Ce  mot  n'existe,  croyons-nous,  que  dans  la  Famenne  :  Je  do  tchaVmê 
y  signifie  «  faire  du  tapage  ».  C'est  le  fr.  chalumeau  (flûte  champêtre), 
employé  ironiquement  ;  comp.  l'anc.  fr.  chalemeler  (jouer  du  chalu- 
meau), qui  avait  aussi,  par  ironie,  le  sens  de  «  crier,  bavarder  ».  La 
phrase  :  lès  tchins  sont  tôt  sbarès  d'ètinde  parèy  tchaVniê  (Marche-en- 
Famenne)  se  traduira  donc  par  :  «  les  chiens  sont  tout  effrayés  d'en- 
tendre pareil  concert,  pareille  musique  ». 

liég.  tchèssâ-pareûse 

Ce  terme,  propre  à  Liège  et  à  la  banlieue  liégeoise,  signifie  «  cloison, 
mur  de  refend,  séparation  assez  légère,  formée  de  bois,  de  placage  ou 
de  briques,  pour  faire  deux  ou  plu  deurs  pièces  à  l'intérieur  d'un  local  ». 

(!)  Communication  de  M.  Eugène  Heynen,  de  Wavre. 

(2)  Cf.  Ulrix  2157-8  ;  Meyer-Lubke  8531.  —  On  a  voulu  rapporter  à  la  même 
source  les  tawes,  nom  de  lieu  à  Liège  (voyez  Gobert,  Rues  de  Liège,  t.  III,  p.  576-7)  ; 
mais  la  chose  est  des  plus  douteuses. 

iG 


—  242  — 

D'après  un  vieux  maçon  de  Jupille,  qui  prononce  tchèzà-pareûse  (l), 
c'è-st-ine  cwèzon  (cloison)  d'ine  dimèye  brique  po  fé  deûs  p'titès  tchambes 
fou  d'ine  grande  ;  on  fêt  ossu  dès  cVmèyès  tchèzâ-pare lises  qivand  'le  ni 
montèt  nin  disqiïà  plafond. 

G.,  I  156,  partant  d'une  forme  tchèsse-à-V  -pareûse  que  donne  Re- 
macle,  2e  éd.,  reconnaît  dans  tchèsse  le  lat.  caps  a.  Plus  loin  (II  xvm), 
il  précise  son  opinion  :  «  L'expression  chèse-à-V '-pareûse  ou  chèse-âz- 
pareûsez  répond  littéralement  au  fr.  châsse-à-la-paroi  ou  châsse-aux- 
parois,  c.-à-d.  châsse  destinée  à  recevoir  les  briques  qui  formeront  la 
paroi,  et  telle  est  réellement  sa  signification  propre,  quoique  dans  l'usage 
ordinaire  on  s'en  serve,  sans  faire  cette  distinction,  pour  signifier 
l'ensemble  de  la  cloison  maçonnée...  ».  Plus  loin  encore  (II  195),  il 
classe  de  même  les  deux  significations  qu'il  prétend  trouver  à  notre 
expression  :  «  1.  châssis  de  la  cloison,  2.  la  cloison  elle-même  ». 

En  réalité,  la  première  signification  est  inventée  pour  les  besoins  de 
l'analyse,  et  la  forme  d'où  part  G.  est  due  à  un  caprice  de  l'étymologie 
populaire.  Il  faut  écrire  tchèssâ-pareûse  et  voir  sans  doute  dans  tchèssâ 
un  adjectif  du  type  latin  *capsalem,  dérivé  de  capsa  «-châsse  ». 
Ce  serait  une  paroi  à  châssis  ou  à  encadrement.  En  tout  cas,  l'expression 
est  composée  comme  hièrdâ-vôye,  voie  herdàle,  c.-à-d.  de  la  herde, 
tchèrâ-vôye,  voie  charale.  c.-à-d.  par  où  peut  passer  un  char,  royâ-vôye* 
voie  royale.  De  même  que  le  lat.  regalem,  royâ  n'a  qu'une  forme  pour 
le  masculin  et  le  féminin  ;  les  féminins  principale,  nvèyâle,  libérale  sont 
dus  à  l'analogie  du  français.  —  Quant  à  la  forme  tchèssAiJ  pareûse, 
que  G.  considérait  comme  étant  la  première,  elle  présente  un  type 
curieux  d'altération.  Lorsqu'il  ne  s'agit  que  d'une  seule  paroi,  l'expres- 
sion ine  tchèssâ-pareûse  a  quelque  chose  de  choquant  pour  celui  qui 
l'analyse  comme  G.  (tchèsse- âs-pareûses)  ;  aussi  la  logique  populaire, 
absurde  en  l'espèce,  a  créé  ce  monstre  :  tchèsse-à-V- pareûse. 

En  tout  état  de  cause,  les  formes  anciennes  s'opposent  à  l'interpré- 
tation de  G.  ;  nous  trouvons  dès  le  xive  siècle  :  «  li  chassaul  paroir  qui 
stat  entre  ladicte  mayson  et  le  mayson  qui...  »  (2)  ;  «une  chassauz 
parrois    sise  entre  deux  maisons  (3)  ;  et  en  1721  :  «  chessa  pareûse  »  (4). 

(i)  Pour  radoucissement  de  -ss-  intervocalique,  comparer  tchèssis  (châssis),  écrit 
tchèci  <lans  Forir,  et  chelzi  (lire  tchèzi)  dans  Lobet  ;  maîsse-ovrî  (en  lié",  maisle-ovrî) 
que  le  malmédien  prononce  mêzovrî  ;  pazê  (sentier)  au  lieu  de  *passê  ;  etc. 

(2)  1:560,  Ch.,  n°  769  ;  d'après  Bormans  et  Body,  Gloss.  roman  (partie  inédite). 

(3)  J.  Cuvelier,  Inventaire  des  Archives  du  Val-Benoît  (in  Bulletin  de  VInstitut 
atchéol.  liég.,  xxx,  197  et  580)  ;  l'éditeur  se  demande  s'il  s'agit  d'une  paroi  de  chaux  (l)* 
Voyez  le  Cartulaire  de  la  même  abbaye,  p.  622. 

(4)  Œuvres  de  la  Cour  de  Seraing,  reg.  5,  f°  67. 


—  243  — 

On  remarquera  que  les  deux  premiers  textes  s'appliquent  à  un  mur 
entre  deux  habitations  et  non  à  un  mur  de  refend,  comme  c'est  toujours 
le  cas  aujourd'hui.  D'autre  part,  l'ancien  français  ne  connaissant  pas 
chassai  (dérivé  de  châsse),  mais  bien  chesal  (dérivé  de  casa),  on  pour- 
rait se  demander  si  tchèssâ  ne  représente  pas  casalem  (').  Cependant 
la  graphie  ss  des  formes  anciennes  paraît  bien  exclure  ce  type  et  ne 
laisser  de  choix  qu'entre  *capsalem  ou  un  *captialem,  dérivé  de 
chasser:  ce  serait,  dans  ce  dernier  cas,  une  paroi  qu'on  chasse  ou  conduit 
entre  les  gros  murs. 

Dans  ses  Eaux  et  Fontaines  publiques  à  Liège,  M.  Gobert  résume, 
p.  270,  un  texte  de  1443,  où  des  religieux  proclament  que  leur  résidence 
a  droit  à  recevoir  de  l'eau  d'un  ruisseau  «  autant  qu'il  peut  en  passer 
par  le  trou  d'un  cessaul  »  ;  p.  272,  il  cite,  du  21  juillet  1556,  un  édit  qui 
défend  de  mettre  empêchement  «  al  eawe  et  rieu  desehendante  del 
fontaine  aux  Tawes...  entrante  parmi  le  trau  d'ung  chechal  terrier  en 
la  rualle  en  Vingnis  ».  L'éditeur  identifie  avec  raison  ces  deux  termes, 
qu'il  définit  :  «  ouverture  dont  la  capacité  de  réception  est  maintenant 
ignorée  >\  — •  On  peut  conjecturer  que  chechal  terrier  ou  cessaul  désignait 
un  chenal  où  la  terre  était  soutenue  par  des  charpentes  ou  châssis  de 
planches.  Godefroy  attribue  à  l'anc.  fr.  chasse  (de  caps  a)  les  sens 
suivants:  «  1.  cadre;  2.  ouverture  carrée  pour  l'extraction  des  pierres» 
(avec  trois  exemples  de  Laon,  où  il  s'agit  plutôt  de  conduites  d'eau  ; 
comparez,  dans  God.,  chasseguet,  à  Laon).  S'il  n'y  a  pas,  dans  cet  article, 
confusion  entre  deux  mots  d'origine  différente,  l'anc.  liég.  cessaul, 
chechal  (conduite  d'eau)  s'expliquera  de  même  par  *capsalem. 
Sinon,  ce  serait  un  dérivé  du  verbe  chasser  :  opinion  que  l'on  peut  du 
reste  également  soutenir  à  propos  de  tchèssâ-  pare  use. 
[BD  1913,  p.  59.  Remanié.] 

w.  tchètê.  rouchi  kèt'fi,  keut'fi,  etc. 

G.,  I  157  :  tchètê  (ligneul),  nam.  tchètia  (2).  On  pouri ait  comparer  le  rouchi 
queiefi,  m.  signif.,  mais  il  paraît  que  ce  n'est  qu'une  forme  abrégée  de  keutefi, 
qui  signifie  proprement  d'après  Hécart  :  «  fil  à  coudre  ». 

(!)  Voy.  God.:  chesal  «  domaine,  habitation,  etc.  »,  qui  répond  au  lorrain  chasau 
«  emplacement,  sol  d'un  édifice  »,  à  l'anc.  wall.  chaseal  «  espèce  de  terre  »  (1395, 
Cart.  Ste-Croix)  et  au  1.  d.  o  tchèzâ,  ozès  tchèzâs  (par  ex.  à  Bovigny).  —  Villers  (1793) 
donne  le  malmédien  «  chèza  [lire  tchèzâ],  s.  m.,  rente  qui  se  paie  au  seigneur  sur  les 
cheminées,  fouage  »  (G.,  Extraits  de  Villers,  p.  21  ).  C'est  l'anc.  fr.  chesal  «  habitation  »: 
payer  le  chesal  =  payer  la  rente  pour  l'habitation. 

(2)  G.  écrit  «  1.  chetai,  -ia  ».  Le  chiffre  1  doit  être  supprimé,  car  la  forme  «  2.  chetai 
(panier...)»  n'existe  pas  :  le  liég.  prononce  dans  ce  cas  tchètê, comme  le  namurois; 
voy.  G.,  II  xvii. 


—  244  — 

Hécart  explique  en,  effet  keutefi  (ehégros,  ligneul)  par  «  fil  à  coudre, 
de  keute,  coudre,  et  de  fi,  fil  >-  (x)  ;  mais  cette  analyse  n'a  pas  de  valeur, 
un  substantif  composé  sur  le  type  de  «  coudre-fil  »  étant  impossible.  La 
comparaison  que  G.  fait  entre  le  radical  de  tchètê  et  le  premier  élément 
de  ketefi,  keutefi.  en  est  d'autant  fortifiée.  Il  n'a  pu  la  pousser  plus 
avant,  faute  d'une  documentation  suffisante.  Pour  résoudre  un  pro- 
blème comme  celui  qui  nous  occupe,  il  faut  pouvoir  étudier  une  série 
de  formes  du  même  terme  (série  phonétique)  en  même  temps  qu'une 
série  de  termes  traduisant  la  même  idée  (série  sémantique).  Les  élé- 
ments suivants  nous  permettront  de  tirer  des  conclusions  solides. 

a  Ligneul,  fil  poissé  du  cordonnier  et  du  bourrelier  »  se  dit  : 

1°  du  fî  cV  pway  (Luingne-lez-Mouscron),  du  fî  d'arpwo  (Pâturages), 
c.-à-d.  du  «  fil  de  poix  »  ;  ail.  pechdraht.  néerl.  pekdraad. 

2°  du  fil  gros  en  rouchi  :  Tournai,  etc.  ;  voy.  Hécart,  p.  207,  Vermesse 
p.  244  ;  —  du  gros  fi  à  Verviers  :  Lobet,  p.  229  ;  —  du  fî,  en  pays 
gaumais,  tandis  que  le  fil  à  coudre  le  linge  s'appelle  filèy  «  filé  »  ;  —  du 
(ou  in)  bouffi  ou  bout  d'  fi  à  Bertrix  et  sur  la  Semois  inférieure  :  Oisy, 
Chairière,  Gros-Fays,  Aile,  etc. 

3°  tchètê  à  Liège,  Verviers.  Malmedy,  Cherain,  >Iarche-en-Famenne, 
Bastogne.  Xeufchâteau  ;  -è  à  Fauvillers  ;  -=—  tchètia,  tchèteha  à  Huy, 
Namur,  Givet,  Jodoigne,  Charleroi  ;  par  dissimilation  :  tètia,  tètcha  à 
Ben-Ahin.  à  Dinant,  Philippeville,  Luttre  (2). 

4°  Enfin,  dans  le  Hainaut  principalement,  ainsi  qu'à  Couvin  et  à 
l'Ouest  du  Brabant,  nous  relevons  des  formes  curieuses,  remarquables 
par  les  variations  du  premier  élément  : 

djèffi  Pâturages  ;  djeuffi  Fontaine-l'Evêque,  -îy  Rognée,  -îgue 
Biesme-sous-Thuin  ; 

guèffîy  Erquelinnes  ;  guiffi  Mons  (Sigart,  p.  203,  écrit  :  guide-fi)  ; 
kèffi  Houdeng,  Marche-les-Ecaussines  ;  keuffi  Tournai,  Ellezelles  ; 
Lut' figue  Trivières   ; 

tchèn'fi  Chapelle-lez-Herlaimont,  Godarville,  Seneffe,  Manage  ; 
tchin'fi  Nivelles,  Baulers  ;  tchèffi  Chimay,  Bourlers,  Wiers,  -u  Luttre  ; 
tchél'fi  Thiméon,  Viesville  ;  tehès'fi.  tièsfi  Couvin. 

Lc>  deux  premiers  groupes  ne  présentent  pas  de  difficulté.  Les  deux 
autres,  de  prime  abord,  sont  plus  réfractaires  à  l'analyse.  Seul  tchèn'fi 

f1)  Hécart,  pp.  267,  378-9  (et  p.  207  :  fi gros).  Même  analyse  simpliste  dans  Ver- 
messe,  p.  151  :  cœucVfi  ;  et  dans  Jouancoux-Devauchelle  :  «  cueugros,  (fil)  qui  coud 
gros  >  (!). 

(2l  Voyez  aussi  Bruneau,  Enquête,  I,  p.  392. 


—  245  — 

paraît  s'expliquer  d'emblée  :  la  composition  «  chanvre-fil  »  (=  fil  de 
chanvre)  serait  aussi  légitime  que  celle  du  liég.-nam.  tchène-simince 
(chènevis  :  G.,  I  155)  et  de  l'anc.  w.  lismence  (lin-semence  :  G.,  II  615). 
Partant  de  là,  on  songera  peut-être  à  voir  dans  les  autres  formes  du  4° 
des  altérations  de  ce  type  limpide  et  même  dans  tchètê  un  double  dimi- 
nutif de  tchène  (chanvre)  pour  HchènHê...  Mais  on  ferait  fausse  route  : 
*tchènHê  n'aurait  pu  phonétiquement  se  réduire  à  tchètê  ;  et  puis,  si 
«  du  chanvre  »  se  dit  en  liégeois  dèl  tchène,  on  prononce  dèl  tchane  dans 
la  région  qui  a  tchènfi. 

En  réalité,  l'explication  des  groupes  3°  et  4°  nous  est  fournie  par  le 
fr.  chégros,  synonyme  de  ligneul. 

«  Chégros  »,  pour  «  chef-gros  »,  signifie  proprement  «  gros  bout  »  ;  il 
est  composé  de  chef  (lat.  *capum:  class.  caput)  et  de  gros,  comme  le 
rouchi  fil  gros.  Nous  verrons  donc  dans  tchèffi,  kèt'fi  les  formes  les 
plus  pures  du  4e  groupe  :  il  faut  écrire  tchè-  ou  kè-aV-fi,  c.-à-d.  «  chef- 
de-fil  »,  chef  signifiant  «  bout  »  et  se  prononçant  comme  dans  «  chef- 
d'œuvre».  Ainsi  tchè-cV-fi  répond  littéralement  à  hout-oV-fi  (Bertrix,  etc.). 
Toutes  les  autres  formes  du  4°,  même  tchèri'fi,  apparaîtront  sans  peine 
comme  étant  des  altérations  de  ce  type  primitif,  produites  sous  l'in- 
fluence de  mots  tels  que  jet,  jeu,  queue  ou  coudre,  chien,  cul,  guide  (*)  et 
d'autres  encore  qu'il  est  difficile  de  déterminer.  Il  ne  faut  même  pas 
toujours  chercher  un  sens  à  ces  altérations. 

Quant  à  tchètê,  il  représente  le  diminutif  latin  capitellum  «  petit 
bout  ».  On  a  dit  d'abord  un  tchètê  d'  fi  (comme  on  dit  encore  à  l'Ouest 
un  tchè-d'-fi),  puis  le  déterminatif  n'a  plus  été  considéré  comme  néces- 
saire et  tchètê  a  perdu  son  sens  général  pour  ne  plus  désigner  que  le  bout 
de  fil  poissé.  Ce  procédé  sémantique  est  des  plus  communs  :  ainsi  le 
gaumais  fî  ne  désigne  plus  le  fil  en  général,  mais  seulement  le  fil  poissé 
du  cordonnier  ;  le  fr.  ligneul  lui-même  signifie  à  l'origine  «  petite  ficelle  »  ; 
voyez  enfin  nos  articles  heûr,  hoye. 

[BD  1913,  p.  101.  —  Pour  avoir  une  étude  à  peu  près  complète  sur  les  noms 
dialectaux  du  «  ligneul  »  en  Belgique  romane,  voyez  ci-dessus  l'article  spinà  \ 

anc.  fr.  tenreux 

Godefroy  ne  peut  traduire  ce  mot  qu'il  donne  d'après  un  texte  tour- 
naisien  de  1444  :  il  y  est  question  d'un  ouvrier  qui  «  sera  tenu  de  livrer 
toutes  pierres  sans  fendans,  sans  crouste  ne  tenant,  et  toutes  mortures 
et  tenreux  mettre  hors  ».  —  Ce  subst.  fém.  (et  non  masc,  comme  pré- 

i1)  Voy.  par  exemple  l'article  de  Sigart  sur  guide-fi. 


—  246  — 

tend  God.)  se  retrouve  dans  le  verviétois  têreûr  «  partie  tendre  au  milieu 
de  la  pierre  »  (1).  Il  faut  renvoyer  le  texte  susdit  à  l'article  tendror,  où 
manque  d'ailleurs  le  sens  technique  que  nous  venons  d'indiquer. 

[Bomania,  t.  xlvii  (1921),  p.  577.] 

liég.  tèroûle 

G.,  II  425  :  tèroûle  (charbon  mélangé  de  terre  pour  avoir  été  pris  sur  les 
affleurements  de  la  houille)  ;  dans  le  manuscrit  Orban  tharoulle,  Malmedy 
tiroule,  nam.  tèroûle,  rouehi  tiroule.  Malgré  l'apparence,  ce  mot  ne  peut  être 
composé  de  terre  +  houille,  qui  se  dit  hoye  en  liégeois  ;  ce  doit  être  un  diminutif 
de  ter  ou  tar  =  tendre  (voy.  tinre),  peut-être  une  variété  de  tinrûle,  ter û le. 

G.  a  raison  de  repousser  l'étymologie  populaire  terre-houille  ;  mais 
son  essai  d'explication  par  tinrûle  n'est  pas  moins  inacceptable  :  le 
suffixe  -ûle  ne  peut  en  aucun  cas  devenir  -oûle  et  la  protonique  tinr" 
peut  s'altérer  en  ter-,  mais  non  en  ter-  avec  è  bref. 

On  prononce  tèroûle  partout  (Liège,  Stavelot,  Namur,  Hesbaye), 
sauf  vers  l'Ouest-wallon,  où  la  finale  s'abrège  (Fosses-lez-Namur, 
Viesville-lez-Gosselies),  et  en  montois,  où  elle  devient  -ouye  (de  là  la 
graphie  inexacte  de  Sigart  :  terre-houille).  —  La  définition  de  G.  con- 
corde avec  celles  de  Bormans,  Voc.  des  houilleurs  liég.  :  «  charbon  de 
mauvaise  qualité  qu'on  trouve  aux  sopes  (têtes)  des  veines  »  (2),  et  de 
Sigart  :  «  tête  de  veine  imparfaitement  minéralisée  ou  altérée  par 
l'action  de  l'air  et  le  mélange  de  substances  étrangères  ».  C'est  le  sens 
que  Littré  attribue  aussi  au  fr.  téroulle,  qui  est  emprunté  du  liégeois. 
Çà  et  là  notre  mot  prend  des  acceptions  spéciales  :  «  houille  en  général  » 
à  Crehen  (Hesbaye)  et  au  charbonnage  de  Gives-lez-Andenne  ;  «  char- 
bon menu  »  à  Fosses-lez-Namur  ;  «  espèce  de  terre-tourbe  »  à  Viesville- 
lez-Gosselies. 

Il  faut  voir  dans  tèroûle  un  dérivé  de  1ère  (terre),  formé  au  moyen  du 
suffixe  diminutif  -oûle  (lat.  -eola).  C'est  proprement  de  la  «petite 
terre  »,  de  la  terre  fine,  légère  et  friable.  D'une  terre  qui  s'émiette  (si 

(!)  Lobet,  v°  taireur.  La  forme  liég.  serait  tinreûr.  Pirsoul  donne  le  nam.  tinreû 
tendreté  («le  la  viande)  ». 

(2)  Un  manuscrit  du  xvne  siècle  fait  les  distinctions  suivantes  :  «  Dans  les  sopes, 
on  ne  rencontre  d'ordinaire  que  de  la  tharoule,  qui  est  la  moindre  de  toutes  les  den- 
rées :  puis  du  faux  charbon,  après  cela  du  charbon,  et  enfin  de  la  houille  ».  —  La 
tèroûle,  mélangée  avec  de  l'argile,  sert  à  faire  des  briquettes  ovales  à  brûler  :  élûtes 
;i  Verviers,  Malmedy  ;  hotchèts  à  Liège  :  otehèts  à  Namur  ;  bougnèts  à  Fosses  et  à 
Charleroi  :  boulets  à  Mons.  Voyez  ci-dessus  pp.  :5:$  et  156. 


—  247  — 

dliuyetêye)  aisément,  le  liégeois  dit  qu'elle  truie  corne  dèl  tèroûle  (x).  — ■ 
La  forme  ancienne  taroule  rappelle  une  prononciation  de  è  très  ouvert, 
voisin  de  è  mi-nasal  ou  de  a  ouvert  ;  encore  aujourd'hui  le  verviétois 
prononce  têre  (terre)  à  peu  près  comme  tinre.  La  présence  de  r  n'est 
sans  doute  pas  sans  influence  sur  la  voyelle  précédente.  Le  français 
du  xvie  siècle  a  de  même  hésité  entre  a  et  è  dans  tarière  ou  tèrière, 
chevrette  ou  chairette,  darrière  ou  derrière,  etc.  —  La  forme  tiroule,  qui  se 
rencontre  à  l'extrême  Est  et  Ouest  (Malmedy,  rouchi),  a  vraisembla- 
blement subi  l'influence  du  verbe  tirer.  Au  reste,  l'alternance  i  :  è  à  la 
protonique  initiale  se  retrouve  dans  tirebale  (Lobet)  :  tèrebale  (Re- 
macle2)  ;  viroûle,  vèroûle  (1.  virole,  2.  pivot  ;  G.,  II  464  et  470)  ;  voyez 
d'autres  exemples  à  l'article  pilaine,  et  comparez  tirelote. 

[BD  1908,  p.  49.] 

rouchi  tévozé 

Le  précieux  Vocabulaire  de  Frameries,  que  Louis  Dufrane  a  joint  aux 

œuvres  de  son  oncle,  contient  cet  article  :  «  tévoset  ou  mieux  d'tévozé, 

parfois,  quelquefois.  Ce  mot  est  d'un  emploi  très  fréquent  ;  comparez 

le  tournaisien  trévosé  ».   Sigart  le  passe  sous  silence  ;   mais   Hécart 

enregistre  tréfosé,  trévosé,  tivosé,  où  il  voit  une  contraction  de  très  fois  et, 

conjecture  qui  ne  donne  aucun  sens  satisfaisant.  —  Cette  expression 

est  tout  simplement  l'ancien  français  tel  fois  est  (=  parfois),  que  le 

liégeois  abrège  en  téVfèye. 

liég.  tèzi 

G.,  II  427,  donne  sans  explication  :  «  tèzi  (syn.  de  poûtener  :  répandre 
une  odeur  bitumineuse),  tèzihèdje  (exhalaison  de  vapeurs  bitumi- 
neuses) ».  Ces  mots  sont  encore  bien  connus  à  Liège.  Le  verbe  ne 
s'emploie  qu'impersonnellement  :  i  k'mince  a  tèzi  ;  i  tèzih,  syn.  de 
i  boûtène,  i  boûfnêye  (2)  ;  que  tèzihèdje  qiCi  fêt  chai  (ici)  ! 

Pour  éclairer  le  problème,  il  suffit  de  comparer,  à  la  même  page  de  G., 
1°  le  nam.  [?]  èsse  tèzé  «  être  embarrassé  dans  les  voies  digestives, 
digérer  difficilement  »  ;  G.  se  perd  en  conjectures  ;  Scheler  y  voit  avec 

(*)  Le  liégeois  a  tiré  de  terre  deux  autres  dérivés  intéressants  :  tirelote  (voy.  cet 
article)  et  tèris\  Ce  dernier  signifie  :  «  terres  amoncelées,  décombres,  débris  d'une 
démolition  »  (Hubert)  ;  «  schiste,  argile  schisteuse  »  (Simonon  ap.  G.),  et  surtout 
«  amas  de  terres,  de  pierres  et  de  débris  de  houille,  s'élevant  en  monticules  près  des 
fosses  à  charbon  ».  En  parlant  français,  les  Wallons  prononcent  avec  raison  tèri, 
comme  fait  aussi  le  montois  (Sigart  :  terri,  téri).  Il  est  évident  qu'on  doit,  en  français, 
écrire  terris  (comp.  hachis,  treillis  =  vv.  hatchis\  trèyis'')  ;  la  graphie  terril,  qui  tend 
à  s'introduire  en  Belgique  avec  la  prononciation  iV,  ne  peut  se  justifier. 

(2)  Voyez  ci-dessus  l'article  boûtener,  p.  35. 


—  248  — 

raison  l'anc.  fr.  tesê  (tensatus  :  tendu)  et  traduit  par  :  «  avoir  le  ventre 
tendu  »  ;  j'ajouterai  :  «  et  l'estomac  rempli  au  point  de  respirer  diffici- 
lement »  ;  —  2°  le  verv.-malm.  tèzeû  «  rancher  »  (Lobet),  «  attache  qui 
retient  les  ridelles  d'une  charrette,  traverse  »  (Villers  ;  cf.  Body,  Voc. 
des  charrons),  lequel  équivaut,  d'après  Scheler,  à  un  type  fr.  *tenseur, 
ou  mieux,  me  semble-t-il,  à  un  type  anc.  fr.  Hesoir.  —  Notre  tèzi 
n'a  rien  d'énigmatique  :  il  reproduit  l'anc.  fr.  tesir  «  se  gonfler,  s'enfler, 
se  distendre  (par  une  cause  morbide,  des  excès  de  table,  etc.)  »  (1).  Je 
présume  que  l'on  a  dit  d'abord  :  i  boâtène  chai,  *on  tèzih  (on  se  sent 
alourdi  par  les  vapeurs  irrespirables)  ;  puis  que  la  première  expression 
impersonnelle  aura  fait  dire  par  analogie  :  i  tèzih  (il  s'exhale  des  vapeurs 
qui  vous  alourdissent).  --  Sur  le  radical  latin  tens-,  voyez,   p.  92, 

l'article  èstèssiner. 

malm.  tibi-dabô,  tibi-warni,  etc. 

G.,  II  427-8,  a  les  articles  suivants  : 

Tibi-dabô,  Malm.  (sot,  niais,  butor).  On  dit  à  Malm.  aussi  dabô  tout  court, 
d'où  liég.  dabolin  (nigaud).  L'exp.  tibi-dabô  paraît  être  tirée  de  quelque  texte 
latin,  comme  quandô-ccli  (imbécile),  voy.  quando.  —  Tibi-haurnî,  Nam., 
raconter  one  saqwè  a  t.  h.  :  raconter  qqch.  à  tout  venant,  à  qui  veut  l'entendre. 
Cp.  tibi-warni.  —  Tibi-mâreli,  Malm.  (rustre,  homme  grossier)  ;  mârelî 
signifie  marguillier.  —  Tibi-warni,  Malm.  (sot,  niais,  badaud).  Warni, 
isolément,  signifie  Werner.  Cp.  nam.  tibi-haurnî.  —  [Note  de  Scheler]  Forir  : 
«  Tîbî,  nom  d'un  personnage  imaginaire  :  dire  coula  a  Tîbî,  a  Gâtî,  dire  cela  à. 
droite  et  à  gauche,  à  qui  veut  l'entendre  ».  Sans  doute  les  composés  ci-dessus 
ont  à  faire  à  ce  tibi,  mais  une  explication  historique  reste  encore  à  donner. 

L'exemple  de  Forir  prouve  que  Tîbî  est  un  nom  d'homme  (2).  L'2 
final  est  ici  la  réduction  de  iè,  comme  dans  Lambî  pour  Lambiè  (Lam- 
bert), Hubî  ou  Houbî  pour  Houbiè  (Hubert).  Robî  ou  Rubî  pour  Robiè, 
dans  Rubîvèye,  Robertville.  De  même  Tîbî  est  la  forme  réduite  de 
Tîbiè,  Thibert.  «  Dire  une  chose  à  Thibert  [et]  à  Gautier  »  a  la  même 
valeur  que  notre  expression  familière  :  «  à  Pierre  et  à  Paul  »,  c'est-à-dire 
à  tout  venant,  à  qui  veut  l'entendre,  au  premier  venu.  L'exemple 
namurois  s'interprète  de  même  :  raconter  one  saqzvè  à  Tîbî  Aurni,  à, 

(a)  Godefroy  traduit  par  «  être  gonflé  »  ;  mais  l'exemple  qu'il  cite  :  «  l'orne  tcsist 
et  enfle  du  venin  de  l'araigne  »,  prouve  qu'il  a  tort.  —  Il  faut  aussi  y  rattacher  cet 
autre  article  de  Godefroy  :  tasis  «  rassasié,  repu  »  (Jean  d'Outremeuse,  I  444).  Cette 
forme  n'est  qu'une  francisation  maladroite  de  notre  tèzi,  au  sens  de  <  alourdi,  gonflé, 
oppressé,  congestionné  (par  la  nourriture)  ».  — -  Enfin  je  relève  à  Gembloux  le  com- 
posé ètèzé  qui  a  le  même  sens  (BSW  56,  p.  162). 

(2)  Forir  y  revient  v°  Gâtî  (Gauthier)  :  èpronter  dès-aidants  a  Tibi,  a  Gâli  «  em- 
prunter à  droite  et  à  gauche  ».  J'ai  entendu  à  Liège  :  djâzer  cT  Tîbî  èl  cf  C  âtî  «  parler 
de  Pùrre  et  de  Paul  ». 


—  249  — 

Thibert  [et  à]  Werner.  Le  w  initial  tombe  en  nam.  quand  il  serait  suivi 
du  son  o  :  aufe,  liég.  wafe,  ail.  waffel  (gauffre);  aurder,  liég.  wârder,  ail. 
warten  (garder).  La  graphie  haurnî,  qui  pourrait  prêter  à  confusion, 
indique  un  hiatus  ou  une  très  légère  aspiration. 

M.  L.  Molitor  signale  à  Crehen  (Hesbaye)  un  emploi  curieux  de  tîbî  : 
Dji  n.'  Il  cVhéve  ne  tîbî  ne  dwarmi  et  i  vint  m'ataquer  !  «  je  ne  lui  disais 
pas  un  traître  mot  et  il  vient  m'attaquer  !  »  Il  est  aisé,  d'après  ce  qui 
précède,  de  reconnaître  ici  encore  «  Thibert  »  et  «  Werner  »  ;  Wârni 
s'est  altéré  en  dwarmi  (dormir)  :  bel  exemple  de  corruption  pour  faire 
pendant  au  mârelî  cité  plus  haut  par  G.  !  —  Même  emploi  à  Jupille  : 
i  nos-a  qioitê  sins  dîre  ni  Tîbî  ni  Wârni  «  il  nous  a  quittés  sans  souffler 
mot,  sans  nous  dire  au  revoir  ». 

A  Malmedy,  Tîbî,  flanqué  de  Wârni  ou  de  Dabô,  a  pris  nettement  le 
sens  péjoratif.  Tous  ces  termes  d'insulte  signifient  en  somme  «  niais  » 
ou  «  rustre  »,  et.  rentrent  dans  la  catégorie  assez  nombreuse  des  anciens 
noms  de  personne  (surtout  d'origine  germanique)  dont  le  peuple  a  fait 
des  appellations  sarcastiques. 

A  propos  de  dabô,  G.  a  corrigé  sa  première  explication  dans  les 
Extraits  du  Dict.  malm.  de  Villers,  p.  67  :  «  Il  n'est  pas  probable,  dit-il. 
que  dabô  soit  le  mot  latin  ;  ajoutez  par  surcroît  que  le  liég.  a  le  syn. 
dabolin  (x)  qui  semble  être  un  dérivé  de  dabô  ».  Outre  cet  argument, 
l'analyse  des  expressions  similaires  et  l'existence  du  mot  dans  le  patois 
allemand  de  Luxembourg- Arlon  (2)  feront  peut-être  voir  dans  ce  Dâbô 
l'ancien  nom  germanique  *Dabold  (Tabold,  Tagebold),  qu'on  aura 
réuni  à  Tîbî  par  une  sorte  de  calembour... 

P. -S.  —  Article  paru  en  1908,  dans  les  Mélanges  Kurth,  II  32.3.  — 
Je  me  hâte  d'ajouter  un  mea  culpa  :  j'y  fais  la  part  trop  large  à  la  sur- 
vivance d'anciens  noms  propres.  Assurément,  cette  influence  existe, 
mais  elle  n'est  pas  exclusive.  Le  latin  de  la  liturgie,  de  la  scolastique 
et  des  tribunaux  a  laissé  de  multiples  traces  dans  notre  lexique.  Le 
peuple  saisit  au  vol  des  mots  qui  frappent  son  oreille  ;  il  s'en  empare 
et  les  applique  avec  humour,  altérant  parfois  les  syllabes  d'une  façon 
saugrenue  ;  les  clercs  et  les  étudiants,  d'ailleurs,  lui  ont  donné  souvent 
l'exemple.  Aussi,  je  me  rends  volontiers  à  l'avis  de  M.  J.  Vercoullie 
(Volkskunde,  1914,  t.  xxv),  qui  voit  dans  tibi-dabo  les  premiers  mots 
de  la  formule  par  laquelle  le  Christ  donne  à  Pierre  les  clefs  du  royaume 

(1)  Forir  écrit  dâbolin. 

(2)  Du  bass  en  dâbô  «  tu  es  un  grand  bêta  ».  —  Comp.  un  grand  dâbô  (Alle-sur- 
Semois),  m.  s.  ;  et  voy.  Adam,  Patois  lorr.,  p.  243  :  dabau  ;  Hécart  :  dabo  ;  G.,  I  37  : 
bâbau  ;  Dict.  gén.,  dabo. 


—  250  — 

des  cieux  («  tibi  dabo  claves  regni  cœlorum  »  :  Matth.,  xvi.  19)  ;  et,  de 
même,  dans  quando-cœli  (G.,  I  144  :  «  imbécile  »),  le  début  du  verset  : 
«  quando  cœli  movendi  sunt  et  terra  »  du  «  Libéra  me,  Domine  ».  qui 
se  chante  aux  absoutes  et  à  l'office  des  trépassés.  M.  Vercoullie  allègue 
encore  le  Quasimodo  de  Victor  Hugo  et  le  flam.  laudate  «  femme  pares- 
seuse et  légère  ».  J'ajouterai  da-nobis  «  individu  pitoyable  »  (à  Lille  : 
Vermesse)  ;  quoniam  ou  quoniam-bonus  (M.  Lorrain,  Gloss.  messin)  ; 
hopsécrô  «  individu  lourd,  paresseux  »  (Ed.  Liégeois.  Lexique  gaum.)  ; 
quivédô  (?)  «  original  »  (nam.  :  G.,  I  147)  ;  plâcêbô  «  flatteur,  rapporteur  » 
(ib.,  II  230)  ou  «  niais,  dadais  »  (malm.  :  Villers).  De  là,  de  nouvelles 
créations  plaisantes,  comme  le  liég.  magnâbô  (Duv.,  For.)  «grand 
mangeur  »,  du  liég.  magnî  «  manger  »  ;  le  gaum.  flâcébô  «  paresseux  », 
du  gaum.  flâ  «  mou,  indolent  »  ;  etc. 

D'autre  part,  M.  Colson  (Wallonia,  1908;  t.  xvi,  165)  se  demande  si 
tibi  mârHî,  tîbî  gâtî,  ne  doivent  pas  s'expliquer  uniquement  par  la  rime, 
comme  le  fr.  à  la  tienne,  Etienne.  Cette  influence  est  aussi  très  possible. 
Cependant,  si  la  rime  a  pu  agir  dans  certains  cas,  tibi  dabo  ou  quando 
eœli,  par  exemple,  se  refusent  à  cette  explication.  —  En  somme,  on 
aurait  à  démêler  ici  des  influences  très  diverses  :  applications  plaisantes 
de  textes  liturgiques,  compliquées  de  calembours  dont  les  anciens 
noms  propres  germaniques  font  les  frais  (tîbî,  et  peut-être  dâbô)  ;  puis, 
brochant  sur  le  tout,  l'à-peu-près  et  l'instinct  de  la  rime  (divarmi, 
mâr'lt,  pour  JVârnî),  déformant  de  vieilles  expressions  au  point  de  les 
rendre  parfois  méconnaissables. 

w.  tîdje.  pîdje  («chemin») 

G.,  II  429,  ne  connaît  que  le  premier  de  ces  mots  Je  résume  son 
article  : 

tidje,  nase.  (1.  bande  de  gazon,  telle  qu'on  en  voit  le  long  de  certains  che- 
mins, soit  parce  qu'étant  trop  larges  une  partie  reste  couverte,  ou  parce  que  les 
bords  sont  escarpés  ;  2.  de  là  :  chemin  bordé  de  gazon).  Ancien  liégeois  :  tiege, 
tyeçe.  Namurois  tîdje  (au  sens  1)...  L'analogie  de  lîdje  (lige)  venant  de  l'ail. 
ledig,  de  Lîdje  (Liège)  de  leodicus  et  de  sîdje  (siège)  de  sedium,  permet  de 
rapporter  notre  mot  à  un  primitif  liégeois  theodic,  qui  pourrait  être  le  goth. 
thiudisk,  etc.  :  popularis,  c.-à-d.  qui  appartient  à  tous. 

Cet  essai  d'explication  n'est  pas  heureux  :  en  effet,  à  la  même  page, 
pour  expliquer  tîhe  (anc.  fr.  tiesche,  tiois),  G.  invoque  à  nouveau 
diutisc,  deutsch,  qui  est  ici  pleinement  à  sa  place. 

L'origine  et  le  sens  premier  de  tîdje  nous  apparaîtront  clairement, 
si  nous  étudions  d'abord  le  w.  pîdje. 


—  251  — 

Inconnu,  du  moins  aujourd'hui,  à  l'Est  de  la  Wallonie,  ce  dernier 
mot  a  été  jadis  et  est  encore  très  vivant  dans  le  centre  du  Hainaut 
(pays  de  Charleroi).  Voici,  au  sujet  de  pidje,  «  l'un  de  nos  termes 
toponymiques  les  plus  curieux  »,  les  renseignements  précis  que  contient 
la  Toponymie  de  M onceau-sur-S ambre,  par  Em.  Dony  et  A.  Carlier  (l)  : 

«  On  le  trouve  dans  maintes  localités  voisines  de  Charleroi,  à  Dinant,  à 
Laneffe  (Namur),  à  Felleries  (N.-E.  d'Avesnes).  A  Monceau-sur-Sambre,  on  ne 
connaît  plus  aujourd'hui,  comme  nom  commun,  que  les  pîdjes  a  Lalmoni, 
officiellement  «  rue  du  Pige  »,  mais  le  peuple  continue  à  dire  dèskinde  ou  remonter 
pau  (par  le)  pidje  ;  c'était  anciennement  le  nom  de  divers  chemins  de  cette 
localité,  sous  les  formes  piège  14G7,  pierge  1490,  pirge  1408...  L'étymologie  de 
ce  terme  a  toujours  intrigué  nos  historiens  locaux.  Clément  Lyon,  dans  son 
Histoire  de  Marchienne,  p.  500,  y  voit  un  diminutif  et  l'explique  par  pîchinte, 
pisinle  (pied-sente),  opinion  que  tous  les  autres  acceptent  sans  discussion...  Or, 
d'après  les  pièces  d'archives,  les  piges  étaient  le  plus  souvent  des  chemins  très 
larges  :  le  pige  herdal  mesurait  à  Charleroi  7  m.  de  large  ;  le  piège  poliet  est 
qualifié  de  voye  cheruable  ;  le  piège  délie  coulture  avait  32  pieds  de  large  à  Mont- 
sur-Marchienne.  En  outre,  les  piges  énumérés  dans  les  chartes  sont  des  chemins 
intercommunaux  ;  elles  font  une  distinction  très  nette  entre  piges  et  sentiers... 
Chotin,  dans  ses  Etudes  ctyiu.  et  archéol.  du  Hainaut,  p.  171,  méconnaît  notre 
pige,  qu'il  écrit  :  «  le  lige  =  la  chaussée  »  !...  Bien  plus  concluants  sont,  pour 
nous,  un  texte  du  xie  siècle  appelant  du  nom  de  pirgus,  à  Dinant,  la  route 
royale  :  via  regia  quae  vulgo  dicitur  pirgus,  et  un  autre  du  xn  siècle  (1139),  où 
il  est  dit  :  via  publica  quae  vulgo  pegium  dicitur  (Du  Cange,  v°  pegium).  Le  Pige 
est  bel  et  bien  le  correspondant  de  via  publica  et  le  bas  latin  pegium  a  pu  donner 
en  roman  piège,  altéré  en  pierge  ou  piège  ;  cf.  au  reste  pirgius  et  pergus  dans 
Du  Cange...  Par  opposition  aux  chemins  privés  et  aux  sentiers,  soumis  à  des 
servitudes  de  passage,  les  piges  rentraient  dans  la  catégorie  des  chemins  publics, 
ouverts  à  tous  comme  les  heerbaenen,  heerstraeîen  ou  heerwegen  connus  dans 
tous  les  pays  germaniques.  » 

On  me  pardonnera  d'avoir  cité  à  peu  près  in  extenso  cet  article  si 
documenté  ;  tout  y  est  excellent,  sauf  la  partie  étymologique.  Le  pegium 
de  Du  Cange,  latinisation  grossière  du  roman  piège,  n'a  aucune  vitalité. 
L'altération  de  piège  en  pierge  est.  de  plus,  inadmissible  ;  c'est  le 
contraire,  évidemment,  qui  s'est  produit  :  pierge  est  la  forme  première 
et  suffit  à  résoudre  le  problème. 

C'est  dans  une  charte  de  932,  citée  par  Du  Cange,  que  nous  relevons 
la  trace  la  plus  ancienne  du  mot  :  pergum  regium  ;  puis,  successive- 

(x)  Mémoire  couronné  par  la  Société  de  Littérature  wallonne.  [Nous  citons  ici  le 
texte  du  manuscrit.  Le  mémoire  a  été  imprimé  en  1913,  dans  le  BSVV  55.  Les  auteurs 
ont  corrigé,  d'après  nos  indications,  la  partie  étymologique  de  leur  article  pidje.] 


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ment,  pirgus  regius  (Liège,  1131),  pirgus  (Reims,  1134),  in  pergis  et 
aniiquis  viis  (Laudun,  1172),  pirghis  (1213).  Et  le  sens  est  nettement 
indiqué  par  Carpentier  :  «  itinerarius  agger,  via  strata,  regia  ;  gall. 
grand  chemin,  chemin  ferré  ».  L'article  pierge  dans  Godefroy  est  tout 
aussi  décisif  et  pour  le  sens  (chemin  empierré)  et  pour  l'aire  d'emploi 
de  ce  terme  (Laon,  St-Quentin). 

Seul  le  latin  petreum  peut  avoir  donné  naissance  à  pierge  et  au 
w.  pîclje.  La  démonstration  n'est  pas  malaisée  :  eêreum  donne 
«cierge  »  (*),  sans  correspondant  wallon  ;  --  sororium  :  anc.  franc. 
serorge,  w.  sorodje  ;  —  ferrias  :  anc.  franc,  ferges,  firges  =  fers  d'un 
prisonnier  ;  en  gaumais  mète  a  fierdjes  ou  afièrdji  un  cheval  =  l'entra- 
ver à  l'aide  d'une  chaîne  terminée  par  deux  anneaux  où  passent  les 
pieds  de  devant  ;  —  *  in  ferrias  :  w.  èfîdjes  (Malmedy),  d'où  èfirdji, 
èfurdji,  anc.  fr.  enfer gier  ;  —  sêrica  :  serge. 

Pour  en  revenir  à  tîdje,  qui  est  le  pendant  de  pîdje,  on  y  verra  sans 
peine  le  lat.  terreum,  où  le  y  s'est  de  même  consonnifié.  A  la  vérité, 
les  formes  Herge,  Hierge  ne  se  rencontrent  pas,  du  moins  à  ma  connais- 
sance ;  mais  la  forme  wallonne  (francisée  en  tiége)  est  assez  probante 
par  elle-même.  Le  sens  premier  est  donc  «  chemin  de  terre  »,  par  oppo- 
sition au  pîdje-,  «  chemin  de  pierre  ».  Il  faudrait  renverser  la  filiation 
sémantique  établie  par  G.,  et  définir  :  «  1.  chemin  de  terre,  bordé  de 
gazon  ;  2.  de  là  :  bande  de  gazon,  etc.  »  (2).  On  objectera  peut-être  que 
d'autres  voies,  par  exemple  les  sentiers,  sont  «  de  terre  »  ;  mais  le  tîdje 
a  pu,  à  la  différence  des  sentiers,  nécessiter  certain  travail  d'établisse- 
ment, de  terrassement  et  d'entretien  ;  cf.  Godefroy,  terré. 

[Article  paru  en  1910,  dans  la  Revue  de  Dialectologie  romane,  t.  n,  p.  378.  — 
.lai  vu  depuis  lors  que  Meyer-Lûbke,  Roman.  Etym.  Wôrt.,  fasc.  6  (paru  en 
1913)  donne  *petrica  comme  étymon  de  l'anc.  fr.  pierge,  sans  doute  à  cause 
du  provençal  pcirega.  Cela  confirme  en  somme  mon  explication  de  pîdje,  car 
petreum  ne  diffère  de  *petricum  que  par  le  suffixe  :  les  deux  types  doivent 
aboutir  au  même  résultat.  —  Chose  étrange,  Meyer-Lûbke  ne  mentionne  ni 
le  w.  tîdje  ni  le  lat.  terreum  (cf.  Kôrting  9480).  Cependant  Test-wallon  tîdje 
est  remarquable  ;  il  fait,  pour  la  forme  et  partiellement  pour  le  sens,  le  pendant 
de  I'ouest-w.  pîdje  ;  il  ne  peut  s'expliquer  que  par  terreum  ou,  ce  qui  revient 
à  peu  près  au  même,  par  *terricum.] 


(')  Ane.  fr.  cirge.  Dans  le  fr.  cierge  la  diphtongaison  est  irrégulière  (cf.  Meyer- 
Lûbke,  Gramm.,  t.  iv,  p.  79,  note  de  la  traduction  française),  mais  ce  détail  n'a  pas 
d'importance  ici. 

(-)   Le  sens  <  côte  »  que  donne  Godefroy,  tiege,  est  dérivé. 


—  253  — 

liég.  tîke 

G.,  II  429,  dérive  le  liég.-nam.  tîke  «  taie  d'oreiller  »  du  lat.  theca, 
qui  a  aussi  donné  le  fr.  taie,  l'ail,  zieche  et  l'anc.  flam.  tycke  (culeita). 
Mais  thèca  aurait  donné  *tôye,  comme  le  gaulois  r  ca  donne  le  w.  raye, 
fr.  raie  (1).  On  ne  peut  pas  non  plus  proposer  *têcula ,  qui  serait  devenu 
*tûle,  *tîle,  comme  têgula  a  donné  l'anc.  fr.  tiule,  fr.  tuile,  w.  tille, 
tîle  ;  régula  :  anc.  fr.  riule,  w.  râle,  rîle.  —  Nous  voyons  donc  dans  le 
w.  tîke  un  emprunt  du  moyen  néerlandais  tîke  (taie),  qui  lui-même  pro- 
vient du  lat.  thêca.  Le  néerl.  moderne  tijk  ne  désigne  plus  que  l'étoffe 
dont  on  faisait  la  taie  d'oreiller  :  c'est  le  «  coutil»  au  lieu  de  la  «coûte  ». 
Le  w.  tîke  a  mieux  conservé  la  signification  primitive  :  «  taie  d'oreiller  » 
(Liège,  Verviers,  Malmedy,  Marche-en-Famenne,  Stave,  etc.).  Le 
diminutif  tîk'lète  (Glons),  qui  devient  tîglète  à  Roclenge-sur-Geer  (et 
à  Liège  :  Simonon,  ap.  G.,  II  429),  a  le  même  sens  de  «  taie  d'oreiller  à 
carreaux  rouges  et  blancs».  Le  diminutif  tîkète  signifie  «taie» à  Wardin- 
lez-Bastogne  (2)  ;  ailleurs  (par  ex.  à  Verviers,  d'après  Remacle  et  Lobet, 
ap.  G.,  II  431  ;  à  Malmedy  et  à  Faymonville),  il  désigne  la  toile  à  car- 
reaux, le  coutil  dont  on  fait  les  taies  d'oreiller.  G.,  II  431,  a  tort  d'écrire 
tîkète  et  de  penser,  pour  expliquer  ce  mot,  à  tiket  «  moucheture  ».  — ■ 
Enfin,  dans  l'anc.  liég.  ticle  (  =  tîke),  l  est  parasite,  comme  dans  l'anc.  fr. 
bouticle,  musicle,  tunicle,  etc.  (3), 
[Romania,  t.  xlvii  1219,  p.  577.] 

w.  tirelote  (L:ège  ?,  Verviers) 

Ce  mot  est  signalé  par  Lobet  qui  le  définit  :  «  anthracite  ;  terroulle..., 
mauvais  charbon  »  ;  et  par  Bormans,  Voc.  des  houilleurs  liégeois,  qui 
écrit  :  tire-lote  «  fosse  où  l'on  n'extrait  que  de  mauvais  charbon  ». 
G.,  II  432,  l'enregistre  sans  explication.  —  Ajoutons  qu'en  verviétois 
l'expression  c'est  dèl  tWlote  s'emploie  proverbialement  dans  le  sens  du  fr. 
familier  :  «  c'est  de  la  camelote  ». 

D'après  les  définitions  de  Lobet  et  de  Bormans,  on  pourrait  y  voir 
l'altération  d'un  primitif  *tèrelote,  formé  de  tère  (terre)  et  du  double 
suffixe  diminutif  -el-ote  (comp.  babelote,  bourelote,  fafelote,  fièrelote, 
makelote,  masselote,  papelote,  tchoufelote).  Ce  suffixe  diffère  de    -oûle 

(*)  Marichal,  Mundart  von  Gueuzaine-Weismes  (Bonn,  1911)  croit  éluder  la  diffi- 
culté en  donnant  tîke  :  tecam  comme  une  «  formation  savante  »  ! 

(2)  En  chestrolais,  Dasnoy,  p.  481,  donne  «  tiéque,  tiéquelte,  paillasse,  taie  ».  On 
prononce  îchèkète  à  Fauvillers. 

(3)  Voy.  Godefroy,  tîke,  et  ci-dessus  l'article  huricle. 


—  254  — 

(voy.  l'art,  tèroûle)  en  ce  qu'il  peut  avoir  le  sens  péjoratif.  De  la  tirelote, 
ce  serait  proprement  «  de  la  terre  (charbon)  de  mauvaise  qualité  ».  Le 
sens  donné  par  Bormans  serait  dérivé  :  le  verbe  tirer  aurait  agi  à  la  fois 
sur  la  forme  et  sur  la  signification.  Le  substantif  tire  «espèce»  (voyez 
l'article  affleure)  a  pu  également  altérer  la  forme  et  le  sens  d'un 
primitif  *tèrelote.  Au  surplus,  pour  la  protonique  i,  comparez  ti- 
roûle  (à  l'article  tèroûle). 
[BD  1908,  p.  51.] 

w.  tougnoûle.  touyon.  tougnon.  touyeter,  twagne,  etc. 

G.,  II  437,  donne  tougnoûle  «  jabot  de  chemise  »,  d'après  Remacle 
et  Lobet  ;  Duvivier  note  ce  mot  comme  étant  verviétois.  Forir  le  con- 
signe dans  son  Dict.  liégeois,  mais  il  l'emprunte  sûrement  à  ses  devan- 
ciers (x).  —  Nous  y  reconnaissons  l'anc.  fr.  toaillole,  diminutif  de 
to(u)aille  «morceau  d'étoffe,  serviette,  nappe»,  du  germ.  twahlja 
«  essuie-main  »  (voy.  touaille,  tavaïolle,  dans  le  Dict.  gén.).  La  forme 
primitive  *tou{a)yoûle  est  devenue  tougnoûle  par  épaississement  de  y 
en  gn  (2). 

On  expliquera  de  même  tougnon,  que  Lobet  déJmit  comme  suit  : 
«  torchon,  femme  malpropre  ;  tougnon  oV  pan,  gros  morceau  de  pain 
cassé  ou  coupé- par  (?)  hasard  »  (3).  G.,  II  437,  reprend  cet  article  de 
Lobet  en  comparant,  pour  le  premier  sens,  touyon  (1.  souillon  ;  2.  on 
gros  touyon.  une  femme  replète,  fort  grasse),  qu'il  range  parmi  les  déri- 
vée du  nam.  touyî  «  touiller,  agiter  pour  mélanger  »  (4).  On  ne  peut 
accepter  cette  dérivation.  Tougnon  est  altéré  de  touyon,  mais  celui-ci 
(comme  le  picard  t  oui  lion  «  torchon,  essuie-main  »)  représente  l'anc.  fr. 
toaillon,  m.  s.,  dont  Godefroy  donne  les  formes  variées  touaiïlon, 
touillon  ("').  Voici  donc  comme  on  définira  le  av.  touyon.  tougnon  :  1.  «  mor- 

(')  C'est  le  cas  pour  bon  nombre  d'articles  de  Forir,  dont  la  rédaction  laconique 
et  le  manque  d'exemples  montrent  que  l'auteur  ne  tient  pas  ces  mots  de  source 
personnelle. 

(J)  Nous  avons  noté  une  foide  d'exemples  de  ce  phénomène;  voy.  les  articles 
bougnoû,  ciâmignon,  dognon,  sprognî,  etc.  —  On  sait  que  le  lat.  pop.  fait  avancer 
l'accenl  sur  la  pénultième  du  suff.-eola,-iola,  qui  devient  -yoûle  en  wallon:  caveola, 
gayoûle  ;  corneola,  civègnoûle,  cougn-,  cogn-  ;  lineola,  lignoûle  ;  filiola,  fiyoûle  : 
rubeola,  nam.  rovioûlc  (voy.  l'art,  rêvioûle)  ;  etc. 

(')  Nous  avons  en  effet  relevé  à  Blegny-Trembleur  :  lougnô  (-ô  hervien  =  -on 
li'  geois)  «  morceau  (de  pain)  taillé  »rossièrement  ». 

(')  M.  Ant.  Thomas,  Essais,  \>,  li'.)2,  a  établi  que  le  fr.  fouiller,  anc.  fr.  loeillier, 
vient  <hi  lat.  t  nrli  c  u  1  a  re  . 

(B)  En  revanche,  l'anc.  fr.  ne  connaît  pas  HooilUm,  qui  serait  dérivé  de  tooil, 
toeillier. 


—  255  — 

ceau  de  toile  ou  d'étoffe  servant  à  essuyer  :  essuie-main,  torchon  »  ;  — 

2.  fig.,  en  parlant  d'une  femme  sale  :  «  torchon,  souillon  »  ;  on  gros 
touyon  «  une  femme  grasse  et  peu  appétissante  »  ;  par  antiphrase  : 
binante  p'tit  touyon  (Duv.),  t.  d'affection  à  l'adresse  d'un  enfant  (x)  ;  — 

3.  par  extension  du  sens  1  :  tougnon  cV  pan  «  chanteau  de  pain  coupé 
grossièrement  »  (comp.  le  fr.  chiffon  de  pain). 

Puisque  nous  sommes  à  établir  la  survivance  dans  nos  patois  de 
l'anc.  fr.  to(u)aille,  nous  rangerons  ici  l'anc.  w.  toëtte  (1734),  que  Body 
signale  sans  pouvoir  le  définir.  Ce  mot  (qu'on  prononçait  sans  doute 
touyète)  répond  à  l'anc.  fr.  toaillette  «  serviette  »  ;  de  là,  péjorativement, 
en  parlant  d'une  femme  :  «  torchon  »  (2). 

A  Neuville-sous-Huy,  d'après  M.  H.  Gailliard,  touyeter  signifie  : 
«  rosser  (qqn)  ».  On  pensera  de  prime  abord  à  un  diminutif  de  touyî 
«  touiller  »  ;  mais  ce  dernier  n'a  conservé,  en  hutois,  que  le  sens  dérivé 
«  lanterner,  travailler  avec  nonchalance  »,  tandis  que,  dans  le  même 
dialecte,  ratouyeter  signifie  :  «  réparer  grossièrement  (un  vêtement)  ». 
Nous  verrons  donc  dans  touyeter  un  dérivé  de  *touyète  «  torchon  ».  Le 
sens  propre  (disparu  ?)  est  :  «  torchonner  (essuyer,  nettoyer  avec  un 
torchon)  »,  d'où,  au  figuré  :  «  rosser  ». 

Enfin,  à  Ciney,  d'après  M.  Léon  Simon,  existe  l'expression  :  one 
twagne  di  pwin,  di  tchau  «  un  gros  morceau  de  pain,  de  viande  »  (3).  On 
y  retrouve  le  primitif  *tivaye,  c'est-à-dire  l'anc.  fr.  toaille,  attesté  dès 
le  xne  siècle  au  sens  de  «  morceau  d'étoffe  ».  Cette  explication,  donnée 

(J)  TI  vaudrait  peut-être  mieux  faire  rentrer  cet  exemple  dans  le  3°,  en  comparant 
l'expression  analogue  binamé  p'tit  bokèt  (bien-aimé  petit  morceau). 

(2)  Voici  l'article  de  Body,  Vocab.  des  Poissardes  (BSW  11,  p.  237)  :  «  toëtte  (hors 
d'usage),  injure  qui,  comme  deux  ou  trois  autres  de  notre  vocabulaire  (voy.  lodier 
et  malchière),  avait  une  sign.  qui  nous  est  aujourd'hui  inconnue.  Nous  l'avons  ren- 
contrée une  seule  fois,  il  est  vrai,  dans  cet  exemple  :  «  at  esté  si  téméraire  et  si  oublieux 
de  son  devoir  que  de  nommer  l'espouse  du  sieur  comparant  toëtte  ;  comme  cette 
injure  est  d'autant  plus  atroce,  etc.  »  (1734,  Greffe  de  Spa,  reg.  91,  p.  161  v°,  Arch. 
de  la  province  de  Liège)  ».  Le  même  Vocab.  cite  drap  d'  hièle,  drapé,  torchon,  zvile, 
qui  s'emploient  aussi  comme  injures  à  l'adresse  d'une  femme.  —  Lodier  n'a  rien 
non  plus  de  mystérieux  ;  voyez  dans  Godefroy  les  deux  articles  de  ce  nom.  Quant  à 
malchière  (1573,  Cris  du  Péron),  c'est  tout  simplement  mâssîre,  forme  ardennaise 
(à  Jalhay  par  ex.)  du  liég.  mâssite,  fém.  de  mâssî  «  sale  ». 

(3)  On  dit  aussi  twarlagne  (Ciney).  —  Le  brabançon  one  cicagne  «  une  grosse 
tartine  »  (à  Pécrot-Chaussée)  paraît  bien  être  altéré  de  hoagne  (pour  tw  :  cw,  voy. 
l'art,  twèzon).  —  Le  Dict.  namurois  de  Pirsoul,  n  300,  a  un  article  :  «  liroigne,  s.  t., 
gros  morceau  de  pain,  grosse  tartine  ».  L'auteur  aura  sans  doute  mal  lu  la  note  d'un 
correspondant  qui  avait  écrit  tuoigne.  En  tout  cas,  il  a  un  article  oncleure  (œuf 
pondu  sans  coquille),  qui  est  un  modèle...  de  coquille  ;  il  faut  sûrement  lire  one 
(  =  une)  leûse  ;  la  même  erreur  se  reproduit  à  l'article  ivespe. 


—  256  — 

sans  préambule,  pourrait  soulever  des  objections.  Après  ce  qui  précède, 
elle  paraîtra  naturelle  :  le  cinacien  twagne  di  pzvin  n'est  pas  plus  sur- 
prenant que  le  verviétois  tougnon  d'  pan. 

liég.  toûlasse 

G.,  II  438,  donne  toûlasse  (femme  très  grasse)  et  ajoute  quelques 
comparaisons  inefficaces.  D'agrès  Hock,  Liège  auxve  siècle,  p.  120,  ce 
mot  en  vieux  liégeois  désignait  un  gros  tonneau.  On  trouve  en  effet 
dans  les  Cris  du  Perron  :  «  une  thoulasse  de  vin  du  Rhin  »  (1540)  ;  «  une 
foulas  de  vin  de  France  »  (1599).  C'est  le  néerl.  toelast  (ail.  zulast) 
«  barrique  de  vin,  tonneau  contenant  640  bouteilles  »  ;  pour  last  : 
w.  lasse,  voyez  G.,  II  613.  Le  sens  propre  a  disparu  depuis  longtemps  ; 
la  métaphore  a  sauvé  de  l'oubli  ce  mot  d'autrefois  qui,  comme  tant 
d'autres,  ne  survit  plus  que  grâce  à  une  comparaison  satirique.  Nous 
lisons  dans  une  pasquille  de  1743  : 

Il  èsteût  gros  corne  ine  toûlasse, 
Il  aveût  on  vinte  corne  ine  basse. 

Pour  l'image,  comparez  tonê  «  tonneau  »,  «  femme  petite  et  grosse  » 
(Body,  Voc.  des  Poissardes)  ;  le  rouchi  coufarde  (Hécart)  et,  ci-dessus, 
l'article  coumê,  p.  53. 

liég.  tréfiler 

G.,  II  444,  donne  tréfiler  «  1.  tressaillir  ;  2.  selon  Simonon  :  trépi- 
gner ».  —  Le  mot  existe  à  Verviers,  Liège,  Huy  et  jusqu'à  Namur 
(Pirsoul).  Il  signifie  «  éprouver  une  vive  agitation,  être  en  proie  à  la 
fièvre  que  cause  l'impatience  joyeuse  »:  dji  sin  m'  cour  qui  trèfèle  di 
djôye  de  vèy  ci  binamé  (Noëls,  p.  242)  ;  qwand  V  djônê  veut  s'  crapaude, 
i  trèfèle  tôt,  quand  le  jouvenceau  voit  son  amie,  il  ne  tient  pas  en  place, 
il  est  hors  de  lui,  transporté  d'une  joie  fébrile,  syn.  i  rC  si  sint  nin,  il 
ne  se  sent  pas.  Comme  on  le  voit,  c'est  plus  que  «  tressaillir  ». 

Pas  d'explication  dans  G.  ni  ailleurs.  Il  faut  écarter  tout  rapport 
avec  le  fr.  technique  tréfiler,  w.  tréfiler.  Notre  mot  provient  du  moyen 
néerl.  drevelen  («  itare,  fréquenter  ire  »  :  Kilian),  qui  est  le  fréquen- 
tatif du  néerl.  dryven  (ail.  treiben)  dans  le  sens  neutre  de  «  se  mouvoir 
rapidement  »  (1).  Le  west-flamand  connaît  encore  drevel,  drevelen  («  trot, 
trotter  »  :  De  Bo).  L'exemple  des  Noëls  cité  plus  haut  pourrait  se  tra- 
duire familièrement  par  :  «  le  cœur  me  trotte  (à  la  pensée  de  voir  le 
Messie)  ». 

(')  Voy.  Franck-van  Wvk,  drevel,  dribbelen. 


—  257  — 

En  wallon,  le  type  primitif  s'est  modifié  sous  l'influence  du  préfixe  trè- 
(trans)  et  de  filer  ;  mais,  ce  qui  prouve  que  l'infinitif  était  à  L'origine 
Hrèfier,  c'est  que  le  liégeois  conjugue  :  dji  trèfèle,  et  le  verviétois  :  dju 
trèjœle  (comme  hufler,  infier,  sofler),  plutôt  que  :  dji  tréfile  (comme  filer 
et  ses  composés  èfiler.  jâfiler.  etc.) —  Dérivé  :  trèfil'mint  (Théâtre  liég., 
p.  116)  ou  mieux  trèfèVmint  (Forir)  o  émotion  joyeuse,  qui  se  manifeste 
par  une  sorte  de  fièvre  ». 
[BD  1920,  p.  13.] 

w.  trèp'ser 

G.,  II,  446,  note  le  liég.  trèp'ser,  nam.  trip'ser  «  donner  à  une  terre  le 
troisième  labour  »  et  propose  de  l'expliquer  par  tris-passer.  Apparem- 
ment, c'est  la  définition  susdite  qui  lui  suggère  cette  conjecture.  Bien 
que  tris  (pour  ter  :  trois  fois)  soit  insolite,  on  pourrait  à  première  vue 
être  satisfait,  surtout  si  l'on  considère  que  «  donner  à  la  terre  une 
seconde  façon  »  se  dit  biner  en  namurois  comme  en  français  et  que, 
pour  la  troisième  façon,  le  namurois  emploie  tîrcî  (anc.  fr.  tierçoier)  à 
côté  de  trip'ser  (G..  II  294).  Cependant,  à  supposer  même  que  la  défini- 
tion de  G.  soit  exacte  pour  le  liégeois,  on  sera  mis  en  défiance  si  l'on 
apprend  que,  dans  certains  dialectes  du  Sud,  trèp'ser  s'applique  à 
d'autres  opérations  de  la  culture.  Rien  de  plus  divers  d'ailleurs  que  les 
noms  attribués  aux  labours  successifs.  Ainsi,  à  Heure-en-Famenne, 
faire  le  premier  labour  se  dit  ringuî  ou  dobler  (  =  nam.  ringuî,  liég. 
diouh'ler  ou  dobler  :  G.,  II  294)  ;  après  cette  opération,  on  dépose  sur 
le  champ  les  tas  de  fumier  et  on  les  épand  ;  retourner  le  fumier  dans  la 
vèrfé.ie,  ou  donner  la  deuxième  façon,  se  dit  ritrèp'ser  (=  nam.  biner, 
liég.  rilèver)  ;  enfin  tchèr'wer,  c'est  labourer  pour  la  troisième  fois  (  =  nam. 
trip'ser,  tîrcî  ou  ribiner,  liég.  trèp'ser  :  G..  II  294).  Ailleurs,  trèp'ser 
(Ferrières.  Villers-Ste-Gertrude),  ritrèp'ser  (Havelange,  Comblain-la- 
Tour)  signifient  «  déchaumer  en  enfouissant  le  fumier  :  trèp'ser  ou 
ritrèp'ser  l'ansène  è  tère  ».  Ailleurs  encore,  à  Erezée,  djouh'rer  c'est 
«  déchaumer  une  djouhîre  ou  jachère,  et  trèp'ser  «  donner  le  deuxième 
labour  ». 

On  le  voit  par  ces  exemples,  notre  mot  doit  avoir  eu,  à  l'origine,  une 
acception  plus  générale  que  ne  l'indiquent  la  définition  et  l'étymologie 
de  Grandgagnage.  En  réalité,  trèp'ser  reproduit  le  lat.  transversare. 
On  objectera  le  liég.  trivièrser,  nam.  truvièrser,  qui  dérive  de  la  même 
source  (G.,  II  453)  ;  mais  ce  doublet,  de  sen ■■;  général  et  d'emploi  quo- 
tidien, a  pu  maintenir  son  intégrité  en  s'appuyant  sur  l'adverbe  triviè, 
truviè  «  travers  »,  tandis  que  le  terme  technique,  vidé  de  sa  signification 

»  17 


—  258  — 

première  et  livré  à  lui-même,  a  subi  l'évolution  normale  :  *trèvièrser 
s'est  d'abord  réduit  à  *trèv'ser  (comme  boVdjî  :  boulanger,  voVté  : 
volonté,  etc.),  pour  devenir  trèp'ser  par  un  changement  phonétique 
dont  nous  donnons  d'autres  exemples  à  l'article  trèp'sin. 

w.  trèp'sin 

D'après  G.,  II  466,  le  trèp'sin  ou  trèp'sî  c'est  le  grand  palonnier  auquel 
sont  attachés  deux  autres  petits  palonniers,  appelés  copes,  copiés, 
coplîs  ou  même  trèp'sîs  et  servant  à  coupler  les  chevaux  (1).  Ce  terme 
est  propre  à  la  province  de  Liège  et  au  Nord  de  la  province  de  Luxem- 
bourg :  à  Roy  (en  Famenne),  j'ai  noté  trèp'sî  pour  deux  chevaux, 
andon  pour  trois  ou  quatre  chevaux  ;  de  même,  à  Ortheu ville,  trup'sî 
«  petit  palonnier  »,  andon  ou  balance  «  grand  palonnier  »  (voyez  ci- 
dessus  la  n don,  p.  166). 

De  même  que  trèp'ser  reproduit  le  fr.  «  traverser  »,  trèp'sin  et  trèp'sî 
répondent  respectivement  au  fr.  «  traversin  »  et  «  traversier  »,  dési- 
gnant une  pièce  de  bois  qui  forme  traverse.  Au  reste,  tèrvèrsjer  «  petit 
palonnier  »  existe  encore  aujourd'hui  à  Wiers  (IJéruwelz),  ainsi  que 
tervéssî  «grand  palonnier»  à  Ellezelles  et  à  Luingne-lez-Mouscron. 
Le  fém.  trevesiere  a  le  même  sens  dans  un  compte  tournaisien  de  1428 
(cité  dans  God.,  volée). 

Pour  la  phonétique,  le  changement  remarquable  de  v  en  p  devant  s 
n'a  pas  encore  été,  que  je  sache,  signalé  en  wallon.  Le  picard  connaît  les 
formes  b'seû  «  faiseur  »  et  p'ser  «  fesser  ».  Dans  nos  dialectes,  il  faut 
noter,  outre  trèp'ser  et  trèp'sin,  le  liég.  clap'cin  «  clavecin  »,  tchèp'cî  à 
côté  de  tchèv'cî,  anc.  fr.  chevecier  (G..  II  428).  et  le  diminutif  nam. 
Stapsoul,  anciennement  Stavesoul,  dépendance  de  la  commune  de 
Stave  (2). 

Grandgagnage  a  un  autre  article  trèp'sin  «  bail  à  cheptel  »,  sans 
explication  ni  indication  de  source.  Ce  sens  inattendu,  que  donnent 
aussi  Lobet  et  Forir,  résulte  d'un  confusion  grossière  avec  trècin, 
anc.  fr.  trescens  (3). 

(')  Le  Glossaire  roman -liégeois  de  Bormuns  et  Body,  v°  areire,  donne  la  forme 
trepseis  au  xive  siècle.  —  Voy.  Body,  Voc.  des  charrons,  ;mx  art.  trèp'sin.  balance, 
coplî,  ainsi  que  la  figure,  planche  n. 

(-)  Roland,  Toponymie  nam.,  p.  545-6.  —  Le  même  auteur,  p.  402,  explique 
Tripsée  par  le  nom  propre  d'homme  Tribo  ;  ce  pourrait  être  plus  modestement 
traversée  »  ;  comp.  le  nam.  trip\ser. 

(!)  Trècin  n'est  pas  dans  Lobet,  qui  est  probablement  responsable  de  ladite 
confusion.  Comparez,  dans  Forir,  forsale  (du  menton)  pour  fossale. 


—  259  — 

A  Blegny-Trembleur,  un  trèp'sé  (-é  hervien  =  -in  liég.),  c'est  une 
languette  de  terrain,  large  d'environ  0!1150,  qu'on  doit  laisser  inculte  le 
long  d'une  haie  bordant  un  champ  ou  un  chemin.  Il  y  a  là  un  emploi 
particulier  de  trèp'sin  au  sens  primitif  de  :  «  traverse,  bord  transversal  ». 
—  On  expliquera  de  même  M  trèp'sinne  (lieu  dit  de  Bovigny)  par  :  «  en 
la  traversaine  ».  Godefroy  donne  des  exemples  de  traversaine  comme 
nom  de  lieu. 

w.  trèssèrin 

G.,  II  447,  note  sans  explication  :  «  trèserin,  débâcle  de  glaçons  ». 
Forir  écrit  :  «  trècèrin,  débâcle  des  glaces  ;  tapage,  vacarme  ».  De  mon 
côté,  j'ai  entendu  à  Jupille  trèssèrin,  avec  cette  définition  :  «  descente 
compacte  des  glaces  qui  couvrent  toute  la  surface  de  la  Meuse  »  (1). 
On  y  reconnaît  sans  peine  un  dérivé  de  trèssèrer  (très  -f-  serrer),  formé  à 
l'aide  du  suffixe  -in  qui  indique  le  résultat  de  l'action  (2).  Ce  verbe, 
aujourd'hui  inusité,  se  rencontre  dans  un  passage  de  la  Geste  de  Liège, 
cité  par  Godefroy  :  «  Muese  et  altres  rivière  si  forment  tresserat...  »  (3)  ; 
le  simple  sèrer  s'emploie  encore  avec  le  même  sens  :  Vêwe  sizène,  èle  va 
sèrer  (voyez  ci-dessus  l'article  sizin). 

De  ce  côté  donc,  nulle  difficulté.  Il  n'en  va  pas  de  même  au  point  de 
vue  sémantique.  Le  trèssèrin,  étymologiquement,  doit  désigner  la  fer- 
meture complète  du  fleuve,  l'embâcle,  —  ce  qui  paraît  contredire  la 
définition  traditionnelle.  En  fait,  l'embâcle  est.  déterminé  par  une 
descente  compacte  de  glaçons  qui  peuvent  s'amasser  et  se  souder  de 
façon  à  interrompre  la  navigation.  Il  est  donc  naturel  que  le  sens 
propre  se  soit  étendu  à  cette  circonstance  déterminante.  Comparez 
sera  (=  anc.  fr.  serrait)  qui,  dans  le  dialecte  de  Givet,  signifie  :  «  amas 
de  glaçons  qui,  lors  d'une  débâcle,  arrête  les  eaux  d'un  fleuve  ou  d'une 
rivière  »  (4). 

(!)  Un  détail  intéressant  :  les  forains  (Huy)  on  lorainnes  (Jupille),  de  couleur  ver- 
dâtre,  descendent  en  dernier  lien  ;  ces  glaçons  viennent  de  Lorraine  et  annoncent 
la  fin  dn  trèssèrin. 

(2)  La  forme  syncopée  frès'riu,  que  paraît  indiquer  G.,  serait  la  réduction  normale 
du  type  primitif  trèssèrin.  —  Sur  le  suffixe  -in,  voyez  l'article  butin,  p.  41,  n.  2. 

(3)  Scheler,  Gloss.  phil.  de  la  Geste,  dit  à  ce  propos  :  «  tresserer,  se  congeler  ;  il  se 
peut  que  le  v.  soit  à  la  forme  impersonnelle  et  Muese,  etc.,  au  cas  régime  ».  — 
L'exemple  moderne  Vêwe  va  sèrer  (la  rivière  va  geler)  montre  qu'il  faut  plutôt  com- 
prendre :  «  La  Meuse  —  et,  à  plus  forte  raison,  les  autres  rivières,  —  si  fortement 
gela  dans  toute  sa  masse...  ».  Toutefois,  dans  le  dép*  du  Doubs,  on  dit  impersonnel- 
lement :  il  serre  ou  il  resserre  (il  gèle),  il  desserre  (il  dégèle). 

(4)  J.  Waslet,  Vocab.  wallon-français  (dialecte  givétois). 


—  260  — 

w.  trèvint.  trèvaye 

Le  ïiëg.  trèvint  signifie  «  époque,  temps  »  :  è  trèvint  de  Noyé  ;  a  minime 
trèvint,  so  V  trèvint,  «  sur  ces  entrefaites  ».  Le  mot  existe  de  Malmedy  à 
Namur.  G..  II  448.  qui  écrit  trèvin,  donne  les  formes  plus  rares  trivin, 
truvin.  Il  conjecture  que  ce  terme  vient  de  trêve,  anc.  fr.  trive,  triuve, 
et  compare  trèvaye  (entretemps,  subst.),  qui  est  seulement  dans  la 
2e  éd.  de  Remacle.  —  A  mon  sens,  il  faut  écrire  trèvint  et  invoquer 
le  lat.  inter  ventum  au  sens  de  «  espace  de  temps  entre  deux  actions  »  ; 
comp.  covint  «  couvent  »,  lès-avints  «  l'Avent  ».  Pour  l'aphérèse  intrè 
=  trè,  comp.  trèvèyî  «  entrevoir  »  ;  malm.  trèdovri  «  entr'ouvrir  »  ;  nara. 
trè-oyu  «  entr'ouïr  ».  L'anc.  fr.  connaît  entrevenir  (survenir),  entrevenue 
(chose  qui  survient).  —  Ls  préfixe  trè-,  tri-  pourrait  encore  représenter 
le  lat.  trans-,  comme  dans  trèbouhî,  trècôper,  triviè,  d'autant  plus  que 
l'anc.  fr.  possède  aussi  tresvenir  (venir,  arriver).  Il  est  parfois  malaisé 
de  distinguer  si  trè-  vient  de  inter  ou  de  trans.  Ce  qui  tranche  ici  la 
question  en  faveur  de  inter,  c'est  la  forme  truvint  et  surtout  celle  qui 
a  cours  à  Vies  ville  (Hainaut)  :  su  ç'n-intrèfin  la,  su  cès-intrèfins  la 
«  sur  ces  entrefaites  »,  où  -vint  a  subi  l'influencç  du  subst.  fin. 

Quant  à  trèvaye,  les  conjectures  que  'Scheler  émet  dans  sa  note 
(ap.  G.,  II  448)  sont  mal  fondées.  Il  est  plus  heureux  (ib.,  II  xxxi) 
quand  il  pense  au  fr.  intervalle.  En  effet,  la  série  *intrèvale,  Hrèvale, 
trèvaye  n'a  rien  que  de  régulier  ;  comp.  le  malm.  a  cavale,  verv.  a  cavaye 
«  à  califourchon  »  ;  le  liég.-verv.  pèrcaye  «  ])ercale  »  (Lobet,  Forir)  ;  le 
montois  carnévaye  «  carnaval  »  ;  etc. 

[Mélanges  Kurth  (1908),  n  325  ;  remanié.] 

liég.-nam.  trin-bèrlin 

G.,  II  441,  enregistre  simplement  le  namurois  «  trainberlain  :  tin- 
tamarre ».  Le  mot  est  connu  ailleurs  :  j'ai  noté  à  Stavelot  tin-burlin 
«  tapage  o  [tin  pour  trin  par  dissimilation)  et  à  Liège  :  miner  on  trin- 
bèrlin  <!'  tos  lès  diâles.  De  son  côté,  Forir  donne  le  liégeois  trinbèrlin 
«  trantran,  cours  ordinaire  de  certaines  affaires».  -  -  Scheler  (ap. 
G.  II  440,  n.  2)  paraît  rapporter  notre  mot  au  fr.  tremblement  ;  mais, 
en  réalité,  il  taut  écrire  trin-bèrlin  et  y  voir  une  expression  composée 
de  train,  et  d'un  autre  substantif  que  nos  dictionnaires  ignorent  :  bèrlin, 
burlin,  l'orme  wallonne  du  fr.  brelan,  anc.  fr.  brelenc,  berlenc  (1).  Les 
deux  acceptions  de  trin-bèrlin  s'expliquent  par  le  double  sens  de  train 
(allure  :  bruil  )  et  de  bn  l  pèce  de  jeu  ;  tripot).  La  phrase  de  Forir  : 

(')  La  forme  birlan     brelan,  maison  de  jeu  »  (Forir)  est  du  français  wallonisé. 


—  261  — 

i  h'noh  U  trinbèrlin  «  il  connaît  le  trantran,  la  routine  de  telle  affaire  » 
a  signifié  d'abord  :  «  il  connaît  le  train  [du  jeu  appelé]  brelan  ».  D'autre 
part.  «  faire  du  trinbèrlin  >  c'est  proprement  «  faire  da  train  [comme  on 
en  fait  dans  un]  brelan,  du  train  [de]  brelan  ».  —  Le  wallon  a  pu  donner 
à  bèrlin  ce  sens  figuré  de  «  tapage  »  (1).  On  trouve  burlin  isolé  chez  un 
auteur  verviétois,  N.  Poulet,  qui  le  traduit  par  «  tremblement  »  (BSW  3, 
p.  387)  ;  entendez,  d'après  le  contexte  :  «  événement  qui  fait  tapage  ». 
D'autre  part.  Body.  Voc.  agr.,  p.  36,  donne  l'expression  ardennaise 
tôt  V  burlin  «  tout  l'attirail  rural  »,  en  argot  :  «  tout  le  bazar,  tout  le 
tremblement  ». 

liég.  troute,  troudale 

Le  liég.  troute,  verviétois  trute,  signifie  «  gourgandine  »  (2)  ;  d'autre 
part,  à  Spa,  troute  se  dit  d'une  «  (vieille)  femme  maussade,  insociable  »  (3). 
Il  faudrait  plutôt  écrire  troude,  car  c'est  assurément  le  primitif  de 
troudale,  que  j'ai  entendu  à  Liège  dans  l'expression  :  ine  vèye  troudale 
«  une  vieille  désagréable  ».  Body  (3)  et  Duvivier  attribuent  le  même  sens 
à  vèye  droudale  ou  drodale,  Forir  à  drôdale  et  droûdale. 

D'après  Scheler  (ap.  G.,  II  456),  troute  est  connexe  avec  l'anc.  h.  ail. 
trût  (mod.  traut  :  cher,  intime)  ;  mais  Scheler  ne  considère  que  le  sens 
«  gourgandine  »  ;  de  plus,  il  ignore  le  diminutif  troudale,  dont  l'accep- 
tion s'accommode  mal  de  sa  conjecture.  Je  m'adresserai  plutôt  à 
trûde,  forme  dialectale  de  l'ail,  drude  «  sorcière  »  (4),  qui  me  paraît 
expliquer  les  diverses  formes  et  significations  des  termes  wallons. 
Troudale  était,  à  l'origine,  synonyme  de  macrale  «  sorcière  »  ;  il  s'est 
conservé  comme  terme  d'injure  à  l'adresse  d'une  vieille  insociable. 

w.  twèzon  (Liège,  Verviers) 

Terme  de  serrurerie,  signalé  sans  explication  par  G.,  II  434  :  «  toizon, 
palastre  :  boîte  de  fer  qui  forme  la  partie  extérieure  d'une  serrure 
(Lobet)  ».  Même  définition  dans  Forir,  avec  un  exemple  où  le  mot  est 

(!)  Comp.  le  fr.  boucan  (1.  arch.  :  lieu  de  débauche  ;  2.  désordre,  tumulte)  et  le 
w.  bacara  (1.  espèce  de  jeu  de  cartes  ;  2.  tapage  désordonné  :fé  ou  miner  bacara). 

(2)  D'après  Remaele,  Hubert,  Forir,  Lobet  et  G.,  II  45G.  Seul,  Duvivier  écrit 
troûle.  —  J'ai  entendu  à  Liège  :  ine  vèye  trute  «  une  vieille  dévergondée  »  et  ine  vèye 
troute  «  une  vieille  grincheuse    . 

(3)  Body,  Vocab.  des  poissardes  (BSW  11,  pp.  239,  208). 

(4)  Voy.  Kluge,  drude.  Cet  auteur  rapproche  hvpothétiquement  drude  de  traut, 
mais  Weigand  lui  donne  tort.  —  Je  relève  en  dialecte  ail.  du  G.-D.  de  Luxembourg  : 
drudel,  s.  f.,  femme  sans  ordre,  d'extérieur  négligé  ;  drudelen.  arranger  sans  soin 
(Wôrt.  der  luxemb.  Mundart,  1906). 


—  262  — 

du  féminin.  L'article  de  Lobet  est  ainsi  libellé  :  «  toizon,  palastre,  plaque 
de  fer  battu  sur  laquelle  est  bâtie  la  serrure  ;  —  toison,  dépouille  d'un 
mouton,  etc.  ».  Ce  dernier  sens  n'a  que  faire  ici  (1).  Quant  à  la  twèzon 
(le  palastre  :  boîte  d'une  serrrure),  il  faut  y  voir  une  altération  de 
cwèzon  (2),  emprunté  du  fr.  cloison,  qui  a  également  le  sens  technique 
de  :  «  boîte  qui  renferme  la  garniture  d'une  serrure  »  (Littré).  Pour 
cwè-  :  twè-,  comparez  twagne  :  cwagne,  p.  255,  n.  3. 

w.  unuses  (!) 

G.,  II  458,  a  un  article  qui  est  amusant  comme  une  énigme  :  «  unuses, 
plur.  (quid  ?  «  li  scolî  è-st-âs-unuses  ».  Simonon)  ».  Ce  prétendu  substan- 
tif pluriel  est  un  monstre  mort-né.  Il  faut  comprendre  âsunus,  altération 
du  lat.  asinus  :  l'écolier  est  asinus  parce  qu'il  est  puni  du  bonnet  d'âne  ! 
—  Comparez  la  locution  latine  ad  revisum  (au  revoir),  devenue  en 
liégeois,  par  étymologie  populaire  ou  par  plaisanterie  :  as  treûs  vîs-omes, 
aux  trois  vieux  hommes).  Hécart,  p.  251,  a  aussi  ce  curieux  article  : 
«/'  su  aus  hanas  ou  hosanna,  je  suis  fort  embarrassé,  je  ne  sais  que  faire  ». 
Proprement,  sans  doute  :  «  Je  me  trouve  devant  la  vaisselle  à  relaver  », 
les  hanas  ou  anas  (fr.  hanap,  liég.  hèna)  désignant  tout  ce  qui.  a  servi 
au  repas  (Hécart.  p.  245). 

w.  vêre,  divêre 

La  toison  s'appelle  vâre.  s.  m.,  à  Faymon ville  et  à  Malmedy  (3), 
vêre  à  Stavelot,  à  Verviers  (4).  en  chestrolais  (Dasnoy.  p.  295  :  ver)  et 
jusqu'en  meusien  (Labourasse  :  verre).  A  mes  yeux,  on  ne  peut  en 
séparer  divêre,  s.  m., qui  désigne  1.  la  toison  du  mouton.  2.  toute  espèce  de 
récolte,  d'ordinaire  encore  sur  pied.  G.,  1 177,  et  Remacle,  2e  éd.,  donnent 
les  deux  significations,  qui  sont  attestées  notamment  à  Verviers  (5)  et 

(*)  Le  fr.  toison  (de  brebis)  se  rend  en  liég.  par  rote  di  laine  (G..  I  129)  :  twèzon, 
dans  ce  sens,  est  un  gallicisme,  forgé  par  Lobet.  Voyez  ci-après  l'article  vêre. 

(2)  Le  groupe  cwè-  est  une  réduction  de  chvè-,  J"ai  entendu  à  .Tupille  et  à  Liège  : 
ine  cwèzon  (Fine  dimèye-brique,  t.  de  maçon. 

(3)  G.,  II  401 .  écrit  vart  (d'après  Villers)  et  ne  donne  pas  d'explication.  La  graphie 
vâre,  vêre  est  conforme  à  l'étymologie  que  nous  proposons  ci-après  ;  IV  final  est  muet. 

(4)  Martin  Lejeune  écrit  vert  «  toison  entière  d'une  brebis,  liée  en  paquet,  qu'on 
livrait  à  l'ouvrière  trieuse  »  (BSW  39,  p.  279). 

(5)  Voyez  Bormans,  Drapiers  (BSW  9.  p.  252)  :  Body,  J'oc.  des  agric.  (il).,  20, 
p.  64)  :  .M.  Lejeune,  Voc.  de  Vapprêteur  en  draps  (ib.,  40.  pp.  4.'$7  et  440).  —  Rele- 
vons, en  passant,  un  exemple  typique  de  confusion  par  étymologie  populaire. 
D'après  Body,  /.  /..  «  le  Vendredi-Saint  s'appelle  en  ardennais  (Spa  et  environs) 
djoû  d'  bans  d'vairs.   parce  qu'on   croit  que    ce  qu'on  sème   ce  jour-là  réussit  sûre- 


—  263  — 

à  Iîobertville-lez-Malmedy  (1).  En  général,  le  second  sens  est  le 
seul  usité,  par  exemple  à  Liège  :  on  bê  d'vêre,  une  belle  récolte 
(on  bia  d'vêre  à  Huy,  Ben-Ahin)  ;  lès  d'vêres  sont  bês  ciste  annêye  (Liège, 
Villers-Ste-Gertrude)  ;  sâcler  ses  p'tits  d'vêres,  sarcler  ses  légumes  ; 
lès  cotîs  sètchèt  qwate  ou  cinq''  divêres  (Vine  tére  bèn-ècrâhèye,  les  maraî- 
chers tirent  quatre  ou  cinq  récoltes  d'une  terre  bien  fumée.  On  connaît 
aussi  èvêrî  «  emblaver  »,  divêrî  «  récolter  »  (2)  :  M  cinsî  qui  bague  divêrih 
et  rèvêrih  (Fléron),  le  fermier  qui  déménage  récolte  et  ensemence  à 
nouveau  ;  au  dire  de  nos  maraîchers,  ine  bone  tére  ni  deât  mây  èsse 
divêrèye,  une  bonne  terre  ne  doit  jamais  être  nue,  inoccupée,  dépouillée 
de  végétation. 

Sur  l'étymologie  de  divêre,  G.  ne  donne  rien  de  plausible,  et  encore 
moins  Delbœuf,  qui  écrit  les  d'vért,  «  les  verdures  ou  légumes  »,  en 
supposant  que  «  c'est  une  façon  de  prononcer  pour  vert  »  (BSW  10, 
pp.  143  et  189).  Pour  expliquer  vêre  «  toison  »,  Behrens,  p.  272,  invoque 
le  moyen  néerl.  et  ancien  frison  wêr  «mouton  »  (3).  Conjecture  ingénieuse, 
mais  à  laquelle  je  ne  puis  me  rallier,  non  plus  qu'à  l'opinion  de  Labou- 
rasse, qui  en  fait  l'équivalent  littéral  du  fr.  voir  «  fourrure  »  (lat. 
varium).  Je  tiens  pour  assuré  que  notre  mot  répond  à  l'anc.  fr.  velre, 
veaure,  etc.,  s.  m.,  «toison  »  (lat.  vellus.  *vellerem).  Godefroy  fait 
un  article  vaire,  s.  f.  [sic  ;  lire  :  m.]  pour  un  seul  exemple  du  xve  siècle 
à  Mézières  :  «  tous  les  vaires  des  laines  ».  Il  n'a  pas  vu  que  cette  forme 
meusienne  devait  rentrer  dans  son  article  velre,  où  il  cite  notamment 
«  viaure  ou  veaure  de  laine  »  en  1412  et  1474  à  Tournai  (4).  Il  y  donne 
aussi  un  texte  de  1247  :  «  après  li  primier  viaure  recheu  »  (charte 
d'Onnaing),  avec  cette  traduction  timide  :  «  Peut-être  récolte  de  foin, 
toison  du  pré  ».  Le  sens  n'est  nullement  douteux  pour  qui  sait  que  nos 

ment  ».  En  réalité,  il  ne  s'agit  pas  ici  de  divêre  «  récolte  »,  mais  de  l'archaïque 
divêre  «  vendredi  ».  La  confusion  n'est  pas  possible  à  Faymonville,  où  récolte  se  dit 
cl'vûre  (comme  à  Malmedy),  tandis  que  le  Vendredi-Saint  s'appelle  djôr  bon  d'vêre, 
en  anc.  fr.  jour  du  bon  divenres. 

(x)  On  y  prononce  d(è)vôr  ou  d(è)vêr  ;  d'où  d(è)vârer  ou  d(è)vêrer  :  dépouiller  un 
mouton  de  sa  toison  ou  une  terre  de  ses  produits.  (D'après  M.  l'abbé  Dethier). 

(2)  A  Villers-Ste-Gertrude,  divêri  =  passé,  gâté  (par  le  mauvais  temps)  :  ci  grain 
la  a  stou  tôt  hoûdri  \>a  V  ivalêye,  il  est  lot  d'vêri,  ce  blé  a  été  tout  couché  par  l'averse, 
il  est  tout  gâté.  —  Dans  la  région  de  Huy  ce  sens  est  attribué  kjorvêri,  -èye,  qui  se 
dit  aussi  d'un  fruit  trop  mûr,  d'une  pâte  fermentée  à  l'excès,  qui  ont  perdu  leur 
valeur.  De  même  à  Tohogne  :  nosse  foûre  est  forvêrî,  noire  foin  a  perdu  «  ses 
forces  »  (parce  qu'on  a  trop  tardé  à  le  faucher  ou  à  le  rentrer);  à  Tohogne,  comme 
à  Liège,  oTvêr  =  récolte;  pour  la  toison,  on  dit  cote  di  linne. 

(3)  Voyez  ci-après  l'article  wére. 

(*)  God.  donne  aussi  «  laine  viaurice  »  (=  de  toison)  au  xme  siècle,  à  Tournai. 


—  264  — 

archives  liégeoises  assignent  à  vaire  la  double  acception  de  «  toison  »  e 
de  «  récolte  ».  En  voici  quelques  témoignages  :  1.  «  qui  venderoit  voire 
de  laine  qui  ne  fuisse  entier  »  (Chartes  et  Privilèges  des  Métiers  de 
Liège,  i  242)  ;  «  vilains  vaires  non  laudaubles  »  (ib.)  ;  «  veires  ou  laine  de 
berbis  et  d'aignealz  »  (1374  :  Cart.  de  l'église  de  St-Lambert,  iv  511)  ;  — 
2.  «  doit  avoir  tout  tailhiet  et  reseaweit  [=  re-ex-aequatum  : 
nivelé]  le  vear  délie  ditte  faxhe  et  doit  laisser  pour  chascun  bonier 
xxv  stalons  »  (1384.  à  Ougrée  :  Liber  Silvarum.  n°  190,  f°  10)  ;  «  tous 
les  vaires  et  dispoilhe  de  4  faxhes  de  bois  »  (1420  :  Echevins,  3,  107)  ; 
«  foure  et  vaire  d'un  pré  »  (ib.,  16,  194)  ;  «  les  vairrez  et  emblavurez  » 
(1460:  Archives  de  l'abbaye  du  Val-Benoît)  (x);  «alleir  weaidire  après 
le  premier  vearre  en  un  preit  »  (1558  :  Œuvres  de  Soumagne,  21,  90)  ; 
«  si...  alcuns  vaires,  soit,  arbres,  ahans.  maisons  ou  choses  semblantes 
soyent  trovées  sour  le  werixhas  »  (Coût,  de  Liège,  i  306)  (2).  —  Nous 
n'avons  pas  encore  trouvé  d'exemple  ancien  de  devêre  (toison)  ;  mais 
le  sens  dérivé  se  rencontre  en  1457  :  «  procès  a  cause  des  devers  des 
trimeux  »  (Echevins,  23,  94).  Ajoutez-y  :  «  desvearire  et  defructer  » 
(1541  :  Œuvres  de  Soumagne,  21.  177)  ;  «  une  terre  envearye  »  (1572  : 
Ban  de  Hervé,  18,  222  v°). 

Pour  le  traitement  phonétique,  on  peut  comparer  les  mots  qui  pré- 
sentent 2/  devant  une  consonne.  A  part  ceux  qui  ont  le  suffixe  -ellum 
(bellum  :  beal,  beau,  w.  bê,  bia),  les  exemples  sont  rares  :  germ. 
*helmu  :  healme,  heaume,  w.  hême  (casque)  ;  *peltrum  :  peautre, 
w.pête(fer-b\a,nc);s-pelta:épeautre,  w.  spête,  spiate  ;  *cellariarium 
fr.  cellérier  ;  anc.  liég.  cerirs  1267  (3),  cherriers  1278  (4).  cherrirs  1280» 
cherirs  1374-8,  cearire  1560,  cearier,  cealrier,  chearier,  chaîner  (=  rece- 
veur des  rentes  en  nature  ;  fém.  cherresse  1472.  cerresse  1501  ;  la  cearie 
était  l'endroit  où  l'on  devait  payer  ces  rentes). 

En  somme,  vêre  a  d'abord  eu  le  sens  étymologique  de  «  toison  », 
puis  a  pris  le  sens  figuré  de  «  toison  de  la  terre  :  récoltes,  denrées, 
légumes,  arbres  et  tous  végétaux  cultivés  dont  on  dépouille  réguliè- 
rement le  sol  »  ;  cette  seconde  acception,  on  l'a  vu.  est  même  la  plus 
fréquente  dans  les  archives  liégeoises.  Vêre  a  engendré  chez  nous  èvêrî 

(')  Cuvelier,  Inventaire  :  3  avril  1400. 

(2)  Ce  dernier  extrait  est  cité  par  Bormans  et Body,  Glossaire  roman,  v°  ahau. 
G.,  II  043,  eite  le  même  texte  de  Hemrieourt  avec  quelques  variantes  ;  la  note 
que  Scheler  ajoute  n'a  aucune  valeur. 

(3)  Wilmotte,  Eludes  de  Dialectologie  wallonne,  §  20. 

(4)  Dans  le  Bull,  de  Vlnst.  cCarchéol.  liég.,  xxx.  586,  M.  Cuvelier  y  voit  le  fr. 
v  cirier,  fabricant  de  cierges  »  (!). 


—  265  — 

(k  entoisonner  »)  et  divêrî  («  détoisonner  »),  d'où  le  déverbal  divêre  (i). 
La  forme  malmédienne  vâre,  (Vvâre,  s'explique  par  le  fait  que  vêre, 
d'vêre,  avait —  et  conserve  encore  en  verviétois  et  en  ardennais  —  un  ê 
très  ouvert,  se  rapprochant  de  â  (voyez  l'article  tèroûle). 

w.  vièrna,  anc.  fr.  vernal 

G.,  II  467,  voit  dans  vièrna  le  fr.  gouvernail  privé  de  sa  première 
syllabe.  Mais,  de  même  que  gouverneur,  tavernier  deviennent  en  liégeois 
gov'neû,  tav'nî  (G.,  I  236,  II  420),  au  fr.  gouvernail  répondrait  le  w. 
*gov,na. 

Le  vièrna  d'un  bateau,  c'est  le  moyen  de  le  vièmer  (anc.  fr.  verner  : 
diriger  un  bateau).  Le  suffixe  est  -a,  fr.  -ail,  lat.  -aculum.  Le  verbe 
se  rattache  au  fr.  dial.  verne  (aune,  espèce  d'arbre).  De  là,  le  w.  viène 
(solive,  panne,  poutrelle),  l'anc.  fr.  verne  (gouvernail)  et  le  montois 
verne  (timon  ;  voyez  ci-dessus  l'article  juverne). 

Le  verbe  verner,  w.  vièmer,  s'est  formé  sur  le  type  barrer.  Quant  à 
vièrna,  qui  devrait  s'entendre  proprement  de  tout  le  mécanisme  ser- 
vant à  gouverner,  il  ne  désigne  que  la  partie  extérieure  qui  peut  s'im- 
merger et  avoir  prise  sur  l'eau.  D'ordinaire  ce  vièrna  (gouvernail  de 
rivière)  est  assez  développé. 

[Résumé  d'un  article,  paru  dans  BD  1907,  p.  121,  dont  Meyer-Lûbke,  110  9233, 
adopte  les  conclusions.  Sur  un  sens  métaphorique  de  vièrna  et  sur  le  dérivé 
vièrnê,  voyez  l'article  suivant.  —  Godefroy  a  un  article  vernal,  s.  m.,  «  gaine 
formée  de  madriers  fixés  verticalement,  dans  laquelle  s'emboîte  le  mât  du 
bateau  »  ;  il  cite  deux  exemples  dont  l'un  ne  peut  s'accommoder  de  cette  défi- 
nition :  «  li  vernal  furent  perdus  de  la  neif  »  (Dial.  du  pape  Grég.,  p.  178  ;  lat.  : 
ex  navi  clavi  perditi).  Le  lat.  clavus  et  le  w.  vièrna  témoignent  qu'il  faut  tra- 
duire li  vernal  par  :  «  les  gouvernails  ».] 

liég   vièrnê 

L'article  précédent,  sous  sa  première  forme,  se  terminait  ainsi  : 
«  Quant  à  vièrnê  que  Lobet  et  Forir  enregistrent  avec  le  sens  de  : 
boutade,  caprice,  et  que  Scheler  ramène  à  un  type  latin  vertigi  nell  us 
(G.,  II  467),  je  serais  fort  tenté  d'y  voir  le  diminutif  de  viène,  sans  pou- 
voir toutefois  découvrir  le  lien  sémantique  qui  unirait  ces  deux  mots  ». 

Cette  dérivation,  que  suggérait  la  phonétique,  je  crois  pouvoir 
aujourd'hui  la  tenir  pour  assurée.  De  deux  côtés  différents,  on  m'affirme 
qu'au  Sud  et  au  Sud-Est  de   Liège  (Esneux,  Bra,  Chevron),  vièrna 

(!)  Comp.  le  fr.  repaire,  de  repairer,  et  le  w.  lès-éres  de  djoû  «  l'aube  »,  déverbal  de 
êrî  (  =  anc.  fr.  *airier)  «  avoir  l'air  ou  l'apparence,  ressembler  ». 


—  266  — 

signifie,  non  seulement  «  gouvernail  »,  mais  encore  «  caprice,  change- 
ment brusque  d'idée  »  (1).  Le  pont  qui  réunit  ces  deux  sens  d'apparence 
si  différents,  c'est  sans  aucun  doute  :  «  coup  de  gouvernail  qui  porte 
brusquement,  le  bateau  à  droite  ou  à  gauche  ».  Dès  lors,  vièrnê  appar- 
tient légitimement  à  la  famille  viène,  vièrner,  vièrna  ;  il  a  signifié  au 
propre  :  «  *petit  changement  de  direction  du  bateau  »,  d'où,  au  fig., 
«  caprice,  boutade  ».  Comparez  les  articles  stièrnê,  wandîhe. 

Dans  le  sens  susdit,  vièrnê  est  un  diminutif  «  verbal  »,  c'est-à-dire 
qu'il  dérive  directement  de  vièrner,  au  même  titre  que  stièrnê,  spôrdia 
(voy.  p.  233)  dérivent  de  stièrni,  apode.  Il  diffère  de  vièrnê  «  petite 
poutre  »  (dérivé  nominal  de  viène),  que  M.  Charles  Bruneau,  Enquête, 
I  180,  a  noté  en  Ardenne.  Il  ne  faut  pas  non  plus  le  confondre  avec 
Vièrnê  (nom  de  lieu,  par  ex.  à  Xhendremael),  qui  signifie  :  «  petit 
verne,  petit  aune  ». 

liég.  vilwè.  vîlwè 

Forir  a  un  article  viloi  «  établi  de  cordonnier,  écofrai  ».  iV  part 
Willem,  qui  écrit  viloè,  tous  nos  autres  glossaires  ignorent  ce  mot  ; 
même  le  Vocabulaire  du  cordonnier  par  Kinable  ne  connaît  que  le  terme 
générique  tâve  «  table  »  (BSW  24).  On  le  retrouve.»  écrit  viloi,  dans  une 
comédie  d'Edouard  Remouchamps  (2).  —  Xous  y  reconnaissons  le  fr. 
techn.  veilloir-  «  table  carrée  à  rebord,  sur  laquelle  le  bourrelier  place 
ses  outils  et  ses  matériaux  »  (Littré),  ou.  comme  dit  Sachs-Villate  : 
«  table  où  le  cordonnier  et  le  sellier  travaillent  à  la  lumière  ».  Comparez 
le  liég.  sîzeû,  proprement  :  «  moyen  de  sîzer  (veiller,  travailler  à  la 
lumière)  ».  et  spécialement  :  «  porte-lampe  que  les  armuriers  plantent 
dans  leur  établi  et  qui  se  compose  d'une  tringle  en  fer  armée  de  plu- 
sieurs tiges  mobiles  »  (3).  --Le  liég.  vilwè  ou  vîhvè,  emprunté  du  fr. 
veilloir,  nous  vient  sans  doute  par  la  voie  de  Namur.  comme  l'indique 
le  suffixe  nam.  -zvè  (fr.  -oir,  liég.  -eu;  comp.  nam.  murivè.  miroir,  liég. 
mureû).  C'est  le  seul  mot  liégeois  qui  ait  ce  suffixe  étranger. 

(')  .M.  l'abbé  .1.  Bastin  pour  Bra  et  Chevron,  M.  A.  Lallcmand  pour  Ksneux.  Le 
dernier  donne  ces  exemples  :  c'est  co  onk  <li  vos  vièrnas  ;  risse  faune  la  a  co  tint 
ri<  ruas  r  s'  tièsSC 

(2)  Li  Sav'lî  (BSW  2.  p.  77)  :  «  ou  vîloi  avou  quéquès-ahèsses  rii  eoibehî  ».  Nous 
avons  entendu  tantôt  (',  tantôt  ?  à  Liège,  où  d'ailleurs  le  mot  paraît  peu  usité 
aujourd'hui.  On  dit  d'ordinaire  bane. 

(3)  Voy.  Body.  Voe.  des  Charp.,  cizeu.  A  Huy.  d'après  M.  W.  Gorrissen,  sizd 
désigne  précisément  l'établi  du  cordonnier. 


—  267  — 

liég.  vinâve.  anc.  liég.  vinable 

Ce  s.  m.  équivaut  à  l'anc.  fr.  visnage  (voisinage)  ;  le  suffixe  seul  est 
différent  :  -able,  lat.  -abilem,  au  lieu  de  -âge,  lat.  -aticum  (l).  C'est 
littéralement  :  un  «  (endroit)  voisinable  »,  c.-à-d.  où  l'on  peut  voisiner, 
une  agglomération,  par  opposition  aux  demeures  éparses.  —  Le  radical 
est  le  même  que  celui  de  vihène  {aler  al — ),  vilïner  «voisiner», vih'nâhe 
(aler  al — ),  dérivés  d'un  primitif  *vihin(2),  nain,  vijin,  que  le  fr.  voisin  a 
supplanté  en  liégeois  (vwèzin,  wèziri).  La  forme  ancienne  *vih,nâve, 
s.  m.,  s'est  altérée  en  vinâve  quand  on  a  perdu  de  vue  la  signification 
première  du  mot,  devenu  nom  de  lieu  et,  pour  ainsi  dire,  nom  propre  (3). 
Pour  la  raison  contraire,  aler  al  vih'nâhe  (verv.  -ave,  malm.-stav.  -ûye, 
s.  f.)  s'est  conservé  intact  :  quand  on  prononce  ce  mot,  on  pense  malgré 
soi  aux  synonymes  vih'ner,  aler  al  vihène. 

Il  faut  écarter  la  proposition  de  Scheler  :  vieinabulum  (4),  et 
celle  de  G.,  II  468  :  vicenabulum.  Il  ne  peut  être  question  d'un 
suffixe  -abulum,  qui  n'a  jamais  eu  de  vitalité  dans  la  langue  populaire. 
G.  se  trompe  de  plus  sur  le  radical.  Il  y  voit  vicena,  qu'il  trouve  dans 
un  texte  du  moyen  âge  et  qu'il  présente  comme  un  dérivé  de  viens, 
bourg.  Or  ce  vicena  (voisinage,  quartier)  ne  peut  être  qu'une  latini- 
sation grossière  du  w.  vihène. 

Sur  la  foi  de  l'étymologie  de  G.,  on  a  prétendu  que  vinâve,  comme 
le  latin  viens,  désignait  primitivement  «  un  bourg,  un  quartier,  une 
vaste  circonscription  de  la  cité  »  et  que,  par  abus,  il  s'est  appliqué 
ensuite  à  «  la  rue  la  plus  importante  du  quartier  »  (5).  Le  contraire  est 
plus  exact  :  le  sens  a  subi  une  extension  plutôt  qu'une  restriction.  A 
l'origine,  le  vinâve  (I),  c'est  l'endroit  «  où  l'on  peut  voisiner  »,  le  voi- 
sinage, c.-à-d.  un  ensemble  d'habitations  (disposées  d'ordinaire  aux 
deux  côtés  d'une  voie).  Avec  le  temps,  le  groupement  s'accroît,  des 
rues  latérales  se  construisent  ;  mais,  par  opposition  à  ces  nouvelles 

(x)  A  l'anc.  fr.  visnage  répond  l'uni,  vinadje  «  réunion  de  tous  les  hommes  du 
village  pour  discuter  d'une  affaire  commune  »  (à  Cherain  :  BSW  50,  p.  534). 

(2)  On  dit  vèhin  à  Chevron,  vèyin  à  Bande,  vèjin  à  Dorinne. 

(3)  On  peut  supposer  aussi  l'influence  analogique  de  vini  (venir).  —  Niederlânder, 
Mundart  von  Namur,  §  lia,  donne  le  nain,  vifnauve  (groupe  de  maisons  isolé  à  la 
campagne),  qu'il  tient  d'un  octogénaire  namur  ois.  Grignard  signale  vîfnoûve  «  la 
veillée  »  à  Montigny-sur-Sambre  (BSW  50,  p.  416).  De  mon  côté,  j'ai  noté  à  Ciney  : 
invité  tôt  V  vèjinauve.  —  Pour  la  chute  de  l'aspirée  *vih,i  à:e  =  vinâ.'e,  comp.  ci-dessus 
l'article  èminné. 

(4)  Gloss.  phil.  de  la  Geste  de  Liège  (1882),  vinable. 

(5)  Gobert,  Les  rues  de  Liège,  t.  iv,  p.  138. 


—  268  — 

rues,  le  nom  de  vinâve  (II)  continue  à  s'appliquer  à  celle  qui  fut  le 
noyau  du  groupe  :  il  reste  le  «  nom  propre  »  de  la  voie  la  plus  fréquentée 
du  faubourg,  de  la  grand'rue  du  bourg  ou  village.  Simultanément,  et 
par  opposition  à  d'autres  agglomérations  de  même  espèce,  vinâve  (III) 
s'est  dit  de  tout  l'ensemble  groupé  autour  du  noyau  primitif.  Ainsi 
Liège,  au  xine  siècle,  comprenait  six  vinables  ou  quartiers  (?■)  et  les 
citadins  de  Malmedy  appellent  encore  vinâves  les  villages  ou  hameaux 
qui  avoisinent  leur  ville.  Mais,  si  dans  chacun  de  ces  villages,  comme 
dans  les  faubourgs  de  Liège,  vinâve  a  gardé  le  sens  II,  il  s'en  faut  assu- 
rément que  ce  soit  par  abus. 

[BD  1910,  p.  68  ;  remanié  et  développé]. 

liég.  v'nou,  v'nowe  («  menu,  -ue  ») 

Dans  son  article  sur  vinowe,  s.  f.,  «  venue  »,  Forir  ajoute  les  exemples  : 
al  vinowe-min  «  accidentellement  »,  vinde  al  vinozve-min  «  vendre  aux 
passants  ».  Il  y  a  confusion.  L'expression  archaïque  dont  Forir  nous 
conserve  le  souvenir  (2).  reproduit,  avec  une  légère  altération,  l'anc.  fr. 
a  la  menue  main  a  au  détail  ».  Godefroy,  à  l'article  menu,  ne  cite  qu'un 
seul  texte,  d'origine  namuroise  ;  mais  les  Chartes  des  Métiers  liégeois 
contiennent  maintes  fois  cette  expression  (3)  :  elle  était  donc  d'usage 
courant  à  Liège.  —  Du  sens  premier  :  «  (vendre,  acheter)  au  détail  », 
dérive  celui  de  ':  «  par  occasion,  en  profitant  d'une  circonstance  acci- 
dentelle »  ;  c'est  ainsi  qu'il  faut  interpréter  la  traduction  «  accidentelle- 
ment »  donnée  par  Forir.  —  Quant  à  la  forme,  la  confusion  des  groupes 
v'n,  mil  est  bien  connue.  Le  liégeois  prononce  volontiers  anvni,  rim'ni, 
pour  av'ni.  rii'ni  (avenir,  revenir)  ;  và-m'neûte,  pour  vd-v,neûte, 
*vâ-b' neâte  (Val-Benoît,  1.  d.  près  de  Liège).  Ici.  inversement,  m'iiou 
devient  v'nou.  G..  II  462,  note  le  malm.  v'nou  «  menu  »,  v'noumint 
«  finement  »    (anc.    fr.    menuement).    Le   liégeois    disait    de    même    au 

i1)  «  II  avoit,  a  cely  temps,  et  encore  at  à  présent,  vi  vynaules  a  Lieue  (Hemri- 
court,  Miroir  des  nobles  de  Hesbaye,  éd.  de  1910,  p.  3().'5).  Le  souvenir  n'en  survit 
officiellement  que  dans  Vinâve-cF  Ile,  nom  d'une  artère  importante  de  Liège.  Voy. 
Gobert,  m  328  ;  Godefroy,  v°  vinable,  anc.  \v.  (le  plus  ancien  exemple  cité  est  de 
1287).  —  Meyer-Lùbke,  9312.  cite  le  w.  vinar  ;  lire  vinâve. 

(-)  Du  vivier  la  donne  aussi,  avec  la  traduction  :  «  comme  il  tombe  ». 

(3)  T.  I,  p.  234  :  «  vendre  en  gros,  ne  à  la  menue  main  »  (1527)  ;  p.  242  :  «  les  draps 
que  les  Drappiers  voront  rejettera  la  menue  main  en  leurs  maisons  »(1527)  ;  II,  141  : 
><  vendre  en  gros  et  à  taille  et  à  la  menue  main  »  ;  p.  142  :  o  en  gros  ou  a  la  détaille 
el  menue  main  (l  178?)  ;  p.  309  :  vendre  tant  en  gros  comme  à  la  menue  main  »;etc. 
On  trouve  même,  II,  p.  59  :  «  vendre  a  la  venue  main  ou  aile  détaille  »  (1561),  ce  qui 
prouve  que  le  liégeois  prononçait  déjà  au  x\  r  siècle  ni  vinowe  min. 


4  —  269  — 

xvne  siècle  ;  nous  avons  de  cette  époque  deux  exemples  curieux  de 
v'nou  employé  adverbialement  comme  le  fr.  menu  (x).  Aujourd'hui 
encore,  à  Seraing,  on  entend  souvent  la  locution  tôt  v'nou,  tôt  m'nou, 
dans  le  sens  de  :  «  coup  sur  coup,  avec  acharnement,  d'arrache-pied  »  (2). 
A  Roclenge-sur-Geer,  on  appelle  lès  r'nous  strins  les  fétus  trop  courts 
qui  se  trouvent  dans  les  gerbes  de  paille  servant  autressage  (BD  1921-22, 
pp.  8  et  36).  Je  crois  reconnaître  encore  ici  *m,nou,  qui  aurait  subi  une 
altération  insolite,  sans  doute  sous  l'influence  de  IV  de  strin.  L'expres- 
sion «  les  menus  strains  »  a  dû  exister  jadis,  comme  on  dit  aujourd'hui 
«  les  menues  pailles  ».  Comparez,  à  ce  propos,  l'anc.  fr.  menustin,  que 
Godefroy  donne  dans  un  texte  de  Douai  (1536)  et  qu'il  faut  très  pro- 
bablement corriger  en  menu  strin. 

w,  vîrer 

G.,  II  469,  a  l'article  suivant  : 

vîr  (envie,  volonté,  surtout  volonté  obstinée,  entêtement).  Ce  mot  ne  peut 
être  =  ane.  fr.  vière,  qui  a  produit  en  liég.  viair  [lisez  viyêr'  \.  Diez  se  trompe  en 
rapportant  au  mot  vîr  l'expr.  a  VatAre,  qu'il  éprit  erronément  a  la  vîr  (p.  696, 
v°  veiairé).  —  èvîr  (envie,  désir,  besoin)  Remaele.  2e  éd.  —  1.  virer  (1.  avoir 
envie,  désirer,  à  Malmedy  :  selon  Villers  :  vîrer  so.  avoir  envie  de  qqch  :  2.  s'ob- 
stiner). —  vîreûs  (opiniâtre),  nam.  id.  (difficile  à  contenter).  [Note  de  Scheler  : 
«  Notre  auteur  ne  nous  dit  rien  du  mot  avîre  (3),  et,  au  mot  èvîr,  il  renvoie  à  vîr 
qu'il  laisse  étymologiquement  inexpliqué.  Quelle  que  soit  l'origine  de  vîr,  je 
n'hésite  pas  à  l'identifier  avec  l'anc.  fr.  vière  :  avis...    ]. 
Il  n'existe  pas,  que  je  sache,  d'autre  essai  d'explication.  Quoi  qu'en 
pense  Scheler,  G.  a  raison  d'écarter  l'anc.  fr.  vière  :  ce  dernier  n'est 
qu'une  forme  de  l'anc.  fr.  viaire  (visage  ;  avis,  manière  de  voir),  lequel 
répond  au  liégeois  viyêre,  m..  «  visage  »    et  vient    peut-être  du  latin 
videatur  (4). 

(1)  Choix,  p.  79  :  s'i  v'nèt,  nos  lès  k'tèyerans  pus  v'nou  Qui  plakeû  »'  fit  jamây 
fistons  (1631)  -<  s'ils  viennent,  nous  les  hacherons  plus  menu  que  pîaqueur  (=  bou- 
silleur)  ne  fit  jamais  fétus  -  ;  (il)  î  vêront  Ossi  (-'non  <jn'  dès  tropês  <F  montons  (1700) 
«  (ils)  y  viendront  aussi  menu  (=  dru)  que  des  troupeaux  de  moutons    . 

(2)  Exemples  :  c'è-st-a  râyî  as  jèbes  tôt  v'nou  è  djârdin,  i-n-a  dès  ilints-d'-tchin 
(chiendents)  tant  qu'on  vont  ;  c'c-st-afouî  (bêcher)  tôt  v'nou  ;  on  d' vient  tchoûkî  d'ssus 
tôt  v'nou  ;  etc.  —  A  Liège,  on  dit  :  i-n-a-st-avu  dès  fiât'  lot  tn'nou  (à  foison)  ciste 
annêye. 

(3)  Scheler  oublie  que  G.,  dans  ses  Extraits  de  Villers  (1865),  explique  correcte- 
ment le  liég.  a  l'avîr  par  le  malmédien  a  l'avoir  «  au  petit  bonheur,  à  tint  hasard  », 
le  malm.  awîr  répondant  au  liég.  azveûr  :  (bon)heur,  lat.  a(u)gurium. 

(4)  Kôrtirig,  n°  10155.  —  Meyer-Lubke,  n°  9319,  y  trouve  des  difficultés  de 
sémantique.  Ajoutons  que  videatur  devrait  donner  en  wallon  *viyé;e  (comp.  père, 
1ère,  depater,latro). 


—  270   —  » 

Virer  est  propre  au  dialecte  est-wallon  (*)  :  on  peut  donc  lui  supposer 
une  origine  germanique.  D'autre  part,  ce  terme  éveille  surtout  l'idée 
d'opposition,  de  résistance  opiniâtre  (2).  Nous  sommes  ainsi  amené  à 
nous  adresser  à  l'ancien  h.  ail.  widirôn,  moyen  h.  ail.  wider(e)n 
«  résister,  s'opposer,  refuser  ». 

Les  exemples  suivants  montrent  que  «  contredire  »  est  bien  la  signi- 
fication fondamentale  de  notre  mot. 

Virer  est  parfois  suivi  d'une  proposition  complément  :  i  vire  qu'il  a 
vèyou  pihî  ses  poyes  (Rem.2)  «  il  soutient  mordicus  qu'il  a  vu  pisser  ses 
poules  »  ;  i  m'a  viré  a  mwért  qu'il  i  aveût  stu  (Seraing),  «  il  m'a  soutenu 
obstinément  (litt.  «  à  mort  ».  jusqu'à  la  mort)  qu'il  y  avait  été  ».  Mais 
d'ordinaire  il  est  intransitif  :  qui  volez-v'  tant  virer  ?  (Forir)  «  pourquoi 
contester  si  obstinément  ?  »  ;  ni  virez  ni  tant  (Bergilers  :  Hesbaye)  «  ne 
répliquez  pas  tant  »  ;  èle  vint  virer  so  tôt  (BSW  21,  p.  175)  «  elle  vient 
faire  de  l'opposition  à  propos  de  tout  ».  Le  sens  «  avoir  envie,  désirer  » 
est  dérivé  et  même  cette  traduction  ne  rend  pas  la  lorce  de  l'expression  : 
un  enfant,  par  exemple,  qui  vire  so  tôt  cou  qu'i  veut,  «  s'obstine,  malgré 
vos  refus,  à  demander  tout  ce  qu'il  voit  ». 

Vîreû  est  ou  bien  un  nom  d'agent  à  suffixe. -eu,  franc,  -eur  (c'è-st-on 
vîreû  :  un  disputeur.  un  querelleur,  un  esprit  récalcitrant  ;  cf.  minteû, 
-eûse:  menteur,  -euse),  ou  bien  un  adjectif  qu'on  écrira  dans  ce  cas 
vîreûs  (suffixe  -eus,  fr.  -eux)  :  cagnèsse,  vîreûs  corne  on  diâle  (Simonon, 
p.  142)  ;  fém.  vîreûse  corne  ine  gade,  corne  ine  qvoate-pèces  «  têtue  comme 
une  chèvre,  comme  un  lézard  »  (3). 

Quant  à  vir,  s.  m.,  c'est. le  déverbal  de  virer  (comp.  d'zîr  «  désir»,  de 
d'zîrer  «désirer  »).  Qui  Diu  V  ivèsse  tes  fayés  vîrs  !  (1623  :  BSW  2,  n, 
p.  14)  «  que  Dieu  t'ôte  tes  mauvais  caprices  !  »  ;  ci  n'est  qu'on  vîr  di  tôt 
s'  civèr  :  li  tièsse  djus,  èle  vir'reût  co  !  (Liège)  «  tout  son  corps  n'est 
qu'obstination  :  la  tête  coupée,  elle  s'obstinerait  encore  !  »  ;  qui  deû-df 
pinser  d'on  s,-fêt  vir  ?  (Simonon,  p.  137)  «  d'une  telle  obstination  »  ; 
il  a-t-awou  s'  vir  «  il  a  obtenu  ce  qu'il  voulait  »  ;  i  vout-avu  s'  vîr  (Forir) 
«  il  se  bute,  il  soutient  mordicus  son  opinion  »  ;  i  m'plêt  d'avu  m'  vîr  ; 

i1)  Luxembourg  (du  moins  le  Nord),  Liège,  Namur  (Pirsoul  donne  vîreû,  qui  est 
aussi  signalé  à  Vonêche).  On  en  relève  des  traees  jusqu'au  centre  du  Hainaut  :  à 
Houdeng,  d'après  M.  E.  Hubaut,  «  virer  signifie  soutenir  mordicus,  prétendre  qqch 
malgré  l'évidence,  syn.  striver  :  vîreûs,  -eûse  y  sont  syn.  de  striveûs,  -eûse  ».  —  Le 
verviétois  Lobet  donne  vîrî  à  côté  de  virer  ;  Remacle  a  l'intensif foroîrer  ((',.,  II  210), 
connu  à  Vervicis  et  à  Stavelot. 

(-)  (■.  a  torl  «le  mettre  en  première  ligne  le  sens  de  «  envie  ». 

(8)  L'adjectif  se  rencontre  dès  le  xive  siècle  :  li  cuens  vireus  (Scheler,  Gloss.  philol. 
de  lu  Geste  de  tdege,  p.  :!07). 


—  271  — 

dfârè  m'  vîr  bon  ;  il  est  messe  qivand  il  a  on  vîr  (Marçhe-ên-Famenne) 
«  il  faut  qu'on  plie  quand  il  est  féru  d'une  idée  »  ;  wârdez  vosse  vîr  et 
df  ivâdrè  V  meûri  (Rem2.)  «  gardez  votre  opinion  et  je  garderai  la 
mienne  »  ;  ni  hoûter  qui  s'  vîr,  ni  fé  qu'a  .v'  vîr  (id.)  «  n'écouter  que  son 
caprice,  n'en  faire  qu'à  sa  tête  »  ;  avu  è  s'  vîr  «  avoir  (qqn)  en  (son) 
inimitié,  en  aversion  »  :  locution  insolite,  dont  je  ne  connais  qu'un 
exemple  (Théâtre  liég.,  éd.  Bailleux,  p.  173).  —  L'expression  fé  a  s'  vîr 
«  faire  à  sa  tête  »,  sous  l'influence  visible  de  a  Vavîr  «  au  hasard  »,  a 
engendré  (fé,  ou  dîner,  ou  prinde)  al  vîr,  que  Remacle.  2e  éd.,  traduit 
par  :  «  (agir)  sans  réflexion,  (donner)  sans  compter,  (prendre)  sans 
choix  ».  Il  est  certain,  d'autre  part,  que  èvîre  (Rem.2)  résulte  du  croi- 
sement de  èvèye  «  envie  »  avec  vîr  (1).  —  A  Jupille,  on  prononce  vûr, 
vûreû,  vûrer  :  i  vûrêye  su  tôt.  et  l'on  y  connaît  de  plus  un  composé 
divârer  (i  m'a  d'vûré  qu'aveût  stu  la,  qu'aveût  vèyou  on  tel),  qui  a  le  même 
sens  (J.  Lejeune). 

La  dérivation  que  je  propose  ci-dessus  satisfait  pleinement  pour  le 
sens.  Elle  ne  fait  pas  grande  difficulté  pour  la  lettre  :  wideren  s'est 
normalement  contracté  en  *wieren  par  la  chute  du  d  intervocal  ;  comp. 
le  néerl.  zoeder  :  weer  et  l'ail,  widersinn  :  bas  ail.  wiersen  (Aix-la-Chapelle), 
néerl.  weerzin  (d'où  le  w.  vèrzin).  Le  changement  de  w  en  v  est  rare, 
mais  non  sans  exemple  ;  comp.  a  Vavîr,  altéré  de  a  Vawîr  ;  le  nam. 
vêci  pour  *wê-ci  et,  ci-aprês,  la  fin  de  l'article  vûse.  De  même  le  nom 
de  lieu  Visé  (i  long),  en  flamand  Wezet,  dérivé  de  l'ail,  wiese,  prairie. 

[BD  1920,  p.  14.] 

liég.  virlih 

G.,  II  470  :  virlih  (allègre,  alerte,  vif),  nam.  verlije  (qui  aime  à  jouer). 

Comp.  dialecte  de  Bayeux  virli  («  petite  vive  »  [?]).  De  virer  ? 

Voici  un  exemple  de  1768  :  vo  m'avizez  bin  virlihe  et  bin    ricokèsse 

(Théâtre  liég.,  éd.  de  1854,  p.  117)  «  vous  me  paraissez  bien  réjouie  et 

bien  gaillarde.  »  Le  mot  manque  dans  Villers,  Remacle  et  Lobet  ;  mais 

il  est  dans  Hubert.  Forir.  Willem  (2).  Nous  relevons  en  outre  :  vîrlih  à 

i1)  Remacle,  2e  éd..  signale  seul  al  vîr  et  èvîre.  Ce  sont  des  produits  hybrides,  dés 
créations  individuelles  qui,  pour  être  intéressantes  comme  tous  les  faits  linguistiques, 
paraissent  toutefois  n'avoir  eu  qu'un  succès  limité.  C'est  ainsi  que  le  poète  liégeois 
J.  Vrindts  a  forgé  vicàrîre  (  Vî  Lige,  I,  p.  47)  de  vicàrèye  h  vie  »  et  de  cârîre  «  carrière  ». 

(2)  La  traduction  «  viril...  »  de  Willem  (Dict.  des  rimes,  p.  108)  semble  être  un 
essai  d'interprétation  ;  essai  malheureux,  cela  va  de  soi,  et  plus  malheureuse  encore 
l'idée  de  forger,  p.  55,  un  substantif  «  virlihté  :  virilité  ».  —  Le  glossaire  manuscrit 
du  patois  de  Stavelot  par  Detrixhe  a  un  article  :  «  virlih,  lubie,  caprice,  idée  bis- 
cornue »,  qui  n'a  rien  à  voir  avec  notre  mot  ;  ce  n'est  qu'une  variante  peu  sûre  du 


—  272   — 

Verriers  et  à  Fontin-Esneux  :  virlih  à  Glons-sur-Geer  (on  crapaud 
qu'est  bin  virlih  <■  un  enfant  qui  est  bien  dégourdi  »)  ;  vèrlih  à  Bergilers 
(en  parlant  d'un  petit  enfant  :  «  gai.  éveillé,  remuant  »)  ;  vèrlitch  à 
Namur  (Pirsoul).  —  Le  fr.  virer  n'a  que  faire  ici.  Il  est  certain  que  notre 
mot  reproduit  le  moyen  h.  ail.  vîrelich.  anc.  bas  francique  fîrlic 
(=  festus  ;  devenu  en  ail.  mod.  feierlich,  solennel),  lequel  remonte, 
comme  le  fr.  foire,  au  lat.  f  eria  (1).  Le  sens  premier  :  «  qui  est  en  tête  » 
s'est  perdu  ;  il  nous  reste  celui  de  :  «  riant,  réjoui,  joyeux,  animé  ». 

[BD  1914,  p.  30.] 

w.  vûse  (Verviers,  Malmedy) 

Ce  mot  est  signalé  par  les  auteurs  suivants  : 

G.,  II  473  :  vuse  («  bruit  confus  de  la  voix  quand  on  prie  »,  «  air  »)  Ch.-N. 

Simonon  ;  vuze  («  rumeur,  bruits  confus  de  voix  animées  ;  son,  ce  qui  frappe 

l'ouïe  »)  Lobet.  —  Scius,  Dict.  malmédien,  manuscrit,  1893  :  vûse  s.  f.,  voix  : 

plorer  a  haute  vûse  «  sangloter». —  J.  Bastin,  Voc.  de  Faymonville  :  vûse   s.  f., 

dans  l'expr.  jrfœrer  a  haute  vûse  «  pleurer  à  haute  voix,  sangloter  ».  Comp. 

tchûse  «  choix  ». 

I 

Mot  rare,  de  l'extrême  Nord-Est  (Verviers.  Malmedy).  qui  ne  survit 

guère  que  dans  l'expression  ironique  tchoûler  et  plorer  a  haute  vûse  (2). 

Heureusement,   nos   vieux   noëls  nous   en  ont  conservé   un  exemple 

précieux  (3).  L'ange,  chantant  dans  le  ciel,  invite  «  bergers  et  berge- 

rettes  »  à  quitter  leurs  hameaux  pour  aller  voir  le  Messie  ;  un  paysan 

dit  alors  à  sa  voisine  : 

Hoûtez,  wèzèhe  Lîz*bèt*  : 
()\ -  z-v'  çou  qu"  dj'a  oyou  ? 
Cisse  bêle  vûse  mi  dispiète. 
S'  n'a-dj'  nin  bêcô  dwèrmou. 

Ici  le  sens  de  «  mélodie  »  s'impose  (4).  On  a  prétendu  cependant  que 
■•  vûse  a  été  tiré  de  vûsion,  vision  »  (5).  Je  ne  sais  sur  quoi  s'appuie  cette 

malmédien  rire/ire  (G.,  II  4T0  :  à  Robertville  :  vièrlîre)  «  caprice,  fantaisie  ».  lequel 
dérive  sans  doute  de  virer,  rouchi  virler.  Voy.  (J..  II  48»,  2e  1.  ;  Diez  342. 

(')  Voy.  Weigand,  FEIEB  :  Franck-van  Wyk,  vikhen.  —  Comparez  l'ail,  lustig, 
h.  loustic,  In  :.  lustih  (('...  Il  44)  et  voyez  l'article  swèlih,  p.  234. 

i2)  Voyez,  dans  BSW  27,  p.  387.  un  exemple  d'un  auteur  malmédien.  Le  mot 
manque  dans  Villers  (1793). 

(3)  A.  Doutrepont,  Noëls  wallons,  pp.  203,  274. 

(*)  'fil  esl  d'ailleurs,  je  crois,  le  sens  primitif.  De  là  plorer  a  haute  vûse,  c'est 
pleurer  comme  si  l'on  chantait  u"  grand  air  d'opéra  ! 

(5)   lin/1,  du  l>id.  iv.,  1913,  |).  88. 


—  273  — 

assertion  :  les  auteurs  que  nous  avons  cités  attestent  que  le  mot 
désigne  «  ce  qui  frappe  l'ouïe  »,  et  non  «  ce  qui  frappe  la  vue  ou  l'ima- 
gination ». 

D'autre  part,  guidés  sans  doute  par  certaine  ressemblance  extérieure, 
ces  auteurs  s'accordent,  on  l'a  vu,  à  mettre  vûse  en  rapport  avec  le  fr. 
voix.  En  réalité,  le  lat.  vôcem  n'aurait  pu  donner  que  *veûh,  *veû  (l). 
Il  y  a  bien  le  west-flam.  voois  «  1.  voix  ;  2.  air  d'un  chant  »  ;  mais  cet 
emprunt  du  fr.  voix  —  ou  voisse,  comme  on  prononce  à  Tourcoing,  — 
paraît  limité  à  la  Flandre  occidentale  (2).  Le  w.  tchûse,  f.,  «  choix  »  ne 
devrait  pas  non  plus  être  invoqué  pour  établir  l'équation  vûse  =  voix. 
C'est  le  déverbal  de  tchûzi  (got.  kiusan,  anc.  h.  ail.  chiosan,  ail.  kiesen, 
néerl.  kiezen  ;  comp.  néerl.  keus  :  choix),  tandis  que  le  fr.  choix  est  tiré 
de   choisir   (d'une  forme  germanique   parallèle  kausjan). 

Comme  il  faut  bien  chercher  autre  chose,  je  m'adresserai  à  l'anc. 
h.  ail.  wîsa  (ail.  weise,  néerl.  zvijze),  qui  signifie  :  1.  «  manière  »  (d'où 
le  fr.  guise),  2.  «  mélodie  ».  Ce  dernier  sens  se  retrouve  dans  le  bas  ail. 
wîs,  d'Eupen  et  d'Aix-la-Chapelle,  qui  a  pu  s'introduire  à  Malmedy 
et  à  Verviers.  Quelque  étrange  que  soit  la  forme  vûse,  elle  peut  s'expli- 
quer sans  trop  de  peine.  Nous  avons  vu,  à  l'article  virer,  des  exemples 
du  changement  de  zv  initial  en  v.  Pour  le  changement  de  î  tonique  en  û, 
comparez  vîr,  virer  (Liège)  =  vûr,  vûrer  (Jupille)  ;  hîfe  ou  hûfe  di  djèye 
(Sprimont)  «  écale  de  noix  »,  ûlê  (anc.  fr.  islel  «  îlot  »),  dans  la  rue 
Lulay  des  Febvres,  à  Liège. 

[BD  1920,  p.  17.  —  Depuis  lors,  mon  collègue  de  l'Université  de  Liège, 
M.  Verdeyen,  m'a  signalé  que  voos  ou  voois  existe  dans  les  différents  dialectes 
flamands  avec  les  significations  suivantes  :  1.  voix  ;  2.  mélodie,  d'où  le  diminutif 
vooske  (viiske  dans  le  Hageland)  ;  3.  suffrage,  d'où  voozen,  vozen,  voter.  D'autre 
part,  il  paraît  que  wijze  n'est  guère  employé  dans  les  provinces  flamandes. 
L'étymologie  que  je  propose  ci-dessus  est  donc  sujette  à  caution  ;  il  serait 
très  possible  que  le  w.  vûse  fût  emprunté  du  flamand  voois,  qui  lui-même  vient 
du  roman.  Nous  avons  vu  un  processus  analogue  à  l'article  like.] 

liég.  wadje,  watche 

Ce  mot  désigne  la  bretelle  ou  bricole  servant  à  soutenir  les  bras  d'une 
brouette  ou  d'une  civière  ;  les  deux  bouts  ont  une  ouverture  par  où 
passe  l'extrémité  de  chaque  bras  du  véhicule  :  li  watche  est  trop  streute, 

(*)  Comparez  nScem  :  neûh,  noix  ;  cr#cem  :  creûh,  creû,  croix.  Le  w.  vwès 
est  emprunté  du  fr.  voix. 

(2)  De  Bo,  Westvlaamsch  ldioticon,  Gand,  1892.  On  ne  trouve  pas  le  mot  dans 
Sehuermans. 

18 


—  274  — 

èle  mi  côpe  lès  spales.  Certains,  comme  Forir,  le  font  du  masculin,  sans 
doute  sous  l'influence  de  l'homophone  wadje  «  gage  ».  G.,  II  474,  qui 
le  donne  au  pluriel,  suggère  la  comparaison  avec  l'ail,  wage  «  balance  ». 

Dans  une  enquête  sur  le  langage  du  houilleur  à  Seraing,  j'ai  relevé  ce 
qui  suit  :  la  burtèle  di  hèrtcheâ  â  batch,  bretelle  ou  harnachement  du 
hercheur-bac,  est  formée  de  deux  bandes  de  forte  toile,  lès  watches  dèl 
burtèle,  qui  se  placent  sur  les  épaules  et  passent  sous  les  bras  ;  sur  le 
bas  des  reins,  les  watches  se  réunissent  à  une  manote  («  menotte  »  ou 
poignée  de  fer)  qui  porte  un  crochet  (1).  Je  crois  que  le  langage  archaïque 
de  nos  houilleurs  a  conservé  le  sens  premier  du  mot  et  je  définirai  wadje 
ou,  comme  on  prononce,  watche  :  large  bande  de  très  forte  toile,  servant 
notamment  à  faire  la  bretelle  du  hercheur,  du  porteur  de  civière,  du 
conducteur  de  brouette,  ou  même  le  licou  d'un  cheval. 

Partant  de  là,  on  s'adressera  au  radical  germanique  wad-,  dont  le 
sens  primitif  est  «  tissu  »,  d'où  :  «  vêtement,  lien,  câble  »,  etc.  (2)  ; 
comparez  l'ail,  archaïque  wat,  f.,  pièce  d'habillement  (anc.  saxon  wâd  : 
anc.  et  moy.  h.  ail.  wât)  ;  et  le  néerl.  gewaad  vêtement,  lijnwaad  linge 
lijkwade  linceul  (3).Le  w.  wadje  s'expliquerait  par  ma  diminutif  flamand 
*icadje  signifiant  «  petite  pièce  de  tissu  ».  —  De  même  le  w.  bodje  vient 
du  fl.  beukje;lew.  bondje,  rouchi  bouge,  botte,  faisceau,  du  fl.  bondje  (4)  : 
le  nam.  deûtche(G.,  I  165),  du  fl.  duitje;  etc. 

liég.  wafî 

G.,  II  475  :  wafî  t.  de  couturière  (Remacle  :  surjeter  ;  Dejaer  :  surjeter, 
faufiler  ;  Hubert  :  bâtir,  coudre  à  grands  points  ;  Lobet  :  brocher,  surjeter).  Le 
mot  tiendrait-il  de  wafe  :  gaufre  ?  [Note  de  Scheler  :  Conip.  le  souabe  wiflen  : 
recoudre  des  parties  déchirées.] 

Duvivier  définit  le  liég.  wafî  :  «  faufiler  »,  et  Villers  le  malm.  wafer  : 
«  coudre  sans  faire  d'ourlet  »,  ce  qui  veut  dire  sans  doute  :  «  coudre 
sans  plier  l'étoffe  ».  A  Liers,  j'ai  entendu  riwafer  au  sens  de  :  «  ourler  ».  — 
D'une  enquête  personnelle  il  résulte  qu'aucun  des  termes  français 
susdits  ne  traduit  exactement  le  liég.  wafî.  Faire  un  surjet  ou  surjeter 
(  =  djonde  dès  costeûres,fé  on  djondèdje)  consiste  à  mettre  les  tissus  bord 
à  bord  et  à  les  coudre  en  passant  le  fil  par  dessus  les  deux  bords,  tandis 
que  wafî  consiste  à  faire  la  même  opération  quand,  au  préalable,  on  a 

(!)  Voyez  la  figure  dans  BD  1914,  p.  82. 

(2)  Je  dois  cette  suggestion  à  l'obligeance  de  M.  J.  Vercoullie. 

(3)  Voy.  YVeigand  wat  ;  Franck-van  Wyk  gewaad. 

(*)  Behrens,  Beitrâge,  p.  27.  —  Voyez  ci-dessus  les  articles  bodje  et  sondje. 


—  275  — 

cousu  les  deux  tissus  mis  bord  à  bord  ;  c'est  donc  une  opération  com- 
plémentaire. L'expression  ordinaire  est  :  wafîz  vos  costeûres  ;  vola 
in-abit  qui  n'est  nin  bin  fini,  les  costeûres  ni  sont  nin  minme  wafèyes. 
Pour  traduire  wafî,  le  liégeois  dit  «  surfiler  »,  attribuant  à  ce  mot 
français  un  sens  qui  n'est  pas  dans  le  Dict.  général,  mais  qui  mériterait 
d'y  figurer.  On  pourrait  aussi  forger  «  surcoudre  ». 

Scheler  a  pressenti  l'étymologie  de  wafî.  Cependant,  il  faut  plutôt 
remonter  au  moyen  h.  ail.  weifen  «  dévider  (du  fil),  anc.  h.  ail.  wîfan 
«  tourner  »  ;  comparez  l'anc.  h.  ail.  weif,  ivaif  «  ce  qu'on  tourne  ou 
enlace  autour  de  quelque  cbose  »,  ainsi  que  le  moyen  h.  ail.  iveifier(e)  qui 
désigne  une  sorte  de  point  ou  de  dentelle  (1).  De  même  que  le  gothique- 
francique  wîpan,  weipan,  a  donné  le  fr.  guiper,  -ure,  de  même  wîfan, 
weifen,  a  procréé  notre  wafî.  Pour  le  traitement  de  la  protonique  germ. 
el,  voyez  tahant,  participe  d'un  verbe  *tahî  que  nous  dérivons  du 
gothique  theihan,  anc.  h.  ail.  thîlian. 

anc.  fr.  wage,  waghe 

Dans  son  Glossaire  des  Poésies  de  Froissait,  Scheler  note  trois 
exemples  de  wages,  s.  f.  pi.,  cité  parmi  les  pièces  d'habillement  que 
mettent  les  bergers  :  «solers  takenés...,  wans,  zvages,  chaperons  petis  »  (2). 
«  Je  ne  saurais,  ajoute-t-il,  en  préciser  le  sens  ;  peut-être  sont-ce  des 
hauts-de-chausse,  des  houseaux,  lesquels  mots  ne  paraissent  pas  dans 
les  passages  cités  ».  —  Dans  une  énumération  analogue,  une  scène 
pastorale  du  XVe  siècle,  d'origine  liégeoise,  que  M.  Cohen  a  éditée 
récemment,  contient  le  mot  waghe,  que  l'éditeur  interprète  par  «  haut- 
de-chausse  »  (3).  Je  crois,  pour  ma  part,  qu'il  s'agit  plutôt  de  houseaux. 

On  trouve  en  moyen  néerlandais  ivaggen  «  péronés,  fasciae,  fr. 
guettres  »  (Plantin)  ;  ivagge  «  tibiale,  pero  »  {Dict.  teutonicum,  Antver- 
p'iae,  1667)  ;  et,  dans  les  dialectes  modernes  d'Anvers  et  du  Brabant  : 
wag,  wagge  «  overkous,  slofkous,  fr.  guêtre  »  (Schuermans).  L'anc.  fr. 
wag(h)e,  qui  se  prononçait  sans  doute  wague  et  qui  ne  se  rencontre  que 
dans  de  rares  textes  de  nos  provinces  wallonnes,  provient  manifeste- 
ment de  cette  source  thioise.  Il  a  d'ailleurs  laissé  un  rejeton  dans,  le 
vocabulaire  de  l'ardoisier  ardennais.  A  Vielsalm,  les  ivaguètes  di  guguos, 

(')  Je  renvoie  pour  le  détail  à  l'article  très  documenté  de  Th.  Braune  sur  le  fr. 
guiper,  dans  la  Z.fiir  rom.  PMI.,  xviii  (1894),  p.  530. 

(2)  II  319,  28.  —  Godefroy  donne  les  deux  autres  passages  et  traduit  sans  hési- 
tation :  «  haut-de-chausse,  houseau  ». 

(3)  Mystères  el  Moralités  du  ms.  617  de  Chantilly  (Champion,  1920  ;  p.  87). 


—  276  — 

ce  sont  des  genouillères  en  cuir  ;  les  waguètes  di  pîds,  de  petites  guêtres 
en  cuir  ;  elles  servent  à  protéger  les  genoux  et  les  pieds  des  fendeurs 
pendant  le  travail  (J.  Hens  :  BSW  46,  p.  191).  De  même  en  Ardenne 
française,  M.  Ch.  Bruneau  a  relevé  xvagates  «  jambières  de  l'ouvrier 
ardoisier  »  (1).  —  Il  résulte  de  là  que  l'ane.  fr.  ivage,  zcaghe,  n'a  rien  de 
commun  avec  le  liég,  wadje  que  nous  avons  expliqué  ci-dessus. 

w.  wahète  (Verviers,  Malmedy) 

La  variole  s'appelle  à  Liège  lès  pokes  («  poches,  ampoules  »)  ou 
pokètes  ;  à  Namur  plokes  ou  plokètes  (avec  l  épenthétique).  Près  de  la 
frontière  allemande,  cette  maladie  porte  un  nom  qui  n'a  pas  encore 
reçu  d'explication  :  lès  wahètes,  Malmedy  :  Villers,  1793  ;  G.,  II  475  ; 
Verviers  :  Lobet  (2)  ;  —  wdhyètes,  Francorchamps,  Vielsalm  ;  — 
wachètes,  Bovigny,  Lutrebois,  Sibret,  Wardin-lez-Bastogne  (3)  ;  — 
wèhyotes,  Faymonville  :  aveûr  lès  wèhyotes  «  avoir  la  petite  vérole  », 
mète  lès  wèhyotes  «  vacciner  »  ;  une  wèhyote,  c'est  un  bouton,  une  petite 
pustule  arrondie  (J.  Bastin,  Voc.  de  Faym.). 

De  ces  quatre  formes,  la  dernière  se  rapproche  le  plus  du  radical 
primitif.  Nous  y  reconnaissons  en  effet  le  lat.  pqp.  *vessîca,  d'où 
le  fr.  vessie,  malmédien  vèhie  (le  liég.  vèssèye  est  emprunté  du  fr.).  Le 
diminutif  *vèhyète,  -ote  (=  anc.  fr.  vesciette:  pustella)  a  subi  le  change- 
ment de  v  initial  en  w  (4).  Le  groupe  -hy-  devient  normalement  ch  au 
Sud  ;  il  se  réduit  à  h  en  verviétois  (comparez  dliinde  à  côté  de  d'hyinde 
et  voyez  l'article  prèhale).  Quant  à  l'altération  de  la  protonique  è  en  a, 
les  exemples  abondent. 

Une  wahète,  c'est  donc  une  vésicule,  une  «  petite  vessie  ».  Au  pluriel, 
c'est  la  petite  vérole  qui,  en  meusien,  s'appelle  de  même  les  vissies, 
alors  que  chez  nous  le  terme  roman  a  presque  partout  cédé  devant 
poke,  d'origine  germanique. 

anc.  fr.  waibe,-er,  -aige;  w.  wêbe,  -î,  d'wêsbî,  wêsbi 

Godefroid  confond  dans  le  même  article  icaide  (pré,  pâturage; 
ail.  weide)  et  le  synonyme  waibe  (5),  qui  est  d'origine  différente.  Il 

(!)  Bruneau,  Etude  phonétique  des  patois  cT Ardenne.  p.  104. 

(2)  Forir  donne  aussi  ce  mot  qui,  toutefois,  est  inconnu  à  Liège. 

(3)  Entendu  à  Bovigny  :  lès  neuves  wachètes  «  variole  hémorrhagique  »,  lès  plokes 
d'êwe  ou  di  tchin  «  varicelle  »  ;  et  à  Wardin  :  lès  wachètes  di  tchin,  c'est  dès  p'tils  botons 
cm'  lès-èfants  atrapant  co  bin  sovini,  sans  doute  une  sorte  d'urticaire  boutonneux. 

(*)  Voyez  ci-après  l'article  wére. 

(6)  Dans  ce  texte  de  1575  :  «  portions  de  bois  converties  en  ivaibes  et  essarts  » 
(Château-Regnaull  :  Ard.  franc.). 


—  277  — 

devrait  mentionner  waiber  (pâturer),  dans  une  ordonnance  liégeoise 
de  1705  (1),  et  waibaige,  dans  une  charte  du  19  avril  1450  accordant 
aux  habitants  de  Lobbes  le  «  droit  de  waibaige,  passonaige  et  pastu- 
raige  »  (2).  Delmotte,  qui  cite  ce  dernier  texte,  signale  aussi  waibier 
«  paître  »,  waibiage  «  pâturage,  surtout  en  parlant  des  poules  et  autres 
oiseaux  de  basse-cour  (à  Montigny-le-Tilleul)  »,  waibes,  wèbes  «  pâtu- 
rage ;  fig.,  lieu  où  l'on  va  d'habitude  (ibid.)  »,  les  zoaibes  de  Thuin,  lieu 
dit  près  de  cette  ville. 

Dans  les  patois  modernes,  on  retrouve  encore  : 

1°  wébes  (Ard.  fr.  :  Bruneau,  Enquête,  i,  99)  «  bois  de  la  commune  »  (3). 
Le  mot  a  survécu  dans  des  expressions  proverbiales  :  «  il  marche  sur 
mes  tvébes  »  (=  «  brisées  »,  à  Sévigny-la-Forêt  :  Bruneau,  ibid.)  ; 
i  n'est  nin  dans  ses  icêbes  (Dailly-Couvin  :  «  il  est  dépaysé  »)  ;  ël  est  fou 
ff  wèbes  (Ste-Marie-Geest-lez-Jodoigne  :  «  il  n'est  pas  dans  les  environs 
où  on  le  voit  d'ordinaire  »)  ;  dji  su  dins  ses  zoêbes  (Stave  :  «  je  suis  dans 
ses  bonnes  grâces  »)  ; 

2°  aivêbiè  (Neuvillers-lîecogne)  «  accoutumer  »,  v.  tr.  ; 

3°  zvêbèdje  (Bergilers  :  Hesbaye)  «  pâturage  (des  poules),  espace  où 
elles  peuvent  picorer  »  :  vos  poyes  ont  on  bê  zvêbèdje.  On  en  a  tiré  un 
verbe  ivêbèdjî,  qui  remplace  l'inusité  zvêbî  et  qui  ne  se  dit  que  des 
poules  :  lès  poyes  vont  wêbèdjî  «  pâturer  »  (Bergilers). 

4°  wébi  (Ste-Marie-Geest,  Noduwez)  «  pâturer,  surtout  en  parlant 
des  poules  :  lès  poyes  wébîyenèt.  —  En  liégeois,  zvêbî  a  la  même  accep- 
tion (Simonon,  ap.  G..  II  475).  mais  le  mot  est  archaïque  (4).  Cambresier, 
Remacle,  Lobet,  Willem  ne  donnent  que  zvêdî.  Hubert  omet  zvêdî  ;  en 

i1)  «  Lieux  où  la  herde  banale  a  accoutumé  de  waiber  »  (Polain,  Ord.  de  la  Princip. 
de  Liège,  i,  328). 

(2)  Voy.  Ph.  Delmotte,  Gloss.\ivallon,  1812,  publié  à  Mons  en  1907.  —  Dans  les 
Doc.  et  Rapp.  de  la  Soc.  archéol.  de  Charleroi,  xm  89,  on  lit  en  1450  :  «  de  tous  pastu- 
raiges,  vraibaiges...  »  (coït,  ivaibaiges). 

(3)  «  Il  y  a  dans  ivéU  l'idée  d'un  lot  de  terrain  cultivé  par  le  feu...  ;  faire  des  wep  , 
à  Saint-Menges,  c'est  préparer  les  gazons  pour  l'essartage  ».  (Bruneau,  ibid.).  Il 
s'agit  donc  des  bois  communaux,  qui  sont  partagés  entre  les  habitants  :  chacun 
essarte  son  lot  pour  la  culture  ou  la  pâture.  Ce  sens  de  «  domaine  particulier  » 
apparaît  dans  les  expressions  figurées  que  nous  citons  ensuite.  —  Dans  un  autre 
de  ses  ouvrages,  Limite  des  dial.  en  Ard.,  p.  78,  M.  Ch.  Bruneau  signale  près  de  Givet 
un  certain  nombre  de  noms  de  lieu  formés  avec  wèbe,  lesquels  s'appliquent  tous  à  des 
bois  ;  il  y  voit  un  mot  germ.  waber  «  forêt  »,  que  Kurth,  Frontière,  h  90,  invoque 
pour  expliquer  la  Wavre  (forêt  de  Woëvre),  Wavre  en  Brabant,  etc.  La  conjecture 
de  M.  Bruneau  me  paraît  inadmissible.  Au  reste,  l'existence  d'un  mot  germ.  waber 
est  plus  que  douteuse. 

(4)  J'ai  cependant  entendu  récemment  à  Flémalle  et  à  Seraing  :  lès  poyes  ivêbèt 
è  pré  ;  po  qu'  lès  poyes  ponèsse  bin,  èlzi  fât  on  wêbèdje. 


—  278  — 

revanche,  il  a  wêbî  «  paître,  en  parlant  du  bétail  »  (?)  et  wêrbî  (?) 
«  picorer,  en  parlant  des  poules  »  (1).  Forir  fait  wêbi  (picorer)  de  la 
conjugaison  inchoative  {-ih),  sans  doute  sous  l'influence  du  synonyme 
tchampi.  Duvivier  ne  donne  pas  wêbî  «  picorer  »,  mais  il  a  un  wêbî 
«  regarder,  bayer  aux  corneilles,  guetter  »,  que  Forir  lui  emprunte  et 
que  G.  enregistre  aussi,  sur  la  foi  de  Dejaer  et  de  Duvivier.  Il  s'agit 
sûrement  d'une  acception  métaphorique  ;  on  ne  fera  donc  qu'un  seul 
article  wêbî  «  1.  picorer...  ;  2.  fig.,  aller  comme  à  la  picorée,  c.-à-d.  de 
droite  et  de  gauche,  le  nez  au  vent  et  l'œil  au  guet  ». 

Scheler  (ap.  G.,  II  475)  se  demande  si  on  peut  considérer  wêbî 
comme  une  simple  corruption  de  wêdî  ou  alléguer  le  bavarois  waiben 
«  aller  çà  et  là  ».  La  seconde  conjecture  est  assurément  la  bonne.  Notre 
mot  se  rattache  au  moyen  h.  ail.  weiben  «  se  mouvoir  çà  et  là  », 
forme  variée  de  schweiben  (schweben).  Comparez  le  liég.  hêbî,  nam. 
chêbî  «  biaiser,  aller  de  travers  »,  qui  vient  de  l'ail,  dialectal  scheib  : 
ail.  sckief  «  oblique  »  (2).  —  Quant  à  wêbe.  s.  f.  (non  liégeois),  c'est  le 
déverbal  de  wêbî. 

5°  G.,  I  178,  laisse  sans  explication  cet  autre  mot,  où  nous  reconnais- 
sons un  composé  de  wêbî  :  » 

diwaisbi,  diwaibi  (1.  tr.,  faire  quitter  à  qqn  un  endroit  où  il  a  l'habitude 
de  se  tenir  ;  'si  diwaibi  :  se  retirer  d'un  lieu,  d'une  maison  que  l'on  fréquen- 
tait ;  2.  intr.,  déguerpir)  ;  nam.  disivaibî,  cTwaibî. 

La  forme  première  est  d(is)wêbî,  telle  qu'elle  apparaît  en  namurois  (3) 
et  chez  le  liégeois  Simonon  (4).  D'où,  par  métathèse  de  s  (5),  d'wêsbî,  -i, 
forme  usitée  à  Ver viers,  Stàvelot,  Malmedy,  Robertville.  Bovigny,  etc.  (6). 

(*)  L"épenthèse  de  r  est  fréquente  devant  d,  l,  m,  n  ;  mais  je  n'en  connais  pas 
d'autre  cas  devant  h.  L'influence  de  yèrbèdjes,  yèrbêycs  est  peu  probable.  J'admettrai 
plutôt  une  métathèse  du  composé  fwêbî.  Il  s'agit  en  tout  cas  d'une  forme  isolée  et 
peu  sûre. 

(2)  G.,  I  ->(>:}  ;  Weigand,  schief. 

(8)  On  nous  signale  de  l*Entre-Sambre-et-Meuse  :  diwébyi  lès  cruwaus  (Denée) 
«  extirper  les  mauvaises  herbes  »  ;fè  in  tour  pou  s'  diswêpyi  (Stave)  «  faire  une  pro- 
menade pour  se  dégourdir  »  ;  diswêbyî  (Ciney)  «indisposer,  attrister,  démoraliser  ». 

(*)  Poésies,  p.  170.  De  même,  dans  Forir  :  diwaibi  (-?)  «  effaroucher,  étranger, 
dégoûter,  éloigner,  rebuter  ». 

(6)  Voyez  d'autres  exemples  à  l'article  d'ploustrer,  p.  86. 

(6)  Remacle  :  diwaisbi  «  dénicher,  défaire  un  nid  »  ;  Lobet  :  dwaisbi  «  dénicher  ; 
chasser  qqn  d'un  poste  »  ;  dèivésbi  07ik  (Robertville)  «  troubler  qqn  dans  ses  occupa- 
tions »  :  duwêsbi  (Sta\elot)  «  éconduire,  faire  déguerpir  »  ;  des  poules  effarouchées 
qui  s'envolent  sont  toutes  duwêsbies,  d"où,  au  moral,  dju  so  lot  cTwêsbi  (Stàvelot) 
<  je  suis  tout  troublé     ;  H  nid  est  toi  (Fwêsbi  (Bovigny). 


—  279  — 

Enfin,  pour  Malmedy,  outre  duwaisbi  «  désaccoutumer,  dépayser  », 
Villers  (1793)  a  un  verbe  intransitif  zvaisbi  «  commencer  à  faiblir, 
diminuer  de  force  et  de  courage,  se  relâcher  ».  C'est,  en  réalité,  le  même 
mot,  amputé  du  préfixe  du,  fr.  dé-  (1).  Le  synonyme  laispi  (Malmedy) 
«  lâcher  ;  commencer  à  faiblir  »  n'a  peut-être  pas  été  sans  influence. 
[BD  1920,  p.  18.] 

liég.  wâkî 

Le  liég.  wâkî  signifie  «  coiffer  ».  Dans  une  pièce  de  1733,  intitulée 
Pasquêye  ma  pégnêye,  ma  zvâkêye,  en  l'honneur  de  Delloye,  primus  de 
Louvain,  on  lit  par  exemple  : 

Qui  tos  lès  cis  qu'ont  dès  carotches 
wâkèsse  leûs  dj'vâs,  mètèsse  lès  flotches  ! 

On  trouve  le  composé  diwâkî  «  décoiffer  »  dans  une  pasquille  de  1675 
(BSW  2,  il,  30)  : 

Mins  nos  n'  lêrans  nin  po  coula 
de  d'wâkî  lès  pots  et  hènas. 

Ces  termes  tendent  à  disparaître  :  à  Liège  même,  on  n'emploie  plus 
guère  que  l'expression  ironique  :  wâkî  sinte  Catrène  «  rester  vieille 
fille  ».  —  En  namurois.  G.  signale  waker  (II  478),  qu'il  faut  sûrement 
lire  wauker  (II  484),  et  les  composés  si  rauker  «  se  rattifer  »  (II  286), 
mauké  «  mal  ajusté  »  (II  542),  contracté  de  mou  auké  (2).  De  son  côté, 
Dasnoy  note  le  chestrolais  waukeû  «  cordon  écru.  espèce  de  cordon 
grossier  fait  de  fil  écru  »,  qui  servait  sans  doute  à  la  coiffure  des  femmes. 
Il  va  de  soi  que  ces  mots,  à  Neufchâteau  comme  à  Namur,  sont  oubliés 
depuis  longtemps. 

Pour  expliquer  wâkî,  G.,  II  478,  invoque  vainement  Pane.  h.  ail. 
fahs,  vahs  «  chevelure  »  ;  il  ne  peut  être  question  que  d'un  thème  ger- 
manique ivalk-  ou  wâk-.  Ici,  je  crois  qu'il  s'agit  de  wâk-,  que  nous 
trouvons  dans  le  moyen  néerlandais  wâken  (3),  luxemb.  wâchen  «  être 
éveillé  »  ;  luxemb.  wâch,  wâcherech,  Aix-la-Chapelle  zvaacher  «  éveillé  ». 
Un  dérivé  de  cette  famille  (zoacker,  ivakker)  a  développé,  en  allemand 

(x)  Comp.  dicace,  vantrin,  rené,  riglé,  par  aphérèse  pour  dédicace,  d'vantrin, 
(Trèfle,  (Vriglé.  —  G.,  II  477,  donne  le  malm.  waisbi,  avec  une  conjecture  que  nous 
pouvons  négliger. 

(2)  Voyez  ci-dessus,  p.  82. 

(3)  De  même  le  m.  néerl.  et  m.  bas  ail.  slâken  «  détendre,  se  détendre  »  a  donné  le 
liég.  lâker  (cf.  G.,  II  9). 


—  280  — 

et  en  néerlandais,  les  significations  suivantes  :  «  éveillé,  vigilant, 
attentif,  vif,  actif,  frais,  allègre,  vigoureux,  brave,  courageux  »  ;  il  faut 
y  ajouter,  dans  certains  dialectes  :  «  paré,  attifé  »  et,  en  suédois  : 
«  joli  »  (x).  Nous  sommes  donc  autorisé  à  croire  que  le  liég.  si  u-âkî, 
avant  de  signifier  spécialement  :  «  se  coiffer  »,  avait  le  sens  général  de  : 
«  se  donner  un  air  éveillé,  plus  frais  et,  partant,  plus  agréable  à  la  vue, 
se  faire  brave,  s'ajuster,  s'atiffer  ». 

w.  wandîhe  (Malmedy) 

G.,  II  479.  donne  sans  explication  le  malmédien  wandîhe,  s.  f., 
«  caprice,  boutade,  fantaisie  ».  Ce  mot  est  tiré  du  dictionnaire  de 
Villers  (1793)  ;  il  a  disparu  du  parler  actuel  de  Malmedy.  —  C'est,  avec 
changement  de  suffixe  (2),  l'anc.  fr.  ivandie  «  échappatoire  »,  dérivé 
de  gandir,  wandir  «  échapper,  s'esquiver  »,  que  Diez  tire  du  gothique 
wandjan  (ail.  wenden,  tourner).  Wandîhe  signifie  donc  proprement  : 
action  de  tourner  (pour  s'esquiver  ;  comp.  le  fr.  pirouette)  ;  mouve- 
ment brusque  et  imprévu  hors  de  la  direction  raisonnable  :  caprice,  etc. 
Pour  la  sémantique,  comparez  bîhê  (biais,  biseau  ;  caprice,>  boutade) 
et  voyez  ci-dessus  les  articles  stièrnê,  vièrnê.  ï 

anc.  w.  waneal  (!),  crait  (!),  etc. 

Le  glossaire  de  l'ancien  Métier  des  Drapiers  liégeois,  par  Bormans, 
a  l'article  suivant,  qui  renferme  presque  autant  d'erreurs  que  de  mots  : 

wanealx  de  craitz,  s.  m.  ?  (suranné).  Suin,  laine  graisseuse  du  dos  du 
mouton,  et  qui  attire  les  mites  ?  (Charte  des  Drapiers,  de  1527,  dans  le  Recueil 
des  Chartes  et  Privilèges  des  Métiers  de  Liège,  t.  i,  p.  232)  (3). 

Au  texte  de  la  Charte  de  1527  (4),  comparons  une  formule  analogue 
qui  apparaît  un  peu  plus  tard,  dans  les  Articles  additionnels  de  1542 
(p.  245  du  même  Recueil).  Il  s'agit  de  «  fausse  draperie  »  ou  de  drap 
fabriqué  sans  avoir  observé  les  règlements  : 

(*)  Voy.  Weigand  wackkr  ;  Falk-Torp  vakker. —  On  pensera  au  fr.  dial.  brave 
«  qui  fait  belle  figure  par  la  parure,  l'ajustement  ». 

(2)  Le  suffixe  -îhe  =  fr.  -ise.  —  De  même  le  fr.  maladie,  liég.  maladèye,  malm.  -îe, 
devient  maladlhe  à  Stavelot,  Faymonville.  Inversement  le  fr.  marchandise,  verv.- 
inalm.  martchandîhe,  devient  marlchandèye  en  liégeois. 

(3)  BSW  9,  p.  294.  Voyez  aussi  G.,  II  571,  v°  craitz.  —  Godefroy,  v°  waneal, 
reproduit  l'article  de  Bormans  en  supprimant  les  deux  points  d'interrogation. 

(4)  On  ne  connaît  cette  charte  que  par  le  très  médiocre  Recueil  de  1730,  qui  four- 
mille  «le  fautes.  Sur  la  façon  dont  il  fut  composé,  on  peut  voir  BSW  5,  p.  4G1. 


—  281  — 

1527    :   que   personne  ne   présume  1542  :  [ces  draps]  se  (lèveront  faire 

doresnavant  faire  draps  de  laine  de  de  bonnes  et  loyales  laines  et  étoffes 

deux  foixhes  de  Retondeur,  de  ivanealx  sans  aucune  falcité,  comme  de  laines 

de  craitz,  de  flockons,  de  noppes,  de  de  deux  forches  de  traits  de  flockons, 

retaillons,  ne  d'autres  laines  desera-  noppes  et  retaillons,  ne  autres  laines 

blés...  deserables... 

Les  mots  que  nous  soulignons  manquent  dans  la  seconde  colonne  : 
cette  omission,  fortuite  ou  voulue,  est  suggestive,  comme  on  le  verra. 
De  plus,  nous  n'aurons  pas  à  tenir  compte  de  la  ponctuation  fantaisiste 
des  deux  textes. 

Les  règlements  défendent  d'user  de  déchets  de  toute  espèce  dans 
la  fabrication  du  drap.  Flocons,  nopes,  retaillons,  se  comprennent 
d'emblée  (*)  ;  mais  la  détermination  des  autres  matières  prohibées  ne 
va  pas  sans  peine. 

1.  Que  veut  dire  laine  de  deux  foixhes  (forches)  ?  Le  liégeois  (è)fzvèhes 
répond  aufr.  forces,  lat.  forfices.  D'après  Bormans,  p.  259,  les  efoixhes 
désignent  «  les  grands  ciseaux  avec  lesquels  on  tond  les  draps  »,  ce  qui 
est  vrai,  mais  incomplet  ;  il  se  demande  si  laine  de  deux  foixhes  de 
retondeur  (sic)  signifie  :  «  laine  restée  dans  les  ciseaux  du  retondeur  à 
la  deuxième  tonte  [du  drap]  ».  Pour  moi.  dans  les  textes  de  1527  et 
1542,  il  faut  mettre  une  virgule  après  foixhes  ou  forches,  et  comprendre 
qu'il  s'agit  des  «  ciseaux  à  tondre  les  moutons  ».  La  bonne  laine  est 
fournie  par  la  tonte  des  moutons  qui  se  fait  au  printemps.  L'expression 
singulière  laine  de  deux  foixhes  désigne  apparemment  la  laine  obtenue 
par  une  deuxième  tonte  pratiquée  en  été.  De  fait,  au  dire  de  Bormans 
lui-même  (p.  111).  on  ne  pouvait,  employer  que  pour  faire  des  étoffes 
de  doublure  (2)  ou  des  draps  de  lit,  la  laine,  trop  courte,  des  moutons 
tondus  entre  le  1er  juin  et  le  1er  octobre  ou  fête  de  saint  Remy  (3)  ;  le 
mouton  ainsi  tondu  s'appelait  tozê  :  agneau,  jeune  brebis  de  l'année  (4). 

(!)  Voy.  Bormans,  /.  c,  pp.  263,  275,  284  ;  nope  est  dans  le  Dict.  général. 

(2)  Ceci  peut  expliquer  l'article  de  Godefroy  :  «  touset,  sorte  d'étoffe  (une  hup- 
plande  fouree  de  touzez  :  1453,  Tournai)  ». 

(3)  La  même  défense  existait  ailleurs.  Du  Cange,  tondkro,  cite  ce  texte  d'Abbe- 
ville  (omis  par  Godefroy)  :  «  que  nuls  ne  puist  drapper  de  gratuse  ne  de  pelich  fait 
depuis  Tondisons  jusques  a  le  S.  Remy  ». 

(4)  Bormans,  p.  292,  v°  tosai  ;  voy.  aussi  agnelin,  p.  240,  et  dans  Godefroy.  — 
Le  w.  tozê  (lat.  *tonsellum  )  signifie  proprement  «  petit  [mouton]  tondu  ».  Com- 
parez l'anc.  fr.  tousel  «  jouvenceau  »,  touse  «  jeune  fille  ».  Meyer-Lûbke,  n°  8785,  dit 
que  l'on  ignore  la  raison  de  cet  emploi  de  tonsus.  Le  w.  tozê,  dont  il  ne  fait  pas  men- 
tion, ne  résout-il  pas  la  difficulté  ?  Touse  aurait  désigné  d'abord  une  «  brebis 
tondue  »,  puis,  comme  terme  d'amitié,  une  jeune  fille.  Comp.  Meyer-Lùbke,  n°  2256 


—  282  — 

Je  signale,  à  ce  propos,  l'article  sourtonture  de  Godefroy,  dont  la  défi- 
nition :  «  les  extrémités  les  moins  fines  des  toisons  »  paraît  suspecte. 
Godefroy  cite  notamment  un  texte  de  1377  où  l'on  parle  de  «  seurton- 
ture  d'aignelins  et  autres  mauvaise  >  matières  [à  faire  draps]  ».  Logi- 
quement, surtonture  doit  désigner  le  produit  de  la  «  surtonte  »  ou  tonte 
supplémentaire  de  l'année.  Ce  serait,  dès  lors,  l'équivalent  de  notre 
«  laine  de  deux  forces  ». 

2.  Les  mots  de  Retondeur,  de  wanealx  doivent  se  lire,  en  supprimant 
la  virgule  :  de  retondeures  de  wavealx.  —  Ce  dernier  est  une  variante  de 
walheweal  (1437  :  BSW  6,  n,  p.  113),  waulweal  (J.  de  Stav.,  p.  495), 
veleweal  (J.  d'Outrem.,  iv  52)  et  autres  formes  wallonnes  de  l'anc.  fr. 
veluel  (lat.  *villutellum  «  velours  »)',  qu'on  trouvera  dans  Godefroy, 
velvel.  —  Bormans  (x)  a  cru  que  retondeur  désigne  ici  «  l'ouvrier  qui 
retond  ».  En  réalité,  ce  mot  est  du  féminin  pluriel  et  désigne  «  les  poils 
que  l'on  (re)tond  sur  le  drap  ».  Le  règlement  défend  de  faire  du  drap 
«  de  (re)tondures  de  velours  »  (2).  Notez  qu'ici,  comme  souvent  en 
wallon,  le  préfixe  re-  n'a  pas  de  valeur  sensible. 

3.  Le  lecteur  aura  déjà  corrigé  de  lui-même  craitz  (3)  en  traitz,  d'après 
le  texte  de  1542, qu'il  faut  ponctuer  ainsi:  «forches  de  traits, de...  ».  Il 
va  de  soi  quec/e  traitz  est  indépendant  de  wavealx.  On  défend  de  faire  du 
drap  de  traits ,  c'est-à-dire  «de  bouts  tirésou  ploqués»(cf.Bormans.p.292). 
Traits  est  synonyme  de  bouts,  queues  ou  pennes  «  déchets  de  la  chaîne  ou 
de  la  rame  »  (4)  ;  toutefois,  on  le  rencontre  rarement  dans  ce  sens. 

(1)  Suivi  par  Godefroy,  retondeur. 

(2)  Comparez,  dans  le  même  sens,  l'anc.  fr.  tondures  de  drap (1588),  dans  Godefroy, 
et,  pour  la  forme  liégeoise  :  djondeûre,  pondeûre  «  jointure,  piqûre  »  (de  djonde, 
ponde  :  joindre,  poindre).  —  Notre  mot  se  retrouve  dans  la  charte  des  Flockeniers 
en  1639  :  «  tous  draps  de  laine,  où  y  auroit  chaînes  ou  filets  d'esse,  des  poillages, 
flockons  plocus,  des  noppes  [,]  des  mains  [,]  des  retondeurs,  des  pillaines,  des  nokies,...» 
(Recueil  des  Chartes  des  Métiers,  n  321)  ;  «  [défense  d'jemplir  coussins  d'ancienne 
[corr.  aucunne]  sorte  [,]  de  poillages  avec  mais  [,]  de  Retondeurs  de  draps,  ou  noppes 
ou  nockes,  pareillement  de  toutes  telles  denrées,  comme  d'oreilliers,  tatelettes 
[corr.  tikelettes  ?],  ou  semblables...  »  (ibid.,  p.  324).  —  Lire  retondeures,  comme 
soyeures,  (p.  321)  :  sciures.  Quant  à  mains,  mais,  ce  sont  des  graphies  défectueuses 
pour  mahaing,  défaut,  tare,  vice,  liég.  mod.  mèhin  (voy.  God.,  meshain;  Bormans, 
in  BSW  9,  p.  272). 

(3)  Scheler  (ap.  G.,  II  571,  n.)  voudrait  lire  dans  le  texte  de  1527  :  crais  (  =  graisse  !) 
au  lieu  de  craitz.  Godefroy,  qui  cite  ce  texte,  retondeur,  complique  l'altération  en 
transcrivant  croilz. 

(*)  Voy.  Bormans,  pp.  242,  279,  282  ;  et  Renier,  Ilist.  de  Vlndastrie  drapière  au 
pays  de  Liège,  p.  217.  Ce  dernier  ouvrage,  estimable  à  certains  points  de  vue,  ne 
nous  a  été  d'aucune  utilité  dans  notre  examen  critique.  L'auteur  se  fait  l'écho  des 
explications  fantaisites  de  Bormans,  notamment  pp.  230  et  242. 


—  283  — 

Reste  l'expression  «  laines  deserables  »,  qui  n'a  pas  encore  été  signalée. 
G.,  II  582,  explique  l'anc.  w.  «  playe  deserauble  »  (1)  par  «  desserrer  ». 
On  pourrait  aussi,  à  la  rigueur,  y  voir  un  dérivé  de  l'anc.  fr.  désirer 
(déchirer)  ou  encore  de  deseuvrer  (dessevrer  ;  comp.  Bormans,  p.  255)  ; 
mais  l'explication  de  G.  se  recommande  par  sa  simplicité.  Il  s'agit  en 
tout  cas  de  laines  qui  peuvent  se  relâcher  et  se  rompre  trop  facilement. 

w.  warbô 

G.,  II  480  :  warbau  (man,  gribouri  :  ver  d'où  vient  le  hanneton),  nam. 
waribau  (ver  bouvier).  Composé  de  war  =  ver  (comp.  warglèse  :  verglas)  et  de 
bau  =  bœuf  ?  Ou  modification  de  vermau,  qui  en  rouchi  et  en  picard  signifie  la 
même  chose  ?  [Note  de  Scheler  :  «  Le  thème  warb-  ne  serait-il  pas  =  harb  = 
scarb  (comp.  escarbot)  ?] 

D'après  la  Faune  wallonne  de  J.  Defrecheux.  warbô  désigne  la  larve 
de  différents  insectes  et  surtout  celle  du  hanneton.  En  général  cepen- 
dant, les  campagnes  des  provinces  de  Brabant,  de  Namur  et  de  Luxem- 
bourg réservent  ce  nom  au  ver  bouvier  ou  larve  de  l'œstre  des  bovidés. 

Les  formes  dialectales  que  nous  avons  recueillies  sont  assez  nom- 
breuses :  wèrbé  Faymon ville  ;  -â  Tohogne.  Erezée,  Hervé  ;  —  ivarbê 
Malmedy  (Scius)  ;  -s  Awenne  :  -d  Malmedy  (Villers).  Liège,  Heure-en- 
Famenne;  — wârbô  Namur  (Pirsoul),  Jodoigne,  Marilles,  Noduwez;  — 
—  waribô  Namur  (G.)  ;  —  wèrabô  Bovigny  ;  —  warobia  Vonêche  ;  — 
waraba  Fauvillers,  Lutrebois  ;  -é  Oisy.  Gros-Fays,  Chairière,  Alle-sur- 
Semois  ;  -d  Neufchâteau,  Léglise,  Bertrix,  Ste-Marie-sur-Semois, 
Dorinne  ;  nwarabô  Etalle  :  influence  de  noir  ou  prosthèse  de  (u)n  ? 

La  charpente  du  mot  est  d'une  constance  remarquable  ;  les  varia- 
tions vocaliques  de  l'initiale  n'ont  guère  d'importance  ;  celles  de  la 
tonique  peuvent  s'expliquer  en  général  par  l'influence  de  suffixes  bien 
connus  :  -ellum  (-ê,    ê.  -ia).  -ald  (-d),  -ard  (-d),  -aculum  (-à).- 

Les  conjectures  de  G.  et  de  Scheler  ne  supportent  pas  la  discussion. 
Notre  mot  est  d'origine  germanique  ;  on  doit  en  effet  s'adresser  1°  à 
l'anglais  zvarble  (ver  bouvier),  qui  a  de  multiples  formes  :  warblet, 
warback,  ivarbie,  ivarbeetle,  warmul,  etc.  ;  2°  à  l'ail,  werbel,  (acker)zverbel 
(taupe-grillon,  eourtilière). 

Au  surplus,  le  w.  zvarbô  a  des  affinités  indéniables  avec  l'italien  du 

(x)  Dans  le  Règlement  de  1424  :  «  quiconques...  quasserat  gens  à  playe  ovierte 
[ou]  deserauble  ;  lat.  :  laedet  vulnere  aperto  seu  aperibili  »  (I.ouvrex,  i  35).  Godefroy, 
dkserable,  ne  cite  que  ce  texte  de  J.  de  Stavelot,  p.  550  :  «  et  ly  fisent  une  plaie 
deserable  en  la  tieste  ».  Voyez  aussi  G.,  II  580,  déj 'érables  (lire  :  deserables). 


—  284  — 

Nord  bar  bel  (charançon)  et  avec  le  fr.  dialectal  guéribé.  garibet,  (h)urebec, 
hubert,  heurebeuf,  etc.  (*).  désignant  un  insecte  qui  ronge  la  vigne,  le 
peuplier,  le  bouleau,  etc.  Pour  expliquer  ces  différents  ternies,  M.  Schu- 
chardt  (2)  suppose  un  type  germanique  *werribel  (=  ail.  werbel),  qui 
serait  formé  par  croisement  de  l'ail,  iverre,  grillon,  et  wiebel,  charançon. 
M.  Schuchardt  ne  parle  pas  du  groupe  wallon  dont  nous  nous  occupons  ; 
cependant  le  type  primitif  s'y  montre  plus  clairement  que  dans  les 
autres  dialectes  français,  où  les  altérations  sont  innombrables  (3). 

w.  wèrbiyon  (Bovigny),  wiban  (Malmedy) 

1.  A  Bovigny  et  à  Salm-Château  (N.-E.  de  la  prov.  de  Luxembourg, 
près  de  la  frontière  allemande),  on  appelle  le  grand  palonnier  :  la 
balance,  et  les  petits  palonniers  :  les  zvèrbiyons.  Le  suffixe  est  -iyon, 
fr.  -illon,  de  valeur  diminutive.  Quant  au  radical,  il  faut  très  probable- 
ment le  chercher  dans  le  moyen  h.  ail.  werben  «  se  mouvoir,  tourner, 
rouler  ».  Le  sens  littéral  du  mot  wallon  est  donc  :  «  petit  objet  qui 
s'agite  sans  cesse  ».  Comparez  d'autres  noms  du  palonnier  tels  que 
l'ail,  schwengel,  le  w.  balance  et  le  suivant.  * 

2.  Wiban,  qui  signifie  «  palonnier  »  à  Malmecby  et  à  Faymonville, 
est  signalé  sans  explication  par  G.,  I  487,  et  par  J.  Bastin.  Vocab.  de 
Fayin.  (BSW.50,  p.  599).  Je  crois  qu'il  faut  écrire  wiba/nt,  participe 
substantif  du  radical  bas  ail.  wib-,  forme  adoucie  de  wip-  (néerl.  wippen  : 
basculer,  se  balancer).  A  St-Vith  (Eifel),  au  Sud  de  Malmedy,  on  dit 
wibeln  «  s'agiter  sans  cesse  »  (4),  qui  répond  au  flam.  zoippelen,  m.  s. 
Pour  le  sens  littéral  de  wibant,  comparez  ci-dessus  wèrbiyon. 

w.  wére 

Le  w.  wére  (liég..  nara,,  ard.)  signifie  «  chevron  »,  pièce  de  bois  qui 

(!)  Voy.  Ant.  Thomas,  Mélanges,  p.  92  ;  Godefroy  :  heurebeuf  (herboz,  en  1400,  à 
Fribourg,  =  «  ver  bouvier  »)  ;  Littré  :  hubert,  hurebec,  urebec.  —  Comparez  de  plus  : 
garbou  (Rolland,  Faune  pop.,  xm,  p.  179),  qui  désigne  en  Bigorre  une  larve  qu'on 
trouve  sur  ou  sous  la  peau  des  moutons  ;  barbou  (ib.,  p.  113),  courtilière,  dép.  de 
l'Allier  ;  varnnvon  (ib.,  p.  179),  ver  bouvier,  env.  d'Annecy  ;  véranbi  (ib.),  id.,  env. 
de  Belfbrt  ;  verblé  (ib.,  p.  180),  id.,  à  Boulogne-sur-Mer  et  à  Saint-Pol.  —  Littré, 
Suppl.,  donne  le  norm.  verbled  (larve  du  hanneton),  qu'il  explique  par  ver  et  blé  (!), 
alors  que  c'est  visiblement  l'angl.  warblet  (ver  bouvier).  —  Ajoutez  le  vosgien  bénébâ 
(ver  bouvier  :  Hingre,  Voc.  de  la  Bresse). 

(2)  Zeilschrift  f.  rom.  Phil.,  xxvi,  395  ;  Ulrix,  n°  2419. 

(3)  Je  signale  ici  le  w.  warbia  (Namur  :  G.,  II  480),  wèrbia  (Huy)  «  lamprillon, 
petite  lamproie  »,  dont  j'ignore  l'origine.  Serait-ce  une  altération  de  *wèrtnia 
(*  vermellum)  ? 

(4)  Hecking,  Die  Eifel  in  ihrer  Mundart  (Piùm,  1890),  p.  83. 


—  285  — 

repose  sur  les  pannes  (l)  et  porte  les  lattes  du  toit.  On  trouve  weire  au 
xive  siècle,  dans  un  texte  de  Jean  d'Outremeuse,  que  nous  avons  cité 
p.  109  (voyez  aussi  Godefroy  s.  v.).  Littré  accueille  notre  mot  sous  la 
forme  waire.  G.,  II  486,  qui  écrit  à  tort  wère,  ne  donne  pas  d'explica- 
tion ;  quant  aux  conjectures  que  Scheler  ajoute  en  note,  on  peut  les 
négliger.  M.  Behrens,  qui  s'est  occupé  incidemment  de  wére  (2),  voudrait 
le  rattacher  à  l'ancien  frison  wêr  «  mouton  »  (contracté  de  weder,  ail. 
widder  «  bélier  »).  Enfin  le  latin  vâra  «  pièce  de  support  »  paraît  à 
M.  Ant.  Thomas  une  étymologie  toute  simple  (3). 

Cette  dernière  proposition  est,  à  mes  yeux,  excellente  sous  tout  rap- 
port. Cependant  elle  n'a  pas  l'heur  de  plaire  à  Meyer-Lubke,  n°  9150, 
qui  trouve  surprenant  le  changement  du  v  latin  en  w. 

L'objection  prouve  seulement  que  la  phonétique  wallonne  n'a  pas 
encore  livré  tous  ses  secrets.  En  réalité,  ce  changement,  surtout  à  l'ini- 
tiale et  devant  a,  est  loin  d'être  une  rareté.  Sans  compter  des  mots 
comme  wé,  zvayî  (vadum,  vadare,  gué,  guéer).  wayîme  (vagîna, 
gaîne),  ivasse,  wèsse  (vespa,  guêpe)  pour  lesquels  une  influence  ger- 
manique est  admise  à  tort  ou  à  raison,  on  connaît  le  liég.  wapeûr 
«  vapeur  »,  wahê  «  cercueil  »  (vascellum  ,  vaisseau),  [ivarglès' 
«  verglas  »,  wih'ner  (Forir)  «  voisiner  »,  wârtchî  «  contourner,  tordre  » 
(varicare,  d'après  G.,  II  480)  ;  le  malm.  wan,  zvaner  «  van,  vanner  », 
win  «  vain  »  (4),  wivrou  «  verveux  »,  liég.  vivrou  (vertebolum  : 
G.,  II  472).  D'autre  part,  nous  avons  vu  ci-dessus  wêroûle  :  variola; 
wahète  :  vessica  -{  -itta;  wêrî:  variatum;  warmaye,  àHuy  wèrmaye 
«essaim  d'éphémères»:  *verm-alia;l'anc.  w.waveal:  *vilutellum  (5). 

Pour  la  tonique,  comparez  clarum,  amarum,  mare  >  clér, 
amer,  mèr,  Enfin,  la  forme  ancienne  weire  confirme  aussi  la  dérivation 
vâra  <  ivére,  que  l'on  tiendra  donc  pour  pleinement  assurée  (6). 

(*)  En  wallon  viènes  (Iitt1  «  vernes  »  ;  voyez  l'article  vièrna)  :  lès  wéres  si  clawèt  so 
lès  viènes. 

(2)  Beitràge,  p.  273. 

(3)  Mélanges  (Tétym.fr.  (1902),  p.  169. 

(4)  G.,  II  485,  cite  le  malm.  aveûr  lu  cour  win,  anc.  fr.  «  avoir  le  cœur  vain  » 
(=  abattu,  malade),  sinli  win  «  sentir  le  faguenas  ».  Il  faut  en  rapprocher  le  malm. 
win-mâ  «  premières  douleurs  de  l'accouchement  »,  que  Scheler  (ib.,  p.  486)  voudrait 
expliquer  par  l'ail,  wehen  «  douleurs  »  ;  et  wainis''  «  étiolé  »,  liég.  winnis\  que  G., 
II  479,  rapporte  au  w.  waine  «  cric  »  (!). 

(5)  Voyez  l'Index.  —  Meyer-Lùbke,  n°  9376,  invente  un  mot  liégeois  wa,  qu'il  tire 
du  lat.  viscum  «  gui  »  ;  il  confond  sûrement  avec  wâ  «  glui  ».  Quant  à  wap  : 
vapidus  (?)  d'après  G.,  II  480,  le  même  auteur,  n°  9146,  le  travestit  en  vap. 

(6)  Cf.  G.  Doutrepont,  Etude  sur  Ilemricourt,  §  2. 


—  286  — 

w.  wêri  (Verviers) 

G.,  II  477,  donne  d'après  Lobet  :  wairi  (1.  confus  ;  2.  chie-en-lit  : 
vilain  masque).  Remacle  définit  le  même  mot  par  cette  phrase  :  «  il  a 
chié  au  lit  ».  On  le  cherche  vainement  ailleurs  ;  il  faut  donc  supposer 
qu'il  est  propre  à  Verviers,  où  cependant,  pour  ma  part,  je  ne  l'ai 
jamais  entendu.  Ce  terme  était  probablement  l'insulte  que  les  enfants 
lançaient  jadis  aux  masques  accoutrés  de  linges  sales  (cf.  Dict.  gên., 
v°  chie-en-lit)  ;  par  analogie,  il  a  pu  s'appliquer  à  la  personne  qu'on 
réduit  au  silence  et  qui  est,  comme  on  dit  familièrement,  dans  de 
vilains  draps.  Il  faut  donc  renverser  l'ordre  des  significations  données 
par  Lobet  et  Grandgagnage.  Si,  comme  je  le  crois,  i  final  est  long  (x), 
wêri  répond  à  l'anc.  fr.  vairiê  (de  diverses  couleurs,  bigarré,  tacheté  ; 
lat.  variatus).  Pour  le  traitement  de  l'initiale  (v  =tc),  voyez  ci-dessus 
l'article  wére. 

A  Alle-sur-Semois,  j'ai  entendu  cette  phrase  :  «  le  sang  vêriye  à  la 
peau  (par  suite  d'éraflures)  ».  Le  verbe  vêri,  me  disait-on,  équivaut  à 
chûné  «  suinter  »  ;  mais,  en  réalité,  vêri  (d'un  type  *varire?)  a 
plus  de  pittoresque  ;  il  a  dû  signifier  premièrement  :  «  faire  tache, 
mettre  des  lignes  colorées  (sur  la  peau  éraflée)  ». 

Le  liégeois  vâriyî  (Forir  :  vâriî)  «  varier,  changer  »  est  emprunté  du 
français.  De  même  varier,  v.  n.,  «  divaguer  »,  varié,  adj.,  «  troublé, 
délirant  »,  dont  M.  G.  Jorissenne  a  traité  dans  BSW  17,  p.  240,  et  qu'il 
faut  lire  sans  doute  avec  â  et  non  a.  Je  trouve  le  réfléchi  :  i  s'  vàriyéver 
«  il  se  troublait,  il  se  trompait  de  nom  »  (ib.,  50,  p.  42). 

w.  wèrleû 

L'araignée  faucheux.  Phalangium  opilio.  porte  en  Wallonie  les  noms 
les  plus  divers,  qui  sont  surtout  des  noms  de  personne.  C'est,  suivant 
les  régions,  un  «  faucheux  »,  un  «  berger  »,  un  «  vacher  »,  un  «  cloutier  », 
un  «  cordonnier  »,  un  «  mesureur  »,  une  «  dentelière  »,  une  «  madame  », 
une  «  grand-mère  »,  un  «  grand-père  »,  un  «  cousin  »,  un  «  galant  », 
etc.,  etc.  De  plusieurs  côtés  on  l'appelle  «  loup  »  (w.  leû  ;  notamment  à 
l'Kst  :  Glons-sur-Geer,  Coo,  Harzé  ;  au  Centre  :  Houdeng,  Monceau- 
sur-Sambre  ;  à  l'Ouest  :  Mons).  Enfin,  vers  la  lisière  germanique  de 
l'Est  et  du  Nord,  on  lui  donne  un  nom  signulier  :  wèrleû  à  Cherain 
(BSW  50,   p.  534)  ;  wèVleû  à  Malmedy,  Stoumont  ;  waVleû  Stavelot  ; 

(*)  Remacle  et  Lobet  négligent  presque  constamment  le  circonflexe.  Au  surplus, 
l'emploi  exclamatif  du  mot  a  pu  faire  abréger  la  finale. 


—  287  — 

wèleû  à  Lixhe-Visé;  et,  dans  le  Brabant  :  wèVlaè  à  Gembloux,  Grand- 
Leez,  zvèlè  à  Court-St-Etienne  et  à  Chastre-Villeroux  (1). 

Ce  nom  est  sûrement  composé  de  «  loup  »  (w.  leû  =  lœ,  le  dans  la 
région  brabançonne)  et  d'un  premier  élément  qu'il  s'agit  de  déterminer. 
Pour  ma  part,  je  tiens  wèrleû  pour  la  forme  la  mieux  conservée  et  j'y 
vois  une  adaptation  wallonne  du  germ.  zverwolf  (homme-loup,  lycan- 
thrope),  qui  a  donné,  comme  on  sait,  le  fr.  garou  dans  loup-garou  (2). 
Cette  conjecture  permet  d'expliquer  en  outre  ma  lieu  dit  de  la  commune 
de  Sprimont  :  la  h  S  d'  wèrleû,  qui  signifie,  d'après  moi,  la  «  bruyère 
(ail.  heide)  du  loup-garou  »  (3). 

De  là,  deux  corollaires  :  1°  leû,  nom  de  l'araignée  faucheux  (voir 
ci-dessus)  est  probablement  une  abréviation  de  wèrleû  ;  —  2°  nos 
ancêtres,  du  moins  dans  le  voisinage  de  la  frontière  linguistique,  ont 
d'abord  désigné  le  loup-garou  sous  le  nom  de  wèrleû,  décalque  transpa- 
rent du  terme  germanique.  Dans  la  suite,  sous  l'influence  du  français, 
le  composé  pléonastique  leû-warou  s'est  substitué  à  wèrleû,  lequel  a 
survécu,  vidé  de  sa  signification  primitive,  dans  l'appellation  populaire 
du  faucheux  et  dans  tel  nom  de  lieu  (4). 
[BD  1920,  p.  21.] 

anc.  fr.  wetterel 

Godefroy  traduit  par  :  «  licou,  collier  de  cheval  ».  Il  cite  deux  exemples 

(*)  La  Faune  wallonne  de  J.  Defrecheux  donne,  entre  antres  noms  dn  faucheux, 
celui  de  wellen  (BSW  25,  p.  48  ;  wellèn  dans  les  éditions  de  1890  et  de  1893).  L'auteur 
n'a  pu  me  dire  d'où  il  tenait  cette  forme,  —  qui  est  évidemment  une  erreur  de  lecture 
pour  wèlleû.  Elle  est  devenue  wèlin  dans  le  Questionnaire  de  Folklore,  p.  5,  et  dans  le 
Folklore  wallon  d'Eug.  Monseur,  p.  9  ;  ivèllin  dans  le  Projet  de  Dict.  w.,  p.  14.  Toutes 
ces  formes  sont  à  canceller. 

(2)  Il  convient  de  noter  qu'un  autre  insecte,  la  courtilière  (w.  leû  d'  1ère  «  loup  de 
terre  »  :  Defr.,  Faune  iv.),  s'appelle  lou-varou  dans  le  Puy-de-Dôme  (cf.  Rolland, 
Faune  pop.,  xm,  112).  —  Pour  la  forme  de  wèrleû,  comparez  l'ail,  werbock  («  homme- 
bouc  »),  qui  a  donné  le  w.  vèrbouc  dans  le  Condroz  (G.,  II  463),  vèrbo  au  pays  de 
Verviers  (Monseur,  Folkl.  wallon,  p.  5),  pour  désigner  un  être  fantastique,  gardien 
de  trésors  mystérieux.  Le  premier  composant,  qui  devrait  être  wèr,  s'est  ici  altéré 
sous  l'influence  de  l'adjectif  vert.  —  A  remarquer  enfin  que  la  sauterelle  s'appelle 
vèrbok  à  Awenne  (lez  St-Hubert). 

(3)  La  forme  primitive  a  dû  être  hé  de  wèrleû  ;  comparez  fond  d?  gotes,  lieu  dit 
d'Ayeneux  (BSW  53,  p.  391),  qui  est  altéré  de  fond  dès  gotes. 

(*)  Je  crois  reconnaître  une  autre  survivance  dans  une  mélopée  que  chantaient 
naguère  à  la  vesprée  les  bouviers  de  Fosses-lez-Namur  en  conduisant  leurs  vaches 
à  l'abreuvoir  :  warlau,  warlau,  lès  vatches  do  sau,  etc.  (BSW  52,  p.  167).  N'était-ce 
pas  primitivement  une  imploration  adressée  au  loup-garou  ?  Warlau,  pour  warleû,. 
serait  amené  par  la  rime  sau  (essart). 


—  288   — 

du  xve  siècle,  tirés  des  archives  de  Tournai,  où  le  mot  est  au  pluriel. 
Ces  textes,  le  second  surtout  («  une  bride  et  les  deux  wetteraux,  pour 
servir  audit  cheval  »),  auraient  bien  dû  lui  montrer  que  sa  définition 
était  erronée.  Il  s'agit  manifestement  d'un  dérivé  de  wettier,  gaitier, 
fr.  guetter.  Quant  au  sens,  il  suffit  de  comparer  le  liégeois  ivêfroide 
«  œillère  »,  qui  dérive  de  wêtî  «  regarder  »,  à  l'aide  d'un  suffixe  -ar- 
iolam,  synonyme  de  -ar-ellam.  C'est  un  petit  objet  concernant 
l'action  de  regarder  ;  comparez  bat'' roule  «  batte  à  beurre  »,  planf  roule 
«  plantoir  »,  etc. 

liég.  wihète 

G.,  II  488,  donne  sans  explication  le  liég.  wihète  «  jeune  fille,  frisque, 
folâtre,  grivoise  ».  —  C'est  probablement  un  diminutif  féminin  du 
nom  propre  Wilhelm  (Guillaume),  dont  nous  avons  vu  le  masc.  wihot, 
à  l'article  ouyot.  Wihète  répondrait  donc  aufr.  dial.  guillemette  (=  sotte, 
étourdie  ;  cf.  Lobet,  v°  valtrou).  La  forme  normale  wihote,  qui  est  dans 
Godefroy,  aurait  changé  de  suffixe  sous  l'influence  des  nombreux 
termes  wallons  de  sens  analogue  :  câcarète,  tckamarète,  turlurète,  mazète, 
haguète,  djouguète,  frikète,  fringuète,  etc.  Le  mot  rentrerait  dans  la  liste 
des  nombreux  noms  propres  devenus  noms  communs  avec  un  sens 
satirique  ;  voyez  ci-dessus  l'article  tibî. 

w.  wisplote  (Verviers) 

Nous  ne  connaissons  ce  mot  que  par  Lobet,  qui  en  parle  deux  fois 
pp.  628  et  675.  Il  écrit  d'un  côté  :  wuissplott  «  haillon,  guenille,  chif- 
fon, etc.  »,  et,  d'autre  part  :  mett  les  zoisplott  «  mettre  le  voile  nuptial 
que  le  prêtre  tend  sur  la  tête  des  époux  pendant  la  célébration  du 
mariage  ».  G.,  II  490,  dit  simplement  que  «  wis'  rappelle  l'ail,  ivisch, 
torchon,  chiffon  ».  Le  rapprochement  paraît  plausible.  Quant  au  second 
composant,  il  est  difficile  de  ne  pas  le  reconnaître  dans  cet  article  que 
je  traduis  du  Wôrterbuch  der  Eupener  Sprache  (dialecte  allemand 
d'Eupen,  à  l'Est  de  Verviers)  :  «  pluie,  n.,  vieux  habits,  vieux  linges, 
chiffons  ;  néerl.  provincial  plodde  =  plunder  (néerh,  ail.)  qui,  à  l'origine, 
signifiait,  sans  idée  dépréciative,  effets  ou  ustensiles  de  ménage  »  (1).  — 
Wisplote  désignerait  donc  proprement  des  chiffons  servant  à  essuyer 
(comp.  l'ail,  familier  wischtuch  :  mouchoir).  L'ironie  de  l'expression 
mète  lès  wisplotes  a  bien  la  note  populaire.  Reste  à  voir  si  on  connaît 
le  mot  dans  la  région  germanique  voisine  de  Verviers. 

(!)  Voy.  aussi  Mûller,  Die  Aachener  Mutidart,  pluut. 


—  289  — 

w.  wite  (Verviers) 

Ce  mot  wite,  s.  f.,  inconnu  à  Liège,  appartient  à  la  région  de  l'Est 
(Hervé,  Verviers,  Spa).  Pour  résumer  et  clarifier  l'article  assez  confus 
de  Lobet,  p.  628,  il  signifie  1°  (sens  ordinaire,  le  seul  aujourd'hui  usité) 
«  loque,  morceau  d'un  tissu  de  rebut,  torchon  pour  laver  le  plancher  »  ; 
—  2°  (sens  archaïque)  «  amadou  économique  ou  de  ménage  »,  c'est-à- 
dire  loque  brûlée  qui  servait  jadis  à  battre  le  feu  avec  le  make-feû 
(briquet,  fusil)  et  un  flin  (pierre  de  flin,  silex)  ;  tout  cet  attirail  était 
serré  dans  mie  petite  boîte  appelée  lasse  as  wites  (en  liégeois  lasse  al 
sitofe  «  boîte  à  l'étoffe  »). 

G.,  II  490,  le  donne  sans  explication.  Godefroy,  à  propos  de  l'anc.  fr. 
vite  «  bandelette  »,  cite  un  exemple  wallon  qu'il  tenait  d'Albin  Body  : 
«  deux  wittes  à  laver  »  (1790  :  Archives  de  Spa).  Cela  pourrait  faire 
penser  au  latin  vitta  (x)  ;  mais  le  rapprochement  imaginé  par  Godefroy 
ne  repose  que  sur  une  vaine  apparence. 

A  Trembleur,  au  Nord  de  Liège,  le  verviétois  wite  est  inconnu.  Au 
sens  1,  on  dit,  comme  en  liégeois,  dra  d'  mohone  («  drap  de  maison  »)  ; 
mais,  au  sens  2,  j'ai  relevé  zcike,  s.  f.,  li  lasse  as  ivikes.  Or  cette  forme 
précieuse  reproduit  manifestement  le  moyen  néerl.  wieke  «  charpie  ; 
lambeau,  morceau,  loque  »  (2).  Pour  l'altération  de  ivike  en  wite,  com- 
parez ci-dessus  l'article  skèrbalik. 

w.  zgliné  (Villers-Ste-Gertrude) 

Mot  inédit,  signifiant  :  «  battu,  rossé  »  (il  a  stou  zgliné  corne  i  fât)  et 
seulement  employé  au  participe  passé.  On  y  reconnaît  le  suffixe  dimi- 
nutif -iner  et,  dans  le  groupe  zgl-,  le  radical  syncopé  de  zingler  «  cingler, 
sangler  un  coup  »  (G.,  II  491).  La  forme  pleine  *zingliner  se  retrouvera 
peut-être  ailleurs.  La  réduction  du  trissyllabe  en  dissyllabe  est  nor- 
male ;  d'ordinaire,  toutefois,  la  syncope  affecte  la  voyelle  protonique 
ou  médiale  ;  comp.  stèss'ner  pour  *stèzïner,  stèssiner  (à  l'article  èstèssi- 
ner),  wass'ner  pour  *tvazoner.  Ici,  pour  une  raison  d'euphonie,  c'est  la 
syllabe  initiale  qui  s'est  réduite  :  je  doute  qu'il  existe  un  autre  exemple 
de  ce  cas.  A  noter  enfin  l'adoucissement  fréquent  de  s  fort  en  %  à 
l'initiale  ;  voyez  zoWlé. 

(x)  Cf.  Uiez,  pp.  457,  497  ;  Kôrting.  n°  10261  ;  Meyer-Lûbke,  nc  9404.  —  Sur 
l'anc.  fr.  wite  ou  guite  (long  voile  de  femme),  voyez  aussi  Godefroy,  vin,  335,  300. 

(2)  Voy.  Franck-van  Wyk.  —  Ce  mieke  est  le  même  mot  que  le  néerl.  wiek,  qui  en 
flamand  signifie  «  mèche  de  lan  pe  »  (de  même  que  l'ail,  wieche,  wicke;  à  Aix-la- 
Chapelle  et  à  Eupen  wek),  d'où  le  w.  wèke  (liég.  archaïque),  witche  (Huy,  Namur, 
Hesbaye),  s.  f..  «  mèche  de  lampe  à  l'huile  grasse  »  ;  voy.  G.,  II  485. 

19 


—  290  — 

liég.  zîvèrcôf 

A  Verriers,  vers  1880,  j'ai  entendu  souvent  cette  expression  singu- 
lière :  [aller  ou  envoyer  qqn]  as  (ou  è  lès)  zéfurcôf,  pour  dire  «  au  diable, 
aux  antipodes  ».  Longtemps  après,  j'ai  découvert  dans  le  Dictionnaire 
de  Lobet  (Verviers.  1854.  p.  659)  l'article  suivant  :  «  I-fur-kôf,  Indes 
orientales  ;  se  dit  des  personnes  embauchées  par  subterfuge  pour  les 
Indes  ».  Même  forme  dans   une  pasquille  du  verviétois  N.   Poulet   : 
dj'ireû-st-âs-  Ifurkôf  mâgré  V  tchîn  a  treûs  tièsses;  une  note  de  l'auteur 
(BSW  1860,  t.  3,  p.  373)  nous  apprend  que  tel  est.  à  Verviers,  le  nom 
populaire  des  enfers  et,  à  Liège,  celui  des  Inde-,  hollandaises.  —  A 
Liège,  comme  à  Verviers,  le  mot  est  aujourd'hui  presque  oublié.  Je  ne 
l'ai  rencontré  que  deux  fois,  sous  la  forme  zîvèrcôf,  dans  les  56  tomes 
du  Bulletin  de  la  Société  de  Littérature  wallonne  (1).  M.  Henri  Simon 
connaît  l'expression  divins  lès  zîbèrcôf  :  «  en  enfer  ».  De  plus,  une  fiche 
de  feu  Isidore  Dory  porte  que  âs-îvèrcôfes  signifie  «  aux  Indes  hollan- 
daises »,  et  Dory  ajoute  cette  conjecture  :  «  Sous  le  régime  hollandais, 
on  envoyait  aux  Indes  orientales  comme  soldats  les  jeunes  gens  indis- 
ciplinés dont  les  parents  ne  savaient  que  faire  ;  on  les  vendait  pour  les 
îles,  comme  disait  le  peuple.  Lss  îles  et  verkoopen  (vendre)  paraissent 
être  les  éléments  de  ce  mot  ».  --  Enfin  versons  au  dossier  ce  texte 
curieux  et  quelque  peu  déroutant  qui  nous  vient  de  Malmedy  : 

Ces  vîs,  sûtis  corne  leûs  bodèts, 
pinsint  trover  lès  «  Ziles  Ferkoffes  » 
qwand  qu'i  vèyint  lès  trôs  Marèt, 
lu  Ru,  lès  Pouhons  et  lès  Gofes  (2). 

Pour  le  coup,  aurions-nous  affaire  à  un  groupe  d'îles  de  la  Poly- 
nésie ?  Mais  on  aura  beau  fouiller  cartes  et  dictionnaires  géographiques, 
rien  ne  nous  éclairera.  Une  seule  conclusion  s  "impose,  c'est  qu'il  s'agit 
bien  d'une  locution  d'origine  germanique. 

Pour  l'expliquer  (3),  on  s'adressera  au  néerl.  zielverkoopen,  qui  a 
signifié  jadis  :  «  vendre  son  âme  (au  diable)  »,  et  plus  récemment  :  «  se 

(*)  Dji  m'vasûoer  è  VEgipe  (Egypte)  ou  bin  devins  lès  ^"nèrkôves  (t.  21,  p.  233  : 
Jos.  Deprez).  Vus''  clila  lès  mers,  vas'  minute  âs-îvèrkôves  ou  à  diâle  dji  n'  (i  se  niée! 
(t.  53,  p.  108  :  God.  Halleux). 

(-)  «  Ces  vieux,  aussi  (peu)  subtils  que  leurs  paniers,  pensèrent  trouver  les  anti- 
podes quand  ils  virent  les  trous  Maret,  etc.  (lieux  dits  des  environs  de  Malmedy)  ».  — 
Extrait  d'un  poème  de  Mlle  Libert,  reproduit  dans  VArmonack  do  V  saméne,  Mal- 
medy, 1909,  p.  75. 

(8)  Je  dois  les  renseignements  qui  suivent  à  l'obligeance  de  MM.  Mansion  et 
Verdeyen,  professeurs  de  philologie  germanique  a  l'Université  de  Liège. 


—  291  — 

laisser,  pour  de  l'argent,  enrôler  comme  soldat  ou  comme  matelot  ». 
Les  dictionnaires  néerlandais  du  xvme  siècle,  Ilalma.  Marin,  etc., 
définissent  comme  suit  le  substantif  zielverkooper  (litt.  «  vendeur 
d'âmes  »)  :  «  marchand  de  chair  humaine  ;  usurier  qui  munit  d'habits 
et  de  provisions  des  soldats,  des  matelots,  à  raison  d'un  gros  intérêt 
pour  ses  avances  ;  enrôleur  ou  embaueheur  de  soldats  et  de  matelots 
pour  les  Indes  néerlandaises  »  (!).  Naguère  encore,  on  appelait  ainsi  en 
Flandre  ceux  qui  recrutaient  des  remplaçants  pour  le  service  militaire. 
Il  résulte  de  là  que  l'expression  primitive  «  envoyer  qqn  au  (ou  aux) 
^zllvèrkôp'  »  signifiait  l'envoyer  auprès  de  l'enrôleur  ou  des  enrôleurs 
pour  les  Indes.  Dans  la  suite,  le  sens  propre  s'étant  oblitéré  et  le  z 
initial  s'étant  confondu  avec  la  finale  du  pluriel  as  (aux),  on  a  pris  le 
nom  du  racoleur  pour  celui  du  pays  où  il  expédiait  ses  victimes  ;  par 
une  nouvelle  dégradation,  les  Indes  sont  devenues  les  antipodes,  puis 
les  enfers  :  ainsi,  au  lieu  de  as  (aux),  on  a  pu  dire  è  lès...,  divins  lès... 
(en  les,  dans  les).  —  Quant  à  la  forme,  zîl-  ne  s'est  maintenu  que  dans 
le  texte  de  Malmedy,  mais  l'étymologie  populaire  y  a  fait  voir  des 
«  îles  »  ;  ailleurs,  zH-  s'est  réduit  à  zî-  (zé-,  dans  une  forme  verviétoise)  ; 
-  vèr  s'est  maintenu  en  liégeois  (bèr  résulte  d'une  dissimilation)  ;  fèr 
en  malmédien  =  fur  en  verviétois  ;  —  enfin  la  finale  -dp'  est  devenue  -ôf 
par  assimilation  avec  ver  qui  précède,  à  moins  qu'on  n'admette  une 
forme  germ.  *zielverkoofer  qui  existe  peut-être  dans  les  patois  rhénans 
du  voisinage.  La  voyelle  brève  -#/  de  Malmedy  est  probablement 
amenée  par  la  rime. 

liég.  zoh'lé 

Mot  inédit,  que  j'ai  noté,  sans  indication  de  source,  dans  ce  texte 
liégeois  :  U  coton  dèl  lamponète  est  tôt  zoh'lé  d'  crasse  «  la  mèche  de  la 
(petite)  lampe  est  toute  pleine  de  crasse  ».  De  même  que  zingler  (voyez 
ci-dessus  zgliïié)  est  une  prononciation  bien  wallonne  de  cingler,  zoh'lé 
se  ramène  à  sohî,  verbe  dérivé  de  sohe,  s.  f.,  «  rigole,  tranchée  pour 
l'écoulement  des  eaux  »  (2).  G.,  II  371,  définit  sohî  :  «  faire  une  saignée 

(!)  Voy.  aussi  Grimm,  qui  cite  un  exemple  de  Frisch  (1741)  :  «  seelverkaufer,,  in 
Holland,  qui  navigantibus  in  Indiam  homines  adducit  ut  in  navibus  serviant  ».  — 
Le  petit  Wôrterbuch  der  Eupener  Sprache  (Eupen,  1899),  donne  :  Sileverkôuper 
«  marchand  d'esclaves  ». 

(2)  L'étymologie  donnée  par  G.  (lat.  sulcus)  ne  convient  pas.  M.  Esser  a  montré 
(BD  1912,  p.  101)  que  sohe  vient  de  l'anc.  h.  ail.  suocha  (sillon).  —  Voyez  au  sur- 
plus Blumschein,  Aus  dem  Wortschatze  der  Kôlner  Mundart  (Coin,  1904),  p.  2:3  ;  on 
trouve  sohe  (égout,  ruisseau,  rigole)  à  Cologne  en  1850.  —  Comparez  ci-dessus 
l'article  sohe. 


—  292  — 

pour  l'écoulement  des  eaux  »,  puis  il  cite,  sans  traduction,  la  phrase  : 
cist-ome  la  estent  si  plin  a"  Messes  qu'i  sohîve,  où  sohî  a  le  sens  intran- 
sitif de  :  «  ruisseler,  regorger,  déborder  »  (syn.  ridohî).  De  même  : 
i-èst  téVmint  plin  qu'i  sohe  (Verviers  :  BSW  53,  p.  422)  a  il  est  tellement 
ivre  qu'il  déborde  ».  —  C'est  par  une  figure  analogue  que  le  diminutif 
zohUé  peut  signifier  :  «  inondé,  couvert  d'une  multitude  ». 


293  — 


Les   noms   dialectaux   de   la   «  culbute  » 
en  Belgique  romane 

L'essai  de  synthèse  qui  suit  est  sans  doute  encore  bien  incomplet  ; 
il  aura  tout  au  moins  le  mérite  de  montrer  la  riche  variété  de  nos  patois, 
d'offrir  quelques  explications  inédites  et  d'orienter  les  recherches 
ultérieures  (1). 

1.  Certain  jeu  d'enfant  consiste  à  se  dresser  sur  les  mains,  tête  en 
bas  et  jambes  en  l'air  ;  le  débutant  appuie  d'ordinaire  les  pieds  contre 
un  mur.  Cet  exercice  s'appelle  en  fr.  pop.  «  (faire  le)  poirier  »,  les  jambes 
figurant  les  deux  branches  de  l'arbre  ;  anc.  fr.  perler  (God.). 

C'est  aussi  le  nom  qu'il  porte  dans  le  domaine  exploré  :  pèrî  ou 
peûrî  Liège  (rare)  ;  pèrî  Bovigny  ;  père  Stoumont,  Wanne,  Villers- 
Ste-Gertrude  ;  pzvarî  Namur,  Denée,  Wavre,  Harmignies  ;  pwèrî 
Genappe,  Pécrot-Chaussée,  Chastre-Villeroux,  Ciney,  Chimay,  Gilly  ; 
pivârié  Tournai,  Wiers,  Pâturages,  Quevaucamps  ;  pourî  Ellezelles  ; 
pori  Tourcoing.  —  L'expression  ordinaire  est  «  faire  le  poirier  »  ;  à 
Ciney  «  planter  le  poirier  o  (2).  —  On  dit  :  (faire  le)  haut  pwarî  Ucimont, 
Denée  ;  -iè  Thibessart  ;  -ié  gaumais  (S.-E.  du  Luxembourg)  ;  pwarié 
fourchu  Margny-lez-Florenville  ;  arbre  fourchu  Lille  ;  fè  V  fortchoye 
mèlèye  (=  pommier  fourchu)  à  Roy  en  Famenne  (3) 

A  Seraing,  M.  Nie.  Pirson  signale  le  mot  hôstal,  terme  de  gymnas- 
tique :  Li  proumî  qu'on  fit,  qivand  on  est  jumnasse  (gymnaste),  c'est 
V  hôstal.  Ce  mot  (germanique  ?)  paraît  être  d'introduction  récente. 


f1)  Cette  étude  a  paru  pour  la  première  fois  en  1914,  dans  le  Bulletin  du  Diction- 
naire wallon.  Elle  est  ici  complétée  et  remaniée  en  plusieurs  endroits. 

(2)  De  celui  qui  n'a  plus  d'argent,  on  dit  plaisamment  à  peu  près  partout  :  «  Il 
peut  faire  le  poirier,  il  ne  tombera  rien  de  ses  poches  ». 

(3)  Comparez  fouché-picèré  dans  les  Vosges  ;  planter  la  pourée  en  Touraine.  De 
même,  en  westphalien,  den  boom  stân  (=  den  Baum  stehen)  et,  en  patois  d'Aix-la- 
Chapelle,  der  beereboom  stohn  (=  den  Birnbaum  stehen). 


—  294  — 

2.  La  culbute,  à  proprement  parler,  est  un  tour  complet  sur  soi- 
même.  On  peut  distinguer  :  1°  la  culbute  en  avant  :  la  tête  est  posée 
sur  le  sol  et  l'on  tourne  cul  par  dessus  tête,  de  façon  à  retomber  sur  le 
dos  ;  —  2°  la  c.  en  arrière  :  on  se  met  sur  le  dos,  on  rejette  les  jambes 
en  arrière,  de  façon  à  retomber  sur  les  genoux  ;  —  3°  la  c.  latérale, 
moulinet  où  l'on  fait  tourner  le  corps  sur  les  mains,  puis  sur  les  pieds  ; 
en  fr.  «  faire  la  roue  »  ;  —  4°  enfin  la  c.  accidentelle,  où  l'on  tombe  brus- 
quement à  la  renverse  ;  d'où,  en  général,  chute,  pirouette,  cabriole  (1). 

Il  va  de  soi  que  tous  les  mots  qui  suivent  n'ont  pas  toutes  ces  signi- 
fications. A  l'occasion,  on  indiquera  au  moyen  d'un  chiffre  (1°,  2°,  4°) 
le  sens  usité  dans  telle  ou  telle  localité.  Les  renseignements  recueillis 
permettent  de  croire  que  le  1°  et  le  4°  sont  les  plus  connus.  Rarement 
on  a  mentionné  le  2°.  —  Quant  au  3°,  tout  ce  que  je  sais,  c'est  qu'à 
Bouvignes-Dinant  on  dit  :  je  V  ruwe  di  tchaur  «  faire  la  roue  de  char  »  ; 
à  Malmedy  :  je  V  tour  du  pawion  «  faire  le  tour  de  papillon  »  ;  à  Faymon- 
ville  :  je  dès  roues  d'  pawion  ;  à  Roy  :  fè  V  roive  ;  à  Pâturages  :  je  le  rwé 
((faire  la  roue»  ;  à  Liège:  je  V  rowe  d'âwe  «roue  d'oie»  ou  di  tchèrète 
«  de  charrette  ». 

Les  expressions  sont  groupées  d'après  les  trois»  grandes  divisions 
clialectologiques  de  la  Belgique  romane  : 

A.  Wallon  proprement  dit  (liégeois,  ardennais,  namurois  et  bra- 
bançon de  l'Est)  ; 

B.  Gaumais  (dialecte  de  la  Lorraine  belge,  au  Sud  de  la  province 
de  Luxembourg)  ; 

C.  Ouest-wallon  (Charleroi-Xivelles)  et  rouchi  (variété  du  picard  : 
Mons-Tournai). 

Dans  chacune  de  ces  divisions,  on  suit  l'ordre  alphabétique. 

A.  Wallon  proprement  dit. 

3.  bèrdoûse,  bourdoûse  (Liège  :  G.),  terme  enfantin.  «  culbute  » 
en  général.  Duvivier  donne  bourdon  je  et  bourdouhe.  J'ai  entendu  aussi 
bar  don  je  (il  a  jet  'ne  bêle  bardouje).  Forir  ne  signale  que  bourdî-bour- 
douhe  «  exclam,  pour  exprimer  une  chute,  une  culbute  ».  A  Verviers, 
bourdoûsser,  birdoûsser  (al  valêye)  :  «  culbuter,  dégringoler  ».  Il  est  hors 

(x)  Il  existe  encore,  parmi  les  jeux  enfantins,  une  autre  espèce  de  culbute,  qui 
consiste  à  se  laisser  rouler  du  haut  d'une  pente  gazonnée.  Le  verviétois  dit  :  rôler  a 
faguène  «  rouler  à  [la  façon  d'un]  fagot  »  ;  le  liégeois  :  rôler  ou  djouwer  a  si  sprâtchi 
/'  bolroûle  rouler  ou  jouer  à  s'écraser  le  nombril  »  ;  à  Jupille  rôler  <i  fahène  ou 
a  sire-vinle  a  à  fagot  »  ou  «  à  serre-ventre  »  ;  en  Flandre  française  faire  un  badoulet 
(c.-à-d.  un  petit  fagot  rond  :  Vermesse). 


—  295  — 

de  propos  de  penser  à  l'ail,  burzeln,  comme  fait  G.,  I  52.  Ces  termes 
sont  de  pures  onomatopées  (x),  empruntées  de  l'ail,  bardauz  et  du  néerl. 
pardoes,  perdoes  ;  voy.  Weigand,  Franck- van  Wyk.  —  Telle  est  aussi, 
pour  le  dire  en  passant,  l'origine  du  liég.  bèrlôzer,  birlôzer,  dont  G. 
n'indique  pas  Pétymologie.  Nous  y  verrons  l'altération  d'un  primitif 
bardoûsser,  bèrdoûsser  (-oûzer,  -ôsser,  -ôzer),  avec  changement  de  d  en  l. 
4.  bèrwètem'a  été  donné  à  Laneuville-au-Bois  (centre  de  la  province 
de  Luxembourg)  comme  synonyme  de  coupure  «  culbute  »  ;  c'est 
d'ailleurs  le  sens  qu'il  faut  aussi  lui  attribuer  dans  l'expression  je 
bèrwète  (liég.,  nam.,  ard.),  bien  connue  surtout  au  jeu  de  quilles  : 
«  faire  faux  bond,  coup  nul,  ne  pas  abattre  de  quilles  ou  même  man 
quer  la  planche  en  lançant  la  boule  ».  —  On  serait  tenté  d'abord  d'y 
voir  une  acception  figurée  de  bèrzvète  «  brouette  »,  par  analogie  avec 
une  brouette  qui  se  renverse  en  avant  ou  de  côté  ;  mais,  en  réalité,  il 
faut  distinguer  1.  bèrzvète  «  brouette  »,  bèrzvèter  «  brouetter  »,  et  2.  bèr- 
wète «  culbute  »,  bèrivèter  «  culbuter,  dégringoler,  tomber  de  haut  et 
avec  des  chocs  ;  d'où  faire  fiasco  »  (2).  Le  second  répond  au  franc. 
pirouette,  -er,  dont  l'origine,  mal  connue  jusqu'ici,  s'éclaire  par  ce 
rapprochement.  Le  franc.  «  faire  la  pirouette  au  jeu  de  mail  »  (Littré) 
ne  peut  en  effet  être  séparé  du  wall.  je  bèrwète  au  jeu  de  quilles.  En 
meusien  —  et  ailleurs  évidemment  —  faire  la  pérouette  signifie  «  cul- 
buter »  (Goffart.  Glossaire  du  Mouzonnais).  En  wallon  *pirwète,  *pèr- 
zvète  (3)  a  subi  l'influence  de  bèrzvète  «  brouette  »,  mais  le  nam.  pirwitche 
«  pirouette  »  (L.  Pirsoul)  reproduit  le  radical  primitif.  D'autre  part, 
on  trouve,  avec  le  sens  spécial  de  «  toton,  moule  de  bouton  percé  d'un 
trou  au  milieu  »,  pirouelle,  peroueille  (4)  en  messin  (M.  Lorrain)  et,  en 
wallon,  pènviye  Bastogne,  St-Hubert  ;  pèrwèye  Laroche,  Che\Ton, 
Condroz  et  Famenne  ;  phvèye  (pour  *pirwèye)  Liège.  Bergilers  ;  pir- 
witche et  pîzvitehe  Huy,  Namur,  Fosses  ;  enfin,  à  Burdinne  (en  Hesbaye), 
nous  relevons  la  forme  spèrwitche,   qui  rattache  clairement  tout  ce 

(!)  De  même  bardaf  «  patatras  »  (=  flam.  pardaf).  —  Comparez  cet  article  de 
Lobet,  p.  253  :  a  houptata,  chute  d'un  enfant  sur  son  derrière  et  qu'on  relève  de 
suite  sur  pied  ».  —  Au  langage  enfantin  appartient  aussi  l'expr.  fé  toutoume  ou 
totome  (  =  tourner,  tomber). 

(2)  Le  namurois  dit  dans  ce  cas  bèronler.  Bèrivèter  «  dégringoler  »  est  liégeois  et 
surtout  ardennais  ;  voy.  abèrivèter  dans  BD  1906,  p.  94. 

(3)  Pirivète  est  dans  le  Dici.  liég.  de  Forir  ;  mais,  sous  cette  forme,  c'est  un  emprunt 
récent  du  français. 

(4)  Comp.  le  meusien  péroile  (Labourasse)  :  «  s.  f.,  gros  sou  avec  lequel  on  joue  au 
patard  (jeu  de  bouchon,  le  bouchon  lui-même)  ». 


—  296  — 

groupé  au  bas-allemand  d'Aix-la-Chapelle  spirewippche  «toton»  (1). 
La  chute  de  s  initiale  (sauf  à  Burdinne).  l'altération  de  la  finale  (sous 
l'influence  des  suff.  -iye,  -èye,  -ète,  -èle),  le  passage  du  w  germ.  à  ou  fr. 
(purement  graphique,  comme  dans  marsouin)  sont  des  phénomènes 
ordinaires  (2). 

5.  coubotèye  Robertville-lez-Malmedy,  Bovigny,  Wanne  :  je  cou- 
botèye,  syn.  je  V  coupèrou  «  faire  la  culbute  ».  A  Faymonville,  je  cou- 
botèye, c'est  faire  la  culbute  en  arrière.  —  Composé  de  cou  «  cul  »  et  de 
botèye  «  bouteille  ». 

6.  coupèrou.  G.,  I  131,  n'en  explique  pas  l'origine.  C'est  une  alté- 
ration de  cou-pèrî  «  cul-poirier  »  (voy.  §  1),  la  finale  ou  faisant  écho  à  la 
première  syllabe.  —  Le  même  type  se  retrouve  en  Picardie  :  cupoirier 
(God.,  v°  perler)  ;  en  rouchi  :  tchupori  Pecq.  tchupouri  Luingne-lez- 
Mouscron  ;  sur  la  Semois  :  cupuarî  Bohan  ;  en  gaumais  :  eu  oV  pwarî 
Buzenol,  St-Léger  (au  sens  2°  ;  pour  le  1°.  on  dit  eu  (V  boùré)  ;  en  meu- 
sien  :  cû  oV  pèreil  ou  a7'  purée,  cû  cV  peûrète  ou  d'  pureté  (Labourasse, 
Varlet).  —  En  wallon  proprement  dit,  il  est  fort  répandu  et  présente  des 
formes  variées  :  cupwèrî  Forville  (N-E.  de  la  prov.  de  Namur)>;  cupèri 
Awenne,  Denée  ;  coupèri  Dinant,  au  sens  4°  ;  coupèri,  copèri  Ciney  ; 
copwèri  Dorinne  (3)  ;  coupiré  Neufchâteau  (4);  Bertrix  ;  coupèrè  Oisy, 
Lavacherie,  Ortheuville,  Tohogne,  Roy  et  dans  la  Famenne  ;  cupèrè 
Freux  lez-St-Hubert  ;  coupœrè  Chairière,  Gros-Fays  ;  coup ir ou  Moxhe  ; 
coupèrou  Barvaux-Condroz  ;  cupèrou  Eghezée  ;  coupèrô  Erezée  ; 
coupèrou  Liège,  Glons,  Verviers.  Spa,  Wanne,  Malmedy,  Bovigny, 
Lutrebois,  Ciney,  Ben-Ahin,  Vezin,  Petit-Fays  ;  coubèrou  Liège  (Duvi- 
vier),  Petit-Fays.  —  Diminutifs  :  eoubèrliê  (le  suff.  -hê    =  -cellum, 

(x)  Jos.  Mùller,  Die  Aachenêr  Mundart,  1836.  Ce  rapprochement  est  suggéré 
par  G.,  II  230.  L'origine  de  spirewippche  (qui,  paraît-il,  n'a  plus  cours  aujourd'hui 
à  Aix)  est  donnée  exactement  par  Scheler  :  spire  «  chose  pointue  »  et  wippche, 
dimin.  de  wipp  <  mouvement  rapide  »  (ib.,  note).  Cf.  Behrens,  Beitrâge  zur  fr. 
Wortgeschichte,  p.  125. 

(2)  A  propos  du  w.  penviy  (lire  pèrwiye),  Meyer-Lubke,  n°  9515,  exprime  une 
autre  opinion  qui  me  paraît  inacceptable.  Il  en  fait  le  congénère  de  girouette  et  ne 
parle,  ni  à  cet  endroit  ni  ailleurs,  du  fr.  pirouette. 

(3)  co-  est  dû  à  l'influence  du  préfixe  favori  en  namurois  :  cobèrouler,  cotonnier, 
cotaper,  covèriner,  cotwade  (con-torqu^re),  etc.  ;  de  même  cumulèt  est  devenu 
co  m  a  lit  en  namurois  moderne,  §  10. 

(*)  A  Xcuvillers-Recogne,  on  a  formé  de  là  le  v.  tr.  coupirè  ;  à  certaine  époque 
(moisson  ?)  les  jeunes  gens  se  saisissent  d'une  jeune  fille  qu'ils  couchent  par  terre 
pour  faire  le  cumulet  par  dessus  :  atrape  Marine  quu  ilj'  la  coupirinche  !  <lju  vans  la 
coupirè!  Les  jeunes  filles  font  de  même  quand  elles  peuvent  attraper  un  jeune 
homme.  (Communication  de  M.  G.  Goffinet). 


—  297  — 

-scellum)  à  Bergilers  en  Hesbaye  ;  fé  la  coupèrète  Lutrebois,  one 
cupèrète  Rachamps-Bourcy,  la  coubèrète  Wardin-lez-Bastogne.  — 
Notez,  au  sens  2°.  les  expressions  coupèrou  (T  mam'zèle  Liège,  ou  d'  ma- 
dame Glons  (cumulèt  rf'  mam'zèle  Namur  :  Pirs.),  cupwarî  a  fvér  Bohan- 
sur-Semois,  tchupouri  a  Vind'vêr  Luingne-lez-Mouseron. 

7.  couprrrn<?  Offagne  ;  de  même,  en  Ardennes  françaises,  coupèrgnÔ 
St-Fergeux,  Acy  lez-Château-Porcien  (1).  -  -  Le  première  syllabe  ne 
pouvant  représenter  cul  (à  Offagne  :  kœ),  j'expliquerai  littéralement 
par  *  couper  onneau,  diminutif  de  l'anc.  fr.  couperon  «  cime,  sommet  », 
qui  a  laissé  d'ailleurs  d'autres  dérivés  en  wallon  :  copurnale  (-ella), 
«  faisceau  de  gerbes  »  Liège  (Forir),  ou  encore  «  gerbe  d'avoine  à  un 
seul  lien  :  drèssî  lès  copurnales  »  Liers  ;  scopumè  Marche-en-Famenne, 
Ciney,  Dorinne,  «  couper  le  sommet,  le  bout  »,  anc.  fr.  escoupperonner  ; 
discopurné  Denée,  même  sens  ;  acopurlè  (pour  -ne)  Beauraing,  qui  a 
aujourd'hui  le  sens  péjoratif  de  «  emmancher  »,  mais  qui  a  dû  signifier 
«  attacher  par  le  sommet  (par  ex.  des  gerbes)  »  ;  d'où  acopoernûre 
Chastre-Villeroux,  BD  1910,  p.  134  ;  1922,  p.  35. 

8.  couribèt,  m.,  liég.,  G.,  I  131  ;  couroubèt  Duvivier,  courubèt  Rou- 
veroy,  corubèt  Remacle,  Forir  ;  avec  changement  de  suffixe  :  couroubot 
à  Jupille  ;  diminutif  :  couroubinèt  à  Liège,  croubinèt  à  Geneffe.  —  C'est 
une  forme  masculine  de  «  courbette  »  (voy.  God.,  corbet),  qui  a  pris  le 
sens  de  «  culbute  ».  Je  relève,  dans  un  texte  liégeois  de  1732,  croubèt 
(BSW  1,  180)  et,  dans  Forir,  couroubète  avec  le  sens  primitif  de  «  cour- 
bette ». 

9.  cou-z-â-haut  Verviers  (Lobet,  p.  305).  litt.  ;<  cul-en-haut  »  : 
fé  dès  cou-z-â-haut  «  faire  des  culbutes  »  ;  voyez   §  13. 

10.  cumulèt,  s.  m.,  terme  francisé  connu  dans  toute  la  Belgique 
romane,  où  il  passe  même  pour  être  français.  C'est  le  seul  mot  en  usage 
à  Namur  (avec  le  verbe  cumuleter,  G.,  1 147),  dans  la  région  de  Charleroi 
et  dans  une  partie  de  la  Hesbaye  :  Marilles,  Ambresin,  Wasseiges.  — 
Il  a  d'ordinaire  les  sens  1°  et  4°.  On  fait  cependant  çà  et  là  des  distinc- 
tions ;  ainsi,  à  Luttre,  il  n'a  que  le  sens  1°  (pour  le  4°  on  dit  crumuya  ; 

§  22)  ;  à  Wiers,  il  n'a  que  le  sens  4°  (pour  le  1°,  cutromiau  ;  §  22).  —  La 
forme  la  plus  ordinaire  est  cumulèt.  On  prononce  hœmàlèt  en  Brabant 
(Chastre-Villeroux,  Pécrot-Chaussée,  Jodoigne)  et  sur  la  Semois  infé- 
rieure (Aile,  Oisy). 

Grandgagnage  en  rapproche  le  rouchi  tuméte,  tumelête  et  le  normand 

(*)  Je  dois  ce  renseignement  et  la  plupart  de  ceux  qui  concernent  les  Ardennes 
françaises  à  l'obligeance  de  M.  Charles  Bruneau. 


—   298  — 

cumbht.  dérivés  de  l"anc. -haut-ail.  tûmilôn  (néerl.  tuimelen,  wall. 
tourner,  tomber),  mais  il  n'explique  pas  suffisamment  le  changement 
de  t  initial  en  k.  M.  Antoine  Thomas  (Romania,  1909,  p.  379)  conjecture 
que  le  bessin  cumblé  représente  un  type  médiéval  Humelet  contaminé 
par  cul.  Pour  ma  part,  cette  influence  me  paraît  assurée  et  je  verrai  de 
même  dans  la  finale  du  wall.  cumulet  l'influence  du  fr.  mulet  :  certaines 
formes,  dont  nous  allons  parler,  ont  en  effet  -moulèt.  traduction  du  fr. 
«  mulet  »  (1).  Le  peuple,  on  l'a  dit  mainte  fois,  a  le  besoin  de  s'expliquer, 
fût-ce  par  l'absurde,  les  divers  éléments  de  son  langage  ;  la  présente 
étude,  comme  toutes  celles  du  même  genre,  pourrait  s'intituler  :  «  le 
jeu  des  influences  et  des  combinaisons  ». 

La  première  syllabe  de  cumulèt  présente  çà  et  là  de  curieuses  altéra- 
tions :  on  trouve  camoulèt  à  Crehen,  Ambresin  (Hesbaye),  comulèt  à 
Fosses  et  dans  le  patois  moderne  de  Namur,  sous  l'influence  des  préfixes 
ca-  et  co-  (  voy.  copwèri,  §  6)  ;  —  comulèt  Givet,  influence  de  cô  «  cou  »  ;  — 
scomulèt  Romedenne.  Sautour-lez-Philippeville,  influence  du  narn. 
si  scôyî  «  s'étaler  les  jambes  ouvertes,  se  fendre  démesurément  »  (2)  ;  — 
crâmoulèt  Moxhe,  crômoulèt  Bouvignes-Dinant  (au  sens  1°,  tandis  que 
coupèri  a  le  sens  4°),  Denée,  Landrichamps-lez-Gi^et,  influence  dé  crâ, 
crô  «  gras  »  :  l'expression  picarter  a  crô-via  «  porter  (un  enfant)  sur  ses 
épaules  »,  litt.  «  à  gras-veau  »  (=  comme  un  veau  gras),  a  sans  doute 
déterminé  «gras  mulet  ».  La  finale  du  type  cul-tumerel  (§  22)  a 
déterminé  cumulia  (Nivelles  :  Renard,  L'Argayon,  pp.  32,  138). 

Le  namurois  appelle  aussi  cumulèt  le  «  pigeon  culbutant  »  (ail. 
tummler,  angl.  tumbler,  ap.  G..  I  147),  qui  est  dénommé  ailleurs 
culbuteû  et  tourniquet  d'après  J.  Defrecheux,  Vocab.  de  la  faune  wal- 
lonne ;  voyez  §  19. 

11.  mou  d'avonne  Bovigny  :  fè  V  — ,  «  faire  le  muid  d'avoine  »  : 
culbuter  en  roulant  par  terre.  Expression  métaphorique,  expliquée 
par  cet  article  du  Dict.  malmédien  de  Villers  :  «  je  V  mou  d'avône,  se  dit 
des  chevaux,  lorsqu'ils  s'agitent  de  droite  et  de  gauche,  couchés  sur 
leurs  reins,  gagner  son  avoine  ».  D'un  solipède  qui  se  roule  ainsi  sur  le 
dos,  on  dit  à  Arsimont,  qu'il  fait  le  picotin  ;  à  Genappe,  Houdeng, 
Stambruges,  qu'il  bat  ou  gagne  son  avoine.  De  même,  à  Genappe,  d'un 
enfant  qui  se  roule  en  s'étirant,  on  dit  qu'il  se  vanne,  par  comparaison 
avec  les  poules  qui  «  se  vannent  »  dans  la  poussière  à  l'approche  de 
l'orage. 

(x)  Comp.  cou  (V  moulèt  (Thimister-Clermont)  «  arrière-train  très  développé  chez 
le  jeune  veau,  litt.  cul  de  mulet  ». 
(*)  Voyez  (,.,  II  :$47. 


—  299  — 

12.  pertainne,  pirtainne  Liège  ;  se  dit  surtout  de  la  culbute  que 
fait  le  cerf-volant  qui  tourne  sur  lui-même,  et  aussi  en  parlant  d'une 
personne.  De  même  pèrtontainne  «  chute  brusque,  culbute,  plongeon  : 
[j'étais  au  bord  de  l'eau,  je  glisse.]  bardaf  ine  'pèrtontainne  !  (Fr.  Dehin). 
C'est  le  fr.  prétantaine,  d'origine  inconnue  d'après  leDicf.  gén.  —  Comp. 
le  liég.  aler  pèrti-pèrtainne  «  aller  cahin-caha  ». 

13.  scoudro  Liège.  Terme  archaïque  et  rare,  attesté  seulement  par 
Cambresier  (1787)  et  par  Remacle.  G.,  II  350,  l'enregistre  d'après  ce 
dernier  (1).  Origine  inconnue. 

13  bis.  vèrwîre  (Jupille  :  BSW  40,  202  ;  aussi  wèrvîre  ?)  :  je  V  — , 
faire  la  culbute,  surtout  le  poirier  ;  syn.  pertainne.  —  Comp.  le  flam. 
werveling  «  tourniquet  »  (Schuermans). 

B.  Gaumais. 

14.  eu  de  berceau.  Cette  expression  est  attestée  par  Maus,  Vocab. 
des  environs  de  Virton,  manuscrit  de  1850.  M.  Ch.  Bruneau  nous  signale 
cubèrsô  à  Cumièrés  (Marne).  C'est  probablement  une  altération  de 
*cambreeeau  contaminé  par  cul  ;  «  culbute  »  se  dit  en  picard  camber- 
seu  (2)  et  couvercheu  (Corblet),  en  blaisois  eomberseïïe  (3).  Comparez  §  18. 

15.  eu  d'boûre  Etalle,  Tintigny,  Mellier,  St-Léger,  Virton.  etc.  ; 
eu  d?  bwarô  Musson.  Proprement  «  cul  de  bourreau»?  M.  Ed.  Liégeois 
conjecture  que  cette  expression  date  de  l'époque  où  la  décollation  se 
faisait  par  la  hache  sur  un  billot  :  après  le  coup  fatal,  le  supplicié  cul- 
butait sur  lui-même  d'avant  en  arrière  (4).  —  S'emploie  aux  sens  1° 
et  4°  ;  au  sens  2°.  on  dit  eu  d'  pwarî  ;  voy.   §  6. 

16.  cutrume  Etalle  (archaïque).  Williers-lez-Floren ville;  kcètraëmê 
Alle-sur-Semois  ;  cutroumé  Mouzon  (Ard.  franc.)  ;  cutrumiau  Kethel 
(ib.)  (5).  Le  type  est  «  *cul-tumerel  »,  avec  métathèse  de  r  =  «  cutru- 

(!)  On  trouve  dans  Wesphal,  Li  plaisir  <Iè  tchanteû,  p.  56  :  fé  li  scoudrot  «  faire  la 
culbute  »  au  sens  figuré  de  «  mourir  ».  Je  ne  crois  pas  qu'on  puisse  l'expliquer  litté- 
ralement par  :  «  faire  son  cul  droit  »,  car  droit  se  dit  dreût  en  wallon  liégeois. 

(2)  G.  Agisson,  Un  village  du  Sauterie,  mono  graphie  de  Proyarl,  Albert  (Somme), 
1906,  p.  225  :  «  Peut  venir  du  vieux  fr.  cambreselle,  action  de  se  baisser  pour  recevoir 

.  qqn  sur  son  dos  ».  Pour  l'évolution  sémantique,  comp.  §  8. 

(3)  Thibaut,  Gloss.  du  pays  blaisois,  donne  deux  étymologies  fantaisistes,  mais 
il  cite  combreselle  dans  Merlin  Coccaie,  I  17,  et  combrecelle  dans  Rabelais,  II  22. 

(*)  Explication  douteuse,  cela  va  de  soi.  En  voici  une  autre  de  même  valeur  : 
«  cu-de-boûri,  culbute  sur  la  tête  à  la  façon  des  canards  ;  boûri,  exclamation  pour 
rappeler  les  canards  »  (Varlet,  Dict.  du  patois  meusien,  v°  boûri). 

(5)  H.  Baudon,  Le  patois  des  environs  de  Rethel,  1907,  p.  33,  donne  aussi  eutru- 
meler  «  verser  sens  dessus  dessous,  en  parlant  des  voitures  ». 


—  300  — 

mel  »  ;  voy.  §  22.  —  Les  formes  coutrumé  Ucimont,  coutrœm?  Corbion 
(pour  eu-,  kœlroumê)  présentent  de  plus  une  métathèse  de  voyelles,  à 
moins  qu'il  n'y  ait  simplement  influence  du  fr.  cou. 

C.  Ouest-wallon  et  Rouchi. 

17.  cabèriole  Tournai  :  «  culbute,  saut  périlleux  ».  Altération  du  fr. 
cabriole.  De  même,  dans  l'Anjou,  capériole,  carpéiole  «  culbute  ».  En 
liégeois,  câbriyole  a  le  sens  du  fr.  «  cabriole  ». 

18=  eu  d'  buzèle  Frameries.  M.  Louis  Dufrane,  qui  signale  ce  terme, 
a  noté  eu  de  biselle  dans  un  n°  de  1896  du  journal  Les  Nouvelles  du 
Borinage.  —  C'est  sans  doute  une  altération  du  picard  cambrecelle, 
comme  eu  de  berceau  §  14. 

19.  cud'troncha  Houdeng  (vers  1860,  d'après  M.  l'avocat  Hubaut) 
ou  cud'roncha Houdeng,  La  Lousrière,  Braquegnies  (d'après  d'autres), 
cud'ronmia  Houdeng  (auj..  d'après  M.  Hubaut),  s.  m.,  «  culbute  », 
au  sens  1°.  —  La  dernière  forme  paraît  être  un  simple  corruption  de 
*cutroumia,  §  22.  Les  deux  autres  sont  d'explication  plus  difficile  ;  je 
crois  pourtant  qu'elles  peuvent  se  rattacher  au  même  thème  par 
substitution  du  suffixe  -cha,  -cia  (-cel,  -ceau)  au  suffixe  -la  (-eL  -eau)  (x). 
On  aurait  la  série  *cutrouni>cha,  *cutronm,cha,  cudHrbncha  (2),  cud'roncha, 
ce  dernier,  par  étymologie  populaire,  sonnant  comme  «  cul  d'  rond 
chat  ».  -  -  A  l'appui  de  cette  conjecture,  j'invoquerai  un  mot  que 
Sigart,  Dict.  montois,  p.  362,  signale  sans  l'éclaircir  :  «  troumehat, 
hirondelle,  à  Frameries  ».  Il  faut  sans  doute  écrire  troum'cha  et  expli- 
quer, comme  ci-dessus,  par  troumia  (*tounieria,  Humerel)  X  suff.  -cha. 
On  a  vu,  à  la  fin  du  §  10,  que  le  «  pigeon  culbutant  »  s'appelle  cumulèt, 
culbuteû.  Qu'il  s'agisse  ici  d'une  hirondelle  et  non  d'un  pigeon,  cela  ne 
fait  pas  difficulté  ;  en  effet,  d'après  J.  Defrecheux  (Faune  watt.,  v°  colon), 
«  hirondelle  »  est  un  terme  de  colèbeû  emprunté  à  la  langue  française 
pour  désigner  «  certaine  espèce  de  pigeon  au  vol  rapide  et  très  élevé  ». 

20.  cumœriau  Rebaix,  Wodecq,  Flobecq  ;  cumoriau  Ellezelles.  — 
[De  même  à  Reims  cwnariô  (3)  et,  dans  les  Ardennes  françaises  : 
cumèriÔ  à  Château-Porcien,  cubèrio  à  Rimogne.]  —  Ces  diverses  formes 

(')  Comp.  caudèrcha  Houdeng,  «grand  chaudron  dans  lequel  on  fait  cuire  la 
nourriture  des  porcs,  etc.  »,  qui  serait,  en  anc.  fr.,  *chauderoncel  ;  voy.  dans  Godefroy, 
chevroncel,  coroncel,  larroncel,  moucheroncel,  etc. 

(-)  Pour  l'insertion  de  d,  comp.  le  pic.  cul  de  tremel  que  Jouancoux  donne  à  côté 
de  cutrotnblé. 

(3)  Comp.  lourmariau,  §  21.  —  Goffart,  Gloss.  du  Mouzonnais,  v°  cul  trottinai, 
ajoute:  <  On  dit  ailleurs  cul  marie  haut  »  (!).  —  Le  rémois  cumariè  expliquerait  le 
mot  cumayau  qui  se  trouve  dans  une  vieille  ronde  enfantine,  signalée  à  Cincy  et  à 
Aw<  nne.  Les  enfants  tournent  en  se  tenant  par  la  main  et  en  chantant  :  Au  rondeau, 


—  301  — 

dérivent  d'un  primitif  Humeriaù,  -erel,  contaminé  par  cul.  Voy.  cutru- 
miau    §  22,  tchubèrlîre   §  23. 

21.  cutournia  Ouest  de  Charleroi  ;  cutourniau  rouchi  (Hécart, 
Sigart)  ;  Thivencelles-lez-Condé,  Quiévrain,  Belœil,  Maubeuge,  Har- 
mignies,  Leuze  ;  coutourniau  Borinage  ;  cutrougnau  Beaumont.  — 
[Ce  type  est  aussi  connu  dans  les  Ardennes  françaises  :  cutourniau 
Boueonville  ;  cutourgnÔ  Château-Porcien  ;  cutrougna  Hautes-Rivières  ; 
cutrougnau  Rocroi  ;  cutrugnau  Sécheval,  De  ville,  près  de  Montliermé  ; 
eu  détournai  Mouzon  (Goffart)  ;  eu  détrouné  Vrigne-aux-Bois,  près  de 
Mézières.]  -  —  Le  simple  tourniyau  se  rencontre  à  Pâturages,  tournéyau 
à  Flobecq.  Il  répond  à  l'anc.  fr.  tornel  (1).  Les  formes  précitées  supposent 
un  diminutif  en  -ellum  de  tornum,  anc.  fr.  torn,  tour,  s.  m.  ;  un 
*tourneau,  c'est  un  «  petit  tour  »  (comp.  four,  fourneau),  de  même 
qu'un  *tumereau,  qui  signifie  proprement  «  petit  objet  qui  tombe  ou 
que  l'on  culbute  »  (cf.  tombereau),  a  pris  dans  nos  dialectes  le  sens  de 
«  petite  chute  ou  culbute  »  ;  comp.  tumète  §  24  (2).  M.  A.  Thomas,  l.  c, 
se  demande  si,  dans  cutourniau,  le  verbe  tourner  est  primitif  ou  s'il  s'est 
substitué  à  une  date  récente  à  tumer,  tourner  ;  il  est  difficile,  suivant  lui, 
de  répondre  avec  assurance.  Je  me  permets  de  trouver  ses  scrupules 
excessifs  et  d'admettre,  jusqu'à  preuve  du  contraire,  qu'il  s'agit 
en  l'espèce  d'une  formation  parallèle  à  cutrumiau.  --Il  est  naturel 
cependant  qu'un  type  ait  influé  sur  l'autre.  Ainsi  s'expliquent 
cutourmiau  Quevauchamps,  Leuze,  Herchies,  Ormeignies,  et  le 
simple  tourmiau  Isières,  Ostiches,  Maffles,  Irchonwelz-lez-Ath;  tour- 
méyau  Lens,  Lessines  ;  altéré  en  tourmouyau  Ath,  sous  l'influence  de 
mouyau   «  muet  »   (3),   et   en   trimouya   Nivelles   (par   métathèse   pour 

Cumayau,  Ma  grand-mère  a  fait  un  saut,  Cumayau  !  (Ciney)  ;  Rondeau,  Cumayau, 
Nosse  grand-mére  a  fait  on  saut,  Cumayau  !  (Awenne).  Les  enfants  s'accroupissent 
en  lançant  bien  fort  le  dernier  mot.  Cette  ronde  est  évidemment  importée  du  sud. 
(!)  Godefroy  le  donne  comme  adjectif  :  «  qui  tourne  »,  et  comme  substantif 
«  pont  tournant  ».  —  Un  «  fourneau  »,  c'est  aussi  un  «  petit  objet  qui  tourne  »  ;  tel 
est  le  sens  du  liég.  tourné  «  sabot,  espèce  de  toupie  ». 

(2)  De  même  encore  sautereau  «  petit  être  ou  objet  qui  saute  »  aurait  pu  signifier 
et  signifie  peut-être  dans  certains  dialectes  :  «  petit  saut  ». 

(3)  Voy.  crumuya,  §  22.  —  M.  Jules  Dewert  m'écrit  à  ce  sujet  :  «  L'athois  tour- 
mouyau signifie  «  tour  muet  »  ;  il  s'est  dit  d'abord  des  tours  de  pantomime  exécutés 
sur  la  rue  par  des  bateleurs  ;  puis,  par  extension,  des  culbutes  et  cabrioles  de  toute 
espèce  ».  L'explication  est  ingénieuse,  mais  elle  n'est  pas  nécessaire.  Nous  consta- 
tons ici,  comme  pour  cumulet  et  pour  mainte  autre  forme,  l'action  de  l'étymologie 
populaire,  c.-à-d.  de  la  tendance  générale  à  «  transformer  un  mot  plus  ou  moins 
obscur  sous  l'influence  d'un  autre  mot  qui  offre  quelque  ressemblance  de  sens  ou 
de  soft  ;  cette  transformation  lui  prête  ordinairement  une  apparence  de  sens  »  ;  voy. 
Nyrop,   Gramm.  historique,  I   §  528,  IV   §  451. 


—  302  — 

Hourmiya).  —  Reste  le  rouchi  tourmériau  (Hécart,  Vermesse),  tour- 
mariau  (Vermesse).  On  l'expliquera  de  deux  façons.  Ce  peut  être 
cumériau,  cumariau  (  §  20)  contaminé  par  tour.  D'autre  part,  on  peut 
supposer,  à  côté  de  toumiau,  un  type  *tourneriau  (formé  de  tourner 
comme  tombereau,  sautereau  de  tomber,  sauter)  ;  le  changement  de  n 
en  m  s'expliquerait,  comme  dans  tourmiau,  par  l'influence  de  ttimer. 

22.  cutrumiau  rouchi  :  Avesnes,  Giraalt  ;  cutromiau  Wiers  (1), 
Landrecies  ;  cutroumiau  Dour  ;  cutrèmia  Berzée,  Sautour-lez-Philippe- 
ville  ;  chute  de  r  dans  cutumia  Tubize.  cutumiau  Neuf -maisons,  Tertre- 
lez-St-Ghislain.  On  a  vu.  §  16.  d'autres  formes  dans  la  région  du  sud. 
Elles  répondent  toutes  au  champenois  coutumeré,  que  M.  Ant.  Thomas 
(Romania,  1000.  p.  370)  explique  avec  raison  par  «  *cul-tumerel  ».  Ici 
nous  avons  de  plus  la  métathèse  de  r.  —  Même  phénomène  dans  le 
simple  trumiau  rouchi  (Vermesse.  p.  400  ;  Hécart,  p.  460  ;  voy.  aussi 
Hécart,  v°  loumereau,  tumereau)  ;  trumia  Soignies,  Marche-les-Eeaus- 
sinnes  ;  troumia  Le  Rœulx  ;  trounimia  Chapelle-les-Herlaimont  (2).  — 
On  a  vu,  §  20,  que  *tumeriau  est  devenu  ailleurs  cumériau.  Il  faut 
également  rattacher  ici  crumuya  Luttre  (au  sens  4°  ;  cf.  §  10),  dont 
la  deuxième  partie  a  subi  l'influence  de  muya  «  muet  »,  comme  tôur- 
mouyau  Ath,  trimouya  Nivelles  ;  voyez  §  21.  • 

23.  tchubèrljire,  s.  f..  Mouscron,  Luingne,  Tourcoing,  Pecq  «  cul- 
bute »  (au  sens  4°).  Répond  à  un  type  «  *tumerel-ière  »,  dont  la  pre- 
mière syllabe  s'est  altérée  sous  l'influence  de  tchu  «  cul  »  (comp.  tchu- 
pouri  Luingne,  au  sens  1°  ;  §  6)  ;  m  passe  à  b  comme  dans  cubèriau 
pour  cumériau  (  §  20)  et  peut-être  aussi  sous  l'influence  de  bèrlîre 
(Tourcoing  :  «  chiffon,  loque,  lambeau  »),  où  je  vois  un  dérivé  de  bure, 
bureau  «  étoffe  grossière  ».  Pour  la  forme,  comp.  le  tourquennois  pureu 
('<  *pureau,  engrais  humain  »),  dérivé  pèrlîre   «  lieux   d'aisance  »  (3). 

24.  tuméte  (faire  — )  rouchi  (Hécart.  Vermesse)  ;  tumète  Borinage 
(Sigart,  p.  363)  ;  teuméte,  teumeléte  (Hécart)  ;  teumelet  Pecq  ;  timblet 
Lille  (Vermesse,  p.  485),  faire  Y  équeumette  (ib.,  p.  400).  —  Dérivés  de 
fane.  l'r.  fumer  (w.  tourner,  tomber),  d'origine  germanique  ;  comp.  le 
bourguignon  cutimblô  (—  *cul-tumelot)  et  le  norm.  cumblet.  On  a  vu, 
§  10,  cumulet  issu  de  Humelet.  —  Les  dialectes  flamands  et  allemands 

connaissent   aussi   des  dérivés  du  même  primitif,   employés   avec  le 

(')  Au  sens  i"  ;  cutromiau  du  dos  au  sens  2°  ;  pour  le  4"  on  dit  cumulèt. 

(J)  Comparez  trounCcha,  %  19. 

(:i)  Cette  explication  de  tchubèrlîre  me  paraît  préférable  aux  conjectures  que 
j'ai  émises  dans  le  Kl)  1914,  |>.  18.  --  A  remarquer  aussi  l'anc.  fr.  béret  «  tdmbe- 
reau     (à  JBéthune,  L517  :  God.). 


—  303  — 

même  sens  :  tuimelèt,  -ètte  Fumes  (Flandre  oecid.),  tummelôôt  Aix-la- 
Chapelle,  Eupen,  tumeleut  Bcr£  (Prusse  rhénane)  ;  tuimêlaar  Anvers 
et  FI.  oecid.  ;  voyez  Sehuermans,  Vlaamsch  Idioticon. 

Appendice.  —  Dans  ce  qui  précède,  on  s'est,  autant  que  possible,  renfermé  entre 
les  limites  de  la  Belgique  romane.  Une  étude  du  même  genre  pour  les  autres  régions 
serait  assurément  intéressante.  Voici,  pour  y  aider,  quelques  notes  brèves. 

I.  Dialectes  romans  de  France  et  de  Suisse. 

bonscu,  faire  le  — ,  norm.,  Calvados  (Revue  des  parlers  pop.,  1902,  p.  45). 

bousiquet  «  culbute  »,  Anjou  (Verrier  et  Onillon). 

calpâta,  -esse  «  culbuter,  -te  »,  Vosges  (J.  Hingre,  Patois  de  La  Bresse). 

camberseu,  picard  ;  com berselle, *blaisois  ;  voy.  §  14. 

cancoubicèyo  «  culbute,  pirouette  que  font  les  enfants  »  (Boillot,  Palais  de  la 
Grand' Combe,  Donbs).  —  La  seconde  partie  est  évidemment  «  boyaux  »  ;  voy. 
cantiboueUe. 

cantiboueUe  Langres  (Vocab.  langrois  1822).  Comparez  ternibouelle.  —  Composé 
de  canti  (comparez  cancon-,  encan-,  kican-  =  tourne  ?)  et  de  bouelle  «  boyaux  ». 

chêne-drette  :  faire  le  —  (J.  Rongé,  Le  parler  tourangeau,  1912,  p.  41). 

corbichée  «  cabriole  »,  norm.  (Du  Bois  et  Travers,  1856). 

couprière  «  cabriole  »,  picard  (Corblet).  —  Pour  croupière  ? 

courpelé,  m.,  Vosges  (J.  Hingre,  Patois  de  La  Bresse). 

couvercheu  picard  ;  voy.   §  14. 

cuboule,  euboulaije  lorrain  ;  cubonler  «  culbuter  ».  De  cul-boule. 

cucanboule,  kicanboule,  t.,  culbute  (M.  Lorrain,  Gloss.  messin,  écrit  cuquemboule, 
quiquemboule).  —  Voy.  cantiboueUe  et  kicangôle. 

cû-d'-peneil  ou  cû-d'-punée  meusien  (Labourasse,  Varlet)  ;  cu-p'nc  lorrain,  «  cul- 
bute »  (Dict.  patois  par  L.  M.  Pfétin],  curé  de  St-N[abord,  Vosges],  Nancy,  1842).  — 
Litt.  «  cul  (de)  panier  »  ;  comparez,  en  dial.  langrois,  «  panier  fourchu  »,  syn.  de 
«  poirier  fourchu  »  ;   §  1. 

cukemêla,  cupessa  (Bridel,   Glossaire  suisse). 

cupellia  Lyon,  cuploi  Dauphiné,  cupelié,  cupelet  Gascogne  (Puitspelu). 

cutromblet  picard  (Corblet),  normand  (Delboulle,  Gloss.  de  la  vallée  d'Yères).  — 
Altéré  de  *cutombelet,  prob.  sous  l'influence  de  eutrondelet. 

cutrondelet  normand  (Delboulle,  o.  c.)  ;  cutronnè  picard  (A.  Ledieu,  Gloss.  de 
Démuin).  —  Le  verbe  trondeler  signifie  «  rouler  par  terre  ». 

kicangôle  Nancy.  —  Voy.  cantiboueUe  et  cucanboule  ;  -gôle  =  gueule  ? 

moulinet  norm.  (Moisy).  En  flam.  bruxellois  molcken.  (Sehuermans). 

omelette,  faire  1'  — ,  Chàteau-Porcien  (Ard.  franc.). 

pastouret  norm.  (Moisy).  —  Altéré  sans  doute  d'un  ancien  *pastourerez  «  (jeu) 
propre  aux  (petits)  pâtres  »,  qu'on  pourrait  ajouter  à  l'étude  de  M.  A.  Thomas  sur 
le  suff.  -aricius. 

pie  percée  «  culbute  »  (R.  de  Mfontesson],  Voc.  du  Haut-Maine,  1859)  ;  syn.  pique- 
chêne  (ibid.). 

pilegalier  ou  pirgatier,  m.,  culbute  (Montbéliard,  dép.  du  Doubs). 


—  304  — 

pique-chêne,  voy.  pie-percée. 

piquet  «  culbute  »,  Anjou  (Verrier  et  Onillon). 

saucublète,  saussublète,  sautablète  norm.  (Du  Bois  et  Travers).  —  Composé  de 
saut  et  du  norm.  cumblet,  altéré,  §  10. 

tèrnibouelle  Bourges,  Sancerrois.  —  Ane.  franc,  torneboele  ;  comparez  cantibouelle. 

tirebouille,  f.,  culbute  (Montbéliard,  dép.  du  Doubs). 

trimbole  norm.  (Moisy)  ;  pic.  foire  le  tram-boyelle  (Jouancoux,  I,  276)  ;  pic.  trim- 
boire  (Corblet),  syn.  capriole  de  sautriau  (id.). 

lourne-boîle,  tournefiche,  fournemoelle,  tournevire  (de  M[ontesson],  Voc.  du  Haut- 
Maine,  p.  451). 

II.  Langues  germaniques. 

beereboom  «  poirier  »,  Aix-la-Chapelle  ;  voy.   §  1. 

bokel,  de  —  schlèn,  de  —  schièrren,  Weiswampach  (G.  D.  de  Luxembourg)  ; 
boklibunz,  koplibunz,  koppedîsjen  (G.  D.  de  Luxembourg). 

burzelbaum,  purzelbaum  ail.,  «  culbute  ».  —  Composé  de  baum  «  arbre  »  et  du 
radical  du  v.  burzeln,  purzeln  «  culbuter  »  ;  le  sud-ail.  borzen  signifie  «  faire  saillie  »  ; 
l'ail,  bûrzel  sign.  «  croupion  »  et,  dans  certains  dialectes,  «  éminence  de  terre,  butte  » 
(=  wall.  croupèt)  ;  voy.  Weigand,  col.  312,  494.  Même  radical  dans  kaukelpurz  Saxe, 
koekelporz  Leipzig,  burzelbock  Silésie,  bôlzekop  Schoppen-lez-Faymonville  (Prusse 
rhén.)  «  culbute  ».  * 

burzelbock  Silésie  et  anc.  h.  ail.  —  Bock  signifie  proprement  «  chute  ».  Voy.  Wei- 
gand, col.  260. 

kaukelpurz  Saxe,  koekelporz  Leipzig,  kaupelsturz  Thuringe  ;  kokelbêk,  de  — 
sehlùen  (  =  schlagen),  Montzen-Moresnet  ;  kokelebotsch  Aix-la-Chapelle  (Muller, 
Die  Aachener  Mundart,  1836)  ;  kokelenbot  Limbourg  belge  (Sehuermans)  ;  kukele- 
boom  Siegerland.  —  Pour  le  premier  élément,  voy.  Weigand,  v°  gaukeln  «  jongler, 
faire  des  tours  »,  Franck- Van  Wijk,  v°  goochelen. 

kobold  Brandebourg,  Poméranie;  m. -h.  a.  kobolt,  dérivé  du  v.  kobolden  «  culbuter  »  ; 
du  danois-suédois  kobolt  «  lutin  »  (Falk-Torp)  ;  voy.  Weigand,  kobolz. 

kolbotte  danois  ;  emprunté  du  fr.  culbute  (Falk-Torp). 

kop  en  âsch,  de  —  schlûn,  Martelange  (Luxembourg  belge)  ;  îver  kop  en  âsch 
fâlen  (Arlon)  «  tomber  sur  tête  et  cul  ». 

kuchenschass  Autriche  (cité  par  Millier,  o.  c). 

kuitelbuit  Limbourg  belge  ;  kuitelen,  kuikelen  «  culbuter  »  (Sehuermans). 

moleken  flam.  de  Bruxelles  (Sehuermans).  Propr.  «  moulinet  ». 

jjerre,  perreboom  (Flandre  occid.  :  De  Bo)  ;  perielbooni  (Gand)  =   ail.  burzelbaum. 

irummeleut  (Cologne)  :  la  finale  est  probablement  heut  (Haupt  :  tête)  ;  le  premier 
composant  lumeln  altéré  sous  l'influence  de  trurnm,  trommel  (Blumschein,  Aus  dem 
Wortschatze  der  Kôlner  Mundart,  Côln,  1904,  p.  26). 

tuimelaar  Anvers,  FI.  occid.  ;  tuimclèt,  -èite  Furnes  ;  etc.  Voy.  §  24. 

tuimelperte,  luimelprys  Flandre  occid.  (Sehuermans). 

tumelskop,  tummelskopp  Elberfeld  :  tumlemuts  Berg  (Prusse  rhénane). 


APPENDICE 


Les  mots  germaniques  à  préfixe  ge-  qui  ont  passé 
en   wallon 

Pour  le  sujet,  je  renvoie  le  lecteur  à  la  note  de  Scheler,  citée  ci-dessus, 
p.  107.  Voici  une  liste  de  termes  qui  représentent  des  emprunts  wal- 
lons de  même  origine  et  de  même  type  que  l'anc.-fr.  gistel. 

aguèrôdî  (wallon  :  Vielsalm),  p.  2. 

aguistiller  (rouchi  :  Mons),  p.  108. 

caliguluk  (Malmedy),  s.  m.,  «  merveille,  objet  précieux,  chose  rare 
et  extraordinaire  »  (Villers,  Dict.,  ms„  1793).  —  Emprunté  du  bas-ail. 
et  néerl.  kannegeluk  «  fond  de  la  bouteille,  auquel  sont  attachées  des 
propriétés  merveilleuses  ». 

camatche  (w.  liég.),  p.  43. 

cristal,  custèl.  kèstèl,  etc.  (Liège,  etc.),  p.  107. 

d(u)grâde  (Verviers,  Malmedy),  p.  87. 

geschot  (anc.  wallon),  dans  le  recueil  de  Louvrex,  t.  I,  p.  222,  §  7  : 
«  les  deniers  receuz  pour  l'amende  ou  geschot  ou  despens  »  (1548). 
C'est  le  moyen  bas  ail.  geschot,  qui  avait  le  sens  de  «  taxe,  taille,  con- 
tribution ».  Le  w.  moderne  scot,  fr.  écot,  vient,  comme  on  sait,  de  l'anc. 
bas  ail.  skot  (ail.  mod.  schoss). 

ghitalle  (anc.  wallon),  dans  une  charte  liégeoise  de  1582,  qui  fait 
défense  de  vendre,  en  certains  cas,  le  poisson  autrement  qu'en  gros, 
«  assavoir  ...  les  seolkins  par  ghitalle  appelle  vulgairement  boireau, 
contenant  chascun  douze  vingt  »  (G.,  II  559).  Scheler  est  tenté  d'y 
voir  le  fl.  ghetal,  getal  «  nombre  »  :  le  mot  exprimerait  une  mesure 
numérique  (ibid.,  p.  597).  Cela  ne  fait  aucun  doute. 

gistel  (anc.  fr.),  p.  107. 

glindis'  (wallon),  p.  108. 

guèrôder  (wallon),  p.  2. 

guezite  (Mons  :  Sigart),  s.  f.,  figure,  bouche  ;  —  guèzike  (w.  de  la 
Famenne)  :  djo  lî  frê  bin  têre  si  guèzike  (dans  une  pièce  de  1800,  Li 
Marièdje  manqué,  acte  II,  se.  7)  «  je  lui  ferais  bien  taire  son  bec  »  ;  — 
guizike  (w.  de  Stave  lez  Namur)  :  quéne  guizike  quH  lî  vint  !  «  quelle 


—  306  — 

grosse  figure  il  lui  vient  !  ».  —  Emprunté  de  l'ail,  gesicht,  néerl.  gezichl 
(visage). 

guilite  (w.  liég.,  nam.)  «  ligne,  rang,  rangée,  file,  série  ».  Du  néerl. 
gelid,  ail.  glied.  On  trouve  aussi  les  formes  wall.  guilike  (G.,  I  247  ; 
comp.  guezite,  -ike),  guilète  (Lobet,  p.  232  ;  influence  des  diminutifs 
en  -été),  guilih  (Lobet.  p.  180).  Ajoutons  règuilite  (Liège),  riguilite 
(Jupille,  Verviers),  règuilite  (Verviers),  où  l'on  peut  reconnaître 
l'influence  de  régue  (règle),  riglinne,  règuinêye  (rangée,  file).  On  dit 
riglète  à  Seraing,  riguinète  à  Thimister. 

guimène  (w.  liég.  :  G.,  I  247,  355)  «  conseil  de  guerre,  tribunal  mili- 
taire »  ;  forme  française  ou  francisée  guemine  (G.,  II  600),  ghemaine 
(God.)  ;  à  Malmedy,  gumune  (Villers,  1793)  ;  d'où  :  gumuner  (ibid.), 
«  traduire  qqn  devant  la  guemine  ».  Dérive  de  l'ail,  gemeine  «  commu- 
nauté »  (voy.  Behrens,  p.  122).  —  Aujourd'hui,  guimène  est  rare  en 
liégeois,  où  il  a  pris  le  sens  de  :  «  coutume,  usage,  habitude  ».  Nous 
relevons  à  Trembleur  :  prinde  ine  drôle  di  goumène  «  contracter  une 
singulière  habitude  ».  —  En  chestrolais,  d'après  Dasnoy.  p.  248. 
guminer  est  synonyme  de  halkiner  «  barguigner,  hésiter  »  ;  il  a  dû  jadis 
signifier  «  discuter  un  projet  au  sein  de  la  guemine  ».  De  même  le  gau- 
mais  guminèy,  que  le  Lexique  de  M.  Ed.  Liégeois  traduit  par  «  rouler 
de  mauvais  projets  »  :  que  quu  V  gumines  co  ?  J'ai  noté  de  mon  côté  à 
Ste-Marie-sur-Semois  :  que  quu  £  gumines  tout-la  ?  «  qu'est-ce  que  tu 
remues  bruyamment  par  là  ?  »  Il  è  guminé  toute  la  neûtiye  «  il  s'est 
agité  toute  la  nuit  (sans  dormir)  ». 

guinâde  (Liège  ?,  Verviers  :  Remacle1,  Lobet,  Forir),  guènâde 
(Malmedy  :  Scius),  dans  :  demander  —  «  demander  grâce,  s'avouer 
vaincu  »  ;  brêre —  (BSW  40,  p.  218  ;  44,  p.  413),  même  sens.  — Emprunté 
de  l'ail,  gnade  «  grâce,  merci  »,  moyen  h.  ail.  genâde,  néerl.  genade 
(G.,  I  247). 

guitîre  (w.  liég.  :  G.,  II  530)  «  marée,  flux  et  reflux  de  la  mer  ».  On 
lit  dans  Mélart,  Histoire  de  Huy  (Liège,  1641  ;  p.  526)  :  «  Il  fit  donner 
un  assaut  général,  la  guittière  estant  restirée  vers  le  vieux  havre  ». 
C'est  le  moyen  néerl.  ghetîde  «  temps  déterminé,  époque,  d'où  :  marée  » 
(Behrens,  p.  138).  Godefroy  donne  l'anc.  fr.  ghethie,  itide. 

guizèle.  dans  :  ine  pitite  guizèle  «  un  petit  effronté  »  (Crehen  : 
Hesbaye),  «  une  personne  malicieuse  »  (Ciney).  De  l'ail,  geselle.  néerl. 
gezel  «  compagnon,  camarade  »,  qui  a  pris  la  nuance  péjorative  comme 
il  arrive  souvent  pour  les  mots  empruntés  d'une  langue  étrangère 
(comp.  ci-dessus  guezite,  guminer).  Le  genre  féminin  du  vv.  est  dû  à 
l'influence  de  la  terminaison  (comp.  guezike). 


—  307   — 

guzouhe,  cuzouhe,  késsouhe,  p.  125. 

kènouk  (gaum.)  :  gn-è  dès  crombîres  a  kènouk  (Ruette-lez-Virton) 
«  il  y  a  des  pommes  de  terre  à  foison  »  ;  a  das'  kenouf  (Etalle  :  BSW  41, 
il,  143)  «  à  foison,  à  bouche  que  veux-tu  »  (=  ail.  das  ist  genug,  c'est 
assez).  —  L'initiale  s'est  durcie  comme  dans  kèstèl,  kiciïtône,  etc. 

kich'tône,  p.  166. 

netkufurnet  (Malmedy),  adv.,  «  entièrement,  tout  net,  sans  biaiser  » 
(Villers,  1793  ;  Grandgagnage,  dans  ses  Extraits  de  ce  dictionnaire 
malmédien,  écrit  par  erreur  netketfurnet).  --  Emprunté  de  l'ail,  nett 
gewâhrt  nett  (?),  c.-à-d.  «  net  garanti  net  »  ? 

plat'kizak  (w.  :  dire  qqch  —,  c.-à-d.  tout  net  et  tout  plat).  De  l'ail. 
platt  gesagt  «  dit  platement  ».  On  trouve  plafguèzag  (Aun.  Soc.  wall., 
5.  p.  73),  piaf  cuzaf  (Malmedy  :  Villers),  plak'  kizak,  plakèzak,  platèzak 
et  même,  par  étymologie  populaire  :  plate  casaque  ou  plake  tès-ak 
(«  colle  tes  actes  »). 

II 

Le  suffixe  -aricius  (*) 

Dans  ses  Nouveaux  Essais  de  Philologie  française  (1905),  pp.  62-110 
et  359-362,  M.  Ant.  Thomas  a  montré  que  le  développement  de  ce 
suffixe  en  Gaule  était  beaucoup  plus  considérable  qu'on  ne  se  le  figu- 
rait ;  il  a  dressé  une  liste  imposante  d'environ  270  mots  français  et 
dialectaux  où  il  retrouve  ce  suffixe.  M.  J.  Feller,  dans  le  Bulletin  du 
Dict.  wallon  de  1910,  pp.  69-73  et  77-121,  et  dans  ses  Notes  de  philo- 
logie wallonne  (1912),  pp.  176-221,  complète,  au  point  de  vue  du  wallon 
et  de  l'ancien  français,  la  liste  de  M.  Thomas,  soit  par  le  nombre  des 
termes,  soit  par  une  documentation  plus  précise  et  plus  décisive  sur 
quelques-uns  (2).  M.  Thomas  avait  montré  que  le  développement 
extraordinaire  du  suffixe  composé  -aricius  résultait  notamment  de  la 
confusion  entre  le  suffixe  féminin  -ar2cia  et  le  suffixe  féminin  -2s  s  a 
d'une  J3art,  et  d'autre  part  entre  le  suffixe  masculin  -aricius  et  le 
suffixe  masculin  -zttus.  M.  Feller,  à  son  tour,  a  le  mérite  d'avoir 
prouvé  qu'une  confusion  analogue  s'est  produite  en  wallon  entre  le 
suffixe  masculin  -aricius  et  le  suffixe  masculin  -ellus. 

Après  les  listes  copieuses  de  MM.  Thomas  et  Feller.  le  sujet  est  près 

(x)  Nouvelle  édition,  considérablement  augmentée,  d'un  article  paru  en  1910 
dans  la  Revue  de  dialectologie  romane,  t.  n,  pp.  379-381. 

(2)  M.  Behrens,  dans  la  Zeitschrifl  fur  franz.  Sprache  und  LUI.,  t.  xxvm2,  p.  170, 
signale  aussi  une  dizaine  de  mots  wallons  omis  par  M.  Thomas. 


—  308  — 

d'être  épuisé  :  on  ne  pourra  plus  que  glaner  dans  le  champ  qu'ils  ont 
moissonné  avec  tant  de  soin.  Voici,  pour  ma  part,  une  poignée  d'épis 
ramassés  de-ci  de-là  et  quelques  remarques  critiques  sur  les  articles 
de  mes  devanciers. 

acheret,  anc.  fr.  —  Le  Glossaire  roman-latin  du  xv  siècle  extrait 
de  la  Bibliothèque  de  Lille,  publié  par  Em.  Gachet  (Bruxelles,  1846). 
note  p.  11  :  «  venaticus,  kien  acheret  ».  C'est  une  erreur  de  lecture  pour 
cacheret  (propre  à  chasser  ;  du  rouchi  cache?-).  Cf.  Scheler,  éd.  du  même 
Glossaire,  p.  25  (Anvers,  1865)  ;  Thomas  :  chacerez,  p.  95. 

affeterresse,  anc.  fr.  —  Voyez  ci-après  eschoicheresse. 

affoerece,  anc.  fr.,  s.  f.,  «  provision  de  bois  de  chauffage  »,  dans  un 
texte  de  1255  des  Arch.  Mos.  (God.).  —  Dérivé  de  afjoer  (afouer)  ;  voyez 
Dict.   gén.,  AFFOUAGE. 

aspergerèsse,  w.,  «  goupillon  »,  dans  la  revue  Jadis  (Soignies,  1912. 
p.  187).  —  Dérivé  en  -erèce  ou  simple  altération  de  aspergés  ? 

ausserot,  meusien.  «sorte  de  raisin  gris,  syn.  affumé  »  (Labou- 
rasse) [?]. 

balerèces,  w.  de  Hesbaye,  s.  f.,  «  battes  de  jardinier  :  planches 
carrées  de  0m50  de  côté,  que  le  jardinier  s'attache  aux  pieds  pour 
battre  la  terre  ensemencée  ».  —  Dérivé  de  baler  ;  cf>  G.,  I  42,  4,3. 

ballereisce,  variante  baeleresche,  anc.fr..  êpithète  de  ville,  dans  les 
coutumes  de  Beauvaisis  ;  «  s'est  dit  d'une  ville  qui  n'avait  point  de 
charte  de  commune,  cf.  bateis  »  (Godefroy).  —  Dérivé,  comme  le  pré- 
cédent, de  haller,  syn.  de  battre  ?  Ce  serait,  dans  ce  cas,  le  synonyme 
de  ville  batiche. 

bènerèce  (wall.,  Erezée),  s.  f.,  dans  :  one  grande  —  «  une  grande 
toquée  ».  Serait-ce  l'ancien  wallon  banneresse  «  porte-drapeau  »  (Feller, 
p.   185).  employé  ironiquement  ? 

boucherot  (jouer  au  — ).  colin-maillard,  jeu  où  l'on  «  bouche  »  les 
yeux  (Beauquier.  Vocab.  du  dép.  du  Doubs). 

bourderesse  :  «  pour  un  panelet  de  cauchie  viers  la  piere  bourde- 
resse  en  allant  a  point  viers  l'uis  dou  moustier  »  (compte  de  1444,  cité 
dans  la  revue  Jadis,  de  Soignies,  t.  xiv,  p.  40).  Il  s'agit  sans  doute  de 
la  pierre  du  bourdoir  ou  galerie  (voy.  Godefroy),  dont  parle  un  autre 
compte  de  1532  :  «  pour  un  nouveau  bourdoir  fait  sur  le  marché  »  (cité 
dans  le  même  recueil  et  dans  Wallonia,  Liège,  t.  xix,  p.  315).  D'après 
M.  A.  Demeuldre,  on  y  faisait  les  adjudications  publiques.  —  Voyez 
pourtant  l'article  hourderesse. 

bouterèce  (Thomas,  pp.  95.  101  ;  Feller.  p.  186);  voyez,  ci-après, 
ribouterèce.  -     Naguère,  dans  la  culture  du  houblon  à  Jupille,  d'après 


—   309  — 

M.  Jean  Lejeune,  on  appelait  boufrèce,  s.  f.,  un  jeune  plant  de  houblon 
destiné  à  bouter,  à  donner  des  jets.  On  provignait  les  bout'rèces  à  la 
St-Jean  ;  deux  ans  après,  elles  devenaient  des  wân,rèces,  c.-à-d.  des 
tiges  propres  à  «  garnir  »  les  échalas  (passes)  ;  l'année  suivante,  la 
wân'rèce  devenait  une  forwân'rèce,  c.-à-d.  une  pousse  maîtresse  qu'on 
guidait  sur  une  perche  (âlon).  Enfin,  la  troisième  année  de  sa  production, 
la  plante,  qui  avait  atteint  son  développement  complet,  s'appelait 
pivèfrèce  ou  copHrèce  :  elle  portait  toute  sa  production  de  cônes 
(plokètes)  et  était  arrivée  au  sommet  (copèté)  de  la  perche.  —  Voy. 
taperèce. 

brasserez,  qui  sert  à  brasser  la  bière.  M.  Thomas,  p.  95,  cite  un 
exemple  de  1456  et,  p.  361,  un  autre  de  1250.  Je  relève  caudiere  brasse- 
reche  en  1202  à  Bapaume  (dans  Tailliar,  Recueil  d'actes...,  p.  26)  ; 
cliambre  braceresse  en  1313  (God.,  braceor)  ;  moulin  brasseret  en  1448 
à  Corbeil  (Delmotte,  Gloss.  wallon,  v°  brai). 

briserece,  anc.  fr.,  brisement  (God.).  —  Comp.  bruierece,  crierece, 
croisserece,  retenterece,  cités  par  Thomas,  pp.  107,  108,  110. 

brôyerèce,  w.  liég.,  s.  f.,  pierre  à  broyer,  spatule  (Forir).  --  Du 
\v.  broyî,  broyer. 

carcheresse,  anc.  fr.,  adj.  f.,  t.  de  drap.  ;  «  livre  d'estam  ou  de 
traisme  —  »  (Chauny,  1410  :  God.).  —  Dérivé  de  carchier,  forme  variée 
de  chargier  «  charger  ». 

carimadjôrèce  (w.  ard.  :  Erezée),  voy.  p.  46. 

carreche,  cariesche,  anc.  fr.  (God.).  adj.  f.,  «  servant  au  cheval 
attelé  à  une  charrette  »  :  «  selle  cariesche  »  (1375,  Aimont)  ;  «  selle 
cariesche  »  (Abbeville). 

Chastrès  (wall.  Tchèstrè),  commune  du  canton  de  Walcourt  (Xamur). 
Dérive  sans  doute  de  Castritium,  forme  latine  de  868  ;  cependant 
les  formes  du  xine  siècle  Kestereces,  Chasterece,  Chestereche,  que  Roland 
cite  dans  sa  Toponymie  namuroise,  t.  I,  p.  546,  postulent,  semble-t-il, 
un  type  *castraricium.  -  -  L'Allemagne  possède  deux  Kestrich, 
dont  l'un  s'est  écrit  Cheisteriche  (Fôrstemann.  II,  392  ;  cité  par 
Roland,  /.  c). 

cheneverez,  dans  un  texte  de  1380  cité  par  Godefroy.  retout.2  ; 
faut-il  lire  «  chanvres  »  ?  ou  «  chanverez  »,  c.-à-d.  «  objets  faits  de 
chanvre  »?  —  Comparer  chanevret  ?   (God.). 

chevret,  s.  m.,  fromage  de  lait  de  chèvre  (Beauquier,  Voc.  du  dép. 
du  Doubs).  Voy.  chevrerez,  Thomas,  p.  75. 

chicaneresses  (affaires  — ),  M.  Lhospital,  dans  God.,  Compl.  ;  «  qui 
■j-iennent  à  la  chicane  ». 


—  310  — 

cimeratte  (meusien  :  Labourasse,  Varlet),  s.  f.,  petite  quantité  de 
liquide  qui  a  suinté,  goutte  ;  par  ext..  petit  verre  de  liqueur  ou  d'eau- 
de-vie  ».  De  ci  mer  (ib.)  «  suinter  ». 

cinerèce  (wall.,  Erezée),  s.  f.,  faux  provenant  de  Ciney  (BSW,  t.  55. 
p.  442). 

civeret  (ane.  norm.  ;  écrit  siveret  dans  une  charte  de  1808  :  Revue 
des  parler*  pop.,  1902,  p.  117),  s.  m.,  charge  d'une  civière.    ' 

cloeraite  :  «  voie  —  »  cité  par  God.,  teliere,  dans  un  texte  tour- 
naisien  de  1293.  Paraît  bien  venir  de  clore  (comme  cloiere  «  enclos, 
clôture  »).  Ce  serait  donc  le  chemin  de  clôture  ;  comp.  chemin  finerot 
dans  Thomas,  p.  77.  Pour  -ai-  en  tournaisien.  comp.  voiturais  (God.. 
Feller)  et,  ci-après,  suweraite. 

cop't'rèce,  voyez  ci-dessus  bouVrèce. 

croiseresse,  anc.  fr..  «  croisade  »  (God.). 

cwârèce  (wallon  :  Jupille),  s.  f..  hache  servant  à  équarrir  et  à 
façonner  en  pointe  le  pied  des  perches  à  houblon.  A  Angleur-lez-Liège, 
cwàr'lèce.  -  -  Feller,  p.  216.  enregistre  hèpe  qwârerèce,  où  le  mot  est 
adjectif.  A  Jupille.  il  est  substantif  et  les  deux  /•  se  sont  simplifiés. 
Quant  à  cwâr'lèce,  il  faut  l'expliquer  par  une  altération  de  *cwârèV,rèce, 
dérivé  de  cwàr'ler. 

eschoicheresse  (?).  Godefroy  cite  un  texte  d'archives  du  Calvados 
où  il  est  question  de  brie  eschoicheresse  et  de  brie  affeterresse.  On 
cherche  vainement  un  article  affeterresse  et.  v°  brie,  l'exemple  n'est 
pas  repris.  Quid  ? 

êwerèce  (Feller.  p.  197)  ;  on  trouve  :  «  ung  soûl  eaweresse  »  en  1512 
(BSW  5,  ii,  340). 

faherèce  (wallon  :  Feller.  p.  197).  —  Le  dictionnaire  manuscrit  de 
Villers  (Malmedy,  1793)  a  un  article  «  faxheresse,  mailloteuse  »  (sic). 
D'autre  part.  Bormans  et  Body  (Gloss.  roman-wallon,  partie  inédite) 
ont  noté  dans  les  archives  liégeoises  :  «  une  banse  fâcher  esse  ». 

feurmwagerasse  (J.  Hingre,  Voc.  de  la  Bresse),  s.  f.,  «  la  forme  où 
l'on  égoutte  le  caillé  du  lait  en  le  retirant  de  la  chaudière  ». 

finih'rèce  (wallon,  t.  de  drap,  à  Verviers).  s.  f.,  «  finisseuse  ».  machine 
à  parfaire  la  tonte  du  drap,  des  étoffes,  c'est-à-dire  à  donner  les  der- 
nières coupes  à  une  pièce. 

forèce  (God.).  voyez  ci-dessus  l'art,  fueresse,  p.  96. 

forwân'rèce  (wallon),  voyez  ci-après  wân'rèce. 

foûm'rèce  (w.  :  Liège),  s.  f..  avec  un  sens  grivois,  dans  Barillié, 
Li  camarad''  de  V  joie  (Liège.  Carmanne.  1852  ;  p.  30  :  une  bofrèsse 
«  hotteuse  »  se  vante  d'avoir  une  foûm,resse  très  profonde).  Le  sens 


—  311  — 

propre  :  «  moule,  matrice,  destinée  à  donner  une  forme  »  a  dû  exister 
dans  un  métier  liégeois  ;  mais  on  ne  le  trouve  noté  nulle  part.  Comparez 
formerez,  Thomas,  p.   103. 

fourtch're,  s.  m.  —  Feller,  p.  199,  signale  deux  sens  de  ce  mot  gau- 
mais  et  ehestrolais.  En  voici  deux  autres  que  j'ai  recueillis  à  Alle-sur- 
Semois  :  1.  frelon  (ainsi  nommé  parce  qu'il  porte  sur  la  tête  deux  appen- 
dices en  forme  de  fourche,  ce  qui  l'a  fait  appeler  fonnèt  à  Oisy,  fônèt 
en  gaumais.  diminutif  de  fône,  foine  ou  fouine)  ;  —  2.  abcès  interdi- 
gital (comp.  le  av.  fotch'roûle,  f..  même  sens,  à  Verviers.  Thimister).  — 
On  reconnaît  l'altération  du  même  primitif  fourcherez  dans  le  fr. 
moderne  fourcheret  «  autour  de  moyenne  grosseur  »,  et  dans  l'anc.  fr. 
fourcherot  «  qui  forme  une  fourche,  un  carrefour  ».  employé  comme  nom 
de  lieu  en  Bourgogne.  —  Voy.  heûrèce. 

foutrot  (meusien  :  Labourasse),  s.  m.,  «  jeu  de  cartes  où  le  perdant 
reçoit,  des  autres  joueurs  et  sur  le  bout  des  doigts  assemblés,  un  cer- 
tain nombre  de  coups  avec  le  paquet  de  cartes.  De  même  en  Berry  ». 
Près  de  Longwyon,  ce  mot  signifie  :  1.  mouchoir  fortement  tordu  pou- 
vant servir  à  frapper  ;  2.  jeu  de  valet  de  pique,  où  le  perdant  reçoit 
sur  la  main  un  ou  plusieurs  coups  de  foutrot. 

fouyerèce  (wallon).  Grignard,  Phonétique  de  V Ouest-wallon,  §  34, 
(BSW,  t.  50,  p.  415)  écrit  scoupe  fouifrèsse  «  bêche  »  et  range  cet  adjectif 
à  côté  de  vatcWrèsse,  cins'rèsse  (vachère,  censière)  parmi  les  dérivés  en 
-issam.  —  C'est  évidemment  un  dérivé  en  -ariciam  de  fouyî,  fouiller, 
répondant  à  un  type  foerez. 

fringueret  (anc.  fr.  :  God.).  adj.,  «  élégant,  à  la  mode  »,  dans  «  cor- 
dons fringueres  ».  —  Propre  à  fringuer  (folâtrer)  ? 

frinteresse  (anc.  fr.  :  God.),  adj. f.,  retentissante, bruyante,  épithète 
de  la  mer,  dans  la  Geste  de  Liège.  —  Dérivé  de  frinter  «  retentir,  faire 
fracas  ». 

fruiterez  (anc.  fr.  :  Thomas,  p.  77).  —  Ajouter  :  «  une  rosière  frui- 
teraicts  de  puns  »  (1326  :  Chartes  tournaisiennes,  dans  Zeitschrift  fur 
fr.  Spr.  und  Litt.,  xxn,  103). 

fueresse  (anc.  w.),  voyez  p.  96. 

hadrê  (w.  ;  Feller,  p.  201).  voyez  p.  132. 

halboterèce  (wallon  :  Liège,  Ans,  Glain),  s.  f.,  t.  d'arm.,  rabot  spécial 
pour  halboter  ou  faire,  dans  certains  fusils,  la  halbote  (canal  creusé 
dans  la  languette  pour  y  loger  le  canon).  On  dit  aussi  halboteû,  s.  m. 
(Communication  de  M.  Laurent  Colinet). 

hantresse  (anc.  wallon),  s.  f..  action  de  hanter,  converser  :  «  avons 


—  312  — 

eu  conversation  et  hantresse  ensemble  »  (1590,  Cris  du  Perron  ;  d'après 
Bormans  et  Body,  Gloss.  rom.,  ms.). 

hauteresse  (anc.  fr.,  dans  Froissart  ;  voy.  God.,  et  Scheler.  Gloss. 
de  Froissart,  s.  f.,  arrogance,  fierté.  —  Dérivé  de  hauteur  ?  Même  for- 
mation que  forteresse,  sécheresse,  longueresse,  courterèce  ?  Voy.  Feller. 
p.  192,  et  ci-après  tchîrèce. 

hètch'rèce  (wallon  liég.),  adj.  1'.,  dans  tone  hètch'rèce,  t.  de  houill.. 
petit  tonneau  monté  sur  une  espèce  de  traîneau  pour  puiser  et  trans- 
porter l'eau  dans  la  mine,  syn.  tène  di  hièrtcheû  (Bormans,  Voc.  des 
houill.  liég.,  v°  tenue).  —  Doit  être  ajouté  à  l'art,  hièrtcherèce.  s.  f., 
de  Feller.  p.  203. 

heûrèce  (wallon),  «  dans  folche  heûrèce  (pour  *heûrerèce),  fourche  à 
secouer  le  foin  »  (Feller,  p.  203).  —  Voici  quelques  détails  complémen- 
taires :  fotche  hyeûrèce  (à  Burdinne).  grande  fourche  de  bois  à  longues 
dents  pour  secouer  (hyeûre)  les  gerbes  battues  sur  l'aire  ;  fotche  scûrèce 
(à  Andenne),  fourche  pour  faire  des  meulons  (et  aussi,  sans  doute, 
pour  les  défaire,  pour  les  épandre  en  secouant  l'herbe)  ;  fotche  tcheûrèce 
(Meux).  fotche  eûrèce  (Ste  Marie-Geest,  Arsimont).  fortche  eûrèce  (Geest- 
Gerompont),  fourtche  ârèce  (Stave),  fourtche  a  skeûre  (Bourlers,  lez 
Chimay),  fourche  de  bois  dont  on  se  sert  pour  seèouer  les  foins,  ou 
encore  pour  remuer,  pendant  le  battage,  les  gerbes  déliées  gisant  sur 
l'aire.  —  Quant-à  l'article  de  Pirsoul  «  foite  cheuvresse  »  (Feller.  p.  189), 
il  faut  le  rayer  sans  hésitation  :  Pirsoul  aura  mal  lu  un  «  fortcheurresse  » 
que  lui  aura  transmis  un  correspondant. 

hourderèce.  A  l'art,  de  Feller,  p.  204,  ajoutez  :  1.  pierre  hourdresse 
ou  bourdresse('ï),  dont  parle  Gachet.  Gloss.  du  Chevalier  au  Cygne 
(Brux.,  1859)  ;  voy.  ci-dessus  bourderesse  ;  —  2.  ourderet,  s.  m.,  t.  de 
bat.  sur  la  Dendre  et  l'Escaut,  montant  du  bas  du  mât,  en  flamand 
zietag  (communication  de  M.  Emile  Ouverleaux). 

hov'terèce  (wallon  :  Erezée),  adj.  f.,  dans  lisse  hov'frèce,  t.  de  charp.. 
lisse  ou  entretoise  allant  de  la  corante  lisse  au  chevron.  La  coranfc  lisse 
est  parallèle  au  premier  chevron  ;  la  lisse  di  hihêr  va  des  montants  à  la 
corante  lisse. 

jecterece  (anc.  w.),  adj.  f.  ;  «  une  heppe  jectresse  ».  var.  «  jectante  » 
(1572  :  Cris  du  Perron)  ;  «  espées,  heppes,  jecteresses  et  aultres  bastons 
offensives  »  (1570  :  ibid.)  ;  textes  cités  par  Bormans  et  Body,  Gloss. 
roman-wallon,  partie  inédite.  Il  faut,  dans  le  second  texte,  lire  heppes 
jecteresses,  c.-à-d.  des  haches  qui  servent  d'armes  de  jet.  Voy.  Thomas, 
p.  104,  v°  jeter ez. 


—  313  — 

jostereche  (anc.fr.),  adj.  m.,  dans  esku  jostereche,  bouclier  qui  sert 
aux  joutes,  aux  tournois  (,T.  d'Outremeuse,  Myreur,  I,  p.  40).  Le  mot 
n'est  pas  dans  Godefroy. 

larèce  (gaumais)  s.  f.,  «  côté  d'une  maison  qui  se  trouve  entre  deux 
pignons  ;  de  latus  -f  -aricia  »  (Feller.  p.  206).  Il  faut  lire  lârèce. 
Il  est  probable  que  ce  mot  représente  plutôt  un  type  later-îcia. 

lôyerèce  (wallon  :  Glons-sur-Geer),  adj.  fém.,  dans  vèdje  lôyerèce, 
perche  horizontale  placée  dans  la  haie  pour  y  attacher  (loyî,  lier)  les 
plants  et  les  piquets  (syn.  prime  à  Jupille,  Fexhe-Slins  ;   cf.  G..  II  257). 

macherèce  (wall.  namurois:  cuve  macherèce,  G.,  v°  jauhite).  Ce  mot 
ne  signifie  pas,  comme  le  pense  M.  Thomas,  p.  97  :  (cuve)  qui  sert  à 
teindre.  M.  Th.  a  été  trompé  par  les  graphies  équivoques  de  G.  Le 
verviétois  «  machè  »,  ouvrier  teinturier,  que  donne  G.,  II  540,  se  pro- 
nonce et  doit  s'écrire  matchè.  Il  n'a  rien  de  commun  avec  macherèce, 
qui  dérive  du  nam.  machî,  liég.  mahî,  mêler,  mélanger  (ib..  II  55). 
C'est  donc  la  cuve  où  le  teinturier  prépare  le  mélange. 

nètirèce  (wallon  de  Verviers),  s.  f.,  «  planche  avec  carde  spéciale 
(gâde  du  —  ),  qui  enlève  aux  travailleurs  la  crasse  et  les  déchets  restés 
enchevêtrés  dans  les  dents  »  (BSW  39,  274).  Voy.  rinèfrèce. 

parfôrèce  (wallon  :  Liège.  Ans,  Glain),  s.  f..  t.  d'arm..  perforeuse, 
très  longue  mèche  à  bois  pour  transpercer  la  crosse  du  fusil  dit  foré 
mite  (Communication  de  M.  Laurent  Colinet).  —  Mis  pour  *parforerèce. 

parresce  (anc.  wallon),  adj.  f..  dans  ce  texte  :  «  ung  droit  couteal. 
une  luiiet  parresce.  vi  pamalle  pour  crespir  cuere  »  (Echevins,  11. 
122°  ;  d'après  Bormans  et  Body,  Gloss.  roman-w.,  ms.,  v°  pamalle.)  - 
Mis  pour  *parerèee.  La  lunette  est  «  un  outil  de  corroyeur  employé  pour 
parer  les  cuirs  »  (Larousse  illustré).  On  peut  voir  une  description  détaillée 
de  cet  outil  dans  Bormans.  Le  métier  des  tanneurs  (BSW  5,  367). 
Comp.  reparerece  dans  Thomas,  p.  109  ;  riparerèce  dans  Feller,  p.  217. 

pastouret  (norm.).  s.  m.,  culbute  (Moisy).  —  Altéré  sans  doute  d'un 
ancien  *pastourerez  «  (jeu)  propre  aux  (petits)  pâtres  ». 

pèl're  (w.  :  Alle-sur-Semois),  péleriau  (rouchi  :  Hécart),  s.  m., 
chêne  écorcé  sur  pied,  bois  pelard.  —  Peut-être  altéré  de  *pelerez. 

pescherez  (anc.  fr.),  «  qui  sert  à  pêcher  »  ;  voy.  Thomas,  pp.  98, 
105,  109.  Ajoutez-y  le  picard  pékeret,  s.  m.,  1.  bateau  de  pêche  ;  2.  petit 
ver  dont  on  se  sert  pour  pêcher  à  la  ligne  (Corblet).  —  En  wallon,  l'adj. 
fém.  pèhWèce  se  lit  dans  une  satire  liégeoise  de  1750  contre  les  femmes  : 
ine  feume,  c'est  V  vèdje  pèKrèce  dès-ènocints,  la  verge  ou  la  ligne  à 
pêcher  les  simples  d'esprit  (BSW  3,  il,  3). 


—  314  — 

planerèce  (w.  hesb.  :  Crehen).  plânerèce  (rouchi  :  Ellezelles), 
s.  f.,  brique  employée  en  parement.  Simple  altération  de  panerèce 
(Thomas,  91,  Feller.  212  ;  fr.  pannere^se).  sous  l*inlluence  de  plat,  plan. 

les  Planerèsses,  lieu  dit,  haut  plateau  à  Bernister,  au-dessus  de 
Malmedy. 

plâterèce  (rouchi  :  Ellezelles  ;  platresse  dans  Hécart),  s.  f.,  espèce 
de  truvelle  dont  le  plafonneur  se  sert  pour  étendre  le  plâtre.  De  là  est 
emprunté  le  nam.  platrèce  que  donne  Pirsoul  ;  voyez  Feller,  214. 

plazeré  (gaumais  :  Buzenol,  Ste-Marie-sur-Semois,  «  1.  petite  place, 
petit  terrain  plat  ;  2.  pelouse  devant  la  maison  ;  3.  clairière  ».  M.  Feller, 
p.  214,  y  voit  un  dérivé  de  platea  «  place  »  ;  mais  l'article  suivant  de 
Maus,  Voc.  gaum.  des  environs  de  Virton  (ms.,  1850)  infirme  cette  con- 
jecture :  «  plasiè,  petite  partie  de  pré  clôturée  ou  isolée  ;  placeriè 
dans  certaines  localités  ;  plasiè  dans  un  compte  de  1446,  plaisiè  en 
1449  ».  Ce  mot  est  assurément  apparenté  à  l'anc.  fr.  plessis  «  clôture, 
enclos  »,  et  vient  d'un  type  *plaxellum,  *plaxarellum  4( altéré 
de  *plaxaricium  sous  l'influence  de  *plaxellum  ?).  Le  sens  propre 
est  donc  «  endroit  entouré  de  claies  ».  Comparez  le  w.  plês'nîre  (à 
Faymonville-Weismes  :  G.,  II  231)  «  jardin  légumier  »,  et  voyez,  pour 
toute  cette  famille,  Meyer-Lùbke,  à  l'art.  *plaxuiM, 

plokerèce,  s.  f.  —  M.  Thomas,  p.  109.  a  l'article  suivant  :  o  plaque- 
rèce,  outrl  -pour -plaquer  :  plaqueresse,  carde  pour  plaquer  la  laine  (Duha- 
mel du  Monceau,  Art  de  la  Draperie,  p.  27).  Souvent  altéré,  par  la  suite, 
en  plaquer  esse.»  —  C'est  le  contraire  qui  est  juste  :  pla-  résulte  d'une 
fausse  perception  ou  d'une  erreur  d'impression  pour  pla-  (l).  Sur  plo- 
quer,  w.  pluki,  du  bas  ail.  plocken  «  carpere  »,  voy.  Behrens.  Beitrâge, 
p.  306  ;  Meyer-Lûbke,  n°  6604. 

potch'trèce  (w.  :  Bressoux-lez-Liège),  dans  fotche  potch'rèce,  fourche 
pour  faire  sauter  (w.  potch'ter  «  sautiller  »)  et  extraire  les  perches  à 
houblon  fichées  en  terre.  Ce  levier  fourchu  s'appelle  râyeû  à  Jupille, 
ràyerèce  à  Chênée,  dérivés  de  râyî  «  arracher,  extirper  ». 

.poûh'rê  (w.  :  Hervé),  s.  m.,  petit  puisard  dans  une  cave.  Peut-être 
un  faux  diminutif  en  -erê,  altéré  de  *  puiserez  «(lieu)  où  l'on  puise,  qui 
sert  à  puiser  ».  —  poûh'rèce  (w.  :  Jupille).  s.  f.,  racine  plongeante 
du  houblon,  qui  s'enfonce  jusqu'à  trois  mètres  de  profondeur. 

prisseresse,  adj.  (ancien  tournaisien  :  xive  s.).  On  lit  dans  les 
Chartes  tournaisicnncs  publiées  par  Ch.  Doutrepont  (Zeitschr.  f.  frz. 

(l)  De  même  carde  est  souvent  défiguré  en  corde.  M.  Thomas,  p.  108,  en  signale 
des  exemples  ;  ajoutez-y  Godefroy,  seran,  et  le  Nouveau  Larousse  illustré,  plaque- 
resse. 


—  315  — 

Spr.  u.  Litt..  xxii.  p.  114)  :  «  mettre  sur  cescun  bonnier  de  le  tiere... 
xlv  kareez  de  tiens  prisseressez  »  (1355)  ;  «  doit  chascun  bounier  de  la 
dicte  tiere  fumer  bien  et  deuement  de  xlv  karees  de  tiens  priserait-lies-  » 
(1398  ;  p.  1 17)  ;  «  L  karees  de  tiens  priseraiches  »  (1398  ;  p.  119).  —  Quid? 

privaret,  priveret,  puveré,  plouvré  (picard),  s.  m.,  hirondelle 
de  mer.  —  Dérivé  de  priver,  apprivoiser  ? 

pwèt'rèce  (w.  :  Jupille).  s. f.,  dérivé  de  pwèrter,  porter. Voy.  bouterèce. 

rabaterèces  (w.  :  Closset.  Armurerie  liég.),  s.  f..  pinces  en  acier 
qu'on  place  dans  l'étau  pour  tenir  les  pièces.  Cf.  Thomas,  rebaterez. 
p.  105  ;  Behrens,  /.  c. 

raboterèce  (w.  liég.),  s.  f..  machine  à  raboter  les  planches. 

rassîrèsse  (w.  de  Verviers).  s.  f..  machine  qui  couche  le  poil  d'une 
étoffe,  qui  lustre  un  drap  (BSW  40.  p.  455).  Pour  *rassîrerèce,  dérivé 
de  rassîr,  rasseoir.  Comparez  sirèce. 

râyerèce  (w.  de  Chènée).  s.  f..  voyez  potch'trèce.  L'adjectif  se  retrouve 
dans  hazve  râyerèce  (Ben-Ahin.  Gives  ;  t.  archaïque,  remplacé  aujour- 
d'hui par  casse),  houe  à  deux  dents  servant  à  l'arrachage  des  pommes 
de  terre.  Dérivé  de  râyî,  arracher. 

remouyerèce  (w.  du  Brabant),  s.  f.,  arrosoir. 

ribouterèce  (w.  liég.  :  Forir.  II  524).  s.f.,  racloir  de  jardinier  pour 
enlever  l'herbe  dans  les  sentiers.  Forir  donne  aussi  bouterèce  «  triangle 
de  jardinier  ».  Voyez  Feller,  p.  186. 

ricouderèce  (w.  de  Stave),  s.  f.,  fer  recourbé  muni  d'un  manche, 
servant  à  ricoude  (recueillir)  les  épis  et  à  les  mettre  en  javelles  derrière 
le  faucheur. 

ricoûrerèce  (w.  de  Tohogne).  s.  f.,  demi- varlope;  voyez  coûrerèce, 
Feller,  p.  196. 

rilèverèce  (,T.  Waslet,  Vocab.  zv.  de  Givet),  s.f.,  cognée  pour  débiter 
le  bois  abattu  dans  les  coupes  ;  elle  a  un  manche  plus  court  que  Vaba- 
terèce.  Cf.  Bruneau,  Enquête,  I,  464. 

rinèterèce  (w.  d'Ampsin-lez-Huy),  s.  f.,  platine  qui,  dans  la  fabrique 
de  creusets,  sert  à  nettoyer  les  outils.  Voy.  nètirèce. 

salerèce  (wall.).  adj.  f.  ;  pire  salerèce,  1.  (Liège)  pie\*re  servant  à 
broyer  le  sel  ; —  2.  (Tohogne)  pierre  servant  à  presser  le  sel  dans  le  lard 
ou  le  jambon  que  l'on  veut  saler  ;  à  Roy,  on  dit  pire  di  se. 

saurterèce  (w.  de  Gembloux,  Petit-Leez),  s.  f.,  one  [atche]  sôrtrèce, 
une  hache  propre  à  essarter. 

sbaterèce  (w.  :  Strée-lez-Huy).  s.  f.,  t.  de  carr.,  ciseau  ou  pointe  ser- 
vant à  sbate  (aplanir)  la  surface  d'un  bloc  de  pierre. 

serclerette,  -rot  (Beauquier,  Voc.  du  dép.  du  Doubs),  sarcloir. 


—  316  — 

sirèce  (Gorcy-Cussigny-lez-Longwy  :  Meurthe-et-Moselle),  s.  f., 
espèce  de  bac  en  bois,  ouvert  d'un  côté,  que  la  laveuse  prend  avec  elle 
et  dans  lequel  elle  s'agenouille  pour  laver  son  linge  au  bord  de  la  rivière 
ou  de  la  fontaine  (Communication  de  M.  P.-D.  Navez,  de  Musson).  — 
Dérivé  de  sir  :  seoir,  asseoir. 

so-prèsse.  M.  Feller.  p.  218.  insère  dans  sa  liste  un  mot  qu'il  écrit 
soperèce  et  qui  désigne  une  partie  du  chariot,  le  lisoir.  Il  n'en  donne  pas 
l'explication  et  se  contente  de  ponctuer  d'un  «  !  »  la  graphie  sous-prèsse 
de  Dasnoy,  p.  85.  Je  crois  pourtant  que  ce  dernier  a  raison  et  que  notre 
mot  n'a  rien  de  commun  avec  le  suffixe  -  arici  us .  Si  je  comprends  bien 
l'article  de  Dasnoy,  il  en  ressort  que  le  fr.  «  lisoir  »  traduit  le  ehestrolais 
sous-presse  et  que  le  lisoir  de  l'avant-train  est  surmonté  de  la  pièce 
appelée  en  fr.  «  sellette  ».  Or  Body  (Voc.  des  charrons,  v°  chârai)  nous 
apprend  qu'en  ardennais  la  «  sellette  »  se  dénomme  presse.  Il  est  donc 
naturel  que  le  lisoir  de  l'avant  ait  pris  le  nom  de  sous-presse.  Par  ana- 
logie, ce  nom  se  sera  étendu  au  lisoir  de  l'arrière;  c'est  ainsi  qu'il  est 
question  de  deux  so-prèsse,  par  exemple  à  Erezée  et  à  Ortheuville  : 
Il  so-prèsse  di  devant  et  li  so-prèsse  di  drî,  à  chaque  paire  de  roues, 
pour  supporter  les  ridelles.  J'ai  entendu  à  Grand-Halleux  et  à  Basse- 
Bodeux  :  lu  presse  do  tchâr,  c'est  cou  qu?  lès  ronhes  (ranches)  su  mètèt 
d'ssus. 

sorderesse  (âerle  — ),  voyez  p.  227. 

spindj'rèce  (w.  de  Bovigny),  s.  f.,  battoir  pour  spiudjî  (espader  le 
lin  ou  le  chanvre). 

spoûl'rèce  (w.  de  Verviers  :  BSW  38,  208),  s.  f.,  t.  de  tiss.,  espèce 
de  rouet  servant  à  charger  l'époule. 

stèssin'rèce  ;  pour  l'étymologie,   voyez  p.  92. 
stopresse  (anc.  liég.),  adj.  m.,  qui  sert  à  stoper  (étouper,  calfater; 
boucher  en  général)  :  «  rué  ung  coultea  stopresse  après  un  homme  » 
(1555,  Cri  du  Perron  ;  cité  par  Bormans  et  Body,  Gloss.  roman,  ms.). 

suweraite ,  adj.  f.,  qui  sert  à  essuyer  :  «m  petites  toulettes  suweraites  », 
1398,  dans  un  testament  de  Tournai  (God.).  -  -  Dérivé  de  *suiver, 
liég.  souwer,  sécher  (*exsucare  :  essuyer).  Il  s'agit  d'essuie-main. 
La  finale  -aite  est  altérée  de  alce  :  le  dialecte  tournaisien  a  les  formes 
-eralç,  -erals  (pour  -erez),  fém.  -eraice  (pour  -erèce).  Voyez  ci-dessus 
cloeralte,  et  Thomas,  pp.  76,  77,  91. 

taperet  (Vocab.  langrois,  1822),  s.  m.,  pistolet  à  sureau.  —  tap'rèce 
(w.  d'Angleur),  s.  f..  nom  donné  à  la  cop'trèce  en  avril,  c.-à-d.  à 
la  plante  de  houblon  arrivée  à  son  maximum  de  production.  Dérivé 
de  taper,  jeter. 


—  317  — 

tchèdjerèce  (liég.),  s.  f.,  grande  pelle  dont  les  mineurs  se  servent 
pour  charger  la  houille  dans  les  wagonnets  (BSW  54,  p.  264).  —  A 
ajouter  à  l'article  de  Feller,  p.  219. 

tchoquerèce  (gaumais  :  Cl.  Maus).  s.  f..  combat,  rixe,  bagarre, 
où  l'on  se  donne  des  coups. 

tèyerèce  (w.  :  Blegny-Trembleur).  s.  f.,  t.  d'arm..  lime  à  fendre, 
espèce  de  scie  qui  sert,  par  exemple,  à  faire  les  rainures  dans  les  têtes 
de  vis.  —  Cf.  Thomas,  p.  100. 

tonderèce  (w.  de  Malmedy  :  Villers),  s.  f.,  petits  ciseaux  de  drapier, 
forcettes.  A  Roy-en-Famenne,  j'ai  noté  le  même  mot  comme  t.  archaï- 
que, pour  désigner  les  forces  à  tondre  les  moutons.  —  Cf.  Feller,  p.  220. 

tuteri,  tutri  (mesuien  :  Cordier.  Labourasse.  Varlet),  s.  m.,  goulot 
de  la  bouteille  ou  du  broc,  en  forme  de  biberon.  Du  v.  tuter,  qui  signifie 
«  téter,  sucer  »  dans  la  Marne  (Varlet).  Syn.  tutot  (id.).  Pour  le  suff.  -en 
(=  -ereau:  -erez),comp.  pétri  (Labourasse)  «  étincelle  lancée  par  un  feu 
qui  pétille  »,  musseri  (Varlet)  «  troglodyte  »  (=  meusserot:  Labourasse; 
Thoma-,  p.  104).  Pour  le  radical,  voyez  G.,  tûter,  lûturon. 

villerec,  -rech,  -ré  (anc.  fr.),  adjectif  masc,  qualifiant  une  sorte 
de  filet.  Godefroy  cite  deux  exemples  tirés  des  chartes  du  Hainaut  : 
un  sacqueau  villerech  (1534),  sacqueau  villeré  (1619)  ;  le  premier  texte 
se  retrouve  plus  complet  à  l'art,  resque  de  Godefroy.  Le  contexte 
indique  qu'il  s'agit  d'un  sac  ou  filet  prohibé.  Quid  ? 

wân'rèce  (w.:  Jupille),wâr'nèce  (Bressoux).  wàgn'rèce  (Angleur), 
s.  f.,  plant  de  houblon  quand  il  a  au  moins  deux  ans  et  qu'il  est  à  même 
de  grimper  sur  un  passé  ou  échalas.  L'année  suivante,  ce  plant  s'appelle 
forwâiïrèce  à  Jupille  :  c'est  alors  une  pousse  maîtresse  qu'on  guide 
sur  une  perche,  âlon.  On  pourrait  croire  à  première  vue  qiîe  le  radical 
est  wâgnî  «  gagner  ».  J'y  vois  plutôt  des  dérivés  de  *wârni  «  garnir  ». 
Voy.  bouterèce. 

III 

Le  Dictionnaire  étymologique  de  Ch.  Grandgagnage  (x) 

...Il  est  un  homme  dont  la  figure  mérite  d'être  évoquée  en  ce  jour  et 
dans  cet  auditoire  universitaire,  un  homme  que  ses  contemporains 
—  du  moins  dans  son  pays  —  n'ont  pas  apprécié  à  sa  valeur,  que  la 
plupart  d'entre  vous  ignorent  peut-être  et  à  qui  doit  aller  notre  recon- 

(l)  Extrait  de  la  leçon  inaugurale  du  Cours  de  Dialectologie  wallonne,  donnée  à 
l'Université  de  Liège,  le  18  novembre  1920. 


—  318  — 

naissance,  car  il  est  l'ancêtre,  le  précurseur,  le  véritable  fondateur  de 
la  philologie  wallonne.  Je  veux  parler  de  Charles  Grandgagnage,  né  à 
Liège  en  1812  et  y  décédé  en  1878. 

Son  labeur  fécond  s'est  exercé  dans  le  triple  domaine  de  la  lexicologie, 
de  l'étymologie  et  de  la  toponymie  wallonnes.  «  Ce  fut,  —  nous  dit  son 
biographe,  —  un  savant,  au  sens  sérieux  et  solide  du  mot,  et  savant 
parmi  les  plus  distingués  de  son  pays  et  de  son  temps...  A  l'étranger,  il 
était  comme  l'incarnation,  la  personnification  des  études  wallonnes. 
C'était  par  excellence  le  philologue  wallon,  le  linguiste  liégeois,  auquel 
l'Europe  aimait  à  rendre  hommage...  Son  érudition  solide,  sa  critique 
ingénieuse  le  firent  remarquer  par  les  savants  les  plus  éminents  de 
France  et  d'Outre-Rhin...  Les  plus  brillants  représentants  de  la  philo- 
logie en  Allemagne  et  en  France,  Diez,  Pott,  Diefenbach,  Forstemann, 
Littré,  le  tenaient  en  singulière  estime  et  le  citent  comme  une  autorité 
en  linguistique...  »  (l). 

Je  n'ai  pas  la  prétention  de  refaire,  après  un  maître  aussi  autorisé 
que  M.  Doutrepont,  la  biographie  de  Grandgagnage.  Je  voudrais  seule- 
ment souligner  l'importance  de  son  effort  et,  - —  laissant  même  de  côté 
ses  deux  ouvrages  sur  les  anciens  noms  de  lieux  de  la  Belgique  orientale, 
où  il  fait  la  critique  minutieuse  des  sources  anciennes  de  notre  topo- 
nymie et  jette  les  bases  de  cette  science  nouvelle,  —  je  voudrais  rap- 
peler l'œuvre  magistrale  qui  mériterait,  à  elle  seule,  de  perpétuer  son 
nom. 

C'est  en  octobre  1845  —  il  y  a  juste  soixante-quinze  ans  : —  qu'il 
publia  la  première  livraison  du  Dictionnaire  étymologique  de  la  Langue 
wallonne  (2). 

«  Tout  était  à  créer  »,  nous  dit-il  lui-même  dans  son  Avertissement  (3). 
Et  en  effet,  à  un  double  point  de  vue,  son  Dictionnaire  apparaît  comme 
une  sorte  de  «  création  ».  C'est  d'abord  un  vaste  répertoire  où  l'auteur 
se  propose  de  «recueillir  tous  les  mots  des  différents  dialectes  et  des 
différents  âges  »  ;  il  a  dû,  pour  cela,  «  s'assurer  des  formes,  de  la  vraie 
signification  (ce  qui  est  bien  plus  malaisé  qu'on  ne  croirait),  établir  une 
orthographe  conséquente  sans  qu'elle  blessât  ni  l'étymologie  ni  l'œil  »  ; 
il  a  dû  dépouiller  d'innombrables  textes  manuscrits  et  imprimés, 
organiser  un  service  de  correspondants  qui  le  renseignaient  oralement 

(  )  Aug.  Doutrepont,  Charles  Grandgagnage  (Annuaire  de  la  Société  liég.  de 
LUI.  wall,  t.  16,  pp.  19-49  ;  Liège,  1903). 

(2)  L'impression  fut  interrompue  en  1847,  reprise  en  1851  et  de  nouveau  suspendue 
en  1852.  La  fin  ne  devait  paraître  qu'en  1880,  deux  ans  après  la  mort  de  l'auteur. 

(3)  Dans  ee  qui  suit,  les  passades  cites  entre  guillemets  sont  tirés  de  la  même  source. 


—  319  — 

ou  par  écrit,  se  livrer  enfin  à  la  chasse  aux  vocables,  chasse  aussi  pas- 
sionnante que  hérissée  de  difficultés  et  de  déceptions.  Avant  lui,  les 
amateurs  de  lexicographie  s'étaient  bornés  à  noter  le  parler  d'une  loca- 
lité ou  d'une  région,  se  proposant  presque  uniquement  de  signaler  des 
provincialismes.  Il  fut  le  premier  à  «  embrasser  le  cercle  tout  entier  ». 
C'est  qu'aussi  bien  la  récolte  des  mots  n'était  à  ses  yeux  qu'un 
moyen  :  elle  lui  fournissait  les  matériaux  qu'il  fallait  dégrossir  et  dis- 
poser exactement  pour  l'œuvre  qu'il  rêvait.  «  Comparer  les  mots 
d'abord  entre  eux,  puis  avec  ceux  des  autres  langues  et  idiomes  romans, 
enfin  rechercher  l'étymologie  dans  plusieurs  langues  différentes^ 
éparses  dans  une  quantité  de  livres  »,  tel  fut  son  principal  objectif  et,, 
là  surtout,  dans  l'explication  historique  des  mots,  il  se  montre  créateur,, 
esprit  curieux  et  subtil. 

Cette  œuvre  commencée  avec  enthousiasme,  il  la  poursuivit  pendant 
quinze  ans,  «  sans  recevoir  ni  louange  ni  blâme,  même  de  ceux  qui,  le 
touchant  de  plus  près,  pouvaient  le  mieux  le  juger  »,  sans  éprouver 
d'autre  plaisir  que  «  celui  que  procure  l'accomplissement  d'un  devoir  ». 
Cette  indifférence  de  son  milieu,  cette  froideur  dont  il  se  plaint  amère- 
ment, et  sans  doute  aussi  d'autres  raisons  restées  obscures,  finirent  par 
décourager  sa  nature  sensible  et  délicate.  En  fin  de  compte,  pendant 
les  vingt  dernières  années  de  sa  vie,  il  laissa  dans  l'abandon  son  pré- 
cieux Dictionnaire.  Près  de  mourir,  il  ne  vit  dans  son  entourage  personne 
qui  fût  de  taille  à  parfaire  son  travail  et  à  publier  ses  notes  manuscrites  ; 
il  dut  recourir  à  la  science  d'un  étranger,  un  Suisse  établi  à  Bruxelles, 
Auguste  Scheler,  qui  s'acquitta  de  sa  mission  avec  un  zèle,  une  probité 
scientifique,  une  compétence  qu'on  ne  saurait  proclamer  trop  haut. 
Grâce  à  Scheler,  le  dernier  tiers  de  l'ouvrage  parut  en  1880. 

C'est  au-delà  de  nos  frontières  que  Grandgagnage  vit  son  glossaire 
accueilli  avec  le  plus  d'empressement  ;  c'est  à  l'étranger  que  se  fonda 
sa  réputation.  Au  reste,  dans  sa  conception  première,  le  Dictionnaire 
étymologique  était  «  principalement  destiné  aux  étrangers  et  calculé 
pour  leur  usage  ».  Persuadé  à  juste  titre  que  nos  idiomes  populaires 
contenaient  une  foule  de  formes  anciennes  bien  dignes  de  l'attention 
des  romanistes,  remarquant,  dès  1841,  en  étudiant  les  Celtica  de 
Diefenbach,  «  un  certain  nombre  de  cas  où  [pour  l'explication  des 
origines]  le  wallon  pouvait  être  consulté  avec  plus  de  profit  qu'aucune 
autre  langue  romane  »,  jugeant  que  la  langue  de  son  pays  «  formait 
réellement  un  chaînon  essentiel  dans  l'histoire  générale  des  langues 
romanes  »,  il  s'institua,  suivant  ses  propres  termes,  «  l'introducteur 
national   du   wallon   auprès   des   étrangers  ».    Son   plus   vif  désir   fut 


—   320  — 

«  d'apporter  une  modique  contribution  à  l'édifice  philologique  qui 
s'élevait  en  Allemagne  ».  Et,  modestement,  lui  dont  les  études  n'avaient 
pas  été  dirigées  vers  la  philologie  moderne  et  qui  dut,  par  ses  propres 
forces,  s'outiller  de  toutes  pièces,  il  déclare  n'avoir  eu,  en  se  livrant  aux 
recherches  étymologiques,  «  d'autre  ambition  que  celle  de  déblayer  le 
terrain  et  de  préparer  le  travail  à  des  savants  placés  dans  des  conditions 
plus  favorables  que  lui  pour  cultiver  ce  champ  d'études  ». 

Il  fit  plus  cependant  :  il  traça  le  plan,  jeta  des  fondations  solides, 
éleva  la  charpente  de  l'édifice.  Si  presque  aucune  partie  ne  reçut  de 
ses  mains  l'achèvement  désirable,  s'il  y  laissa  de  nombreuses  lacunes, 
son  œuvre,  que  tous  les  critiques  ont  jugée  remarquable  pour  le  temps 
où  elle  parut,  est  encore  aujourd'hui  le  vocabulaire  wallon  le  plus  riche 
et  le  plus  précieux  qui  ait  vu  le  jour. 

Nous  reconnaîtrons  sans  peine  que  pas  un  article  peut-être  de  son 
glossaire  n'est  définitif  et  que  son  œuvre  ne  répond  plus  suffisamment 
aux  exigences  actuelles  de  la  science  étymologique.  Sa  méthode,  on 
l'a  dit,  est  loin  d'éviter  tout  reproche  :  trop  souvent  il  hésite  à  conclure, 
il  accumule  les  rapprochements  superflus,  va  chercher  ses  étymologies 
dans  de  lointains  dialectes  germaniques  au  lieu  d'interroger  les  dialectes 
voisins.  Toutes  ces  critiques  sont  fondées,  et  bien  d'autres  encore 
que  le  maniement  quotidien  de  son  Dictionnaire  peut  suggérer.  Mais 
qu'importe  ?  Pour  en  juger  équitablement,  il  ne  faut  pas  perdre  de 
vue  qu'il  n'eut  pas  de  prédécesseur,  qu'il  dut  à  lui  seul  frayer  la  voie 
qui,  à  présent,  s'élargit  et  s'aplanit  de  jour  en  jour  ;  il  faut  se  rappeler 
son  mot  :  «  Tout  était  à  créer  »,  et  méditer  ce  jugement  d'un  maître  : 
«  Ce  travail  scientifique  dépasse  de  beaucoup  tout  ce  qui  a  été  entrepris 
antérieurement  sur  la  lexicologie  et  l'étymologie  des  parlers  de  la 
France  »  (1).  Il  faudrait  enfin  pouvoir  imaginer  où  nous  en  serions 
aujourd'hui  si  Grandgagnage  n'avait  pas,  comme  il  dit  lui-même, 
«  débrouillé  le  chaos  »,  et  commencé  à  mettre  de  l'ordre  dans  un  domaine 
où  régnait  le  désordre  le  plus  complet. 

C'est  de  lui,  comme  nous  l'avons  dit,  que  date  la  philologie  wallonne  ; 
mais,  on  doit  bien  l'avouer,  le  grand  effort  de  Grandgagnage  a  relati- 
vement échoué.  Faut-il  attribuer  cet  échec  à  la  froideur  de  l'accueil  que 
lui  fit  le  public  wallon  ?  Sans  doute,  mais  il  y  eut  d'autres  causes,  dont 
voici,  à  nos  yeux,  la  principale.  Grandgagnage  s'était  trompé  sur  l'éten- 
due et  les  difficultés  du  sujet  qu'il  embrassait.  En  1841,  il  conçoit  la 

(')  I).  Behrens,  Bibliographie  des  patois  gallo-romans,  2e  éd.,  traduite  par  E.  Ra- 
biet  (Berlin,  1893),  p.  217. 


—  321  — 

première  idée  de  son  œuvre  ;  il  en  commence  la  publication  quatre  ans 
plus  tard.  En  réalité,  c'est  dix  ou  quinze  ans  de  préparation  silencieuse 
qu'il  lui  aurait  fallu.  Dès  1850,  il  dut  le  reconnaître  lui-même  :  «  Le 
fonds  étant  pour  ainsi  dire  inépuisable,  les  matériaux  continuaient  à 
arriver  pendant  que  le  travail  d'élaboration  s'opérait,  de  sorte  que 
l'édifice  croulait  souvent  avant  d'être  achevé  ». 

Deux  ans  après,  en  1852,  il  suspend  définitivement  l'impression  de 
son  livre  et,  en  1855,  il  arrête  la  préparation  de  ses  notes.  L'apparition, 
en  1853,  du  chef-d'œuvre  de  Diez,  le  Dictionnaire  étymologique  des 
langues  romanes,  lui  fit  aussi  probablement  comprendre  tout  ce  qui 
lui  avait  manqué  jusque-là.  Quoi  qu'il  en  soit,  inclinons-nous  devant  la 
longue  angoisse  qui  étreignit  son  cœur.  Il  dut  éprouver  la  douleur 
poignante  de  l'artiste  qui,  devant  l'ébauche  imparfaite,  se  sent  accablé, 
impuissant  à  concrétiser  son  idéal.  Hélas  !  il  n'avait  plus  l'ardeur  ni  la 
santé  nécessaires  pour  recommencer  un  labeur  épuisant...  Il  ne  lui 
restait  que  la  consolation  de  penser  qu'un  jour  peut-être  ses  compa- 
triotes lui  rendraient  justice  et  de  se  dire,  comme  le  héros  malheureux  : 
In  magnis  voluisse  sat  est  !  Et  vraiment,  avoir  eu  la  volonté  de  réaliser 
une  grande  chose,  n'est-ce  pas  le  signe  d'un  noble  cœur  et  d'un  esprit 
d'élite  ?... 

Celui  qui,  en  1845,  inaugura  brillamment  les  recherches  scientifiques 
sur  nos  dialectes,  méritait  bien  l'hommage  que  nous  lui  rendons  aujour- 
d'hui. Son  Dictionnaire  a  valu  à  notre  petit  pays  une  place  d'honneur 
dans  la  philologie  française  :  ce  titre  suffit  amplement  pour  que  la 
Wallonie  n'oublie  jamais  le  nom  de  Charles  Grandgagnage... 


ADDITIONS   ET   CORRECTIONS 

Page  3,  note  4.  Pour  cl  réduit  à  c,  voyez  aussi  p.  262,  n.  2. 

P.  4,  à  l'article  âlon,  ajouter:  Pour  la  sémantique,  comp.  le  fr.  espalier  {vaux  d'ap- 
pui), dérivé  de  la  forme  italienne  (Y épaule. 

P.  41,  à  l'article  butin,  ajouter  bètin  qui,  à  Faymonville,  signifie  «  neige 
boueuse  au  dégel  »  (BSW  50,  p.  548). 

P.  42.  Le  gratte-cul  s'appelle  picadô  à  Petit-Leez  (Gembloux)  ;  c'est  sans  doute 
le  produit  d'un  croisement  càkèdô  x  piquer. 

P.  48.  Pour  la  dérivation  de  chaon,  comp.  l'anc.  fr.  braon  (liég.  brèyon)  «  muscle, 
morceau  de  viande,  mollet  »,  qui  vient  du  francique  brâdo. 

P.  67,  milieu.  Le  Mittelniederdeustches  Worlerbuch  (1888)  de  A.  Lubben  donne 
aussi  durer,  dabber,  s.  m.,  «  écorce  d'arbre,  surtout  de  bouleau  ». 

P.  77,  1.  21,  au  lieu  de  djéve,  lire  :  *d;éve,  et  ajouter  :  ou,  en  tenant  compte  de 
l'élément  palatal,  *djîve  (comp.  *capum  :  tchîf,  carum  :  le/tir). 

P.  143.  Herbate  est  aussi  le  nom  d'un  bameau  de  Wavre. 

P.  150,  n.  2.  A  Pellaines  (Hesbaye),  on  appelle  oulote  la  grande  chouette  qui  se  tient 
dans  les  clochers,  etc.,  et  ouron  la  petite  chouette  qui  niche  dans  les  creux  des 
arbres. 

P.  171,  fin.  Pour  roton,  lôton  (de  rute),  comp.,  p.  261,  drodale,  drôdale  (de  drude). 

P.  172  et  190,  supprimer  l'astérisque  devant  pauta  ;  p.  18,  milieu,  lire  *acu- 
cellum.  * 

P.  179,  n.  2,  ajouter  bigâ,  p.  22,  que  nous  tirons  du  germ.  bîge. 

P.  191,  1.  1  :  pote  est  substantif  dans  ce  passage  de  Bauduin  de  Condé  :  «  A  tes 
cours  bras  et  a  tes  potes,  Qui  sont  grosses  con  deus  machues,  Et  aveuc  noires  et 
crochues  >••  (éd.  Schcler,  p.  165  ;  note,  p.  456). 

P.  203,  1.  2,  ajouter  abrouche,  que  j'ai  noté  à  Petit-Leez  (Gembloux). 

P.  285,  n.  5,  supprimer  le  (?)  après  va  pidus,  qui  a  très  bien  pu  donner  le  lié- 
geois wape,  comme  ra pidus  a  donné  rude. 

P.  300,  n.  3.  A  Bouvignes-Dinant,  les  enfants  chantent  :  Al  rondanse  dès  crôs 
boyas  !  Quurtd  i  jdmil  i  n'  fil  nin  bia  !  Puis  ils  s'accroupissent  en  criant  :  Crôbinèt!  — ■ 
Cette  variante  justifie  notre  interprétation  de  cumayau  ;  crôbinèt  se  rattache  mani- 
festement à  «  courbette  »  (voyez  §  8,  p.  297).  Quant  à  crôboya  (=  gras  boyau),  c'est 
sans  doute,  par  étymologie  popidaire,  une  des  innombrables  déformations  du  type 
«  cul-tumerel  »,  dont  il  est  question  pp.  301-2. 

P.  6.  n.  2  :  Wiegand,  lire  Weigand  ;  —  p.  7,  milieu  :  Wort.,  lire  Wôrt.  —  p.  12. 
n.  4  :  20.  lire  21  ;  —  p.  33,  1.  10  :  688,  lire  608  ;  —  p.  34, 1.  7  :  boïuou,  lire  bouiou  ;  - 
]>.  53,  n.  3  :  d.  303,  lire  p.  303  ;  —  p.  76,  bas  :  508,  lire  528  ;  —  p.  102,  titre  d'article  : 
fouféie,  [ire  foufète  ;  —  p.  106,  1.  1  :  234,  lire  231  ;  —  p.  119,  bas  :  137,  lire  237  ;  — 
p.  131.  bas  :  Procédé,  lire  Précédé  ;  —  p.  148,  1.  6  :  314,  lire  313  ;  —  p.  166,  1.  2  : 
529,  lire  .").•;!)  :  p.  169,  1.  4,  lire  :  devient  ï  protonique  ;  —  p.  176,  1.  26  :  préjoratif, 
lire  péjoratif  ;  dern.  ligne  :  I,  lire  II  ;  de  même  p.  281,  milieu  ;  —  p.  181,  n.  3,  lire 
iimlili nanl,  mâlignant  ;  —  p.  181,  n.  1,  lire  :  vouvhx  pote  ;  —  p.  215,  bas  :  sepreù,  lire 
sèprt  ii  :  ]>.  2:58.  I.  7  :  156.  lire  436  ;  —  p.  253,  1.  3,  lire  :  le  gaulois  rïc*  ;  —  p.  270, 
n.  1:11,  lire  I  ;  -  p.  285,  n.  4  :  179,  lire  477  ;  —  p.  287,  1.  9,  lire  :  la  lu-  '/"  wèrleû. 
1'.  75.  I.  il.  Mie  :  avec  /■  épenthétique.  —  P.  235,  1.  9,  lire  :  Joseph. 


INDEX    LEXICOGRAPHIQUE 


Celtique 


bor  (?),  20  n. 

derva,  derw,  67. 

*gaba,  *gava, 76, 77. 

*gabata,  *gavita,  *gauta,  77,  113. 

*gautum,  113. 


*gavia,  77. 
*hûra,  146  n. 
*musgauda,   113. 
rica,  253. 


Grec 


Sytoç,  1. 
opaxo'vxiov,   86  n. 

iWj\!.-J.rj'J.,     I. 


E-'/apâ-iTEiv,  107. 
Kâvcujjo^,  44. 


Germanique 


âbôken,   abôkelen,   32. 

aanbouw,  anbau,  6. 

ahne,  âne,  12. 

ahsel,  achsel,  4. 

arc,  arch,  arg,  arig,  arrig,   13,  14. 

baat,  bâte,  143  n. 

baken,  bakenen,  21. 

bald,  20. 

balk,  7  n.,  20,  31  n.,  220. 

bardauz,  295. 

bark,  bork,  berck,  24. 

bauch,  33. 

baug,  31. 

beeken,  bekken,  191. 

behôf,  behoef,  behuf,  29. 

beige,  bîge,  322. 

beost,  biest,  42. 

berg,  bëreg,  23. 

bergfrid,   28   n. 

betalen,  166. 

beuk,  beukje,  33. 

bi-,  26. 

biesen,  179  n. 

bihurdan,  26. 

blein,  29. 

Bockholz,  30. 

bohren,  boren,  21,  26,  27. 

bôk,  bôken,  bôkemaul,  32. 


bondje,  274. 

bonk,  boneket,  169  n. 

bore,  26  n. 

boro,  bohrer,  26  n. 

borstlap,  41. 

bout,  bolz,  30. 

boxhôren,  42  n. 

brâdo,  322. 

bràgel,  -eln,  39. 

brand,  -en,  38. 

brôjan,  89  n. 

briihen,    89. 

buik,  33. 

bûr,  baner,  21,  27,  173. 

câde,  kàde,  48. 

carsonde,  corsoude,  59. 

coke,  159. 

cretto,  grette,  60. 

*Dabold,  Tagebold,  249. 

daver,  67,  322. 

dîeh,  deïk,  deeg,  dijk,  22. 

diutisch,  dentseh,  250. 

dohne,  233. 

dreg,  233. 

drevel,  -elen,  drijven,  treiben,  256. 

diiesch,  23. 

drude,  261,  322. 

drndel,  -elen,  261  n. 


—   324    — 


duitje,  274. 

dweil,  233. 

erfworm,  86  n. 

eule,  150. 

fahen,  fangen,  vâhen,  2. 

fîrlic,  feierlich,  vîrelieh,  272. 

flasche,  43  n. 

flause,  98. 

focke,  fuecke,  fuik,  33,  56,  103. 

foetelen,   102. 

forliosan,  97. 

freeboot,  90. 

frefel,  103. 

galgen,  gâljen,  105. 

garba,  74,   140. 

gare,  gareteg,  73. 

garst,  -ig,  74. 

gart,   gard,   -e,   gerte,   74. 

garto,  garten,  74. 

ge-,  107,  305. 

Geert,  Gehrt,  Gerhard,  121. 

geest,  232. 

geit,  133  n. 

gelid,  glied,  306. 

gelint,  glind,  109. 

gemaeht,   gemaakt,  43. 

gemein,  43  ;  genieine,  306. 

genade,  gnade,  306. 

genug,  307. 

geraden,  geraad,  87. 

geraten,  gerôden,  3. 

gergel,  gargel,  80. 

gescheit,  -eide,  133. 

geschôt,  305. 

geselle,  gezel,  306. 

gesicht,  gezicht,  306. 

gestaan,   166. 

gestel,  gestell,  107. 

gesuch,  126. 

getal,  305. 

gevel,  giebel,  80. 

gezoc,    126. 

ghetîde,   306. 

glind,  109. 

goot,  123. 

gort,  -ig,  grut,  73. 

gram,  106. 

hack  uiid  mack  (pack),  43. 

hader,  132. 

hagedoorn,  42. 

hâhen,  08. 

halb,  141  il 


halbseheid,  133. 

halsâdara,   141. 

halter,  halster,  141. 

ham,  hamel,  139  n. 

hamisch,  hâmisch,  hem,  6. 

hammeln,   8. 

hammerschlag,  138. 

hamo,    139. 

hanebalk,  hahnenbalken,  7. 

hangen,  hengen,  68. 

hannevir,  139. 

*harba,  140. 

harmskara,  136. 

harst,  141. 

hait,  hartîn,   135. 

hederick,  herrik,  harik,163. 

heibei,   hoiboi,   haaibaai,    186. 

helmstok,    137-8. 

*helmu,  264. 

hemd,  139. 

hemmstock,  138. 

*hêr-bate,  143  ;  *hêr-cost,  144. 

heriberga,   herberge,    13,   126-8. 

heul,   145. 

heulen,  hûlen,  huilen,  145,  150 

hiefe,  hiepe,  42. 

hinge,  68. 

hingeraten,  3. 

hocke,  -er,  hok,  156. 

hoesel,  157. 

hôhlen,  145. 

Hondschoote,  9-10. 

hoofdband,  hoofdtouw,   185. 

hotzen,  157  n. 

houdsel,  157. 

bout,   holz,   30. 

hringa,  199. 

hûbe,  haube,  211. 

huik,  33. 

hurd,  luirde,  25. 

huwila,  150. 

-îna,  135. 

joch,  83,   84  n. 

juk,  83. 

kaai,  kaan,  kâde,  48. 

Kalterherberg,  13. 

kamasche,  43. 

kamm,  105  n. 

kannegeluk,  305. 

kate,  kote,  52  n. 

kausjan,  273. 

kavelen,  47. 


-   325    — 


-ke,  177. 

kersoude,  karsoude,  59. 

kerte,   karte,   kratt,   61-63. 

keuzelen,  47  n. 

kinkhoest,    keichhusten,    158-9. 

kiusan,  kiesen,  kiezen,  273. 

klingen,  125. 

kloot,  kluit,  156,  170  n. 

knapbus,  44. 

kohle,  kool,   158. 

kot,  -e,  -erij,  52  n. 

kothe,   kôther,    -ei,   51. 

kram,  kramme,  57. 

kranz,  krans,  199. 

krassen,    kratzen,    59. 

krâte,   krete,   62,   63. 

kriek,  krieche,  169. 

krippe,  60. 

krom,  5. 

krullen,  162. 

kwast,  64. 

laede,   lade,    167. 

lakmoes,  lecmoes,  23. 

lande,  -er,  gelànder,  167. 

last,  256. 

Iaubia,  168. 

*lauda,  lood,  lot,  172. 

lijst,  leiste,  169. 

lok,  locke,  157. 

loot,  loote,  lot,   170. 

lot,  Iode,  lood,  lot,  172. 

love,  love,  leuv,  lôwe,  168. 

luiaard,  177. 

luik,  103  n. 

luiwagen,    233. 

lûre,  lauer,  lûren, lauern,  loeren,  173. 

lustig,  272. 

luwer,   168  n. 

Machteld,  Mechthild,  177. 

magd,   meeghd,   177. 

manzen,  manssen,  mânzen,  175. 

menschke,  177. 

minsel,  *minsen,  175. 

mork,   morg,   mure,  morken,   morkinn, 

181-2. 
muos,  mus,  113. 
nestel,  4. 

nett  gewâhrt  nett,  307. 
neuring,    neutring,    184-6. 
neut,  noot,  185. 
noring  (?),  186. 
oog,  oogring,  185. 


ooring  (?),  186. 

oorringje,  185  n. 

pardoes,  pardaf,  295. 

pauta,  poot,   112,   172,   190. 

piro,    piero,    193. 

platt  gesagt,  307. 

plecht,  103  n. 

plocken,  314. 

plûsteren,   pluysteren,   86. 

plute,  plodde,  288. 

poehen,  32. 

potteken,  13. 

pottick,  13. 

praat,  praten,  prattele,  195. 

put,  putte,  194  n. 

raken,   199. 

nuit,  rotjan,  roten,  112. 

reiter,  213  n. 

ring,  210. 

ringhen,   rinkelen,   200. 

rinkinken,  201. 

rinne,  -en,  15-16. 

rîven,  reiben,  169. 

rôf,  roef,  roof,  29. 

Rômerskirchen,  138. 

rûh,  rauh,  211. 

rùlp,  42. 

runnen,  212  n. 

ruote,  rute,  171,  322. 

riiter,  213. 

sange,  zang,  223. 

sceit,  scheiden,  skaidan,  133. 

schael,  158. 

scheerbalk,  7  n.,  220. 

sebeib,  schief,  278. 

schellen,  schillen,  158. 

seheren,    scheeren,    skerjan,    221. 

sehine,  schiene,  scheen,  144. 

sehmier,  -en,  179. 

sebol,  scholle,  158. 

schoot,   skauts,    112. 

schor,  153  n. 

scît,  schît,  seheit,  133  n. 

score,  154. 

scûm,  sebaum,  211. 

scûr,   schauer,    146. 

scûr(a),  scheuer,  27,  153. 

secole,  158. 

siebensehlâfer,    zevenslaper,    224. 

sijs,  sijsje,  220. 

skaidan,  scheiden,  133. 

skina,   144. 


326 


skolla,   158-162. 

slâken,  169,  279  n. 

slîfen,  schleifen,  169. 

slîtan,  slîzan,  216-7. 

slito,  217. 

sloot,  sluiten,  170. 

smeer,  smieren,   179. 

sneppe,  179  n. 

soie,  223. 

spèrel,  sperrel,  228. 

spîhhâri,  speicher,  229. 

spinaal,  229  230. 

spirewippche,  296. 

sproeien,    spruwen,    spruien,    232. 
sprowan.  spriihen,  88-90  ,  232. 

spule,  175  n. 

staan,  166. 

stechen,  92. 

steefel,  stijf,  stijven,  233. 

steeklijn,    233. 

stiefel,  stievel,  80. 

strîchen,  streichen,  169. 

strîfeln,  streifen,  234. 

suocha,  221  n.,  291  n. 

sûr,  sauer,  27. 

taai,   zah,   241. 

takkeling,  237. 

teig,  22. 

thâhô,  tâhe,  thon,  237. 

theihan,  gedeihen,  236. 

tîke,  tijeke,  zieche,  258. 

tîre,  17. 

tob,  tobbe,  tub,  241. 

toelast,  zulast,  256. 

trût,  traut,  261. 

tûda,  tuit,   172. 

tûmilôn,  tuimelen,  298,  303-4. 

twahlja,  254. 

verliezen,  97. 


verlorenkost,    144. 

verwaarloozen,  98  n. 

Vlaamschke,   177. 

voos,  voois,  273. 

vrevel,  wrevel,  frefel,  103. 

vùske,  273. 

waber  (?),  277  n. 

wacker,   wâken,   wâchen,   279. 

wâd,  wât,   wat,   *wadje,  274. 

waerloosen,  98. 

wage,  274. 

wagge,  waggen,  wag,  275. 

wand,   wandlaus,  wanze,   142. 

wandjan,  wenden,  280. 

warblet,  283. 

weerzin,  widersinn,  271. 

weiben,  waiven,  278. 

weide,  100  n.s  276. 

wêr,  weder,  widder,  263,  285 

werbel,    *werribel,    283-4. 

werben,  284. 

werwolf,  287. 

Wezet,  271. 

wib-,  wip-,  284. 

widirôn,  widern,  270. 

wieke,  wiek,"  289. 

wîfan,   weifen,   275. 

Wilhelm,  187,  288. 

wipp,  wippche,  296  n. 

wîsa,  weise,  wijze,  273. 

wisch,  288. 

worm,  115. 

zeis,  scisene,  220. 

zielverkoopen,  -er,  290-1. 

zimpern,  zimperlich,  216. 

zog,  zoch,  zug,  221. 

zonk,  -e,  zinken,  214. 

zwartsel,  183. 

zwilîh,  zwillich,  234. 


Latin 


-abam,  77. 
-abilem,  136,  267. 
acclinare,  3. 
*ace-cellum,  19. 
*acu-cellum,  18,  19. 
-aculum,  70,  225,  265,  283. 
ad,  ad-,   2,   12,  218  ;  voy.   in. 
adaucta,  adaugere,  205,  239. 
*addirectiare,  64. 
adjacens,   -entia,   19. 


adjutum,  19. 

ad  revisum,  262. 

aeruginem,  207. 

affibulare,  163  n. 

*aguiium,  209,  239  n.,  2(i9  n. 

ala,  159. 

-alia,  54. 

amabilem,  6. 

-amen,   41. 

-anum,  192. 


—  327    - 


apotheca,  13. 

arena,  15. 

•  •  ai\    VIS    227.  30i-31< . 

-aricium,  4b,  im,  — 

-arium,  25. 

asinus,  262. 

-ata,  82. 

-atia,  12. 

-aticum,  267. 

-ationem,  100. 

auca,  221. 

*aucellum,   19. 

aurum,  183. 

barba,  140. 

*barra,  -um,  21. 

*bassiare,  63. 

*bettare,  42. 

bis-,  23,  26. 

bitumen,  36. 

bulla,  33,  34. 

bûsca,  203. 

*canriabula,  142. 

capitellum,  243. 

capsa,  242-3. 

•capsalem  (?),  242-3. 

*captialem  (?),  242-3. 

*capum,  81,  245. 

*carptiare,  106. 

carruca,  221. 

casa,  -alem,  243. 

Castritium,  *castrancmm,  30J. 

caututn,  113. 
cavatum,  113. 
cavea,  77. 

♦cavitum,  -are,  114. 

*cellariarium     264. 

-cellum,  19,  296-7. 

*charassare,  107. 

cimussa,  -ia,  -ium,  213. 

cinctum,  -orium,  -ura,  4J. 

cingulum,  49. 

circellus,  224. 

cirrus,  218. 

*coactiare,  64  ;  *coactire,  00. 

coacula,  67. 
coagulum,    67. 
collum,  -are,  120. 
corn-,  con-,  68,  70,  101. 
*comnum-ellum,  167  n. 
conjungula,    55. 
consolida,  59. 
cor,  154. 
*cornicellùm,  19. 


cornu,  154  D. 

*corticellum,  19. 

coxa,  56. 

*erassia,  196  n. 

*cremaclum,  -iclum,  57. 

crescentem,  236. 

cribrum,  criblum,  163. 

crucem,  273  n. 

culpare,  31. 

cupere,  *cupire,  165. 

cutina,  45. 

de-,  68  ;  de-ex-,  12. 

digitus,  *ditum,  *dita,  84. 

dôga,  221. 

dolium,  225. 

domestieus,  56  n. 

dominicellum,  19. 

dracunculus,   dranculus     86 

-ellum,  120,  133,  139,  155-6,  170,  181, 

264,  283,  288,  307 
-eolum,    -eolam,    34,    49,  »'» 

254  n.,  288. 
ex-aestimare,  47  n. 
exaquare,  153. 
*ex-coactare,  66  n. 
*ex-cor-onem,  154. 
*excriblare,  163. 
excutere,  165  n. 
*excuticare,   155. 
*exere,  *exvita,  99. 
*expalmare,  231. 
*extensare,  -tare,  92. 
extribulare,  163  n. 
faba,  77. 
fagetum,  19. 
fasciare,  2. 
feria,  272. 
ferramentum,  69. 
ferrias,  252. 
ferrum,  95. 
firmum,  94. 
fiscella,  196  n. 
*foraricia,   *foricia,  97. 
forficem,  63  n.,  281. 
foris,  94  n.,  99. 

forum,  97. 

fractura,  104;  fracta,  1-0  n. 

frigorosus,  148. 

gemellus,  75. 

geminare,  gemellare,  71,  ro. 

grammatica,  46. 
*grossia,  196  n. 


—   328  — 


gula,    120,   159. 

hirpicem,  140. 

humorem,    182. 

-icella,  49. 

-iculare,  90. 

-ilia,  12. 

-imen,  41. 

in,  in-,  12,  57,  207,  218,  239  n. 

-ina,  190. 

♦incrassiare,  65. 

incudinem,  53,  54. 

inculpare,  51. 

♦inferrias,  252. 

ingenium,  3. 

intactus,  93. 

*intensinare,  93. 

inter-,  interventnm,  260. 

iter,  16. 

jngum,  83. 

labarum,  1  n. 

later-icia,  313. 

*latia,  196  n. 

lucnbrum,  168. 

*maeulentare,    176. 

mansionem,  92  n. 

rnansus,  175  n. 

marcêre,  182  n. 

merenda,  176. 

*minaciare,  176. 

minus,  5,  164. 

minuta,  -utia,  176. 

*mixtiare,   176. 

mola,  159. 

*monticella,  49. 

mucca,  -are,  *muccarellum,    182. 

mucêre,  180. 

musca,  203. 

nativus,  12. 

*nauda,  110  n. 

navicella,  49. 

nebula,  -ata,  163  n. 

nucem,  273  n. 

-onem,  102. 

-oram,  -orem,  -orum,  27. 

-osum,  137. 

♦panicellum,  19. 

paucum,  81. 

*pellamen,   L92. 

;  |  ><  1 1  ri  1 1 1 1 .   26  I. 

petreum,    *petricum,   252. 
pilare,  i!»7. 
platea,  314. 


» 


*plaxellum,  -aricium,  -arellum,  314 

*pressia,  196. 

prologium,  225. 

pulla,  33,  159. 

putêre,  -idus,  36. 

puteus,  180,  194  n. 

quassus,  -are,  -iare,  65-66. 

quinquagesima,  49. 

*ras(i)care,  200. 

*re-adaucta,  205,  239. 

rebellare,  18. 

*re-exere,  99  n. 

régula,  211,  253. 

rem,  206. 

retorta,  204. 

rigid-ellum,  208. 

robîginem,  207. 

rubeolus,   -a,  209. 

ruptuarius,  213  n. 

sabanum,   216. 

*salicella,  50. 

sanguisuga,  221. 

sapius,  77. 

-scellum,  296-7. 

sero,  217. 

sic,  218. 

singulum,  50. 

*sôea,  221,  228. 

solium,  -iata,  -iolum,  225-6. 

solvere,  227. 

spicarium,  229. 

*spissia,  196  n. 

*stêla,  159. 

stipula,  159. 

strangulare,  175  n. 

sub-,  subtus-,  226  n. 

substratum,   225. 

*sub(tus)soliamentum,   226. 

*suctiare,  64. 

supina,  182. 

tegula,  253. 

tela,  159. 

tensare,  93  ;  tensatus,  248. 

terreum,   *terrieum,  252. 

thêca,  253. 

-tionem,  101. 

tonsare,  93. 

♦tonsellum,  281   n. 

♦tornellum,  301. 

tosca,  tusca,  55. 

trans-,  260. 

transversare,  257. 


329 


*traucum,   31. 

tribula,  -are,  163  n. 

-uca,  203  n. 

-ucla,  104. 

ulula,    150    ;    ululare,    152. 

umbrare,  217. 

-urum,  -am,  27. 

-usca,  203. 

*Vallicella,  50. 

vapidus,  285  n.,  322. 

vara,  285. 

variatus,  286. 

varicare,  285. 

variola,  209. 

varire  (?),  286. 

varius,  263. 


vascellum,  19,  285. 

vellus,    *vellercm,   263. 

*vermalia,   *verminalia,   115  n.,  285 

*vermellum,  28-1  n. 

vertebolum,  285. 

vertiginellus,    265. 

vessica,  276. 

vicinabilem,  92  n. 

videatur,  269. 

*villutellum,  282. 

vitta,  289. 

vitulus,  121  n. 

vocem,  273. 

*volsum,  -are,  101. 

volutum,  *volutiare,  101. 


Français   et  dialectes 


-a  (fr.  -ail),  70,  265,  283. 

a  (fr.  en),   136,  218. 

a-,  2,  4,  12,  13,  57. 

-â,   -â,    -âr,   -au   (fr.    -ard),   22,    80,    85, 

114,   201,  283.   -â  (fr.-al)  242. 
Aarschot,  8,  9. 
abarin,  224  n. 
âbarone,   1   n. 
âb'çon,   184. 

ab'djawe,   ab'djouwe,    18. 
aberdondè,    1. 
âbièr,   126-7. 
âbion,  5. 
abitake,   132  n. 
-able,  6,  136,  211,  267. 
abôkî,  -eler,  -ener,  32  n. 
abrouche,  322. 
aeâmer,  105  n. 
aeheraule,   136. 
acheret  (!),  308. 
achœrnôle,  -eus,   137. 
acbîre,   136  n. 
aclin,  -er,  3. 

acramyî,  -yè,  acrœmîr,  57. 
aewassi,  64. 
acwati,  66. 
adaglé,  agadlé,  210. 
-âde,  138. 
âdios',  âdiyos',   1. 
afagoter,  afab'ner,  13. 
afahant,  2. 

afèrnoki,  anfernowé,  94. 
afôrsa'ler,  104. 


affeterresse  (?),  308. 

affoerece,  308. 

afoch'né,  63  n. 

afûler,   163  n. 

agaim'ter,  69. 

agâyemèter,   106. 

aginauve  (adjinôve  ?),  3. 

agio,  agiau,  agios',   1. 

agrafant,  agrifant,  -pant,  2. 

aguèrôdî,  2. 

aguistiller,  108. 

a-bacbière,  -ire,   136. 

ahati,  134. 

-âhe,   12. 

âbe,  âh'mince,  aise,  19. 

ahèee,  -î,    19. 

ahuri,  -é,  aheurèy,   147-8. 

aide,  aider,   12  n. 

-aine,  -ainne,   15,   16,   192. 

aiowe,  aiouwe,   19  n. 

akêmer,  akinmer,  aeâmer,  105  n. 

akinâve,  3. 

albô,  6. 

-aie  (fr.  -elle),   144. 

âlê,  âlon,  4. 

amâ,  a  ma,  a  man  qui,  4,  5. 

amâle,  -aule,  -auve,  6. 

ain'bô,  6. 

am'djoû,  am'jou,  7. 

amèder,  am'der,  amader,  8. 

amèto,  aminto,    138. 

ameûr,   182. 

ameure,  -ore,  -ure,   178. 


330 


amigo,   188. 

aminder,  amender    -eur,  8. 

aminte,   138  n. 

am'tchô,  -ou,  2. 

amwinnè,  91   n. 

-an,  -on,   122. 

ana.   hanap,  262. 

anâ,  anô,  anôye,   12. 

anaeoste,  %nascote,  8,   11. 

anâvèy,  anêvè,   1 1 . 

an'bô,  6. 

and#,   139. 

andios',  an'dios',  an'doye,   1. 

andon,  -an,   166-7. 

angleçon,   184. 

anivêr,   139. 

anko  ('?),  50. 

anscote,  9,   11. 

anspindje,  12. 

an'tchô,  -ou,  2. 

anwèye,  âwèye,  5. 

aoire,  aoite,  205,  239. 

apâh'ter,  apaisenter,  69. 

apotadjî,  -gié,  13. 

apotch'ter,  13. 

apoticâre,  apotiker,  13. 

ar-  (fr.  re-),  18. 

araine,  areine,   15: 

arcô,  arcou,  50. 

arène,  arinne,  arenier,  arnier,  15-17. 

arèni,  207. 

ar#te,  arièsse,  12  n. 

âr'hon,  âr'hiné,  -ée,   14. 

arigni.  arègn'té,  207. 

ârih,  ârih'mint,  13. 

âriher,  -i,  -éye,   14. 

arougni,  arouyi,  207. 

arraudi,  24. 

arseot  (?),  8,  9,   11. 

aruni,  207. 

ârvolou,  arvolut,  37  n. 

asiate,    133. 

ascot  (?),  8,  9,  11. 

aspergeresse,  308. 

assanki,  2]  L. 

assawè,  assowèy,  228. 

assonke,  -i,  -is',  214. 

atal'tiné,  70. 

atire,  at'ni,  201. 

atîleûre,  17. 

atîrer,  -cure,  -ore,  17. 

at  lia.   atia,   hatrê,   141. 


atriyote,   142. 

auberge,   127. 

auké,  wâkî,  82. 

aulé,  -ia,  4. 

aurbè,  -éye,  -eu,  139. 

ausserot,  308. 

avaite,  avoite,  205  n. 

-âve,  voyez  -able. 

avèrdondé,  avèrgougni,   1. 

averlant,  avèrlu,   18. 

avîr,  awîr,  aweûr,  209  n.,  239  n ..  ii(>9. 

awdjale,  -awe,   18. 

awêbiè,  277. 

awète,  204-5,  239. 

aw'hê,  aw'jale,   18. 

-aye  (fr.  -aille),  54. 

âyehê,  *ayou,   19. 

ba-,  bè-,  bi-,  25. 

bâ,   19,  20,  30  n. 

bâbeû,  barboir,   115  n. 

bacnure,  baquenure,  20. 

bâde,  20. 

badjawe,  -owe,  76. 

bagou,  bagouler,  78. 

bajoue,  bajole,  bajote,  78. 

bakène,  21.  n. 

bak'ner,  -eûre,  20. 

bald,  baut,  20. 

balerèees,  308. 

ballereisce,  baeleresche,  308. 

balzin,  palzin,  101   n. 

bar,  21   n. 

bâr,  bâr,  baur,  -e,  21. 

barada,  rabada,  210. 

barbazok,  188. 

bardafe,  -oufe,  294-5. 

barôdî,  25. 

bâte,  batte,  144. 

bat'niére,  166. 

bau,  20,  30. 

baucuel  (?),  31. 

bè,  bet,  41-42. 

becquemoulx,  23. 

beffroi,  berfroi,  28  n. 

bègâ,  -au,  begart,  21-22,  91. 

Bèhô,  30. 

behordis,  25. 

behourder,  26. 

bèlfleûr,  belfreude,  bellefroit,  28  n 

bènerèce,  308. 

berckmoese,  berquemoux,  23-24. 

bèrdoûse,  -er,  294-5. 


331    — 


bérih,  23. 

bèrlin,  burlin,  260-1. 

bèrlîre,  302. 

bèrlôzer,  birlôzer,  295. 

berlu,   151. 

bèrôdî,  -û,  -eu,  24-25. 

bèrwète,  -er,  295. 

bètâle,   166. 

bete,  -er,  -ir,  bèti,  41-42  ;  bètin,  322. 

béton,  36,  42  ;  betun,  betumei,  36. 

beûdai  (!),  208. 

beur,  beûr,  26-28. 

bentin,  41. 

bigâ,  -à,  -ar,  -au,  22,  322. 

bigârder,  91. 

bîhê,  biseau,  280. 

bihot,  biyo,  29,   187. 

bihoûle,  25. 

bîrâ,  22. 

birlan,  260  n. 

birôdî,  birlôdî,  22-25. 

bittaine,  40  n. 

bitume,  36. 

bizer,  bîzer,   179  n. 

bleime,  blême  ;  blène,  -er,  29,  30. 

blèti,  -in,  41. 

bô,  bow,  30. 

bocâ,  22. 

bochale,  bossale,   196  n. 

bodje,  -êye,  32,  33,   174. 

bôkê,  -ia,  31. 

bok'hô,  42  n. 

bôkî,  -èye,  -eler,  -ener,  31-32. 

bondje,  bonge,  274. 

boniau  (?),  34  n. 

bonque,   169. 

Borain,  Borinage,  26  n. 

borordeis,  26  n. 

bort  (?),  205. 

botike,   13. 

bon,  31. 

boucherot,  308. 

bouch'nik,   177. 

bougnèt,  -ote,  -ou,  33. 

bouhe,  203. 

bouquette,  bouquiau,   169  n. 

bourderesse,  bourdoir,  308. 

bourdoûse,  294-5. 

bout  d'  fi,  244. 

bouterèce,  308-9. 

boût'ner,  -eûre,  35,  36. 

bouye,  -ote,    -ou,  33,  34  ;  boyou,  34. 


brad'ler,  195. 

bragard,  36. 

bran,  brand,  -eler,  -ir,  38. 

brandi,  -iner,  38. 

branvolé,  bronvolé,  37-39. 

braon,  brèyon,  322. 

brasserez,  braeeresse.  309. 

brêdi,  38  n. 

brelenc,  berlenc,  260. 

brelle,  82. 

brif-braf,  37. 

brigale,  briguèle,  39. 

brigau,  22. 

brigosse,  38  n. 

brioler,  briyoler,  38  n. 

briserece,  309. 

briver,  37. 

brivolé,  37. 

brôdî,  -ièdje,  -ion,  45. 

broissequin,  23. 

bron,  bran,  39  n. 

brôyerèce,  309. 

bruskin,  -ène,  23. 

bu,  26  n. 

bua,  buwè,  buwo,  29  n. 

bue,  32. 

bugau,  22. 

buhot,  29. 

bulaine  (?),  40. 

bur,  bure,  26-28. 

burin,  26  n. 

burlin,  260-1. 

binon,  buiron,  28,   173. 

burtê,  26. 

bustèclape,  bustielape,  40. 

butaine,  -ane,  bustane,  40. 

butin,  41,  322. 

butyne,  36. 

ca-,  45. 

cabèriole,  300. 

eahouyî,  cahougnî,  162. 

caissier,  quaissier,  65. 

cakèdô,  42. 

ealiguluk,  305. 

calkizûte,  126. 

camatche,   43. 

came,  105. 

canabûse,  43. 

canepin,  kèn'pin,  44. 

canifich'tôn',   166. 

carabadjôye,  caraboutcha,  46. 

caramadjôye,  -djôyelé,  46. 


332    — 


earamarôyeler,  40. 

careheresse,  309. 

cari-,  car-,  cali-,  45  ;  cal-,  gai-,  126. 

caribôdèdje,  caribôdion,  45. 

carimadjôye,  -dja,  -djôrèces,  45,  46. 

carôdi,  25. 

carmadjôye,  cramadjôye,  46. 

carôyeler,  46. 

carpin  (?),  44  n. 

carreche,  cariesche,  309. 

cas,  66. 

casmarâde.  210. 

catî,  caterèye,  52  n. 

câvâ,  22. 

câveler,  47. 

cawe,  eowe,  78,  82. 

cearie,  cearier,  264. 

cellérier,  cerir,  cherrir,  264. 

cèrcê,  çorcê,  224. 

cèron,  sèron,  217. 

cessaul,  243. 

chac,  chakè,  chakine,  -er,  48. 

chadrê,   133,   135. 

chalumeau,  -eler,  241. 

ehancer,  47  n. 

chaon,    chaïon,   choïon,    chon,    47,    48. 

chaseal,  243  n. 

chassaul  paroir,  242. 

Chastrès,  309. 

chat',  chate,  133-4. 

chaudrè,  135  n. 

chaye,  haye,   159. 

chechal  terrier,  243. 

chégros,  245. 

chèle,  -is',  237. 

cheneverez,  309. 

chesal,  243. 

chessa  pareuse,  243. 

chète,  hète,   133  n. 

chevret,  309. 

chicaner,  48,  49. 

chicaneresse,  309. 

chic-chac,  49. 

chine,   144  ;  chinon,  145  n. 

choron,  horon,  154. 

chyvée;  «1. 

-cia,  -cha,  300. 

cîçale,  cinçale,  48. 

cimâ,  cimaudje,  cimaise.  80. 

cimer,  cimeratte,  309. 

cimois,  ••iiiKissc,  213. 

cincque   (      singue),    ."■<). 


cincwème,  cîcwème,  49. 

cinerèce,  Ciney,  309. 

cingue,  sangle,  49. 

cintroû,  cîtroû,  49. 

cizê,  ciseau,  219. 

claper,  41. 

décote,  clckev,  clicote,   125  n. 

clHjè,  clindjè,  233. 

cligneter,  3  n. 

clitche-pate,  190. 

cloeraite,  310. 

clotèt,   170  n. 

cloyombe,  54. 

clûte,   136. 

cô,  gô,   110. 

coche,  -î,  65. 

cocheau,  121. 

cochon,   120,  121   n. 

coch'nik,  177. 

cohâ,  22. 

cohe,  56,  63  ;  coxhe,  55. 

coke,  54. 

comê,  coumê,  53. 

-çon,  76,   184. 

congle,  eo(n)jonglje,  55. 

consaude,  consolide,  59. 

consîre,  cronzîre,   108. 

cope,  -er,  50-51. 

copier,  51   n. 

copurnale,  297. 

cor,  corn,   154  n. 

côr,  côrt,  quaurt,  68  n. 

corâ,  coral,   154  n. 

cori,  corote,   159. 

coron,  5,   154  n. 

Coronmoûse,  5. 

eortehai,  cortisean,  cortillage,  51 

cortillier,  52. 

cosse,  154. 

côsseler,  47. 

cossèt,   120. 

costant,  Constant,  79. 

cotchèt,  159. 

cot'hê,   19,  51. 

cotî,  -ièdje,  -îrèsse,  51-52. 

cotier,  -erie,  -in,  cottage,  51,  52. 

coubèr'hê,  conbèrète,  coubèrou,  29(i-7 

cou-botèye,  296. 

couchale,  -èle,  63. 

couchèt,   120. 

coue,  78. 

conet,  couette,  52-53. 


—  333 


coulper,  51. 

cougnot,  gougnot,  159. 

coulot,   159. 

coumaye,  coumaille,  53. 

eoumê,  53. 

coupault,  188. 

coupèrète,  290. 

couperon,  297. 

coupèrou,  -i,  -è,  29G-7. 

coupa' rn^,  297. 

coupirè,  296  n. 

courcelle,  63. 

couribèt,  courbette,  297,  322. 

courtau,  -iau,  169. 

couvraine,  17  n. 

cou-z-â-haut,  297. 

covir,  165. 

cowète,   18  n.,  53. 

côyenQs',  côgnès',  189. 

coyeûte,  123  n. 

coyin,  -inné,  45. 

coyonibe,  -è,  coyonke,  54.. 

crait  (!),  trait,  280. 

crakète,  198. 

crakin,  -ine,  -ion,  198  ;  -iner,  199. 

crama,  cramail,  crœma,  57. 

craniiète,  crœmiète,  57. 

cramion,  crâmiyon,  -ignon,  56-58. 

cramillon,  57. 

Crâmoûse,  Cronmoùse,   5. 

eranse,  200  n. 

cranskène,  -iner,  199  n. 

crasse,  -î,  -erèsse,  58. 

cratchot,  -e,  198. 

craton,  creton,  62. 

créchinnes,  16. 

crèhant,  235-6. 

crêpe,   60. 

erèque,  grinque,  169. 

erèsse,  59. 

crèssôde,  cri-,  cru-,  59. 

crètale,  61. 

crête,  60-62. 

crètê,  -ia,  -elê,  -eler,  -è,  61-2. 

creter,  61. 

creti,  -î,  61  n.,  62  n. 

crétin,  kèrtin,  60. 

creton,  crèton,  62. 

cretu,  crêtu,  61  n. 

cristèl,  -aie,  108. 

crôbinèt,  322. 

croiseresse,  310. 


crokê,  crotchèt,  157. 

croler,  163. 

crotale,  trocale,  210. 

croton,  62. 

croufe,  -ieûs,  148  n. 

croule,  crûle,  crîle,  -er,  163. 

erumuya,  302. 

crustal,  -e,  108. 

cuchale,  -èle,  63. 

cuche,  cohe,  63. 

eu  de  berceau,  eu  d'  boûr#,  299. 

eu  d'  buzèle,  eu  d*  troncha,  300. 

cuissette,  56. 

culbute,  293-304. 

cumœriau,  300. 

cumulet,  297-8. 

eurton,  crèton,  63. 

custèl,   108. 

cutourmiau.  301 . 

cutournia.  300. 

cutrum#,  299  ;  -iau,  302. 

cuzoube,  125. 

cwacî,  04. 

cwagne,  255. 

cwabe,  -î,  cwacbe,  -er,  -î,  64-5. 

cwârèce,  cwâr'lèce,  310. 

cwasse,  63. 

cwassî,  -er,  64-66. 

cwate,  -ê,  66. 

cwayot,  -e,  67. 

cwayoû,  66. 

cwèn'hê,   19. 

cwèp'hî,  cwèpî,  25. 

cwèr,   154  n. 

cwèsse,  65  n. 

cwèzon,  cloison,  262. 

dâbô,  dabolin,  249. 

dam'hê,  damoiseau,   19. 

dan,  don  (=  lat.  donet),  5. 

dandiner,  38. 

darn-,  85. 

d'eotier,  62. 

de-,  12. 

delissent  (?),  207  n. 

déhingander,  dégingander,  68. 

dènâvèy,  *desnaiver,  11-12. 

dervee,  67  n. 

deserable,  -auble,  283. 

desharber,  140. 

désmâhoné,  dishâmoné,  210. 

d^spatouwer   dispatuer,  68. 

despostuer,  despoester,  69. 


334    — 


destalenter,  69. 

desvearire,  264. 

deure  leune,  236. 

deûtche,  274. 

déve,  déve,  -er,  67. 

d'frèstî,  86. 

difriboter,  90. 

digâ,  digue,  22. 

digrâte,  87. 

dihâhiné,  67-8. 

dihârber,   140. 

dipot'ler,   194  n. 

dirèni,  207. 

disclèyî  216. 

discramî,  -ieu,  57. 

disguèrmètè,  otè,  106. 

disguingonè,  125. 

dishouyî,   162. 

diswêbî,  d'wèsbî,  -i,  278. 

dital'té,  59. 

divenres,  263  n. 

divêre,  d'vâre,  -er,  -î,  262-4. 

divûrer,  271. 

diwâkî,  279. 

dizarèni,  dizèrèni,  207  n. 

djâbe,  gerbe,  74. 

djâde,  73-74. 

djafe,  77. 

djan'lâ,  82. 

djama,  70-72. 

djaniê,  -er,  -eléye,  70  n. 

dj  a  mêler,  71. 

djâr,  djârder,  djârdeûs,  72-74. 

djârdin,  jardin,   74. 

djârmi,  djârmon,  117  n. 

djawyî,  78. 

djèrdjâ,  -é,  80. 

djèrdjètc,  76. 

djèrmê,  -aie,  74  ;  djèrmalé,  75   n. 

djèrmi,  11(1-7. 

djèrôder,  3. 

djèrson,  djèr'çon,  76. 

djèspruwe,  _':;■_'. 

djH'li.   djeut'fi,   etc.,   244. 

djcii,  .Ij,;..  dju   (jeu),    82. 

djeû,  djoû    (joug),  83. 

djêve,   -eler,  -eter,  77,  82,  322. 

Djihan,  Dj'han,  79. 

djindjipe  (rose       ),  2:;:;. 

djîvâ,  -an.  -â,  -ia,  80. 

djîvèye,  -éye,  81. 

djô,   'I jouw.    1 10. 


djôguîye,  82. 

djohe,  -eler,  83. 

djok,  83. 

djômi,  djôminer,   116-8 

djontî,  82. 

djoû  (joug),  83. 

djouôti,   110. 

djumèle,  75. 

djus,   164. 

dognon,  84. 

doguinne,   17  n. 

doie,  84. 

dona,  Dônat,  Donat,  85. 

dône,  233. 

doû,  dû  (deuil),  225. 

doumièsse,   56  n. 

dôye,  doye,  doûye,  74,  85. 

d'ploustrer,   86. 

d'poûstrer,  duspoûtrer,  85. 

d'râhon,  87. 

draoncle,  drangle,  -ure,  86. 

drèk,  grèk,  233. 

drodale,  drôdale,  droudale,  261,  322. 

drongue,  -ke,  -he,  86.  > 

du-,  68  ;  dus-,   12. 

duglingoter,   125. 

du  grade,  87. 

duhanguiner,  68. 

dumoub'ner,   181. 

duruh'tiner,  211. 

dusnêvé,   11. 

dussawè,  228. 

dutindeûre,  83. 

duwèle,  233. 

è-   (fr.  en-),  91. 

-ê,  -ia  (fr.  -eau),   120,   181,  233r  283. 

ébrouer,  88-90. 

-ece,  -eche,  -esse,  97. 

écale,  écaille,   160. 

éclier,  éclisser,  217. 

écocheler,    121   n. 

ècome,  enclume,  53. 

ècope,  ècoper,  50-51. 

écoquer,  155. 

écore,   154. 

écouet,  écoute,  53. 

(■(•rarnî,   -vis',   57. 

ecvawson,  101. 

èfèronèj  207  n. 

effriboter,  90. 

èfwèhes,  281. 

èglome,  ègloumia,  53. 


—  :];}5 


égrimancyin,  122. 

èhant,  èbowe    99. 

èhûïer,  146. 

-èkè,   177  n. 

-el,  -erel,  75. 

é\e,  éye  (aile),  159. 

-elète,  -elote,   25:5. 

ëmainé,  èminné,  èminh'né,  etc.,  91. 

embegaré,  91. 

emjbreler,  82. 

èm'djou,  7. 

èmoûhî,  179-180. 

empotement,  191  n. 

ènâhe,  ènèye,   12. 

enclinable,  3. 

eneoper,  eneoulper,  51. 

-ène,  -ine,   190. 

enforcené,  0:5  n. 

enfresselé,    104. 

engenave,  enginable,   3-4. 

engouer,  78. 

enmaerelé,   182. 

enruhir,  211   n. 

enrunié,  -gni,  207. 

entait,   -ier,  93. 

entriboulé,  37  n. 

ènuri,  èruni,  210. 

envearye,  264. 

épeule,  espole,  175  n. 

Epinal,  Epinay,  229-231. 

er-  (fr.  re-),  18. 

èraine,  erraine,  15-17. 

èrbate,   143. 

-erèce,  46,  96,  227,  307-317. 

-erelle,   144. 

èrèni,  èroni,  èruni,  èrigni,  207. 

ères,  êrî,  265. 

èrièsses,   12  n. 

érnier,   15. 

èrodji,  207  n. 

-eroû,   189  ;  -eroûle,  288. 

èroyî,  èrouyî,  207. 

erre,  errer,  erraine,  16. 

èruli'tiner,  211. 

èrum'té,  -tié,  207. 

erveleux,  18. 

es-  (a-),   1. 

èsbate,  231. 

eschoicheresse  (?),  310. 

esclaoii,  217. 

escocher,   151  n. 

escot  (?),  8,  9,   11. 


escouchier,  écoucher,  eskokier,  155, 

èscramî,  57. 

espinal,  -ard,  230. 

espiria,  229  n. 

espoignier,  231 . 

esproher,   esproer,  -ement,  88. 

espurgatoire,  231. 

èssaneré,  èssankî,  -iner,  -isser,  214. 

esteser,  92. 

estessiner,  92,  93. 

esvergondé,  esvergoignié,  1 . 

et  (conjonction  élidée),  83. 

était,  ètêt,  -î,  etc.,  93. 

-et  120-1  ;  -ète,  204,  288. 

ètèzé,  248  n. 

étriver,  48  n. 

-eu  (fr.  -eur),  216,  232,  270. 

-eu  (fr.  -oir),  266. 

-eul,  7. 

-eur,  -eûr,  27. 

euri,  $ri,  148. 

eûrin,   184-6. 

-eus  (fr.  -eux),  18,  137,  216,  270, 

èvêrî,  263-4. 

èvîre,  269-271. 

êwerèce,  310. 

-èye  (fr.  -ille),   12,  32  n.,  148  n. 

-êye  (fr.  -ée),  81. 

façon,  faucon,  93. 

faherèce,  310. 

fahî,  faissier,  2. 

fâlûrê,   172. 

farnowèy,  94. 

fauchainne,  17  n. 

fauchon,  faucon,  93. 

fayi,  fay'bê,  fayîjê,  19. 

fer,  ferm,  94-95. 

ferlier,  l'ernoer,  94-95. 

fèrtoye,  firtoye,  103. 

fèssâ,  22. 

feurmwagerasse,  310. 

fi,  fil,  244. 

fiènvtê,  fiènvter,  fièrmint,  69,  176 

fièssî,   101  p. 

fiksineû,  fiskineû,  95-96. 

nFrèsse,  firlèsse,   119. 

fin-fèr,  94. 

finib'rèce,  310. 

rîrdaine,  fredaine,  46. 

fisique,  fisehiner,  etc.,  95-96. 

flam'ter,  Flam'zik,   176,   177. 

fiasse,  43  n. 


—    336  — 


flokèt,  flotchète,   157. 

flôzer,  98. 

loch'lète,  63  n. 

focke,  l'ohe,  foucke,  33,  55,  56. 

foer,  fuer,  feur,  four  (fr.  fur),  97. 

tohale,  fochale,  fossale,  196  n. 

foliu,  41  n. 

fônèt,  fonnèt,  310. 

for-,  foû-,  99. 

l'or-,  far-,  fer-,  94  n. 

forcharouage,   140  n. 

forece,  -eehe,  -eiche,  96-97. 

fôrèhan,  98-100. 

forharbaige,  140. 

forlôzer,  97. 

forvêrî,  263  n. 

forvîli,  forvîri,  98. 

forvîrer,  270  n. 

lor\vân"rèce,  310. 
fotclv  roule,  311. 

foû,  99. 

foûnvrèee,  310. 

loûre,  foûrèhan,  98-100. 

fourféle,  foufèle,  foufète,  102. 

fourcherez,  -et,   -ot,  311. 

fourtcb'r#,  311. 

foûsson,  -an,   101. 

foût'ler,  froût'ler,  .102. 

fout  rot,  311. 

fouwâ,  22. 

fouyerèee,  311. 

fraise,  frase,  fresel,  104. 

fraitin,  fratin,  fretin,  104. 

lïefel,  102-103. 

frehal  (!),   196  n. 

frèzé,  -ê,  104. 

fribote,  90. 

fringue ret,  311. 

frinteresse,  311. 

froûleûs,  frileux,  148. 

froûteler,  102. 

fruiterez,  311. 

fud,  103. 

fueresse,  96. 

fur,  fuir,  97. 

furlôzer,  97. 

ftirtoye,  -ouye,  103. 

furzêye,  104. 

fwèhes,  forces,  281. 

L'a IV.  -âye,  -u,  77. 

galguizoûde,  ualguesouille,  etc.,  126. 

galiène,  galyinne,  galziène,  194. 


<    galimatias,  46. 
gamache,  -asse,  43. 
gambète,  190. 
gamète,  gômète,   105. 
gamin,  43. 

gargosson,  -ssê,  -zia,  garguechon,  76. 
garguette,  76. 
garmenter,  gârmèter,  106. 
garsî,  -er,  gercer,  106. 
gave,  -è,  -éye,  -âye,  -u,  77. 
gawe,  -î,  78. 
geschot,  305. 
ghethie,  306. 
ghitalle,  305. 
givée,  81. 

glign'ter,  gl#k'ter,  125. 
glin,  glindis',  glendice,  109. 
glingon,   -onète,  glingoter,   124-125. 
gloumia,  53  n. 
gô,    109-114. 

gocha,  gocheau,   120-1. 

golé,  golète,  119-120. 

gôme,  -â,  -er,  -eûre,   114-5. 

gômi,  gomir,   116. 

gorgeçon,  76  n.      ^ 

gorlète,   118-120. 

gorme,  -é,  115. 

gossê,  -ia,  -et,  -elé,  201-1. 

gôte  ;  gote,  gotale,   123. 

gôti,  -iner,   109-114. 

gotterinne,   17  n. 

goumaye,  goumê,  53-54. 

goûme,  gourme,  etc.,  114-8. 

goumène,  306. 

goum"goumes,   114. 

gourmète,   105  n. 

gourmi,   -ie,  117  n. 

gramanter,   106. 

Grétry,  1.  d.,   121. 

grimâchin,  groumancyin,   122. 

grimayeté,   176. 

grimon,  121-2. 

groûmer,   116  n. 

guduc,   122. 

guèdin,   122. 

guemine,  ghemaine,  306. 
guèrdon,  63. 
guèrôder,  -î,  3. 
guersi,  guerchinc,   106  n. 
guèrson,  76. 
guèt'fîy,  guit'fi,  244. 
|    gueûte,   123. 


—  337   — 


gueûye,  gueule,  159. 

ouezite,  guèzike,  305. 

Milite,  -ète,  -ih,  306. 

guimène,  gumune,  -er,  306. 

guinâde,  guènâde,  306. 

guingon,  123-5. 

guiper,  -ure,  275. 

guitîre,  guittière,  306. 

guizèle,  306. 

guminer,  -èy,  306. 

ouzouhe,  125. 

hâbièr,  hâdibièr    etc.    126-132 

hachière,  hach'rôle,  etc.,  136  7. 

hadrê,  132-4. 

hadrène,  134-5. 

hâhiner,  68. 

hahîre,  haschiere,  136. 

halbier,  hawier,  127-130. 

halboterèee,  811. 

halmustôk,  hamestoc,  137. 

hamâle,  hamaule,  6. 

ham'bâr,  7. 

ham'ler,  8  ;  ham'lete,  139  u. 

haminde,  138  n. 

haïuuslâde,  138. 

handi,  138-9. 

hanguiner,  68. 

hanivêr,  139. 

hanôcbe  (?),  12- 

hanscote,  8,  9,  11. 

hantresse,  311. 

haraine   heraine   15 

harber,  hârber,  -i,  -eye, 

hardine,135.  „,-,•-„    107 

hâribièr,  hâlibièr,  hadibier,  127. 

hasterel,  haterel,  141. 

hastier,  hàstî,  141  n. 

hat',  bâte,  132-4. 

hatcb  et  match,  43. 

hatcberôle,  hatchîre,   136. 

batrê,  haterel,  141. 

haube,  haurbè,  139. 

hauteresse,  312. 

haye,  chaye,  158. 

hayon,  hâyener,  baguer,  18.). 

bi,  287. 

-bê,  18,  19*296. 

hébî,  chêbî,  278. 

hèle,  bèlon.  hièle,  237  n. 

hême,  heaume,  264. 

hèn'bâ,  -ô,  hèn'yà,  <».  _o. 

hène,  144. 


Herbatte,  l.d.,   142-4,  322. 
herberc,  126-7. 
herbêrih,  13. 

Hercot,  Héricot,  1.  d.,  144. 
herenalle,  15. 

hérisser,  heurser,  etc.,  149  n. 
hèrnale,  144. 
hèrô,  hirô,  hurô,  153. 
héru,  151. 
Hèsta,  Herstal,  51. 
hètch'rèce,  312. 
hète,  133  n. 
heucque,  heuke,  33. 
heûler,  145. 

heulle,  hoole,  hule,  157. 
heûpon,  heûpion,  42. 
heuraillis,  151. 
heure  (secouer),  165  n. 
heure  (grange),  27.  1^3. 
heure  (hure),  146-152. 
\    heure,  -ée,  éye,  149. 

heûrèce,  312. 
1    heurète,  150. 

heureûs,  houreûs,  148. 

heurion,  152. 

heurlon,   152. 

heûtô,  hauban,  185. 

hik'hose,  158. 

hiner,  binon,  hinelète,  144-5. 

hirî,  hirô,  hirôder,  153. 

hirîre,  rihîre,  210. 

-hô,  30. 

hô,  hôt'lêye,  112. 

hocher,  157  n. 

hochet,  157. 

Hock,  Heckai,  156. 

hoike.  hucque,  33. 

hok  (si  mète  a  — ),  33- 

hok,  hokèt.  hokète,  156. 

homme  jour.  7. 

hore  (fr.  hure),  147. 

horej  153  n.,  154,  159. 

horer,  -i,  153. 

horète,  150. 

horion,  152,   154  a. 

horl#,  -âye,  149,  151. 

horon.  154. 

horote,  corote,  159. 

horser,  hyoss'ner,  51. 

hosanna  ('!)■  262. 

hosseaux.   120  n. 

hossî,  157   n. 


338  — 


hôstal,  293. 

hotche,  -î,  154-6;  hotcha,   135. 

hotchèt,  156,  159. 

houbète,  211. 

hougnèt,  bougnot,  houyot,  159,   161. 

bouille,   158-162. 

bouler,    145,   150. 

boulot,  eoulot,   159. 

boulot,  boulète,   150. 

houmer,  211. 

houpe,  houpieûs,   148  n. 

boûr,  25,   157. 

boum,  luira,   148. 

bourailler,  -is,   151. 

hourasse,   149. 

bourd,  25,   157  u. 

bourderèce,  312. 

boure  (fr.  bure),  147. 

hourel,  hôureler,   151. 

bourer.    149. 

houret,  -ète,  -este,  150. 

houreûs,   147. 

hourêye.    149. 

houri,   148,   153. 

houriha,   153. 

bouriu,  211. 

hourisse,  houriehe,   153. 

bourlê,   151,   157. 

hourloi,  151. 

hourlon,  -au,     152. 

hourlot,  -ote,   151. 

hourlote,  hurlote,   150. 

houron,153. 

boute,  butte,  27. 

houyê,  houyot,   161. 

houyî,  hougnî,   162. 

houyot,   161,   187. 

hovalon  (=  wallon).   158. 

hov't'rèce,  312. 

boye,  bouye,   bouille,   158-162. 

hozê,  bozelé,   120. 

broûler,   162. 

Iiudr/.    132. 

luiler.  hurler,   150. 

hulhe,  huilhe,  161   n. 

hulotte,  150. 

Iiuôme,   149. 

hura,  -â,  -ard,  22,  148. 

bure,   146-153. 

hurée,  149. 

hiii.l.    L51. 

hurer,  hurèt,  -ète,  148-150. 


huréye,   149. 

huricle,  163. 

hurillon,  biniou,  burlion,   152. 

burir,  -is,  -isse,   153. 

liurlaid,  151 . 

burlin,   151. 

burlon,   152. 

hurlote,  hourlote,  151. 

hurlu,  hurluberlu,  hurluva,  151. 

binon,  147,  153  ;  burou  (?),  153. 

-i  (-il),  208. 

-î  (-ier),  25,  206. 

-ia,  -iau  (-eau),  300  ;  voy.  -ê. 

îfureôf(!),  290. 

-îbe  (-ise),  280  n. 

-in,   41,   44,    180  n.,  208,  258-9. 

-iner,  48,  92,  96,   117,  199. 

inflin,  41    n. 

inmakerné,  182. 

int'bâ,  20. 

intrè-,  intrèfin,  260. 

intribolé,  intrivolé,  37  n. 

inwîye,  inw'jale,  etc.,   18. 

io-io-eampion,   187. 

-ion  (fr.-illon),  -iyon,  -ignon,  42  n.,  56;  57, 

84  n.,  124,  142,  1^4  n.,  284. 
-is"   (fr.  -is),  25  n.,  109,  214,  237,  247  n. 
itide,  306. 
-iveûs,  137. 
iyo,  187. 

jard,  jardeus,  gardeus,  jarreux,  73. 
jeetereee,  312. 
jostereehe,  313. 
joue,  jouter,  77-78. 
jouine,   -er,    116. 
joûtir,    110. 
juc,  jucher,  81. 
jum'rîle,  75. 
jus,  juverne,   163-4. 
Kahèlbrib,   13. 
kègneter,  3  n. 
kèlôtiner,  71. 

kême,  kinnie,  came,  105  n. 
-kène,   191,  240. 
kèn'pin,  canepin,  44. 
kènouk,  kènouf,  307. 
kèrtiau,  kertelé,  62. 
kèrtin,  60. 
kèrton,  -an,  63. 
kœssouhe,  125. 
kèstèl,  108. 
kètal'té,   kutal'té,  69. 


—  339  — 


kèt'fi,  keutefi,  .243-5. 

keûre,  79,  164-5. 

keûse  (coudre),  79. 

kieh'tôn',  160. 

kihouyî,  kihougnî,  1G2. 

kil'rêye,  Jdr'lêye,  119. 

Iripougn'ter,  231. 

k'mougna,   167  n. 

koenne  (?)   =   keûve  (cuivre),  50. 

koxhe,  cohe,  55. 

kuhâhiner,  68. 

Laixheau,  Layhay,  1.  d.,  19. 

lâker,  169,  279  n. 

Iak'moûse,  23. 

lame,  -ê,  -iau,   166-7. 

laminto,   127. 

landon,  laudre,  lande,  166-7. 

làni,  nâlî,  4,  310. 

larèce,  313. 

lauja,   19. 

Lauzelle,  Law'jale,  1.  d.,  18  n. 

lâwette  (?),  204  n. 

le,  lècê,  82. 

lerquenoux  (?),  24. 

leû,  le  (loup),   121  n.,   167,  287. 

leûrin,   184-6. 

leuve,  leûvrê,  167-8. 

leûwâ,  233. 

Jîdion,  nîguion,  2. 

lifer,   168-9. 

lign'roû,  linot,  189. 

Limboûrih  (Limbourg)    13. 

lince,  linche,  lise,  léze,  169. 

livrèhâye,  82. 

lodier,  255. 

loète,  loiéte,   172. 

loie,  168  n. 

lorain,  -ainne,  259  n. 

lotehèt,   156. 

lotener,   170-1. 

lotia,   169-170. 

loton,  lôton,  louton,  170-1,   322. 

louette,  louwète,   172. 

loûr,  lourd,   168. 

loûte,   172  n. 

lovier,  167-8. 

loyâ,   177. 

lôyerèce,  313. 

luhin,  ruhin,  211. 

lûrê,  lureau,  luron,  172. 

lurer,  leurrer,   172, 

lustih,  loustic,  272. 


lûte,   103  u. 

hiver,  lover,  167-8. 

ma,  man,  nions,  4-5. 

macerel,  machuria,  mak'riau,  181-2. 

macherèce,  313. 

magnon  (=  Mayon,  Marion),  173,  177. 

magot,  magoumê,   112  n. 

mâgriyète,  56  n. 

mâ-heûlé,  145-6. 

mahî,   176,   313. 

maille,  -é,  -ette,   176. 

maillenter,  176. 

mains,  mais  (=  mahaing),  282   n. 

make,   177-8. 

malchiere,  mâssîre,  255. 

mal-gueûye,  mal-djêve,  82. 

man'eî,  menacer,   176. 

manète  (?)   173. 

manote,  manoke,  173-4,  190. 

manowe,  -awe,  175-6. 

manser,  -ure,   174-5. 

manûhe,  -ùche,   175-6. 

mareschaucier,  maseâcer,  51. 

marne,  marie,  môle,  85. 

mârodj'dint,  182. 

massur#,   182. 

match'rê,  matchurnia,  -gna,  181-2. 

mauké,  82. 

mayeté,  -er,   176. 

mazagrawe,  222  n. 

mazindje,  mésange,  176. 

mèhin,  meshain,  91,  282  n. 

mèh'ner,  mèn'her,  91  n. 

mèh'tèle,  176. 

mènesik,  mèn'zik,   177. 

menu,  -ue,  268. 

menuise.    -uisse,    -uze,    176. 

mes-,  mèskeûre,   164. 

menustin  (?),  269. 

meure  et  make,   177^8. 

meûriant,  moriant,   178. 

meuve,  meule,   159. 

mieh'tèclape,  41. 

migot,  -er,  mijoter,  112-113. 

mirou,  179. 

môfier,  morfier,  niourfoeyî,   115  n. 

mohon,  maison,  92  n. 

moisir,   180. 

mokî,  -ê,  motchas',  182  n. 

molâvint,  82. 

mon,  a-mon,  è-mon,  92  n. 

monçale,  49. 


340  — 


nions,  mans,  moins,  3. 

monteûs,  82. 

mou  d'avonne,  298. 

moûfrin,   181  n. 

moultî,  180. 

moulu,  mouliin,  moûji,  179-81. 

mourcagne,  mourgagne,  -eus,  182  n. 

mugot,  musgode,  112-113. 

mwargunê,  mwèrgunê,  181. 

mwèh'nê,  91  n.,  181. 

naïf,  naif,   naifver,  12. 

nâle,  nasle,  nastel,  4. 

nâlî,  4,  210. 

nateuriau,   141  n. 

navée,  -êye,  82. 

nawê,  noyau,   182. 

nèçale,  nacelle,  49. 

nécromant,  nécromancien,  122. 

neppe,   179  n. 

nètirèce,  313. 

netkufurnet,  307. 

neûr  et  make,  178. 

neûrin,  184-6. 

nigot,  112  n. 

nîguion,   163  n. 

mie,   163  n. 

niyâ,  22. 

nô,  no ?j,  noue,   110  n. 

noûlêye,  nûle,  -êye,  163  n. 

nwarabô,  283. 

oille,  ouille,  161  n. 

oirzelle,  orzée,  orseille,   182-3. 

-ôje  (=  -aise),  12. 

-Ole  (=  -able),  6,  136-7. 

61  "rive,  ôrlîye,   119. 

ombe,  *ombion,  5. 

ombrer,  217. 

-on,  14, 48,84, 102, 124, 154,  167,  218,237. 

oncleure  (!).  255  a. 

oiidon.    107. 

ongueçon,  onk'son,   1N4. 

onteûs,  <S2. 

ôr.  ôrfève,   183. 

ordia,  25. 

oreillette,  oriliète,  142. 

oriche,  ouriche,  153. 

(niii,  oringuer,  184-0. 

orindje,  185  rt. 

ostade,   10. 

-ut.   29,   <i7  :  -Ote,   288. 

otchèt,    157. 

-ou,  -où,  34,  <;7.  179,  226;  -iou,  234. 


-oûle,  253  ;  -ioûle,  209,  254  n. 

oubouye,  186. 

oûhê,  oiseau,   19. 

oulote,  322. 

oûr,  ourdage,   ourdi,   25,   157. 

ourderet,  312. 

ourée,   149. 

ourète,  150  :  ouron  322. 

ouria,  -iau,  151. 

oûy,  û,  225. 

-oye  (fr.  -ouille),  104. 

ouyot,   187. 

pacawe,  82. 

pâhûle,  -ûre  (paisible),   157  n. 

pailler oux,  poilheroux,  189. 

pâlècê,  pâle,  pôle,  82. 

pané,  pagna,  peniô,   164. 

pan'hê,  19. 

parfôrèce,  313. 

pariou,  payou,  189. 

parresce,  313. 

pastouret,  313. 
pawène,   172,   190. 

])èherèce,  313. 

pèkène,    191.  \ 

pèlain,  plain,  pelaine,  pellin,  192. 

pèl'ri,  péleriau,  313. 

péneûs,  pènu,   18. 

péri,  périr,   191-2. 

péri,  pwarî,  etc.  (poirier),  293. 

pèrlôdje,  22.~>. 

pèrou,  Pérou.  193. 

pèrtainne.pèrtontainne,  prétantaine,  299. 

pèrwèye,  -iye,  295. 

pescheret,  pêlierèce,  313. 

pête,  peautre,  264. 

peûle,  épeule,   175  n. 

pbisiquer,  phischinerie,  95-96. 

picadô,  322. 

pîdje,  piège,  pierge,  251-2. 

pilaine,   192. 

piler,  pilerial,   197. 

pirou,  Pierrot,   193. 

pirouette,  pirwitche,  pîwêye,  295. 

pît-a-bole,  pied  bot,   190  n. 

piter,  pieter,  179  n. 

planerèce,  -esse,  314. 

plâterèce,  :;i  t. 

plat1   kizak,  plakèzak,  etc.,  307. 

plazeré,  plasiè,  plessis,  314. 

plék,  plét',  103. 
plês'nîre,  •'!!  i. 


-  341  — 


plokî,  plokerèce,  314. 

plôyeroû,  ploriou,  31    n..   18!). 

ployin,  41   n. 

pô  (peu  ;   Paul).   31,   79. 

pôchâ  (*pôuçard),  85  n. 

poke,  -ète,  potchèt,  ploke,   157.  27  0. 

ponte  et  make,   178. 

ponteûs,  82. 

popioûle,  pèpioûle,  2*23. 

possète,  possîhe,  79. 

postelle,   potelle,    1!I4  n. 

potale,   19:5-4. 

potch*trèee,  314. 

pote  (main  —  ),   190-1,   194-3,  322. 

pote,  -é,  -aie,   193-4. 

pote,  112,   191   n. 

potelé,  pot'ler,   193-4. 

pôt'lète,   190-1. 

potequin,  potikèt,   13. 

poticke,   13. 

poue,  poe',  powe,   172,   190-1. 

potiette,   191. 

pougnote,   190. 

poûh'rê,  -èce,  314. 

poûhî,   puiser,   180. 

pouteûr,  36. 

poût'ner,  -eûre,  35-30. 

poûtrin,    121    n. 

poye,  pouye,  poule,  33,   159. 

prat'ler,  prateule,  prate,   195. 

praute,  -eler,  195. 

prèhale,  prihèle,  etc.,  195-6. 

prènie,  prune,  30  n. 

princheû,   169. 

prisseresse,  priseraiche,  314-5. 

privaret,  315. 

purlê,   197. 

put,  puteur,  36. 

pwèrtâsètch,  83. 

pwèt'rèce,  315. 

quaissier,  caissier,  65. 

quasse,   64  n. 

quilaine  (?),  quitaine,  40. 

qwanse,  -i,  -eler,  65  n. 

rabaterèce,  315. 

raboterèce,  315. 

racler,  -ette,  197-8. 

raeonsuivre,  rak'sûre,   197. 

raero,   202. 

racueudre  (!),  racheudre  (!),  197. 

radjoute,  205. 

rahî.  200. 


rakète,  197-8. 

rakiner,  198-9. 

râkion,  198  n. 

ramadjôye,  46. 

ramèder,  -è,  raminder,  8. 

randje,  199. 

ranonke,  -pe,  55  ;  ralongue,  212. 

ranse,   199-200. 

rantchàr,  rontchà,  200. 

ras-.    198-9. 

rascrakiner,  racraskiner,  etc.,   198-9. 

rasgoter,  ragoter,  198-9. 

raskignou,  rossignol,   182. 

rassîrèce,  315. 

ratal'ter,  70. 

râtchâ,  -âr,  200. 

rat?re,  rat'ni,  201. 

ratouyeter,  255. 

ratro,  ratrossî,  201-2. 

ravelusque,  rav'rouhe,  etc.,  202-3. 

rawète,  203-5,  239. 

râyerèce,  315. 

ravi  une,    17   n. 

rêbion,  rimbion,  210. 

rècater,  66  n. 

recâv'ler,  -eûr,  47. 

rèche  (sortir),  99. 

rèd^,  208. 

réguilite,  riglète,  306. 

remouyerèce,  315. 

rènan,  ronan  (?),  205-6. 

rêne,  -er,  -ant,  -eûr,  206  n..  212. 

renge,  range,  199. 

renguillier,  ringuî,  ringuion,  210. 

rèni,  -î,  -in,  205-8. 

reorte,  roorte,  204. 

rèsbrandi,  ribrandi,  38. 

retchâcer,   -eûr,  47  n. 

retondeur,  -eure,  282. 

rètrôkî,  -iner,  -eler,  32. 

reûdê,  208. 

reûpe,  -er,  42. 

révéler,  -eus,  18. 

rèv'louhe,  rèv'lihe,  202-3. 

rèvioûles,  rê-,  ri-,  ro-,  208-9. 

revoie,  37  n. 

rêwioûles,  209. 

rèzîre,   198. 

ribouterèce,  315. 

ricâveler,  47. 

ricoti,  52  n. 

ricouderèce,  315. 


:342  — 


ricoûrerèee,  315. 

rigrèter,  79. 

rihârber,  -è,  rihaurbè,   140. 

rihîre,  hirîre,  209. 

rilèverèce,  315. 

rindje,  -ète,  199. 

rinèterèce,  315. 

ringèm'ler,  70  n. 

rinkinkin.  201. 

rintchâr,  200. 

rital'ter,  70. 

ritrèp'ser,  257. 

riule,  rûle,  rîle.  253. 

river,   1G9. 

riwafer,  274. 

r'nous  strins,  269. 

ro,  rouf,  29. 

rodje-bètch,  rodjes-dints,  222. 

rôlinne,  16  n. 

rômuskirih,   188. 

TÔniz,  206  n. 

roui,  rogni,  206. 

rouke,  ronhe,  ronghe,  87. 

rôti,  rouôti,   112. 

rot on,   171,  322. 

roudi,  -in.  -is',  21  1    a. 

roudjètes,  roudjeurs,  209. 

roulnn,   -is',  210-1. 

rouvieux,   rouviu.  208-9. 

rowète,  204. 

rôye,   raie,  2."):}  :   royète,  204  n. 

rozia,  roja,  213  n. 

rucôsseler,  47. 

ruhin,  211. 

mini  n.   ruyn,  207. 

rulane  (!).  rûlâve,  21 1 . 

rûlant,  rûlanmint,  212. 

rûle,  rieule,  21 1-2. 

rûnant,  rûnanmint,  212. 

rune,  20?  ;  runin,  206. 

rûte,  212. 

nivièrsinne,   17   11. 

sâçale,  49. 

sâclin,  41    n. 

sainandin,  222  n. 

salerèce,  315. 

samer,  71. 

sâmer,  47   n. 

samousse,  218. 

sampreû,  sâpreû,  simpreû,  21.".. 

sancrè,  sancrëhe,  21  t. 

sanke,    -is",   21  l. 


i 


sâpreû,  -eûse,  215. 

sardjète,  sarriette,   84. 

sarlète,  119. 

saurterèce,  sôrtrèce,  315. 

savène,  182. 

savenê.  savenel,  216. 

sawe,  sowe,  228. 

sbaterèce,  315. 

sca,  seate,   liât',    133,   134  n.,  358. 

scadria,  hadrê,  132. 

scaye,   baye.   160. 

selèyî,  216. 

sclèyon,  splèyon,  sployon,  217. 

seoket,  -eter,  156. 

seotehe.  scotcha,   155. 

scot,  éeot,  305. 

scoudro,  299. 

scrène,  skine.  skinon.  144-5. 

scwêrî,  sewérer,  220. 

se  (a  té  — ),  218. 

selanbran,  selonbran.  83,  217. 

sengle,  single,  sangle,  50. 

serelerette.  serclerot,   8.1."). 

sèrer,  sera,  259. 

sèron,  eèron,  217. 

set*,   sept.   224. 

seûr,  seur,  sur,  27. 

si   (lat.   sic),  218. 

sik,   si   que,   218. 

sindrèse,  syndérèse,  21'.». 

silène  (lat.  singulum),  50. 

sirèce,  316. 

sîzer.  sizeù,  266. 

sîzet,  sîz'ré,  220. 

sizin,  siz'ner,  siz'rin,  219. 

skèrbalik.   -it'.   220. 

skèrî,  220. 

skète.    liète,    133    11. 

smané,  91,  231. 

smir,  -î.  179. 

soçon(=  sospeçon),  221. 

sohe,  souhe,  221. 

sohe,  -î.  221. 

soillemens,  soyemens,  226: 

soke.   sohe.    ôti   11. 

sokleis.   sondis,  227. 

sologne,  chélidoine,  225. 

sônandin,  222. 

sondje,  223. 

so-prèsse,  sens-presse.  :il(i. 

soi-.   22:5. 

sorblèsseûre,  22:!. 


—  343  — 


sorderesse,  sordresse,  227. 

sorsèyemint,  220. 

sot-dwèrmant,  224. 

sotré,  225 1 

sou,  su  (seuil),  225. 

souder,  -eur,  -eresse,  soudre,  227. 

soulie,  soullie,  220. 

sourbate,  -ure,     -in,  224. 

soursueillement,  220. 

sourtonture,  282. 

soustré,  soutier,  225. 

souwîye,  -ire,  etc.,  220. 

sovve,  sawe,  228. 

soyemint,  220. 

soyén,  41  n. 

soyou,  220. 

spâmer,  281. 

spaté,  91. 

spèhe,   190  n. 

sperial,  228. 

spèrvvitche,  295. 

spête,  spiate,  épeautre,  204. 

spier,  spir,  229. 

spinâ,   -âl,  -âte,  229-231. 

spindje,  -î,  13,  155  n.  ;  -erèee,  110. 

spitant,  spîtant,   179  n.,  232. 

spôde,  spôrdia,  233. 

spougni,   spougneter.  231. 

spoûle,  175  n.  ;  spoûlerèce,  310. 

spricatwére,  231-2. 

sprognî.  -er,   *sproelhier,  89-90. 

sproher,  88,   89. 

spruwieû,  232. 

spurê,   -el,  -ia,  228-280. 

Spy,  229. 

Stapsoul,  258. 

stchèrdon,  stièrdon,  232. 

stigal,   30. 

stesant,  stensant.  92. 

stessiner,  -erèee,  92. 

steûle,  steûye,  159. 

stièrnê,  -i.  -êye,  233. 

stif,   233. 

stineiin  (!),  stinclin,  233. 

stitchî,  stitehon,  238. 

stivauz,   80. 

stokê,  stotchèt,   157. 

stopresse,  310. 

strambion,  strombion,  210. 

stranguiou,  stronguion,  210. 

strannè,  175  n. 

strème,  30  n.  ;  strumer,  41. 


strifer,  -eler,  234. 

strifiou,  strivion,  234. 

strin,  79. 

stritehî,   109. 

stroûler,  strûler,  striler.   103  n. 

struvion,  strivion,  234. 

surjet,  205. 

sus  (en  —  de),    218. 

suweraite,  310. 

swèlih,  234. 

tacba  (*tassia),   149. 

tahant,  235-0. 

tahon,  230-7. 

tahourê,  tahuria,  tahurgna,  182. 

tai.   241. 

take,  tahe,  50  n. 

tak'lin,  237. 

tanawète,  tènawète,  etc.,  238-240. 

taperet,  taperèce,  310. 

tap'kène,  240-1. 

taroule,  240-7. 

tasis.  248  n. 

tauye,  tôye,  241. 

tawes  (les — ),  1.  d.,  241   n. 

tchac,  tchacant,  tcbakè,  48-49. 

tchakine,  -er,  48-49. 

tchak*ter,  -trèce,  48-49. 

tcharmê,  241. 

tehàrleûs,   119. 

tchè-d'-fi,  tehèn'n,  etc.,  244-5. 

tehèdjerèce,  317. 

tchèdré,  tcbèdron,  135  n. 

tchèkète,  253  n. 

tchèp'cî,  ehevecier,  258. 

tchèrdon.  telièrdin,  238,  135  n. 

tchèssâ-pareûse,  241-3. 

tclièssc.  châsse,  242. 

tchètê,  -ia,  342-5. 

tchèzâ,  243  n. 

tchîf,  81.  82. 

tchivèye.  cheville,  81. 

tehômer  (?),   118. 

tchoquerèce,  817. 

tchuberlîre,  302. 

tchûzi,  tehùse,  273. 

tèchon,  tèch'nis',  237. 

tèhir,  236. 

tel  fois  est,  tél'fèye,  247. 

tème  (=  ténu),  30  n. 

tenreux,  téreûr.  245-0. 

tère,  terre,  240-7. 

tire,  t'ni,  201. 


344  — 


tèris",  tèri  (terril  !),  247  n. 

tèroûle  (terre-houille  !),  240-7. 

terversier,  258. 

tesson,  237. 

tesé,  tesir,  247. 

teûle,  teûye,   159. 

tévozé,  tivozé,  tréfozé,  247. 

tèyerèce,  317. 

tèzer,  -eu,  -i,  -ihèdje,  247-8. 

Tîbî,  tibi-dabô,  tibi-wârnî,  248-9. 

tîdje,  tiege,  250-2. 

tif,  233. 

tîhe   (tiesche,   tiois).  250. 

tîke,  tîkète,  tîglète,  253. 

til'nète,  tin'lète,  241. 

tin-burlin,  260. 

t- infini,  83. 

tinte  leune,  236. 

tîreî,  tierçoier,  237. 

tire,  tire,   17,  254. 

tirelote,  247  n.,  253. 

tiroigne  (?),  255  n. 

tiroule,  246-7. 

tiule,  tuile,  tûle,  tîle,  253. 

toaille,  touaille,  -ette,  254-6. 

toaillon,  touillon,  254. 

toëtte,  255 

tofèr,  tot-fer,  94. 

tonderèce,  317. 

totanawète,  tot'naveûte,  etc.,  238-240. 

tot"lèt,  tourtelet,  51. 

tougnon,  tougnoûle,  254-6. 

toûlasse,  256. 

touppequin,  240-1. 

tourmériau,  tourmiau,  tourniyau,  301-2. 

touse,  -el,  -et,  281. 

touwê,  tuyau,  172. 

touyî  (touiller),  touyeter,  touyon,  254-5. 

tozê,  281. 

trahèrléye,  119. 

train,  260. 

traversaine,  259. 

trawéye,  trouée,   170. 

trè-,  260. 

trècin,  trescens,  258. 

tréfiler,  -emint,  256-7. 

trèhes,  58. 

trèp'ser,  trip'sers  257. 

trèp'sin,  -î.  -é,  -inné  258-9. 

trèssèrer,  tressèrin,  259. 

trèvaye,  2<>o. 

trevesiere,  258. 


trèvint,  trivint,  truvint,  260. 

trîh,  23. 

trin-bèrlin,  260. 

trintebe,  -î,  20. 

Tripsée,  1.  d.,  258  n. 

triviè,  trivièrser,  257. 

trô  (trou),  31. 

troudale,  troude,  261. 

troûle,  -er,  eu,   163  n. 

troum'cha,   300. 

trûler,  trîler,  troûler,   163  n. 

truiniau,  302. 

trute,  261. 

tumète,  302. 

tupin,  237. 

tuteri,  tutri,  317. 

twagne,  254-6  ;  twarlagne,  255   n 

twèzon,  261-2. 

ûlè  (îlot),   19,  271. 

unuses  (!),  262. 

urète,   150  ;  uréye,   149. 

uwo,   uyo,   yuyo,   187. 

vâçale,  vaucele,  50. 

vair,  263. 

vairié.  vâriyî,   -er,  ^286. 

vairole,  vérole,  209. 

veaure,  viaure,  viaurice,  263. 

vêei  (ici),  271. 

vèdje,  vergue,  164. 

vèbie,  vèssèye,  276. 

vébin,  vèyin,  vèjin,  267  n. 

véjinauve,  vij'nauve,  267  n. 

velre,  263. 

veluel,  282. 

vèrbouc,  vèr'bo(k),  287. 

vêre,  vàre,  vaire,  262-4. 

verge  foreee,  96-7. 

vêri  (vêrî  ?),  286. 

vernal,  veine,  verner,  265  ;  164. 

versainne,   17  n. 

verwîre,  299. 

vèrzin,  271. 

viaire,  viyêre,  269. 

viène,  vierner,  -a,  -ê,  265-6  ;  164. 

vibène,  vib'ner,  -âhe,  267. 

vili,   vieillir,   98. 

villerec,  -rech,  -ré,  317. 

vilwè,   vihvé,   266. 

vinadje,  visnage,  267   n. 

vinâve,  -able,  267. 

vîr,  virer,  vîreû,  269-271. 

virelire,  vièrlîre,  272  n. 


—  .*U5  — 


virer,  vider,  272. 

virlih,  vèrlih,  272. 

Viyâtoûr,  s:j. 

Visé,  271. 

v'non,  v'nowe,  v'noumint,  2(is. 

vôsser,  -eûre,   101. 

vûr.   vu  ter,   vûreû,   271. 

vûse,  272-8. 

vwès,  voix,  273  n. 

wab,  wap,   140  n. 

wadje,  watche,  273-4. 

wafî,  274-."». 

wage,  waghe,  275. 

waguète,  wagate,  275-0. 

wahê,   19,  283. 

wahète,    wachète,  wèhiotc,  270. 

waibe,  -er,  -aige,  270. 

waide,  wêde,  -î,  270-8. 

wainis'j  winnis',  285  n. 

wâkî,  wauker,  waukeû,  279-280. 

Wallon.    158. 

wan,  waner,  285. 

wandie,  wandîhe,  280. 

wandion,   142. 

waneal  (!),  280. 

wân'rèce,  317. 

wap,  wapeûr,  285. 

warbia,  wèrbia,  284  n. 

warbô,  -â,  -ê,  ete..  283-4. 

wârder,  garder,  74. 

warglès',  verglas,  285. 

warmaye,  wèrmayc,  wâmaye,  1 15  n., 285 

warsèle,  183. 

wârtchi,  285. 


misse,   wèsse,  guêpe,  285. 

wastarde,  Worsted,  10. 

waveal,  veleweal,  ete.,  282. 

wayîme,  gaine,  285. 

wé,  wayî,  285. 

-wè,  -eu  (fr.   -oir),  200. 

wêbe,  -î,  -èdje,  wêbèdjî,  27  7. 

wêde,  100  n.,  270-8. 

wèke,  witche,  289  n. 

wèrb,4.   -â,   283. 

wèrbî  (?),  278. 

wèrbiyon,  284. 

w#re,   weirc,   waire,  284-(i. 

wêri,  280. 

wèrleû,  wèlleû,  280-7. 

wêroûles,  209. 

wèsbi,  279. 

wêtroûle,  wetterel,  287-8. 

wiban,  284. 

wihète,  -ote,  288. 

wihot,  wiot,  wiyo,  wuyo,  187-8. 

win.   vain,  285. 

wisplote,  288. 

wite,  wike,  289. 

wivrou,  vivrou,  verveux,  285. 

wiyême,   187  n. 

-yî,  -î,  -îr  (fr.  -iller),  52,  57,  118. 

yoyo,   187-8. 

yuk,  33. 

zgliné,  zingler,  289. 

zîvèrkôf,  290. 

zobMé,  291. 

zuwilick,  234. 


NDEX  ANALYTIQUE 


a  protonique  ou  semi-tonique  :  amaule  6,  anûdjoû  7 .  arinne  15,  barôdi  25,  camatche  43, 
caterèye  52  n.,  crama,  cramion,  cramiète  57,  dispatuer  69,  djama,  djamê,  djamer, 
djamler  70-71,  75,  badjawe  78,  hadrê  133,  gadou  133  n.,  hadrène  135,  hahîre  136, 
hamestoc,  amèto  137,  flwrfré  141,  manole,  -oke  173,  manûhe,  manowe  175-6.  match'rê 
182,  pawène  190,  rawète  203-5,  samousse  213,  tahant  235-6,  /»//o/(  237,  tap'kène  2  M). 
ta  roule  247,  hjo/î  275,  wahète  276,  waveal  282  ;  —  «/«>j/r  :  é/w//r  12  :  canepin  : 
kèn'pin  44,  «»'W  :  hèn'bâ  6. 

r/  disparaît  dans  l'ane.  fr.  touaillon,  touillait  :  w.  tau  gnon  ;  de  même  dans  *touayoûle  : 
tougnoûle  254.  —  Voyez  Aphérèse,  Epenthèse. 

<7  gaumais  =  é  wallon  :  anâvèy  11-12. 

«  malmédien  =  t?  liégeois  :  ïrôre,  d'vàrc,  vêre,  cCvêre  265. 

Adverbe  pris  substantivement  :  si  218. 

Agglutination  de  l'article  :  Laixheau  19. 

Allongement  de  la  voyelle  initiale  :  boùl'ncr  :i(i.  crâmignon,  etc.,  56  n.,  hâdrène  (?) 
135  n. 

Altération  par  crase  ou  élision  :  djôguîye,  etc.,  82-83  ;  —  par  jeu  de  mots  ou  calem- 
bour, 1  n.,  79,  250  ;  —  par  négligence  :  bâ-djubèt  20.  Voyez  Désinence  altérée. 

Amuïssement  ou  Effacement  de  y  final  :  mkî,  etc.,  225  ;  de  /  final  :  .sè<',  224. 

Analogie  :  homme  jour  7,  bure  26.  tuk'lcnc  238,  di  tanawète  238  n.,  tofnavite,  etc., 
240  n.,  tchèsse-al-pareûse  242,  /'  tézifi  248.  Voyez  Croisement,  Etymologie 
populaire,    Désinence  altérée. 

Aphérèse  :  de  a,  meure  178  ;  de  <%  eoumê  53  ;  de  »,  mârodfdin,  mazagrawe  222  ; 
de  m,  trèvint,  trèvaye  260  ;  du  préf.  <Y/-,  rfé-,  waisbi  279  ;  de  /.  andon  167. 

Assimilation  :  abèrdondè  1.  am'bô  6,  cakèdô  42.  djîvêye  82,  forvîri  98,  foûsson,  etc., 
101  n..  i'uou.  m'uou  208.  /é.v  r' nous  strins  26!).  wèVleû  280-7.  coupèrou  296. 

Assourdissement  de  la  protonique  en  «  :  busliclape  40,  fcitôn  41,  furzêye  104  n., 
guduc  122,  hamuslâde  138,'huricle  163,  /^r/é1  197,  s/^nf  229,  burlin  260. 

^  devient  r  :  hcn'vâ  7.  Voyez  />.  î'. 

Belgicismes  :  araine  16,  bacnure  20,  belle-fleur   28   n.,  bougnou  34  n..  bitumer  35, 

chic-chac  19  n.,  crâmignon  58  n.,  hochet  157.  i,'/v'r/-  164,  terris,  terril  247  n..  surfiler 

275.  cumule!  297  ;  —  amigo  188  n. 
Brachylogie  :  dj'îwd  80  n..  hotchèt  156,  Aw/cv  (de  charbon)  161,  ucùriu  184-6,  />m'  192, 

;v///sr  (de  crêpe)  200.  fcAèté  (de  fil)  245,  tanawète  240.  Voyez  Ellipse,  Métonymie. 

Calembour,  voyez  Altération. 

r/ se  réduit  à  c,  A'  :  akinâve  '■'<  n.,  coumc  53,  rakèle  19,S.  cwèzon  262  n.  2. 

(  onfusion  grossière  :  trèp'sin,  trècin,  258. 

Conjugaison  :  Av///v  165,  /é/v  201,  racucudre  (!)  197. 

Contamination,   voyez  Croisement. 

Coquilles  typographiques  et  Lectures  défectueuses  :  ascot,  r.sro/,  arscot  11,  areine 
15  n.,  lerquenoux  24,  />"/■  2<>  n.  4,  bulaine,  quilaine  M),  cineque,  koenne,  anko  50, 
gosseaux  120  n..  gudiek,etc,  122  n.,  hurou  (?)153  n.,  harpatz  rulanes  211,  si  inclin  23, 
oncleure,  tiroigne  255  n..  waneal,  croit,  etc.,  2SO-3.  acheret  308,  plaqueresse  314. 

</'  réduit  a  r  :  /v/Ar/c  198,  rakincr,  etc.,   198-9,  ranse  199-200. 


347 

(rase  :  djôguiye,  etc.,  82-83. 

Croisement  ou  Contamination  :  inw'jale  18,  brivolé  37.  busticlape  11.  canabûse  44. 
carimadjôye  46,  magoumê  .">:;  a.,  cuchale  63,  qwèri  heure  146-7,  hérisser  l  19  a., 
fceure  103,  prihièle  196,  racrokiner  198  n..  rêvioûle  209,  rondins,  rouais'  211  n.. 
stchèrdon  232-:}.  totènavète  2:5!)  n..  tènawêre  240  n.,  tchèri'fi,  etc.,  245,  tiroûle  247, 
tirclole  254,  tréfiler  2."»?.  intrèfin  260,  r//  Wr.  èuîr  271,  waisbi  279,  irr/w  287  n., 
bèrwète  295,  copivèri,  comulèt  290  n.,  cumule/  298,  cubèrsô  299,  cw  '/'  birJ'Ie  300, 
cumoriau  :5()()-l ,  (cu)tourmiau  301,  lourmériau,  tçhubèrlîre,  crumuya  302,  picadô  322, 
apotiker  13.  Voyez  Analogie,  Désinence  altérée,  Etymologie  populaire. 

chj  devient  feu  :  260. 

cuv/-  vient  du  latin  coa-  :  (54,  67. 

r/  devient  /  :  bèrlôwr  295  :  et  inversement  hâdibiêr  127. 

Dérivation,  voyez  Suffixes. 

Dérivés  attestant  le  sens  primitif  du  radical  :  glingonètes,  etc..  125.  atriyote  142, 
houyot,  etc.  161-2,  waguèies  275-6. 

Dérivés  de  mots  germaniques  :  guèrôdî  3,  dton,  dfé  4,  «manie  0.  and  12.  âr'hon  13, 
bal,' ner  20,  Wgd  21,  bèràrfi  25,  iwro/i  28,  ôd&é,  -|  .'31-32.  heûpon  42,  câveler  47, 
chaon  47.  m//  52  n.,  crétin  00.  cir//',  -afe  61-62,  crèton  62-63,  hâhiner  68,  djârdeûs, 
72-74.  sprognî  90, foûfler  102,  aguistitter  108,  glindis'  109,  /<«///•/  133,  hacherôle  130. 
handé  130.  hârber  Mo.  Wré  141.  wandion  141,  hèrnale  144.  landon  166,  lenvrê  167, 
K/«r  108,  fo#a  170.  fofoH  170-1.  lauwète  172.  Mrê,  Jotoh  172-:;.  manser  174.  pawène 
1!M).  /;o/r.  -afe,  -r/rr  10  t.  ratchù  200,  rnnhin  210.  hirîre  210.  sankis'  21  1.  sâpreû  215. 
sefêt/ï  216,  st'ziw  219,  .vWt?  220.  spruwieû  232,  strifer  234-,  tahant  235,  /^r>//  237, 
tougnoûle,  tougnon  254-6,  /refiler  250.  troudale  261,  rj/vr  269,  o>a/î  275.  ;i'«;fci  276-9, 
wandîhe  280,  warbô  283,  wèrbiyon,  wiban  284.  wetterel  287-8,  zoihète  288,  zoh'lc. 
sohî  291-2,  bardoûsser  205,  cumulet  208,  cutrumé,  etc.,  299-303,  plokerèce  314, 
ivân'rèce  317,  /«rd  153. 

Désinence  altérée  :  par  analogie  :  brigale  39,  foufète  102.  cris/aie  108,  galguizoûde, 
etc.,  126,  rawète  204-5  :  spinale  230,  warlau  287  n.,  perwèye,  etc..  295-0.  guilète, 
etc.,  306  ;  —  par  substitution  de  suflixe  :  avertit  l.s.  gargossê  70  n.,  potelet  195  n., 
/t/î?  206  n.,  soimîre  226.  wandîhe  280  n..  wihète  288,  conronbol  207.  ena" tronc/ta. 
trounicha  300,  bêrôdeû,  -<lri  25. 

Déverbaux  (Substantifs  ou  adjectifs  tirés  d'un  verbe)  :  czeafe  00.  d/dde  74,  hotche  155. 
ratros  202,  divêre  265.  rîr  270.  tchûse  273.  œié&e  278,  6ef,  &ete  42;  —  cwahe  65-66. 

Diminutif  :  sa  valeur  sémantique  dans  gamète   105,  W/v-   1  12.   mucli'nè   181.  - 
Diminutifs  «  verbaux  »  :  stièrnê,  spôrdia  233.  viernr  206,  wetterel  288.         Dimi- 
nutifs flamands  en  -je  passés  en  wallon  :  ôod/e  33,  orindje   185  n.,  sondje  223, 
wadje  274  :  cf.  spèrwitche  205-6. 

Dissimulation  ;  eonsonantique,  atileûre  17,  caribôdèdje  15.  dispatuer  60,  k'Ial'tc  69 
guèrçon  70,  ha(l)sterel  141,  /»'»r  è/  maie  178  n.,  racakiner  108.  rabrouhe  203, 
.so/re  225,  tètcha  244,  tin-burlin  260.  r'/iow  268  ;  -  vocalique,  roivète  204,  .w- 
dwèrmanl,  etc..  224-5,  sorsèyemint  226.  swèlih  234. 

'//'-  voyez  g,  j. 

Doublets  :  amèder,  aminder  8,  trivièrser,  trèp'ser  257. 

è  protonique  devient  ('  :  pilaine  192,  t ironie,  etc.,  247.  tirclole  25  1  :         (/  :  /»///»   11. 

etc.  ;  voyez  Assourdissement  :  —  r/  devant  r  :  araine  15,  avèrln  18,  tarante  2  17  : 

cf.  udre  265. 
è  protonique  remplace  a  :  hèn'ba  0,  ènâhe,  ènèye  12.  kèn'pin  44  :  -     i  :  hèrnale  1  15, 

vèrlih  272  ;  —  o  :  èni'djou  7,  sèfoker,  etc..  225  ;  et  inversement  sot-dwèrmant 

etc.,   224. 
fi  long  protonique  se  nasalise  :  stinclin  2:;:;. 


348 


-cl-  latin  devant  consonne  :  vêre  264. 

Ellipse,  voyez  Brachylogie. 

ru  protonique  devient  è  :  amèder  8,  gârmèter  106  ;  —  disparaît  :  ditaVtè  69. 

Épenthèse  :  de  n.  anacoste  1 1,  awaljale  18,  canabûse  14  ;  —  dei  :  hâribiêr  127,  dn'A  13, 
&én'A  23,  mèri'sik,  bouch'nik,  cocJCnik,   Flarri'zik  177,  skerbalik  220  ;  —  de  /  : 
W<7/  41,  pfoAœ  276,  birlâdî  25  ;  —  de  r  :  crèssôde  59,  cruchale  63,  froûflcr  102, 
cristale,  etc.,  108,  sancrè,  sancrene  214,  siz,rîn220,trévozé24i7,  brigau 22,278' n.; 
de  »  :  achœrnôle  137. 

Étymologie  populaire  :  aguèrôdî  3,  bèlfleûr  28  n.,  canabûse  43,  carimadja  46.  d' grade 
.87,  sclèyi  21  (i,  tèroûle  256,  dwarmi,  mârlî  2  lit.  divêre  202  n.,  /■//  r/'  />o///r  299,  fow- 
mouyau  301  n.,  /<////<'  casaque  .'507.  Voyez  Analogie. 

Folklore  :  crèssôde  59,  djama  79-72,  sônandin  222,  sot-dwèrmant  224,  tahant  235-6, 
wèrleû  286,  cumayau  300  n. 

g  devient  //y'  :  djèr'çon  70.  badjawe  78.  djômi  U<>  :  —  devient  A'  on  c  :  camatche  43, 
kèstèl   107.   cuzouhe   125,   kich'tôn'    166,  spricatwére  232,  kènouk,   etc.,   307   :   - 
devient  '/  :  adios'  1  ;  —  devient  6  :  coyonbe  55,  rimbion,  strambion  210  ;  —  remplace 
/r  on  e  :  gamète,  etc.,  105,  g/.s7e7  108,  gofé,    gorlète    119,    gossê    120-1,    goumê, 
-aye  53,  guduc  122,  glingon  124-5.  Voyez  /,-. 

Genre  (changement  de  — )  :  potince  20  n.,  oôr  21,  b///T  26,  cristale  108,  guizèle  306. 

gZ  se  réduit  à  g  :  guingon  124-5,  goumê  53.  Voyez  (7. 

//  latin  disparaît  :  anCdjoû  7,  îpe  140  ;  —  //  germanique',  subsiste  en  liégeois  ,  en 
ardennais,  en  gaumais,  mais  disparaît  en  namurois  et  en  rouchi  :  arft\bau  6, 
hanscote  11,  ////6/VV  120.  ftowrfé  139,  hanivêr  139,  /*«;-^r  139-J40.  W/v  141,  fte'r- 
ftafe  L43,  fettrée  149,  hurette  150,  ouriche  15:5.  houri,.  houron  153.  hotchèt  156, 
o//r  25,   157,  oubouye  180.  <e/7/o<  187,  tahant  236. 

A  disparaît  dans  bèr&dî,  cwèpî  25,  èminné  92,  «ion  92  n..  viiuive  267  ;  —  prèyale 
180  n.  ;  —  ravrou  203. 

//.  A//.  (7/  provient  de  se  :  ftadré  132,  140,  ftoi/e,  //«#e  158-100;  —  de  EXC-:Aoron  154, 
hotchî  155,  hroûler  162  ;  —  de  ssy  :  prèhale  196,  ivahète  276. 

/<  est  parasite  dans  haraine  15  n.,  hovalon  158,  liortjn  184. 

/  est  parasite  dans  oo/ge  33,  oirselle  183. 

/  bref  vient  de  ?  germanique  dans  K/ier  169,  mirou  179  n.,  />/7o//  193.  slrifler  234. 

/'  devient  //  :  wft?  42  n.,  z^/rr  27  1.  <//sr  (?)  273. 

/è  final  se  réduit  à  /'  :  Lambî,  Tîbt,  etc.,  248. 

i//  devient  /  :  cîçale  49  ; iw  final  provient  du  germ.  -ing  dans  or///,  c//////  184.  — 

Voyez  Nasale. 
Inversion  du  complément  direct  :  39  n. 

/'  devient  ///'  :  axc'djalé  18. 

/,.  g,  devient  //  :  /'o//c  56  n.,  dronhe,  ronhe  86-7,  guzouhe  126,  no///'  221  ;  mwèh'nê  181  n. 

—  Voyez  g. 
/,  final  devient  /  :///'/  193,  skèrbalif  220  n..  u/7e  289  ;  —  et  inversement  :  mnnoke  174, 

guilite  220  n. 
A.  au  lieu  «le  /<7/,  est  picard  :  scokèt  150. 

/  devient  //  :  inmakerné  182,  rûnanmint  212,  plês^ntre  314  :  -  et  inversement  : 
ralonke  212,  acopurlè  297.  o/oo  6,  hindou  107  n. 

devient  ;  :  //(>«/.  pâhûre  157  n.,  raxProuhe  203  :  —  et  inversement  :  atîleûre  17, 
bihoûle  25,  hulotte  (?)  150,  hâlibiêr  127  n.,  /o/o//  171  n.,  ////////  211,  palioutèdje 
L90  n. 


349 


/devient  ly,  puis  s'efïace  :  hoye,  etc.,  159,  trèvaye,  etc.,  260. 
/  parasite  :  kuricle  163.  —  Voyez  Aphérèse,  Épenthèse,  Prosthèse. 
Latin   :  mots  qui  sont  directement  empruntés  du   latin  d'église  ou  d'école   :   1, 
249-230,  202. 

Métaphore  :  bèrôdî  25  n..  branvolé  ."59,  cotî  52,  canepin,  kèrCpin  44-45,  coumê,  gou- 
maye  5:5-54,  crâmignon  58.  djama  71-72.  galiène  105,  gôtî  111,  chadrê  133,  èrbale 
14:},  hotchî  155,  /d/o»  171,  mouhî  180,  rimbion  210,  rîtfe  213,  tchaVmê  241,  tow- 
gno/i  255,  touyeter  255,  toûlasse  256,  bèrlin  261,  uére  264,  -,-ièrnr  266,  î  •»>///<  272, 
ruêce  277,  ïorfc?,  d'zcêsbi  278,  soM,  zoh'lè  292  ;  —  noms  d'animaux  pris  métapho- 
riquement :  121  n. 

Métathèse  :  de  voyelles,  chicaner  48,  déhingander  (?)  68,  coutrumé  300,  trimouya 
301-2  ;  —  de  //  :  pariou  189  ;  —  de  /*  :  èminh'né  91  ;  —  de  r  :  avèrlu  18,  bèrôdî  25, 
djèrmale  75,  fourféle  102,  furtoye,  furzêye  104.  groûmer  116  n.,  gorlète  110,  hadrène 
135,  hèrnale  144.  inmakèrné  182,  />///7<;  197,  rêmoûles  209,  W/jîre  210,  bèrlin  260, 
spricatxvére  231,  entrante,  -tau  299,  302,  cwârlèce  310  ;  —  de  s  :  anacoste  11,  cPpoûs- 
trer  86,  fiksineu  95,  racraskiner  98,  cFwêsbi  278. 

Métonymie  :  &e»r  28,  r(/7râ  80,  haterel  142,  herbatte  141-2,  heûler  145,  wihot,  cou- 
pault  188,  pawène  190,  gambète  190  n..  sônandin  222.  Voyez  Brachylogie. 

Mirage  ou  obsession  sémantique  :  10,  27. 

Mots  composés  :  ant'djoû  7,  anspîndje  12.  branvolé  39,/erKer  94,  joûrèhan  98,  fewr- 
luberlu  151,  juverne  163,  selanbran  217,  sônandin  222.  sot-dwèrmant  224,  tchèssâ- 
pareûse  241-3,  tévozé  247,  trin-bèrlin  260,  coubotèye,  coupèrou  296,  so-prèsse  :;  16. 

m,  voyez  /  et  Prosthèse. 

Nasale  in  devient  a//  :  randje  199,  rantchâr  200-1,  sampreû  215-6.  —  Nasale  an 

devient  oh  -.Joûrèhan  98,  grimon  122,  ongueçon  184,  sondje  223  ;  et  inversement  : 

sanke  214-5,  selanbran  217.  —  Nasale  on  devient  an,  a,  a  :  amâ  4-5,  râtchâ  200. 
—  Fausse  nasalisation  :  /jo/>  30  n.,  «on  110.  '///  grande  87.  —  Voyez  en,  in. 
-ne  devient  -me  :  blême  30  n. 
Noms  de  lien,  voyez  Toponymie. 
Noms  propres  :  devenus  noms  communs,  Hondschoote  1 1.  Epinal  229.  —  pris  dans 

un  sens  plaisant  on  sarcastique,  ^/o*/r/.  85,  magnon  173.  mèh'tèle  176-7.  wihot  187-8, 

wiyême  187  n.,  pirou  193.  tô&î,  etc.,  249,  mihète  288. 

o  protonique  devient  a  :  dis/tataer  09  ;  voyez  «  protonique. 

Onomatopée  :  <'/r/yj  41,  fcaac  48,  garg-  70.  guèdin  122-3,  bèrdoûse  297,  bardaf  295  n. 

oo  néerlandais  :  heûtô,  eûrin  185. 

/)  devient  o  :  coubèrou,  coubèr'hc  296.  coubèrète  297  ;  —  et  inversement  :  apotiker  13, 
pèkène  191,  poûfaer  35. 

Préfixes  :  a-  12,  57,  239  n.  ;  a-  substitué  à  es-,  e'-  1,  4  ;  —  6a-,  6è-,  &i-  25  ;  —  c«-, 
o7>7-,  ro7i-  45-46  ;  —  cft-  68  ;  —  dis-  12  ;  —  è-  91  ;  —  es-,  s-  92,  231  ;  — /or-  94 
n.,  98,  99;  —  Ai-  68,  69-70,  101;  —  mes-  164  ;  —  re-  18,  282  ;  —  ras-  198-9  ;  — 
sor-,  sour-,  sur-,  so-  223-6  ;  —  /rè-  260  ;  —  germ.  £e-  107,  305-7. 

Prosthèse  :  de  /,  laminto  138,  leûrin  185  ;  —  de  »  :  nateuriau  141  n.,  neûrin  185. 

r  disparaît  :  foufèle  102,  «/ia  141,  scadia  132,  cutumia  302  ;  suivi  d'une  labiale  : 
gd/nd  115  n.,  hàbiêr  127,  pîwèye  295  ;  suivi  de  deux  consonnes  :  coVhê,  etc.,  51 .  — 
Voyez  /  et  Métathèse. 

r  suivi  de  yod  devient  r//  :  pîdje,  tîdje,  etc.,  252. 

rc,  rs  devient  eh  en  gaumais  :  couchait  63  n. 


—  350  — 

s  ou  ss  devient  c  :  mèri'zik  177.  zingler  289,  zohHé  291,  pazê,  etc.,  242  n.  :  —  traite-, 
ment  de  ss,  ssy,  x  :  196  n.  ;  —  traitement  de  se  initial,  latin  ou  germanique,  abou- 
tissant à  //.  hy,  c/i,  éch,  ée,  se  :  140,  153-4,  155,  156,  159  ;  —  s  disparaît  dans  le 
groupe  germanique  sl  initial  :  lifer  169,  lotia  170,  lâker  169,  279  n.;  su  :  mirou  179; 
SN  :  neppe  179  n.  ;  sp  :  pirutitche  295-6  ;  st  :  tif  233  ;  —  ss  vient  du  germ.  -tz-  : 
crassî  58,  hossî  157. 

Suffixes  germaniques  -îna  135,  -ke  177  ;  -ken  13,  191,  240. 

Suffixes  latins,  voyez  pp.  326-9. 

Suffixes  français  et  dialectaux,  voyez  pp.  329-345,  et  ajoutez  :  -asse  149  ;  -au,  -ô 

(fr.  -ald)  283  ;  —  cale  (fr.  -celle)  49  ; et  (hotchèl,  etc.)  156  ;  -eûre  (fr.  -ure)  282  ; 

-hê  (fr.  -seau)  =  nam.  -ja  (lauja)  19  n.,  ard.  -je  (fayîjê)  19,  fém.  -jale  (aivjale)  18  ; 
-ieûs  148  n.  ;  -inèt  (croubinèt)  297  ;  -ouhe  (-usque)  203. 

Syncope  de  la  voyelle  initiale  :  eroubèt  297  ;  zgliné  289  ;  —  d'une  protonique  non 
initiale  :  44,  93,  127  n.,  181  n.  ;  sav'nê  216,  trèp'ser,  trèp'sin  258,  gov'neû,  tao'nî  265, 
fond  d'  gotes,  hé  d'  ivèrleû  287  n.,  tofnaveûte  239  n. 

Toponymie  :  Coronmeuse  5,  âyehê  19,  crête,  erètale  61-62,  Viyâtoûr,  etc.,  83,  Grétry 
121,  gnte  123  n.,  hadrène  135  n.,  hok,  Hockai  156.  Spy  229.  lès  tawes  241  n.,  pîdje, 
tîdje  251,  Stapsoul,  Tripsée  258,  trèpsinne  259,  vinâve  267-8,  hé  d'  wèrleû  287, 
Chastrès  309. 

u  devient  i  :  spricatwére  232. 

M,  au  germanique  devient  ou  :  louivèie,  touwê  172,  rouhin,  houbète,  houmer  211  ;  — 

a  :  pawène  172  ;  —  û  :  baron  28,  lûrê  173.  .. 

uo,  u  germanique  devient  o,  6,  ou  :  loton  171,  troudale  261,  322  ;  sohe  221  n. 

v  latin  devient  w  :  aiére,  etc..  285,  wahète  276  ;  — -  v  initial  devient/  ifoûsson  101  ;  — 
V  devant  s  devient  p  :  trèp'ser.  trèp'sin  258  ;  —  v  devient  b  :  abèrdondè  1,  et  inver- 
sement :  hèn'vâ  7. • 

w  devient»  :  virer,  etc..  271.  vûse(1)  273,  awtr  209  n.,  239  n.  ;  —  devient  ou  :  ouyot  187, 
pirouette  295-6  ;  —  disparaît  en  namurois  devant  ô  :  aurder,  aufe,  aurai  249. 

.<  latin  devient  ss  :  assi,  etc..  196  n. 

y  final  disparaît  :  so//  225. 

?/  intervocalique  s'épaissit  en  gn  :  bougnèt,  bougnou  33  :  crâmignon  57  n..  dognon  84, 

hougnot  161,  sprognî  90,  tougnoûle,  etc.,  254,  magnon  173  :  de  même  en  namurois 

après  ;•  :  tnutehurgnii,  spwgna,  tahurgna  182,  229  n. 

sa*  germanique  devient  ïo  :  warsèle  183. 


TABLE   DES   NOTICES 


w.  abèrdondè,  avèrflondé  1  —  liég.  âdios\  an'tchou,  verv.  ctm'tcliô  1  —  anc.  liég. 
afahant  2 —  w.  aguèrôdî  (Vielsalm)  2  —  liég.  akinâve,  nam.  aginauve,  anc.fr. 
engenave  3  —  liég.  d/o»  4  —  liég.  amà,  ma  («  avant  »)  4  —  w,  amaule  (St-Hubert)  6  — 
nain,  am'bô,  an'bô  :  liég.  hèn'vâ  6  —  w.  am'djoâ  (Charleroi),  rouelii  ctu'djoii  (Mons)  ? 

—  w.  amèder  8  —  fr.  anacoste,  r.  anscote,  w.  hanscote  8  —  chestr.  -■■■-Yé.  dusnêvè  ; 
ganm.  anâvèy,  dènâvêy  1 1  —  w.  o/'o,  énd^e,  ènéj/e,  anspindje  12  —  lieu,  apotiker  13  — 
w.  -m/*,  âr'hon,  etc.  (Malmedy)  13  —  liég.  arinne,  anc.  liég.  eraine  («  araine,  areine  ») 
15  —  liég.  atîleûre  17  —  ronchi  -wèrfo«  18  —  liég.  aw'hê,  nain.  aixPjale  18  —  liég. 
m/e/'f-  19  —  liég.  bâ  19  —  liég.  bak'neâre  20  —  lié».  6dr,  nain,  baur,  bôr  21  —  liég. 
bègâ,  bigâ  ;  malm.  digâ  21  —  w.  6m7'  23  —  anc.  w.  berckmoese,  anc.  fr.  becquemoulx, 
lerquenoux  23  —  liég.  &érô-7î  24  —  liég.  beûr,  fr.  6«re  26  —  w.  &-7>o*  29  —  fr.  bleime, 
w.  blême,  blène  29  —  liég.  6d,  ard.  bôkê  ;  liég.  ftd&é,  ôoA'î  30  —  liég.  bodje  32  —  ouest-w. 
boKgnèi  ;  nain,  bougnote  33  —  liég.  bot<g»oi(,  bougnèt  (?)  33  —  w.  boûfner,  poûfner 
35  —  liég.  braiivolé,  brivolé  30  —  w.  brigale,  briguèle  39  —  anc.  fr.-w.  bulaine  (?), 
quilaine  (?)  40  —  liég.  busticlape  40  —  nain.  6»////.  W<V/  41  —  w.  cakèdô  et  heûpon 

gratte-cul  »  42  —  lié»,  camatche  43  ■ —  liég.  canabûse  43  —  fr.  canepin,  w.  ard. 
kèn'pin  44  —  w.  caribôdèdje,  càribôdion  (Verviers)  45  —  liég.  carimadjôye  45  — 
w.  câveler,  rucâveler  (Verviers)  47  —  anc.  fr.  chaon  47  —  fr.  chicaner,  w.  chakiner, 
tchakiner  48  —  w.  cîçale  49  —  anc.  liég.  cingue  (  =  singue)  50  —  w.  co/xt  (Liège, 
Huy),  èeoper  (Verviers)  50  —  liég.  cot'hc,  cotî  51  —  fr.  couet  52  —  liég.  coumê,  coumaye, 
fr.  coumaille  53  w.  ard.  coyonke,  coyongue  54  —  anc.  liég.  eoxhe,  Johe  55  —  lie». 
crâmignon  56  —  w.  crasse  (Verviers.  Malmedy)  58  —  liég., crèssôde  59  —  w.  mVe  et 
dérivés  60  —  w.  crèton,  fr.  cretoti  62  —  gaumais  cuchale  03  —  lié»,  cwasse  (>'.'>  —  liég. 
cœassî,  cwahî,  cicahe  64  —  liég.  cwale,  cwaté  66  —  w.  cwayoû  (Stavelot.  Malmedy)  66 

—  malin,  dêve,  déve  67  —  w.  dihâhiné,  fr.  dégingandé  67  —  anc.  nain,  dispatuer, 
w.  dêéspatouwer  (Brabant)  68  —  lié»,  ditaïté,  HtaVté  69  —  w.  djama  70  —  w.  djârdeûs 
«  ladre  »  ;  tv.jard  «  poil  »  72  —  w.  djèrmale  74  —  liég.  djèrson,  djèfeon  76  —  w.  rfjéve, 
gazve,  badjawe  76  —  liég.  djihan  78  —  liég.  d/foi  80  —  w.  djîvêye  (Liège),  -éye  (Namur, 
Givet)  81  —  nain,  djôguîye  82  —  w.  djohe  (Fléron)  83  —  w.  dognon  84  —  ronchi  dona 
(.Mons)  85  — w.  d' ploustrer,  (Tpoûstrer  (Verviers)  86  —  nain,  dronke  86  —  w.  d(n)  grade 
(Verviers,  Malmedy)  87  —  fr.  s'ébrouer,  anc.  fr.  espro(h)er  ;  w.  sprognî  88  —  anc.  fr- 
effribnler  90  —  anc.  fr.  embegaré,  begart  91  —  lié»,  èminné  91  —  lié*»,  èstèssiner  92  — 
liég.  -Vf/''/,  (V-3/  93  —  w.  façon,  faucon  93  —  w.fèr,  anc.  fr.  ferlier,  fernoer  94  —  lié*;. 
fiskineû,  fiksîneû  95  —  anc.  w.-fr.  forèçe,  fueresse  96  —  liég.  forlôzer,  furlôzer,  flôzer 
97  —  w.forriri  (Verviers)  98  —  w.foûrèhan  (  =  foûre  èhant)  98  —  gàum.  foûsson  101 

—  w.  foûfler,  froât'ler  102  —  anc.  fr.  frefel.  ronchi  foarféle.  foufèle,  foufète  102 
anc.  w.fud  103  —  liég.  furtoye  103  —  w.  verv.  furzêye,  frèzê  104  —  w.  nam.  hesb. 
galiène,  galziène  104  —  w.  gamète  105  —  w.  gàrmèter  (Verviers),  disguèrmètè  (Dinant) 
106  —  lié»,  garsi  106  —  anc.  fr.  gis  tel,  w.  CUStèl,  cristal  :  ronchi  agaisfitler  107  - 


352 


w.  glindis'  108  —  w.  gô,  gôti  ;  gaum.  djô,  djwôti,  fr.  mugot,  mijoter  109  —  w.  gômâ, 
Ijôini.  etc. 11-4  —  lié»,  gorléte,  golète  118  —  liég.  gosse  120  —  lieu  dit  Grétry  (à  Bol- 
land)  121  —  w.  grimon  (ard.,  brab.)  121  —  malm.  guduc  122  —  w.  guèdin  122  — 
liég.  gueule  12:5  —  liég.  guiiigon  123  —  malin,  guzouhe,  galguzouhe  125  —  liég. 
hâbiér,  anc.  liég.  halbier  126  —  liég.  hadrê,  haf  ou  ftate  132  —  liég.-ard.  hadrène  134  — 
w.  hahîre,  gaum.  a-hachière,  hach'rôle,  etc.  130  —  anc.  fr.  hamestoc,  \\.  halmustok, 
imèto  137  — ■  w.  hamuslâde  (Verviers)  138  —  gaumais  handé  138  —  w.  hanivêr 
(Neufchâteau)  130  —  w.  hârber,  haurbè,  haube,  etc.  139  —  w.  hatrê,  anc.  fr.  ha(s)ierel 
141  — ■  anc.  liég.  herbatte  :  w.  èrbate  (Brabant)  142  —  lieu  dit  Ilereot  (Huy)  144  — 
w.  hèrnale  (Huy)  144  —  liég.  heûler,  mâ-heûlé  143  —  liég.  heure  (fr.  hure)  et  dérivés 
146  —  w.  horon  154  —  liég.  hotche,  hotchî  134  —  liég.  hotchèt,  fr.  techn.  hochet  150  — 
lié#.  hoûr,  anc.  fr.  heulle  15?  —  anc.  fr.  hovàkm  158  —  liég.  hoye,  fr.  houille  158  — 
w.  hroûler  102  —  anc.  fr.  huricle  103  —  rouchi  juverne  (Mous)  103  —  liég.  heure, 
mèskeûre  104  —  liég.  kieh'tôn'  100  —  w.  landon,  andon  160  —  liég.  leûvrê,  anc.  liég. 
fetice,  anc.  fr.  lovier  107  —  liég.  ft/er  168  —  rouchi  linehe,  linse  169  —  nain,  lotia  169 
—  w.  /o/o/f,  lôton,  rplon  ;  anc.  fr.  loulou,  roton  170  —  w.  louwète  (Verviers),  rouchi 
loète  (Maubeuge)  172  —  liég.  lûrê,  anc.  fr.  lureau  ;  fr.  luron  172  —  rouchi  magnon 
(Hannignies)  173  —  w.  manote,  manoque  173  —  anc.  fr.  manser  174  —  w.  manûhe, 
manowe  175  —  lié»,  mayeté  176  —  liég.  mèh'tèle  176  —  lieu,  mènesik,  mèn'zik  177  - 
liég.  meure  et  make  177  —  w.  mirou  (Verviers,  Malmedy)  17!)  —  w.  moûhî,  èmoûhî 
179  —  w.  mwèh'nê,  machuria,  etc.  181  —  anc.  liég.  oirzelle  182  —  w.  onguêçon  (\lo- 
clenge)  184  —  fr.  orin  ;  w.  neûrin  (eûrin,  leûriri)  184  —  nain,  ohbouye  (Stave)  186  — 
nam.  ouyot  bardane  »  187  —  w.  pariou  189  —  w.  pawène,  fr.  pote  190  —  w.  pèkène 
(Verviers)  191  —  \v.,pèri  (Faymonville)  191  —  w.  pilaine  (Verviers)  192  —  liég.  pirou 
193  —  fr.  potelé,  liég.  potale,  pot' 1er  193  —  w.  prafler  (Verviers)  195  —  lié»,  prélude 
195  —  lieu,  iiu rlé  197  —  anc.  fr.  racueudre,  racheudre  (!)  197  —  w.  rakéte  1!)7  —  hesb. 
rakiner,  nam.  rascrakiner  198  —  w.  randje,  rindje,  rindjète  (Malmedy)  199  —  lié». 
et  anc.  fr.  ranse  199  —  lié»,  râtehà  :  nam.  rinkinkin  200  —  w.  ratére  (Verviers)  201  — 
w.  ratro  201  —  liég.  rav'rouhe  202  —  w.  rawète  203  —  w.  n'//*',  ro»/,  runin  ;  arèni  ; 
rane,  etc.  205  —  w.  reiîde  208  —  w.  rêvioûles,  ivéroûles  208  —  w.  r*7W/r  (Malmedy) 
209  —  lié»,  rimbion,  rébion  210  —  w.  rouhin,  rouhis' ,  luhin,  èruh'liiier  210  —  anc.  w. 
rûlâve  211  —  w.  rûnanmint  (Malmedy,  Stavelot)  212  —  w.  rate  212  —  gaum.  sa. 
mousse 213  —  w.  sarike,  sankis*  214  —  w.  sâpreû,  sampreû,  simpreû  (Verviers)  215 
w.  savené  (Malmedy)  216  —  nam.  sclèyî,  liég.  disclèyî  216  -  w.  selanbran  (Neufchâ- 
teau) 217  —  w.  scion,  cèron  217  —  w.  si  (=  lat.  sic)  218  —  lié».  (?)  sindrèse  21!) 
w.  sizin  21!)  —  lié»;,  skèrbalik  220  —  liég.  skèri  220  —  rouchi  soçon  221  —  w.  sohe 
(Verviers)  221  —  liég.  «  sônandin  »  (Forir)  222  —  w.  sondje  (Hoclenge-sur-(ieer) 
223  —  lié»;,  sorblèsseûre  223  —  w.  sot-dwèrmant  «  loir  »  224  —  w.  sotré  225  —  w.  sou 
(«  seuil  )  et  dérivés  225  —  anc.  fr.  soudre  (lat.  solvere)  et  dérivés  227  —  gaum.  SOWe, 
assowèy  ;  w.  sawe,  assawè  (Neufchâteau)  228  —  anc.  fr.-w.  sperial,  spurel,  spier  ; 
\ .  spurê,  -in  228  —  lit-g.  spinâ,  néerl.  spinaal  229  —  w.  sjwugn'ter  231  —  liég.  spri- 
catwére  pu  rga  t < >ire  »  231  —  w.  sprmvieâ  (Verviers)  232  —  liég.  stchèrdon,  sliérdon  232 
w.  slièrné  (Verviers,  Stavelot)  233  —  w.  stinclin  233  —  w.  strifer  (Faymonville) 
et  dérivés  234  —  liétf.  sïvéli/i  234  —  w.  tahant  235  —  w.  ard.  talion  236   —  liég. 


—  353  - 

tak'lin  237  —  w.  tanawète,  totènaveûte,  etc.  238  —  liég.  tap'kène,  anc.  (V.  touppequin 
240  —  w.  tauije,  tôye  (Wavre)  241   —  w.  tehaTmê  (Famenne)  241  —  lies,  tchèssâ- 

pareûse  241  —  w.  tchètê,  rouchi  kèffi,  keuffi,  etc.  24:5  —  anc.  fr.  tenreux  245 lié». 

tèroiile  246  —  rouchi  tévozé  247  —  liég.  tèzi  247  —  malm.  tibi-dabô,  tibi-warni,  etc. 
24S  —  w.  //V//V.  pîrfjc  («  chemin  )  250  —  liég.  tîke  25:}  —  w.  tirelote  (Liège  ?.  Ver- 
riers) 253  — w.  tougnoûle,  touyon,  longue»,  touyeter,  Iwagne,  etc.  254  li<^.  fou- 
lasse 256  —  liég.  tréfiler  256  —  w.  trèp,ser  257  —  w.  trèp'sin  258  -  w.  trèssèrin  259  - 
w.  trèvint,  trèvaye  260  —  liég.  nain,  trin-bèrlin  2<;o  —  liég.  ironie,  trdudale  261 
w.  fceèzon  (Liège.  Verviers)  261  —  w.  «mises  (!)  262  —  w.  j,V<\  diacre  262  —  w.  vièrna, 
anc.  fr.  reniai  265  —  lié"',  vièrnê  265  —  liés',  vilwè,  vîlwè  266  —  liég.  viiiâve.  anc.  lies. 

vinable  267  —  liég.  v'uoii.  rnoice  («  menu,  -ue  >-)  268  —  w.  ulrer  260  lié».  î 7/7//* 

271  —  w.  rase  (Verviers.  Malmedy)  272  —  liég.  wadje,  watche  27:5  —  liés,  av///  27  l 
anc.  fr.  zcrt«e,  waghe  275  —  w.  wahète  (Verviers,  Malmedy)  276  —  anc.  fr.  uni  ht, 
-er,  -aige  ■  w.  a>é&e,  -î,  cFwêsbî,  wêsbi  276  —  liés,  ;iy//.7  279  —  w.  Bjundîhe  (Malmedy) 
280  —  anc.  w.  waneal(l),  croit  (!),  etc.  280  —  w.  warbô  283  —  w.  wèrbiyon  (Bovigny), 
wiban  (Malmedy)  284  —  w.  rvére  284  —  w.  ut/7  (Verviers)  286  —  w.  wèrleû  286  — 
anc.  fr.  ivettcre!  287  —  liég.  wihète  288  —  w.  wisplote  (Verviers)  288  —  w.  aile  (Ver- 
viers) 289  — w.  zg/iné(  Villers-Ste-Gertrude)  289  —  liég.  zîvèrcôf  290  —  liés.  :'///7r  291 . 


Addition  à  la  page  133. 


Aux  formes  citées  hâte,  chate,  scale,  il  faut  ajouter  scâr,  qui  se  dit  à  Marche-lez- 
Ecaussinnes,  dans  le  Hainaut,  à  la  limite  du  wallon  et  du  rouchi  :  mète  lès  vêres 
a  scâr  «  emplir  parcimonieusement  les  verres  .  labourer  scâr  labourer  légèrement  » 
(BSW  55,  p.  402).  C'est  une  altération  de  ■■seule  :  comparez,  dans  le  même  dialecte, 
gâte  «  chèvre  »,  qui  devient  gâr  dans  le  composé  bougûr  hermaphrodite  »  (Behrens, 
p.  29).  Cela  paraît  confirmer  l'étymologie  proposée  (senti,  sceit)  et  la  comparaison 
avec  le  liégeois  gâte  (germ.  geit). 


TABLE   DES  MATIÈRES 


Préface    vu 

Bibliographie   xm 

Graphie.  Abréviations xv 

Etymologies  wallonnes  et  françaises 1-292 

Voir  la  Table  des  Notices,  p.  351. 

Les  noms  dialectaux  de  la  «  culbute  »  en  Belgique  romane 293 

Appendice.  —  I.      Les  mots  germaniques  à  préfixe  -ge  qui  ont  passé 

en  wallon   305 

IL     Le  sufiixe  -arieius 307 

III.  Le  Dictionnaire  étymologique  de  Ch.  Grandgagnage  .  317 

Additions  et  Corrections 322 

Index  lexicographique 323 

Index  analytique 343 

Table  des  Notices  (pp.  1-292) 331 

Addition  à  la  page  133 353 

Table  des  Matières 335 


PC 

3046 

H3 


I'.^ust,  Jean 
tr  Étymologies  wallonnes  et 

françaises 


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